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[Lili] Allez raconte, s'il te plaît.
- [Karine] Encore ? - Oui, oui.
[Karine soupire] C'est l'histoire...
d'une princesse.
- [Lili] C'est où, son royaume ? - Chut...
- [Karine] Tu le sais, chérie. - Dis-moi encore.
[Karine] Dors, mon cœur. Dors.
[Djamila] T'es pas sérieuse.
[Adèle] C'est l'Apocalypse.
[Maryse] Ça vous fatigue pas, de dire des conneries ?
"- Fais gaffe aux gamins. - C'est pas des gamins."
[Adèle] Atroce.
[Djamila] C'est horrible. Il est fou, le gars.
- Ça va ? - Ouais.
Touche pas, ça brûle.
J'ai trop faim.
- T'as pas mangé, hier ? - J'étais trop crevé.
T'es rentrée tard ?
- Non, pas trop. - T'es sortie ?
On a changé un pneu de Maryse.
- Un pneu de Maryse ? - Oui, te fous pas de moi.
- On était quatre, on a réussi. - J'ai appris à faire des croissants.
- Waouh, des croissants. - Oui, c'est top.
J'ai failli rater le train. Le patron nous a fait tout nettoyer.
- Quel enfoiré. - Dis pas ça.
- C'est normal. - Il se vante qu'il connaît
plein de gens sur Paris.
- Allez. Dégage de là, minus. - Mmh !
Hou !
Et ma couleur de cheveux ?
Adèle m'a fait ça. T'aimes pas ?
C'est marrant, non ?
Les tiens sont longs.
- Ton patron dit rien ? - Ce serait la totale.
- Tu étendras le linge ? - Oui.
- Salut. - Salut.
[il siffle]
["Hello", de Phasmatik]
[Maryse] Pour le taboulé, on fait pas cuire la semoule.
Le secret est d'imprégner
la semoule sèche avec de l'huile.
Après, tu poses tes ingrédients dessus.
[Karine] Tu fais pas cuire
la semoule ?
Dans le taboulé, c'est le citron et la tomate qui font cuire
la semoule.
On fait pas cuire
la semoule du taboulé.
- Moi, je la fais cuire à l'eau. - [Maryse] Ça n'a pas de goût.
Ils s'en foutent.
[Djamila] Ils ont la dalle, ils bouffent n'importe quoi.
- Pas vrai, Karine ? - Oui.
Vous avez bientôt fini ? Je vais à la réserve.
- Hé, Adèle ! On y va, là. - [Adèle] Oui.
Oh, là, là.
- [Djamila] T'es sérieuse, là ? - Oh !
- Fais ça chez toi. - Peut-être que j'ai pas de chez-moi.
Vas-y, tiens.
- [Djamila] Et tes gants ? - Dans ma poche.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Vas-y.
Tu vois quand tu veux.
[Adèle] Vas-y.
[Régis] Salut.
- [Maryse] Ça va, Régis ? - Ça va.
Salut.
[à la radio] Nouvelle mobilisation
des Gilets jaunes en ce jeudi matin
à Martigues et Fos-sur-mer...
[vieille chanson française]
"Bonjour, cheffe. Ah non, vous êtes employée.
Ramassez la merde."
[Adèle] Ah, je te jure...
Il faut un autre désinfectant. L'odeur de celui-là colle à la peau.
Ils vont lui dire : "On n'a pas les moyens".
- Il faut aussi des nouveaux gants. - Oui, des gants.
- Ça se passe bien ? - [Adèle] Super, et vous ?
Vous êtes au salon de beauté ?
On se fait les ongles. Ça sèche.
[la cheffe] Allez, Perez. Kachaf.
Borgel.
- Merci. - Ça va, Maryse ?
- Ça va, merci. - Wouters.
- [Karine] C'est quoi ? - Des enveloppes.
- [Adèle] Elle est pas débile. - Le nouveau contrat.
Rendez-le vite et signé.
[Djamila] Pourquoi "vite" ?
Ça change rien, non ?
[elle souffle] Fatigante.
[Djamila] Va te coucher.
Ça lui arracherait la gueule, "au revoir" ?
Un truc de fou, cette connasse. C'est pas normal.
J'ai oublié de ranger mes chaussures.
J'en ai vu des pires.
Bon, allez. J'ai 25 sandwichs
et 3 thermos de café à faire pour le rond-point.
[Karine] Tu veux les vêtements, Djamila ?
- Vends-les sur un site. - Je préfère les donner.
C'est à moi de lire ce truc en premier ?
Si tu veux être déléguée du personnel...
Merci, les filles.
Attendez, je suis bloquée.
Ziggy !
Arrête.
- Oh, une huître. - Une huître !
Bon anniversaire.
[ils rient]
Maman, t'as des mouchoirs ?
C'est quoi, ça ?
- C'est le nouveau contrat. - C'est un avenant.
Il faut juste le signer.
Pas sans avoir lu.
- Alors, ça dit quoi ? - Attends.
"Vous acceptez des missions sur d'autres sites du secteur."
C'est grand, le secteur. Cette boîte a des bureaux partout.
- Ça veut dire que ça marche. - Tu feras 50 km
pour aller à Arles ou à Aix en scooter ?
- Pourquoi pas ? - C'est dangereux, réalise.
J'irai en voiture avec Maryse.
- N'importe quoi. - On se débrouillera, comme toujours.
Putain, les enfoirés. Sérieux.
T'es relou.
Il fait beau, on se balade. Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien. J'ai le courrier à ouvrir, les devoirs à faire.
- Je peux avoir mon sac ? - Non.
J'y vais. Pour l'avenant, on verra quand je reviens.
D'accord. Ton linge est pas repassé.
Pas grave. Tout est sur la table. À samedi.
- Attends, je sors. - Je suis à la bourre. Salut.
["Another Day In Blue", de Oh! Tiger Mountain]
[klaxon]
[crissement de pneus]
Ça va ?
vous avez rien ?
Vous avez pas vu que la route est coupée ?
Non.
On va à l'hôpital ?
C'est rien. Il faut que je retourne bosser.
Moi aussi.
[elle halète] Ah...
Nom, adresse et vous signez. Vous pouvez lire.
- Je préfère pas. - Vous rigolez ou quoi ? Signez.
- Non. - Votre entreprise paiera.
- Signez. - Me touchez pas.
- Signez. - [elle crie] Ça va pas ?
Foutez-moi la paix.
J'appelle votre entreprise.
Que s'est-il passé ?
- Rien, j'ai glissé. - Ça va ?
- Vous venez de NPS ? - Bonjour.
C'était pas la peine.
- Je pars pas d'ici sans son nom. - Il veut tout me mettre sur le dos.
- Elle est folle. Je l'ai à l'œil. - Je t'emmerde.
- Arrêtez. Où est votre constat ? - Il est là.
Vous venez ?
