All language subtitles for Rencontre avec Brigitte Lahaie 23 juin 2016_FR

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Original subtitles

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Regardez.

Oh, non! Non…

On remercie encore le Forum de nous accueillir pour cette deuxième journée.

Je vais vous demander d'accueillir Guillaume Le Disez,

Nicolas Lahaye et Cédric Grand Guillot

qui sont les auteurs du film livre Brigitte Lahaie : les films de culte,

et puis bien évidemment Brigitte Lahaie

pour la discussion Un rendez-vous avec Brigitte Lahaie.

Bonsoir à tous. Merci d'être là.

On est absolument ravis de cette conférence, de cette table ronde

en présence de Brigitte, qui pour nous couronne

l'aboutissement de deux ans de travail,

puisque ça fait deux ans qu'on le prépare.

On est venu voir Brigitte pour lui proposer,

pour lui demander si elle était d'accord

pour qu'on se lance dans ce projet de livre,

où on retrace toute sa carrière.

Vu que cette idée nous habitait pas que nous, qu'elle était partagée,

on a fait une campagne de financement participatif

qui a été un succès, qui nous a montré qu'on était nombreux

à penser que c'était un magnifique sujet

qui nous parlait à beaucoup.

Aujourd'hui on va en parler de vive voix avec la principale intéressée.

J'ai ma voix, tout va bien.

Pourquoi un livre sur la carrière de Brigitte Lahaie?

Pourquoi son parcours est-il aussi passionnant?

Parce qu'il décrit, parce qu'il raconte deux décennies de cinéma,

de cinéma d'exploitation, de cinéma de quartier,

tous les genres qu'elle a traversé,

et puis parce qu'il raconte aussi comment

est advenue une icône, un symbole dans notre culture populaire française.

Excusez du peu.

C'est de ça dont on va parler et on va essayer de retracer ça.

En commençant par le début.

On va beaucoup solliciter Brigitte.

On a d'ailleurs évidemment beaucoup parlé.

Ce sera aussi une table ronde qui sera entrecoupée de quelques extraits vidéo

puisqu’il faut aussi vous montrer des films dont on vous parle,

qui composent le parcours de Brigitte.

Peut-être Cédric, tu pourrais juste faire une petite introduction

sur la carrière, un aperçu de la carrière de Brigitte?

- Il a le trac, hein. - Je suis pas du tout à l'aise, là.

Bêtement, je vais le lire. C'est trop épeurant, parce que…

L'histoire de l'actrice Brigitte Lahaie,

est celle d'une fille qui a suivi son instinct,

mais aussi certains hommes de sa vie l'invitant à faire des choix

dont elle ne soupçonnait pas la radicalité au moment de les faire.

Certains ne comprennent pas pourquoi nous associons Brigitte Lahaie

avec la notion pure et essentielle du cinéma.

À cause de…

À cause des fesses. Malheureusement.

Brigitte Lahaie a d'abord goûté au cinéma

à travers une pornographie et un érotisme hauts de gamme

notamment avec Francis Mischkind et Alpha France

et un réalisateur en particulier, qui est Jean Rollin,

qui l'a invitée à rejoindre son univers

en la rendant quasiment instantanément iconique.

C'est dans ce cinéma fantastique d'auteur

que Brigitte commence à prendre goût au drame,

celui de son jeu naissant, à la fin des années 70.

Le genre français, parce qu'on parle de ça,

lui offrira une pérennité totalement inattendue

dont on va parler ici ce soir.

C'est en effet un cinéma…

qui de toute façon… dont le dessein…

Il ne devait pas être pérenne.

Il devait être vu une fois en salle, en passant.

Heureusement, 40 ans après,

on est en train d'en faire des rétrospectives et on vous en parle.

Oui.

Brigitte est doucement devenue une comédienne du bis,

tranchant des jugulaires avec rage,

plantant sa seringue dans l'œil de patients un peu trop curieux,

ou, comme ce soir, devenant prisonnière politique nue

sur une île quelque part au bord de l'Atlantique.

C'est aussi ça, le cinéma de Brigitte.

Ce soir, nous fêtons l'avènement de notre star du X,

qui est la star culte des films dits B,

peut-être parce que le cinéma A l'a un peu trop longtemps boudée.

Voilà.

On va peut-être commencer par le début : comment es-tu entrée en cinéma?

En fait, je suis montée à Paris en 76

avec l'envie de faire quelque chose d'autre de ma vie.

Je suis issue d'un milieu petit-bourgeois.

J'avais des étoiles dans les yeux, comme on dit.

J'ai été 2, 3 fois dans des agences de mannequins pour être mannequin.

À chaque fois on me dit : "Non, vous avez trop de poitrine."

"Franchement, avec la poitrine que vous avez…"

Bon, c'est vrai qu'elle est pas terrible, je suis d'accord.

Un jour j'ai répondu à une annonce dans France-Soir où c'était marqué :

"Recherchons femme avec forte poitrine." Je me suis dit : "Mais ça y est!"

