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Voil�. Donc...
C'est ma seule chance d'expliquer ce qui s'est pass�.
Si j'ai raison, je dois avoir environ une heure,
et je voudrais que tout soit clair. Donc, allons-y.
Je suis Howard Fornoy. J'�tais r�alisateur de documentaires.
Je vais vous parler de la fin des guerres, de la d�g�n�rescence humaine
et du d�c�s de mon fr�re, Robert Fornoy, le messie.
C'est une longue histoire qui aurait m�rit� qu'on y consacre des heures,
mais si quelqu'un voit ces images,
il devra se contenter des grandes lignes,
et �a c'est le meilleur moyen.
Bon. Si on veut s'y retrouver, le mieux est de commencer par le d�but.
�a, c'est nous.
Les Fornoy de Washington et du New Hampshire.
Notre maison de campagne donnait sur le lac
qui fait face aux White Mountains.
C'est une cha�ne qui doit avoir 500 millions d'ann�es,
ce qui, stricto sensu, pourrait correspondre au commencement.
Bon, oublions le commencement.
Mon p�re Richard avait �tudi� l'histoire � la fac,
avant de l'enseigner lui-m�me, comme prof, � trente ans.
Dix ans plus tard, il �tait un des dix administrateurs
des Archives Nationales � Washington,
en bonne place pour en prendre la t�te.
La journ�e, il veillait sur la D�claration d'lnd�pendance,
la Constitution et la D�claration des Droits.
Gratte-papier le jour, la nuit, il devenait rocker.
Et en plus, c'�tait un mec bien.
Allez Washington !
Il avait tous les disques de B.B. King
et il se d�brouillait plut�t bien � la guitare.
Trois, quatre.
Ma m�re a quitt� l'Universit� avec les f�licitations du jury.
Elle portait l'embl�me de sa fraternit� sur son dr�le de chapeau mou.
Elle d�buta une belle carri�re d'expert comptable,
rencontra mon p�re � un concert de Springsteen
et se mit � son compte � son premier b�b�,
votre serviteur. Je suis arriv� en 1977.
En 80, elle tenait la comptabilit� de quelques associ�s de mon p�re.
� la naissance de Bobby, en 82,
elle g�rait les comptes, les actions en bourse, et l'immobilier
d'une douzaine de personnalit�s. Elle disait que �a l'amusait.
Quant � moi, je n'�tais pas un sujet de d�ception
pour un couple � haut potentiel comme l'�tait mes parents.
J'ai r�colt� des A ou des B pendant toute ma scolarit�.
Et gr�ce � mon p�re, j'avais une affinit� pour le cin�ma.
J'�tais comme un poisson dans l'eau, �a devait �tre dans mes g�nes.
Le laur�at du meilleur film est Howard Fornoy pour Dans les airs !
J'�tais un bon gar�on, intelligent,
qui avait grandi dans un climat d'amour et de confiance.
Un enfant de confiance, qui aimait et respectait ses parents.
Bobby. Eh bien...
Bobby c'�tait une autre histoire.
Des calmants, augmentez la dose !
Tiens bon ma ch�rie, tu vas y arriver.
Allez mon coeur, pousse encore une fois !
Cet enfant je lui revaudrai �a !
Personne, pas m�me des gens brillants comme mes parents
ne peut s'attendre � avoir un b�b� comme Bobby.
Tu peux dire Papa ? Allez, mon Bobby.
Allez, p'tit bonhomme.
Dis Papa.
Il n'a qu'un an, Richard. Il parlera quand il sera pr�t.
Tu sais dire Maman ? Dis Maman, mon coeur.
Laisse ton fr�re tranquille.
Je te parle, Howie.
Bow-wow.
Ma ch�rie. Le b�b�, il parle !
Bow-wow.
Il dit ton nom Howie.
Je m'appelle Howie.
Bow-wow, Bow-wow.
C'�tait Bow-wow et �a resterait Bow-wow.
Malgr� nos cinq ans d'�cart, nous �tions ins�parables.
C'�tait le roi des casse-pieds et moi un sale m�me
mais m�me dans le pire des cas,
on �tait les fabuleux fr�res Fornoy. Et j'aurais tout,
- tout fait pour lui. - Plus vite, Bow-wow !
Je me souviens quand on avait retrouv� un puzzle de mille pi�ces
dans le grenier,
sauf qu'on avait perdu le couvercle
et que personne ne savait ce qu'il repr�sentait.