Merci.
Vous l'avez déjà rempli.
Allez-y.
Bon, je vais le faire. Alors...
Votre adresse ?
Paradis Saint-Roch.
C'est pas une adresse. On va pas y passer la journée.
C'est mon adresse.
Alors...
Quartier
Paradis Saint-Roch.
Martigues. Voilà. Alors,
vous signez.
Là, allez-y.
Non, là.
OK.
Bon, attendez-moi dans la voiture.
Excusez-moi, j'ai oublié de mettre l'assurance.
Je compte sur vous pour le scooter.
Je veux éviter les gendarmes. Enlevez-le vite.
Oui.
- Votre fils peut vous aider ? - Oui.
- C'est là, non ? - Oui, c'est juste là.
- Je paierai les réparations. - Oui, on verra ça après.
Vous inquiétez pas.
Comptez sur moi, ça reste entre nous.
[elle halète]
[elle sonne]
Tu es là ?
On s'inquiétait. T'étais où ?
Je suis tombée.
Je sais. La cheffe nous l'a dit.
Tu vas me raconter ça.
Je savais pas si Momo dormait.
- On est en garde d'enfants. - Oui.
Allez, viens.
Entre.
- Ça va, Karine ? - Ça va. Et toi, Momo ?
J'ai pas beaucoup dormi, mais ça va.
- Vous avez pas eu trop froid ? - On était gelés, oui.
Bon alors,
vous avez décroché le gros lot, vu ce que propose le repreneur.
Vous êtes pas à l'abri
qu'il vous diminue les horaires.
Je dis, tant qu'il y en a qui acceptent...
[Maryse] On a pas le choix.
- C'est ça ou on s'en va. - Personne n'a le choix.
Ceux qui passent les nuits avec moi, dehors, ils l'ont, le choix ?
C'est toujours les mêmes
qui profitent et toujours les mêmes qui galèrent. Ça doit changer.
[Maryse] C'est pas le moment.
- Elle est tombée du scooter. - Oh...
- Et ça va ? - Ça va, t'inquiète.
- Ça va, t'es sûre ? - Oui.
- Comment t'as fait ton compte ? - Je sais pas.
J'ai glissé. J'ai pas vu les travaux.
J'ai pas pu relever le scooter. Je dois y retourner.
[Maryse] Tu rigoles ?
- Il va y aller, hein ? - Oui, attends. C'est les clés, ça ?
- Oui. - Je m'en occupe.
- Où est ton scooter ? - Route de Lavera,
là où il y a les travaux.
- Oui, allez. - [Maryse] Merci.
T'inquiète pas.
Il faut toujours qu'il se batte. Les syndicats, les ronds-points.
- Il est trop mignon. - Oui. Bon...
- Montre voir un peu. - Mais ça va, je te dis.
Avec toi, ça va toujours,
mais quand on tombe, on se fait mal.
Dis donc...
- Ça mériterait un arrêt de travail. - N'importe quoi.
- J'espère que le scooter est entier. - T'inquiète.
- Momo a des combines avec ses potes. - Oui ?
Mais oui. Attends voir. Ah !
J'ai trouvé.
- Tada ! - [Karine rit]
T'inquiète. Hop.
On m'a jamais soignée à la pizza.
- Et voilà. - Tu diras rien à Ziggy, hein ?
Qu'il s'inquiète pas pour rien.
Ce soir, c'est moi qui t'emmène. Promis ?
Je te connais, tête de pioche.
- Qu'est-ce que je ferais sans toi ? - C'est ça.
Tiens, regarde ça.
Quand on parle du loup.
Allez...
[le patron] Aucun retour ?
[la cheffe] Aucun retour, aucune réponse.
- Bonjour. - Bonjour.
Il faut les appeler.
Et je dis à Hélène que vous avez déjà envoyé des mails.
- [Maryse] Salut. - Coucou.
Ça va ?
Pas de bobos ?
- Ça va. - [Djamila] On a eu peur.
[Karine] Moi aussi.
- [Djamila] Oh, là, là. Karine, viens. - Quoi ?
Elle nous balance chez les porcs.
- [rires] - [Djamila] Je te fais rire ?
[Adèle] Calme-toi.
Quels porcs ?
- C'est marqué où ? - Là. Perez-Wouters, c'est nous.
- Tu fais quand, tes lunettes ? - Avec ce qui t'est arrivé,
elle aurait pu changer le planning. - [Djamila] On veut plus y aller.
Elle veut se faire bien voir. Tu crois qu'elle aurait ouvert
sa gueule pour nous défendre ? Ah, là, là, purée.
[Adèle] Je lui dis, moi, au patron,
que cette pute nous mate à poil.
- [Maryse] Arrête. - C'est vrai.
- Tu vas lui dire ça ? - Pourquoi pas ?
- [Djamila] Chiche. - [Adèle] Oui. Vous allez voir.
[le patron] Bonjour, mesdames.
[la cheffe] Voilà notre équipe de nuit.
Au fond, Maryse.
Elle est là depuis toujours. Ici, Djamila.
- Ça fait combien que vous êtes là ? - 5 ans.
Karine, qui s'occupe aussi des fournitures.
Ça fait un moment qu'elle est là, aussi. Et là, Adèle.
Elle était serveuse,
avant.
Enchanté.
Merci d'être là malgré les blocages.
J'espère que vous en souffrez pas trop.
- On s'en serait bien passés. - [Adèle ricane]
Je vous dérange pas plus. Travaillez bien.
- Bienvenue chez Ninette Pro Services. - [Maryse] Merci.
Karine, vous m'attendez cinq minutes.
[Adèle] "Bienvenue" ?
J'ai rêvé ou il a dit ça ? On arrive pas, c'est lui.
Ça ira, Karine ?
- Tu veux qu'on reste ? - Elle va me parler du scooter.
Dis-lui qu'il est réparé.
[Djamila] Si elle t'emmerde, appelle-nous.
D'accord ?
Allez.
[la cheffe] Vous êtes pas encore parties ?
Il faut qu'on parle.
- J'ai réparé le scooter. - Il faut que je comprenne.
Comment vous faites les fournitures ?
Elles vous aident ?
Je fais toute seule.
- Vous faites la liste toute seule ? - Oui.
Karine, vous savez lire ? Parce que là,
j'ai pas compris.
Oui.
Il y a écrit quoi, là ?
- C'est une note pour nous informer. - Oui.
Mais de quoi ?
Là, par exemple. Là, qu'est-ce qui est écrit ?
J'ai pas de lunettes.
C'est trop cher.
Comment c'est possible ? Vous êtes pas allée à l'école ?
Si, j'ai été à l'école jusqu'en 3e. Demandez à Djamila.
Djamila le sait ? Tout le monde le sait ?
Ça regarde personne.
J'y ai repensé,
vous avez formé Adèle. C'est du grand n'importe quoi.
