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Où suis-je ?
J'entends des sons étranges.
Est-ce l'orgueil qui a conduit mes pas ?
Qui prend soin des miens ?
Mon Dieu,
qu'ai-je fait ?
Papa !
Retiens-la. Si elle bouge, elle pourrait se blesser.
On y est presque.
Doucement, doucement...
C'est rien.
C'est bon.
Donne le tissu.
Voilà.
Son terrier ne doit pas être loin.
Le troupeau l'a perturbé.
Il est venu monter la garde.
Bonsoir.
- Pas trop fatigués ? - Non. Merci.
C'est bon.
C'est pas propre ?
- Et maintenant ? - Non...
- C'est propre ! - Non.
Et maintenant ?
Mange !
Je t'en coupe un morceau ?
- Tu veux du citron ? - Oui.
Ils ont attrapé 4 jeunes à Mawoundou.
Maintenant, ça fait 10 villages raflés.
Si on leur donne pas nos fils, les Français emprisonnent les chefs.
On doit refuser.
Oui.
Il faut négocier.
Ils ont des armes. C'est impossible.
On ne peut pas les laisser faire.
On doit cacher nos fils.
Dieu nous aidera.
Encore ?
Tiens.
Thierno.
Viens.
Les Français arrivent.
Viens, on y va.
Thierno, que Dieu te garde.
Je reviens avant la nuit. Viens.
Tu resteras une nuit avec lui ?
Je ferai au mieux.
Reste caché jusqu'à ce que je revienne. T'as compris ?
Oui.
Viens, vite !
Cours !
Pars !
T'arrête pas !
Cours, Thierno, cours !
Papa,
il est où Thierno ?
Il va revenir.
Regarde-moi.
Pour l'amour de Dieu, ne te trompe pas.
Comment tu t'appelles ?
Bakary.
Nom de famille ?
Dieye.
Ton âge ?
30 ans.
C'est bon ?
Lève-toi !
Thierno.
C'est moi.
On y va, lève-toi.
Par là, par là.
Allez-y.
Allez !
Ne dis pas que je suis ton père.
À genoux ! Ne bougez pas !
Mon frère, aide-moi !
On a besoin d'hommes au village...
On va s'en sortir.
Poussez-vous.
Prends tes affaires.
Prends tes affaires, dépêche-toi.
Reste là.
Qu'est-ce que tu veux ?
Dégage !
Tu m'attends ici.
Je reviens.
Thierno.
Adama.
Tu comprends le peul ?
Tu comprends pas ? Et lui ? Tu comprends le peul ?
Tu parles le peul ?
Tu es peul ?
Tu comprends ou pas ?
Je viens d'arriver, mais je connais quelqu'un.
- Tu connais quelqu'un ? - Oui, Mouhammad.
Il travaille là-bas, aux cantines.
Mouhammad, aux cantines ?
Quelqu'un parle peul ?
Qu'est-ce que tu veux ?
- Tu connais un Mouhammad ? - J'en connais plusieurs.
Celui qui rend des services aux frères peuls.
Alors c'est Mouhammad Sarr. Mais il n'est plus là.
Comment ça ?
Il est de repos.
Et il est où ?
Quelque part dans ce merdier !
Je suis peul. Je ne parle pas wolof.
Quoi ?
Tu veux quoi ?
Je cherche Mouhammad Sarr. Tu le connais ?
Lève-toi ! Va le voir, va demander.
Attends là.
Lève-toi, soldat !
Il est là.
Merci.
Qui est Mouhammad ?
C'est moi.
- Comment ça va ? - Épargne-moi tes politesses.
Je suis fatigué.
Je cherche une solution pour ne pas monter au front.
Nous sommes deux. Moi et un homme de mon village.
Je peux vous nommer aux cantines.
C'est 300 francs.
Pardon ?
300 francs par tête.
Tu es le quinzième à venir ce soir.
Je n'ai pas tout cet argent.
Mais si tu veux, au pays...
On n'est plus au pays !
Tu as l'argent ? Tu as une place.
Sinon, obtiens-le et reviens.
Mon ami ne tiendra jamais au front.
J'ai 170 francs. Fais-moi une avance.
Par pitié.
Je vais payer.
Va chercher tes 170
et ton gars.
Je ne sais pas comment te remercier.
Tu veux m'aider ?
Laisse-moi dormir !
Bonne nuit.
Thierno, suis-moi. J'ai un plan.
