All language subtitles for Johnny.Cash.Redemption.Of.American.Icon.2022.720p.AMZN.WEB-DL.DDP5.1.H.264-FLUX[1]

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Original subtitles

- Ça tourne. - On est dimanche matin.

Bon...

Je vais tâcher de dire quelque chose qui n'a jamais été dit.

"Je chante car je suis heureux, et car je suis libre

"Il guette le passereau, je sais qu'Il veille sur moi"

Notre vécu nous apprend à faire preuve d'humilité.

Je parle des leçons qu'on tire de la douleur, de la souffrance.

1967 Grotte de Nickajack

Dans cette grotte, à Chattanooga,

j'étais plus éloigné de Dieu que jamais.

Un des plus grands noms de la musique, une véritable légende vivante,

M. Johnny Cash !

Bonsoir, je suis Johnny Cash.

Je ne connais pas les sept péchés capitaux,

mais je suis coupable de tous.

J'étais tellement...

sous l'effet des amphétamines

que plus rien n'avait d'importance.

Il n'est pas de lieu où l'on se sente plus seul sur Terre

que loin de Dieu.

Dans cette grotte,

j'ai marché, rampé, escaladé jusqu'à ce que ma lampe s'éteigne.

Mon être tout entier

était à bout.

Je me suis allongé dans l'obscurité.

C'était fini.

Couché, j'attendais la mort...

Johnny Cash était mon héros.

Pour tous, c'était Johnny.

June l'appelait John.

Pour ses parents, c'était J.R.

Je l'appelais comme ça aussi,

J.R.

Certains le considéraient comme un rebelle et d'autres,

comme un saint.

C'est l'histoire qui nous intéresse.

Pour mieux le connaître,

commençons par le commencement.

L'Arkansas, le bout du monde.

Un État rural, sauvage, désert.

La destination de ceux qui avaient tout perdu.

Leurs dernières terres.

Mon père est né en 1932,

dans le sud de l'Arkansas.

Dans cette région, les gens étaient endurcis,

la vie était rude.

En revenant ici,

j'ai des souvenirs doux-amers.

Il y a eu tant d'amour, dans cette maison.

Tant de larmes aussi, et de dur labeur.

Me rappeler tout ça,

c'est à la fois doux et douloureux.

C'est beaucoup d'émotions.

On leur a donné la maison, les terres,

une mule et 15 hectares à cultiver.

Les étés sont difficiles.

Ils n'ont ni climatisation, ni électricité,

ni eau courante.

C'était ça, le quotidien de la famille Cash

à l'époque.

Pendant et après la Grande Dépression.

La vie dans la plantation de coton était difficile,

on travaillait dur.

On ramassait le coton

à l'aide de longs sacs en toile.

Tous les jours. On se couchait exténués.

Chez les Cash, tout le monde travaille. Même la mère, Carrie.

À tout âge,

ils passent souvent 10 heures par jour au champ.

Et ce, jour après jour.

On chantait pour faire passer le temps.

Le soir arrivait vite.

On rentrait à la maison

et ma mère chantait des gospels, assise au piano.

Johnny menait, on se joignait à eux.

On allait se coucher et le lendemain, on recommençait.

C'est comme ça,

en entonnant les chants

du livre de cantiques de sa mère,

avec sa famille aux champs,

qu'il s'est passionné pour la musique.

La Bible dit :

"Instruis l'enfant selon sa voie,

"même devenu vieux il ne s'en écartera pas."

Certes, on pourra toujours en dévier et prendre de mauvaises décisions,

mais la spiritualité guidera notre vie.

Carrie Cash a jeté ces bases-là dans la vie de Johnny Cash.

Sa mère a planté ces germes en lui.

On s'asseyait sur le lino dans la chambre de maman.

Jack lisait la Bible,

Johnny écrivait des chansons et chantait.

On raconte qu'au lit, la nuit, il écoute la radio.

La musique lui permet de s'évader.

J.R. est un rêveur dégourdi.

Mon père disait que je perdais mon temps

à écouter ces vieux disques à la radio.

Je répondais : "Cette musique me plaît."

Il disait que je ne parviendrais pas à gagner ma vie

tant que j'avais cette musique à l'esprit.

Le chef de famille, Ray Cash, a tout de l'agriculteur en difficulté.

Comme bien d'autres enfants débrouillards,

le jeune J.R. entretient avec son père une relation pour le moins difficile.

Il lui faut être à la hauteur de ses attentes.

Son père

croyait parfois en lui,

puis papa le décevait.

À mon avis, quand on a un père peu communicatif,

qui n'exprime pas son affection, ça a des répercussions.

Étrangement, mon père ne m'a jamais frappé.

Il ne nous embrassait jamais non plus.

Il n'a jamais même essayé de nous dire qu'il nous aimait.

Ray ne manifeste aucune affection pour son fils.

Alors, puisqu'il oublie d'être un père aimant,

c'est Jack, le frère de J.R., qui assume ce rôle.

Jack était mon meilleur ami.

Mon plus grand pote. Mon protecteur, mon mentor.

Je l'admirais beaucoup.

Ils étaient inséparables.

Ils allaient se baigner ensemble.

Ils pêchaient, ils travaillaient dur ensemble.

Quand ils se bagarraient, après, ils se prenaient dans les bras.

De véritables frères.

Ils étaient très proches, mais mon père voulait être comme lui.

À Dyess, Jack est l'enfant modèle

que tout le monde voudrait être.

Il allait à l'école, et ensuite,

il gagnait quelques cents en faisant des petits boulots

pour aider à payer les factures.

Il était gentil, doux.

Il lisait sa bible tous les jours, il était très pieux.

Il disait déjà qu'il avait été appelé à prêcher l'Évangile.

C'était la foi de Jack

que mon père admirait.

Jack adorait m'écouter chanter.

Il m'a dit qu'en faire ma vie était ma vocation.

Johnny a dit : "Mon métier sera de chanter, je le sais."

Et Jack a dit : "Je sais que je serai pasteur."

Parlons de l'accident de Jack.

Un samedi matin en 1944, les deux frères se réveillent dans leur lit commun,

comme tous les matins, ignorant que c'est la dernière fois.

Lit des frères Cash

Après l'école et le week-end, Jack travaille dans une scierie,

où il scie des piquets.

Il contribue volontiers de quelques cents aux factures familiales.

Il a déclaré : "Mon instinct me dit de ne pas y aller."

Maman lui a répondu : "N'y va pas, va pêcher avec J.R."

Mon père a supplié Jack de rester avec lui

et d'aller à la pêche : "Allez, viens pêcher."

Il a répondu : "Non, mes trois dollars paieront de quoi manger."

Il a dit à Johnny

qu'il le rejoindrait à la pêche

après le travail.

Chacun est donc parti de son côté

et Jack est allé à la scierie.

Il sciait des piquets de clôture.

Et en poussant les piquets,

il s'est pris dans la scie.

Mon père est arrivé en voiture, avec un pasteur.

Papa avait un sac plein de sang.

Il en a sorti les vêtements de Jack.

Et il m'a montré où la scie l'avait coupé.

Des côtes jusqu'au ventre.

Pour la première fois, j'ai vu mon père pleurer.

Il avait été sectionné du cou jusqu'à l'aine,

et il avait survécu,

bien que grièvement blessé.

Johnny était assis à son chevet, il lui tenait la main.

Jack a regardé papa et a dit : "Papa...

"retrouve-moi au paradis."

Papa s'est agenouillé et l'a confié au Seigneur.

Le médecin l'a imité.

Allongé sur son lit d'hôpital,

Jack entrevoit clairement l'au-delà.

"Maman,

"entends-tu les anges ?

"Les entends-tu chanter ?"

Carrie Cash répond :

"Non, mon fils."

Jack continue : "Ils sont magnifiques.

"Le paradis est merveilleux."

Jack m'appelait Janna.

Il a dit : "Janna, dis-moi au revoir."

J'avais peur.

J'ai dit : "Non, je ne veux pas que tu partes."

J'aurais voulu lui dire adieu,

mais je n'ai pas réussi.

Retrouvez-moi au paradis

Et il nous a quittés pour le paradis.

Mon père a perdu son meilleur ami, ce jour-là.

Ayant moi-même perdu mon fils dans un accident tragique,

je comprends le terrible chagrin

qui vous dévaste tel un raz-de-marée.

Quand on perd quelqu'un,

d'une mort inattendue,

cela a de telles conséquences sur notre vie

que le reste de notre existence n'est autre

qu'un avant ou un après de cet événement traumatisant.

Jack est enterré un dimanche.

Le lendemain, toute la famille est de retour

au champ de coton.

On ne prenait pas de congés.

On n'avait pas le temps de faire son deuil.

Ma mère travaillait derrière nous.

Je la voyais, à genoux.

En larmes, elle disait : "Pourquoi ? Mais pourquoi ?"

