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UN RÊVE QUE L'ON FAIT SEUL RESTE UN RÊVE.
UN RÊVE À PLUSIEURS EST UNE RÉALITÉ.
MUSÉE DE LA MOTO ET GALERIE DE SCULPTURES
Voici les modèles custom.
Ce sont toutes des pièces uniques.
Kiyo nous a contactés
en disant qu'il avait un nouveau projet
et voulait venir m'en parler à Dallas.
FONDATEUR ET CONSERVATEUR
Merci de nous recevoir.
CONSTRUCTEUR ASSOCIÉE
- De rien. - Merci.
Kiyo est un constructeur génial.
Un mécano génial.
Un coureur génial.
Je veux exposer mon travail. Elle s'appelle Cherry Blossom.
- C'est une mono-moteur. - Oui.
Ok. C'est une belle moto.
Merci. La suivante s'appelle Gekko.
- Elle a deux Honda CB750. - Oui.
Le rêve est d'en construire une troisième ?
- Oui. - Cette troisième moto a un nom ?
- Galaxy, c'est ça ? - Oui.
- Galaxy ? Ok. - Voici un croquis.
Même moteur, CB750.
- Trois, cette fois. - Trois moteurs ?
- Oui. - Ouah.
Tu veux courir avec ?
- Bien sûr. - Bien sûr.
Je veux courir à Bonneville, avec les trois.
Il y a beaucoup de risques avec Galaxy.
Trois moteurs. Ça n'a pas été fait depuis 50 ans.
- Je ne crois pas. - Depuis les années 70.
- Je crois. - Non.
Ça me plaît.
Tentons quelque chose que personne d'autre ne tente.
Ce serait un honneur
de travailler avec vous là-dessus.
Un honneur.
Ok, on va le faire.
- On va le faire. - Merci.
Ok, on va le faire.
Merci beaucoup.
KIYO À BONNEVILLE SALT FLATS AVEC LA GEKKO BIMOTEUR
C'est mon rêve de gosse.
Ici, les rêves deviennent réalité.
LAISSER DES TRACES
L'HISTOIRE D'UN HOMME, DE SON MUSÉE ET DE VIES CHANGÉES POUR TOUJOURS
CHAPITRE UN
MORCEAUX BRISÉS
AU JAPON, LES ARTISTES RÉPARENT LES OBJETS BRISÉS
EN REMPLISSANT LES FISSURES AVEC DE L'OR.
ILS PENSENT QU'UN OBJET ABÎMÉ.
A UNE HISTOIRE QUI LE REND PLUS BEAU.
Je suis plus âgé. C'est sûr.
Je fais ce que je fais depuis longtemps.
J'ai toujours été un solitaire.
J'aime bien être tout seul.
C'est ce qui m'a attiré dans la moto…
CONSTRUCTEUR DE MOTOS
…cette espèce d'individualité.
J'ai fait ça par pure envie.
Je me suis plongé carrément
dans la création et la fabrication,
parce que c'était l'unique aspect positif de ma vie.
Je me suis ruiné.
Je vivais assez chichement.
L'électricité avait été coupée chez moi.
Mes placards et le frigo étaient vides.
J'avais si peu de fric,
il fallait que je partage avec mon chat.
Alors, je me suis nourri de thon.
On partageait des boîtes de thon. Sans blague.
Je suis arrivé à un point où je ne songeais plus à l'avenir.
Dans un ultime effort, j'avais toujours eu envie de faire
cette Moto Guzzi de course à l'allure de poubelle.
J'ai fabriqué l'Ambassador.
J'ai été invité au Handbuilt Show d'Austin.
J'étais fier de ce que j'avais fait.
J'y suis allé. J'ai emprunté de l'argent pour le voyage.
Je n'y allais pas dans l'espoir de vendre une moto.
Juste la montrer, on ne sait jamais.
Et j'ai rencontré Bobby.
LOS ANGELES, CALIFORNIE
Je suis allé à la fac sans vrai projet,
en Construction.
Franchement, j'ai détesté.
Chaque minute.
C'était super pénible.
Je passais de justesse chaque année.
CONSTRUCTEUR DE MOTOS
C'était comme rester à quai et voir un ferry s'éloigner.
Je construisais déjà des motos depuis…
un an et je n'avais rien vendu.
Ça m'a rappelé à la réalité.
je me suis dit que j'avais tenté le coup
et que ça n'avait pas marché.
Alors, je me suis fixé un délai.
J'ai dit : "Lundi, je vais chercher un emploi,
dans la construction."
Et le mardi, coup de téléphone.
J'ai eu ma première conversation avec Bobby.
J'ai 72 ans
et on ne traverse pas sept décennies
sans briser quelques assiettes
ou en recevoir quelques-unes sur la tête.
Il y a de la casse dans presque chaque vie.
Mais plus on avance,
plus on accumule de morceaux.
Tous ceux qui ont des cassures,
des morceaux brisés,
essaient, souvent en vain, mais parfois avec succès,
de combler les vides.
Beaucoup de ceux
avec qui je suis en lien aujourd'hui
ont pu vivre leur passion.
Ce sont des individus tenaces qui font ça
par pure passion
et pour la faire partager.
Si on fournit à quelqu'un l'or pour recoller ses morceaux,
ou si on nous donne l'or pour recoller les nôtres,
la guérison opère et…
on se prépare
à recevoir l'or qui comblera les fêlures.
CHAPITRE DEUX
LA PASSION
TROUVE TA PASSION…
ET POURSUIS-LA SANS AUTRE BUT QUE L'EXCELLENCE.
La moto évoque la mort, l'aventure, le sexe, le danger, la liberté.
COMMISSAIRE D'EXPOSITION
L'unicité d'une moto sur mesure séduit la plupart des gens,
les efforts nécessaires à sa création les séduit.
CONSTRUCTEUR
Construire une moto sur mesure.
C'est là qu'intervient l'expressivité.
On peut tout faire.
Elle fait tout ce que doit faire une moto
mais ne ressemble à aucune autre.
J'observe ce secteur depuis 24 ans.
CONSTRUCTEUR
Chez le marchand de journaux on regardait Cycle-Trader.
Beaucoup veulent entrer…
PHOTOGRAPHE MOTO
…dans le custom, il fallait un lieu.
Des types en montraient
dans tel ou tel show, c'est encore la cas.
Mais il y a ce musée.
Le Haas Museum est le premier musée
consacré aux motos custom.
Bobby Haas a changé le monde de la moto custom
par son enthousiasme.
Il pousse les constructeurs à leur maximum.
Ils croyaient faire le maximum
mais on voit de quoi ils sont capables avec un réel appui.
Il a tout changé.
Indubitablement, Bobby, en peu de temps,
s'est imposé comme le plus grand collectionneur et mécène mondial
de la moto custom contemporaine.
Personne d'autre au monde
ne mêle l'art et l'univers de la moto.
Personne ne le fait comme le Haas Museum.
Bienvenue au Haas Museum.
Bobby a admirablement
exposé la collection.
La première salle est la plus vaste
et se nomme le History Hall.
C'est une collection très complète
des premiers modèles de motos, qui retrace l'histoire de la forme
des motos sur plus de 150 ans.
La deuxième salle
s'appelle le Race Track.
On y trouve des motos de course.
Les motos qui m'excitent le plus
sont celles où je devine les gens derrière la moto.
Tel un gosse, il s'extasie sur la forme, sur sa collection.
Il aime vraiment ce qu'il fait.
Nous arrivons sur la terre promise, j'ai nommé le Custom Shop.
La salle custom concentre tout l'éclat de la collection.
C'est la Mecque.
CONSTRUCTEUR
C'est la collection de motos custom la mieux fignolée au monde.
Elle diffère vraiment du style traditionnel,
très agressif et macho du style de motos custom américain.
Bobby a fait des choix plus subtils,
plus légers, avec de l''humour
et sans agressivité.
Cette collection a été réunie ces trois ou quatre dernières années.
Beaucoup ont été commandées ces trois ou quatre dernières années.
