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- Vous n'allez pas boire ça ? - Mais si.
Rien de tel qu'un café qui reste six ou sept heures sur la plaque.
Associé à un délicieux lait d'avoine,
cette substance bitumeuse
- devient un café au lait à part entière. - D'un point de vue chimique...
Qu'il s'empoisonne s'il le veut.
Ce n'est pas du poison, c'est pour les nerfs.
J'ai une pile d'examens à corriger avant 17 h.
- Faites-le chez vous. - Non, je...
D'ailleurs, je dois y aller.
Bon week-end, adieu et à bientôt.
- Une seconde. - Quoi ?
Il faut qu'on parle.
Je dois rentrer, me doucher, manger et aller bosser avec ma femme.
Si je n'y suis pas à 15h30,
ce sera le dernier vendredi de ma vie,
malgré mon penchant pour les vendredis.
Vous vous êtes encore garé sur ma place ce matin.
C'est la vôtre ?
Votre propre place de parking ?
Je n'ai pas vu de panneau.
- Ne jouez pas aux idiots. - Laissez tomber. Il ne joue pas.
Ça fait mal venant de vous !
Il y a des règles dans ce lycée, M. Mertens.
J'ai la place près de l'entrée depuis le départ du Dr Clausen.
Il y a 11 ans. Tout le monde respecte cette règle.
J'aime beaucoup cette place.
On entre vite dans l'école, et surtout, on en ressort vite.
Ravi de vous avoir parlé.
- Bon week-end. - Vous êtes un mufle !
Et de plus, je m'en vais !
- On a frappé. - On a tous entendu.
- Qui ça peut être ? - On s'en fiche.
Pas un élève, j'espère. Je ne supporte pas
les élèves de 14h30.
Ceux de 10h30 ne sont pas mieux.
Il y a une note sur la porte depuis toujours :
Pas d'élèves dans la salle des profs.
- Et pourtant, c'est quotidien. - On se croirait à l'école.
La salle des profs est un lieu de retraite et de préparation.
Je ne m'allonge pas sur le canapé crasseux du 3e âge.
Vous devriez peut-être. Pour vous rapprocher de vos élèves.
C'est la dernière chose que je veux.
Ça recommence.
C'est peut-être un pivert.
Si on l'ignore, il partira peut-être.
Ou on ouvre.
Ça vous plairait ? Qui êtes-vous ?
Sara Schuster.
Professeur stagiaire en biologie et en anglais.
- Je me suis déjà présentée. - Les stagiaires vont et viennent.
- Je suis enseignante. - Ils vont et viennent aussi.
Êtes-vous une féministe moderne, Mlle Schuster ?
C'est madame, merci d'utiliser le bon terme.
Récemment, une élève m'a demandé d'utiliser son pronom choisi.
D'après "iel", je dois l'appeler "iel".
N'importe quoi !
Ça n'a aucun sens sur le plan scientifique.
La chimie non-binaire n'existe pas.
On pourrait en discuter avec le personnel. Si...
"le personnel" est inclusif.
N'est-ce pas ?
Quelqu'un devrait ouvrir avant que la tension ne nous tue.
Pourquoi pas notre jeune collègue ?
Mme Schreiber ?
Mme Schuster !
Peu importe. S'il vous plaît.
Pourquoi Mme Schuster et pas vous ?
C'est bon. J'ai compris.
Pas de problème.
Les stagiaires hommes et femmes commencent au bas de l'échelle.
Si j'ouvrais la porte, ou Mme Lohmann, ce serait absurde.
- On est enfermés ! - Allons, Peter.
- C'est pour vous, M. Engelhardt. - Je ne parle pas aux élèves.
Ce n'est pas un élève. C'est un père.
- Pire encore. - Que veut-il ?
Dites-lui que je suis parti.
Il vous entend !
Maintenant, il sait.
D'accord, je m'en occupe.
- M. Engelhardt ? - Je veux lui parler.
Super, entrez.
- Vraiment ? - Oui !
Comment vous appelez-vous ?
Prohaska. Je suis le père de Fabian Prohaska.
Voici M. Prohaska,
le père de Fabian.
Je reçois le mercredi à 10 h.
Mais c'est urgent.
Tout est toujours urgent.
Le changement climatique ou la crise des réfugiés.
Tout le monde prend ses petits problèmes trop au sérieux.
Ce n'est pas juste.
Les gens inquiets ont besoin d'une oreille amicale.
Et si c'est urgent,
on doit être là.
Comment pouvons-nous vous aider ?
Fabian a un problème ?
M. Engelhardt est son problème.
J'aimerais vous parler. En privé. Très brièvement.
S'il vous plaît.
Comment s'appelle votre fils ?
Fabian Prohaska. Je suis son père.
Je connais votre fils.
Il est très gentil.
- Il n'est pas de cet avis. - Balivernes.
Je n'ai ni compassion ni antipathie.
Tout ce qui m'importe, c'est la performance d'un élève.
Où voulez-vous en venir ?
Il a eu une conversation avec mon fils hier...
J'ai expliqué à votre fils que d'après mon dossier,
il mérite un D.
Exactement.
Encore un point, et il pourra passer le bac.
- Il ne s'agit que d'un point. - Qu'il aurait pu gagner.
Supplier ne sert à rien.
J'essaie de vous convaincre de ne pas gâcher son avenir.
Écoutez, M. Prohaska. On a une réunion lundi.
On parlera de tous nos élèves.
Fabian aura sa chance.
M. Engelhardt doit changer d'avis. C'est pour ça que je suis là.
Je n'ai pas d'avis, j'ai des résultats impartiaux.
Je l'ai dit à votre fils.
Il ne faut pas donner de faux espoirs.
C'est immoral.
Tout le monde n'est pas obligé de passer le bac.
Mais Fabian, si.
Votre fils a eu dix ans pour se préparer,
soit cinq ans de trop dans son cas.
On ne devrait pas garder les mauvais élèves.
- Je l'aurais écarté depuis longtemps. - Écarté ?
Il pourrait déjà en être à sa première démission de stage.
C'est comme ça que vous parlez de mon fils ?
C'est comme un diagnostic de cancer.
C'est dur à accepter au début,
mais l'acceptation vient avec le temps.
Parfois, c'est les gènes ou le caractère.
Il faut vivre avec.
Vous me laissez passer ?
Éloignez-vous de la porte. Je dois partir.
Vous restez.
- Pardon ? - Vous restez.
Vous restez tous !
Je dois retourner dans mon service.
Il y a une expérience en cours.
- Ça pourrait exploser. - Vous restez aussi !
- Je ne connais même pas votre fils. - Et alors ? M. Engelhardt non plus !
Qu'espérez-vous obtenir ? Ça ne me fera pas changer d'avis.
La journée ne fait que commencer.
Trois minutes sont déjà passées. Ça suffit. Poussez-vous.
- Ça vous plairait ? - Poussez-vous !
Poussez-vous.
Pardon.
- Vous m'avez frappé. - Le sang va affluer à votre cerveau.
C'est comme ça qu'on traite les parents inquiets ?
Non, mais si ça les empêche de faire un scandale, ça me va.
On appelle ça argumentum baculinum.
Asseyez-vous.
Asseyez-vous.
Bougez-vous !
M. Prohaska, calmez-vous.
Pourquoi cette arme ? C'est idiot.
Rangez-la.
Personne ne bouge.
Ou...
je vais devoir tirer.
Ne vous inquiétez pas. Ce n'est pas une vraie arme.
J'en ai déjà vu. C'est un pistolet à air.
Quoi ?
Comme les fusils à air comprimé, mais mieux conçus.
Vous êtes fou ?
C'était un cadeau de nos homologues à Toulouse !
Vous n'auriez pas pu tirer sur M. Mertens à la place ?
Qu'est-ce que vous faites ? Vous nous prenez en otages ?
S'il le faut, oui.
M. Prohaska, comme je vous l'ai dit,
nous avons une réunion lundi.
Inutile de s'emballer.
Votre réunion a lieu ici. Tout de suite.
Merci.
Au bout du compte, mon Fabian aura son point.
- Il le mérite ! - Sinon, vous nous tirez dessus ?
Votre fils n'aura pas le bac.
On peut lui accorder ce point. N'est-ce pas, M. Engelhardt ?
Fabian obtient le point et on peut rentrer chez nous.
- Il faudra me passer sur le corps. - Avec plaisir.
