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Original subtitles

Il est là, M. Tessier ?

Oui. Tout droit.

M. Tessier ?

Vous allez nous quitter vraiment ?

On va vous regretter. Un grand savant comme vous.

Bien... Au revoir.

Bonjour, Constance.

Qu'est-ce que Marchal faisait ici ?

Je vous interdis de le laisser venir m'espionner chez ma mère.

Je croyais qu'il était votre ami.

Il a été mon patron à l'Institut Pasteur,

mais jamais mon ami.

Il a toujours eu de l'affection pour votre maman.

Quand il a su son état, il a tenu à l'ausculter lui-même.

Comment est-elle ?

C'est étrange.

Elle est restée comme morte plusieurs jours,

et quand elle a ouvert les yeux, elle semblait émerveillée.

Elle a juste dit : "Comme c'est beau.

"Je peux vous dire comme c'est beau.

"Ouvrir les yeux, simplement, là où l'on est."

Laissez-nous, je vous prie.

Comment vas-tu, mon tout petit ?

Et toi ?

J'ai découvert que la vie et la mort

ne sont que des situations particulières.

Je t'attendais pour partir.

Mais...

Pourquoi as-tu quitté ton poste et tes responsabilités à Pasteur ?

Je vivais dans un univers d'espions ligués contre moi.

Le ministère attend que tu reprennes tes recherches.

Ma décision est irrévocable.

Je déplore que Marchal t'ait mêlée à ça.

Suis ta voie.

Et que Dieu guide tes pas.

Tu souffres ?

Non.

Je pars vers l'autre rive.

Et je le fais heureuse et sereine, tu sais...

S'il te plaît...

pense à ta fille.

Occupe-toi d'Isabelle.

J'ai une chose trop importante à faire.

Oh, je t'en prie.

Elle n'a jamais eu personne. Elle a besoin de toi.

Retourne à Saulières, où tu es né.

Repose-toi.

Essaie d'élever ta fille.

Et de reprendre contact avec les racines de ton existence.

Je t'en prie.

Bon...

Je dirai à Lucien d'aller la chercher à son institution.

Je m'installerai à Saulières avec elle.

Sois patient.

Elle a été abandonnée par sa mère quand elle t'a quitté et au fond...

Au fond...

elle n'a jamais eu de père non plus.

Vous n'assisterez pas aux obsèques ?

Pour quoi faire ?

Regardez-la.

Ce n'est plus qu'un objet.

Une chose comme les pierres.

Alors à quoi bon toutes ces singeries ?

Comment ça va, mademoiselle Isabelle ?

À Saulières, vous serez bien plus heureuse que dans votre institution.

Bonjour.

Bonjour, monsieur.

Vous auriez dû prévenir. Vous avez vu, mademoiselle ?

C'est votre papa qui est arrivé

et qui va vivre avec vous.

Tiens... mon père ?

Bonjour, Isabelle.

À quoi penses-tu ?

Je regarde la place, les gens.

Je me demande où mettre une bombe pour en tuer le plus possible.

D'abord,

je place une bombe sur le marché.

Quand la foule est la plus dense, tout saute.

Les corps sont déchiquetés.

Les enfants et les femmes hurlent.

M. le directeur de l'Institut Pasteur...

L'eau éclabousse

les cadavres et répand le sang partout.

Ma 2e bombe saute.

Il est vrai que toute mon équipe

de l'Institut et moi-même avons, semble-t-il, percé,

en grande partie,

le mystère des cellules cancérigènes indestructibles.

Et nous avons réussi,

en utilisant certaines cellules modifiées,

à retarder considérablement...

Cette fois, on a peur d'une 3e bombe.

Alors, tous les passants s'enfuient,

laissant les blessés souffrir et hurler.

Tous ces sales humains.

Il faut être indulgent.

Elle est née comme ça et mourra comme ça.

Et elle a toujours vécu dans la solitude.

Tout le monde est seul.

Il faut apprendre à vivre comme ça.

On a beaucoup parlé aussi dans la presse

de la démission d'un très proche collaborateur, M. Tessier.

Quelle a été sa part dans votre succès ?

M. Tessier

est certainement

l'un des chercheurs les plus brillants de son temps.

Mais il a eu le grand tort

de rester seul,

isolé,

sans contact avec le reste de l'équipe.

Pourquoi fais-tu ça ?

