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LES HISTOIRES D'AMOUR NE DURENT QUE 90 MINUTES
J'ai toujours eu de la sympathie pour les suicides.
Peut-�tre � cause des livres que j'ai lu jeune, les films...
Mes h�ros finissaient toujours par se tuer.
Toujours � cause d'une femme.
Mais malgr� cette sympathie pour les suicides,
je n'ai jamais eu le courage de me tuer.
je suis un peu l�che,
ou je n'ai pas encore trouv� la femme pour moi.
Pendant un moment, j'ai pens� que cette femme �tait Julia...
- Qu'y a t-il, Zeca? - Tu ne viens pas au lit ?
Dans 5 minutes, OK ?
Julia semblait sortir d'un film fran�ais.
Elle �tait belle, intelligente, ind�pendante,
et froide, totalement froide.
Allons voir ce film avant qu'il ne passe plus, ma belle.
- Je... - Quoi, ch�ri ? Pardon.
Allons voir ce film avant qu'il ne passe plus.
Je ne peux pas. Je suis d�bord�e.
Je dois �crire le r�sum� de ma th�se de doctorat. Impossible.
Vas-y tout seul, mon amour.
- Tout seul ce n'est pas dr�le. - Ne sois pas idiot.
C'est super d'aller au cin�ma tout seul.
Alors reste ici � me regarder �tudier. C'est pas super �a?
C'est le moment de dire que je suis un �crivain.
Mieux, je voulais l'�tre.
Je n'ai jamais fini d'�crire quoi que ce soit.
Depuis des ann�es j'�cris un roman, mais il est bloqu� � la page 50.
Un projet ambitieux, un peu gothique, un peu policier.
C'est un boucher prosp�re dont la femme lui offre un appareil photo.
D�s lors, sa vie change.
Lui, un homme rude, mat�rialiste,
commence � voir la photographie
comme la manifestation de sa sensibilit�.
Bref, il devient un artiste et engage des mod�les pour poser.
Il prend leurs photos nues,
pendues � des crochets, comme des morceaux de viande.
Tout va bien, jusqu'au jour o�
la police trouve une femme morte dans sa boucherie.
Un d�tail : sauvagement assassin�e.
D'autres morts se succ�dent...
Comment �a se finit ?
C'est le probl�me.
Je n'ai jamais d�pass� la page 50.
Et je crains ne jamais le faire.
- Zeca, qu'est-ce que tu veux ? - Qu'en penses-tu ?
On vient de faire l'amour. Tu ne penses qu'� �a.
Tu es trop belle, mon amour, je bande encore.
- Tu n'as rien � faire ? - Mieux que te baiser ?
Pourquoi pas lire un livre, faire la vaisselle...
Pourquoi tu n'�cris pas ? S�rieux, Zeca, vas �crire !
Zeca, arr�te, je suis en train d'�tudier.
Zeca, je ne suis pas de l'humeur ! Tu ne vois pas que j'�tudie ?
Pardon.
Tu ne vas pas faire la t�te.
Je te vois bouder d�j�.
Tu as mon cahier rose ?
Tu l'as ?
Tu plaisantes ? Cet ascenseur ne marche qu'une fois sur six. Incroyable.
Putain. Ma cl�.
- Quoi ? - C'est toujours la m�me chose.
- J'ai oubli� ma cl�. - Prends la mienne. C'est bon.
Comment tu vas rentrer ?
C'est bon. Je ne rentre que le soir.
Et je peux savoir ce que tu vas faire toute la journ�e ?
Je vais voir ma ma�tresse pour qu'elle me soulage.
Tu vas voir ta ma�tresse ?
Donne-moi mes affaires. J'esp�re n'avoir rien oubli�.
- � quelle heure tu rentres ? - Tard. Je bosse toute la journ�e.
Il faut que quelqu'un travaille ici.
Bonjour, Z�.
mais c'est important qu'il apparaisse tout de suite
pour �tablir le conflit, vous comprenez ?
Il s'appelle Humberto et comme vous voyez,
il vit pour les livres.
Depuis la mort de ma m�re il vit pour travailler.
Un jour je lui ai dit qu'il devait se remarier,
et il a r�pondu qu'il y a plus de passion
entre les pages des livres qu'entre une paire de cuisses.
C'est une fa�on bizarre de vivre la solitude.
Aspirant �crivain, il r�ve que je r�ussisse
ce que son manque de talent l'a emp�ch� de faire : �crire un roman.
Regarde. Regarde cette beaut�.
Le r�cit d'un baleinier de 1810, quand on p�chait encore des baleines
dans la baie de Guanabara.
Regarde cette illustration ! Que c'est beau !
Il y avait tellement de baleines !
Et penser qu'en 1810 il y avait encore des baleines
dans cette mer de merde.
Les baleines reviendront quand il n'y aura plus de merde.
Non, ce n'est pas comme �a. Rien ne revient.
Les belles choses meurent, disparaissent,
il n'y a que la mochet�, la tristesse et la m�chancet� qui reste.
Mais regarde �a !
Regarde quelle reliure parfaite...
Au moins, il en reste les livres.
Les gens meurent, les civilisations finissent,
mais les livres survivent.
Au moins ceux que quelqu'un daigne �crire.
un message � la fin...
Tu as presque 30 ans. Tu dois montrer pourquoi t'es ici.
Tu ne peux pas agir pendant toute la vie
comme si tu �tais un �tudiant.
- Tu dois r�aliser des choses. - Qui a dit que je n'en fais pas ?
Tu le dis depuis le temps o� ta m�re �tait vivante, Zeca.
Je suis venu te voir en paix.
- Je ne veux pas me disputer. - D'accord. Combien ?
C'est ce que tu penses de moi ?
L'argent est � moi. Ma m�re me l'a laiss�.
Tu penses que tu le g�res.
Si je ne pensais pas le g�rer,
l'argent serait d�j� fini.
OK. Un mec de 30 ans qui vit d'argent de poche... Combien ?
- Mille. - Et si talentueux !