La for�t � travers les arbres. Les arbres � travers la for�t.
Il...
Il poss�dait ce don.
� deux ans il lisait, et � trois, il �crivait des petites histoires.
C'�tait d�j� assez �tonnant en soi, mais ce n'est pas tout.
En faisant abstraction de l'�criture,
on se serait cru devant la prose d'un enfant de dix ans,
brillant malgr� une grande na�vet�.
Puis il s'est mis � avoir ces maux de t�te.
Il se r�veillait au milieu de la nuit
en hurlant, dans d'atroces douleurs.
On craignait qu'il n'ait
- un probl�me physique. - Oui.
- Tu es s�r que �a marche ? - Oui papa. Parfaitement.
Tu n'as pas besoin de parler si fort. Je t'entends tr�s bien.
Continue maman.
On �tait s�rs qu'il avait une tumeur au cerveau.
Votre fils, M. Et Mme Fornoy, est dans un �tat d'extr�me frustration,
parce que sa main ne va pas aussi vite que son cerveau, quand il �crit.
Vous voulez dire qu'il est stress� ?
Votre enfant essaie d'�vacuer une sorte de calcul r�nal de son cerveau.
Je peux lui prescrire de quoi soulager ses migraines,
mais c'est un autre genre de m�dicament qui le gu�rira.
Et donc, nous lui avons achet� une...
Une Commodore 64,
avec Wordstar, pour No�l.
Et les migraines ont disparu.
Je veux ajouter que pendant les trois ans qui ont suivi,
il a cru que c'�tait le P�re No�l qui avait mis l'ordinateur sous le sapin.
Faut faire vite.
Un jour, j'ai lu un texte tr�s dr�le intitul�:
"Les Cl�s d'Autant en Emporte le Vent". �a donnait � peu pr�s ceci.
"Une guerre ?" dit Scarlett en riant. "Fl�te alors."
Et boum ! Ashley part � la guerre.
Atlanta br�le, Rhett arrive, il repart.
"Fl�te alors", dit Scarlett � travers ses larmes.
"J'y penserai demain, car demain est un autre jour."
Boum ! Les fils Fornoy ont grandi.
Howard va � l'Universit�. Il en sort avec les honneurs,
et entame une brillante carri�re de r�alisateur de documentaires ind�pendant.
New York. C'est un bon fils qui appelle chez lui toutes les semaines.
Il fr�quente pas mal de femmes, en �pouse une, divorce,
se remarie et divorce de nouveau.
J'avais beau avoir eu mes parents comme mod�les,
je n'�tais pas fait pour le mariage.
Mais le boulot marchait bien, alors je suis parti � Hollywood.
Je me suis d�brouill� pour �tre nomm� aux Oscars.
Et le Prix du Meilleur Documentaire est d�cern� � Howard Fornoy
pour Orson Welles: � la recherche de Rosebud.
"Fl�te alors," dit Howard. �a, c'est la vraie vie !
Oui.
Mais l�, j'anticipe.
Quand j'avais 12 ans et lui 7,
il m'a dit qu'il avait invent� un avion.
Bobby, j'ai des doutes.
Pas moi. Je te demande juste de me pousser.
Pousse-moi fort.
Y'a pas de ceinture de s�curit� sur ce truc de dingue.
Je vous jure que je ne l'aurai jamais pouss�
si j'avais imagin� que ce truc allait d�coller.
T'en fais pas pour moi.
Ouais ! �a marche !
On dit qu'il y a un Dieu pour les ivrognes, les fous et les enfants.
Mais on dit aussi que le diable se cache dans les d�tails.
Bobby ?
Bobby !
J'ai r�ussi.
- J'ai vol�. - Oui, t'as r�ussi.
Et si jamais tu r�essayes, je te tue !
Pourquoi t'as fait �a ?
Je pleure et je ne sais pas si c'est car je suis �mu ou si �a commence.
Non, je dois �tre �mu.
Mais quoiqu'il en soit, je ferais mieux de me d�p�cher.
Si je vous raconte cette histoire, c'est parce que ce cas extr�me
montre bien ce qu'�tait la norme,
la vie avec lui n'�tait qu'une s�rie de cas de conscience.
Ouais !
Je ne vous ai pas dit qu'il y a quatre heures,
j'ai tu� mon fr�re en lui injectant sa propre invention.