Si on cède à vos menaces, à partir de lundi,
on aura des parents armés tous les jours.
Nous ne le permettrons pas.
Vous ne changerez pas ce bon à rien
qu'est votre fils en utilisant la violence.
- Vous parlez de mon fils comme ça ? - Mon Dieu !
Vous savez combien de fois j'ai eu cette discussion inutile ?
Les parents projettent n'importe quoi sur leurs légumes génétiques
pendant que les autres en paient le prix.
Quelle façon de parler des élèves !
- Vous êtes cynique ! - Non.
C'est de l'honnêteté.
Nous entassons des millions de décérébrés congénitaux à la fac
saturant le marché du travail avec des diplômés voués à l'échec.
C'est la vérité.
Vous allez trop loin.
On ne doit pas décider si Fabian est fait pour l'université,
mais plutôt si on doit lui accorder un an de plus pour mûrir.
N'importe quoi ! Il a redoublé deux fois.
C'est sa dernière chance.
Je vous demande de ne pas gâcher
sa dernière chance de passer le bac.
On va faire ça. Fabian aura le point bonus.
Conversation terminée. vous rangez le flingue
et tout le monde est content.
- Non. - Quoi ?
- C'est pas ce que je veux. - Alors quoi ?
Je veux qu'il soit jugé équitablement.
Vous ne le prenez pas au sérieux.
Il est doué.
- Vraiment ? - Oui.
Je suis convaincu.
Je pense aussi qu'il y a des exceptions à la règle.
On ne vous a rien demandé.
Je dois retourner dans ma salle.
Sinon, mon expérience va exploser.
Arrêtez ! Vous voulez appeler la police.
L'idée ne m'a pas traversé l'esprit. Je le jure.
Je vais couper le gaz et je reviens.
Ça suffit !
Vous faites votre réunion ici et maintenant.
Comment l'avez-vous imaginé ?
C'est simple. Vous parlez tous de mon fils.
Vous discutez de ses réussites, de son comportement
et de ses perspectives avant d'arriver à un verdict commun
basé sur votre discussion.
Plutôt que des notes mesquines dans votre carnet ridicule.
Ce carnet ridicule est la base d'une évaluation juste,
et ni vous ni votre arme ne pouvez...
C'est la loi de la rue.
Non.
C'est de la légitime défense.
Parce que j'en ai assez.
J'ai quatre enfants.
Vous savez ce que ça veut dire ?
Deux fois douze,
et deux fois treize ans d'études.
Sans parler des redoublements.
Ce qui fait un total...
de 50 années d'école que me femme et moi avons vécues.
- Sacré bilan ! - Sans compter nos années d'école.
- Négligeables, sans doute. - Cinquante ans d'école !
Rien que des soucis et un sentiment d'infériorité.
J'en ai marre d'être face à des gens comme vous
et de défendre mes enfants pour qu'ils aient une chance.
Savez-vous à quel point c'est humiliant de passer
des décennies de sa vie
à supplier pour un point ici ou un D moins par là ?
Dès le CM2,
on leur dit qu'ils n'iront pas au lycée avec cette attitude !
C'est de la tactique terroriste !
Mais n'avez-vous jamais envisagé d'autres formes d'école ?
- Il y en a beaucoup. - Je sais. Il y a plein d'options
dans le privé !
Les riches retirent leurs enfants du publique
pour les placer dans le privé,
mais je ne suis pas riche !
- Je travaille à la mairie. - Mes condoléances.
Vous savez ce que mon fils m'a dit hier ?
"Je n'y arriverai pas, papa.
Je te déçois beaucoup."
Je vous le demande, M. Engelhardt, un garçon de 19 ans doit-il
ressentir ça à cause d'un point ?
Je ne parle pas de 20 points, mais d'un seul point,
qui est la mesure de la valeur humaine.
- Je ne répondrai pas. - Je veux que mon fils soit heureux !
Vous foncez tête baissée vers le malheur.
Ça n'a aucun sens.
Soyez raisonnable.
Il n'est pas trop tard.
Je dois rentrer, ou c'est ma femme qui me tuera.
Vous...
allez faire...
votre réunion.
Nous aimons tenir nos réunions
dans la salle de réunion, à la table de réunion,
pas dans la salle des professeurs.
Rapprochez trois ou quatre tables,
et vous aurez votre table de réunion.
Allez !
Rapprochez-les !
Qu'est-ce qui vous prend ?
- Vous ne voulez pas aider ? - Certainement pas.
Moi non plus.
Et vous ?
Vous superviserez la conversation
et tuerez ceux dont l'opinion ne vous plaît pas ?
Je m'en vais. Je ne veux pas vous influencer.
Puis-je avoir vos téléphones portables ?
On n'a pas de portables.
Bien sûr que non. Donnez-les-moi !
Il a raison. On n'a pas de téléphones ici.
Ils sont dans la boîte chez le principal.
La quoi ?
La boîte à appareils.
Vous pouvez vérifier. On les remet le matin
et on les récupère avant de partir.
Il y a une boîte pour les élèves et une pour les professeurs.
On a créé le projet avec le conseil des élèves.
J'ai co-initié le plan pilote pour une école sans portable.
C'était une idée brillante.
Personne n'a de téléphone ?
Non.
Honnêtement.
Je le crois.
Où mène cette porte ?
La salle d'attente du proviseur.
Fantastique.
Très bien. Fantastique.
On va procéder comme ça.
L'horloge indique 14h50.
Je reviendrai à 16 h pour votre décision.
Vous avez perdu la tête.
C'est fermé.
Ne criez pas à la fenêtre, je serai le seul à entendre.
Pas d'entourloupe.
Je passerai régulièrement
pour vérifier ce que vous faites.
Bien. 16 h.
J'ai failli oublier.
Vos noms.
Pourquoi voulez-vous nos noms ?
Vous savez à qui vous avez affaire.
Vous êtes M. Engelhardt.
- Et vous ? - Peter Mertens.
C'est Mme Lohmann.
Vous êtes une légende. Pour mes enfants aussi.
C'est M. Arndt. Puis-je vous demander votre nom ?
Vogel. Bernd.
Schuster.
Merci à tous.
16 h.
Et maintenant ?
On va parler de son fils.
Vous n'êtes pas sérieux.
Plus vite on aura fini, plus vite on partira.
C'est pas une mauvaise idée.
Ça nous donne l'occasion de faire du team building.
Pardon ?
"Team building." C'est quoi, ce jargon ?
La structure de communication
dans cette école peut être perçue comme vieillotte.
Vieillotte ? Comment ça ?
Il est possible d'innover dans l'évaluation des performances.
- On a eu un séminaire à a fac. - Un séminaire à la fac.
Épargnez-moi, je n'ai pas besoin de séminaire.
Je suis ici depuis 30 ans, et je n'ai jamais eu de problème.
- Je ne fais qu'imaginer... - N'imaginez rien. Sachez-le.
C'est la connaissance qui compte. Pas la vérité perçue ou l'intuition.
L'éducation n'est pas une demi-connaissance
ou une approximation, c'est la connaissance.
Compris ?
Nous sommes ici pour les préparer, pas pour les divertir ou les élever
au cas où leurs parents auraient échoué.
Vous avez beaucoup à apprendre.
Ils ne veulent plus du savoir. Ils veulent être éblouis.
Des profs clowns. Mais qu'en est-il de l'éducation
quand j'ai des élèves immatures, gâtés, irrespectueux,
et des parents violents ?
Exactement. C'est hors de question.
- Je ne l'imaginais pas. - Arrêtez d'imaginer, bon sang !
Pourquoi je parle de ça ? Quel âge avez-vous ?
Quel âge dois-je avoir pour être prise au sérieux ?
Si vous pensez qu'il y a matière à discuter,
vous vous trompez. C'est inutile.
Je pense qu'on peut en discuter.
- Pourquoi il lui manque un point ? - C'est ce que dit mon carnet.
Il doit y avoir une raison ?
On peut examiner son travail, et peut-être y trouver
une contribution orale ou un devoir qui pourrait lui donner
- le point manquant. - Vous êtes fou ?
Vous pensez que je distribue des notes au hasard ?
- Bien sûr que non, mais... - Mais quoi ?
Que je peux truquer les comptes ?
C'est ce que font de nombreux collègues,
passer des accords, trouver des arrangements,
trouver un consensus, etc.
Nous ne sommes pas là pour ça. Je remplis mon rôle.
- C'est votre rôle ? - C'est indiscutable.