Talent ? Je n'ai jamais voulu �crire.
C'est vous qui l'avez invent�.
Tu ne choisis pas la litt�rature. Elle te choisit.
J'ai toujours voulu faire des bandes dessin�es.
Pas vrai... J'aurais d� te donner une bonne baffe quand tu �tais petit.
J'�tais d'accord avec ta m�re sur une �ducation lib�rale
et voil� le r�sultat.
Beaucoup trop de Montessori, trop peu de gifles.
C'est le r�sultat.
Vas-y, fais le ch�que.
Mes rencontres avec mon p�re m'emb�taient toujours.
L'emb�tant c'est qu'il avait raison.
Un peintre sans tableau n'est pas un peintre,
un cin�aste sans film n'est pas un cin�aste,
un �crivain qui n'�crit pas est un idiot qui se la joue.
Je me demande pourquoi je n'�cris pas.
Je regarde autour, je vois des milliers d'histoires.
Cette secr�taire sexy donnerait des bonnes sc�nes de sexe.
Je n'arrive pas � �crire sur eux.
Lorsque je commence � �crire, je finis par parler de moi.
C'est le seul sujet qui m'int�resse vraiment.
Mais qui aurait voulu lire sur moi ?
Ma vie est commune. Rien n'y se passe. Jamais.
Je dois faire quelque chose.
Mais par rapport � ce qui se passait dans ma t�te,
ma r�ponse �tait la pire qu'un homme bless� pouvait avoir.
la confession de Julia par la force.
Le probl�me c'est que j'habite au dernier �tage.
Aux premi�res marches je voulais boire du sang,
mais au deuxi�me �tage, je voulais avoir
une conversation dure mais civilis�e.
Au 3�me, j'ai d�cid� d'attendre qu'elle me raconte la v�rit�.
Lorsque j'ai frapp� � la porte, j'�tais d�j� r�sign�
� �tre un cocu docile.
Tu as pris ton temps, hein ?
Je ne savais pas quoi faire.
Je ne pouvais pas faire face � Julia.
Je craignais qu'elle m'abandonne, une fois d�masqu�e.
J'�tais sur le point de d�ner toute seule.
� ce moment-l�, mourir me semblait digne.
Mais on ne peut pas se tuer lorsqu'on a � peine 30 ans.
Surtout apr�s seulement 15 minutes de film,
et que la vraie histoire ne fait que commencer.
Ce long flashback a �t� juste l'introduction.
En r�alit�, l'histoire commence le jour d'apr�s,
lorsque j'ai connu... Carol.
Julia !
F�licitations !
- C'est super que tu sois venue ! - Tu �tais merveilleuse !
Zeca, je te pr�sente Carol, l'�tudiante dont je t'ai parl�.
- Comment �a va ? - Salut.
- Tu as aim� ? - J'ai ador� !
Tu ne m'avais jamais dit que ton mari �tait si beau.
J'ai bon go�t, tu ne l'avais pas remarqu�, ch�rie ?
- Alors, tu as aim� le spectacle ? - Super, super.
Ne fais pas attention. Il n'aime pas faire des �loges.
- En tout cas, j'ai ador�. - J'ai dit que j'ai aim�.
Je peux prendre du vin ?
- Viens ici ! - J'y vais.
- C'�tait merveilleux ! - Merci.
- J'enl�ve ta femme. - On y va. � tout de suite.
- On va danser ! - Je vais boire d'abord.
Julia ?
Julia ?
Qu'est-ce qu'il y a, mon vieux ?
Pardon, pardon.
Eh, t'en veux un peu ?
- Bienvenu, mon pote. - Merci, merci.
Il y en a assez pour tout le monde. Approche.
- Merci, merci. - Approche-toi, mec.
Il y en a assez pour tous.
Viens.
Tu as du feu ?
Tu es nouveau ici ?
Je suis venu avec ma femme, mais je l'ai perdue.
- T'es perdu ? - Un peu.
Trouv� n'est pas vol�. Maintenant tu es � moi.
Je plaisante.
Le boucher est le suspect principal.
� partir de l�, le roman devient plus policier.
Tr�s int�ressant, et apr�s ?
C'est le probl�me. Je ne suis pas all� plus loin.
Ah, non !
J'ai entendu ton histoire pendant des heures
et tu ne sais pas la fin ? Putain, c'est frustrant.
Tu veux que j'ach�te ton livre, hein ?
C'est vrai, je ne sais pas comment �a finit.
C'est un blocage, tu comprends ?
- Rubem Fonseca ! - Qu'est-ce que c'est que �a ?
J'ai toujours voulu embrasser Rubem Fonseca.
Je ne suis pas Rubem Fonseca, je le d�teste.
Mais l'histoire que tu racontes c'est � Rubem Fonseca.
�coute, je ne suis pas Rubem Fonseca.
J'adore Rubem Fonseca !
Tu sais que 90% des �crivains br�siliens actuels
ont pomp� Rubem Fonseca ? - Pomp� ?
Oui, ont pomp� ses id�es, se sont bas�s sur lui, tu comprends ?
Je crois avoir lu �a dans Bravo Magazine.
Je suis une nana et cultiv�e.
Et toi ?
Tu as d�j� pomp� Rubem Fonseca ?
Je ne pompe que les gens morts depuis plus de 100 ans.
Mec, j'ai aim� �a.
Les histoires polici�res m'excitent.
Je m'en fou si c'est policier.
Je veux que mes personnages aient des questions existentielles.
Qu'est-ce qui fait ou emp�che quelqu'un de faire de l'art.
Le mec �tait boucher, il n'�tait pas heureux ?
Pourquoi changer une profession r�elle et s�re pour un d�lire ?
Pour toi, �tre un artiste est un d�lire ? Juste un caprice ?
C'est tr�s profond, mec. Donne-moi une taffe.
�coute, mec, tu aimes les pipes ?
Qu'est-ce que c'est que �a ? Ne sois pas d�sagr�able !
Tu ne vois pas qu'il est avec moi ? Fous le camp !