Il appelait �a le calmant,
mais il aurait d� l'appeler "grossi�re erreur".
Le terme aurait mieux convenu.
Il doit rester dans les 40 minutes, �a d�pend de mon groupe sanguin
qui doit �tre A, je crois. Je m'en souviens jamais,
donc, on laisse tomber.
La vie avec Bobby. Nos jeunes ann�es !
Un jour, quand il avait neuf ans,
il a brouill� toutes les radios et t�l�s de notre rue,
et de tout le quartier, avec sa propre voix.
Pendant deux heures, pr�s de 3000 personnes n'ont capt�
que Fr�quence Bob, celle de mon petit fr�re.
Merci � Wendell de Georgetown pour cette question pertinente.
Si mon p�re p�te autant � l'Eglise tous les dimanches,
c'est � cause de la haute teneur en soufre des haricots blancs.
Mais la plupart du temps, il les l�che en silence,
parfois il retient les plus explosifs jusqu'au moment des cantiques.
Il a �t� le plus jeune �tudiant
admis en math sup. Et en physique quantique
� l'Universit� de Georgetown.
Gamma est �gal � la racine carr�e
de Y puissance R moins L
sur L moins Y puissance F.
Il a eu son bac � dix ans, mais jamais de dipl�me universitaire,
je ne parle m�me pas de doctorat.
Il a eu un b�guin pour la physique avant de devenir un fou de chimie.
Des gens comme Bobby, on n'en rencontre qu'une fois dans sa vie,
les De Vinci, les Newton, et les Einstein ou les Edison.
Ils ont tous une chose en commun, ils sont comme d'�normes boussoles
qui tournent sans but, pendant un long moment
� la recherche de je ne sais quel vrai nord.
Et un jour, ils s'engouffrent dedans avec une �nergie terrifiante.
Bobby �tait exactement comme eux.
Quand il avait 14 ans, son truc c'�tait l'arch�ologie.
Puis il est pass� � l'anthropologie. Il est le seul adolescent
� avoir particip� � une exp�dition dans la jungle birmane.
Mais tr�s vite, d�s que Bobby avait fait le tour de son sujet,
il passait � autre chose.
Il recherchait toujours son vrai nord.
Bon. � table. Excuse-moi, ch�ri.
- Bravo. - Oui. J'y ai pass� la nuit.
Apr�s sa derni�re exp�dition, il �tait joyeux,
mais il avait perdu son exub�rance de petit gar�on.
Il voulait parler de l'actualit�, de la gravit� des �v�nements.
Les gros titres du journal nous avaient tous abasourdis,
comme si on avait assist� � dix carambolages.
Tout le monde �tait abattu,
mais Bobby �tait vraiment sous le choc.
Regarde ces cheveux.
- Je lui ai dit qu'il devrait les couper. - Mes cheveux ?
- Ils sont bien. - �a lui va bien.
- Merci. Laissez mes cheveux. - Pourquoi les gens sont si m�chants ?
Pourquoi les gens sont si m�chants ?
Et tu voudrais qu'on te r�ponde ?
Faudra bien que quelqu'un s'y colle.
Et le plus vite possible, au train o� vont les choses.
Elles vont au train o� elles ont toujours �t�.
Je pense que c'est comme �a car les gens sont m�chants par nature.
Si tu veux te plaindre, plains-toi � Dieu. Pardon maman.
Ce n'est rien, mon ch�ri.
C'est trop cynique. Je ne peux pas y croire.
Et ne me dites pas que c'est � cause de la pression �conomique
ou du conflit entre les riches et les pauvres
parce que �a non plus, �a n'explique pas tout.
Le p�ch� originel, alors. �a me va bien.
J'en connais qui ont fait un tube avec �a.
L'ann�e suivante, on se retrouvait ici m�me.
Septembre �tait l� et les estivants �taient partis,
mais on �tait rest�s une semaine de plus.
Nous n'avions aucune envie de nous s�parer.
On avait remball� presque toutes nos affaires et l'endroit avait repris
cet air triste et d�sol� qui lui �tait propre.
Mais la matin�e �tait tr�s douce,
et ce jour-l�, la r�gion �tait particuli�rement belle.
Je me souviens que la lumi�re sur l'eau, �tait parfaite.
La t�l� �tait allum�e et Diane Sawyer...
C'�tait Katie Couric.
Oh !