C'est pas ce que je voulais dire.
Je veux savoir ce que vous faites là.
Vous voulez me remettre en question, comme tout le monde.
Il y a quelques jours, ces élèves voulaient
débattre de l'ordre dans lequel je leur pose des questions.
- Et alors ? - Il n'y a rien à dire.
C'est comme ça. "Sévère mais juste", c'est ma devise.
C'est comme ça le latin.
Mon rôle, si vous voulez tout savoir,
est dicté par le programme, et ceux qui n'y arrivent pas devront,
nolens volens, trouver un autre jeu.
Ils n'ont plus le goût de l'effort.
Une espèce en voie de disparition dans un système scolaire médiocre.
Excusez-moi,
mais c'est condescendant et insultant.
Je m'en fiche.
- Vous êtes arrogante. - On dirait bien, vu d'en bas.
Je crois qu'elle est jalouse.
Par pitié, pourquoi le serais-je ?
Vous appartenez à cette race de profs en voie de disparition.
La seule chose qui vous déplaît, c'est la présence des élèves.
Ils le sentent et vous le rendent.
Personne ne vous aime. Du tout.
Contrairement à Mme Schuster ou Holger,
et même le passionné de chimie est apprécié par les tordus.
Pourquoi "même" ?
Si vous saviez à quel point je me fiche que les élèves,
vous ou M. Vogels m'apprécient.
Je m'appelle Vogel. Et je trouve...
Ça doit vous déplaire d'être décrite comme une sorcière partout.
Je reçois du courrier d'anciens élèves tous les ans,
et je suis invité à des mariages et des baptêmes.
Pas étonnant. Vous êtes sûrement souvent le père.
Bien vu !
- Ça veut dire quoi ? - Rien.
Ignorez ces assoiffés de pouvoir élitistes et frustrés.
Ils n'y connaissent rien,
aucun jeune ne leur a jamais fait un barbecue.
L'idée de manger des mammifères terrestres
agrémentés de ketchup industriel me donne envie de vomir.
Tout cela sur fond ignoble de hip-hop
ou hop-hop, peu importe le nom.
Qui peut encore chanter "Im Frühling" de nos jours ?
- Vous, j'en ai peur. - C'est de Franz Schubert.
Le canon, la vraie éducation, bon sang !
L'air est bleu La vallée verte
Les cloches de mai Et les primevères fleurissent
Et les prairies si colorées
Prennent plus de couleurs au matin
C'est notre identité culturelle ! Ils devraient s'inspirer de ça
plutôt que d'une blonde émaciée qui décide laquelle de ses catins
fera le trottoir en tenue légère mais à la mode !
Vous allez beaucoup trop loin !
Laissez-la finir.
Ça en dit long sur notre Mme Lohmann.
Épargnez-moi votre psychologie de comptoir.
- Partez, alors. - Très drôle.
Regardez par la fenêtre.
Entraînez-vous à faire vos lacets.
Faites quelque chose qui n'épuise pas vos capacités cognitives.
Pourquoi je parle à un prof de sport ?
Et il se dit universitaire.
Vous et ce raté de Prohaska
êtes faits du même bois.
Peut-être, mais au moins, on est humains.
C'est reparti,
l'émotion l'emporte sur la raison, et les sentiments sur l'intellect.
Klaus, ça ne mène à rien.
Non.
C'est hors de propos. Revenons à nos moutons.
Le département de chimie va exploser dans moins d'une heure.
Si on veut discuter de l'évaluation, il faut faire vite,
sinon des rénovations longues et coûteuses s'ensuivront.
- Très bien. - Il n'y aura pas de discussion.
Qu'est-ce qu'on fait ?
Je n'en ai aucune idée.
Heureusement que j'ai une pomme, un couteau et une serviette.
Quelqu'un en veut ?
Non ?
D'accord.
Une pomme par jour éloigne le médecin.
On devrait en profiter.
Mme Schuster a raison. C'est une opportunité, Peter.
S'il vous plaît. On peut se rapprocher et discuter.
Et discuter de notre façon de communiquer.
Fabian aussi. Il a droit à une audience équitable.
Il l'aura lundi à la réunion sur les certificats.
Allons, M. Engelhardt. On est tous faillibles.
Peut-être, mais ça ne regarde pas les élèves.
Il ne faut pas laisser sa faiblesse devenir une cible,
car cela mène à une perte d'autorité. On a eu des cas flagrant de ce genre.
- Quels cas ? - On peut changer de sujet ?
- Pourquoi ? - Ça le concerne.
- S'il vous plaît. - Grâce à M. Vogel
et à ses manies,
les téléphones portables sont interdits.
On peut en rester là ?
C'est un tel scandale que je suis aussi concerné.
C'est du jamais vu,
- si ça ne tenait qu'à moi... - Klaus.
...je changerais tout ça !
Quoi ?
J'en ai un.
- Quoi ? - Un portable. J'en ai un.
Je l'ai confisqué pendant la pause du matin.
Et vous n'en parlez que maintenant ?
J'avais oublié.
Donnez-le-moi.
C'est verrouillé, non ?
Je peux ?
Tenez.
C'est...
quatre chiffres.
On peut deviner.
Combien d'essais vous faut-il ?
Je n'enseigne pas les maths.
Il y a dix puissance quatre combinaisons possibles.
Ou, pour faire simple, 10 000.
Pour passer de 0000 à 9999.
Si vous réussissez 20 combinaisons à la minute,
ça prendra huit heures sauf que d'après les probabilités,
vous y arriverez avant, donc comptez quatre heures.
- Amusez-vous bien. - C'est peut-être simple.
J'ai lu que 1234 était un code souvent utilisé.
J'ai bien peur que non.
Ou 0000 ?
Ça ne marche pas.
Il s'éteindra après trois tentatives ratées.
Ou le département de chimie explosera.
Des idées pertinentes ?
Utilisons une approche biographique plutôt qu'herméneutique.
Traduction pour le prof de sport, la date de naissance de l'élève.
- À qui est cet appareil ? - À Benjamin Mehltau.
Un élève de terminale et un rustre.
Mon ami Benny. On le connaît tous bien.
Il était impliqué dans l'interdiction des portables. N'est-ce pas ?
Attendez. Je peux essayer un truc ?
Quel est le plan ?
Je vous en tiendrai responsable si vous l'abîmez.
Traduction pour vous, dans votre face.
- Comment vous avez fait ? - Eh bien...
Mehltau est un porc qui adore dessiner son sexe.
Et il a regardé sous la jupe d'une prof plus âgée.
Ça valait le coup d'essayer.
Quel était le code, Sherlock Holmes ?
6453.
Comment vous avez trouvé ça ?
Chaque chiffre correspond à une lettre.
Que donne 6453 ?
M.I.L.F.
Et que signifie "milf" ?
- Mieux vaut ne pas savoir. - Ça ne s'applique pas à vous.
- Mais ça a marché. - Comme un appel d'urgence l'aurait fait.
Pas besoin de code.
Pourquoi ne pas l'avoir dit ?
Et me gâcher le plaisir ?
Vous êtes absolument insupportable.
On devrait appeler la police avant que cet homme...
ne revienne.
Très bien.
Je les appelle ?
J'ai plus d'ancienneté. C'est à moi de les appeler.
Passez-moi l'appareil.
Commissariat 4, Florian Beinacker, que puis-je pour vous ?
Ici le proviseur adjoint Engelhardt du lycée Rudi-Dutschke.
- Quelle est la situation ? - Une prise d'otages.
- Décrivez la situation. - Nous sommes enfermés.
Indiquez l'endroit si vous le connaissez.
- Bien sûr que je le connais. - Dites-moi.
Attention à votre ton, jeune homme. Quel âge avez-vous ?
Pardon ?
Excusez mon collègue. Il est un peu perdu.
Pardon ?
Mettez le haut-parleur.
Qui est à l'appareil et de quoi s'agit-il ?
Je m'appelle Peter Mertens.
Je suis prof au lycée Rudi-Dutschke.
Je suis dans la salle des profs
- avec cinq autres profs. - Une situation explosive.
Comme vous dites. On est pris en otages.
Le preneur d'otages est à côté, on doit parler des notes de son fils.
Ces réunions étaient dangereuses pour moi aussi.
Pouvez-vous nous libérer ?
N'allez pas dans la cour, il pourrait vous voir et tirer.
Bien sûr.