Vous manipulez des produits dangereux.
Je peux pas faire semblant de l'ignorer.
Pas pour la commande des produits. Oh, putain.
S'il y a un accident,
c'est moi qui saute. - Ça n'arrivera pas.
- [klaxon] - Allez-y.
On en reparlera.
Qu'est-ce qu'elle a dit ?
Rien, elle voulait juste ajouter des produits à la liste.
- Tiens. - Merci.
[Air de guitare mélancolique]
[Adèle] Salut, Christian.
- Salut. - [le gardien] Bonsoir.
[les hommes sifflent]
[l'employé] Eh, mignonne ! Tu vas où, comme ça ?
Arrête de faire la racaille, gueule de poney.
[l'employé] T'as pas un 06 ? Allez, reviens.
- Alors, on va taffer ? - Ouais, et toi, tu vas taffer ?
Ah, non...
Je peux pas. Ça sent trop la merde. Un enfer.
- Ils font ça à chaque fois. - C'est complètement débile.
[elle soupire]
- Qu'est-ce que tu fais ? - Attends.
Mmh...
[elle soupire] Fait chier.
Putain, il y a de la merde partout.
C'est merdeland !
Oh, putain. Allez hop, ça part. Vas-y.
Oh, vas-y.
Oh, là, là. On va faire une petite pause, non ?
Je fais tout maintenant. Sinon, je vomis.
Voilà. Allez, frotte bien. Attention.
[elle crie] Ah !
[Karine] Ça me dégoûte. C'est dégueulasse.
Tu me gardes Lili, lundi ?
- C'est bien qu'elle sorte du foyer. - Je sais.
Merci.
Un jour, nos WC, on ira par plaisir.
On aura des chiottes en or.
Ouais, et du parfum qui coûte une blinde.
♪ Et on bouge le bassin Allez, comme ça ♪
♪ Allez, allez ♪
Elles sont déchaînées.
♪ C'est ça ♪
♪ Hou, hou, hou ♪
[Maryse] Vas-y, traverse.
Elle sait pas danser, Maryse.
Maryse !
Oh !
Ça suffit, la pause.
♪ Allez, allez ♪
♪ Allez, allez ♪
- T'aurais dû me réveiller. - Mmh... Attends.
Tu signeras pour l'électricité.
Ce truc-là, je t'ai expliqué. T'écris rien.
- Juste dater et signer, OK ? - OK.
- T'as fait la liste des fournitures ? - Pas encore.
- T'as tiré du liquide ? - Quoi ?
- Pourquoi t'as tiré 80 euros ? - Je sais pas.
Ah, si.
J'ai fait une réparation sur le scooter.
Depuis quand tu payes ça ?
C'était une urgence.
Ouvre.
Ouvre !
- Quoi ? - Tu fais quoi ?
Je dois signer l'avenant.
On verra après.
- Tu peux faire la liste ? - Mmh.
[la caissière] 48,55, s'il vous plaît.
- En carte ou en espèces ? - En carte.
Allez-y.
[clapotis de la mer]
¡Hola! Salut, Bruno.
- Ça va, Momo ? - Oui.
Je te présente Karine.
Salut.
Karine, Bruno.
J'ai les mains sales.
Dis donc ! Tu l'as dégoté où, celui-là ?
Il était à un vieux.
T'as dû passer quelques heures dessus, non ?
Oui.
Tu vas sortir avec, à la pêche ?
Non, je vais le vendre. Là, je suis sur le moteur.
Ah...
- Il est réparé, ton scooter. - Oui, je vois.
Il était juste un peu cabossé.
La mécanique est pas touchée.
- J'ai juste changé une pièce. - Merci.
Ça se vend bien, ça ?
Aujourd'hui, rien ne se vend.
Tiens.
Momo a dit que ça suffirait, mais dis-moi.
T'inquiète pas pour lui.
Il s'en fout, lui, du fric.
- T'es au-dessus de ça. - Comme tout le monde.
Il est beau, ton pointu.
- J'aime la cordelette, autour. - Momo,
c'est une barre bretonne.
- Ça, c'est breton ? - [Karine démarre le scooter]
[Momo] Tu vois
qu'il marche. - Il est comme neuf.
- Bruno aux doigts d'or. - [Karine] Oui,
trop bien réparé. - Oui.
[cris de joie]
[Djamila] Ça va, t'as retrouvé le sourire ?
- [Karine] On dirait qu'il a rien eu. - Ça lui a coûté très peu.
- T'as payé en nature ? - Elle aurait pu.
- [Karine] N'importe quoi. - Bonjour.
Bonjour, madame.
Vous avez les avenants ?
On réfléchit encore un peu.
Il faudrait réfléchir un peu plus vite.
Arrêtez de vous foutre de ma gueule.
- On se moque pas de vous. - Le patron a besoin
de savoir sur qui compter. - [Adèle] On a compris.
- Compris ? - Oui, compris.
- On a pas eu le temps de lire. - Karine,
vous avez la putain de liste ?
Vous vous croyez en vacances ?
- Elle a craqué, elle. - Adèle !
- Quoi ? - Vous me parlez pas comme ça.
- Elle est malade ? - Qu'est-ce qu'elle a bouffé ?
- Elle fait un burn-out ? - C'est ma faute.
Pourquoi tu dis ça ? T'as ramené le scooter.
Il est temps que je me la fasse, avec son patron, là...
Vivement les élections, qu'on parle de leur contrat de merde.
[Adèle] Tu l'as lu ?
[Djamila] Oui.
Moi, je l'ai pas lu.
Karine, tu viens ?
[cris de révolte]
[Ziggy] Coucou, ça va ?
[Karine] Oui.
Juste un peu fatiguée.
J'ai repensé à ce que tu m'avais dit.
[Ziggy] Quoi, qu'est-ce que je t'ai dit ?
[Karine] Des croissants, tu m'en feras ?
[Ziggy] Bien sûr, je t'en ferai.
- T'es sûre que ça va, maman ? - Oui, ça va.
[à la télévision] Les Gilets jaunes, ils sont toujours actifs
à Martigues... - C'est quoi, une pénurie ?
Je sais pas, chérie.
Les Gilets avaient entrepris de bloquer...
Ta mère
a dit où elle allait ? - Non.
L'opération n'aura pas duré
très longtemps... - On va y aller, d'accord ?
Oui.
L'opération aura été brève...
Tu vas venir avec moi.
On y va en scooter. T'es contente ?
Oui.
Les policiers procèdent à des arrestations...
On va au travail. On va te trouver un petit coin, OK ?
Oui.
Alors ?
Elle va s'endormir.
[Djamila] Tu aurais dû la laisser au foyer.
Ça se fait pas, de laisser sa gamine.
On l'a souvent fait
avec Ziggy. - [Karine] Elle va s'endormir.
- On en a que pour deux heures. - [Maryse] Ah !