�a ne fait rien, maman. Continue.
L'�mission a �t� interrompue par un flash sp�cial.
Et puis ta m�re a dit...
Dick ! Les gar�ons !
Venez voir !
... une formidable explosion.
On peut voir des cendres �paisses et de la fum�e qui s'�l�vent.
Je vous le dirai, mais on ne peut pas distinguer la seconde tour d'ici.
On a vu un jaillissement d'�tincelles et de feu et maintenant...
Le nuage engendr� par l'explosion ressemble � un champignon.
La couronne de fum�e atteint la seconde tour.
Un avion s'est encastr� dans la deuxi�me tour.
Vous ne pouvez voir derri�re nous...
Tu as peut-�tre raison, frangin. C'est peut-�tre le p�ch� originel.
Mais dans ce cas, quel est l'instrument ? Tu t'es pos� la question ?
L'instrument ?
Je ne comprends pas.
Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Peut-�tre que c'est dans l'eau ? - Hein ?
On dit souvent qu'il y a quelque chose dans l'eau.
Ou c'est peut-�tre quelque chose qui y manque.
En y repensant, je me dis que c'est ce jour l� qu'il a trouv� finalement.
- Son... - Son vrai nord.
C'�tait ce jour-l�.
On ne pouvait qu'esp�rer que les choses s'arrangent.
Mais comme vous le savez, elles n'ont fait qu'empirer.
Le monde a continu� joyeusement � tourner
� la recherche d'un pansement par-ci, un bout de sparadrap par l�.
Une petite piq�re et un soulagement vite fait bien fait,
et je pense qu'une gu�rison imm�diate n'�tait de toute fa�on plus possible.
Quand � Bobby, il poursuivait son chemin, Dieu seul sait o�.
On recevait une carte pour les vacances ou les anniversaires.
Il promettait toujours qu'il allait revenir bient�t.
Mais je ne l'ai pas revu,
jusqu'� ce qu'il d�barque chez moi quatre ans plus tard.
- Bobby. - Salut Bow-wow.
�a alors !
Viens dans mes bras, cr�ne d'oeuf.
- Comment �a va toi ? - Bien.
- J'ai plein de choses � te dire. - Je m'en serais dout�.
�a fait un bail. Qu'est-ce que je peux t'offrir ?
- Une bi�re ? - Bien s�r.
- Qu'est-ce que tu as l�-dedans ? - Abeilles et gu�pes.
Des gu�pes et des abeilles.
Qu'est-ce que tu nous mijotes encore ?
Tu as vu �a ?
C'est quoi ? De l'eau ? De l'eau de vie ?
C'est un peu les deux, en fait, m�me si �a parait bizarre.
�a vient d'un puits art�sien. De la Plata, une bourgade du Texas.
Mais avant d'en arriver � ce petit concentr�,
il y en avait 19 litres.
C'est juste de l'eau,
mais c'est aussi l'�lixir le plus d�lirant que l'homme ait connu.
C'est �a, Bow-wow. Le miracle.
Le rem�de � la pire maladie dont les Homo Sapiens sont en proie.
- Le cancer ? - Non.
Les guerres, les bagarres dans les bars, les fusillades, la m�chancet�.
Et �a, tu vois, frangin.
C'est la fin de toutes ces horreurs.
�a va enfin mettre un terme � tout ce bazar.
Tu devrais sortir ta main de l�, Bobby.
Du calme.
T'as d�j� vu une abeille piquer une fleur ?
Tu ressembles pas � une fleur.
Tu t'imagines qu'elles savent � quoi ressemble une fleur ?
Pas du tout.
Elles savent que je suis sucr� car je secr�te de la dioxine de saccharose.
Sans compter que j'ai mang� une bo�te de chocolats dans l'avion.
S'il te plait, Bobby.
Il devait avoir 400 abeilles sur lui. Une seule l'avait piqu�.
Bon d'accord, deux.
Alors, qu'est-ce que tu as r�alis� de beau, ces temps-ci ?
Un film sur les vols d'oeuvres d'art commis par les nazis.
Si tu veux, je pourrais te le projeter.
�a ce serait g�nial !
Bobby, qu'est-ce que tu trafiques ?
Tiens, tu pourrais me retirer celle-ci ?
Je me dis que si j'�tais si intelligent, je serais ambidextre,
mais ma main droite doit avoir un Q.I. de 6.