Vous avez compris ? La situation est extrêmement grave.
Et vous êtes ?
Le proviseur adjoint Engelhardt.
Suivez nos instructions, ou vous aurez des ennuis !
Je vais être renvoyé ?
Nom, grade et matricule !
Je suis le directeur de la chocolaterie de Willy Wonka.
Scandaleux !
Toujours ce ton autoritaire !
Laissez-moi essayer.
Ici.
Non, rappelez.
Commissariat 4, Florian Beinacker, que puis-je pour vous ?
Ici Heidi Lohmann du lycée Rudi-Dutschke.
Mon collègue vient d'appeler.
Oui, je me souviens !
La situation est réelle, veuillez venir immédiatement.
Venez vite, j'ai une expérience en cours
qui peut exploser à tout moment.
On fera venir les pompiers et le corps des ingénieurs.
La situation est grave.
On verra ce qu'on peut faire.
Pouvez-vous répondre aux questions au numéro indiqué ?
- Bien sûr. - Alors restez calmes et on verra.
On apportera à boire. Vous avez l'air de vous amuser, les gars.
Il nous a appelés "les gars" ?
Je le rappelle ?
Il n'a pas l'air de vouloir résoudre notre problème.
Ils viendront. Les appels sont enregistrés.
Imaginez qu'il arrive quelque chose
et que la police ignore notre appel.
- Ce serait un scandale. - Et ça n'arrive jamais.
Je trouve votre constante ironie très insultante.
Pareil pour vos sandales.
Qu'est-ce qu'elles ont ?
Elles sont fantastiques et bonnes pour la santé.
Oui.
Laissez M. Vogels tranquille, et occupez-vous de vos bêtises.
Je m'appelle Vogel.
Si vous le dites.
On devrait pondre quelque chose avant qu'il ne revienne.
On n'a peut-être pas fait assez d'efforts pour Fabian.
Cette discussion pourrait être utile.
Sans conclusion prédéfinie.
Si vous aviez écouté,
vous sauriez que la conclusion est prédéfinie.
Il a menacé de nous tuer si on ne fait pas ce qu'il veut.
- On pourrait essayer. - Voter ? Dans quel but ?
Il veut une décision unanime et ça n'arrivera pas.
Mais on saura où on en est.
Qui est pour donner un point à Fabian ?
Devons-nous voter en public ? Je préfère un vote secret.
D'accord, on va faire compliqué.
Tout le monde aura un bout de papier.
Si vous lui donnez un point, mettez un point.
Sinon, tracez une ligne.
Puis vous pliez,
et je les récupère.
C'est ridicule.
Peut-être, mais on n'a pas mieux.
C'est bon ?
Je vais faire le tour.
On doit nommer un président, un secrétaire et deux adjoints.
Très drôle. Votre papier.
- Voilà. - Merci beaucoup.
Merci.
Holger, vous notez ?
Trait.
- Un autre trait. - Deux traits.
- Trait. - La raison l'emporte.
Point.
Point.
- Un autre point. - Oui.
Ça fait trois voix pour Fabian et trois contre.
Cette femme ne devrait pas voter.
Cette femme fait partie de l'école.
C'est une stagiaire.
Qu'est-ce qu'elle en sait ?
Si elle n'avait pas voté, on aurait eu la majorité.
Comment savez-vous ce que j'ai voté ?
Je n'ai pas besoin de boule de cristal.
Et je me fiche du vote de quelqu'un
qui se trémousse pour aguicher les profs.
Le vote est nul et non avenu. Ça doit être unanime.
- Qui se trémousse ? - Laissez tomber.
Non, ça suffit.
Votre condescendance m'énerve. Excusez-vous.
Une stagiaire, un prof de sport. Je n'ai rien à ajouter.
Qu'y a-t-il de mal à être prof de sport ?
- Par où commencer ? - C'était rhétorique.
Le sport n'est pas une matière, c'est un loisir.
On pourrait utiliser son temps de façon plus utile.
Comment ?
En traînant avec des nazies et en chantant votre Schubert ?
Ce n'est pas mon Schubert. Et, oui, un peu d'éducation
aurait amélioré votre vie qui pue le vestiaire.
Vous seriez devenu un vrai prof.
Ça ne nous mène nulle part.
Il ne s'agit pas de notre animosité, mais de Fabian.
On sera coupables s'il échoue sans qu'on en ait parlé.
Bon sang.
On sait pourquoi Engelhardt et Lohmann sont contre, mais vous ?
M. Vogel ?
Comment le savez-vous ? C'était un vote secret.
Exact.
Pour que personne ne sache que vous avez voté contre Fabian.
Je n'ai pas à me justifier.
Mais vous pourriez au moins expliquer votre décision.
Je ne sais pas.
Si M. Engelhardt voit les choses ainsi,
qui suis-je pour le questionner ?
M. Engelhardt pourrait se tromper.
Eh bien...
M. Engelhardt ne se trompe jamais.
Vous êtes toujours de son avis ?
Pourquoi M. Vogels répondrait-il ?
Il s'appelle Vogel, et il devrait répondre.
Si vous ne faites que suivre M. Engelhardt,
vous n'avez pas d'opinion propre.
Bien sûr que si.
C'est-à-dire ?
Je ne vote pas contre M. Engelhardt.
Parce qu'il vous protège ?
Qu'est-ce que vous insinuez ?
Sans lui, le scandale du porno vous aurait coûté votre place.
- Ça n'a rien à voir. - De quoi vous parlez ?
C'est hors de propos. Je n'ai pas été reconnu coupable.
Il a fait circuler des documents pornographiques
- dans sa classe. - C'est faux.
À proprement parler, il ne faisait rien circuler.
Voilà ce qui s'est passé.
M. Vogel a connecté un projecteur à son ordinateur
pour montrer un film sur une réaction chimique.
Des oxydations convertissant des produits chimiques
en énergie électrique, ce qui est fascinant.
Mais pas autant que ce qui a suivi.
Il a donné un devoir et a quitté la pièce brièvement.
Un élève, Benny Mehltau,
a eu la brillante idée de vérifier l'historique de M. Vogel.
Toute la classe a pu voir
les derniers onglets de M. Vogel.
Plusieurs vidéos...
Ça n'avait rien à voir avec les piles à combustible.
Ces petits cons ont tout enregistré
et l'on partagé sur Insta. Avec mon titre préféré,
Les écolières font du fisting.
Les écolières font du "fasting" ? Et alors ?
Ça n'avait rien à voir avec le jeûne.
- Non ? - C'était une affaire gênante.
Il ne faut pas montrer ses faiblesses. Restez discrets.
Je ne l'ai jamais montrée à personne.
Quoi qu'il en soit, depuis, les portables sont interdits.
Il est interdit de prendre des photos ou de filmer.
Comme ils ont tous un smartphone, interdiction totale des portables.
- L'interdiction doit... - C'est dans le règlement.
En plus, M. Engelhardt a bloqué les procédures disciplinaires.
Je les ai jugées inefficaces
et je les ai déconseillées.
C'était mettre de l'huile sur le feu.
C'est pour ça que M. Vogel est de mèche avec M. Engelhardt.
Nous ne votons pas pour ou contre M. Engelhardt,
mais pour ou contre Fabian Prohaska, je vous le rappelle.
Ça n'a rien à voir avec M. Engelhardt.
C'est à cause de M. Mertens.
Vous êtes peut-être contre Fabian
pour pouvoir être contre M. Mertens ?
- Vous et votre M. Mertens ! - Vous ne l'aimez pas ?
Peu importe qui aime qui. Pour moi, les gens sont tous pareils.
C'est donc vrai ce qu'on dit, vous vous intégrez mal.
Je suis individualiste.
Ça explique les sandales.
Laissez-moi tranquille.
Il est agité. Peut-être que le chocolat le calmera.
Je ne vous ai jamais rien fait. Je veux qu'on me laisse tranquille.
On s'en prend toujours à moi.
M. Vogel.
Comment ça, "on" et "toujours" ?
Qu'est-ce qui vous contrarie ?
Vous voulez raconter ?
Je vois les regards que vous me lancez,
comment vous parlez de moi dans mon dos.
Pas de famille, des chaussures ridicules,
je pue toujours le souffre ou je ne sais quoi...
Je n'ai pas la voix assurée de M. Engelhardt
ni le charme de M. Arndt.
Je suis seulement le prof de chimie.
Personne ne m'écoute.