Je pensais qu'on pouvait le faire � trois. Quel est le probl�me ?
D'accord, on le fait en groupe.
L� o� on en met deux, on en met trois.
Une minute. Attends, attends, attends.
Eh, mec, d�cide-toi. Tu rentres ou tu sors ?
Vas-y.
Sniffe.
Donne-moi une, alors.
- Viens. - Vas-y.
Oui, sniffe tout.
�a c'est la vie ! Encore au lit.
Apr�s ce que tu a bu hier.
Mon Dieu. Que s'est-il pass� ?
Tu as bu un peu trop et t'as fait le clown.
- �a fait chier. - O� est-ce que tu vas ?
J'ai une r�union de d�partement, je dois m'habiller un peu mieux.
- O� �tais-tu ? - T'as vu mes lunettes ?
Je donnais des cours, mon amour.
Habille-toi, il y a une femme dans la maison.
- Quelqu'un a dormi... - Merde!
Bien s�r que non. Mme. Rute est l�. C'est le jour du m�nage.
Il y a beaucoup � faire.
Mr. Z� ?
Je peux nettoyer le bureau ?
Mr. Z�, je peux ranger la chambre ?
J'ai toujours aim� les jours de m�nage car je pouvais me balader
sans me sentir coupable de ne pas travailler.
Car je me sens tr�s coupable de ne pas �crire.
D'un autre c�t�, j'adore tra�ner en ville.
Mais cette fois-ci je ne m'amusais pas trop.
Tout me semblait fade, d�pourvu de sens.
Pendant un moment j'ai pens� marcher en cercles,
jusqu'� ce que je me rende compte o� mes pas m'amenaient.
LES �XIL�S
- Tu cherches quelqu'un ? - Non. C'�tait ouvert, je suis rentr�.
Tu ne peux pas rester ici.
- OK. - Fous le camp.
- Fous le camp ! - OK, mec. D'accord.
Si tu vas � Buenos Aires tu trouveras un beau petit ami.
Tu sais ? Vraiment tr�s beau.
Salut. � demain.
- C'est combien ? - Dix.
- Trop cher. - Je peux faire une r�duction.
De combien ?
Merci.
Suivez la moto, s'il vous pla�t.
- Pardon ? - Le scooter rouge. Suivez-le.
Qu'est-ce que c'est que �a ? Une plaisanterie ?
Non, c'est s�rieux. Suivez le scooter, s'il vous pla�t.
Vous n'allez pas m'avoir. Elle est o� la cam�ra cach�e ?
Il n'y a pas de cam�ra ! Allez, le feu va passer au vert.
Le feu est pass� au vert !
Je pense que la cam�ra est l� bas.
Eh, Gugu ! Eh !
Va te faire voir !
J'ai pass� la journ�e me sentant pas bien.
Comme si j'avais un poil dans la gorge.
C'est normal que quelqu'un trahi soit obs�d�
par celui qui lui a vol� son amour.
C'est normal qu'un cocu �tablisse des comparaisons
ce qui, par principe, est inacceptable :
�tre remplac� par quelqu'un d'autre.
C'est essentiel de conna�tre son rival,
savoir ses forces, sa singularit�, ses atouts. Ce que...
Ce qu'elle a et que je n'ai pas.
La v�rit� c'est que je n'arrivais pas � oublier Carol.
Sa vision apparaissait devant mes yeux de fa�on inattendue :
Belle, provocatrice,
et j'�tais transport� dans une autre dimension.
Un endroit couvert de nuages blanches, charnues, douces,
comme les fesses de Carol.
Pardon.
Zeca, je ne savais pas que tu �tais si d�sesp�r�.
Et si on profitait de cet...
cet enthousiasme pour prendre une douche ensemble ?
Viens ici.
Non, pas comme �a...
Les choses changent vite.
Avant, baiser Julia me laissait tranquille comme un b�b� repu,
mais maintenant cela ne rendait mon insatisfaction que plus �vidente.
Salut, Zeca, comment �a va ?
Julia n'est pas encore arriv�e ?
Elle m'a demand� de l'aider sur une recherche.
- Je peux entrer ? - Bien s�r, entre.
Merci.
- Est-ce que je te d�range ? - Non, non.
- Tu veux un caf�, de l'eau ? - Non, merci.
- Tu veux l'appeler ? - Non, ce n'est pas la peine.
Tu peux faires tes trucs. Je suis Ok, promis.
Si tu as beoin de quelque chose, sers-toi.
Merci.
C'est difficile ?
Tr�s.
Parfois on a un gros vide, n'est-ce pas ?
Je sais comment c'est.
- J'�cris aussi. - Qu'est-ce que tu �cris ?
Des contes, quelques po�sies...
Julia dit que j'�cris tr�s bien,
mais son opinion ne compte pas. - Pourquoi ?
Elle a un parti pris, j'aurais pr�f�r� l'opinion d'un autre �crivain.
Si tu veux me montrer...
tes textes.
Attention, je pourrais le faire.
Vas-y.
Je ne sais pas. Je suis timide.
Rubem Fonseca...
- Il est bon ? - Le meilleur.
"Mundo Prostituto"
- Ah, Paris ? - Oui.
Montmartre. J'ai v�cu l�-bas.
- C'est vrai ? Comment c'�tait ? - Un peu froid.
Depuis combien de temps �tes-vous ensemble ?
- �a va faire 5 ans. - 5 ans ?
Et vous deux ?
Quand est-ce que vous vous �tes connues ?
Ce semestre, lorsqu'elle est devenue notre prof.
- Elle est si belle. - Superbe.
Comment vous vous �tes connus ?
C'est une longue histoire.
D�sol�e, tu voulais travailler, n'est-ce pas ?
Non, non, je vais te le dire. C'est que...
Comment dire ? Je pense que j'avais un fantasme.
Je voulais sortir avec une juive.
Mais qu'est-ce que les juives ont de si diff�rent ?
Quand j'avais 12, 13 ans j'ai lu le Chant des Chants de Salomon.