Bobby a demandé : "Quelle est la moto de tes rêves ?"
CONSTRUCTEUR - ASSOCIÉE
La question est rarement posée.
Les constructeurs rêvent d'avoir une moto dans un musée.
CONSTRUCTRICE
Tout est encore conçu à la main.
Il faut que le concept transporte.
C'était vrai pour le projet Kawasaki.
- Là, le projet s'inspire de Honda. - Oui.
Ça ouvre des possibles inhabituels.
CHAPITRE TROIS
LE SUCCÈS
LE SUCCÈS N'EST PAS LA HAUTEUR À LAQUELLE ON MONTE
MAIS CELLE À LAQUELLE ON REBONDIT QUAND ON A TOUCHÉ LE FOND
Un type que j'admirais dans le secteur de l'investissement…
BOBBY CONFINÉ PENDANT LA PANDÉMIE
…au Texas, m'a dit : "Bobby boy, si tu…"
On a tous un surnom au Texas,
Billy Joe, Bobby boy…
Il m'a dit : "Bobby boy, si tu as l'occasion d'enfiler
un gilet pare-balles, mets-le et ne l'enlève jamais."
J'étais lamentable, comme capitaliste aventurier.
J'étais à Cleveland, dans l'Ohio, pas vraiment
le berceau de la créativité financière.
J'ai monté
un fonds d'investissement
en partenariat avec un texan
du nom de Tom Hicks.
On n'avait pas un rond.
On empruntait pour régler la note d'électricité. Sans blague.
Puis, on a emprunté beaucoup pour acheter des sociétés.
Les salariés de 7-Up iront travailler ce matin
pour de nouveaux propriétaires.
On a racheté des fabricants de sodas.
Notre boîte est devenue moitié aussi grosse que Pepsi en deux ans.
On a fini par revendre la part du lion.
Ce qui nous a rapporté une fortune.
600 MILLIONS DE DOLLARS
C'était notre gilet pare-balle.
J'avais 41 ans.
Je ne pensais pas en arriver là avant au moins 30 ans.
Alors, que faire ensuite ?
Aller au bureau le lendemain, pourquoi ?
J'étais paumé comme un rat dans un labyrinthe.
On dit parfois : "Tu sais combien d'argent
a perdu John D. Rockfeller ?"
Tout son argent.
Je me suis dit : "Je dois trouver autre chose à faire,
quelque chose sans rapport avec l'argent."
Je suis allé voyager en Afrique.
Pour ce premier voyage en Afrique, je voulais m'offrir un appareil
pour prendre des photos.
J'ai rencontré un photographe.
Je l'ai observé et j'ai beaucoup appris.
Un jour, on prend l'hélicoptère ensemble, les portes grandes ouvertes,
je me sangle et je me penche au dehors.
Malgré le vertige, je me suis penché
à la porte ouverte d'un hélico.
Et j'ai adoré. J'ai dit : "Voilà ce que je peux faire."
National Geographic publiait les meilleures photos
jamais réalisées depuis 1888.
Et j'ai constaté que peu de gens faisaient de la photo aérienne,
c'était une niche à investir.
National Geographic n'avait pas de livre de photos aériennes.
Le grand patron de la photo chez Nat Geo a vu mon travail et a dit :
"On devrait travailler ensemble.
Que veux-tu faire ?"
J'ai dit : "Un livre sur l'Afrique vue du ciel.
Ça n'a jamais été fait."
Afrique, dans l’œil des dieux a été un best-seller.
Donc, on a enchaîné avec L'Amérique, dans l’œil des condors,
en Amérique latine.
Ça a aussi très bien marché.
On a donc décidé de faire l'Arctique.
Il a quitté la finance, est devenu photographe
pour Nat Geographic.
Et National Geographic a toujours été à un niveau
réservé aux meilleurs photographes.
Bobby était ravi dans cette stratosphère de la photographie.
Quoi qu'il fasse, il le fait à un niveau d'excellence
tout à fait remarquable.
C'est génial de pouvoir tenter
des tas de choses et de réussir à trouver un truc,
dans chacun de ces domaines, que personne n'a jamais réalisé.
Réunir les marques de sodas,
concurrentes de Coca et Pepsi.
Être le premier photographe aérien de National Geographic.
Avoir un musée de la moto spécialisé dans les motos custom.
L'ATELIER CUSTOM
Nul ne l'a fait, pour une raison,
mais tant qu'on n'y est pas confronté, autant essayer.
Je me rappelle où j'étais
pour prendre chaque photo publiée par National Geographic.
J'étais tellement concentré.
Un groupe de flamands roses au large du Mexique,
il restait peu de carburant et le pilote a dit : "Il faut rentrer,"
et en partant, j'ai vu par-dessus mon épaule
que les flamands roses se regroupaient en forme de flamand rose.
J'ai crié : "Fais demi-tour ! Il me faut cette image.
Juste dix secondes."
Le pilote a fait demi-tour et j'ai appuyé sur l'obturateur
et ça a pris six clichés.
Et quand j'ai regardé ces clichés, effectivement,
ce groupe de flamands roses avait une forme de flamand.
Ça n'a pris que 30, 60 secondes et on a pu rentrer.
Je me souviens précisément où j'étais quand j'ai pris ces photos.
J'ai exploré des tas de zones
où on ne m'attendait pas.
J'ai acheté ma toute première moto
en décembre 2014.
J'ai pensé : "Si je m'offrais quelques motos vintage ?"
Et j'ai étendu la collection,
de quatre ou cinq à 26.
Et à ce stade, j'ai décidé
qu'il nous fallait une galerie de la moto
et que j'avais besoin d'un bras droit.
J'ai eu un entretien de 90 minutes avec Stacey,
dont 86 minutes étaient superflues
car en quatre minutes, j'avais décidé de l'inviter à me suivre.
DIRECTRICE DU MUSÉE
Bobby est une tornade, mais pas destructrice.
C'est un fort tourbillon d'énergie créative.
Puis, on est passé de 26 motos à 70.
Il ne voulait pas arrêter d'en acheter.
"Pour les loger, il nous fallait un lieu vaste.
Allons-y. Voyons grand.
Bâtissons un grand musée,
différent de tout ce qui existe dans l'univers moto."
En 24 mois, on est passé d'un chantier
à ce que vous voyez aujourd'hui.
À un moment, au milieu de tout ça,
Stacey et moi nous sommes liés.
C'était purement professionnel, au début.
Aucun de nous ne s'y attendait.
Il s'adorent. On voit bien
qu'ils sont amoureux. C'est mignon.
J'ai une partenaire dans la vie,
et dans cette aventure : Stacey.
Elle est très importante pour moi
et pour le musée.
C'est une super expérience.
Avec mon meilleur ami, on fait chaque jour
ce qui nous passionne.
À mesure qu'il collectionnait ces motos anciennes,
j'ai vu qu'il s'intéressait plus aux gens qui les faisaient,
aux récits derrière chaque moto.
Ok, elles sont superbes.
Donc il s'est graduellement tourné vers la moto custom
parce que chacune raconte une histoire.
Max a été blessé en 2011,
et pendant sa convalescence, en guise de thérapie,
il a construit une petite moto et découvert que c'était sa passion.
Un magasin qui avait une de mes motos en vitrine appelle
et dit : "Tu sais, ce type, Bobby,
il a vu ta moto.
Et il voudrait te parler."
Désormais, Max est une star.
C'est le jeune prodige de son secteur.
Dans les écoles de design, à Yale,
à SCI-Arc à Los Angeles, tous les amateurs
de design automobile connaissent Max Hazan.
Bobby a laissé Max libre de faire ce qu'il voulait
et lui a apporté un appui stable.
Après quoi,
il est comme
sorti de sa cage.
Nous avons cinq Hazan dans ce musée.
Ses designs sont légers, empreints d'humour.
La Black Knight évoque un chevalier à l'armure étincelante.
Vous remarquerez qu'elles sont disposées en H, pour Hazan.
On a rencontré Craig au Handbuilt Show d'Austin.