Tu vois, Bow-wow, les abeilles sont les kamikazes de la nature.
Elles ne piquent qu'en dernier recours parce que �a les tue.
Tu te souviens de ce repas,
quand tu m'avais dit que si on s'entretuait,
- c'�tait � cause du p�ch� originel. - Oui.
Et si c'�tait vrai cette histoire,
s'il y avait un Dieu qui nous aimait au point de nous exp�dier en enfer,
� dos de missile, � cause d'Eve qui aurait b�tement croqu� une pomme ?
C'est peut-�tre �a le ch�timent.
Il a fait de nous des gu�pes au lieu d'abeilles
- Howie, qu'est-ce que tu fabriques ? - Reste tranquille ! Je l'avais !
Bon, les deux abeilles qui m'ont piqu� sont mortes.
C'est car leur dard est h�riss� de pointes comme un harpon.
Il p�n�tre assez facilement mais,
d�s qu'elles cherchent � le retirer, elles s'arrachent l'abdomen.
C'est agr�able.
Mais les gu�pes, au contraire, poss�dent un dard lisse.
Elles peuvent nous piquer tant qu'elles veulent.
Bien s�r, au bout de trois ou quatre fois, elles n'ont plus de venin,
�a ne les emp�che pas de nous piquer partout si �a leur chante.
C'est g�n�ralement le cas.
C'est pour cette raison, qu'on continue � se battre,
encore et toujours Bow-wow.
Nous avons des dards lisses.
Et maintenant, regarde.
Alors, comment vont les parents ?
Plut�t bien. C'est fou ce que tu leur manques.
Tu devrais passer les voir, tant que tu es l�.
Oui. Je vais le faire.
- C'est parti. - Qu'est-ce que tu fais ?
Toujours aussi courageux !
Le probl�me avec Bobby,
c'est que d�s qu'on est avec lui depuis plus de cinq minutes,
il fait de vous ce qu'il veut.
Lui, c'�tait Lucy qui tenait le ballon de football
en me promettant que ce coup-l�, c'�tait le bon.
Et moi, j'�tais Charlie Brown, qui se pr�cipite pour tirer.
Eh !
Ne les tue pas !
C'est comme si tu tuais des b�b�s pour le mal qu'ils feront.
- C'est pareil. - Range-moi �a !
J'aimerais que tu fasses une chose pour moi, Bow-wow.
- Non. - Tu dois me faire confiance.
Non !
�a va pas ? T'es malade ?
Allez. Viens t'asseoir.
Allez viens ! Assieds-toi.
Regarde, elles sont juste bien.
Elles n'agissent pas comme des drogu�es,
et elles ne sont pas sp�cialement �nerv�es non plus.
Regarde-les ! Regarde !
Plut�t cool, hein ?
Je crois que je sentais d�j� que cette histoire allait mal tourner.
Une merveille.
Comme tu le sais, le Texas est l'�tat le plus violent de tout le pays.
Ils adorent s'entretuer.
C'est leur passe-temps favori.
- � part � La Plata. - Bon, ils aiment bien leurs armes aussi.
Sauf qu'ils s'en servent nettement moins pour se canarder.
Le fait est que si l'on rentre assez de donn�es
sur cette petite ville dans un ordinateur,
on se retrouve face � une anomalie frappante.
Il nous a fallu six mois pour mettre ce programme au point.
Moi, je l'appelle le pacificateur.
Tu peux m'expliquer ce que c'est ?
Les nombres repr�sentent les occurrences d'actes violents dans de chaque cercle.
Meurtres, viols, coups et blessures, comme on dit.
L'ordinateur sort un chiffre selon un calcul
�tabli d'apr�s la densit� de population.
- Et ici... - �a dit z�ro.
Tout � fait, Bow-wow.
Tu vois, c'�tait vrai, cette histoire.
C'est bien quelque chose dans l'eau, en fin de compte.
Et l'eau, de La Plata, c'est pas rien.
On n'�tait pas les premiers � l'analyser.
L�-bas, la plupart des gens ont des puits. Donc elle est analys�e r�guli�rement.
Mais nous �tions les premiers � r�aliser une analyse sub-microscopique
et on a fait des d�couvertes assez stup�fiantes.
- Quel genre de d�couvertes ? - Des ruptures de cha�nes d'atomes.
Des fluctuations �lectriques sub-dynamiques et une prot�ine inconnue.