C'est le premier texte �rotique que j'ai lu,
et je ne pouvais plus en sortir... - La Bible, est devenu un livre de cochonneries ?
Non, mais le texte est extr�mement �rotique.
La fa�on dont Solomon d�crit les formes de la femme aim�e,
les seins, les courbes, la peau...
Le contour de tes cuisses sont comme des bijoux.
Le travail des mains d'un artiste.
Ton nombril est une tasse ronde
qui ne manque jamais de vin m�lang�.
Ton ventre est comme un tas de bl� entour� de lys.
Tes seins sont comme les jumeaux d'une gazelle.
Peut-�tre, peut-�tre.
Continue...
Alors j'ai commenc� � fr�quenter la communaut� juive.
Mariages, bar mitzvahs, anniversaires et m�mes fun�railles.
Mais �a n'a pas march�.
Jusqu'au jour o� je suis all� voir Shoah au cin�ma.
Le documentaire, tu connais ?
5h de film, avec des images des camps de concentration. Des trucs durs.
Moi, qui pleure en voyant une pub de margarine,
en 5 minutes j'�tais d�j� en larmes.
Et la personnes d'� c�t� m'a propos� un mouchoir.
C'�tait Julia.
Une semaine plus tard nous �tions ensemble, amoureux.
C'est mignon ! Mais Julia n'est pas juive.
Oui, mais as-tu d�j� essay� de lui emprunter un peu d'argent ?
Tu es dr�le.
J'ai oubli� de te le dire.
Je suis juive.
Carol, d�sol�e...
"Pardon". J'�tais dans une r�union chiante.
Je ne pensais pas que �a allait durer autant.
�a va, Zeca m'a tenu compagnie. Ton mari est tr�s sympa.
Il est mignon. D�sol�e, je ne t'ai pas pr�venu qu'elle venait.
Heureusement tu �tais l�.
Je vais me changer, je suis comme �a depuis 6h du matin.
- Fais du caf�, Zeca. - J'ai d�j�...
On pourrait sortir. Il y a une soir�e de samba � un bloc d'ici.
Pas question, ch�rie. Je suis r�tam�e. Pas question.
Tu es toujours fatigu�e, Julia, comme une vieille.
Je travaille beaucoup, ma fille !
"Je travaille beaucoup." Moi, je vais danser jusqu'au matin.
Elle est si vivante.
Et toi, Zeca ? Tu aimes la samba ?
- Je pr�f�re le jazz. - Je savais que tu allais dire �a !
Tu as d�j� connu un mari plus cool que le mien?
- Oui. - Il n'est pas super ?
Tu es tr�s joyeuse, je n'ai jamais vu �a. Tous les soirs !
Vous �tes s�rs de ne pas venir ?
Pas ce soir. Je promets que la prochaine fois
je danserai toute la nuit avec toi. - Ok, salut.
Bisous. Amuse-toi.
Salut, Zeca.
- Alors tu as d�cid� de venir ? - Non, j'�cris.
- Je n'avais plus de cigarettes. - Et Julia ?
- Elle dort. - Tant pis.
- Viens ici. - Attends, Carol. Attends.
Le mari de la prof.
- Je vais rentrer. - Non, non. Reste.
Sympa.
Merci.
- Tu en veux ? - Non.
- Prends une taffe. - �a fait longtemps.
Tu ne fumes pas ? Vas-y.
- Je n'aime pas fumer. - Ah, vas-y.
Cool.
- Je crois qu'il faut mieux que j'y aille. - Qu'y a-t-il ?
Attends. Qu'est-ce qu'il y a ?
- Salut. - Salut, Carol.
- Carol, qu'y a-t-il ? - Rien.
Carol, Carol.
- Qu'y a-t-il ? - Rien.
Je me sens fatigu�e. Je vais me coucher.
- On se revoit bient�t ? - Bien s�r. Vois �a avec Julia...
Je pensais ne pas lui dire.
Attends. Tu es en train de me draguer?
Je pense qu'il faut mieux aller te coucher, Zeca.
Salut.
Tu es sorti ? O� es-tu all� ?
Je n'avais plus de cigarettes. Je suis all� en acheter.
Pourquoi tu n'as pas pris les miennes ?
Je ne savais pas que t'en avais... Dors.
Zeca, arr�te de ne penser qu'� �a. Dors.
C'est juste pour une semaine, je ne comprends pas le drame.
Tu n'as rien dit. Ce voyage est arriv� comme �a.
Je t'ai parl� de ce congr�s depuis des semaines.
- Ce n'�tait pas pour tout de suite. - Tu ne m'�coutes pas.
Je t'aime. Je t'appelle d�s que j'arrive � l'h�tel.
D'accord ? Prends soin de toi.
A�roport Santos Dumont, s'il vous pla�t.
Eh, eh !
- Excusez-moi. - Oui ?
- Il n'y avait pas un spectacle de danse ici ? - C'est fini.
Ils sont all�s se produire � S�o Paulo.
- Savez-vous s'ils reviendront ? - Je ne sais pas.
Julia ? Je ne veux plus laisser de messages, mon amie.
J'en ai d�j� laiss� trois, franchement...
Pas besoin d'�tre Sherlock Holmes pour voir ce qui se passait.
L'ennui �tait bien pire que le d�sespoir.
Zeca, je peux nettoyer l�-bas ?
Lorsque j'ai eu marre de souffrir tout seul,
j'ai d�cid� de chercher la seule personne assez patiente
pour m'�couter et m'�clairer un peu.
C'est un nouvel immeuble ?
Quand j'ai achet� il y avait la vue sur la mer.
Maintenant...
C'est super. Et tu pensais devoir quitter Ipanema.
C'est mieux que le trou dans lequel tu vis.
Tu trouves ?
L'odeur est la m�me.
De ce point de vue, Rio est une ville d�mocratique.
Au nord, au sud, au centre, dans les banlieues,
tout le monde partage la m�me odeur de merde.
Ta bonne humeur est contagieuse, papa.
Je peux ?
J'ai fait ton virement.