C'est drôle, ça m'amuse.

Je déteste les insectes. Pourquoi tu l'as sauvé ?

Tu trouves ça drôle de les faire souffrir ?

Elles servent qu'à m'emmerder. Quand je les tue,

au moins, elles sont drôles.

Si tu recommences, je te flanquerai une sacrée volée.

Essaie, pour voir.

Allez, ramène-moi à la maison, maintenant. Allez.

Petite garce !

C'est ta faute !

C'est toi qui m'as faite !

Moi, j'avais rien demandé !

Lâche-moi ! Lâche-moi !

Lucien ?

Allez chercher l'autre chaise près de la rivière.

Et les béquilles, aussi.

- Va crever, ordure de merde ! - D'abord, tu vas te laver !

Tu vas te laver.

Et tu rangeras

ta chambre. Seule.

Tant que tu n'auras pas obéi, tu resteras ici.

Va crever, ordure de merde !

Salaud !

Sale con !

Va crever, ordure de merde !

Laissez ça pour le moment et asseyez-vous.

Ce sera son emploi du temps.

Vous la lèverez tous les matins à 6 h.

Avec elle, j'ai pas le dessus.

Je serai là. Elle cèdera ou ce sera le fouet.

Mais vous êtes fou.

Il faut lui apporter la loi.

Pour l'instant, c'est une bête, un animal.

Il faudra tout lui imposer

ou le diable prendra possession d'elle.

Vous l'habillez et la lavez ?

C'est trop dur pour elle...

Vous la laisserez se préparer seule.

Elle aura 3/4 d'heure au début, puis 1/2 heure.

C'est pas possible !

Elle déjeunera à 7 h, mangera à midi

et dînera à 19. Vous la coucherez à 21.

Vous la nourrirez de crudités, de laitages,

de légumes crus, cuits, ou sous forme de soupe,

de riz, de pain complet.

Vous veillerez à ce que sa chambre reste propre.

Mais jamais vous ne l'aiderez à son ménage.

Dès après-demain, une institutrice viendra ici.

Vous connaissez son niveau scolaire ?

Les gens de l'institution la pensent intelligente.

- Elle sait lire ? - Quand elle veut bien.

Vous aurez toujours son emploi du temps sous les yeux.

Vous l'afficherez partout où elle se déplace.

- Elle va tout déchirer. - C'est probable.

Quand elle aura reçu le fouet ou qu'elle sera affamée,

elle comprendra.

Vous la trouvez pas assez malheureuse ? Infirme à vie...

Tout nous presse,

car l'orage au loin approche.

Il faut savoir être aussi dur que les forces du mal

pour les vaincre.

Il faut vous lever, mademoiselle.

Debout !

Tu as 1/2 heure pour te lever, te laver et descendre.

Si dans ce délai tu n'es pas prête,

je te flanque une volée

et tu resteras 24 h enfermée sans manger.

Ça suffit.

Va te débarbouiller.

Lucien dort dans la bergerie ?

Bon, maintenant, tu vas poser tes 2 mains sur tes cuisses,

et tu te tiens bien droite.

Mieux que ça.

Ta colonne doit être bien droite pour laisser tes poumons respirer.

Je peux pas faire mieux.

Fais comme moi, regarde.

Tu dois apprendre à bien maîtriser ta respiration.

Ça sert à rien.

Mais si, ça sert.

Après plusieurs jours, tu te sentiras bien mieux.

En plus, ton visage deviendra joli.

Ta voix sera plus douce. Allez.

Tu inspires pendant 4 secondes.

Tu gardes l'air pendant 2.

Tu expires pendant 4.

Et reste les poumons vides.

Et ainsi de suite. Applique-toi un petit peu.

Tiens-toi droite.

Inspire pendant 4 secondes. Un, deux...

- Comment tu t'appelles ? - Annie, tu le sais.

Non. Ton nom de famille.

Lorraine. Comme la Lorraine. Tu fais ce que je te demande ?

J'ai le droit de savoir. Tu faisais quoi, avant ?

J'étais institutrice.

Je m'occupais des enfants en retard.

- T'habitais où ? - À Ivry.

Dans la banlieue parisienne.

Concentre-toi sur l'exercice.

Tu inspires pendant 4 secondes. Un, deux...

Pourquoi t'es venue ici ?

- J'ai répondu à une annonce. - T'aimais pas ton travail ?