Et c'est cette prot�ine qui nous int�resse,
car jusqu'� pr�sent, on ne l'avait vue que dans un seul autre endroit.
Le cerveau humain.
Cette d�couverte va mettre un frein � l'agressivit� humaine.
�a va �ter aux gens tout d�sir et toute capacit� de se battre.
Bobby, je t'adore.
Mais c'est l'histoire la plus d�lirante que j'ai jamais entendue.
Tu veux voir ce qui est d�lirant ?
...les manifestations violentes... - �a c'est d�lirant.
Ils parlent de...
...des �tudes prouvent... - Les bombardements continuent...
L'incendie qui n'est pas ma�tris�...
�a c'est d�lirant et c'est partout pareil.
Moi, je suis pas d�lirant.
�a y est. �a commence. J'ai la gorge s�che.
Pour l'instant, �a va encore, mais je sais que �a ne va pas s'arranger...
J'ai plein de choses � dire.
- Admettons que ce soit faisable... - Bon.
...et admettons que tout se d�roule selon tes plans.
Tu ne sais pas ce que peuvent �tre les effets � long terme.
- Howie. - N'essaie pas de me faire croire que si,
parce que c'est faux. Pense � la Thalidomide.
La petite pilule miracle qui a caus� des malformations cong�nitales.
Ou bien � ce vaccin contre le sida qu'ils avaient trouv�.
�a stoppait la maladie, mais ils ont tous eu une �pilepsie incurable
- et n'ont pas surv�cu deux ans. - �a va, je sais, c'est...
Non, comment �tre s�r que ce sera diff�rent ?
Que ce truc ne va pas te revenir en pleine poire.
J'en sais rien !
Je ne sais pas !
C'est trop tard mon vieux.
Au train o� vont les choses, il n'y aura peut-�tre pas de long terme.
Le monde a besoin d'actions h�ro�ques.
Peut-�tre qu'on peut en finir avec tout ce bazar,
ou peut-�tre qu'on donne de l'h�ro�ne � un malade en phase terminale.
Quoi qu'il en soit, on en finit avec ce qui se passe actuellement.
On met un terme � la souffrance humaine.
Aide-moi, Bow-wow.
S'il te pla�t.
Aide-moi, je t'en prie.
Vous avez vu l'heure ? Bon sang !
�a d�pend de mon groupe sanguin qui doit �tre...
Je vous l'ai d�j� dit ?
Bon, allez !
Une semaine plus tard, j'allais � La Plata rejoindre Bobby
et Duke Rogers, un g�ologue hors du commun.
- Tu vas bien ? - Oui.
- T'as fait bon voyage ? - Oui, pas mal du tout.
Duke Rogers, mon fr�re Howie.
- Enchant�. - Ravi de vous rencontrer.
Je m'en occupe.
Regarde, tu vas �tre �tonn�.
Deux hommes, la trentaine.
Sous l'emprise de l'alcool.
Un vrai face � face sociologique.
T'as vu ma bagnole ?
N'importe o� ailleurs dans ce pays,
ils seraient d�j� � la morgue avec une �tiquette au gros orteil.
On trinque. � la tienne.
Voil� ce qu'on concocte, Howie. Un �lixir pacificateur.
L'eau de cette r�gion du Texas est d�j� d�tonante.
Mais on a r�ussi � rendre
celle que j'ai vaporis�e sur les gu�pes dix fois plus puissante.
On en a d�j� pr�s de 23 mille litres.
� la fin de l'ann�e on en aura 53 mille.
Et au mois de juin, 114.
Oui, mais �a ne suffit pas.
Il nous en faut plus, et plus vite. Ensuite, il faudra le transporter.
Le transporter o� ?
Et bien, jusqu'au volcan.
Voil� l'�le de Gulandio.
Qui se trouve � 200 km � l'est de Born�o.
Les indig�nes appellent ce volcan le Mont de la Gr�ce.
- Plut�t pas mal, non ? - Comme le Krakatoa, il va exploser.
Lors de l'�ruption du Krakatoa, ses d�bris ont litt�ralement fait le tour de la plan�te.
Le climat a �t� perturb� pendant cinq ans.
Un palmier, le Nipa qu'on ne trouvait qu'en Afrique, et en Micron�sie,
est soudain apparu en Am�rique du Nord et du Sud.
Sem� par le Krakatoa.
C'est ainsi que je veux m'y prendre pour semer l'eau de La Plata de partout.