- Il est rentré. - J'ai vu à la TV.
- C'était chaud. - [Maryse] Ça s'est bien passé.
- Jamais tranquille, moi. - [des pas approchent]
[La cheffe] Elle est pas là, Perez ?
Non.
Sa fille est malade. J'ai oublié
de vous prévenir.
- Malade ? - [Lili] Maman...
C'est quoi, ça ?
[Maryse] Viens, cocotte. Allez.
Non, non.
[Karine] Madame, attendez.
Elle est seule avec sa fille,
c'est dur. - Je la ramène.
Non, faites pas ça.
Au foyer, ils comprendront pas.
Je sais ce que c'est.
On la garde avec nous. S'il vous plaît, pour cette fois.
Que sa mère
ne revienne pas. On la reprendra pas.
Faites pas ça.
Elle débute, ça la dégoûte.
- C'est normal. - Ça la dégoûte ?
Ça, c'est la meilleure.
Mais c'est pas possible.
J'ai que des cas, ici.
Vous avez fait comment, vous ?
En plus, avec votre handicap.
Vas-y, chérie. J'arrive.
Venez. Venez.
Qu'est-ce que vous avez, vous quatre, toujours cul et chemise ?
J'attends toujours
les contrats.
Vous attendez les élections
des représentants pour vous manifester ?
- Vous allez pas élire Djamila ? - Je sais pas.
Elle va tout arranger ?
Je crois pas. À mon avis, c'est même l'inverse.
De toute façon, ça sert à rien du tout.
Présentez-vous, vous.
- Moi ? - Oui.
Vous, je peux vous faire confiance.
C'est Djamila, c'est prévu
comme ça.
Je peux pas
faire ça à Djamila. - Si, vous pouvez.
Vous préférez que je dise que vous mentez ou qu'Adèle parte ?
Vous voulez qu'elle parte ?
Je compte sur vous ?
- Oui. - Merci.
[la porte s'ouvre]
C'est pas trop tôt.
Je rêve ? Où t'étais passée ?
Maman, tu me reconnais ?
Fais la maligne. La prochaine fois, tu te démerdes.
- C'est pas à toi que je l'ai laissée. - [Maryse] Ah oui ?
Remercie ta pote.
Ta fille a failli se retrouver à la gendarmerie.
T'aurais pu prévenir.
- J'ai prévenu. - [Karine] Chut.
Dis pas merci, surtout.
- Merci, c'est bon. - C'est bien.
- Il était temps. - M'engueule pas.
- Elle est méchante. - Allez, c'est bon.
- [Maryse claque la porte] - Putain !
[elle chuchote] Chut. C'est mon bébé qui dort.
[elle chuchote] Mon bébé.
- [Karine chuchote] Allez, viens. - C'est mon bébé d'amour.
Hein, mon bébé ? Tu dors ?
- Je me suis fait virer ? - Non, tu t'es pas fait virer.
- Laisse-moi. - Viens, viens.
- Non, je veux pas. - Arrête.
J'arrête pas.
Tu veux aller faire un câlin avec ta fille ?
Attends.
Viens faire un câlin. Tu dors avec elle ?
- Évidemment. Je me lave les dents. - Je fais le lit.
[Ziggy] Je te comprends pas.
Tu fais la maligne avec la chef ?
Tais-toi, chut.
Tu réalises
ce que c'est, déléguée ?
Il y a plein de papiers. Et si on te demande de lire un truc,
tu passeras pour une débile.
Je vais me coucher.
Prends pas toute la place.
[Karine] De toute façon,
elle a dit que ça servait à rien, déléguée du personnel.
- À rien. - Elle te l'a fait à l'envers.
Bien sûr qu'elle va dire que ça sert à rien.
Pourquoi Karine
serait pas déléguée ? - On a le choix ?
- Dis que tu feras mieux qu'elle. - Les mecs s'arrangeront toujours
pour que ce soit une petite Gauloise bien gentille.
[Karine crie] Arrête.
C'est pas ça.
- Toi, tu gueules tout le temps. - Ça va, on va pas s'engueuler ?
Merde ! C'est pour qu'Adèle ait pas d'embrouilles.
Je vais les emmerder. On se laissera pas faire.
Les autres obtiennent des trucs et nous, rien.
Ils obtiennent quoi ?
D'être au chômage plus vite. C'est tout. Oh !
Putain.
On se voit pas dimanche, voilà.
Je rêve de rien foutre.
La mairie paie la piscine aux mômes.
- T'y allais, toi. Non ? - [Karine] Oui.
Oui.
- Karine, c'est une carpe. - Oh, là, là.
[Karine crie] Mais...
Arrête, ferme ta bouche.
- C'est vrai, arrête. C'est lourd. - Il est là, le bus.
Quel rapport avec la piscine ?
Tu devrais mettre ton cul dans l'eau froide.
- Connasse. - Moi, connasse ?
["No Job", de BOPS]
[elles crient] Hou !
[sifflements]
- [Adèle] Quoi ? - C'est quoi, le plan du resto ?
Payé 90 balles, t'es nourrie le midi, plus les pourboires.
Je peux pas avec les petits-enfants.
Dis à Momo de les garder, il est au chômage.
Dis donc, non.
- Je peux pas lui demander ça. - Moi, avec ça,
ils me laisseront jamais. - Non.
T'en sais rien. Et toi, Karine ?
Pourquoi Ziggy appelle pas ?
Je sais pas, chérie.
- [le serveur] Mesdames... - Bonsoir.
- Vous avez une touche. - [Adèle] Où ça ?
- Où ça ? - Là-bas.
[rires]
Ziggy est pas ton seul ami.
Oh, fais pas la gueule. On détend l'atmosphère.
- [le chanteur] La prochaine : "Issues". - J'adore.
[musique rock]
Allez, viens.
Allez.
[Adèle] Regarde Maryse !
[cris]
[sifflements]
[elle crie]
Bravo.
Oui !
Super ! Je le savais, je le savais.
On vient d'avoir une promotion, ma grande ?
Je suis déléguée du personnel, c'est pas une promotion.
Arrêtez votre humilité. Dites-en plus.
- Heu... - Ça vous fait plaisir ?
- Oui, bof. - On vous a fait un cadeau ?
- Non. - C'est dommage.
Asseyez-vous, s'il vous plaît. Vous savez...
Quand on gagne quelque chose, on a une récompense.
On vous donne un prix, un petit cadeau.
- De l'argent ? - J'ai un beau cadeau.
[Maryse crie] Ah !
Voilà.
Ça, c'est mérité. Excusez-moi, frottez un peu par là,
c'est la merde partout. - Attendez, M. le patron.
Arrêtez ! S'il vous plaît,
sécurité !
C'est le dernier. Je le pose là ?
Oui, merci.
J'ai commandé l'ancien désinfectant, il est mieux.