La pire journée de sa vie,

à genoux dans la boue,

après avoir enterré son fils.

On l'aidait à se relever, on essayait de la consoler.

Carrie a dit : "Je me relèverai

"quand le Seigneur me le dira."

Voilà ce qui forge J.R.

en grandissant.

En mourant, Jack laisse un vide énorme.

Et J.R. semble plus que jamais déterminé

à faire quelque chose d'important de sa vie.

Comme pour rendre hommage à son héros, son frère Jack.

Dans les moments difficiles, Johnny repensait à ses racines.

Il voulait devenir chanteur de gospel.

J'étais ici avec ma mère et Johnny se tenait debout là-bas,

près de la pompe en fonte.

Soudain, sa voix est devenue grave.

Maman a dit : "Qui chante ainsi ?"

J'ai répondu : "C'est J.R."

Elle l'a fait venir et elle a demandé :

"C'était toi ?"

"Oui, maman. Je veux devenir chanteur."

À ce moment-là, ma mère a posé sa main sur Johnny et a dit :

"Tu as reçu l'appel de Dieu."

Elle l'a emmené voir une professeure de chant.

Elle l'a écouté avec attention.

Et elle lui a dit : "Tu peux t'en aller."

Johnny a dit : "Je suis pas assez bon ?"

La professeure a répondu :

"Tu as un don de Dieu, je n'oserais pas y toucher."

À Dyess, les rêveurs n'ont qu'un objectif : quitter la région.

J.R. va donc imiter de nombreux jeunes hommes du Sud et d'ailleurs.

J'ai intégré l'Air Force.

Faire des études, c'était presque impensable,

pour un simple paysan.

Il interceptait des messages en morse.

Il recueillait les codes ennemis

et les traduisait en anglais

pour que notre armée décide de la suite.

Je crois que c'est pendant ces trois ans

que j'ai commencé

à songer sérieusement à faire carrière dans la musique.

C'était tout ce qui m'intéressait.

J.R. est brièvement posté à San Antonio, au Texas.

C'est là qu'il tombe profondément,

éperdument amoureux d'une jolie fille,

Vivian Liberto.

Ils passent 15 jours ensemble, puis pendant trois ans,

J.R. étant posté en Allemagne,

ils s'écrivent d'innombrables lettres.

Johnny Cash y apparaît fou amoureux.

Son don pour la poésie et les paroles de chansons

s'améliore grâce à ces lettres.

Il s'épanche auprès de Vivian,

qui se confie à lui.

On s'est mariés de suite.

On a trouvé une voiture pas chère

et un vieil appartement dans un quartier délabré de Memphis.

Pour certains, Memphis est la Terre promise.

De l'autre côté du pont surplombant le Mississippi,

cette ville est un autre monde.

Bienvenue à Memphis

La ville est un véritable melting-pot.

Un endroit palpitant où tout est permis,

débordant de créativité,

et d'une grande diversité.

J'ai voulu essayer

de passer à la radio,

mais je devais gagner ma vie en vendant des appareils électroménagers.

Et là, Elvis enregistre un disque pour Sam Phillips

au Sun Studio.

Ce local quelconque, situé au 706 Union Avenue,

devient rapidement emblématique

d'un nouveau style de musique.

J'essayais de joindre Sam Phillips, sans succès.

Un jour,

je me suis présenté, il n'a pas pu me recevoir.

Phillips le décourage.

Johnny appelle, laisse des messages, attend sur le trottoir...

Un matin, je savais à quelle heure il arriverait.

Je suis allé l'attendre avec ma guitare.

Sam arrive au bureau,

et Johnny l'accoste.

"Je suis John Cash, j'ai appelé plusieurs fois.

"Écoutez-moi jouer, vous ne le regretterez pas."

Il m'a dit d'entrer.

Et il s'est mis à chanter

des reprises de gospels.

Sam lui a dit : "Je dois tout à l'Éternel, moi aussi.

"Mais vendre de la musique gospel, c'est impossible.

"Je veux t'entendre, toi,

"avec ta propre voix."

Il m'a dit : "Reviens demain avec des musiciens."

Je suis passé au garage

où travaillait mon frère Roy.

Marshall Grant et Luther Perkins étaient musiciens amateurs, comme papa.

On y est allés le lendemain.

On est arrivés

et il a enregistré tout du long.

La musique qu'il jouait avec les Tennessee Two,

c'était un formidable barouf.

Leur son est unique.

Les gens n'ont jamais rien entendu de tel.

J'avais mis au point un style inhabituel.

Plutôt que chanteur, je me décrirais comme styliste musical.

Ma musique devait être simple et le rester.

Sans fioritures. Je trouvais ça fabuleux.

Papa voulait un batteur dans le groupe, mais il n'avait pas les moyens.

Il a placé un billet de 1 $

sous les cordes de sa guitare.

Ça faisait cette espèce de "boum-tchika-boum".

On a l'impression d'entendre une caisse claire, mais c'est mon père.

Comme ils avaient peu étudié la musique,

Forcément, leur son avait ce côté brut, magnifique.

Je crois que Sam Phillips

a vu en moi une certaine originalité, j'étais différent.

Et c'était ce qui avait fait son succès jusque-là.

Je n'ai jamais abandonné mon rêve de chanter à la radio.

Et ce rêve est devenu réalité en 1955.

J'ai découvert Johnny Cash petite, grâce à mon père.

Johnny Cash a débarqué

et a sorti sa chanson "A Boy Named Sue".

Elle nous a énormément fait rire.

Le grand frère d'un ami m'a fait écouter cette chanson.

Je devais avoir 15 ou 16 ans.

En écoutant ça, j'ai dit : "Ce mec déchire !"

J'écoutais des cartouches 8 pistes

avec mon beau-père.

Merle Haggard, George Jones...

Il avait aussi du Johnny Cash,

j'en ai beaucoup écouté petit.

Je me souviens d'un CD coincé

dans l'autoradio de mon camion au boulot,

après le lycée.

Impossible de mettre la radio,

j'étais obligé d'écouter Johnny Cash en boucle.

Je suis tombé amoureux de sa musique.

Je l'écoutais à la radio étant jeune.

Il devenait connu, développait son style.

C'était un personnage hors du commun.

J'écoutais Johnny Cash.

Personne détestait,

tout le monde disait : "Cool."

Pour tous, Johnny Cash inspirait le respect.

Je l'ai découvert

en 1983, avec des cassettes.

Je me suis sentie submergée,

en écoutant Johnny Cash.

J'ai entendu une voix

que je ne parvenais pas à me sortir de la tête.

Une voix brute,

presque rebelle.

Je me souviens de sa voix

qui sortait des enceintes de mon petit tourne-disque.

J'étais captivé par ce son,

je ne savais pas ce que j'écoutais.

Je savais seulement que je ne pouvais pas m'en défaire.

Un jour, "Hey Porter" et "Cry, Cry, Cry" sont passées à la radio.

Et maman a dit : "C'est J.R.

"J.R. chante à la radio, c'est pas merveilleux ?"

Elle avait les larmes aux yeux.

Et nous aussi.

Trois mois plus tard,

Elvis m'a proposé de partir en tournée.

Dès lors, mon avenir était tracé.

Je le sentais et ça me plaisait.

Il s'est tout de suite retrouvé sur la route.

Sa jeune femme, Vivian, restée à la maison.

Ils voyageaient

dans une grande Cadillac noire.

On ne le laissait pas conduire.

Johnny était le pire des conducteurs, bien que ce soit sa voiture.

Il était passager, on conduisait. C'était comme ça.

On s'amusait beaucoup musicalement,

et ça rapportait gros.

C'était empreint de réalité,

c'était brut.

C'était le Johnny Cash qui a suscité l'engouement du public.

Il y avait les fans de Cash, et ceux qui allaient le devenir.

Ses paroles ressemblaient à une conversation.

Il écrivait comme on parlait.

Il parlait de la vie quotidienne.

Des mots ancrés dans le réel.

J'étais stupéfait en regardant les ventes de disques.

J'ai d'abord cru à du matraquage puis à chaque disque,

je savais que je ferais 250 000 ventes.

C'était de la poésie.

On applaudit Johnny Cash et les Tennessee Two !

Quand Johnny Cash est en tournée avec les Tennessee Two

et qu'ils croisent d'autres groupes,

les musiciens parlent de leurs conquêtes, de leurs amantes.

Et J.R. dit : "Très peu pour moi.

"Moi, je file droit."

"I Walk the Line" est une chanson sur la loyauté, la fidélité,

l'amour qu'il porte à sa femme.

Puisque tu es à moi

Je file droit

Il lui disait que ça ne comptait pas, qu'elles n'étaient que des admiratrices.

Ça s'est révélé faux, mais c'est ce qu'il lui disait.

En voyant l'effet

que la voix de John fait à ses groupies,

Vivian regrette son choix.

Cash se retrouve propulsé dans une vie où il est convoité.