Quand Stacey et moi sommes entrés, on a vu cette moto
de Craig appelée l'Ambassador, en aluminium façonné à la main.
J'ai dit à Stacey : "Il faut qu'on achète cette moto."
C'était un coup de foudre.
Quand on a acheté l'Ambassador et qu'on en a parlé,
on a fait beaucoup de publicité et l'intérêt
pour Craig et son travail a explosé.
Craig construit des motos et travaille sur des motos
depuis qu'il est ado. Craig est l'archétype du héros
qui bosse toute sa vie pour connaître un succès soudain.
Craig Rodsmith a la réputation d'être parmi les meilleurs
designers constructeurs du marché.
Son humour australien est phénoménal.
Ça s'exprime aussi.
Bobby m'a appelé.
Regrettait-il son achat ? Il a dit :
"J'ai une autre idée de moto."
J'ai fait : "Oh. Ouah, cool !"
Et il m'a parlé de son idée,
une moto nommée Corps Léger.
C'est du français. Quand on la regarde,
on voit une sculpture motorisée.
Une moto style 1900 très fine avec un petit moteur.
Sans doute le pire moteur jamais produit en Angleterre.
Il ne casserait pas trois pattes à un canard.
Pourtant, il a créé une moto splendide sur cette base.
Un jeune designer très doué.
- Je vis comme ça depuis si longtemps. - Oui.
Bobby et moi sommes devenus bons amis.
Je lui ai fait confiance.
Il m'a encouragé, m'a motivé.
J'avais assez de sous pour vivre, nourrir mon chat
et me nourrir.
CHAPITRE QUATRE
CHEF D’ŒUVRE
FAITES DE VOS VIES UN CHEF-ŒUVRE
VOUS N'AVEZ QU'UNE SEULE TOILE
Je me suis réveillé une nuit et j'ai surfé sur le net.
Je suis tombé sur une moto de 1930 et j'ai pensé :
"Voilà une inspiration parfaite pour Craig."
Un matin, de bonne heure : "Allô, Bobby ?"
Il me sort : "J'ai une super idée de moto."
Elle s'inspire d'une moto allemande, la Killinger et Freund.
Quelqu'un qui n'a pas
la capacité pratique de construire quelque chose,
a l'esprit plus ouvert, fertile.
Donc, il propose ces idées.
Je veux qu'on fasse une moto avec le moteur
dans la roue avant, ce qui ne s'est jamais vu.
J'ai dit : "Bobby, là, j'ai pas le niveau.
Cherche ailleurs."
Ma réaction a été de dire : "Si, tu vas la faire.
Je vais te faciliter
le passage au niveau supérieur."
Max a un style très identifiable.
Max a décidé de sortir de ce style.
Il est venu me dire :
"Je veux créer une moto de course qui ira à Bonneville."
Je crois qu'il se teste dans un autre champ
parce qu'une vraie moto de course
n'a pas à être belle.
Elle doit aller vite.
C'est top pour quelqu'un qui a dû
batailler pour créer des choses sans moyens.
Quelqu'un qui dit : "Alors,
comment serait la moto de tes rêves ? Vas-y, fais-la."
Bon, elle est juste commencée.
Ah, nom de Dieu.
Bon sang.
Max, c'est stupéfiant.
Quel est le record de sa catégorie ?
Environ 315.
Ok. Donc, 320 et plus, c'est bien.
Oui.
Tu as dû ressentir autrement la construction de celle-ci.
J'avais toujours en tête, à chaque étape,
à chaque soudure, qu'elle devra aller très vite
et aussi que je serai dessus.
Je peux monter ?
- Vas-y. - Ok.
Oh, bon sang, Max, c'est fantastique.
L'adrénaline, juste d'être dessus.
- Juste la voir… - C'est grisant.
C'est comme si c'était un enfant.
Tu vois, un être vivant.
J'y suis plus attaché
parce que je l'ai faite pour moi.
Quelqu'un qui a confiance en vous
motive énormément.
- On devrait tous la signer. - Oui.
VALLÉE DU RHIN, ALLEMAGNE
CATHÉDRALE DE COLOGNE
- Tu as froid ? - Oui.
- J'ai des gants. - Non.
Ça va. J'ai ta main.
Je n'ai jamais vu de synagogue aussi grande.
On est là pour voir Dirk Oehlerking.
Dirk construit en ce moment la troisième d'une série
de sublimes motos custom,
les deux premières sont la Black Phantom et la White Phantom.
Bon sang. C'est incroyable.
C'est l'atelier le mieux rangé que j'aie jamais vu.
Ce sont tous tes trophées de course ?
Oui, 300.
- 300 trophées ? - Oui.
CONSTRUCTEUR
Markus, s'il te plaît, appelle Nik, on a besoin d'un traducteur.
C'est la base de la moto.
Tout ceci sera en cuir.
FILS DE DIRK
Le contraste des deux couleurs fera ressortir l'assise.
- Oui, c'est sûr. - Oui.
Dirk est venu à Dallas quand les deux motos ont été installées.
Il sanglotait, tellement il était ému.
Les motos...
Je peux pas parler... c'est beaucoup d'émotion.
Je regarde les motos et l'organisation est parfaite.
Je ne peux pas vous décrire comme c'est beau
ce que cet homme a fait avec mon travail.
- "On ne peut pas rêver mieux." - Oui.
"Elles sont bien mises en valeur au musée."
Pour lui, c'est comme…
Oui, c'est ça ma vie.
"C'est le must, comme être le roi
de la scène moto, d'avoir ses motos dans le musée de Bobby."
Le secteur de la moto custom n'a pas de frontières.
- Il faut qu'on caresse ce chien. - Il faut demander.
On peut ?
Coucou, toi.
On aurait dit un gosse de six ans au repas.
À un moment, il s'est levé et il a fait : "Bobby Haas !"
Il était fou de joie
de nous montrer ses créations.
On essaie de promouvoir le musée
comme un haut-lieu pour les constructeurs
et il a une réputation internationale.
C'est drôle que les constructeurs avec qui on travaille,
sans la moindre exception
et sans s'être consultés,
en disent autant.
On l'a entendu
de la part de constructeurs du monde entier.
- En fait, je veux bien tes gants. - Parfait.
- Attends. - Ou je mets les mains…
Au chaud ?
Je ne les avais jamais vus.
Je les ai volés.
- C'est mieux ? - Oui.
Bobby a eu l'idée de construire cette moto, la Killer.
Elle était unique, avec un moteur radial à trois cylindres.
Le moteur dans la roue avant.
"Ok, achetons un moteur radial à trois cylindres."
On n'en trouvait pas. Forcément.
Ça ne s'achète pas. Alors, j'ai dit : "Bobby,
je vais le fabriquer."
Je m'en serais voulu de le laisser tomber
et moi avec.
AUSTRALIEN
Bobby en demande beaucoup.
Salut Bobby et Stacey, voyez, la roue avant est finie
avec cet espace pour le moteur.
C'est une immense satisfaction de prendre du métal
et de créer quelque chose de ses propres mains.
Salut Bobby et Stacey, désolé, j'ai u ne laryngite.
Je ferais mieux de la boucler, je parle trop. Mais ça avance bien.
J'ai une chance folle
d'avoir Bobby comme ami et mécène.
J'adore. Je n'avais jamais fabriqué de moteur.
J'ai enfin un moteur complet,
j'ai tout fait sauf les cylindres, les pistons, les bielles.
Le reste, c'est nous.
J'adore aider ces artistes à passer au niveau supérieur,
à créer des chefs-d'oeuvre d'innovation.
CHAPITRE CINQ
L'HOMME DE LA RENAISSANCE
IL N'EST JAMAIS TROP TARD POUR DEVENIR CE QUE NOUS AURIONS PU ÊTRE
C'est important de regarder hors de soi
et hors de son cadre de référence.
C'est ce que fait Bobby. Il pense large.
J'ai commencé à Wall Street.
Et à Wall Street,
l'argent sert d'étalon.
Si on n'est pas là pour l'argent, il faut changer de métier.