Je sais. J'ai vu. Je ne suis pas venu parler d'argent.
Je suis venu pour discuter.
J'ai un probl�me.
Julia...
Il y a quelque chose � boire ?
De l'eau.
Whisky.
Zeca, "probl�me avec les femmes" est presque toujours exag�r�.
Des probl�mes avec Julia ?
Elle a un amant ?
Plus ou moins.
Ou c'est toi ?
Plus ou moins.
Sois plus pr�cis.
Julia me trompe.
Elle a une aventure. Elle ne me l'a pas dit, mais...
Mais ce n'est pas un "mec",
c'est une fille.
C'est une...
Et je crois que je suis amoureux d'elle.
Pas de Julia, de...
De "l'autre femme."
Ta m�re m'a convaincu
de n'avoir qu'un seul enfant.
Elle pensait qu'il serait plus facile d'�lever...
un seul enfant
Donner...
la meilleure �ducation, concentrer...
tous les efforts...
et r�unir toutes les conditions pour faire de notre enfant...
un vrai homme.
Elle pensait que ce serait plus juste.
Aujourd'hui...
je m'aper�ois...
qu'on avait tort.
On aurait d� avoir un autre enfant.
Tu m'aides beaucoup l�...
Il n'y a que toi pour me remonter le moral.
Je suis en train de dire que c'est de ma faute.
- Je t'emmerde, papa. - Ma faute et celle de ta m�re.
Zeca, on t'a trop g�t�.
On ne peut pas �lever un enfant, un homme comme �a.
Il doit apprendre � �tre plus responsable
envers lui et les autres.
Sinon, il vieillit,
mais ne devient pas un vrai homme.
C'est ce qui Levi Strauss dit
� propos des civilisations en dessous de l'Equateur :
On y va de l'enfance � la vieillesse sans atteindre la maturit�.
Je suis venu pour que tu m'aides, pas pour que tu te foutes de moi.
Et j'emmerde Levi Strauss !
"Lorsque j'�tais un enfant, je parlais comme un enfant,
maintenant que j'ai grandi
je dois �carter les sujets d'enfant."
C'est Paul.
- Paulo Coelho ? - Paulo Coelho ?
Suis-je du genre � citer Paulo Coelho ?
C'est Paul de Tarse,
Deuxi�me �p�tre aux Corinthiens.
Paulo Coelho...
- O� vas tu ? - Au lit.
Et moi ?
Zeca, tu dois grandir.
Tu as cr��e tes probl�mes,
il n'y a que toi pour les r�soudre.
Papa ?
Je peux dormir ici ?
Au d�but ils �taient trois.
La bonne reine, le g�ant r�leur
et le gar�on.
pour un lieu tr�s lointain.
Un royaume perdu entre le il-�tait-une-fois
et plus-jamais.
Le gar�on est rest� sous la garde du g�ant,
mais le g�ant, en plus d'�tre r�leur �tait lourdaud,
et ne savais pas s'occuper d'un enfant.
Il n'avait jamais de temps pour le gar�on.
Alors, le gar�on a grandi tout seul.
D'ailleurs, le gar�on n'a pas grandi
il a d�cid� de rester un gar�on pour toujours.
Quoi ?
Quelle �ge j'avais lorsque j'ai �crit cela ?
12 ans.
J'�crivais bien pour mon �ge.
T'as toujours bien �crit.
Dommage que tu ne le crois pas.
Papa...
que dois-je faire ?
Que dois-je faire de ma vie de merde ?
Finir ton roman serait un bon d�but, Zeca.
Tu ne penses qu'� �a !
Pourquoi tu ne l'�cris pas toi m�me, putain ?
Fais chier !
Et toi ? Tu ne penses qu'aux chattes.
Au moins je ne vais pas finir vieux et seul comme toi.
Entour� de d�chets.
Le pire c'est ce qui va t'arriver.
Tu vas finir seul, amer, frustr�...
de ne jamais avoir fait une chose valable dans la vie.
Je vais faire un caf�.
T'en veux ?
Un t-shirt, je veux sortir.
� chaque fois que je marche � lpanema,
il me semble entendre Tom Jobim.
Je m'identifie toujours � cette chanson.
"Je n'aime pas la pluie, le soleil, je n'aime rien du tout."
Ma vie �tait un d�sastre incroyable.
Mais parfois la vie sait comment �tre ironique.
Quelqu'un l� haut aime nous taquiner.
Devine qui c'est ?
Salut.
- Tu n'es pas � S�o Paulo ? - Moi ? Et rater cette plage ?
Je suis pass� au th��tre et on m'a dit
que tu dansais � S�o Paulo. - Je n'ai pas voulu y aller.
Tu sais, je me lasse tr�s rapidement des choses.
Je pense que je dois vivre mille choses au m�me temps.
Sinon je m'ennuie.
Je vois.
On y va � l'eau ?
- Non. - Allez !
- Viens avec moi. - Je n'ai pas de maillot de bain.
- Tu n'as rien en dessous ? - En sous-v�tement ?
Tu crois que quelqu'un va s'en soucier ? C'est Ipanema, on y va...
Non, je n'y vais pas. Reste, reste.
Allez ! Viens, Zeca !
Viens ! Allez !
Viens vite !
Merde ! Putain. Que Dieu me pardonne !
Tu as des tr�s belles fesses, tu sais ?
Merci.
M�me si c'�tait le dernier compliment que j'esp�rais entendre.
Qu'est-ce que tu embrasses bien.
- Je ne pense que �a va pas marcher. - Pourquoi ?
- Tu sais pourquoi. - Pourquoi ?
Julia, tu l'as oubli� ?
Qu'est-ce qu'il y a Julia ?
Qu'est-ce que tu penses de tout �a ?
Lorsque j'ai su j'�tais...
Mais apr�s, il est arriv� une chose absurde.
Je suis tomb� amoureux de toi.
Je n'arr�te pas de penser � toi m�me pas une seconde.
- T'es s�rieux ? - Quoi ?