J'aimerais bien que tu te concentres sur cet exercice.

J'ai le droit de te connaître, non ?

Assieds-toi sur la chaise.

Je peux pas rester sur mon fauteuil roulant ?

Tu dois apprendre à te débrouiller.

Vous m'emmerdez, tous.

Tiens. Tu vas dessiner ce que je vais faire.

C'est bien.

Pourquoi j'arrive pas à faire ça ?

- Pourquoi mes jambes marchent pas ? - Tu vois...

Dans la colonne vertébrale, il y a la moelle épinière.

Les ordres du cerveau passent par là.

Chez toi, en bas, il en manque une partie.

Donc, tes jambes sont inertes.

Je serai toujours comme ça ?

Oui. Mais je t'apprendrai à te débrouiller.

- Toute seule. - À quoi ça servira ?

J'aurais mieux fait de pas naître.

Arrête de gigoter, ferme tes yeux.

Et tu rends ton corps aussi mou que possible.

Ton bras doit retomber tout seul.

Non. Regarde-moi.

Tu vois mon bras ?

Je le prends. Quand je lâche, il tombe tout seul.

Il faut que ton corps soit inerte.

Tu ne dois avoir aucune réaction.

Laisse-le tomber.

Non. Laisse-le tomber tout seul.

Bon...

On va passer à autre chose.

Laisse les mains le long de ton corps. Comme ça.

Voilà... Tu fermes les yeux.

Écoute tous les bruits autour de toi et décris-les-moi.

On pourrait pas faire du français, plutôt ?

Chut. Ferme les yeux.

Concentre-toi.

Alors ?

Alors, rien. Tout est silencieux sauf toi.

Essaie mieux que ça.

Ne pense qu'aux bruits autour de toi.

Alors, j'entends rien.

Pourquoi t'as quitté ton travail ?

Ça ne te regarde pas. Obéis-moi.

T'as un petit ami ?

L'histoire de ma vie est sans intérêt.

Alors ne pense qu'aux sons qui arrivent à tes oreilles.

Toi, t'arrives pas à rester tranquille

quand je te parle.

Ah, c'est malin !

C'est fini ?

Oui. On passe à autre chose.

"Place du Carrousel Vers la fin d'un jour d'été

"Le sang d'un cheval accidenté Ruisselait sur le pavé

"Et le cheval était là, debout Immobile, sur 3 pieds

"Et l'autre pied blessé, blessé"...

Stop. De quoi s'agit-il ?

C'est quoi, la place du Carrousel ?

Une très grande place à Paris.

Alors ?

De quoi parle ce que tu viens de lire ?

Alors ?

De quoi parle ce que tu as lu ?

D'un sale cheval qui a eu un accident.

Le bas d'une de ses pattes a été arraché,

le sang coule, tout le monde regarde.

Bien. Lis la suite.

"Tout à côté, il y avait le cocher Et la voiture

"Elle aussi, immobile, inutile Comme une horloge cassée

"Le cheval ne se plaignait pas

"Le cheval ne hennissait pas

"Il était là, il attendait

"Et il était si beau, si triste Si simple et si raisonnable

"Qu'il n'était pas possible De retenir ses larmes"

Qu'est-ce qui caractérise cette scène ?

J'en sais rien.

Si, tu sais.

Fais ce qu'on te dit ou je te boucle sans manger jusqu'à demain.

Tout le monde est silencieux, immobile,

comme une horloge cassée.

Pourquoi ?

J'en sais rien.

J'en sais vraiment rien.

Quelle est la réaction des gens ?

Il y en a qui pleurent.

Pourquoi ?

Je sais pas.

Quelle est la réaction du cheval ?

Il souffre, mais il attend.

Il attend comment ?

Sans se plaindre.

Il attend quoi ?

Que son maître le soigne, le guérisse.

Tu sais ce qu'on fait aux chevaux blessés ?

On les tue.

Pourquoi les gens sont-ils immobiles ?

Ils savent que le cheval va mourir.

Ils ont le cœur serré.

Ils savent qu'on peut rien faire pour le cheval.

L'animal est tout doux malgré la souffrance.

Pourquoi tous ces gens sont-ils si émus

alors que ce n'est pas d'eux qu'il s'agit ?

Qu'est-ce que tu veux dire ?

Ce ne sont pas eux qui souffrent. Alors pourquoi

sont-ils émus ?