Ensuite, j'ai été photographe pour National Geographic,
sans aucune formation.
Passer de financier de Wall Street à photographe
demande déjà pas mal d'imagination.
J'ai acheté mon premier appareil à 47 ans.
J'ai demandé : "On appuie où ?"
Je déconne pas. C'est vrai.
Mais en plus, il a atteint l'excellence
et a été célébré partout dans le monde. Là, on se dit :
"Ce mec a vraiment tous les talents."
C'est vrai avec ce musée. Je n'ai jamais géré un musée de ma vie.
À 64 ans,
j'ai acheté ma première moto,
j'ai demandé :
"De quel côté est l'accélérateur ?"
Là, on est allé bien plus loin qu'on pensait
en termes de notoriété dans ce secteur,
on est la Mecque mondiale des motos custom.
Sans rien faire de plus, l'héritage de Bobby est assuré
avec toutes ces motos qu'il collectionne et commande.
J'ai réalisé que dans chaque carrière,
je débarque sans rien connaître
mais j'ai envie d'apprendre vite.
Il a un côté Renaissance.
Il a fait beaucoup. Il n'a pas fini.
C'est son intelligence et sa curiosité sans bornes
qui l'ont mené dans les airs, photographier,
mais mieux que personne.
Je prenais des photos aériennes,
et le plus génial, c'était de ne pas le faire pour l'argent.
Je le faisais pour l'art.
Je n'étais pas rémunéré pour mes photos.
C'est pareil pour le musée.
Au lieu de faire du profit,
on cherche plutôt à dépenser
et on y parvient à merveille.
L'argent que m'a rapporté ma carrière d'investisseur
m'a permis de faire d'autres choses
passionnantes, par pur plaisir.
Mon fonds d'investissement avait pour but d'accumuler du capital.
Et j'en étais le principal bénéficiaire.
Dans l'art, on cherche au contraire à créer un réseau
de bénéficiaires
le plus large possible.
Les gens qui admirent cet art, visitent les expositions,
les constructeurs dont le travail est ici.
Cela me donne l'opportunité de faire
comme ce modèle que j'essaie d'imiter,
la Maison de Médicis.
Cette famille de banquiers a construit une immense fortune
et en a consacré une bonne partie
à encourager la carrière de gens
comme Michel-Ange ou Léonard de Vinci.
C'est un peu ce que j'essaie de faire.
AVENUE DE L'AVANT-GARDE
J'essaie de prendre un domaine de la moto
qui a été ignoré jusqu'ici et d'être cette force extérieure
qui encourage l'art,
nourrit le développement de cette industrie.
J'ai de la chance de pouvoir parrainer
les carrières de grands artistes
comme Walt Siegl.
Walt est spécialiste des motos de course façon Ducati,
il est considéré dans cette niche comme le meilleur.
LOS ANGELES, CALIFORNIE
Nous avons la plus grande série de motos sculptures
commandées jamais réunie.
Du grand, grand sculpteur
nommé Serge Bueno.
Cristian Sosa est un constructeur plutôt doué.
Nous avons sa Space Traveler,
et une autre est commandée.
Un individu follement créatif.
Voilà comment tout commence.
Michael LaFountain est
un constructeur ultra-brillant.
Il a ça dans le sang.
C'est un perfectionniste.
Michael a mis sept ans à réaliser la Kawasaki W1R de course.
VICTORIA, COLOMBIE BRITANNIQUE
La lumière entre par ces fenêtres triangulaires.
Jay Donovan a construit la Manta à 23 ans. Un vrai Mozart.
Je n'avais jamais vu les ébauches d'une moto, avec accrochée
au tableau à dessin, une citation de Platon.
Jay va devenir une star de ce secteur.
AZUSA, CALIFORNIE
Shinya Kimura est mondialement connu, c'est une légende du custom.
Le style Shinya, également appelé "style zéro,"
est mondialement connu.
- Salut, mec. - Salut.
Nous aimons la diversité, dans l'atelier custom.
Diversité géographique et diversité de styles.
- On l'ouvre ? - Oui.
Super.
Nous essayons de repousser les limites
dans ce qu'on a ici.
On fait le test des sourcils roussis.
Regarder cette moto vous roussit les sourcils ?
Bonjour.
Voici un résultat de mon fantasme de voyage temporel.
Peut-être un peu bizarre.
- Ok. - Oui.
- On est tous un peu bizarres. - Oui.
En construisant cette moto, j'ai beaucoup regardé ton livre.
- Mon livre de photo ? - Oui.
Je savais que je t'avais donné ces livres.
J'ignorais qu'ils t'avaient inspiré.
- Il y a un peu de ma photo, là. - Oui.
Ça m'a aidé.
C'est le meilleur moment, de voir la moto ici.
CHAPITRE SIX
LA FROIDE BRÛLURE DE LA PEUR
DANS NOS SOCIÉTÉS DOMESTIQUÉES DÉPOURVUES DE SAUVAGERIE
ON A BESOIN DE SENTIR LA FROIDE BRÛLURE DE LA PEUR DE TEMPS EN TEMPS
POUR SE SENTIR VRAIMENT VIVANT
Toute ma vie, la mort a été très réelle.
J'ai enchaîné les problèmes de santé.
À 20 ans, il y a presque 50 ans,
j'ai eu ma première crise épileptique
et je me suis battu avec l'épilepsie pendant pas mal d'années.
C'est comme un éclair qui frappe.
On ne sait pas quand ça va arriver.
Et après coup,
il y a l'amnésie,
les céphalées.
C'est assez effrayant.
Plus tard, on a découvert que j'avais une malformation du cerveau,
sans doute responsable de l'épilepsie.
Le premier diagnostique a été : "Tumeur cérébrale.
On vous conseille l'opération
mais vous risquez d'en sortir diminué."
Et j'ai dit : "Ce n'est pas une bonne idée."
Donc j'ai refusé l'opération.
Mais six mois plus tard, la masse avait diminué un peu,
donc ce n'était pas une tumeur maligne.
C'était une MAV.
Les vaisseaux sanguins sont emmêlés là-haut
et ils peuvent éclater ou saigner parfois.
Et j'ai été mis sous traitement pour stopper les effets des crises.
Ils ont aussi découvert une anomalie cardiaque produisant
des milliers d'épisodes de fibrillation auriculaire.
C'est une expérience proche de la mort car le cœur
ne répond plus.
Il s'emballe.
S'il va d'auriculaire à ventriculaire,
c'est fini. Perdu.
On réalise qu'à tout moment, son cœur peut lâcher.
On a choisi de me traiter en insérant un appareil dans ma poitrine,
un défibrillateur cardiaque implantable qui régule mon rythme cardiaque.
S'il s'emballe, l'appareil produit
une décharge dans ma poitrine
et me met hors de danger.
C'est préoccupant.
On pense à la mort
tout le temps, parce que la maladie
qui peut la déclencher est là, dans ma poitrine.
C'est sans doute pour cette raison que j'ai fait des trucs risqués
comme me pencher au-dessus du vide.
"L'épilepsie ne m'a pas eu,
ni la malformation cérébrale,
ni l'anomalie cardiaque.
Je déciderai comment je pars. Et quand."
Salut Bobby et Stacey. Comment va ? Excusez ma voix.
Je n'en sors pas. Je vous expliquerai.
Je veux vous montrer où on en est.
À mi-construction du Killer,
je suis devenu aphone.
J'ai cru que j'avais une bronchite ou un truc du genre.
Je ferai pareil devant, une grille
pour voir le moteur et tout.
Mais ça a duré un moment.
Je suis allé consulter à l'hôpital
et j'avais un cancer du larynx.
Je n'oublierai jamais.
Assis en voiture pendant deux heures pour rentrer chez moi.
Ça m'a paru interminable. J'ai beaucoup réfléchi.
Et j'ai appelé Bobby en premier.
Pas seulement parce qu'on faisait cette moto ensemble,
je trouvais qu'il devait être informé, en tant qu'ami.