Je veux qu'on se prom�ne sous l'eau de La Plata quand il pleuvra,
et il pleuvra souvent quand le Mont de la Gr�ce aura explos�.
Je veux qu'on boive l'eau qui va tomber dans les citernes,
qu'on s'y baigne, s'y lave les cheveux. Et qu'on y rince ses lentilles de contact.
Et tu comptes faire �a comment ?
Il faut qu'on synth�tise 200 � 300 mille litres de liquide condens�.
Qu'on l'emm�ne par avion au dessus du crat�re, et qu'on le largue.
Bien entendu, pour faire tout �a, il va falloir de l'argent.
Beaucoup d'argent.
Et c'est l� que tu interviens, Bow-wow.
Vous �tes s�rs qu'il n'y a aucun danger ?
Bien s�r, il ne faut pas boire le concentr�.
C'est un vrai casse-t�te.
Mais vu la fa�on dont il sera diss�min�, pas le moindre risque.
No problemo.
Et cette bombe � retardement, elle doit exploser quand, exactement ?
Vers octobre, l'an prochain. Voire un peu avant.
Combien d'argent ?
Il fallait des millions. Beaucoup de millions.
Mais ce n'�tait qu'une goutte d'eau
compar� � ce qui avait �t� d�pens� chaque mois par la d�fense.
J'ai lev� la plupart des fonds moi-m�me. Je me suis d�brouill� comme j'ai pu.
J'avais pas mal d'amis haut plac�s, ou mal plac�s.
Oui, tr�s vite, j'ai connu des tas de gens
qui pensaient que les choses n'allaient pas bouger,
quelque soit le Pr�sident.
On a r�ussi.
On a distill� l'eau en condensat, et puis on l'a transport�e
au dessus de Gulandio, de la Gr�ce du sort ou du destin, comme on veut.
C'est horrible, �a pue ! C'est quoi ?
Du sulfure d'hydrog�ne. �a vaut les pets de papa, non ?
C'est comme si Dieu avait interrompu les transmissions habituelles
par un flash sp�cial: "C'est votre derni�re chance, cr�tins !"
- T'es s�r de ce que tu fais Bobby ? - Pour autant que je puisse l'�tre.
Je me retrouvais � foncer sur le ballon
que mon fr�re, si intelligent, me tendait en riant pour la derni�re fois.
Ce volcan qu'on appelait La Gr�ce a explos� pile au moment pr�vu.
Tout est parti dans l'azur, et pendant un temps,
les gens ont oubli� tout le reste et se sont tourn�s vers le ciel.
Et soudain, fl�te alors, juste comme �a, tout s'est pass� tr�s vite.
On a eu trois ans d'�t� indien,
trois ann�es paradisiaques.
Tout le monde avait baiss� la garde.
Le monde entier �tait comme les gu�pes de Bobby,
celles qui ne piquaient pas. Du moins, pas trop.
Mais on dit que le Diable se cache dans les d�tails.
Alors, Susan, vous connaissez...
- Maman ? - Bonjour ch�ri.
... neufs ballons sur le tableau. Trois sont gagnants.
Faites �clater ces trois-l�...
J'ai essay� de te joindre toute la journ�e. T'�tais o� ?
J'ai �t� tr�s occup�e.
Je voulais terminer �a avant que le b�b� n'arrive.
�a s'est bien pass� � l'�cole, aujourd'hui ?
C'est � propos de maman.
Papa et moi, on rentre de chez le docteur.
Elle a Alzheimer.
Uh-huh ? Comment �a uh-huh ?
C'est une carte des ondes pacificatrices. Plus on s'�Ioigne de La Plata,
plus les actes de violence augmentent.
C'est exact.
Maintenant, ce graphique-ci montre l'incidence de quelque chose d'autre.
Quelque chose d'autre ?
La population va devenir s�nile, tr�s jeune.
L'AIzheimer ?
Absolument.
�a va d�vaster le pays.
Tu es sur ?
On ne pouvait pas deviner
qu'au lieu de se stabiliser comme on le croyait,
les effets de l'eau allaient augmenter de fa�on exponentielle.
�a touchera qui ?
Tout le monde.
Tout le monde � La Plata ?
Non. Tout le monde.
C'est la baffe plan�taire.
Je sens que la machine commence � patiner.
J'aurais d� me d�p�cher.