Autrement dit, il acquiert rapidement le statut de superstar.

Elle était femme au foyer.

Elle voulait son mari, sa famille.

Vivian avait vu l'ascension d'Elvis.

Toutes ces filles, la gloire... Elle ne voulait pas de ça.

Elle est restée éprise de Johnny Cash jusqu'à sa mort.

Mais elle avait quatre enfants, et lui était sur la route.

Papa voulait passer à la radio, il n'avait jamais imaginé

devoir voyager au quotidien pendant des années.

Il ne pensait pas qu'il passerait sa vie sur la route.

Il n'a jamais imaginé ou prévu de devenir Johnny Cash.

Mais c'est inévitable.

Comme le dit la chanson

"The Road Goes on Forever", la route est interminable,

sans fin.

Quand on est dans un garage avec ses amis

à répéter des chansons,

on n'imagine pas qu'on va partir 4 ans sur la route

sans faire de pause.

L'ennui y était pour beaucoup. On s'ennuie, en tournée.

On ne vit que pour ces 2 h sur scène.

Le reste, c'est d'un ennui mortel.

Sur la route,

on vit une réalité tout autre.

On est très isolé.

Ce n'est pas une vie normale.

Il n'y a rien de normal dans le show-business.

Deux, trois concerts par soir.

Puis des centaines de kilomètres parcourus de nuit, sur des routes dangereuses.

Et le lendemain soir, on remet ça.

6 000 spectateurs

attendent que vous chantiez.

Au bout d'un moment,

on voudrait ne plus rien ressentir, alors on boit.

Ou on se défonce, ou bien on se trouve des femmes.

On fait tout pour arrêter de ressentir ce qu'on ressent,

et pour le ressentir à nouveau.

Semaine après semaine, des centaines de concerts par an,

et la route l'emporte.

Johnny Cash !

Un musicien lui glisse un comprimé et dit : "Ça t'aidera à tenir."

Johnny l'a avalé et a pensé : "C'est un cadeau du ciel !"

Personne ne voyait les amphétamines comme un problème.

Pauvre George...

Son mal de tête n'en finit pas.

Vous êtes comme ça au réveil ?

Comment maigrir ?

En dévorant ou en s'affamant ?

Les médecins prescrivaient ces comprimés par milliards.

À des femmes au foyer,

à des étudiants,

aux personnes désireuses de perdre du poids.

On les conseillait aux routiers, pour tenir le coup.

On prenait ça comme n'importe quel médicament.

On n'y voyait aucun mal.

Personne n'y réfléchissait plus que ça.

"Si on nous le prescrit, c'est forcément bon !"

Il ne sniffe pas de cocaïne, ne se pique pas à l'héroïne.

Il prend des comprimés sur ordonnance

que les médecins qualifient de médicaments.

Quand on fait autant de concerts par an,

on se sent tiraillé.

Au bout d'un moment, on a besoin d'un coup de pouce.

On se dit : "Je vais prendre un tranquillisant pour dormir.

"Et du speed, pour me réveiller."

Et on commence à jouer avec le feu.

Deux comprimés marcheront encore mieux qu'un.

Mais quand on en a pris cinq, dix, il faut trouver le moyen de ralentir.

J'étais comme tout le monde.

Je me droguais pour me réveiller, pour dormir et me sentir mieux.

Et rapidement,

on avale des cachetons comme on mange des bonbons.

C'est un cercle vicieux.

J'ai pris ces pilules un certain temps, puis elles ont pris le contrôle sur moi.

La descente aux enfers commence,

on perd le contrôle.

Sous l'effet des comprimés,

on se sent capable de tout.

Mais quand on redescend,

on se sent plus mal que jamais.

Quand je me suis mis à boire de la bière aussi,

j'en buvais quatre ou cinq par soir.

Puis je suis passé à 12 bières, puis 14.

Parfois, je ne me rendais pas compte de mon état.

Sur scène, j'étais une véritable épave.

La drogue lui fait oublier que les gens comptent sur lui.

Annulé

Des milliers de dollars dépensés par l'imprésario

étaient en jeu s'il ne venait pas,

et c'est arrivé plusieurs fois.

Les Statler Brothers faisaient partie du groupe.

Il les a emmenés en Californie, où il a retrouvé Vivian et ses filles.

Il est sorti acheter des cigarettes

et quatre jours plus tard, il n'était toujours pas rentré.

À l'Olympia,

à Paris, au lieu de jouer,

il est parti faire la fête avec Joan Baez et Bob Dylan.

2 000 personnes attendaient Johnny Cash et il n'est jamais venu.

Un tas de gens ont perdu de l'argent, et lui semblait perdu.

Il n'était plus que l'ombre de lui-même.

Son ambition de devenir chanteur de gospel

était très loin.

J'étais assez tête en l'air, à cette période.

Ça a une incidence sur tout, quand on prend des psychotropes.

Plus rien ne va, dans votre vie.

Pendant ce temps, sa santé se détériore.

Il perd tant de poids qu'il en devient squelettique.

Il disparaît du hit-parade.

Le désespoir commence à l'envahir.

Et là, tout part en sucette sans qu'on s'en rende compte.

Son couple, sa famille et tout le reste.

Le couple de J.R. et Vivian bat de l'aile.

Je pense que Johnny a changé...

de façon visible, et le grand chambardement,

ça a été son coup de foudre pour June Carter.

Elle a intégré la tournée et a fait toutes les dates avec nous.

Tout a commencé quand on l'a conduite d'Oklahoma City à Dallas.

June n'avait personne pour l'emmener, et Marshall Grant lui a dit :

"June, on est déjà six personnes à bord."

Johnny a dit : "Pour 3 h, je propose mes genoux !

Ça a commencé comme ça.

June est déjà mariée,

comme lui.

Tous deux décriront leur amour

comme une passion irrépressible.

Il n'y a pas de quoi être fier,

et il ne l'est pas.

Ça l'a poussé à prendre plus d'amphétamines.

Tout ça l'anéantissait.

J.R. affirme qu'il va arrêter de prendre ces pilules

et retrouver ses esprits.

Quand il rentre chez lui,

les dégâts que causent la célébrité et la drogue à sa famille

apparaissent évidents.

Dans ces moments-là, la culpabilité le ronge.

Et le seul moyen

d'atténuer celle-ci est d'avaler un autre comprimé.

J.R. aime sincèrement Vivian,

et June.

Son cœur se déchire

entre elles deux.

Il est incapable de se décider.

La situation est pour le moins explosive.

C'est quelque chose de très difficile à accepter.

Il n'y arrivait pas.

Face à cette situation,

June s'est assise

et a écrit "Love's Ring Of Fire".

En l'entendant, Cash dit : "Elle parle de moi."

Et papa a voulu l'enregistrer.

L'amour est un brasier ardent

Qui forme un anneau brûlant

Désormais, en plus de la stabilité de "I Walk the Line",

J.R. a en lui la flamme, la passion,

la force à l'état brut de "Ring of Fire".

Et il ne fait pas que le chanter, il le vit au quotidien.

Je suis tombé dans un cercle de feu

J'ai sombré en son fond

Les flammes toujours plus hautes

Le dilemme qui l'obsède ne fait qu'augmenter son désespoir.

À peine deux mois plus tard, "Ring of Fire" est numéro un mondial

et consolide sa place dans la musique country.

Cette chanson le lie également pour l'éternité à June Carter.

June et lui

ont continué leur tournée de folie

au milieu des années 60.

Tandis qu'il faisait tout son possible

pour essayer de se raccrocher à la stabilité que lui procurait Vivian.

Dans les années 60,

les ravages de l'addiction ont mis son couple à rude épreuve

et l'ont empêché de voir ses enfants.

La situation familiale de Johnny était

pour le moins en péril.

C'était donc extrêmement difficile quand il rentrait chez lui en Californie.

Et un jour, en 1965, Johnny n'est pas rentré.

En 1965, après une longue tournée,

J.R. est censé rentrer chez lui.

Au lieu de cela,

il descend à l'aéroport d'El Paso, au Texas.

Vivian m'a appelé : "Où est Johnny ? Il devait rentrer hier."

Il décide de passer la frontière et d'aller au Mexique.

Il trouve un dealeur

et achète plus de 1 100 comprimés d'amphétamines.

Il ignore alors

que ce dealeur est surveillé.

Lorsque les policiers aperçoivent Johnny Cash,

ils le suivent discrètement jusqu'à l'aéroport.

Ils ouvrent l'étui à guitare

et y trouvent la drogue.

Le douanier lui a dit :

"Sortez ces comprimés ou on détruit votre guitare."

Johnny les a sortis et a été arrêté.

Ça a été dur. On en a souffert.

Pas parce que ça nous ennuyait, on avait surtout de la peine pour lui

parce qu'on savait qu'il était

en pleine descente aux enfers.

Tous les jours, on priait pour que Dieu ne l'emporte pas.