J'ai reçu un appel de Craig qui a dit : "J'ai à te parler.
J'ai un cancer.
On ne sait pas s'il est métastasé, je ne sais pas si je finirai la moto.
Je ne sais pas comment ça va se passer."
La grande course d'août est la Speed Week de Bonneville.
J'ignore quel sera l'aérodynamisme
une fois à 200 km/h.
J'ai toujours connu Bonneville.
Je suis lucide, j'ai conscience des risques.
Je n'ai rien dit à ma femme ni à mon père.
Parce que j'ai déjà fait des trucs fous…
qui m'ont valu des ennuis.
Je m'en souviens parfaitement.
En fin de journée, après cinq ou six heures passées
à foncer dans les bois, je me suis déporté
et j'ai volé dans les arbres à 70 km/h.
J'entends encore les ligaments céder,
le casque brisé qui rebondit dans les arbres.
Le pire bruit qui soit.
Je me suis retrouvé par terre
et la moto était plus loin.
Je me suis cassé le tibia et déchiré les ligaments.
J'en faisais des cauchemars.
C'était dur à avaler.
Je ne m'étais jamais senti aussi fragile.
Pour la première fois, j'ai senti
que chaque jour était une opportunité.
La peur est une grande motivation.
Si je veux faire une chose qui m'effraie,
je suis plus motivé que jamais.
Ce sera d'autant plus satisfaisant d'y arriver.
Comme la plupart des gens, on se sent invincible.
Et quelque chose survient
et là…
On comprend la fragilité humaine.
"Je finirai la moto."
Il a dit : "On s'en fout. On va d'abord te soigner."
C'était pas habituel.
À l'époque, je lui ai dit : "Tu vas t'en sortir.
Je le sais. Et on terminera ce projet. Autrement,
tant pis pour le projet. Ce n'est pas le projet qui compte.
C'est toi. Et tu vas t'en sortir."
C'était très réconfortant qu'il se soucie autant de moi.
Ça m'a motivé encore plus pour peaufiner la Killer.
Au lieu de me laisser abattre, je me suis dressé.
C'est bizarre mais je fonctionne comme ça.
Le fait de savoir que des gens m'aiment,
me soutiennent, c'était bien.
J'ai eu un super docteur.
Ni rayons, ni chimio.
Chirurgie au laser.
Il a été opéré, ça a marché.
Ça ne s'est pas étendu.
Et il a pu reprendre les outils.
Ça a changé notre relation.
Quand je regarde la Killer, je pense :
"Merci, tu as apporté de la nouveauté dans ma vie."
La construction de cette moto a été la plus épique de toutes.
Et dans tout ça, me rendre compte que j'avais trouvé
un ami, meilleur que je n'imaginais,
a été merveilleux.
Bonneville.
C'est dément.
Ici, on se croirait sur la lune.
En sortant la moto du van, j'ai mesuré
la réalité de ce que j'avais créé.
J'ai pensé : "Ok, maintenant, il faut la conduire."
C'était dur à avaler.
RÊVES DE SEL
"Maintenant, je dois enfourcher ce monstre
et foncer sur le sel."
J'ai eu le trac une heure avant la course.
On a le temps de réfléchir.
On est seul. On se pose sur la moto
et on attend, on comprend qu'on la contrôle
mais pas vraiment.
Comment tu te sens ?
Nerveux.
- C'est une bonne chose. - Oui.
Je suis concentré.
Personne n'aime échouer, ni atterrir à l'hôpital.
Ma femme est enceinte,
et ma sœur se marie dans deux jours.
J'essaie de faire abstraction.
Je pense sur la ligne de départ,
"Tâche de ne pas te planter."
Je n'avais pas anticipé la peur. Et j'avais peur.
On se sent vulnérable, allongé.
Le guidon est petit, on entre.
Et on ne voit plus que ce petit tube en fibre de carbone.
Moto 5161.
Je peinais à garder la moto droite.
Elle tremblait trop.
CHAPITRE SEPT
LE BESOIN DE VITESSE
POUR RÉUSSIR DANS CE SPORT
IL FAUT ÊTRE PRÊT À FRÔLER LA CATASTROPHE.
Je me suis aperçu qu'en poussant les bras dans le carénage,
je rendais la moto stable.
"Je la tiens."
J'ai ouvert les gaz et j'ai décollé.
J'ai pu la pousser vraiment.
Je savais que cette moto serait rapide.
Mais je pensais que ce serait une course d'essai.
- À travers tout ce sel. - Oui !
On ne traîne pas.
- Tu veux l'ouvrir, mec. - 333, mec.
C'est pour oublier, à la fourrière.
Je ne pilote plus.
333 de moyenne, c'est dingue.
C'est n'importe quoi.
VITESSE OFFICIELLE DE MAX HAZAN : 333 KM/H
UN NOUVEAU RECORD DE VITESSE AU SOL
Comment va ?
Bien. On a réussi.
Tu as réussi.
- Oui. - Bravo.
Je finance des motos de course pour Max Hazan
et Kiyo.
Je me sentais sur la touche, hors du jeu.
J'ai eu envie de jouer.
On a commencé…
SÉANCE DE CONCEPTION DU SIDE-CAR "HRS"
…avec l'idée qu'on a ici 44 motos,
mais aucun side-car.
Je conduis des side-cars. Je pourrais rouler avec un engin d'ici.
On a dit : "Inspirons-nous du URS,"
ce célèbre side-car de course,
connu pour avoir perdu quelques coureurs en route,
ce qui ne sera pas notre cas.
Je suis monté sur une moto
à un âge avancé, la soixantaine.
Pour moi, un side-car, c'est confortable.
Je ne sais piloter que ça.
Ces motos de course très anciennes,
en les regardant de près, on voit des traces de choc.
En voyant Max sur le sel, j'ai pensé :
"J'ai envie de prendre des risques, moi aussi."
- Il roulera. - Ok.
Une, deux, cinq fois, je ne sais pas.
On le construit pour qu'il tienne la route.
J'ignore si le pilote a été blessé, peut-être même tué
par le choc qui a fait ces marques.
Je sais que la course est un sport dangereux.
J'ai envie de pousser
le side-car de Craig,
pas au bout de ses limites
mais de mes limites.
C'est une Triumph de 1951 qui a couru à Bonneville.
Elle était pilotée par un môme de 13 ans, Bobby Sirkegian.
Il est allé à 196 km/h sur cette moto.
Aujourd'hui, si on emmenait un môme de 13 ans
à Bonneville et qu'on lui disait : "Va aussi vite que tu peux"
et s'il dépassait le 160,
on serait arrêté, mise en danger de mineur.
On est en train de concevoir le side-car.
J'irai sur le sel
ou au Salar d'Uyuni, n'importe où.
Je ne savais pas que tu ferais ça.
On perçoit la mortalité.
On perçoit la vulnérabilité,
mais à 13 ans, il a couru à Bonneville.
J'ai pensé : "Si un môme de 13 ans peut le faire,
mettre sa vie en danger, alors je peux essayer.
Il montera à combien ?
On te dira plus tard.
Mets-le sur le sel.
Et roule.
Au début, pour le side-car, j'ai pensé : "Génial.
Je suis partant."
Puis, quand j'ai commencé la construction :
"C'est mon premier side-car.
Je le construis pour un de mes meilleurs potes…
pour rouler vite."
C'est une sacrée responsabilité. Je n'en dors plus.
Merde. Il fait froid, dehors.
- C'est janvier. - À Chicago.
- Ouais. - Salut, frangin.
On a encore du boulot, mais je voulais
tester l'assise, le guidon,
les vitesses, la largeur.
Cette position est nouvelle.
Oui. D'habitude, je me tiens droit, façon Harley.
Prêt ?
Nom de Dieu.
J'avoue que ça me paraît dangereux.
Il a l'air super rapide.
Où es-tu le plus à l'aise sur le cale-pied ?
- Juste là. - Ici ?
Je vais raccourcir la poignée de frein et ajuster ça plus bas.
Je vais couper ça pour que tu tiennes avec le casque.