Ils se mettent à la place du cheval.

Et toi, qu'en penses-tu ?

Je trouve ça marrant.

Pourquoi ne te mets-tu pas à la place des animaux que tu tortures ?

Pourquoi ?

Le cheval, je m'en fous. Lui, c'est lui. Moi, c'est moi.

Ton bourrin, il peut crever. Si j'avais été là, sa patte cassée,

j'aurais joué avec comme une balançoire.

J'en ai marre de lui ! Il peut pas me laisser tranquille ?

Il m'avait laissée tomber et il revient pour m'emmerder !

Vous me l'enfermerez jusqu'à demain soir.

Quand on lui apportera à manger,

dans 28 heures,

on verra si elle est docile.

Sale con ! Ordure ! Pauvre type !

C'est vraiment la bonne méthode ?

J'ai pas besoin de votre avis.

Regagnez votre chambre.

Vous reprendrez le travail avec elle demain.

- Merci. - Merci.

Tiens...

Voilà notre petite miraculée qui revient à la vie.

Ça ira bien, maintenant.

Vous partez longtemps ?

15 jours. S'il arrive quoi que ce soit,

téléphonez à Constance.

Oui. D'accord.

Je suis pas morte ?

Non, tu vois...

C'est mon frère Pascal.

T'as eu de la chance qu'il passe par là à moto.

Vous auriez pu mourir.

Votre tête était sous l'eau.

Merci de m'avoir sauvé la vie.

Mettez le jeune homme dans la chambre du haut.

Très bien.

Je peux poser mes affaires ?

Bien sûr. Suivez-moi.

À tout à l'heure.

Qu'est-ce qu'il a dit, mon père ?

Il a d'abord été très inquiet.

Et il a piqué une colère car j'avais mal fermé ta porte.

Excuse-moi.

C'est la 1re fois que tu es gentille.

Tu devrais te payer un âne pour pousser ta bécane, connard.

Tu pourrais répéter ?

Tu pourrais te payer un âne pour pousser ta bécane, connard.

Les mecs, regardez !

Foutons-le en l'air.

Qui est-ce ?

C'était votre grand-mère.

La mère de votre papa.

Qui est morte dernièrement.

Et ma mère, tu l'as connue ?

Non.

Elle a jamais voulu venir habiter ici.

Tu travailles ici depuis longtemps ?

38 ans.

Votre grand-mère était comédienne.

Moi aussi.

Et puis un beau jour,

elle a quitté la scène.

On n'a jamais vraiment su pourquoi.

Elle a épousé votre grand-père,

elle est venue habiter ici...

et moi, je l'ai suivie.

Mon père était comment ?

Toujours seul.

Il voulait toujours être le 1 er de la classe.

Et il l'était.

Il savait toujours tout sans apprendre.

Mais il était comme vous.

Quand il avait une idée, il en démordait pas.

Et quoi qu'on en disait, il allait jusqu'au bout.

Ça devait tenir de famille.

La seule chose que j'aimais pas chez lui,

c'était sa passion des expériences sur les animaux.

Je l'ai vu percer la tête d'une grenouille avec une aiguille.

Et verser du vitriol

sur la bête qui gigotait pour voir sa réaction.

Quelquefois,

il restait assis sur un banc, tout seul,

pendant des heures.

Il regardait le paysage.

Alors, plus personne n'existait, pour lui.

- Regarde. - Regarde quoi ?

Tu ne sais pas observer ?

Elles viennent ramasser les restes de nourriture, les miettes,

pour les ramener dans leur trou.

Elles portent des trucs 10 fois plus lourds qu'elles.

Elles ont une force incroyable. Un peu comme si nous,

on arrivait à porter un camion.

Et elles sont organisées.

Celles-ci, là, qui sont les plus grosses,

ce sont les combattantes.

Elles se battent sans hésiter jusqu'à la mort

pour assurer le travail.

Elles sont intelligentes.

Oui.

Regarde.

J'aimerais que tu m'emmènes là-haut.

Je me suis jamais sentie si légère.

Un jour, j'arriverai à monter toute seule, là-haut.

Tu sais à quoi Annie me force à jouer ?

Je dois fermer les yeux,

écouter et décrire les bruits que j'entends.

Mais j'y arrive jamais.

- Tu veux essayer avec moi ? - Oui.