Je l'ai pas écrit sur la liste,
mais il nous faudrait des gants plus épais.
- Oui ? - On a les mains abîmées.
On verra combien ça coûte.
Vous avez noté
le rendez-vous avec le patron ? - Bien sûr.
Vos questions, vous voulez qu'on les prépare ensemble ?
- Les questions ? - Vous avez forcément
des questions donc on les écrit puis on les envoie au patron.
- C'est comme ça. - Je demanderai aux autres.
Il faudra que je valide.
On verra.
Non, on verra pas.
"Gants". Vous avez dit que vous l'aviez pas écrit.
C'est bizarre. Là.
C'est écrit là.
Désolée.
Désolée de quoi ?
Je me rappelais pas.
Salut.
- Salut. - Qu'est-ce qui se passe, ici ?
Rien, ils sont venus se réchauffer.
- Ça va le scooter, pas de problème ? - Ça va le scooter, c'est bon.
Je mets mon bateau à l'eau samedi. Ça te dit de venir ?
- Oui, pourquoi pas. - Tu finis à quelle heure, samedi ?
À midi, je crois.
Cool. À samedi, alors.
[klaxon]
- Adèle ! - Je t'ai vue.
- J'ai pris des bonbons pour Lili. - C'est vrai ?
Donne-m'en un.
[musique douce]
Déjà, il coule pas.
Ça m'a fait plaisir.
- Attends, c'est pas fini. - Quoi ?
On va monter dedans. Tu as d'autres chaussures ?
Voilà.
Il y a des vagues, non ?
Mais non.
C'est ma première fois.
J'aurais dû prendre le champagne.
[elle crie] On va là-bas !
- On va là-bas. - Tu vas me mettre une droite !
[elle chuchote] Des...
caries...
Caries.
Caries.
Je vais essayer de faire la liste.
Non, je l'ai déjà faite.
Il faut pas changer d'écriture. On va faire comme d'habitude.
- Quand est-ce que ça changera ? - Je t'aiderai avant les réunions.
Et si tu peux pas ?
Je te laisserai jamais en galère.
[Adèle] Allez, go, go, go, go.
Allez, reprends. C'est dans la tête.
C'est que le mental. Allez, go !
Waouh !
- Waouh ! - Quoi ?
- La putain de classe. - Arrête.
[Adèle] Habille-toi comme ça plus souvent. T'es trop belle.
[Maryse] Pas pratique pour nettoyer les chiottes.
- Oui, mais elle est belle. - Arrête.
- Mais quoi ? - [Djamila] Ça fait un peu pute.
Oh !
- Mais non. - Tu vois ?
- Pas du tout. - Je te dis que si.
Non, c'est bien pour un rencard avec le patron.
Fais-nous du thé.
Bon allez, on commence ?
- Donne-moi ça. Le stylo. - Non, je peux le faire.
[Djamila] Je m'en occupe.
- La déléguée, viens. - Maman !
Il y a l'eau qui chauffe, j'arrive.
Viens,
je te dis.
[il chuchote] Allez.
Bon, alors ?
- Eh bien... - Il y a rien
qui te choque, tout va bien ? - Non.
Non, mais vous savez tout.
- Je pense comme vous. - Non, mais sérieux,
faut vous réveiller, les filles. Vous avez peur de la cheffe ?
Elle nous respecte ? Pour elle, on passe juste la serpillère.
- [Adèle] Oui, elle s'en fout. - Elle demande
un truc impossible. Si on dit oui, on est des merdes.
[Adèle] C'est clair.
[Maryse] Rien ne changera.
Vous en demandez trop.
- Dis pas ça. - Il n'y a plus d'argent.
Ça sert à rien.
On est même pas syndiquées.
- Toi, t'es bientôt à la retraite. - À la retraite ?
Oui.
J'y suis pas encore, cocotte,
malheureusement. Si j'avais le choix.
Tu verras, dans 20 ans, des bras, t'en auras plus.
Des jambes non plus.
Plus de dos, les mains bouffées par les saloperies.
Oui, et je...
Putain, je suis fatiguée.
[elle sanglote]
[Adèle] Je suis désolée.
T'es la meilleure.
- Pardon. - Maryse, ça va, ma belle.
C'est bon, ça va.
Bon, alors ?
C'est impossible de faire 50 km pour aller travailler.
[Djamila] Merci. Donc on est d'accord ?
- Oui. - [Djamila] Comment on fait
pour rentrer à 6 h du matin ?
On a Maryse et toi,
t'as ton scooter. - Je peux pas le faire en scooter.
On peut monter à 4 dessus.
Tais-toi, malheureuse.
Ils vont nous le proposer.
Karine, on signe pas tant qu'ils ont pas pris en compte
nos demandes.
- Je leur dis ça ? - Voilà.
Je dis : "On signe pas".
- Ou on les défonce. - Dis-le autrement.
[Djamila] Parce qu'on est des femmes ?
Comment tu veux qu'on leur dise ? On devrait leur demande pardon ?
C'est maman qui sera en face du patron.
Non, ça va.
Karine sera parfaite, comme toujours.
Attends, je vais t'aider.
Je vais mettre tout ça au propre, tu relis.
Et on l'envoie. Ça marche ?
Qu'est-ce que vous avez avec votre propreté, psychopathes ?
J'en peux plus.
N'importe quoi.
Djami ?
- Quoi ? - Merci.
- [Adèle] Djami, on y va ? - Oui, c'est parti.
Attends, laisse.
Tu vas être en retard.
Bon, je te ferai répéter par téléphone.
- Tu crois ? - Oui. C'était génial.
- Tu m'appelles ? - Oui.
Ah, oui.
- La déléguée ? - Oui.
- Vous venez d'où ? - Martigues, la nuit.
On vous a donné le scooter.
- Vous avez les contrats ? - En fait,
on avait beaucoup de questions sur plusieurs sujets.
Des questions ? Il fallait me les envoyer avant.
Vous le savez ?
C'est ce qu'on a fait, je crois. Par mail.
C'est beaucoup, ces changements.
- On veut en parler. - Hélène,
vous m'avez rien dit ? C'est dommage.
C'est pas grave.
Vous m'en parlerez plus tard.
Donnez les contrats
avant la fin du mois. - Justement, on...
C'est de ça dont on voulait parler.
Sur plusieurs, heu...
Plusieurs endroits.
Par exemple, les...
Par exemple, les déplacements, c'est trop long.
Ça dépend, mais certains endroits, c'est loin.
Pour nous, c'est vraiment compliqué.
- Par exemple... - Karine,
je sais que vous êtes en difficulté, j'ai vu votre cheffe.
Combien d'heures vous voulez ?
3, 4, 10 ? On va vous trouver ça
en ville. On va vous aider.
Vous inquiétez pas.
Arles, par exemple.
- C'est trop loin. - [il crie] Je veux pas discuter de ça.