Il a dit qu'on partait au front.
Non.
Tu as une place aux cantines.
Donne-moi ton argent.
Viens, on y va.
Des soldats m'ont tout volé.
Quoi ?
Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
C'est quoi ce sang ?
Pourquoi il connaît ton nom ?
Je me suis fait soigner là-bas.
Il a dit de prendre ses affaires.
Merci beaucoup.
Merci, tu es quelqu'un de bien.
Dépêche-toi !
Prions.
Quoi qu'il arrive, on ne se sépare pas.
T'as compris ? On ne se sépare pas !
Ne craignez pas les Allemands, craignez Dieu !
Reste derrière moi !
Thierno !
Thierno !
Attends-moi !
Thierno !
Restez là !
Adama !
Reste ici !
Reste ici !
Où es-tu ?
Thierno !
Adama !
Thierno !
Où es-tu ?
Qu'est-ce qu'il a ?
Qu'est-ce qu'il a ?
Oh mon Dieu, Adama !
- Adama ! - Ça va aller.
Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
Ça va aller, mon petit.
Papa...
- Il est mort ? - Il est pas mort !
Il est pas mort.
Reste avec nous !
Adama, reste avec nous.
Thierno !
Lâche-moi !
Calme-toi !
Viens !
Il est fou.
Thierno !
Viens.
On va chercher le petit Adama.
Je pensais à lui.
Laisse-nous passer.
Vous allez où ?
Attends !
Vous êtes malades !
Vous allez mourir.
C'est lui.
Allez.
La bâche...
La bâche.
Prends ses pieds.
Calme-toi ! Assieds-toi.
Pose ça.
- Qu'est-ce qui se passe ? - Pose ça.
Pose ton fusil.
Je reviens.
Salut !
- Comment vas-tu ? - Ça va, merci.
Je cherche Mouhammad.
Il est là-dessous.
Le pauvre...
Attends !
Attends...
Il m'avait promis une place aux cantines.
Tu sais à qui je peux demander ?
Un Blanc a repris les cuisines.
Ce salaud nous prend pour des chiens !
Je te le déconseille.
Attends, tu n'as pas compris. Je peux payer.
Tu es sourd ? Trouve un autre plan !
Mais j'ai pas d'autre plan !
Dégage !
Dépêchez-vous !
C'est quoi comme viande ?
Je ne sais pas.
Je te cherchais.
Le lieutenant...
m'a proposé de devenir caporal.
Il faut remplacer les sous-officiers tombés.
J'ai pas le choix.
Tu dois t'en servir.
Le lieutenant t'a à la bonne, hein ?
Tu dois t'en servir.
Pour trouver un moyen de partir.
Ouvre les yeux, sois attentif.
Essaye de sonder le terrain.
Deviens ami avec ce lieutenant et son chien de garde, Salif.
D'accord ?
Mais il faudra...
que tu joues le jeu.
Que tu m'obéisses.
De quoi tu parles ?
Si je suis ton supérieur,
il faut que...
Je veux dire...
que tu fasses semblant de m'obéir.
J'accepte.
C'est bon.
Oui.
C'est là.
Que font maman et les enfants ?
À cette heure...
Sidibé doit encore
embêter ta mère,
pour ne pas aller se coucher.
Mariama doit ronfler.
Sa petite respiration, là.
Parfois ça résonne tellement
que je n'arrive pas à dormir.
Tu crois que tout aura changé à notre retour ?
Tu y retournes, maintenant !
Ne m'oblige pas à te forcer.
À quoi tu joues ?
Maintenant !
Soldat, va à l'infirmerie.
C'est pas comme ça que t'échapperas au combat.
Ne te blesse pas volontairement pour t'en sortir.
Ils nous ont toujours à l'œil.
Ils te colleront une balle dans la tête.
De quoi tu te mêles ?
Remarque, avec une balle dans la tête...
tu échappes encore plus au front.
Tu échappes à tout !
N'est-ce pas ?
Je t'ai déjà vue.
Ton père aussi est à la guerre, hein ?
Qu'est-ce que tu fais là ?
J'étais en train de chier.
C'est interdit ?
Et toi ?
Si tu penses te planquer ici, tu fais une grosse erreur, mon pote.
Parce qu'ici,
les gendarmes font des rondes tous les deux jours.
S'ils te chopent,
tu finiras au bout d'une corde.