Elle vérifie que je suis bien décontractée comme ça.

Tu me le fais ?

Allonge-toi.

Voilà. Comme ça.

Bien.

D'abord, j'entends des grillons.

Un à droite et un autre, mais il chante pas pareil.

Décontracte-toi.

J'entends le vent dans les arbres. Ça fait remuer les roseaux.

Et puis, je t'entends toucher les graviers.

Un petit animal vient de fuir. Tu l'as vu ?

Non.

Je suis bien.

Je peux faire comme toi ?

Attention, le soleil tape.

J'ai l'habitude. Souvent, je me déshabille

près de la rivière.

J'aime bien sentir l'eau. C'est agréable.

Je la sens qui passe sur mon cou,

sur ma poitrine, sur mon ventre.

C'est agréable, hein ?

C'est pas sale, une araignée.

C'est un insecte. Ça souffre.

Regarde comme elle est laide.

Tu ne sais pas la regarder. Tu la compares à toi.

Mais c'est un être différent.

Si on mourrait, elle continuerait sa vie.

- Je t'apprends à la voir ? - Non, jette-la.

Elle est trop laide.

Le seul qui soit beau, c'est toi.

Tu sais pourquoi je suis heureuse ?

Grâce à toi, j'ai l'impression que je serai plus jamais seule.

Je commence même à trouver les autres intéressants,

alors que je les détestais.

Bonjour.

T'es déjà levée ?

Je me lève à 6 h.

Avant j'aimais pas. Maintenant, j'ai pris l'habitude.

J'en profite pour regarder

la campagne au lever du soleil.

- Tu m'emmènes là-haut ? - À cette heure-ci ?

Oui. Tu m'avais promis.

Tu me serres fort ?

Ça va ? T'es contente ?

Oui.

Mais je veux aller jusqu'en haut.

- Tout de suite ? - Oui.

- Il faut que je te porte. - Oui.

Allez, on avance. Continue.

Tu t'es fait mal ?

Non. C'est rien.

- Regarde. - On continue ?

Je suis un peu crevé, là.

Allez, viens.

Allez.

Attends.

Attention. Si tu tombes, tu meurs, ma vieille.

Attends.

Je suis bien.

Le massacre systématique par le pouvoir en place

de la population en révolte contre son autorité continue.

Certains témoignages

font état de dizaines de milliers de morts,

de femmes et enfants torturés.

Cet après-midi, un jeune garçon

de 14 ans, fils de commerçants à Évreux,

a été découvert poignardé.

La famille est effondrée.

C'est le 3e enfant assassiné en 1 mois.

- Je peux vous aider ? - Épluche les pommes qui restent.

Lucien, vous me donneriez une assiette ?

Ne mets pas autant de farine.

L'Intérieur s'inquiète des lenteurs de l'enquête.

Tu sais que c'est pour toi, que je prépare cette tarte ?

À l'étranger...

Annie, t'as pas vu ton frère ?

Il est en ville. Il est allé acheter des timbres.

Que fais-tu si loin de ta maison ?

Tu vas te faire gronder.

Qu'est-ce que tu as ?

Elle était belle, la fille à qui tu parlais. Tu la connaissais ?

- Je suis sûre que tu la connaissais. - Pourquoi ?

- Elle riait très fort. - Ça ne veut rien dire.

C'est les prostituées qui se collent aux garçons comme ça.

Serais-tu jalouse ?

Je m'intéresse à toi, c'est tout !

Que lui as-tu écrit ?

Rien !

Le numéro de sa voiture finissait par 92.

Elle doit drôlement t'aimer pour venir d'aussi loin !

Et toi aussi, hein ?

Cesse de m'ennuyer !

Et cesse d'être aussi agressive avec moi !

C'est clair ?

Pourquoi tu es venue ?

Tu n'as rien compris ?

Tu vois pas que j'ai besoin de toi ?

Qu'à cause de toi, j'agis comme une gamine ?

Parce que tu n'arrives pas à me tenir en laisse ?

Il faut que tu laisses tomber ta sœur.

Laisse-la avec ses écoliers.

Elle est bonne qu'à ça.

Et viens vivre avec moi.

Et ton père ?

Yvan ?

Il s'occupe que de sa peinture.

Et il vient de se remarier.

De toute façon,

il me cèdera sur tout.

Sur tout ?