Je n'arrive pas � te sortir de ma t�te.
Je te veux.
On va chez moi ?
Attends, attends.
Laisse-moi me pr�parer.
Je reviens. Fais comme chez toi.
Attends, attends !
Qu'est-ce que c'est que ce machin ?
Bite, bite, bite...
Qu'est-ce que c'est ?
Enl�ve ce truc de l�. Enl�ve ce truc.
- C'est un jouet. - Un jouet, mon cul.
- T'as peur? - C'est quoi ce bordel, ma fille ?
- Qu'est-ce que tu veux ? D�gage ! - Viens ici.
Non, d�gage. Fous le camp. Enl�ve cette merde !
Enl�ve cette merde, s'il te pla�t.
Je ne comprends pas. Je pensais que tu allais aimer !
Viens, ch�ri.
- Nous sommes all�s si loin ! - Non, d�gage !
Assieds-toi l�-bas.
Assieds-toi l�-bas.
- Quel bordel ! Merde ! - Tu n'es pas fou de moi?
Tu vas rater ta chance ?
Je veux que tu saches que je ne jamais utilis� cette merde.
C'est toujours le temps pour de nouvelles exp�riences.
Viens ici...
�teins la lumi�re. Je ne veux pas voir ce machin.
Qui ne voit rien, ne sens rien.
Ce sera bon. �a va faire juste un petit peu mal. Je te promets.
Donne-moi ton petit cul.
Bien s�r, Carol a menti et �a a fait tr�s mal.
Maintenant j'ai compris l'ancien dicton br�silien :
"Je suis all� chercher de la laine, je suis rentr� tondu."
Zeca, c'est moi. R�ponds.
Je veux te voir. R�ponds, Zeca.
Zeca, mec, r�ponds. J'ai besoin de te parler.
Carol a appel� une, deux... des milliers de fois.
Je n'ai pas eu le courage de r�pondre.
En m�me temps, je n'arr�tais pas de penser � elle.
Elle �tait si belle !
Mais lorsque je visualisais le tout,
je voyais cette bite d�goutante qui d�rangeait tout �a.
Le retour de Julia m'a aid� � r�cup�rer ma masculinit� �branl�e.
Mais j'�tais un m�le triste, frustr�. Je ne pensais qu'� Carol.
T'es s�r que tu ne veux pas aller au cin�ma ?
Je ne peux pas. Je dois �crire.
C'est comme �a que j'aime !
Je voyage, tu commences � �crire, t'es tout affectueux, joyeux...
Je vais aller � S�o Paulo plus souvent.
- Mon beau, la porte... - J'y vais.
- Salut. - Qu'est-ce que tu fais ici ?
Je vais au cin�ma avec Julia. Est-elle pr�te ?
- Carol, j'arrive dans 5 minutes ! - Ok.
- J'ai besoin de te parler. - Arr�te...
- Je veux te revoir. - Arr�te �a. Je te l'ai d�j� dit.
Viens chez moi demain, s'il te pla�t.
Dis-donc, tu es superbe.
Mon beau, tu peux me donner un peu d'argent ?
Tiens.
- Tu ne veux vraiment pas venir ? - Non. Je dois �crire.
Ok. Je t'aime.
- On ne rentre pas tard. - Amusez-vous.
Salut.
- Je suis venu parce que... - Je dois te dire quelque chose.
- Dis-le. - Non, dis-le toi.
Je t'aime bien.
- Moi aussi. - Ce qui s'est pass� l'autre nuit...
- Ne parle pas de �a. - Je ne l'avais jamais fait.
- Oublie �a. - Je n'avais jamais fait ce jeu.
Comment �a ?
Tu es le seul homme qui m'a laiss� le faire.
C'�tait la premi�re fois que je l'utilisais.
Je n'avais jamais eu le courage de l'utiliser.
Je suis un idiot. Je l'ai m�rit�.
- Je suis path�tique. - Tu es merveilleux !
C'est la baise la plus sinc�re que j'ai jamais eue.
C'est vrai. Tu t'es donn� � moi !
Tu m'aimes vraiment?
Bien s�r que oui !
Je suis tout � toi.
Cette nuit l� je me suis veng�.
La vengeance est un plat...
qu'on mange tr�s, tr�s doucement.
O� �tais-tu pass� hier ? Je ne t'ai pas vu rentrer.
Mon p�re m'a appel�.
Vous vous �tes rencontr�s ?
Je suis all� chez lui.
C'�tait bien ?
Ah, mon amour.
T'as d�j� pens� baiser devant plein de monde ?
- Dis-moi la v�rit�. - Quelle id�e...
Je vais te baiser ici, dans ce th��tre.
Sur la sc�ne, devant tout le monde, salle comble...
Julia assise au premier rang, bien s�r.
- Tu as foutu en l'air mon fantasme. - Tu es plein de fantasmes.
Tu sais pourquoi ? J'agis, je pense, je parle,
comme si j'�tais un personnage, dans un roman, tu comprends ?
C'est en train d'�tre �crit, ici, maintenant. Tu vois ?
Ton psy te laisse sortir,
aller � la plage, baiser ?
Il m'a recommand� de ne pas avoir beaucoup de contact humain,
mais je m'approche des gens lorsque je pense que ce sont des personnages aussi.
Que suis-je pour toi ? R�alit� ou fantaisie ?
Tu es un r�ve.
C'est dingue.
- Dis-moi une chose. - Quoi ?
Combien d'hommes tu as eu avant moi ?
Quelle question. Laisse-moi voir...
Je pense 17.
Carol !
Merde !
J'ai oubli� qu'on avait rendez-vous.
Habille-toi, vite !
- Merde, Carol. Putain. - Cache-toi dans les toilettes.
Carol !
Carol, envoie-moi la cl�.
Merci.
- Je suis presque pr�te. - Je ne comprends pas.
Je pensais qu'on allait rester ici.
Je veux voir un film... J'ai oubli� de te le dire.
Depuis quand tu choisis les films ?
Il y avait une super critique dans le journal.