Ceci sera de ce côté, ok ?
Oui. C'est pas mal.
Ok.
Une nuit, à une heure du matin,
je me dresse d'un coup en pensant : "Mon Dieu,
le side-car risque de voler."
Un side-car vole quand le côté se soulève
et on risque de se retourner.
"Je dois voir Craig."
Quand je t'ai questionné sur la sécurité,
on ne semblait pas au top,
ça m'a rendu encore plus nerveux.
Je suis sûr de mon travail.
Sans arrogance.
Je ne me contenterai pas de ça.
Je veux être sûr que ce side-car ne vole pas.
Tu es sûr qu'on ne risque rien ? Il est plat.
Je compte sur toi pour protéger ma vie.
Oublions qu'on est amis.
Oui. Je me suis peut-être trop concentré sur la performance.
Peut-être que rien ne cloche sur cet engin
mais le seul moyen d'en être sûr, c'est d'insister.
Qu'est-ce qui empêche…
LE DOCTEUR GUZZI
…ce side-car de voler ?
Un side-car peut voler, généralement,
en prenant un virage, ça n'arrivera pas.
- Non. - Un simple aileron à l'avant
déviera l'air autour du bas du châssis.
Avait-on déjà un aileron ?
- Ou on l'ajoute ? - On l'ajoute.
- On ajoute cet élément. - Absolument.
Sur le bitume, en théorie, il approche 257 km/h.
Ce qui nous donne… une marge d'erreur,
à défaut d'un autre terme… de…
On battra le record.
Je crois que c'est à notre portée.
RECORD : 202 KM/H
C'est intéressant. On a des objectifs différents, à ce stade.
Le mien, pour l'instant,
c'est de le conduire correctement
et d'arriver avec autant de membres qu'au départ.
J'ai des objectifs d'auto-préservation pour l'instant
mais ils laisseront place à de purs objectifs de course.
Oui.
Ça me plaît.
Ça me plaît.
On l'a essayée vite fait sans le side.
- Super bruit. - Oui.
Une chauve-souris venue de l'enfer.
J'ai à peine…
- Entrouvert les gaz. - À peine.
- Juste… c'était parti. - Oui.
- Bien. - Nom de Dieu.
AVANT QUE LE SIDE-CAR HRS SOIT FINI
BOBBY DÉCIDE DE S'ENTRAÎNER SUR UN SIDE-CAR DE COURSE
IL FAIT UN ESSAI AVEC DEUX HARLEYS
SUR LE CIRCUIT DE ENNIS, PRÈS DE DALLAS
C'est prévu pour un jeune coureur italien de 25 ans
qui pourrait être mon petit-fils ?
Juste te regarder l'enfiler m'a épuisé.
L'objectif, aujourd'hui, est de donner à Bobby confiance et fluidité
pour passer les vitesses et l'habituer à rouler vite.
On a chacun un but personnel.
On veut atteindre 160 km/h.
On croit qu'un side-car est plus sûr avec sa roue en plus.
Mais en fait, on traîne cette roue bizarre.
Un side-car est une moto avec une roue en plus.
Une voiture, une roue en moins.
- Ôte d'abord tes lunettes. - Mes lunettes.
- J'ai fait 156 au quart de mile ? - Oui.
- 151. Oui. - Ok.
Pensons au passage des vitesses.
Quand on est à 160 km/h,
pour bien placer le pied…
Il suffit de cogner dessus.
Plutôt avec le talon ou la pointe ?
Moi, la pointe, mais chacun…
Il va peiner pour embrayer avec la pointe,
il est habitué avec le talon.
Tu fais des pédicures ?
- Des pédicures ? - Moi, si.
Du coup, je ne me sers pas de la pointe.
La course m'amuse mais je ne veux pas ruiner ma pédicure.
Non.
157.
Fais une pause.
Pour le prochain tour, prends l'autre.
Passons aux choses sérieuses.
Devine combien.
Je dirais…
- 162 ! - Oui !
On a réussi ! 162.
- On peut rentrer, maintenant ? - On va manger.
C'est grâce à ton aide.
Approche. Dans mes bras.
- Je t'aime. - Moi aussi.
Je t'aime, t'es un frère.
CHAPITRE HUIT
FRATERNITÉ
UN FRÈRE PEUT NE PAS ÊTRE UN AMI
MAIS UN AMI SERA TOUJOURS UN FRÈRE.
J'ai toujours été fasciné par les motos dans le sens où
les motards sont des mecs cool,
les mecs dans les gangs sont cool,
et Easy Rider est un film cool, mais à la soixantaine,
sans très bon sens de l'équilibre, je pensais :
"Je me contenterai d'admirer les motos au bord de la route."
Puis, j'ai lu un article sur un side-car russe, l'Ural.
"En vogue aux États-Unis chez les motards plus âgés et moins expérimentés."
Je me suis dit : "C'est pour moi."
Et puis j'adore le principe.
Le pilote partage des sensations
avec la personne à côté.
Plus tard, j'ai eu envie d'écrire un livre sur un gang de motards,
sur le sens de la famille qui unit les membres d'un gang de motards.
Quand ils s'appellent "frère," ils sont sincères.
Je me suis incrusté dans le but d'écrire ce livre,
et je l'ai fait.
Ils étaient tous vétérans.
Je me souviens de notre première rencontre.
Je rangeais le bar du club-house.
VÉTÉRAN D'IRAK "FRÈRE" DE BOBBY DANS LE GANG
Et j'ai fait un combat…
un commentaire sur la foutue BMW devant notre club.
Tu m'as demandé des trucs
et c'était plus facile de te parler qu'à bien des gens.
Sarge s'est engagé après le 11 septembre, il a été envoyé en Irak.
N'OUBLIE JAMAIS LE 11 SEPTEMBRE
Il en parle peu.
On s'est tout de suite liés d'amitié.
Je n'avais plus de frères, à ce moment-là,
j'en avais désespérément besoin.
J'étais mal en point quand on s'est connu.
Une mauvaise passe.
Quand on est complices
et qu'on aime la moto,
on peut faire 100, 150 bornes
et quand on s'arrête, on fait quoi ?
Même si on a mal, on sourit. T'es avec ton frère.
C'est encore mieux que d'être à moto.
Enfin, si, peut-être sur ta BMW.
Sarge et moi avons une profonde amitié l'un pour l'autre.
À la fin de cette période d'immersion,
j'étais dingue de moto.
Le mot "frère," au sein du gang,
résonnait en moi car il évoquait la famille.
Et j'avais un grand vide dans ma vie de famille.
Je suis comme toi, on vient de familles où ça n'allait pas tout seul.
On se méfie des gens.
Après mon enfance, je n'avais confiance en personne.
Puis, j'ai eu la chance d'avoir du succès.
Alors, j'ai appris à me méfier des gens intéressés.
J'ai toujours été un solitaire.
Je n'ai pas des tas d'amis, mais je suis proche de ceux que j'ai.
Des trucs m’affolent.
On en a parlé. Les alarmes de voiture.
Juste la foule au supermarché.
C'est un stress quotidien.
Je me gare sur une place handicapée, on me fusille du regard :
"Pourquoi ce type se gare là ?"
Ils ne savent pas qu'il m'a fallu deux semaines pour y arriver.
Entre les hauts et les bas du stress post-traumatique
et récemment, la mort
de quelqu'un qu'il aimait, Sarge s'est tourné vers moi.
C'est aussi pour ça que je t'aime, parce que tu me fais confiance.
Je serai toujours là.
Je l'ai toujours dit, à chaque fois.
Je ferais tout pour toi.
Il n'y a jamais eu autant de fraternité dans ma vie.
J'ai un truc pour toi.
Je te les donne.
Ce sont des écussons qui étaient sur un de mes uniformes, en Irak.
Je crois que les cassures des gens
se réparent, ou pas.
- Ils étaient sur toi. - Oui.
On essaie de combler le vide
qu'elles laissent… avec ce qu'il y avait là au départ.
Tu peux en faire ce que tu veux, ils sont à toi.