La drogue, l'immoralité, ses mauvaises décisions,

tout le rattrapait.

Johnny Cash avait un comportement très autodestructeur.

Quand on est comme ça, soit on parvient à s'en sortir,

à voir le bout du tunnel, soit on en meurt.

On était tous jeunes et fous.

Vous étiez fou ?

Aussi fou qu'on puisse l'être.

Complètement fou.

Plusieurs fois dans sa vie,

il a failli mourir.

Et ce serait arrivé par stupidité.

Des accidents... Son véhicule a pris feu en Californie,

et l'incendie a ravagé des hectares de forêt.

Il a fait beaucoup de bêtises

sous l'emprise de la drogue.

Le Grand Ole Opry vous a exclu.

Je ne sais pas s'ils voulaient vraiment de moi,

mais quand j'ai cassé les lumières sur scène...

ils ont refusé que je rejoue là-bas.

C'était dur d'être témoins de ça.

On ne peut aider un drogué que s'il veut se faire aider,

et ce n'était pas son cas.

On ne pouvait même pas en discuter, c'était impossible.

Le problème,

quand on est toxicomane ou alcoolique,

c'est qu'on est très égoïste.

On ne pense qu'à soi et à ce qu'on ressent à ce moment-là.

C'était tout ce qui m'importait. Ce que je ressentais, ce que je voulais.

On l'a vu au plus bas.

On ne savait pas s'il allait être capable d'assurer le concert du lendemain,

ou même de poursuivre sa carrière.

Tout ça devait énormément lui peser.

D'un côté, il triomphait, et de l'autre, c'était l'enfer.

On imagine un démon sur une épaule et un ange sur l'autre, c'était le cas !

On a tous une part d'ombre.

Chacun a du bon et du mauvais.

On essaie toujours de cultiver ce qu'il y a de bon en nous.

Ce qui prend le plus de place l'emporte.

Ce qui fait que c'était plus évident chez Johnny,

c'est qu'il essayait de bien faire, mais il ne se cachait de rien.

Il était deux personnes à la fois, c'était le premier à le dire :

"Johnny est un type bien,

"mais Cash s'attire des ennuis."

John R. Cash touche le fond en octobre 1967.

Chattanooga, Tennessee

Il était épuisé par l'addiction.

Ma mère refusait de lui parler,

de passer du temps avec lui.

Vu son état,

elle n'avait pas eu le choix et avait coupé les ponts.

Il était à Chattanooga, dans le Tennessee, quand son avocat a appelé

pour lui dire que leur divorce

avait été prononcé.

Vivian s'est remariée une semaine plus tard.

Il était fou de désespoir.

Sa vie semble brisée.

Les ravages de l'addiction se ressentent sur sa carrière,

son corps et sa famille.

Il n'a plus de contact avec ses enfants.

Il possédait des terres dans ce coin.

Et sur celles-ci, il y avait la grotte de Nickajack.

Mon père sombrait de plus en plus dans la dépression.

Le tourment lui assaille l'esprit.

Il était au fond du trou.

Il est parti avec une lampe torche

et comptait ramper dans la grotte jusqu'à ce qu'elle s'éteigne.

Et dans l'obscurité,

allongé sur le sol,

il a renoncé à sa vie, il a renoncé à tout.

J'ai marché, rampé, escaladé jusqu'à ce que ma lampe s'éteigne.

Mon être tout entier était à bout.

Je me suis allongé dans l'obscurité.

C'était fini.

Couché, j'attendais la mort.

Mais il s'est réveillé dans cette grotte

et il a ressenti cette solitude, ce vide.

Et il a compris

où il en était arrivé.

Et j'ai eu la vive impression...

qu'Il voulait s'adresser à mon cœur.

"Tu n'es pas maître de ton destin.

"Ma volonté est que tu restes en vie."

Dieu lui a dit : "Je n'en ai pas fini avec toi.

"Je vais te montrer la sortie, suis-Moi."

Après ça, j'ai ressenti le besoin de me lever,

de ramper.

J'ignore combien de temps j'ai rampé.

Johnny a dit qu'une espèce de lumière

l'avait guidé

vers l'entrée de la grotte.

Il a rampé sur le sol des heures durant. Sans lampe, sans rien.

Et enfin, j'ai senti le vent.

Puis j'ai aperçu de la lumière,

l'entrée de la grotte.

La main de Dieu m'avait guidé.

Il a été confronté à lui-même,

à ses tentations, à son expérience.

Et l'amour de Dieu

l'a ramené.

Il est sorti de la grotte de Nickajack vivant.

Tout s'éclaire. Dieu lui a accordé Sa grâce.

Une fois sorti, il tenait à faire pénitence.

Il ne serait pas parfait, mais il voulait être en règle avec Dieu.

Je perdais ma voix, j'avais arrêté de composer.

Le cœur n'y était plus.

Et je me suis rendu compte

que Dieu ne voulait pas que je mène cette vie-là.

Il a eu besoin de faire face à l'obscurité pour voir la lumière.

Et quand il est ressorti, c'était un autre homme.

Et quand il a enfin arrêté ce qui lui faisait tant de mal,

ce qui lui a permis de tenir,

c'était sa foi en Dieu tout-puissant.

Dans la grotte, Dieu lui a demandé : "Que fais-tu ici ?"

Ça me fait penser à la Bible,

à une expérience semblable vécue par le prophète Élie.

Ce prophète du Seigneur est déprimé, découragé.

Il entre dans une grotte, et Dieu lui demande :

"Que fais-tu ici ?"

En sortant, Johnny était un homme changé.

Il était désormais pourvu d'une mission.

Le succès, la fête, l'argent, la célébrité...

Tout ça n'était plus réel.

Il a peu à peu compris ce qui l'était.

On l'a vu au plus bas.

Mais à ce moment-là, il s'est rappelé que Dieu était de son côté.

Jésus ne dit pas : "Change et viens Me voir ensuite."

Il dit plutôt :

"Viens Me voir et Je te changerai."

Au bord du gouffre, il a choisi de se relever.

Il y a toujours une lumière.

Si l'on tient le coup assez longtemps, on sortira du tunnel.

Voilà ce que Johnny Cash a fait.

Je suis revenu de la grotte Nickajack, et June m'a dit :

"Tu vas mourir,

"si tu n'arrêtes pas les amphétamines et les somnifères."

J'ai répondu : "Je sais."

Elle a dit : "Voilà ce que je vais faire. Je veux te sauver la vie.

"Je t'attendrai ici chaque après-midi.

"Comme ça, tu tiendras,

"tu auras hâte de me voir et on en viendra à bout."

Quand il a demandé de l'aide, ma mère a répondu présente.

J'étais en train de me détruire.

Elle le voyait bien, et elle m'a aidé à reprendre le dessus.

Je pensais qu'il allait mourir. Il n'avait plus que la peau sur les os.

Je l'ai aidé.

Quelque chose en moi m'empêchait d'abandonner.

Il se désintoxiquait, et June était là.

Je la vois lui dire : "Tu vas avoir affaire à moi."

C'est peut-être vieux jeu, c'est peut-être vache.

On fait ça par amour.

C'est sans contredit,

June Carter a sauvé la vie de Johnny Cash.

Elle l'a aidé à se sevrer, et elle l'a épaulé.

June, ses parents, ma famille et tous mes amis dormaient en bas,

dans des sacs de couchage, et ça m'a aidé à tenir.

Ils priaient ensemble, et le Seigneur l'a aidé

à surmonter ça.

C'est l'esprit de l'amour de Dieu

qui m'a permis de survivre.

Mieux que ça, de continuer à vivre.

Mon père a alors décidé

de se rapprocher de Dieu.

Le Seigneur l'attirait à nouveau vers Lui.

Il reprenait le chemin de Dieu.

Joanne a donc invité son frère à l'église.

Le Christ avait changé sa vie, dans cette église.

Elle voulait que cela arrive aussi à son frère.

Je le voyais qui buvait les paroles du pasteur.

Après mon sermon, ce matin-là, j'ai lancé un appel :

"Si vous souhaitez trouver le Christ,

"faire amende honorable auprès du Seigneur,

"levez la main."

Sa main s'est levée.

Johnny s'est avancé et a déclaré devant toute l'assemblée

qu'il allait suivre les traces de Jésus-Christ.

Devant tous,

on déclare : "Je crois en Dieu, peu m'importe qui le sait.

"Je veux même que ça se sache."

Ensuite,

celui qui veut suivre le Christ récite parfois la prière du pécheur.

Quelque chose comme ça :

"Seigneur Jésus, je sais que j'ai péché.

"Mais je sais que Tu es mort pour mes péchés

"et que Tu es ressuscité.

"Pardonne-moi mes péchés.

"Je m'en détourne et je choisis de Te suivre,

"à partir de maintenant."

Johnny a récité cette prière

et cela a changé sa vie

pour l'éternité.