On verra ça plus tard, c'est clair ?
Vous signez
le PV de séance et...
Et on va dire que vous aviez pas de questions.
- Ça arrive. - Monsieur, j'ai des questions.
Hélène,
regardez s'il y a moyen de lui trouver une petite formation.
Une formation
pour illettrés.
Il y en a, je crois.
Rassurez vos collègues.
Je redresse les boîtes en déclin.
C'est dur, au début.
Bon courage.
Un verre d'eau ?
[sonnerie du portable]
[elle halète]
[elle crie] Putain de merde ! Merde !
Ah !
[elle sanglote]
[sonnerie du portable]
[cri d'enfant]
- Oui. Tiens. - "Boudi".
- Salut. - Ça veut dire "merci".
- Alors ? - C'est fait.
Bravo, super. Soulagée ?
- Oui. - Va jouer avec ton frère, chérie.
- Hein ? - Qu'est-ce qu'il a dit ?
Heu, rien de...
- Il a écouté. - Tu vois ? Il a écouté.
- Il répond quand ? - Il a pas dit.
Mais bientôt.
On va attendre.
Il y a que ça.
On se laissera pas faire.
Le message est passé.
Eh !
On se bouscule pas.
Tu veux que je t'aide ?
Tu veux parler ?
[sonnerie du portable]
C'est Ziggy.
Oui, mon chéri. Oui.
Ça s'est très bien passé. T'inquiète pas.
C'était très bien. Je te raconterai en détail.
[Djamila] Alors le pompier, tu kiffes ?
- Salut. Salut, mon cœur. - [Djamila] Allez, 1, 2, 3.
Je suis gelé. Tu as du café ?
- Tu peux le congeler ? - Quoi ?
Le poisson.
Non.
Tu les partageras avec les autres.
Avec tes copines. Après, ils seront fichus.
Tu sais les préparer ?
Dommage que tu sois pas venue.
Je t'ai attendue.
On avait dit aujourd'hui ?
Tu voulais pêcher.
Faut pas compter sur moi. Il t'a pas dit, Momo ?
Non.
Momo m'a pas dit ça.
T'as un bon couteau ?
Pardon, je te fais peur.
- Je vais partir. - Non, t'inquiète pas.
Tu me fais pas peur.
- Tu veux ça ? - C'est parfait.
Comment s'appelle ton fils ?
Ziggy. [elle épelle "Ziggy"]
J'avais compris. Ziggy.
Il a quel âge ?
17 ans.
- Je l'ai élevé toute seule. - C'est ce qu'on m'a dit.
Non.
On t'a pas dit. Personne sait.
Je l'ai détesté à peine né.
Comme son père.
Une infirmière a voulu le prendre pour une prise de sang.
J'ai dit : "Prenez-le". Tu sais ce que j'ai fait ?
T'es pas obligée de me dire.
J'ai fait mon sac.
Je voulais partir sans lui.
J'en voulais pas, de son gosse.
J'ai pensé que la piqûre lui ferait mal.
Mon lait a coulé.
Je l'ai rejoint.
Je suis devenue sa mère.
Je te montre ?
- Je vais te montrer. - Non.
M'envoie pas de SMS.
Appelle-moi, d'accord ?
OK.
- Tu veux pas te laver les mains ? - Ça sent pas bon, désolé.
C'est...
- [Karine rit] - C'est pas très glamour.
- [Djamila] T'es en forme ? - [Adèle] Oui.
[Djamila] Comment tu l'as trouvé, ce petit loup des mers ?
Pas mal, mais j'aime quand ils sont bien frais,
quand ils frétillent encore.
Au moins, elle, elle partage.
J'allais pas le jeter.
Moi, si j'avais un mec, j'arrêterais de travailler direct.
Des fois, c'est pire.
S'il te fait des gosses, tu deviens la bonne de tout le monde.
[Adèle] Je crois en l'amour.
- C'est quoi ? - Donne.
- Rends ça, arrête. - Hou !
- Quoi ? - C'est quoi ?
- Arrête ! - Regarde.
Donne ça. C'est les devoirs de Lili.
Attends, "détergent",
"éponges", "avenant". Ils sont bizarres, les devoirs de Lili.
- Des avenants pour ma fille ? - Arrête.
Donne !
"Hygiène", "hygiène".
"Hygiène" 10 fois. Laisse pas ta gamine
à cette psychopathe. - Touche pas à ma fille.
C'est pas à Adèle,
sinon il y aurait écrit "cul", "cul", "cul".
[Adèle] Je t'emmerde.
Tu arrêtes !
Ça suffit. Vous êtes devenues folles ? Stop.
Donne. Donne !
Donne.
Tiens.
C'était une blague.
Pardon...
Et merde !
[Lili] Ici, il y a de l'orange. Ou du rouge.
C'est bien, ce que tu fais.
Je te mets un A.
L et O, ça fait "Lo". L et A, ça fait "La".
Lola à Lolo, de Lili.
Pardon, chérie.
Merci, mon cœur. Tu me prêtes un stylo ?
Merci.
Qu'est-ce qu'il y a écrit ?
"Lu et approuvé."
Ziggy a dit
de pas toucher à ça. - [on entre]
[Karine] J'y vais, d'accord ?
- On se voit vite. - D'accord.
- Salut, les Minimoys. Ça va ? - Oui.
- Ça va ? - Oui, ça va.
Tu les emmèneras chez Momo ?
Vous faites l'école ? Waouh, vous êtes trop fortes.
- Vous êtes la seule à l'avoir signé. - Tant pis.
Pas "tant pis". Juste vous, ça sert à rien.
Reprenez votre contrat.
Je t'ai cherchée partout. Avec tout ça, j'ai oublié.
Bruno a donné ça pour toi. Tiens.
Dis-lui que j'en veux pas.
Tu lui rends ? Et l'argent aussi.
OK.
[le copain de Ziggy] Tout le monde parle du clip qui est sorti.
- Il faut pas parler des vues. - 700 vues.
[rires]
[le copain] C'est le début, les gars.
Vous allez le montrer à toute votre famille.
Votre famille va kiffer.
Ta famille, elle va le voir.
[rires]
Quelle heure il est ?
Le patron m'a dit d'y aller.
Et d'enculer les autres ?
- Bravo. - Me parle pas comme ça.
On a besoin d'argent.
Ah oui ?
- Tu fais pas les comptes. - Je le sais.
Tu devais pas faire ça. Tu devais défendre les autres,
pas faire des heures sup.
On aura rien. Maryse le dit.
- Il faut se battre ! - [elle hurle] Arrête !
Je me bats, qu'est-ce que tu crois ? Justement.
Je fais que ça.
Tous les jours, toute seule !
[il crie] T'es pas seule !
- T'as pas vu le patron ? - Si !
- J'ai fait tout ce qu'on m'a dit. - "On" ?