Oui. Parce que de nous deux,

c'est moi la plus forte.

Parce que tu ne cèdes jamais.

Tais-toi.

Mais, Isabelle...

Calme-toi !

Qu'est-ce qui se passe ?

Lâche-la. Lâche-la !

Qu'est-ce qu'il y a ?

Prends tes affaires et pars.

Pas avant demain.

Foutez le camp tous les 2.

Prends ça. Ça va te faire dormir.

Tu dois te reposer.

Non.

Tu veux pas que je t'aide ?

Fiche le camp. J'en ai marre. Fous le camp ! Va-t'en !

J'en ai marre, de toi !

Je te déteste ! Je vous déteste !

Je veux plus jamais vous voir ! Plus jamais !

Fous le camp !

Vous pouvez toujours tout cacher, je me tuerai.

Je me tuerai quand même.

J'y arriverai.

Tu m'embrasses ?

Allez, ça suffit comme ça. Va-t'en.

"La musique, souvent Me prend comme une mer

"Vers ma pâle étoile Sous un plafond de brume

"Ou dans un vaste éther

"Je mets à la voile

"La poitrine en avant Et les poumons gonflés

"J'escalade le dos Des flots amoncelés

"Que la nuit me voile

"Je sens vibrer en moi Toutes les passions

"D'un vaisseau qui souffre

"Le bon vent, la tempête Et ses convulsions

"Sur l'immense gouffre me bercent

"D'autres fois, calme plat

"Grand miroir de mon désespoir"

Charles Baudelaire.

De quoi s'agit-il, dans ce texte ?

Il nous parle de l'effet de la musique sur lui.

À travers quelle comparaison ?

Il se compare à un vaisseau pris, saisi,

emporté violemment par la mer.

Qu'est-ce qui justifie ton opinion ?

"La poitrine en avant

"J'escalade le dos Des flots amoncelés

"Je sens vibrer en moi

"Toutes les passions D'un vaisseau qui souffre"

S'il se compare à un vaisseau,

à quoi peut renvoyer la mer ?

Je suis pas sûre.

Mais elle représente les émotions violentes et obscures

que la musique remue et réveille en lui.

Comment décrit-il les effets de la musique sur lui ?

Il est bouleversé physiquement.

"La poitrine en avant Et les poumons gonflés"...

Et puis, il souffre.

La musique réveille en lui la souffrance.

Il dit :

"Je sens vibrer en moi

"Toutes les passions D'un vaisseau qui souffre"

Qu'est-ce qui te gêne ?

Il dit d'abord que la musique réveille en lui la douleur.

Il souffre.

Et un peu plus loin...

"Le bon vent, la tempête Et ses convulsions

"Sur l'immense gouffre me bercent"

Le mot "berce" est mis en relief par la versification.

C'est le centre du texte.

Alors je dois comprendre

que la musique réveille en lui la souffrance,

mais d'une manière qui le berce,

qui l'aide à vivre.

Bonjour, Bruno.

N'aie pas peur.

Continue ton jeu.

Montre-moi comment ça marche.

Vous n'avez pas dormi ?

Pourquoi suis-je née comme ça ?

Pourquoi devrais-je vivre,

puisque je serai toujours prisonnière de mon corps ?

Nous sommes tous prisonniers.

Alors pourquoi vivons-nous ?

Tu sais ce que je crois ?

Nous avons tous une providence particulière.

C'est elle qui t'a sauvée de la rivière.

Et c'est elle qui permet ta souffrance.

Et qui m'a fait naître comme ça.

Peut-être pour être plus proche,

plus libre.

Plus proche de quoi ?

Il faudra que tu trouves seule.

Je t'aime bien, tu sais.

J'ai apporté ça pour toi.

Il est dangereux ?

Non.

C'est une simple couleuvre.

Une grenouille !

Merci.

Lucien, je rentrerai

plus tard, ce soir. Préparez-moi un plateau.

Entendu, je le ferai.

"Dominique Tallus, accompli."

"Irène Umbert",

"Arnaud Engoulevent",

"Bruno Latuile",

"Laure Élisabelle",

"Éliane Sauvin".

Elle a un nom qui ressemble au mien.

Bonjour.

Bonjour.

Ça fait 2 jours que je cherche ma grenouille.

C'est la couleuvre qui l'a mangée.

Vivante ?

Bien sûr.

C'est affreux.