La bonne nouvelle,

c'est que quiconque peut réciter cette prière

et connaître le même espoir que Johnny Cash.

Johnny, June et les filles étaient près de l'autel.

Johnny m'a dit : "Il est temps que j'aide ma famille à retrouver Jésus."

Il a pleuré toutes les larmes de son corps devant l'autel.

Ils pleuraient tous, sans exception.

Et quand ils ont ouvert leur cœur au Seigneur, tout a changé.

Il est venu nous voir en disant : "Ça a été difficile,

"j'en suis conscient.

"Mais je vais me reprendre en main."

À partir de là, il a consacré sa vie à un tas de choses

et il a redoublé d'efforts

pour prêcher la bonne parole.

C'est un bâtiment terrifiant, très imposant.

On y est entrés ce matin-là,

les portes métalliques se refermant derrière nous.

La douleur

et la détresse me poussent à compatir,

à me soucier et à me préoccuper

de mes semblables.

Johnny Cash s'est trouvé une nouvelle vocation.

Il souhaite que sa musique soit utile, et sa vie plus encore.

Son pasteur, Floyd Gressett, lui propose d'aller jouer dans une prison.

Il allait prêcher là-bas le dernier dimanche du mois.

Il connaissait la direction.

C'est lui qui a organisé ce concert dans la prison.

À Folsom, Cash ne veut pas faire un concert comme les autres.

Il veut toucher le cœur de ces hommes, et en faire un enregistrement.

J'étais certain qu'enregistrer un concert en prison

ferait un formidable album.

Avec June Carter, les Statler Brothers

et Carl Perkins, il se rend à la prison de Folsom.

Nous souhaitons continuer ce spectacle

et vous présenter celui que vous êtes venus voir.

Il a beaucoup de choses en commun avec vous,

voici Johnny Cash !

J'entends le train

Le voilà qui prend le virage

Et moi, ça fait une paye que je n'ai pas vu le soleil

Je suis en taule à Folsom

Et ça n'en finit pas...

J.R. comprend ceux qui sont dans une mauvaise passe.

Il sait bien

que certains sont là pour des problèmes qu'il a lui-même connus.

Il veut enregistrer ce qu'ils ressentent

et leur montrer qu'il se soucie d'eux.

On ressentait du désespoir, de l'altruisme et une part d'ombre.

Tout ça était présent dans le personnage de sa chanson.

Beaucoup sont ravis de donner de l'argent aux laissés-pour-compte, sans les côtoyer.

Johnny, lui, a décidé de passer du temps avec eux.

Il ne faisait pas de discrimination. Il a chanté pour des détenus en prison.

Et à mon avis, c'est là qu'il était le plus à l'aise.

Les réactions que j'ai eues dépassaient tout

ce que j'avais pu connaître.

C'était un véritable tonnerre d'applaudissements

après chaque chanson.

Ils ont dû

se reconnaître en moi, j'imagine.

Les détenus ont dit : "Johnny Cash, on peut lui faire confiance."

On les voit qui boivent ses paroles,

et on aperçoit de l'espoir dans leurs yeux,

une certaine vulnérabilité.

À leurs yeux, il était comme eux.

Et à bien des égards, c'était le cas.

Il avait surmonté des épreuves

que beaucoup de ces détenus traversaient.

Ils ont vu sa bonté, ils ont vu son authenticité.

Et ils ont été témoins de sa foi.

Il se sentait proche d'eux,

vu ce qu'il avait traversé.

Dieu le guidait sans cesse

et il y voyait une source d'espoir.

C'était presque comme s'il avait trouvé sa propre paroisse.

C'est sans filtre, il n'y a que Johnny.

Avec ses tripes et sa gloire.

Il enregistre Folsom en janvier et ça suscite à nouveau l'ambivalence.

Est-ce un album commercial ? Est-ce qu'il va se vendre ?

Bon... En mars, il épouse June.

Leur amour est en grande partie ce qui les a sauvés tous les deux.

Ma mère a su voir la gentillesse de mon père,

celui qu'il était à l'intérieur.

Elle le connaissait mieux que lui-même

parce qu'elle l'avait vu traverser tout ça.

Ils ont terminé leur tournée,

puis en mai,

ils sont partis en lune de miel

sur la Terre sainte.

Il a déclaré à Columbia Records qu'il voulait enregistrer un album

sur place.

La maison de disques a refusé. Il a dit : "Très bien."

Il a pris un micro baladeur et June et lui sont partis.

Ils ont visité ces lieux saints.

À son retour,

At Folsom Prison était numéro un aux États-Unis.

Il était roi.

Johnny Cash vend plus de six millions d'albums,

rien qu'en 1969.

Il dépasse les Beatles, Elvis Presley, les Rolling Stones,

Jimi Hendrix, Janis Joplin,

Led Zeppelin et tous les autres groupes du monde.

Et de très loin.

Il a dit : "Je serai la plus grande star de la country."

Et après cette déclaration, c'est arrivé.

L'album de l'année est... At Folsom Prison.

Là, Columbia était plus que partant pour produire son prochain album.

Tout ce qu'il voulait.

Et il a sorti The Holy Land.

Son album s'est retrouvé parmi les dix meilleurs,

avec un single numéro un.

Tout ça avec un album gospel !

C'était du jamais vu.

Johnny a redéfini ses priorités.

Il a retrouvé la foi, celle de son frère Jack.

Et il fait à nouveau passer Jésus-Christ avant tout le reste.

Après At Folsom Prison,

la chaîne ABC lui propose une émission estivale.

Je suis Johnny Cash.

Ravi de vous voir, David.

Comme tout ce qu'il a fait dans sa carrière,

Johnny Cash revisite complètement le concept de l'émission de variétés.

Il demande à filmer au Ryman,

le temple de la musique country,

qui accueille le Grand Ole Opry.

Là où il a rencontré June Carter.

L'émission a eu l'effet d'un tremplin.

Pour John et son émission, et pour un tas d'artistes.

Joni Mitchell,

Bob Dylan, Eric Clapton,

et les sommités de la musique country

et gospel.

En réalité,

plus de 70 artistes

qui sont passés dans le Johnny Cash Show

figurent désormais au Rock and Roll Hall of Fame

ou au Country Music Hall of Fame.

Mais ce qui met la direction d'ABC hors de ses gonds,

c'est que John R. Cash refuse de se tenir

au concept très formaté de l'émission.

Au départ, il apparaît plutôt timide.

On lui dit où se placer, quoi chanter, quoi dire.

Ils étaient toujours sur son dos, on lui disait :

"Ne fais pas ça, ne chante pas cette chanson,

"ne prononce pas ce mot."

Et il faisait tout ce qu'on lui disait de ne pas faire.

J'avais 17 ans

et je suis rentré à la maison en fredonnant...

Tout le monde connaîtra la religion et la gloire

J'avais toujours eu une voix de ténor aigu.

J'ignorais que j'avais mué.

Ma mère s'est retournée : "Mais qui chante comme ça ?"

J'ai dit : "Moi."

Elle a répondu : "Ne t'arrête pas." Et j'ai obéi.

Sa foi était très présente, dans cette émission.

Parce que c'étaient ses racines.

Il a fait une émission entière sur le gospel.

Il veut que sa vie serve à autrui.

Il a des messages

à transmettre.

C'est dans ces moments-là que sa foi l'anime.

Pendant que Johnny chante, ici même, à l'auditorium Ryman,

il demande à Billy Graham de lire un texte sacré... Il faut oser !

Tout le monde connaîtra la religion et la gloire

Tout le monde racontera cette histoire

Tout le monde s'amusera...

Un jour, Johnny a déclaré à la chaîne :

"Si vous ne voulez pas qu'on parle de Dieu, de patrie,

"de religion et de famille, alors vous ne voulez pas de moi.

"Tout ça, c'est mon identité."

Chez ABC, ils étaient tous horrifiés.

"Mais qu'est-ce qu'il fabrique ?

"Ça intéresse personne."

Il voulait clore l'émission avec un gospel.

Ils lui ont dit : "Tu es sûr ?" Et il a insisté.

Il le faisait, il tapait du poing sur la table.

J'ai le souvenir

d'une émission où je voulais chanter "I'd Rather Have Jesus".

La chaîne a refusé.

Johnny a répondu : "Si c'est non,

"on annule tout."

Il n'aimait pas qu'on lui interdise quelque chose,

qu'on dise que ça ne marcherait pas.

Il s'évertuait alors à prouver le contraire.

Et il le faisait.

Ces derniers temps,

on a dû échauffer les oreilles du diable.

Dans notre émission,

on parle souvent de Dieu,

de Jésus.

Mais je me tiens prêt.

Et en l'attendant,

permettez-moi d'assurer une victoire de plus

à mon idole.

C'est dans l'émission qu'il a présenté "Man In Black".

Vous vous demandez pourquoi je m'habille toujours en noir

Un jour, un journaliste lui dit : "Parlez-moi de votre garde-robe."