D'accord ? Tu es mon frère.
- Je t'aime. - Je t'aime.
CHAPITRE NEUF
RENTRER CHEZ SOI
UNE FAMILLE ÉCLATÉE LAISSE UN VIDE DANS LA VIE
MAIS UN VIDE N'EST PAS LE NÉANT.
C'EST UNE FORCE QUI N'ASPIRE QU'À SE REMPLIR.
J'ai été marié 47 ans.
Après quoi, le moment est venu de passer à une nouvelle phase de ma vie.
Je sortais d'une histoire qui n'avait pas marché
et j'avais mis les relations intimes… de côté.
Je n'ai jamais trouvé l'équilibre entre la maman que je voulais être,
ma carrière et ma vie sentimentale.
Je croyais ça impossible.
Je ne m'attendais pas à vivre une nouvelle relation.
Je ne croyais pas en avoir besoin.
Avec Bobby, au contraire,
je me suis autorisée à être vulnérable, à me fier à lui.
Je ne m'attendais pas
à ce que Stacey entre dans ma vie,
mais elle y est entrée.
Ce que je vis avec Bobby, je n'y croyais pas.
Il a changé ma vie pour toujours.
J'ai trouvé quelqu'un que j'aime et qui m'aime, quand j'avais 70 ans.
J'ai trouvé cette famille tard dans ma vie.
Ce musée est le foyer que j'ai construit avec Stacey.
Je sens ton genou.
- C'est exprès. - Bien. Continue.
Stacey m'a trouvé à un moment
où il y avait pas mal de morceaux cassés dans ma vie.
Elle a énormément contribué à la cicatrisation qui s'est opérée en moi.
Ma seule peur,
que j'aurai toujours, quoi que je fasse,
c'est l'échec.
Mon père me disait,
je te l'ai déjà raconté,
quand je rentrais contrariée, petite,
après le foot, la gym ou autre,
il disait : "Tu feras mieux le prochain coup."
Je disais : "Facile pour toi,
avec toutes tes médailles."
"Elles sont bien,
comme celles que je n'ai pas gagnées."
PÈRE DE STACEY
MÉDAILLE D'OR OLYMPIQUE
Je ne crains pas l'échec. Je fais au mieux,
mais j'ai peur…
des choses que je ne contrôle pas.
Comme ta course.
Je ne contrôle pas le résultat,
ni toi, ni rien de tout ça.
Je vais m'entraîner à fond.
Je n'aurai pas 20 ou 30 ans d'expérience comme les autres,
mais 20 ou 30 mois.
- Ils se plantent après 20 ou 30 ans. - Oui.
EN MARS 2020, LE COVID-19 SE PROPAGEAIT PARTOUT DANS LE MONDE
BOBBY ÉTAIT CONFINÉ À DALLAS
Le manège est bloqué à l'arrêt.
Nos vies sont à l'arrêt. On ne va nulle part. On reste à l'abri.
Aujourd'hui, je crois que c'est mon quatorzième jour de confinement.
Dix-huitième jour.
Vingtième jour.
Ça fait 25 ou 26 jour.
Le musée est fermé. C'est triste.
J'y suis allée deux fois et…
Ça me fait de la peine de voir toutes ces belles motos,
tout ce qu'on a créé, laissé en plan.
Normalement, je suis un gars plutôt joyeux et optimiste, mais là, ça craint.
Que va-t-on faire pour la course ?
Bonneville sera sans doute annulé.
El Mirage sera sans doute annulé.
Le mieux qu'on puisse faire, c'est aller sur un circuit privé
à 50 km de Dallas.
DÉBUT AVRIL 2020, L'ÉTAT DU TEXAS PUBLIE UN NOUVEL ARRÊTÉ
Hier, le responsable du circuit de Ennis
nous a informés que le circuit fermait
à cause des restrictions gouvernementales.
Le side-car est prêt. Craig l'a terminé.
Il a été testé, il attend dans un atelier, à Chicago,
on est pas sûr de pouvoir le ramener, vu les limites de déplacement.
Autant dire que nos plans sont suspendus.
On y est presque. On est juste là.
C'est comme si on nous l'enlevait.
Comme un môme avec une sucette.
Genre : "Donne-moi ça.," "Oh, merde."
La vie n'est pas censée être vécue avec le spectre de la mort au-dessus de la tête.
Ce n'est pas comme ça qu'on crée ses rêves.
Elle est censée être vécue dans la joie,
là où on poursuit nos rêves et nos passions.
Je savais que j'avais ce film…
LES GRANDS-PARENTS DE BOBBY
…de ma famille, il date des années 30, avant ma naissance.
Pendant la pandémie, j'ai réfléchi
beaucoup à la famille, à la mort, aux choses qui préoccupent
tout le monde, et j'ai décidé de revoir ce film.
LE PÈRE DE BOBBY
J'avais la même image de mon père depuis 50 ans.
Un homme très sévère et autoritaire.
Je l'admirais mais nos rapports étaient difficiles.
La joie était bannie de la maison quand j'étais petit.
À 16 ans, j'ai dit : "Je n'en peux plus. Il faut que je parte d'ici."
J'ai trouvé une chambre pas trop loin du lycée.
CHAMBRES
Je suis resté brouillé avec mon père pendant 40 ans.
Mais en regardant ce film,
j'ai vu un homme tendre,
insouciant, très doux
et incroyablement beau.
Pareil pour mon oncle.
J'ai vu la joie dans leur vie. Une joie pure.
Et j'ai vu à quel point ils s'aimaient.
Ils s'adoraient.
Je l'avais déjà vu cinq ou six fois, sans y prêter attention.
Je me suis dit, en regardant mon père,
mon oncle et mon grand-père : "Vous n'imaginez pas ce qui vous attend."
Quand j'étais petit, mon père et mon oncle étaient sortis, un soir,
et une fois de retour chez mon oncle, sa maison avait entièrement brûlé.
Ses deux enfants avaient péri dans l'incendie.
Je me rappelle que quand j'ai appris la nouvelle,
je portais un pantalon brun en velours.
On avait fait un bonhomme de neige, je revois mon père sortir
et appuyer sa tête contre le bonhomme pour pleurer.
Je n'avais jamais vu mon père pleurer.
Je me souviens de tout ça.
Je n'avais que sept ou huit ans.
J'étais trop jeune pour comprendre qu'un tel drame
puisse changer une personne, briser une famille.
Mon père, mon modèle, a été brisé par cette tragédie.
Il est devenu très sévère.
Et moi aussi.
Mais j'ai vu, en regardant ce film,
qu'il n'était pas ainsi à la base. C'est ce qu'il est devenu…
après la tragédie.
Cet homme aussi était mon père.
Je n'étais pas encore né, mais cet homme était mon père.
Je suis retombé amoureux de mon père.
Et je crois que pour la première fois,
je suis en paix…
avec cet homme aimant.
"Tu aimes la vitesse, tu la désires, tu la poursuis.
Mais as-tu besoin de la vitesse ?"
Disons que je n'ai pas besoin de la vitesse en ce moment.
EN MAI 2020, BOBBY A PRIS UNE DÉCISION
Si je cours, il me faudra une équipe.
Même si on porte des masques et des gants,
on prend un risque, on risque la vie de tous.
J'ai pensé à Stacey.
Pourquoi risquer de ramener un virus mortel à Stacey
qu'elle risquerait de le ramener chez elle à ses deux enfants ?
Je n'ai ni l'entrain, ni l'exubérance pour courir.
Je ne ressens pas la flamme.
L'idée s'est vidée de toute joie…
avec tout ce qui se passe.
Oublions ça pour 2020.
Je suis soulagée qu'il ne coure pas…
mais je sais aussi que c'est un peu décevant.
Il ne faut pas agir par égoïsme,
ni par vanité. Ce sont de très mauvaises raisons.
J'ai commencé tard, mais on rattrape le temps perdu.
Je ne peux pas risquer la famille que j'ai trouvée sur le tard.