Qu'est-ce qui est affreux ?

Toutes ces créatures qui en mangent d'autres.

C'est notre loi à tous.

Viens.

Regarde tous ces arbres. Ils grandissent

car ils vivent du soleil. La lumière les attire

et les fait pousser.

Ainsi que toutes les plantes.

Et le feuillage.

Les feuilles tombent.

Les insectes s'en nourrissent.

Les insectes sont la proie de ta grenouille,

elle-même avalée par la couleuvre,

plus tard dévorée, elle aussi,

par le hérisson ou la buse.

Si tu peux contempler tout ça maintenant,

c'est parce que ça forme

un équilibre qui se règle tout seul.

Le petit bois est beau, quand je le regarde.

Mais ma grenouille avalée vivante, c'est affreux.

Tu ne sais pas voir.

Identifie-toi donc à tout ça.

La couleuvre, la grenouille, ne sont plus rien.

Comme chacun de nous, que des petits maillons.

D'un ordre logique,

nécessaire à la vie.

Tu ne trouves pas cet ordre affreux ?

Affreux, injuste...

En fait, ces mots n'ont aucun sens.

Le bonheur vient de la douleur.

La douleur, du bonheur.

La mort conduit à la vie et la vie, à la mort.

Il en est de même du bien et du mal.

Tu te tourmentes parce que...

comme tous les humains,

tu t'identifies...

à des mirages qui t'entraînent dans leur ronde sans fin.

Il te faudra apprendre à t'arracher de ces chaînes...

pour accomplir sans fléchir

les tâches que Dieu t'a confiées.

Alors le monde

t'apparaîtra dans toute sa splendeur.

Comment je pourrais peindre le paysage ?

Observe.

Et essaie de simplifier.

Je pourrais représenter les arbustes par des taches de couleur.

Bien sûr.

Je n'avais jamais vu à quel point les verts étaient si différents.

J'avais jamais bien regardé.

Vous partez toujours ?

Oui. J'ai laissé des instructions.

Tu pars ?

Oui.

Longtemps ?

Une semaine ou deux.

Si longtemps ?

Pourquoi tu restes pas avec moi ?

Le soleil tape trop fort.

Il faut rentrer.

Pendant quelques secondes,

j'ai eu la sensation de recevoir l'univers dans mon cœur.

Regarde l'eau au-dessus de nos têtes.

Il fait trop chaud. Il faut rentrer.

Vous allez attraper du mal.

Je veux rester. C'est trop beau.

Isabelle ?

Oui ?

Tu as terminé l'enquête sur les étoiles ?

Alors...

"On utilise l'année-lumière pour compter la distance aux étoiles."

L'étoile la plus proche est à combien ?

Elle est à 4,5 années-lumière.

Le tueur d'enfants a de nouveau frappé.

Une nouvelle victime,

Laure Élisabelle.

Laure Élisabelle a été découverte poignardée

comme les 4 précédentes victimes.

Les responsables de l'enquête sont persuadés

que le tueur étudie les allées et venues...

La plus lointaine étoile...

La police enquête à la recherche du moindre indice.

Bonjour.

Aujourd'hui, je peux t'embrasser ?

Non.

Pourquoi tu veux pas sortir avec moi ?

Tu ne dois pas t'attacher.

Pourquoi ?

Parce qu'après, tu vas vraiment m'aimer,

tu vas t'attacher, et comme toujours,

tu vas souffrir.

Et pourquoi je souffrirais ?

Je ferai toutes les folies pour toi.

Tu n'auras qu'à demander.

Tu le ferais sans poser de questions ?

Tout ce que tu voudras.

Tu irais au commissariat ?

T'as fait quelque chose ?

Pose pas de questions.

Je dois dire quelque chose aux policiers

sans que mes parents le sachent.

Je suis pas sûre que ce soit important.

Tu es sûr d'y aller ?

Sûr. Alors, qu'est-ce que c'est ?

N'aie pas peur. Tu peux avoir confiance en moi.

L'autre jour, à la télé, je regardais les informations.

Tu regardes ça, toi ? Ça t'intéresse ?

Non, mais mon grand-père vit à la maison,

alors le soir, c'est pas drôle.

Mais ne m'interromps pas et écoute !

Excuse-moi.

L'autre jour, j'ai reconnu la photo de la fille tuée.

- Laure Élisabelle. - Tu la connaissais ?