J.R. répond : "Il y fait très sombre."

Le noir est bien plus que la couleur de ses vêtements.

Pour lui, il représente quelque chose, raconte une histoire.

Je m'habille en noir pour les pauvres et les mal-aimés

Ceux qui ont faim dans les quartiers déshérités

En entendant ça, j'ai dit :

"À partir de maintenant, il sera l'homme en noir."

Pour le prisonnier enfermé, victime de son époque

Ce jour-là, Johnny Cash s'adressait à des étudiants du Tennessee.

Pour ceux qui n'ont jamais écouté les paroles de Jésus

"Voilà ce que je veux qu'on sache sur moi."

Je m'habille en noir à cause de lui.

Sa présence m'a captivée.

Il y a des gens qui ont ce truc en plus, c'est son cas.

Les gens voient toujours en Johnny Cash

le messager de ceux qui n'avaient pas de voix.

Il défendait ce à quoi personne ne semblait s'intéresser

ou ce que personne n'était assez puissant pour défendre.

Avec "Man in Black", il a pris la décision

d'enfiler ce costume et de le porter jusqu'à la fin de sa carrière,

et il a fait face aux ténèbres :

"Je vous affronterai, porterai votre couleur

"et je gagnerai."

C'est comme ça qu'on se souvient de lui.

On le revoit sur scène faire sa profession de foi,

parler du Seigneur et des opprimés.

Johnny voulait qu'on sache en quoi il croyait et pourquoi.

Il n'éprouvait pas la moindre gêne vis-à-vis de sa foi en Jésus-Christ.

Il voulait la transmettre.

Son émission télévisée

aurait sans doute continué s'il avait moins lutté contre ABC.

Le Johnny Cash Show fait un carton.

Cash prévoit de partir filmer en Israël,

mais ABC décide d'annuler son émission

avant que cela ne se concrétise.

Quand j'ai professé

ma foi en Jésus-Christ à la télévision et à mes concerts,

ça a déplu à beaucoup de gens.

Vous savez, pour vivre sa foi chrétienne,

il faut vouloir accepter de renoncer au profane.

C'est ce que j'ai fait.

Il décide de sortir son portefeuille pour la bonne cause

et de se débrouiller.

Il dépense 500 000 dollars

pour tourner son film, The Gospel Road.

Suivez-moi sur les traces de Jésus.

Johnny était un habitué du grand écran.

Il a joué dans des dizaines de séries et de films.

Mais ce qu'il voulait, c'était faire un film sur Jésus-Christ.

Jésus a été beaucoup critiqué

pour avoir fréquenté des gens

aux mœurs douteuses.

"Il dîne avec des collecteurs d'impôts et des pécheurs", ont-ils dit.

Et Jésus a répondu :

"Ce sont les malades qui ont besoin d'un médecin,

"pas les bien portants."

John est venu me voir un matin,

tôt, parce qu'on tournait au lever du soleil.

Et il m'a dit : "Je veux me faire baptiser."

J'ai baptisé Johnny Cash

et sa femme dans le Jourdain.

Ce fut un des plus beaux moments de ma vie.

La Bible compare le baptême à un enterrement.

Des funérailles joyeuses.

L'ancienne version de vous

plonge dans l'eau, et la nouvelle en ressort.

Le baptême est l'expression de ce qui se passe à l'intérieur.

Une fois Johnny Cash immergé,

c'est un nouvel homme qui est sorti de l'eau.

Il s'est engagé à avoir la foi,

à étudier les Saintes Écritures

et à transmettre l'histoire de Jésus.

Il s'est efforcé de partager sa foi avec le reste du monde.

C'était la preuve de son engagement,

il a vécu sa foi et agi selon ses croyances.

J.R. déclare, je cite :

"Ma maison de disques préférerait me voir en prison qu'à l'église."

À bien des égards, c'est vrai. Le Johnny Cash rebelle est plus vendeur.

Les gens voient en ses problèmes et sa volonté de ne rien cacher

quelque chose de grisant.

Mais Johnny Cash a toujours été un rebelle.

Dans sa jeunesse,

sa rébellion l'a éloigné de sa famille et de sa foi.

Désormais, son esprit rebelle

le ramène à Dieu.

Son film n'a pas eu de succès.

Il s'est avéré être un véritable gouffre,

et Johnny Cash a évité la faillite de peu.

Mais son ami Billy Graham

s'est servi de sa notoriété pour faire découvrir le film.

The Gospel Road est l'œuvre de mon ami Johnny Cash

et de sa charmante femme June.

Ils y ont mis tout leur cœur car eux aussi

souhaitaient prêcher la bonne parole.

Sans vos prières et votre soutien,

nous serions incapables de continuer...

Nous devons rappeler à l'Église

que l'Évangile de jadis est pertinent pour les jeunes générations.

Billy Graham, le plus célèbre des prédicateurs évangélistes,

avait un fils prodigue, Franklin.

Franklin était assez brut de décoffrage,

et Billy avait du mal à se sentir proche de lui.

Puis un jour, il a remarqué que son fils écoutait du Johnny Cash.

Mon père essayait de trouver un moyen

de se rapprocher de moi.

Il s'est dit que rencontrer Cash m'impressionnerait.

On s'est rencontrés en 1969, je crois.

On a dîné chez Johnny Cash,

et ça a eu l'effet escompté.

Au départ,

Billy a souhaité le rencontrer pour tisser des liens avec son fils,

et une grande amitié est née entre Billy et Johnny.

Johnny avait besoin de quelqu'un dans sa vie

qui lui servirait de guide spirituel.

Mon père était très à l'aise avec lui

et Johnny l'était aussi avec mon père.

Ils avaient grandi à la ferme,

tous les deux dans la pauvreté.

Ils avaient donc

beaucoup en commun.

Ils avaient grandi dans le Sud,

en respectant leurs anciens et en écoutant la même musique.

Ils s'appelaient souvent,

ils partaient en vacances et étudiaient la Bible ensemble.

Ils étaient extrêmement proches.

Meilleurs amis.

Ensemble, ils pouvaient...

vraiment être eux-mêmes.

John n'avait pas à chanter

et Billy, pas à prêcher.

Il vous prêche l'Évangile ?

À moi ? Non.

On discute de la vie,

de tout ce qui nous arrive.

Il me conseille volontiers en matière de religion si je le souhaite.

Cependant,

ce n'est pas ce genre de personne.

Il est très humain,

très humble.

Billy est un vrai modèle pour moi.

Et j'ai souvent pu compter sur son amitié au fil des ans.

Billy Graham était d'une certaine manière

le frère que Johnny avait perdu.

Johnny pouvait se confier à lui, lui poser des questions.

Billy aimait Johnny sans porter de jugement sur lui,

et il le guidait en matière de spiritualité

comme aurait pu le faire Jack vivant.

Leur amitié était très précieuse,

et elle a permis à Johnny de se rapprocher du Seigneur.

Un jour, Johnny lui a dit :

"Si je peux me rendre utile, n'hésite pas."

Et Billy a répondu : "J'organise une de mes croisades,

"tu viendrais chanter ?"

Johnny a tout de suite été partant.

John était comme ça.

Pour ses amis, il répondait présent,

toujours.

Peu lui importait sa carrière ou le reste.

Il disait : "Mon ami a besoin de moi,

"je fonce."

L'industrie du disque pouvait bien dénigrer son amitié avec Billy Graham.

L'Évangile, c'était le plus important pour lui.

Je suis fier, ravi, honoré et flatté

de vous présenter mon très bon ami, qui partage mon amour du Christ,

Johnny Cash.

Je consacre beaucoup de temps aux toxicomanes et aux alcooliques.

Et il n'y a que quand on a vécu ça

que l'on peut éprouver l'amour et la compassion qu'ils méritent.

J'aime les toxicomanes

et j'aime les alcooliques.

Si quelqu'un qui se sent perdu et seul

dans un lit souillé, dans une pièce obscure,

aperçoit en moi la lumière du Christ,

cela me suffit.

Johnny a aidé mon père à prêcher l'Évangile.

Les gens venaient pour mon père, mais quand Cash a été convié,

ça leur a permis d'inviter des amis qui ne seraient sans doute pas venus.

Le genre de personne que mon père voulait évangéliser.

Cela fait presque huit ans

que nous avons réaffirmé notre engagement envers Jésus.

Au cas où quelqu'un en douterait,

je suis chrétien et j'en suis extrêmement fier.

Johnny a participé à 30 des croisades de mon père.

Je suis allé voir Billy

pour en savoir plus sur leur grande amitié, et il m'a dit :

"Notre amour commun du Christ a fait de nous des frères."

Je ne l'oublierai jamais, c'était dit avec simplicité,

mais c'était d'une grande justesse.

J.R. ne dit à aucun moment qu'il renonce au monde profane.