Regarde. Je meurs d'envie de voir. Attends une seconde.
Je pense que ce film n'est pas bien. Tu es folle.
- On y va ou on sera en retard. - �a doit �tre chiant, Carol.
Je suis s�re que ce film est horrible.
Merde !
Putain.
Bonjour !
Qu'est-ce que c'est que �a ? C'est si beau, Julieta.
Zeca, j'ai quelque chose � te raconter.
Qu'est-ce que c'est ? Dis-moi.
Tu sais le cours de doctorat � Paris pour lequel j'ai postul� ?
Je viens de recevoir un email !
J'ai �t� accept�e � la Sorbonne, Zeca !
Un an, tous les deux � Paris, tous frais pay�s !
- C'est pas merveilleux ? - Habiter � Paris ?
L'argent ne sera pas un probl�me. C'est une bourse.
Et avec l'argent de ta m�re on sera bien.
- Un an, m�me... - Nous, mon amour ?
Bien s�r, mon amour. Nous.
Qu'y a-t-il ? Ca na te fait pas plaisir ?
- Si, mais... - Mais quoi, Zeca ? C'est Paris.
- J'ai d�j� v�cu � Paris. - Mais pas moi, merde !
Ce n'�tait pas dans mes plans d'y habiter � nouveau, c'est tout.
Alors, dis-moi quels sont tes plans, car je ne sais pas.
Et que je sache, tu ne fais rien.
Je pensais...
nous me devons pas nous d�cider tout de suite...
Nous avons encore un peu de temps.
Mais si tu ne veux pas...
Je ne vais pas mourir si je ne vais pas � Paris...
Je ne sais pas mentir. Je vais faire comme �a.
- Je vais la quitter. - Tu es fou ?
- C'est tout ce que je peux faire. - Quelle id�e stupide.
Je ne peux plus mentir. Je ne peux plus rester...
- Je me sens un salaud. - Et je suis une salope ?
- C'est diff�rent. C'est ma femme. - Et ma meilleure amie.
- Tr�s bonnes amies. - Tr�s bonnes.
- Des amies tr�s "intimes". - Intimes, oui.
Tu ne comprendras jamais. Je l'aime beaucoup.
- Et moi ? - Je t'aime beaucoup aussi.
Tu ne vois pas que c'est moralement injuste ?
Arr�te d'�tre si carr�, Zeca.
Je ne veux pas perdre Julia, je ne vais pas la perdre.
- C'est absurde. - C'est bien comme �a. Pourquoi tout foutre en l'air ?
Idiot, je t'aime.
Carol avait raison.
Si tout allait bien, pourquoi compliquer les choses ?
Je vivais dans le meilleur des mondes.
Je passais les nuits avec Julia, les apr�s-midi avec Carol.
Je me sentais dans un spectacle de vaudeville,
� sortir par une porte et entrer par une autre.
Litt�ralement parlant.
Mais ces entr�es et sorties ont commenc� � me briser.
Je n'avais pas la structure �motionnelle,
et moins encore l'�nergie pour tenir deux femmes.
Certaines personnes n'arrivent pas � �tre heureuses.
Tout allait bien, je devais �tre l'homme le plus heureux au monde.
Mais il fallait que je trouve une faille.
� ce moment-l�, rien ne me semblait pire
que de partager deux femmes merveilleuses.
C'est un peu confus ? Je suis un mec confus.
En tout cas, j'ai d�cid� d'en finir.
J'ai imagin� un plan g�nial... Infaillible.
Je suis en retard, mon amour.
- Zeca, je suis en retard. Attends. - Reste, ma belle.
Je ne peux pas.
J'adore quand tu te r�veilles amoureux,
mais tu ne le seras plus � mon retour dans 4 heures ?
Si tu reviens vite.
- Je reviens apr�s le d�jeuner. - A quelle heure ?
Je ne sais pas...
- Ah, Zeca. - � quelle heure apr�s d�jeuner ?
Pourquoi ? Tu veux faire un planning pour l'amour ?
Je veux attendre. Je veux �tre pr�t, ici.
Je ne sais pas, 14h. C'est bon pour to i?
Alors, � 14h.
D'accord.
14h c'est pas 14h30.
Ou 14h15.
- Salut. - Salut.
Que fais-tu ici ? On avait rendez-vous ?
- Tu me manquais. - C'est mignon.
- Tu veux aller � la plage ? - Non, on va chez moi.
- Et Julia ? - Elle ne rentre que ce soir.
Nous avons toute la journ�e !
- Mais il fait si beau. - Oublie la plage.
On va chez moi. J'ai envie de toi.
Attends, c'est un peu bizarre. Ici, dans votre lit ?
- Ce n'est pas bien, hein ? - Il n'y a pas de danger.
Julia, mon amour...
- Julia, je peux t'expliquer. - Tais-toi, salope !
Julia, ne fais pas �a !
L�che-moi ! Ne me touche pas ! L�che-moi !
- Ma belle... - Ma belle, mon cul.
- On va parler. Calme-toi, mon amour ! - Garce, salope !
Calme-toi, mon amour.
Je me sentais un enfoir�, mais mon plan fonctionnait.
Chez moi !
J'allais me d�barrasser d'une, garder l'autre.
Peu importe laquelle. Tout allait redevenir normal.
Habille-toi, salope !
- Calme-toi. Calme-toi. - Calme-toi, mon cul !
- Mais tout d'un coup... - D�gage.
Pas toi, ma fille. Assieds-toi, j'ai encore des choses � dire.
D�gage, Zeca !
- Que veux-tu dire ? - Tu es sourd, imb�cile ?
- Comment �a ? On va parler ! - Sors d'ici, sors d'ici !
Attends, calme-toi, ma belle. Calme-toi.
Sors de cette maison, Zeca !
- Julia. - Sors d'ici !
�a ne pouvait pas �tre vrai.
Je me suis rendu compte que mon plan n'�tait pas super.
Abruti.
Qu'est-ce que c'est que �a ?
Tu ne vas pas me parler ? Tu ne vois pas...