Aux réunions, on m'interrompt comme si je n'étais pas là.
Personne ne répond à ce que je dis, et on ne me demande jamais mon avis.
Les élèves se moquent de moi.
Personne ne s'intéresse à la loi d'action de masse,
mais tout le monde doit connaître Schubert.
Personne n'aime la théorie de Brønsted-Lowry
à part moi.
Je l'adore.
C'est...
exaltant.
Mais si je l'admettais, Mertens se moquerait de moi.
C'est une blague entre collègues.
On n'est pas collègues.
Mme Lohmann se trompe sur mon nom depuis des années.
Je me console avec la logique du tableau périodique
et les deux élèves par classe qui raffolent des polysaccharides.
Et si je fais sensation,
personne ne veut le savoir.
Sensation ?
Deux fois, j'ai réussi à inscrire mes élèves
au concours du Jeune Scientifique de l'Année.
Deux fois !
En 2011.
Et en 2016.
Pourquoi personne n'a remarqué ?
Vous n'en avez jamais parlé ?
C'est pas pour ça.
Alors, dites-nous.
Pourquoi on n'est pas au courant ?
- Laissez tomber. - Dites-nous.
C'était sur le tableau d'affichage.
Avec le certificat et tout.
C'était ma grande réussite.
Je l'ai accrochée à 7h40 avant d'aller dans mon département.
Le temps d'arriver à la pause,
l'annonce était dans la poubelle sous le tableau d'affichage.
Quelqu'un l'avait enlevée.
Qui ferait ça ?
N'importe quoi !
C'est vrai ? Vous l'avez enlevée ?
Il en sait quoi ? Il était avec ses rats de laboratoire.
Il surnomme les élèves en chimie, "rats de laboratoire".
Je peux vous dire comment je sais qui a déchiré mon certificat
puisqu'il a été remplacé pour un flyer sur du beach-volley.
"À partir de 19 h, barbecue et détente avec DJ Pete Mertens."
J'avais besoin des punaises.
Vous êtes vraiment un connard.
M'excuser arrangerait les choses ?
N'imaginez pas que je voterais comme vous.
Jamais !
D'accord, M. Vogel.
Je comprends.
Mais si vous pouviez décider seul,
si personne d'autre ne votait,
quelle serait votre opinion ?
- Ça n'intéresserait personne. - Si. Ça nous intéresse.
Pas moi. Son opinion ne m'intéresse pas.
Dites-nous ce que vous pensez.
Je pense qu'on...
se prend trop au sérieux.
Ce point en latin ne changera
absolument rien à la vie de Fabian Prohaska,
qu'on lui accorde ou non.
Il s'en souviendra à peine dans 10 ans.
Comme il se doit. Il y a d'autres choses à se rappeler.
L'odeur du pain,
le bruit d'une pomme mûre qui tombe
ou même une victoire au beach-volley.
Si on lui accorde le point,
il ira d'un côté.
Si on lui refuse le point, il ira de l'autre.
Et alors ? Il est jeune et fûté, autant que je m'en souvienne.
Ce point est-il important pour qui que ce soit ?
Pas pour moi.
Ni pour M. Engelhardt.
Il a donné des milliers de points dans sa vie.
S'il lui donne, Dieu sait qu'il aura fait quelque chose de bien,
pour une fois.
Quelqu'un d'autre aura-t-il un point de moins à cause de ça ?
Non.
J'enseigne une matière où je passe un accord avec les élèves
depuis des années.
Ils retiennent les éléments essentiels,
le test de l'oxyhydrogène, la composition de l'air, peut-être,
avec un peu de chance, les bases du modèle de Bohr.
En échange, ils nous laissent, moi et les quelques élèves
que ça intéresse, préserver notre dignité.
Si vous voulez mon avis, je dirais
qu'on ne devrait pas agir comme des dieux.
On ne devrait pas compromettre leur avenir.
C'est pourquoi je suis pour
donner un point à Fabian Prohaska
et le laisser partir en paix.
S'il vous plaît,
revotons.
Publiquement, à main levée.
Qui est pour donner un point à Fabian ?
Peter ?
Qu'y a-t-il ?
Pourquoi changer votre vote ?
Pour le plaisir. Peu importe qui vote comment.
On est toujours à trois contre trois.
M. Mertens,
bienvenue au pays de la raison.
Quoi de neuf, Beinacker ?
Patron,
c'est au sujet des otages de ce matin.
Il y en a un autre.
On y est allés cinq fois aujourd'hui à cause de ces conneries.
Cinq écoles différentes. Cinq fausses alertes.
Mais cet appel était différent.
Comment ça ?
Les autres fois, il n'y avait qu'une voix d'homme,
même s'il changeait sa voix.
Cette fois, il y avait au moins trois voix.
Dont une femme.
Écoutez un collègue expérimenté, ce sont des élèves.
L'un d'eux appelle, puis ses amis veulent essayer.
Ils se moqueront de nous si on y retourne.
On ne le fera pas, compris ?
Mais il y avait autre chose.
Venez-en au fait.
Les appels de ce matin et de tout à l'heure
ne venaient pas du même portable.
Donnez-moi le numéro.
Tous les jours C'est samedi pour moi
Où est-il ? Qui l'a ? Je vais parler à l'agent.
- C'est vous le patron ? - Donnez-le-moi...
Rien. Pas de réponse.
On peut retourner travailler
et s'occuper de choses importantes, M. Beinacker ?
Oui.
Pas de portables ? Vous m'avez menti.
Vous vous attendiez à quoi ?
- Vous avez appelé quelqu'un ? - Bien sûr. La police.
Il y a une demi-heure. La police va arriver.
- Vous avez appelé la police ? - Oui.
- Et parlé au commissariat 4. - Oui.
C'est bien.
Pour nous, pas pour vous.
- Ils ne viendront pas. - Comment le savez-vous ?
Ils ne viendront pas. Croyez-moi.
Il vous reste 20 minutes. Continuez et plus d'entourloupes.
Fabuleux.
Et maintenant ?
On n'a pas parlé de Fabian.
Mais sans les élèves, on ne serait pas là.
Où en serions-nous sans Fabian Prohaska ?
On serait rentrés depuis longtemps.
Épargnez-nous
vos sermons kitsch. Je vous préférais silencieux.
Quand je vous soutiens.
J'en ai marre qu'on s'en prenne toujours à moi.
Parlons de Mertens.
Ça pourrait être intéressant.
Peut-être pour vous, mais pour personne d'autre.
Je serais curieuse.
- Qu'y a-t-il à savoir ? - Rien.
On ne doit pas parler de la raison de la présence de la stagiaire ?
- Un vendredi, après les cours. - Je vous préviens.
- Dites-nous. - Je ne vous dirai rien.
Mme Schuster, pourquoi êtes-vous restée ?
J'ai raté le bus.
Il allait pleuvoir, alors je suis venue
pour éviter de passer 30 minutes à l'arrêt de bus.
Et voilà. Revenons-en à Prohaska.
Vous n'étiez pas rentré non plus.
Avant d'aller à votre boulot minable
à la fromagerie de votre femme,
vous aviez une urgence à régler.
- Dernier avertissement. - Je n'ai pas peur de vous.
Je sais ce qui se passe.
Pourquoi se contenter d'un Gouda vieux à la maison
quand on peut manger du fromage frais ici ?
- Tu veux une raclée ? - Ça n'en vaut pas la peine.
- Ça n'en vaut pas la peine ? - Lâche-le. Ça n'a plus d'importance.
Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qui se passe ?
Mme Schreiber ?
- Je m'appelle Schuster. - Que faisiez-vous ici ?
Vous aviez rendez-vous avec M. Mertens ?
On peut dire ça.
Vous admettez avoir une relation avec un collègue marié ?
Ça ne vous regarde pas.
Vous avez joué la carte de la vertu et de la bonne âme...
alors que c'est faux.
Fermez-la.
Sans parler de vous !
Jouer les super professeurs pour les élèves tous les jours,
en n'ayant qu'une chose en tête.
Le volley-ball et les barbecues ?
Quelle blague ! Vous êtes un idiot incompétent.
Une honte pour nous tous et un homme adultère en plus !
Et vous choisissez vos victimes parmi des stagiaires sans défense.
Pourquoi pensez-vous que je suis sans défense ?
Parce que.
Les femmes sont forcément des victimes ?
Une femme peut prendre ce qu'elle veut, vous savez ?
Vous êtes une traînée.