Le grand Billy Graham le lui a déconseillé.

Au contraire, Billy Graham lui a dit : "Ta place est justement là.

"Tu dois t'adresser au reste du monde."

Il était prêt à tout pour Jésus.

Il voulait faire œuvre durable pour Dieu, et comme c'était John,

il fallait le faire tout de suite.

Il était comme ça.

En 1977, John a été ordonné pasteur.

...et tous les privilèges s'y rattachant.

Merci, M. Hamon. Merci beaucoup.

Imaginez un peu, il devient le révérend Johnny Cash.

Il a été ordonné pasteur de l'Église.

Rien à voir avec l'image que nombre de gens ont de lui.

C'est un privilège d'étudier la parole de Dieu.

Mais j'accepte ce diplôme car il souligne le fait

que j'essaie de m'élever dans Sa parole.

C'est intéressant :

le frère de Johnny, Jack, voulait être pasteur,

et Johnny, chanteur.

Mais Johnny Cash a réalisé le rêve de son frère,

en devenant à la fois pasteur et chanteur.

Il ne renonçait pas à sa carrière.

Mais il va sans dire que sa ferveur

l'a détourné de sa carrière commerciale.

Et il était prêt à la sacrifier.

Je suis artiste professionnel. C'est ma vocation, ça ne fait aucun doute.

Mais j'ai aussi été appelé pour prêcher l'Évangile.

Être artiste, c'est communiquer.

Tout comme un prédicateur se doit de communiquer.

Je le fais à travers l'esprit de mes chansons, de mes paroles.

Au tournant des années 80, John R. Cash a tout pour être aux anges.

À raison, puisqu'il entre au Country Music Hall of Fame.

Mesdames et messieurs, le Hall of Fame accueille M. Johnny Cash.

Mon conseil à tous les jeunes musiciens, artistes et chanteurs :

faites les choses à votre façon, sans vous vendre.

Je souhaite aussi dire à tous les nouveaux artistes

qu'il ne faut pas espérer me voir disparaître de sitôt.

Mon père Ray Cash est dans l'assemblée, et il a 83 ans.

Alors, si Dieu le veut,

j'ai encore 35 années devant moi

à chanter de la country.

À cette période, Ray tombe malade.

Johnny doit se faire à l'idée

que son père va disparaître.

Johnny a toujours cherché l'approbation de son père.

Quand il a commencé à avoir du succès, il emmenait ses parents avec lui.

Il les a emmenés à la Maison-Blanche quand Nixon l'a invité.

Johnny essayait toujours

d'impressionner son père.

Il a déclaré : "Mon père ne m'a jamais dit qu'il m'aimait."

Quand Ray était mourant,

ça a été très difficile pour Johnny.

Quand on écoute Rainbow, son dernier album chez Columbia Records,

on l'entend fatigué.

Et c'est la vérité, il était fatigué.

Autrefois toujours en tête du hit-parade, il en disparaît en quelques années.

Ça fait drôle, pour l'un des artistes les plus vendus au monde.

Johnny a été numéro un très longtemps.

Puis du jour au lendemain,

Columbia Records l'a mis à la porte.

Ça l'a anéanti.

Il s'est senti trahi,

perdu.

C'est comme si on avançait à bord d'un train

et que la voie disparaissait.

Sa maison de disques pendant 28 ans,

dont il a assuré le succès, lui déclare :

"On n'a plus besoin de toi."

Sa foi lui porte préjudice.

Il aurait au contraire pu choisir de la garder secrète.

Mais il pense que les gens ont besoin de ça.

Besoin de quelqu'un qui a mené une vie comme la sienne.

Une vie faite de confusion et d'épreuves.

Pendant une période, il s'est senti très déçu, perdu.

Les critiques lui ont tourné le dos.

Cette situation ne lui convenait pas.

Ses concerts attirent moins de monde.

Ses chansons ne passent plus à la radio.

Ça a été une expérience humiliante.

Auditionner devant des petits jeunes

alors qu'il était au Country Music Hall of Fame

depuis six ans !

C'était comme s'il se retrouvait face aux producteurs de son émission,

qui ne le comprenaient pas et n'avaient pas envie de le comprendre.

Tout ce qu'ils voulaient, c'était un produit.

Produire le prochain album de Johnny Cash.

Alors il a cessé de s'en soucier et a arrêté d'aller au studio.

Il n'avait plus rien à dire.

S'ils ne voulaient pas l'écouter, à quoi bon ?

Il croyait sa carrière terminée.

Lors d'un concert dans le sud de la Californie,

un homme à la barbe fournie vient le voir en coulisses.

Son nom : Rick Rubin.

C'est alors que tout commence.

J'ai eu envie de retourner en studio.

De composer quelque chose à faire écouter à mes fans.

Et au moment où je ressentais ça,

mon manager m'a parlé d'un certain Rick Rubin.

Rick est revenu après le concert

et a dit à mon père :

"Je veux vous aider à écrire ce dont vous avez toujours rêvé.

"On fait ce que vous voulez, cet album sera le plus beau de tous."

"Que ferez-vous de spécial,

"sachant que les autres n'ont pas su vendre mes albums ?"

Il m'a dit : "Je suis pas sûr d'en vendre.

"Mais je voudrais que vous veniez avec moi,

"dans mon salon, avec votre guitare et deux micros.

"Et que vous chantiez

"tout ce que vous avez toujours voulu enregistrer."

J'ai répondu : "J'en suis."

Les dix années suivantes, de 1993 à 2003,

sont pour certains son second avènement.

D'autres diront qu'il s'agit de son 3e voire 4e avènement.

Il a enregistré pour Rick Rubin.

Leur premier album, c'était juste mon père et sa guitare.

Cash était assez doué pour que même seul avec sa guitare,

il vous fasse vibrer.

On entend le récit intime que livrent ses chansons,

on entend la beauté de la voix de mon père.

Si l'interprétation ne me plaisait pas, je continuais de jouer jusqu'à...

ce que mon être, ma guitare et ma voix ne fassent qu'un.

Jusqu'à ce que mon esprit soit satisfait.

Guidé par Rick Rubin,

Johnny Cash retrouve le son qu'il avait à ses débuts.

L'homme, sa voix et sa guitare.

Authentique.

Se reconnaît dans cette authenticité une nouvelle génération

qui n'a jamais entendu parler de lui,

mais aussi une génération de fans de Johnny Cash

qui espérait le revoir briller autant qu'à l'aube de sa carrière.

Mais tandis que John revient sous les projecteurs, June s'éteint.

June a subi une opération de remplacement valvulaire,

mais le lendemain soir,

la prothèse a arrêté de fonctionner.

Ça a été très difficile pour John.

En vieillissant,

on perd beaucoup d'amis.

Et avec chaque décès,

on a l'impression qu'un petit morceau de sa vie disparaît.

Quand ma mère est décédée, papa m'a dit :

"Ta mère était

"le plus grand amour de ma vie."

Tous ceux qui viennent le réconforter se voient davantage réconfortés par lui.

Pour lui, June a bien vécu et est désormais

dans un monde meilleur.

Nous aurons appris de lui jusqu'à son dernier jour sur Terre.

- Vous êtes amer ? - Amer ?

En colère, je veux dire. Vous n'avez que 70 ans.

Pourquoi je ressentirais de l'amertume ? Je suis ravi d'être en vie.

- Pas de regrets ? - Aucun.

Vous n'en voulez pas à Dieu

de vous faire subir ça ?

Je serais bien le dernier à en vouloir à Dieu.

Ça ne l'a pas ébranlé, il n'a pas renoncé à sa foi.

Il a accepté ce que Dieu voulait qu'il endure,

et il l'a enduré.

Ma foi est inébranlable. Je n'en ai jamais voulu à Dieu.

Je n'ai jamais tourné le dos à Dieu.

Je n'ai jamais pensé qu'Il n'existait pas.

Dieu est mon conseiller, Dieu est ma sagesse.

Je Lui dois tout ce qui m'est arrivé de bien.

En faisant le bilan sur votre vie, avez-vous des regrets ?

J'en ai eu, mais je me suis pardonné.

Quand Dieu m'a pardonné, je L'ai imité.

Où va-t-on, après tout ça ?

Où va-t-on ?

Une fois mort, vous voulez dire ?

On espère tous aller au paradis.

J'ai demandé s'il en voulait à quelqu'un et il m'a dit : "Je n'en veux à personne."

"Il y a quelqu'un à qui tu n'as jamais réussi à pardonner ?"

"Non, personne.

"J'ai pardonné à tout le monde et j'espère avoir été pardonné par tous."

Je me suis senti en paix,

de savoir qu'il avait tout résolu.

Qu'il était en règle.

Son dernier triomphe est son chef-d'œuvre intitulé "Hurt".

Un grand moment.

Les gens ont été sous le choc

de le voir aussi frêle, mais en même temps,

il gardait en lui la force

qu'on lui connaissait.