Tant pis, c'est trop tard. On y changera rien.
Alors on y va.
On continue comme si de rien n'�tait.
Selon nos pronostiqueurs les plus s�rieux,
le nouveau virus va rel�guer l'�pid�mie de sida
au rang de probl�me mineur.
Il semblerait qu'il n'y ait tout simplement aucun,
et je dis bien aucun moyen de l'enrayer.
Apr�s une br�ve p�riode d'optimisme,
l'O.M.S. a enfin reconnu qu'il n'existait aucun rem�de
contre la maladie
qui se propage dans le monde entier � une vitesse folle...
Comme vous le savez, �a a cr�� une panique mondiale.
Bobby et moi avons �t� tr�s prudents les deux ann�es qui ont suivi.
On ne buvait que de l'eau min�rale et on portait des cir�s sous la pluie.
Plus de conflits. Mais tout le monde devenait un peu
s�nile.
Quasiment tous ceux qui vivent sur notre belle plan�te.
On ne pouvait rien y faire.
On n'avait aucune immunit�, pas de vaccin.
Rien du tout. Que dalle.
Maintenant, papa,
il faut que tu me signes �a pour que je puisse m'occuper de vous.
Tu comprends ?
Vous �tes du Gouvernement ?
Non, papa, moi c'est Howie, je suis ton fils.
Dans la cave, ils font des choses. Des choses affreuses.
Non, c'est rien papa. Rassure-toi.
Mes parents sont morts g�teaux et incontinents.
Mais je n'ai jamais cess� de les aimer.
Concentre-toi, cr�tin. Concentre-toi.
Bobby a poursuivi ses recherches � La Plata, mais en vain.
Un matin, il n'arrivait pas � dormir, il est all� au labo plus t�t que d'habitude.
Arr�te de faire semblant de travailler.
Salut.
Salut.
Ne reste pas dehors sous la pluie, cr�ne d'oeuf.
Je suis content de te voir.
Tu te souviens quand t'arrivais � voir la lueur orang�e des r�verb�res
de North Conway ?
C'est fini.
Il n'y a plus que les montagnes par l�, maintenant.
Il faut que je te demande de faire une chose pour moi.
Rends-moi ce service.
Un immense service.
Je peux pas faire �a Bobby, je le ferai pas.
Jusqu'au bout, tu seras une mauviette.
Parfaitement. Je suis une mauviette. Je suis un d�gonfl�.
Je l'ai toujours �t� et je l'assume parfaitement.
Un p'tit coup de pouce et un dernier voyage.
Bobby, arr�te. Il doit bien y avoir un autre moyen.
Pousse-moi, Bow-wow.
Pousse-moi fort.
Alors je l'ai fait.
Je l'ai tu� en lui injectant
une dose hyper concentr�e de sa propre d�couverte, il y a quatre heures.
Je suis d�sol�.
J'ai fait un monde
plein de fous et de demeur�s.
Je pr�f�re des fous et des demeur�s � un gros tas de cendres dans l'espace.
Pardonne-moi.
Promets-moi.
Raconte tout.
Raconte toute l'histoire.
Tout ce qui s'est pass�.
- Jure-le. - Oui.
Je le ferai.
Tout �tait annonc�.
Il �tait �crit que l'Apocalypse arriverait,
que Dieu punirait les infid�les et que son jugement serait rendu.
Et maintenant, la fin est proche...
Je crois que c'est la fin.
Qu'en dites-vous ?
Est-ce que quelqu'un regarde ?
Bobby, Bobby.
Bien jou� Bow-wow.
Je m'appelle Howie.
Plus vite, Bow-wow ! Plus vite, Bow-wow !
Bon gar�on.
Faut que �a s'arr�te.
Bon gar�on, Bobby, c'est pas de ta faute.
Coucou papa.
Je te pardonne, Bobby, c'est pas de ta faute.
T'en fais pas pour moi.
J'ai r�ussi.
J'ai vol�.
Si jamais tu r�essaies, je te tue !
Pourquoi t'as fait �a ?
Je t'aime.
Joyeux anniversaire.
Faut que �a s'arr�te.
Au revoir Bobby. Adieu.
Adieu. Je te pardonne. C'�tait pas ta faute.
Je te pardonne. C'�tait pas ta faute.
Je te pardonne.
Je t'aime.
Je te pardonne.
Je t'aime.
BATTERIE FAIBLE
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