Je suis une femme moderne. Vous connaissez les plans cul ?
Ça veut dire quoi ?
M. Mertens vous a séduite et il va vous attirer des ennuis.
- Des ennuis ? - Oui.
Au contraire, je ne fais que ce qui me plaît.
Avec qui, peu importe.
Quoi ? Mais...
Je croyais qu'on était ensemble.
Arrête, Peter.
Tu crois que batifoler sur des tapis sales
marquait le début d'une belle relation ?
J'ai risqué mon mariage pour toi. Et ma carrière.
C'est ta faute. Pas la mienne. J'aime les hommes mariés.
Je ne me sens pas personnellement concerné,
mais qu'y a-t-il de si bien ?
C'est simple.
Ils vous traitent mieux que leurs femmes.
Ils font plus d'efforts au lit.
Et ils retrouvent vite leur famille.
Ils ne vous embêtent pas le week-end.
Ils ne veulent pas partir en vacances.
Ils ont toujours mauvaise conscience. C'est amusant.
Que du plaisir, aucun regret.
Répugnant.
Je voulais tout partager avec toi.
- Tout mon temps libre. - Vous partagez un seul cerveau.
Ne fais pas une scène.
C'est une performance pitoyable, M. Mertens.
Voyez comme il est déçu. Il n'a pas l'habitude de vraies femmes.
Assez d'insinuations.
Ça a toujours été l'inverse pour l'étalon.
Les femmes étaient vos jouets, les ados, devrais-je dire.
Tu as couché avec des ados ?
Bien sûr que non.
Bien sûr que si. D'où le changement d'école.
- Le Dr Clausen me l'a dit. - Ce sont des calomnies.
Alors dites-nous la vérité.
Vous savez ce que c'est.
Mme Schuster vient de l'admettre.
Ces jeunes prennent ce qu'elles veulent.
Elles se fichent que ce soit un homme marié.
Je vais pleurer.
Vous voulez vous faire passer pour la victime de mineures ?
Elles avaient toutes 18 ans.
Tu es écœurant.
Un adjectif bien choisi.
Super. C'est tout ce qu'il me fallait.
Vous m'avez dit de laisser tomber, mais j'ai vérifié le numéro.
Le téléphone appartient à Benjamin Mehltau.
Où va-t-il à l'école ? Au lycée Rudi-Dutschke.
Beinacker !
C'est vendredi après-midi.
Personne n'est à l'école, surtout pas ce bon à rien.
Si on veut l'attraper, il faut aller chez lui.
Prenez des agents et allez chez M. "Mel-dope".
Ne l'épargnez pas. Mettez le paquet.
Je veux qu'il chie dans son froc !
Bonjour.
Pardon, je n'ai pas bien compris.
Je vais chercher mon mari.
Harald ?
Je peux vous aider ?
Pourriez-vous enlever votre casque ?
- Votre fils Benjamin est là ? - Oui.
Je ne sais pas. Je dois demander à ma femme.
Un instant.
Vous voulez voir Benjamin.
- Oui. Il est là ? - Non.
- Où peut-on le trouver ? - Je ne sais pas.
Ses amis et lui se retrouvent au skatepark sous le pont.
Si vous le voyez, dites-lui qu'on dîne à 19 h.
Merci !
C'est l'heure.
Et maintenant ?
Expliquez-moi pourquoi M. Engelhardt s'est trompé dans son évaluation.
M. Engelhardt le notera dans son petit carnet.
- Quelque chose à ajouter ? - Non.
Très bien. Qui d'autre ?
Vous aviez plus d'une heure.
Et j'imagine
que vous l'avez gâchée avec ces conneries de bureaucrates.
Moi, en revanche, j'ai fait bon usage de cette heure.
En faisant quoi ?
J'ai pensé à vous tous.
Et à ce qui vous a pris de punir mon fils
qui n'est encore qu'un gosse.
Personne n'accuse votre fils de ça,
mais le bac marque, en effet, le passage à l'âge adulte.
C'est censé indiquer une certaine maturité.
C'est pas ce que mes notes indiquent.
Il n'a pas les qualités requises.
- Mais vous, oui ? - Absolument.
J'ai presque 40 ans d'expérience.
Le latin était encore parlé quand il a commencé.
Vous pourriez nous apprendre ce qu'est l'intégrité,
être un exemple pour les enfants ?
La modestie m'empêche de le dire,
mais oui, absolument.
Intéressant.
Qu'est-ce que c'est ? C'est quoi, ces dossiers ?
- Vos dossiers personnels. - Où les avez-vous eus ?
Dans l'armoire du proviseur. Lisez-les entre vous.
Personne ne lira mon dossier.
En examinant vos dossiers, on se demande
ce qui vous donne le droit de juger mon fils.
Ou, comme le dirait M. Engelhardt :
Ex iniuria ius machin-truc.
Quoi ?
Ex iniuria ius non oritur. Le droit ne naît pas de l'injustice.
Mon opinion reste inchangée. Vous êtes fou.
Je ne parlais pas seulement de vous, M. Engelhardt.
Vos collègues ont aussi une morale douteuse.
Désolé, M. Prohaska, mais nous avons déjà
beaucoup appris sur nous-mêmes.
Pas assez pour conclure qu'un point de plus pour mon fils
serait la plus petite erreur de votre vie.
Je n'en doute pas,
mais malheureusement, il n'y avait pas d'unanimité.
Trois contre trois.
Faux !
J'ai changé d'avis.
Alors, c'est quatre contre deux
en faveur de Fabian.
Pas question. J'ai dit que ça devait être unanime.
Si vous ne vous les lisez pas,
je révélerai à qui vous avez affaire.
Mais on le sait.
Pas dans votre cas.
Vous jouez l'ami de tout le monde,
mais en réalité, vous envoyez vos collègues à la mort.
Quoi ?
- Je n'écouterai pas ça. - Asseyez-vous.
Voulez-vous entendre l'évaluation qu'il a faite de vous ?
Pas le moins du monde.
"Engelhardt est un petit bourgeois sans pitié
qui tourmente élèves comme collègues.
Sa mégalomanie surpasse sa vanité."
- Je n'aurais pas dit mieux. - Il ne t'aime pas non plus.
"Peter Mertens est puéril,
il ne mérite aucune promotion.
Il se distingue en soirée
en étant trop sociable avec les femmes.
C'est un boulet gênant
que se traîne l'école."
Passons à M. Vogel.
"Vogel est un opportuniste et un ringard.
En plus, il pue,
il a l'air négligé, même lors des remises de diplômes."
Il ne s'est pas trompé de nom.
"Heidi Lohmann est
l'exemple même de la gouvernante frustrée.
Elle n'a ni charme ni compréhension de la jeunesse.
On la gardera à contrecœur jusqu'à la retraite,
puis on l'oubliera."
Un commentaire ?
Pourquoi avez-vous fait ça ?
C'est difficile à expliquer.
Désolé.
Je m'excuse.
Pourquoi, Holger ?
M. Engelhardt devait être nommé proviseur.
À la surprise générale, M. Eckhoff a débarqué.
Il m'a fait une offre.
Quel genre d'offre ?
Il a dit qu'il ne connaissait pas le personnel
et m'a demandé de lui préparer quelque chose.
Après la retraite d'Engelhardt, j'aurais son poste
ainsi que...
sa place de parking.
On devrait se débarrasser du joint.
Je suppose.
C'est un peu exagéré.
Les dossiers de M. Arndt sont très révélateurs.
Mais les autres ne sont pas mal non plus.
M. Mertens.
Désolé, on a déjà parlé de moi.
Ils sont au courant.
Vous aviez jusqu'à quatre élèves à la fois.
Tu n'es qu'une merde.
Qui le dit depuis le début ?
Je n'ai rien sur vous.
Vous n'avez rien à vous reprocher.
Elle aime les hommes mariés.
Je suis nouvelle ici. Je suis stagiaire.
Vous apprendrez beaucoup aujourd'hui.
- C'est sûr. - Avez-vous l'impression
que vos collègues s'intéressent au bien-être des élèves ?
Honnêtement ?
Cette école se fiche royalement des élèves.
C'est absurde, jeune collègue.
Pas du tout.
La réunion de la semaine dernière.
On se demandait si l'école devait commencer à 9 h.
On sait depuis longtemps que ça améliore les performances.
Les ados ne sont pas réveillés à 8 h.
Le premier cours ne sert à rien. C'est prouvé scientifiquement.