Mais ce qui m'a surtout frappée, c'était son courage,

sa volonté de ne rien dissimuler.

Je me suis fait du mal aujourd'hui

Pour voir si j'éprouvais quoi que ce soit

Au studio, je lui ai dit : "Tu es sûr ?

"C'est loin d'être léger, quand même."

Il m'a répondu : "C'est la vérité."

C'était vrai, c'était ce qu'il ressentait.

On lisait en lui comme dans un livre ouvert.

C'est là que l'art a le plus de force.

Quand il nous frappe

et qu'il faut avaler tout ça, le digérer.

Assez pour comprendre ce qu'on ressent et où on en est.

Il était surexcité, comme un enfant.

Il disait : "Ce sera un hit, les gens vont adorer !"

Personne n'a jamais été prêt à se dévoiler comme lui.

Se mettre à nu ainsi,

à cet âge-là, après une telle carrière,

ça faisait énormément d'un coup.

Et je vous laisserais tout

Mon empire de poussière

C'est tellement sincère,

c'est d'une beauté renversante.

Ça m'émeut rien que d'y penser.

N'importe quel artiste rêve d'un chant du cygne pareil.

Mais il faut bien comprendre

que pour lui, ce n'était pas un chant du cygne.

Ce n'était qu'une description juste

d'où il en était et de ce qu'il avait vécu.

Je resterais le même

Je trouverais

le chemin

Il a toujours été réaliste.

Il a toujours été un artiste en quête de vérité,

et ce jusqu'à la fin.

Johnny m'a demandé mon avis.

J'ai dit : "C'est la plus belle chanson de ta carrière.

"Elle retrace toute ta vie.

"Ce que tu as fait de bien, de mal et de plus moche."

À sa façon, "Hurt" faisait figure de gospel.

Cette chanson transmettait son message, sa vision des choses.

Je crois que quelque chose en lui

s'est dit qu'il devait laisser une trace dans l'esprit des gens.

C'est tout à fait logique

que ce soit la dernière chanson

qu'on garde de lui.

Il a vieilli avec grâce et avec force,

dans sa foi.

C'est pour ça qu'il a tenu aussi longtemps physiquement.

Mais "Hurt" était en quelque sorte le début de la fin.

Il refusait de l'admettre,

mais j'ai vu la lueur ternir dans ses yeux.

La fatigue le gagnait.

Sa famille venait le voir,

et ces visites

avaient un parfum d'au revoir.

Il ne s'attendait pas

à continuer à vivre.

Il m'a demandé d'aller le voir, un jour, près de la fin.

"Assieds-toi, je dois te parler."

J'ai compris que c'était sérieux.

Il m'a dit : "J'ai une question à te poser.

"Si en marchant le long du lac de Tibériade,

"tu apercevais Jésus se dirigeant vers toi

"et qu'Il n'avait qu'une seule chose à te dire,

"qu'est-ce qu'Il te dirait ?"

J'en ai frissonné.

Je n'ai pas su quoi répondre.

"J'espère qu'il dirait qu'Il est heureux

"de me voir faire ce à quoi Il m'a destinée."

Johnny m'a regardée et a déclaré : "Il te dirait de nourrir Ses agneaux."

J'ai dit : "Tu as raison.

"Qu'est-ce qu'Il te dirait, à toi ?"

Il a répondu : "C'est évident, ma chérie."

Le visage inondé de larmes, il a dit :

"Venez à Moi, vous tous qui peinez sous le fardeau,

"et je vous soulagerai car mon joug est facile à porter

"et mon fardeau, léger."

Johnny a porté de nombreux fardeaux dans sa vie.

Le fardeau

de la perte de son frère dans un accident tragique.

Le fardeau de l'échec de son premier mariage.

Celui des mauvais choix qu'il a faits dans sa vie et sa carrière,

de ceux qu'il a blessés.

Mais Jésus lui dit : "Viens à Moi."

Une autre traduction propose :

"Je vous donnerai le repos."

Il me disait : "Je rentre à la maison. Accomplis la mission que Dieu t'a confiée.

"Je rentre à la maison, ne t'en fais pas."

Je suis passé le voir,

je m'apprêtais à partir en tournée.

Je voulais passer le prendre dans mes bras.

J'avais enregistré sa chanson "The Walls of a Prison",

je l'avais apportée.

Je la lui ai fait écouter, assis à ses pieds.

Il a posé la main sur mon épaule : "Excellent, fiston. Tu as tout compris."

Il ne voulait pas discuter longtemps, j'ai fait vite.

Il m'a dit : "Tu veux quelque chose ici ?"

J'ai répondu : "Seulement ton amour." "Tu l'as."

J'allais partir,

il était assis dans son fauteuil roulant, dos à la fenêtre.

Le soleil de fin de journée éclairait la pièce.

J'avais mon appareil photo, je lui ai dit : "J.R...

"Laisse-moi te photographier."

J'ai pris quatre photos, trois où il était avachi.

Je lui ai lancé : "J.R."

Il s'est redressé, comme un président.

Et j'ai obtenu ce cliché.

J'ai enfin demandé : "Tu as le moral ?" "Ça va."

"Tu tiens bon la rampe ?" "Je tiens bon."

"Bon...

"Je reviens dans dix jours."

Je ne pensais pas que ça arriverait à ce moment-là, mais si.

La mort d'une légende à la une : Johnny Cash nous a quittés.

Le monde de la country fait ses adieux à l'homme en noir.

Je rentrais d'un concert

sur la côte Est.

Et à 3h du matin,

quelqu'un a tiré le rideau dans le car et a dit :

"Johnny Cash est mort."

J'ai pleuré tout mon soûl.

La douleur m'a transpercé.

Puis je lui ai fait mes adieux en silence.

Il partait retrouver Jésus.

Oiseau noir

Envole-toi si tu le veux

Oiseau noir

Vers d'autres cieux

Tu devais être hors du commun

Une fois ce nuage d'amour atteint

Quand tu t'es envolé dans l'autre monde

Sous la forme d'une colombe

Oiseau noir

Je sais qu'on le reverra, je le sais.

Je l'espère.

Ça a été une période difficile.

C'est dur. Je peux vivre sans Johnny Cash, mais mon frère me manque.

Il me manque terriblement.

Pour sa tombe, Johnny Cash a choisi les Psaumes, chapitre 19, verset 14.

Il est inscrit :

"Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon cœur

"deviennent agréables devant toi, Seigneur."

Dans ses psaumes, David écrit sur ses doutes, ses épreuves,

les obstacles qu'il rencontre, et il appelle Dieu.

Johnny aussi a écrit là-dessus.

Ses chansons parlent de trains, de meurtre, de trahison.

Mais aussi de foi, d'espoir

et de rédemption.

Pour moi, Johnny Cash

incarne la rédemption.

Tous, aussi croyants que nous sommes, nous avons péché.

Nous avons tous cherché cette rédemption, c'est mon cas.

Il a montré la voie à suivre.

Il nous a servi d'exemple.

Même si mon père n'a pas forcément vécu

toutes les étapes de sa vie comme il se doit,

il connaissait l'Évangile, il croyait en la vérité

et il la prêchait.

Avoir la foi n'est pas toujours bien agir.

Ce que cela garantit,

c'est un pilier dans sa vie.

Un filet de sécurité en cas de chute.

Il est facile de pointer Johnny du doigt en disant qu'il se droguait.

On fait tous des conneries, qui qu'on soit.

Mais Dieu lui a donné la force, la grâce,

et l'a entouré de personnes qui l'ont encouragé.

Il s'est efforcé de faire ce qu'il fallait jusqu'à son dernier souffle,

mais c'était aussi un être humain.

Si l'histoire de Johnny

n'est pas porteuse d'espoir,

je ne sais pas ce qui l'est.

Se relever et continuer demandait plus que de l'énergie.

Ce qu'il avait, c'était la foi.

Un tas de personnes

sont venues me dire :

"J'ai trouvé Dieu grâce à lui.

"Grâce à son histoire et à son amour du Christ."

Il leur a donné envie de croire,

d'espérer

qu'autre chose était possible.

Je crois que tous les musiciens des 50 dernières années

ont été d'une façon ou d'une autre influencés par Johnny Cash.

La Bible décrit la vie comme une course,

semée d'obstacles et d'embûches.

Il est allé jusqu'au bout de sa course,

et il l'a bien terminée.

Ce que j'aime chez lui,

c'est qu'il accepte de dire :

"Je suis un homme comme un autre."

Beaucoup de gens comprennent aujourd'hui

à quel point c'était un homme bien.

Il a vécu en chrétien toute sa vie.

Il voudrait que son histoire permette aux autres

d'affermir leur vie,

de faire preuve d'amour.

C'était un disciple de Dieu.

Voilà qui était John R. Cash, originaire de l'Arkansas.

Adaptation Aurélie Labrosse

Sous-titrage Nice Fellow

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