- Toi, tu penses quoi ? - Je pense comme les autres.
Tu seras jamais une mère comme les autres. Tu sais quoi ?
Moi, j'étais fier. Je voulais te faire une surprise.
Je voulais qu'on fête ça.
T'as tout gâché. Comme toujours, t'as tout gâché.
[il claque la porte]
[Karine] Pardon.
Pour un retrait.
Adèle, arrête. C'est chiant.
[Adèle rit]
Regarde.
J'ai eu des madeleines.
- J'ai rien fait. Gratos ! - La chance.
- Pour une fois... Je suis contente. - Oui.
- [Djamila] Il dit quoi, Momo ? - [Maryse] Elles veulent faire grève.
- Quelles filles ? - [Maryse] Les filles d'Avignon.
- Elles sont venues au rond-point. - T'as vu, ça bouge.
La grève. Il y a pas un plan B ?
Il nous change
les règles. Pour quelle raison ? - [Djamila] Tu sais pourquoi ?
Nous, les anciennes, on leur coûte cher.
Ils veulent nous pousser à partir
pour embaucher des meufs
qui signeront leur contrat, ou des sans-papiers.
Qu'elles fassent grève.
- [Adèle cogne sur la vitre] - C'est chiant.
J'aurai peut-être une autre chance.
T'en penses quoi ?
Pourquoi on signe pas ?
- Quoi ? - On pourrait signer.
[Maryse] Elle a pas tort.
- On verra ce qui se passe. - Déjà que c'est dur,
vous accepteriez pire ?
- C'est maintenant ou jamais. - J'en parlerai à la cheffe.
Tu lui lèches le cul.
Elle a peur
de se retrouver au chomdu. Elle vit au camping municipal.
- Hein ? - Mon mari l'a vue là-bas.
Sûr, elle se fait le boss.
- Comment tu sais ça ? La salope. - Je te le dis.
[Maryse] Elle fait ce qu'elle veut de son cul.
Je prends pas de risques avec mon boulot.
C'est comme ça qu'ils nous tiennent.
On flippe devant le frigo vide.
Si on dit "stop"
toutes ensemble, ils seront emmerdés.
Il faut pas céder.
C'est une question de fierté.
Moi, je signe pas.
Il y en a marre de se faire maltraiter.
[Adèle] Pareil.
- Bah oui. - [Karine] Vous voulez faire quoi ?
[Djamila] La grève. Pas le choix.
- On la fait toutes, sinon c'est mort. - Oui.
- Tu décides quoi ? - Vous voulez faire grève ?
- [Karine soupire] - Quoi ?
Quoi,
tu le connais ?
- C'est le type des poissons. - Pas mal.
Tu te fais pas chier.
Joli petit cul. Coquine, va.
- Tu fais quoi ? - Quoi ?
- Qu'il vienne. - Je veux pas le voir.
Allez, on rigole.
[Adèle chuchote] Viens.
Ça va. Tranquille.
Salut.
- [Adèle] Bonjour. - C'est ma tournée.
C'est gentil, merci.
- Je peux m'asseoir ? - Assieds-toi.
Tu sais tout faire ?
Pêcher, réparer. Ça m'intéresse, moi.
Tu sais, je crois que je suis maladroit.
Merci pour la bière. Salut.
Tu ne réponds plus aux appels.
C'était pas le bon moment.
- Je m'inquiétais pour toi. - Ah oui ?
Pourquoi ? Je peux me débrouiller toute seule.
Tu crois que j'ai besoin...
Que j'ai besoin d'argent, besoin qu'on m'apprenne la vie ?
C'était pas l'idée. Excuse-moi.
Tu m'excuses ?
Il y a plein de filles, plein.
Des mieux.
C'est toi que je veux.
C'était bien, non ?
Je sais pas si c'était bien ou pas bien, mais j'ai assez
de problèmes comme ça.
T'es pas un problème. En tout cas, pas pour moi.
Eh, qu'est-ce qu'il y a ?
Ton fils aime pas le poisson ?
Viens, je t'emmène ailleurs.
Où tu veux m'emmener ?
Où tu veux.
- Je vais pas partir comme ça. - Qu'est-ce qui t'en empêche ?
Tu comprends rien.
Peut-être.
Bon.
Salut.
["Or the drugs", de Oh! Tiger Mountain]
[vibreur]
Maryse est là ? Mon scooter est au café.
Maryse a eu un accident.
- Quoi ? - Oui, cette nuit.
En allant me chercher.
- Comment ça se fait ? - On sait pas trop.
Elle s'est peut-être endormie.
Elle est cassée de partout.
Mais non !
- Je peux aller la voir ? - Il y a que la famille qui peut.
Oui, bien sûr.
Tu pourras garder les gosses,
le temps de s'organiser ? - Bien sûr.
Ça devait arriver, non ?
Merci.
[à la télévision] Ça fait 100 jours que le mouvement est venu.
- Donc vous voulez le marquer ? - C'est ça.
J'y vais.
On est déterminés plus que jamais.
Pour ceux encore dehors, il faut qu'on les soutienne.
On est mobilisés chaque jour.
- Salut. - Tu peux m'attendre dans le bus.
- Dans le bus ? - Oui.
OK.
[la cheffe] Oui. Alors, on fait quoi ?
On va dehors et on chante "L'Internationale" ?
[Adèle] Ça ferait du bien.
- [Djamila] Attends. - [Adèle] Non, laisse.
[Adèle] Vous l'ouvrez moins, votre bouche ?
J'ai adapté les plannings.
Quelle sale race.
Comment ?
- Vous avez bien entendu. - Non.
Ça va, ça va.
On peut pas continuer comme ça, comme si de rien n'était.
Vous vous en foutez. Maryse a failli crever
à cause de vos plannings. - Je m'en fous pas.
C'est moi qu'on appelle dans ces cas-là, pas le patron.
Il peut pas continuer à nous ignorer,
à ignorer la déléguée.
On est quoi, de la merde ?
C'est choquant, à un moment.
Demandez
à Karine, on peut rien obtenir de ce type.
[Djamila] Il a pas répondu aux questions.
[la cheffe] Vous les lui avez posées ?
[Djamila] Vous étiez à la réunion ? Non, je crois pas.
On se laissera pas faire.
La vérité, c'est que vous avez peur
du patron et de perdre votre petit boulot de merde.
Non, j'ai pas peur. Vous voulez la vérité ?
La vérité, c'est que...
C'est Karine. Elle peut rien faire pour vous.
- C'est malheureux. - [Djamila] C'est quoi, ce délire ?
Elle peut rien faire pour nous ?
[la cheffe] Elle est pas comme vous.
Vous l'avez pas vu ?
Je croyais que vous étiez amies.
C'est dégueulasse.
Ça veut dire quoi, ça ?
Karine !
Où tu vas ? Pars pas, elle va craquer.