Prouvé ? Comment ça ?
On a toujours commencé à 8 h.
- Ça a résisté à l'épreuve du temps. - On pourrait essayer.
D'autres écoles le font.
- Mais pas celle-ci. - Pourquoi ?
Il y avait deux arguments contre.
Numéro un,
M. Mertens doit être à l'heure à la fromagerie de sa femme.
Ce n'est pas possible si l'école finit plus tard.
Les raisons familiales s'appliquent à une trentaine d'employés.
Numéro deux, il faut changer le planning et les horaires de bus.
Ça voudrait dire du travail.
Tout s'est déroulé comme aujourd'hui.
Chacun pour soi.
Personne ici ne s'intéresse à votre fils.
Vous voulez toujours enseigner ?
Croyez-le ou non, oui.
Faire les choses différemment.
- Quelle naïveté, c'est blessant. - Scandaleux !
Vos élèves doivent envoyer un fax pour vous contacter.
Ça a résisté à l'épreuve du temps.
Cette école se fiche de la numérisation.
L'école à distance n'intéresse personne ici.
Le seul routeur est dans le bureau de la secrétaire.
L'école n'a qu'un e-mail.
Ils s'enferment, ils sont injoignables
- et critiquent l'innovation. - Question de budget.
Vous priez pour prendre votre retraite
avant que le système ne s'effondre.
C'est une accusation sévère.
Et si Mme Schuster avait raison
et que vous attendiez que ça passe au détriment de nos enfants ?
Arrêtez !
Comme si on était responsables de toutes les mauvaises notes.
J'aimerais bien vous voir devant des CM2 qui hurlent.
Préparer des leçons pour des ados de 16 ans qui disent
que tout est sur Google.
Parler aux parents qui vous menacent si leur progéniture redouble.
Ou pire !
Vous croyez quoi ? Vous avez trois mois de vacances.
Je suis des formations, entre autres.
Les choses ne sont pas si simples.
Nous avons tous
de bonnes intentions.
Autrefois, peut-être.
Mais il n'en reste rien.
Vous finirez comme les locomotives à vapeur,
balayés par la numérisation.
Et d'après ce que je vois, ce ne sera pas une grande perte.
Comment osez-vous, vile garce ?
Vous venez ici, vous agiteé les fesses,
vous séduisez un homme marié et vous croyez être un exemple.
C'est absurde.
Il est temps. L'école doit changer, tout du moins ses professeurs.
Si l'école doit être réformée par des gens comme vous,
que Dieu nous aide.
Qu'aimez-vous le moins chez Mme Schuster ?
Ses fesses ou son opinion ?
Je ne laisserai pas une traînée me dire comment faire mon travail.
Ou vous frapperez aussi Mme Schuster ?
Une fois.
C'est arrivé une fois.
Tout est là.
Vous ne raconterez pas ça devant tout le monde.
L'injustice pour tous. La fille s'appelait Paula Sonsbeck.
Une fille insupportable, une vraie catin.
Et qu'a-t-elle fait ?
Elle m'a mise hors de moi.
Ce matin-là, elle est montée avec ses amies.
J'avais des devoirs et mon sac, c'était lourd.
Et les gourdes ricanaient.
J'ai dû me plaquer en passant à côté d'elles
et elle m'a fait trébucher.
Sérieux ?
Enfin, presque.
J'ai dit aux filles de ne pas traîner là.
Elles devraient se préparer pour leur prochain cours,
au lieu de poser comme des femmes de petite vertu.
Les jolies jeunes filles sont toutes des prostituées pour vous.
Oui.
Non.
C'est leur façon de parler, de s'habiller,
leur franc-parler et leur manque de décence.
Rien n'est secret, tout est exposé.
- La saleté, la cupidité... - L'amour de la vie ?
On peut aimer les sonnets de Shakespeare,
un quatuor à cordes ou un distique.
Mais les jeunes d'aujourd'hui ne se réjouissent
que de leurs bas instincts.
Shakespeare, c'est que du cul. Même les profs de sport le savent.
Pour faire court,
Mme Lohmann l'a provoquée et les filles n'ont pas cédé.
La fille m'a profondément offensée.
Vous l'avez traitée de prostituée.
Plusieurs fois. Il y avait de nombreux témoins.
- Vous avez commencé. - Un professeur ne commence rien.
L'insulte de Paula Sonsbeck était une vengeance.
Qu'a-t-elle dit ?
Je ne le répéterai pas.
Ici, ça dit : "Mégère mal baisée."
Paula Sonsbeck a été frappée si fort qu'elle a perdu une dent.
- Ça lui apprendra. - Ses parents vous ont dénoncée.
Il y a eu des mesures disciplinaires. Salaire réduit.
Promotion suspendue. Et des excuses auprès de l'élève.
- Pas vrai ? - Si vous le dites.
Parce que vous méprisez la jeunesse.
Vous enviez peut-être les filles.
Si vous le dites, Stasi-Arndt.
Je ne déteste pas
les jeunes.
Je ne les supporte pas.
Comment êtes-vous devenue si dure ?
Votre douceur, votre compréhension, votre tendresse,
ça n'en vaut pas la peine.
Vous serez déçue.
Autant se passer des histoires d'amour absurdes.
- On évite toute souffrance. - Vous avez souffert ?
Ça ne vous regarde pas.
C'est vrai.
Mais peut-être qu'on vous traiterait différemment
si on savait que vous avez un cœur qui bat
pour quelqu'un ou quelque chose.
Georges Moustaki.
Pardon ?
Georges Moustaki, le plus grand chansonnier,
avec les plus belles paroles, pour Edith Piaf notamment.
Je l'admirais quand j'étais jeune.
Après avoir fini le lycée en 1976,
j'ai suivi sa tournée à travers l'Espagne et le Portugal.
Une fois, j'ai été très proche de lui.
À Lisbonne.
Je devais le voir encore et encore. Je l'aimais.
Je l'aime encore.
J'ai attendu derrière la salle.
Et j'étais là, dans ma jupe en jean faite maison.
et ma veste tape-à-l'œil.
Et il y avait cette petite salope, ses seins débordant.
Je comprends que ce soit blessant.
Mais ça arrive à beaucoup de filles qui aiment une star de la pop.
On oublie.
Les béguins superficiels, peut-être,
quand il n'y a pas de base solide et qu'on est interchangeable.
Mais j'avais un avenir avec Moustaki en moi.
Je vivais pour lui. J'ai vécu avec lui.
J'ai eu des enfants avec lui, une famille.
Vous êtes folle, Mme Lohmann.
M. Mehltau...
venons-en au fait.
Pourquoi avez-vous fait ça ?
Vous savez que c'est répréhensible ?
C'était une cigarette aux herbes.
Ce n'est rien.
Votre téléphone.
- Je l'ai pas. - C'est une blague ?
J'ai pas mon portable sur moi.
- On me l'a confisqué. - Qui ?
- Mme Lohmann. - C'est qui ?
Une prof ? Dans mon école ? Au lycée Rudi-Dutschke ?
Elle me l'a pris pendant la pause.
Vous n'avez pas appelé cet après-midi ?
Comment ?
Mme Lohmann a mon portable.
Vous foutez quoi ?
À votre avis ? Je fume une clope.
Le prof de sport fume ? Ça tombe bien.
Les sportifs fument et boivent et y arrivent quand même.
Rasseyez-vous.
Tirez s'il le faut, mais je dois fumer.
Où est mon briquet ?
On n'a pas le droit de fumer.
Le prof de chimie est de retour.
Redites ça.
Dites au prof de chimie de ne pas se pisser dessus.
Si vous l'allumez, je m'en sers.
Vous êtes prévenu.
Ah oui, prof de chimie ?
Vraiment ?
Dommage, j'avais de l'espoir.
Moi aussi.
On peut finir ?
Il n'en reste qu'un.
M. l'Infaillible.
La bienséance incarnée.
Jouez votre carte maîtresse, que votre esprit trouve la paix.
Laissez-moi résumer.
La classe 10a veut faire un voyage à Rome
aux racines de la langue latine.
Engelhardt crée un programme varié,
trouve un hôtel et une compagnie de car.
Il calcule ensuite les coûts et les divise par 28 élèves.
Soit 410 euros par participant,
cela inclut le voyage, l'hôtel et les frais d'entrée
des musées et des institutions éducatives.
Et alors ?
Mais ce n'est pas le vrai prix.