Je l'avais rencontrée.

Et le garçon, Bruno, je le connaissais aussi.

Comment ?

Mes parents m'avaient emmenée dans un village.

Il y avait une fête.

Et alors ?

J'ai rencontré des garçons et des filles et...

Continue.

On a fait des bêtises.

Quel genre ?

Mais non, pas ce que tu crois.

C'était quoi, alors ?

On a vu une maison.

On est rentrés et on a cassé plein de choses.

Le propriétaire nous a surpris.

Il nous a pris en photos et a inscrit des renseignements.

- Je nettoie votre chambre ? - Non.

- Et que personne n'y entre. - Très bien.

Pourquoi ?

Tout doit s'accomplir.

T'as pas assassiné des enfants innocents ?

Personne n'est innocent.

Souviens-toi.

Tous des maillons de la chaîne.

Le monde est fait de signes, de signes muets

pour les ignorants, les incapables ou les sots,

mais qui sont autant de guides pour qui sait les interpréter.

J'ai appris à les lire dans le silence de mon laboratoire.

Je le sais.

C'est pourquoi je suis le plus grand.

Où as-tu pris les photos ?

Dans mon laboratoire de Villennes.

Tu n'étais plus à Pasteur ?

Tout le monde m'espionnait.

Marchal, mon chef, qui me jalousait,

mes collègues, les gens du gouvernement...

Je vivais dans un univers d'espions ligués contre moi.

Pourquoi t'auraient-ils espionné ?

Car le Seigneur m'a dit d'apporter au monde le secret de la vie.

Et ces enfants ?

Ces enfants, là ?

Je les ai surpris un après-midi

qui saccageaient tout chez moi.

Qui brûlaient mes papiers...

Ils ont tout anéanti !

J'ai d'abord pensé

que c'était un coup monté par mon chef

ou par un rival jaloux.

Par le gouvernement, peut-être.

Mais ce n'était pas ça.

Dieu m'a toujours guidé.

C'est Lui qui guidait ma pensée,

mon travail.

Il intervenait dans ma destinée pour rectifier mes erreurs.

C'est Lui qui a mis un autre homme sur la route de ma femme.

Et surtout toi.

Toi...

Ma plus grave erreur.

Celle qui aurait pu barrer ma route pour longtemps.

Il t'a faite infirme...

pour que je te place dans une institution.

Alors pourquoi

avait-Il placé ces enfants là,

eux aussi, sur ma route ?

C'était le hasard.

Le hasard n'existe pas !

J'ai cherché des jours et des jours.

Et enfin, j'ai compris.

Quoi ?

Va au tableau.

Inscris les six noms.

Tu ne vois rien ?

Inscris les 1res lettres de chaque prénom et de chaque nom.

Lis à haute voix.

"Diable. Tue-les."

Tu comprends, maintenant ?

C'était le message.

Ils étaient venus contrecarrer l'œuvre de Dieu.

Il m'en reste encore un.

Tu es fou.

C'est ce que les ignorants croiront.

Moi, je sais.

D'ailleurs, s'Il n'avait pas voulu, Dieu m'aurait empêché.

Tu es aveugle, comme tous les autres.

J'espère que tes yeux s'ouvriront.

Ne fais pas ça !

Ne m'oblige pas à allonger la liste avec de vrais innocents.

Lucien !

Annie ?

Je reviens dans 36 h. Elle restera enfermée.

N'écoutez pas ce qu'elle dira.

Laissez-la seule.

Faites ce qu'il dit.

Que se passe-t-il ?

Continuez votre travail.

Tu pars immédiatement ?

Tu ne reviendras jamais.

Mon Dieu, empêche-le et pardonne-lui.

Empêche-le et pardonne-lui.

Va chercher le pain.

Je te donne des sous.

Tiens.

Éliane ?

Éliane ?

Éliane ?

Où est-ce que c'est ?

Par là ?

Restez là.

Allez, venez.

Dis-nous où c'est.

C'est là-bas.

- Bonjour, madame. - Bonjour.

Je cherche... comment ?

- Éliane, monsieur. - Éliane.

- Elle est descendue. - Tu l'as vue ?

Non, monsieur.

Téléphonez pour qu'on fasse cerner l'immeuble.

Mon Dieu...

Qu'est-ce que j'ai fait ?

Sous-titrage : DUNE MK

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