- Elle a raison, je suis nulle. - N'importe quoi.
C'est normal, de galérer devant le patron.
- J'ai signé. - Hein ?
J'ai signé.
- Tu déconnes ? - J'ai signé le contrat.
- T'as pas fait ça ? - J'ai voulu ce boulot,
t'imagines pas.
Pour sortir du foyer
et de ma vie de merde.
[elle crie] Je peux pas faire autrement. Je sais rien faire d'autre.
- Tu comprends ? - Tu nous lâches ?
Je pensais pas que tu ferais ça. Pas toi.
J'ai pas le choix.
[chauffeur de bus] C'est pas fini, ce sketch ?
Où tu vas, là ? Karine !
Oh !
Allez vous faire foutre.
- Tous ! - Qu'est-ce qu'il y a, ce soir ?
- Vous avez vos règles ? - Ferme ta gueule, conduis !
[Djamila] Quoi ?
Elle a signé.
Elle a signé.
Putain...
[musique mélancolique]
Karine !
- Regarde. - Hein ?
[Karine] Bruno ?
[Bruno] Qu'est-ce qui se passe ?
[Karine sanglote]
[Bruno] Tu pleures ?
[Karine] Non.
Non, je pleure pas.
[Bruno] Tu veux venir ?
C'est moi.
- T'es pas au boulot ? - Non.
- Ça va ? - Oui. Qu'est-ce qui se passe ?
Ils prennent des jeunes en manutention au supermarché.
Je commence lundi.
T'es surprise ? T'auras plus à y retourner.
On te trouvera un boulot. Tu bosseras plus pour ce connard.
Fais pas ça.
- Sois heureuse. - Reste en apprentissage.
- Je suis déjà parti. - Non, non.
J'appelle ton patron,
il va te reprendre.
T'as besoin de moi.
Non.
Non ?
Non, je veux être seule.
Tu penses l'inverse.
Tu y retournes.
Je reste.
Tu es mineur.
Je te protège.
[elle crie] Non ! Tu me protèges pas, tu m'étouffes.
Toujours à me dire quoi faire. T'es comme ton père.
Lui aussi, pareil. Il me guettait,
il parlait pour moi.
Avant, c'était l'école, le foyer. J'ai jamais le droit de respirer.
J'étouffe, tu comprends ?
J'étouffe.
C'est à cause du patron ?
Ça te regarde pas, allez.
Ça suffit, t'es un grand.
Ça suffit. Ça suffit comme ça.
On forme une équipe, non ?
Tu fais quoi ?
- Tu fais quoi ? - Arrête.
- Arrête ! - Tu restes.
[elle crie] Tu me lâches ! Va-t'en !
Va-t'en !
- Je pars pas. - Va-t'en !
[Adèle] Je rêve.
Pourquoi t'es dans le noir ?
Tu viens ?
[le patron] Mesdames, on va vous recevoir avec M. Le Tac.
Ne vous inquiétez pas,
on va démarrer progressivement.
Les équipes seront faites à la fin
du mois, c'est ça ? - [M. Le Tac] Oui.
On a déterminé
des zones de 50 km pour que ce soit plus clair.
Y a-t-il des questions ?
S'il y a pas de transport,
on fait comment ?
Je vous ai dit
que chaque cas sera étudié avec M. Le Tac.
Si c'est trop compliqué pour vous, vous pouvez refuser.
Tu l'as lu ?
J'ai un truc à dire.
[M. Le Tac] Alors pardon,
vous êtes qui ? - C'est la déléguée.
D'accord.
- Je vais la recevoir ? - Oui.
- C'est trop tard. - [le patron] Dites pas ça.
- C'est ridicule. - Ça fait 7 ans que je travaille ici.
J'aime bien.
C'est dur, mais j'aime bien. On est entre nous.
Quand on a fini, ça sent bon. C'est bête, mais...
Ça me fait plaisir que ça sente bon.
J'aime mon travail. Être entre filles, la nuit,
quand tout le monde dort. - Je veux pas entendre ces conneries.
- Attends. - [le patron] Attendez.
On a une réunion du CSE prévue à ce sujet.
- Le 14. - Le 14.
À force, je connais l'odeur des produits.
Je sais ce qu'il faut.
Je vois ce qui manque. Heureusement...
Je... [elle bégaye]
J'ai du mal à lire
et à écrire aussi.
J'ai été à l'école, mais...
C'était difficile.
J'ai pas demandé d'aide.
J'en suis pas fière.
J'ai aucune raison d'être fière.
L'avenant, je l'ai pas lu.
Je lis plus depuis des années.
J'ai même pas essayé.
Pourtant, je l'ai signé. Je regrette.
Je regrette d'avoir fait ça. Maintenant, c'est trop tard.
Pour Maryse, c'est trop tard.
Vous avez bien fait, Karine.
- On a besoin de vous. - Ne m'appelez pas Karine.
Mon nom,
c'est Wouters. Vous pouvez rayer mon nom.
Vous méritez pas
qu'on travaille pour vous.
Vous savez ce que ça signifie ? Vous démissionnez, là.
C'est stupide.
Écoutez, madame...
On peut en parler calmement. Pas aujourd'hui.
Je crois qu'on est sous le coup de l'émotion.
Vous mélangez tout.
Je suis désolée.
Vous allez où ? M. Le Tac,
récupérez-les.
Celles qui restent, sur la gauche.
Si tu pars, je pars.
- Pareil. - Qu'est-ce que j'ai fait ?
On aurait dû claquer la porte avant. Là, ils comprennent.
J'aurais voulu éviter ça.
Tu vas faire quoi ?
[Adèle] On va aller au relais routier.
Ils cherchent du monde.
- Sinon, ce sera ailleurs. Pas vrai ? - Oui.
- On est de l'or en barre. - Mmh.
Faudra qu'ils soient réglo. On se laissera pas faire.
On laisse rien passer. Donne-moi ça.
Reprenez votre scooter de merde.
- Vous savez faire un feu de camp ? - Pourquoi ?
On aura besoin
de chauffage, cet hiver.
- Merci, Karine. - [l'autre femme] Oui. Merci, ma belle.
Merci. Tu es trop forte.
[Adèle] Ne vous retournez pas,
vous avez raison, bande de baltringues.
[Djamila] Quelqu'un a du feu ?
Regardez
ce qu'on fait du contrat.
Voilà !
[Adèle] Attendez, je viens de signer.
Je signe.
[toutes en chœur] Hou !
[elle crie] Ah !
Ziggy ?
"Maman,
je sais que tu détestes les lettres, mais tu la liras
parce que tu le veux très fort et que c'est la première
que je t'écris.
Tu mettras du temps. C'est pas grave.
On a le temps.
Et je voulais que tu saches que je t'aime
autant que tu m'aimes."
Sous-titrage : EVA France ST'501
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