Remarque, au bout d'une corde...
c'est fini, la guerre.
C'est au revoir.
N'est-ce pas ?
Tu m'as suivi ?
Oui.
J'avais peur que tu fouines partout
et que tu tombes sur mes affaires.
Si on doit faire confiance à ces imbéciles pour manger,
on mourra de faim avant l'hivernage.
Remarque,
si on meurt de faim...
Oui, j'ai compris.
Tu en veux ?
Je ne bois pas.
Tu devrais.
Fous-moi la paix à la fin !
Mon frère !
Écoute-moi.
Toi et moi,
on cherche la même chose.
Un moyen de quitter cet enfer.
Comme dit le lieutenant Chambreau,
il n'y a rien de plus solide
qu'une camaraderie de fugitifs.
J'ai pas besoin de toi. J'ai mes plans.
Je sais ce que je fais.
Tu sais rien du tout.
La police est partout, il y a des rondes, jour et nuit.
Avec ta tête,
tu te fais attraper en une journée.
Je sais comment me cacher.
Seul, tu y arriveras pas !
Ça me manque de manger du poisson.
Dans la rivière, chez nous,
il y a des poissons partout.
Un bon poisson grillé.
Je mangerais même les arêtes.
Les poissons,
et les femmes.
Ma femme me manque.
Non, merci.
Papa...
Pardonne-moi, s'il te plaît.
Il y a encore quelques années, tu étais dans les bras de ta mère.
Tu n'es pas encore un homme.
Est-ce qu'un enfant tue des hommes ?
Il n'y a pas d'issue, papa.
Aucune.
Tu le sais bien.
On doit combattre et l'emporter.
C'est comme ça qu'on rentrera chez nous.
Maintenant, je suis caporal.
Les soldats me respectent.
Je pourrai te protéger.
Si j'ai accepté que tu sois caporal,
c'est pour notre survie, pour qu'on parte d'ici !
Tu n'as rien accepté du tout !
Ce n'était pas ton choix. Pas du tout !
Je suis désolé, mais ce n'est plus toi qui décides.
C'est la guerre, papa !
La guerre !
On n'a pas le choix.
On combat, et si Dieu le veut, on survit.
Comment oses-tu me parler comme ça ?
Qu'est-ce qui te prend ?
Sors.
Pars d'ici.
Dégage, je t'ai dit !
Tout de suite !
Calme.
Tu cherches toujours à te barrer ?
J'ai entendu parler d'un truc.
J'ai rencontré un Sérère d'un autre bataillon.
Il est en cheville avec un sous-officier blanc.
Ils sont près du tunnel, de l'autre côté de la colline.
Il exfiltre des Africains jusqu'au Havre.
Là-bas, on prend un bateau pour l'Afrique.
Les bateaux qui rapportent les vivres.
Il maîtrise toute la chaîne.
C'est sûr.
Évidemment,
c'est cher.
Tu en es ?
Faut voir.
L'argent...
Tu as combien ?
Un peu.
Combien, je t'ai dit.
Voilà.
Ça ne suffira pas.
C'est déjà une belle somme.
Mon frère,
je te parle d'un voyage jusqu'à Dakar.
On se retrouve au village.
Où est le caporal Thierno Diallo ?
Thierno Diallo ? Il est où ? Tu l'as tué ?
Je vais te tuer. Par Dieu, je vais te tuer !
Guerrier...
Il sait que tu es mon père.
Il va t'envoyer dans un autre régiment.
Sans te dénoncer.
Je ne te laisserai pas mourir pour ce fou.
Jamais.
Tu ne te rends pas compte.
Tu risques la cour martiale !
- C'est beau. - N'y touche pas !
Comment on dit en français ?
Que faites-vous là ?
Putain, mais aide-moi !
T'as trouvé ?
Oui.
Allez !
Tu les as tués !
Il se passe quoi ?
T'es toujours avec moi ?
Oui.
Maintenant, on ne peut plus reculer.
Ce sera assez ?
Oui, ça ira.
C'est quand, le rendez-vous ?
Demain soir.
Y a combien ?
Sache juste que c'est assez.
Vous voulez juste goûter ce que j'ai goûté.
Tiens.
J'ai emprunté de l'argent aux filles de mon village.
Comme ça, elles prieront pour que je revienne sain et sauf
pour payer mes dettes.
Moi, j'épouserai une Blanche, blonde.
Moi, je n'aime pas l'odeur de leur peau.