L'opérateur a soudoyé M. Engelhardt pour obtenir le contrat.
Le prix de l'hôtel était faux aussi.
Il a obtenu une réduction
qu'il n'a pas communiqué à ses élèves.
Il a aussi fait payer des billets individuels,
mais commandait des billets groupés.
Il prend 410 euros à chaque élève,
mais le prix réel par personne était de combien ?
295 euros.
Chaque élève vous donne 115 euros de trop.
Avec une classe de 28, ça fait...
- Alors ? - Dites-le, tout est là.
Oui.
3 220 euros.
Pas mal, mon vieux. Vous l'avez fait combien de fois ?
Une seule fois.
Ma femme s'est fait opérer. Mon fils était à Londres pour un an.
La voiture était en panne.
Ça coûter cher de nourrir une famille.
Je sais.
Je ne vole pas pour autant.
Ça vous a explosé à la figure
parce que deux petits malins ont repéré les billets groupés.
Ils vous en ont parlé,
et vous avez menacé de leur donner des mauvaises notes.
C'est vrai ?
Vous volez des enfants et leurs parents,
puis vous utilisez ces méthodes pour vous en tirer ?
J'ai tout remboursé, et je ne suis pas devenu proviseur.
Que vouloir de plus ?
Pendant des années, vous avez joué les saints
après avoir commis un tel écart ? Je ne comprends pas.
Vous avez frappé une fille pour son insouciance et sa beauté.
Je récapitule.
Une bagarreuse,
une balance,
un pornographe, un homme adultère
et un escroc
doivent décider
si mon fils a ou n'a pas droit à un point de plus.
Vous trouvez ça juste ?
Une faille en matière de justice vient d'apparaître.
Je fais appel à vous à nouveau.
Vu les circonstances,
et vu qu'aucun de nous n'est parfait,
qu'en dites-vous ?
Allez vous faire voir.
- Klaus ! - M. Prohaska l'a dit lui-même.
Ex iniuria ius non oritur. Le droit ne naît pas de l'injustice.
Il voulait dire qu'à cause de nos méfaits,
nous n'avons pas le droit de juger son fils.
Mais c'est à double tranchant.
Nous prendre en otages est mal, aucun droit putatif n'en découlera.
Une injustice l'emporte sur l'autre.
Nos méfaits n'ont rien à voir avec nos notes.
Notre prise d'otages en est la conséquence directe.
- C'est donc pire. - Arrêtez de tout déformer, connard !
Mon fils aura ce point.
- Ou le moment est venu... - Quand l'école explosera...
Je vous en supplie,
laissez-moi aller voir si tout va bien.
On a presque fini, d'une façon ou d'une autre.
M. Engelhardt, réfléchissez. Où peut-on encore trouver ce point ?
Ou, plus intrigant encore.
Comment le point a-t-il disparu ?
- Comment ça ? - Il avait peut-être cinq points,
et il en a perdu un.
Notre collègue a des méthodes très scrupuleuses
pour priver les élèves de points.
Écriture médiocre,
devoirs tachés, ce genre de choses.
Ouvrez votre petit carnet et dites-nous ce qu'il en est.
Ça ne vous regarde pas.
Je jure de le prendre et de vérifier moi-même.
Vous ne comprendriez pas. C'est une méthode complexe
pour compter les points
qui prend en compte tous les paramètres pertinents.
- C'est-à-dire ? - Qualité du sujet,
style de présentation, c'est-à-dire l'aspect soigné.
L'exactitude est ma priorité, je l'estime à environ 71 %.
Vient ensuite le style et l'écriture, ou l'éloquence pour un oral.
Si ce n'est pas écrit,
il y a d'autres déductions, et, rarement, des points en plus.
Je veux savoir concrètement ce que...
Qu'a eu Fabian pour son devoir ?
Qu'y a-t-il écrit ?
Des notes.
Quelle note ?
Très bien.
Je cède à la pression. Un D, comme vous le saviez.
Il y a eu des déductions ? Je parie que c'est noté.
- Je n'ai pas à le dire. - Si.
Ou je vous casse les doigts pour l'avoir.
Un point.
"Un point" quoi ?
A dû être déduit.
- Pourquoi ? - Pour retard.
- C'est-à-dire ? - Il a rendu son travail en retard.
De combien ? Expliquez-moi ce que ça veut dire.
C'est simple. On avait décidé
que le devoir était à rendre mardi à 13 h au plus tard.
Tout le monde l'a fait, sauf M. Prohaska qui l'a rendu retard.
De combien ?
Deux.
"Deux" quoi ?
Jours ? Semaines ?
Minutes.
- Quoi ? - Deux minutes. Il l'a rendu
et parlait d'une imprimante défectueuse.
Une ruse typique. Tout le monde à l'heure sauf Fabian,
donc un point en moins.
Comment était son devoir ?
Honnête niveau contenu.
Cinq points. Presque six, mais pas assez pour lui donner.
Et un point en moins pour retard.
Sac à merde.
Espèce de vieux sac à merde répugnant et hypocrite.
Deux pauvres minutes !
Deux minutes ?
Il ne passe pas son bac à cause de deux minutes ?
Les autres l'on rendu à temps. C'est juste !
C'est mesquin et pitoyable, pauvre vieux schnock.
Qui aime la chimie ?
Maintenant. On vote.
Allez.
Bon sang.
D'accord.
Maintenant, on vote.
Tous ceux en faveur d'accorder un point ?
Je suis désolée.
Je ne peux plus vous soutenir.
Vous ne pouvez pas empocher de l'argent d'un voyage,
tout en scellant le destin d'un élève pour deux minutes.
Ça ne va pas.
Ça ne va pas !
Levez la main.
- Levez la main ! - Allez, Engelhardt, levez-la.
S'il vous plaît, M. Engelhardt. C'est la fin.
Je ne lèverai pas la main.
- Jamais. - Donnez-lui le point.
Faites-le !
Faites-le.
Faites-le.
Police !
Lâchez votre arme !
Lâchez-la !
À terre !
À terre !
À terre !
C'est ça, doucement.
Par ici.
Attention la marche.
Et asseyez-vous.
- Vous avez une cigarette ? - Allez en acheter.
Balance.
Monsieur l'agent, je dois aller dans ma salle de chimie.
Restez ici. Il nous faut votre déposition.
- Je vous ai tout dit. - Vous trouverez autre chose à dire.
Beinacker !
- Comment ça va ? - Tout va bien.
- Pas de blessés. - Bon travail.
Rien ne vaut l'expérience et l'intuition.
- Merci. - Je ne parlais pas de vous.
Je peux téléphoner ?
Non.
Je veux appeler ma femme.
Je peux ?
Je peux déverrouiller
votre téléphone et le mettre sur haut-parleur.
Merci.
Il est là, dans ma poche.
Le code est
un, deux,
trois, quatre.
Vous avez un message.
Je vous le fais écouter ? Je n'écouterai pas.
Ma femme doit s'inquiéter de mon absence.
Mon fils m'attendra aussi.
Je me suis battu pour lui.
Salut, papa. C'est Fabi.
Écoute, le truc...
c'est que je ne sais pas où tu es,
mais quand tu rentreras,
je serai parti.
Je voulais te le dire hier,
mais je n'ai pas osé après notre conversation.
Tu étais si contrarié.
J'ai réfléchi au bac, aux études et tout ça.
Engelhardt a peut-être raison. Je ne suis pas fait pour la fac.
Je ne devrais peut-être pas passer le bac,
mais faire autre chose.
Ce point est peut-être le signe que j'étais sur la mauvaise voie.
Je sais que c'est un peu tard...
mais Engelhardt est venu me parler,
c'est l'occasion de changer de point de vue, d'après lui.
Il a raison.
Il n'est pas si mal.
Ce que je voulais dire,
c'est que tu n'as pas à lui en vouloir pour ce fichu point.
Vraiment. Ça n'a pas d'importance.
J'ai besoin de m'éloigner un peu.
J'ai pris l'argent de grand-mère pour mes 18 ans.
Assez pour m'acheter
un billet d'avion pour aller surfer.
Bien.
Je dois y aller.
Mais je reviens vite. Dans deux ou trois mois.
Puis je ferai autre chose.
Tu verras.
Ne t'inquiète pas, d'accord ?
Ne t'inquiète pas. Je t'appellerai.
Au revoir, papa.
Bises, Fabi.
Sous-titres traduits par: Jessim Mechouar
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