Qu'est-ce que tu crois, imb�cile ?
- Laisse-moi t'expliquer ! - Expliquer ?
Zeca, je ne suis pas int�ress�e � t'�couter.
Pour �tre franche, va te faire foutre !
Vous avez compris ce qui s'est pass� ?
Moi non plus.
J'ai pass� des heures � imaginer ce qui s'est pass� entre les deux.
Je ne pouvais imaginer qu'une chose :
Je suis d�sol�e...
Comment Zeca est entr� dans tout �a ?
C'�tait cens� �tre une aventure.
Mais on a fini par devenir trop impliqu�s.
Pardonne-moi, s'il te pla�t.
S'il te pla�t.
Partons d'ici.
Je ne sais pas si c'est ce qui s'est pass�.
Je l'imagine.
Mais je suis devenu un figurant dans ma propre histoire.
Et comme tout figurant, �cart� de la sc�ne suivante.
Apr�s �a, les jours ont �t� terribles et les nuits encore pires.
M�content d'�tre le responsable de mon propre malheur,
j'ai essay� de r�gler la situation.
Mais comme toujours,
essayer de r�gler les choses peut s'av�rer encore pire.
D'abord, j'ai cherch� Julia.
D�gage, s'il te pla�t.
S'il te pla�t, Julia ! S'il te pla�t !
Rentre � la maison, Julia !
Ne me fais pas �a, Julia !
Ensuite j'ai cherch� Carol...
Carol !
Imb�cile. Fous le camp ! Fous le camp !
Ma souffrance n'�tait pas encore finie.
Il manquait le coup de gr�ce.
Julia est venue ici aujourd'hui.
Julia ?
Tu l'as vu ? Tu lui as dit que je suis dans la merde, je...
Pour l'amour de Dieu, Zeca, un peu de dignit�.
Pourquoi j'allais faire �a ?
�a n'aurait servir � rien. Elle part.
Elle part ? Comment �a ?
� Paris. Elle a une bourse, je crois.
- Je ne le crois pas... - Elle a m�me achet� les billets.
Des "billets"? Combien de billets ?
Elle a dit des billets.
Ce n'est peut-�tre pas le bon moment de te dire �a...
Julia n'�tait pas pour toi. Elle a toujours �t� tr�s m�re,
d�cid�, ambitieuse...
�a me surprend que �a a dur� si longtemps.
Il n'y a qu'une chose � faire :
Assieds-toi devant l'ordinateur
et finis ce putain de livre.
J'ai beaucoup pens� � me tuer durant ces jours-l�.
J'allais fermer les fen�tres, sceller tout,
et allumer le gaz.
Je mourrais endormi, r�vant de Carol et de Julia,
toutes les deux avec moi au lit,
tous les trois en train de baiser comme des fous.
Je serais mort en bandant !
Pourquoi je ne l'ai pas fait ?
Non, je ne parle pas de me tuer.
Ces id�es morbides ne durent pas trop dans ma t�te.
Pourquoi je ne les ai pas gard�es toutes les deux ?
Tout allait bien, tout le monde �tait heureux.
Pourquoi avoir d�cid� d'�tre le gentil et tout g�cher ?
Je n'avais pas de r�ponse.
J'�tais vraiment trop con.
J'ai d�cid� de boire jusqu'� oublier mon nom.
Quand j'�tais pr�s de l'oublier quelqu'un a d�cid� de me le rappeler...
Rubem Fonseca !
Tu ne te souviens pas de moi ? Ingrat, ingrat !
Mais moi je me souviens tr�s bien de toi, mec.
J'ai dit que je ne suis pas Rubem Fonseca, putain !
Le nom n'est pas important. C'est le style qui compte !
Oublie-moi. L�che-moi. Laisse-moi tranquille.
Dis-donc, t'es vraiment au plus bas !
Oh, oh ! Viens chanter pour te remonter le moral, mec !
Viens chanter pour te remonter le moral. Eh !
Eh, arr�te. Arr�te �a, folle.
Super. Tr�s bien. Merci, tr�s bien.
Qu'est-ce qu'il y a, mec ?
Crise cr�ative ? Tu n'arrives pas � �crire ?
- C'est �a ? - Laisse-moi, s'il te pla�t.
Je sais ce que c'est.
Des trucs du coeur, hein ?
Tu as �t� largu� ?
C'est �a, le po�te ?
Tu as �t� largu� ?
C'est chiant, n'est-ce pas ? �a fait mal.
�a fait mal, je sais.
Ne reste pas comme �a.
Mec, ne reste pas comme �a.
Tu sais quoi ?
Tu sais quoi ? J'ai un rem�de pour �a.
Tu le savais ?
Tu sais la seule chose qui peut le gu�rir ?
Une baise, tu connais ? Une baise.
Tu sais ? Une super baise ?
Une baise hallucinante ?
Tu comprends ?
C'est vrai, mec. Tu peux me faire confiance.
- C'est certain. - Sortez cette fille d'ici !
Eh, on trinque. On trinque, po�te ?
Eh, Nelson, � la super baise !
C'est �a !
Baise, baise, baise, baise. Super baise.
Buvons !
Nelson, qu''est-ce que tu as de bon pour nous ?
�a c'est bien. �a marche.
Bois, bois!
Bois.
Super.
Quelle maison de fous !
J�sus !
�a va ?
Oui.
Tu vas bien ? Regarde-moi. �a va ?
Arr�te, merde.
Tiens. Prends-en.
Merde. Attention, l�ve-toi. Attention.
Attends. Non, attends.
J'ai touch� le fond.
Mon s�jour en enfer �tait fini.
J'ai appris ma le�on.
Mais si tout �tait fini,
pourquoi ne pas avoir une fin �difiante ?
Mon p�re avait raison.
J'avais 30 ans et il �tait temps de commencer � agir comme un homme.
J'avais 30 et un roman � finir.
Des histoires d'amour ne durent que 90 minutes.
Dans la vie il y a des histoires plus longues et int�ressantes.
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