Tu as tort,
quand elles sont parfumées, elles ont un goût de miel.
Tu as déjà senti la peau d'une Blanche ?
À côté de Fréjus... Marie.
Une belle femme...
Elle nous apportait parfois de la nourriture.
- Tu as fait l'amour avec elle ? - Oui, une fois.
Mon frère !
Tu racontes n'importe quoi.
Mais je ne mens pas !
Elle avait les cheveux doux, couleur d'or,
des poignets fins,
des seins comme les dunes du désert.
Elle avait un grain de beauté sous le cou.
Et ses jambes...
Quand elle les enroulait autour de moi...
Mon frère, arrête-toi là, ça vaut mieux.
Et toi, sergent ?
Tu as déjà senti la peau d'une fille ?
Jamais.
Les filles du bordel militaire acceptent les sous-officiers noirs.
Il faut négocier, mais on t'arrangera le coup.
T'as honte ?
Que vas-tu faire après la guerre ?
Je vais rentrer chez moi.
Avec ton niveau en français, reste ici.
Il y aura du travail pour nous après la guerre.
On deviendra tous citoyens français !
Et on aura des pensions militaires.
Moi, je me suis enrôlé pour ça. Volontaire de guerre.
Chez moi, c'était la misère.
Ici, je me bats pour les miens.
Notre vie changera après tout ça.
Dépêchez-vous !
On part.
On s'enfuit.
Quoi ?
On part dans un village de l'arrière.
Puis au Havre, on prendra un bateau pour l'Afrique.
Mais c'est de la folie !
On n'a aucune chance d'y arriver vivants !
Et ta mission suicide ? Tu crois que je ne sais pas ?
Arrête de délirer !
Qu'est-ce que tu dis ?
- C'est fini ! - Qu'est-ce qui est fini ?
Lâche-moi !
Je vais te tuer !
C'est moi ton père, tu as compris ?
J'arrive plus à respirer !
Allez.
Allons-y.
Dépêchez-vous !
Vous êtes en retard !
Tiens, pour ton nez.
Dis-lui.
Il est où ?
Le troisième, il est où ?
Il est où ?
Mon frère !
Ton ami s'est enfui. Il est parti.
C'est trop tard !
Qu'est-ce qui se passe ?
Birama...
C'est mon fils.
C'est mon fils.
Merde !
Bakary, on n'a plus le temps.
Ils vont partir au combat.
Cette nuit !
J'en suis sûr.
Les Blancs lui ont lavé le cerveau.
S'il veut mourir, tu ne pourras pas l'empêcher.
Il a fait son choix.
Sonde ton cœur.
Mais ne te trompe pas.
Vas-y.
Va en paix.
Je ne comprends pas le français.
Chambreau.
Bakary ! Tu vas où ?
Attends !
Tu vas où ?
On doit attendre le signal !
Reste là ! Tu es fou !
- Laisse-moi, j'y vais. - Tu vas où ? Reviens ici !
Papa.
Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Tu n'aurais pas dû venir ici.
Allez !
Allez...
Courage !
On y est presque.
Papa !
Papa, lève-toi !
Papa !
Lève-toi.
Lève-toi !
Si tu restes ici...
on va mourir tous les deux.
Tu veux me sauver ?
Pars.
Rentre chez nous.
Retrouve notre famille.
Je te bénis, mon fils.
Va.
Que Dieu te sauve.
Cette guerre, qui l'a gagnée ?
Personne.
La guerre n'apporte que la mort et la désolation à ses soldats.
Suis-je condamné à errer éternellement
dans l'éther de ce pays que je ne connais pas ?
Loin des miens,
loin de toi.
Où suis-je ?
Je suis dans le vent qui fait bouger les arbres et te rafraîchit.
Je suis dans l'eau qui coule et te désaltère.
Je suis dans la terre qui te nourrit.
Je suis dans le vol d'un oiseau.
Tu me reconnais ?
Mon fils...
Même si je souffre du froid,
même si je souffre de l'oubli,
je suis le sang qui coule dans tes veines.
Et dans les veines de tes enfants,
et des enfants de tes enfants.
Au-dessus de moi, les bruits ont changé.
Où suis-je ?
Suis-je dans votre cœur ?
Ai-je ma place parmi vous ?
Souvenez-vous de moi.
Souvenez-vous de nous.
Sous-titrage : Hiventy by TransPerfect
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