CHAPITRE DIX
HÉRITAGE
LAISSE QUELQUES EMPREINTES DE PAS
UNE MARQUE SUR LE SOL
LAISSE UNE TRACE DE TON PASSAGE
JUSTE AU CAS OÙ TU REVIENDRAIS…
ET AU CAS OÙ TU NE REVIENDRAIS PAS
Il faut qu'on aborde ton sujet préféré : que se passera-t-il si je meurs ?
Pour l'instant, le plan est que le musée
resterait ouvert environ trois ans.
Mais lors de la troisième année, le plan serait de liquider la collection.
Mais il y a un défaut à ce plan.
Les motos custom sont précieuses pour ceux qui les ont construites.
Ce sont leurs enfants.
Si tu les vends au plus offrant, ces motos peuvent atterrir
chez des gens qui les laisseront au garage
ou les revendront l'année suivante.
Ça ne me semble pas correct. Je crois qu'on doit faire autrement.
EN MAI 2020, BOBBY ORGANISE UN RENDEZ-VOUS VIRTUEL AVEC SES PRINCIPAUX CONSTRUCTEURS
L'INVITATION PROMET L'ANNONCE D'UNE DÉCISION MAJEURE
Bienvenue à cet événement privé, initié par le Haas Moto Museum.
18 MAI 2020
En regardant vos visages sur mon écran,
je vois une grande diversité dans ce groupe de constructeurs d'élite.
Vous avez 20, 30, 40, 50 ans.
Et j'en ai 70.
Nous venons d'Allemagne,
de France,
d'Autriche,
du Japon,
d'Australie,
du Canada, et bien sûr,
des États-Unis.
Mais il y a plus de liens qui nous unissent
que de différences qui nous séparent.
Nous avons une passion commune,
notre passion de la moto
et de la création de chef-d’œuvres uniques
nés sans plan pour guider notre main.
Et nous sommes unis par un lien qui est né
de nos contributions à ce musée,
qui, en seulement deux ans,
est devenu le panthéon des constructeurs custom.
C'est incroyable de penser
qu'il y a quatre ans, je ne connaissais aucun de vous.
Ces dernières années, vous m'avez tous confié
que ce musée avait changé vos vies pour toujours,
mais celui dont la vie a le plus changé,
c'est moi.
Pas vous.
Il y a quatre ans, ma vie personnelle était un désastre
et j'envisageais de prendre ma retraite
après de longues carrières dans la finance et comme photographe pour Nat Geo.
Puis, j'ai rencontré Stacey… et tout a changé.
Après avoir construit ensemble la Dragon Gallery,
l'occasion s'est présentée d'investir l'espace caverneux
où est désormais le musée.
Nous avons décidé d'aller plus loin et la première réunion
a commencé ainsi : "Nous bâtirons
le meilleur musée de la moto du monde."
Dans ce monde bizarre, chamboulé, obsédé par l'épidémie,
le pire semble tapi à chaque coin de rue.
Je songe au roman de Dickens, Le Conte de Deux Cités.
"C'était le meilleur des temps. C'était le pire des temps.
C'était l'âge de la sagesse. C'était l'âge de la folie."
C'est le meilleur des temps,
car nous avons l'honneur d'être décrits…
L'ATELIER CUSTOM
…par les conservateurs du Guggenheim comme "un musée à nul autre pareil."
Pourtant, c'est le pire des temps et nous devons restés cloîtrés.
On nous rappelle quotidiennement que personne n'est éternel,
et qu'il n'est jamais trop tôt pour songer à son testament.
J'ai réfléchi au mien il y a bien des années
après une série de problèmes de santé.
Je dois y penser de nouveau en tant que fondateur de ce musée.
Que deviendront les chefs-d’œuvres
forgés dans vos ateliers
et qui reposent dans ce musée ?
Je vous ai promis d'annoncer une décision majeure.
Il est temps de tenir ma promesse.
J'ai souvent dit que je ne me considérais pas
comme propriétaire de vos créations, je n'en suis que le gardien.
J'ai dit un jour à Kiyo et Kat que leurs motos sont nées de leurs mains,
de leur âme, et que j'en prendrais grand soin.
J'ai donc décidé que lorsque je ne serais plus là pour être
leur gardien officiel… ces enfants nés de vos mains,
de votre âme, devraient rentrer chez elles, auprès de vous.
J'ai modifié mon plan de succession pour garantir qu'après ma mort,
les créations que vous avez façonnées de vos mains
vous soient rendues, ce seront mes cadeaux.
Et vous seuls déciderez de la destinée de vos enfants.
Rassurez-vous, je ne prévois pas de partir de si tôt.
Je suis en forme, je vieillis bien et j'ai une très jeune maîtresse.
Vous devrez attendre encore avant que vos bébés rentrent chez vous,
mais ils rentreront.
Max, ça signifie qu'un jour,
je n'aurai plus la collection
de Hazan la plus importante au monde,
tu l'auras.
Craig, tu auras besoin d'un atelier plus grand pour loger
la Killer,
l'Ambassador et Corps Léger. Et même le side-car HRS.
Jay, même si tu dois les passer en fraude à la frontière canadienne,
un jour, Manta et Stingray retrouveront leur terre natale.
Kiyo et Kat. Vos trois enfants ne seront pas séparés.
Cherry Blossom, Gekko et Galaxy
rentreront chez vous un jour.
Dirk,
la Black et la White Phantom
et la Gute Geist
seront réunies en Allemagne.
Et il en sera de même pour tous.
Serge et Shaik,
Walt
et Shinya
et Sofi
et Christian et Michael,
à ma mort,
vos créations custom reviendront chez vous en guise de cadeaux.
En conclusion, sachez
que je vois ce programme de dons
comme un remerciement bien mérité
à des artistes tellement doués de leurs mains,
à l'esprit tellement brillant
et dont l'engagement est extraordinaire.
C'est un fait, mon nom est sur la façade de ce bâtiment
parce que je l'y ai mis,
mais le musée a atteint le piédestal élevé
où il trône parce que vous l'y avez porté.
Merci.
Ouah, Bobby.
Merci, Bobby.
Même les balaises ont pleuré.
Je voulais te dire merci. Ça a tout changé.
Tu peux garder les motos. Ça a changé ma vie.
Ça me fait plaisir.
Craig, comment ça va, à Chicago ?
Les mots me manquent, et tu me connais,
d'habitude, c'est pas un problème.
Merci, frangin. Je t'aime.
Moi aussi, frangin.
Quand je pense
qu'il y a quatre ans, j'avais du mal
à trouver des gens dans ma vie qui m'aiment et que j'aime.
Là, ils ne rentrent plus
dans un écran Zoom, tellement il y en a.
Donc… il y a du progrès.
Il y a du progrès.
- Salut, Stacey. Salut, Bobby. - Au revoir.
Bye, les amis.
Merci, mon Dieu. Je l'aime tellement.
Je ne suis pas un mec génial.
Je ne crois pas être quelqu'un de vraiment agréable.
Tous ces gens m'ont donné l'occasion de me bonifier.
J'aime Stacey.
J'aime les constructeurs custom. J'aime les motos.
J'aime tout dans ce musée. Au point de me lever
à trois heures du matin pour y travailler.
J'ai une chance de dingue.
QUELQUES SEMAINES PLUS TARD, BOBBY HAAS,
À 73 ANS ET AVEC UNE MALADIE CARDIAQUE, A ÉTÉ TESTÉ POSITIF AU COVID-19.
BOBBY S'EST BATTU CONTRE LA MALADIE ET A VAINCU LE VIRUS EN JUILLET 2020.
ÉTÉ 2020
CRAIG LIVRE LE HRS AU MUSÉE, À DALLAS
Faut que je te dise, frangin. Je l'adore.
Mais on ne peut plus l'appeler HRS.
C'était le nom du projet. Là, il a pris vie.
Dis, Johnny,
tu trouverais un cartel pour Mister Fahrenheit ?
Il devrait être sur un circuit.
C'était le but.
On ne l'a pas construit pour décorer un musée.
On va faire courir cet engin, ok ?
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