Donc je suis arrivée, c'était sur les Champs-Élysées,

je m'en souviens encore très bien, au 6e étage d'un immeuble.

Il y avait un mec qui m'a montré…

À l'époque… je sais plus comment ça s'appelait les petites…

Non, sur une petite… Enfin bref, sur un petit écran, il m'a montré.

Il dit : "Voilà, c'est un film italien,

"et on a besoin de faire des raccords hard."

Je dis : "Quoi? Des raccords hard?"

Alors il a fallu qu'il m'explique ce que c'était,

parce que j'étais… j'étais plus vierge,

mais enfin, j'avais dû avoir deux hommes dans ma vie.

J'ai regardé ça et j'ai dit: "Tiens, c'est cool. Oui."

Et puis je me suis dit : "D'accord, OK."

C'est comme ça que j'ai commencé mon premier tournage.

On n'a vu que mes fesses, et c'est normal, pour le Festival des Fesses.

Très vite, tout de suite après, on m'a demandé de tourner des films,

mais j'ai eu un petit moment quand même de me dire :

"Est-ce que je continue?"

Il y a eu 2, 3 jours où je me suis posé la question.

Et puis bon, je me suis dit : "C'est formidable.

"Je fais quelque chose d'original."

Voilà. Je crois que j'avais beaucoup de naïveté.

En même temps, il y avait un côté très animal chez moi, donc…

Ben oui, c'est naturel, le sexe, quoi, chez des animaux.

Tu disais que tu as commencé par tourner

des scènes qui servaient à corser des films.

- Une. - Une scène qui servait à corser des films

qui n'étaient pas des films pornographiques

à un moment où il y avait besoin de beaucoup de…

C'est au moment de l'explosion du cinéma pornographique,

qui était cette année 1976, qui a été une des années

où il y a eu le plus de films qui sont sortis.

C'est l'année de l'entrée en vigueur de la Loi X,

qui a créé le genre X.

Avant ça, pendant quelques mois, c'était assez chaotique.

Il y avait des films pornographiques sur les Champs-Élysées

au milieu de La Tour infernale et du Vieux Fusil

dans les grands plexes parisiens. Puis après, la loi est arrivée

et a en fait structuré la production cinématographique française.

En fait, la loi X a été votée…

En fait, c'est une TVA de 33% sur tout film avec des images pornographiques.

Le but était évidemment de freiner cette escalade de films pornographiques

parce qu'il y avait de plus en plus d'affiches dans les rues,

et c'était évidemment…

- Il y a eu le rappel à l'ordre des vertus. - Exactement. Donc voilà.

Il y a des députés vertueux qui s'étranglaient

à l'Assemblée nationale en faisant des lapsus.

Notamment pendant le vote de la loi, il y a un député…

- André.. - Robert André.

Qui disait, qui a hurlé :

"Monsieur le ministre, il faut durcir votre sexe."

Au lieu de : "Durcissez votre texte."

Effectivement, c'est une loi qui a soumis le cinéma pornographique

à un régime fiscal drastique,

mais qui en même temps en a fait aussi un espace de liberté.

Assez particulier.

À partir du moment où la loi X a été votée,

continuer à tourner des films pornographiques

était quand même moins rentable et quelque part,

et c'est ça qui est très différent de ce qui se passe aujourd'hui,

quelque part, il y avait que ceux qui avaient vraiment envie

de tourner ce genre de films qui sont restés.

Tous ceux qui cherchaient à gagner de l'argent rapidement…

C'était plus tellement si rentable que ça.

Je pense que c'est ce qui explique

qu'entre 76 et l'arrivée de la vidéo en 1980...

C'est pour ça qu'on appelle ça l'âge d'or du film X.

C'est vraiment les trois ans

où il y a eu une sorte de créativité souterraine

de gens qui avaient envie de donner un pied de nez à la société,

qui à l'époque était encore assez peu libérée sexuellement.

Tout à fait. Ce sont les trois années pendant lesquelles

tu as travaillé dans des films pornographiques.

- J'ai eu de la chance. - Les meilleures années.

Les réalisateurs avec lesquels t'as travaillé, c'était des gens de cinéma.

C'était des gens qui avaient déjà un parcours de cinéma

avant l'arrivée de la pornographie.

Absolument. Qui avaient tourné d'autres films.

Soit ils y étaient parce qu'ils arrivaient pas

à faire des films traditionnels.

Comme Jean Rollin, il lui fallait bien vivre.

Soit c'était, comme Francis Leroi, par exemple,

c'était un désir, comme pour moi, d'ailleurs, de faire un pied de nez

et de montrer que le sexe, oui, on peut le montrer, quoi.

On est pas obligés de faire ça dans le noir.

Tout à fait. Tous des grands films pornographiques.

C'est peut-être une notion un peu difficile à s'imaginer aujourd'hui,

mais tu as joué, tu parlais de Francis Leroi,

dans des films qui sont de grands films.

Je suis à prendre, c'est un film qui est à la fois

sous l'influence de Hitchcock et de Claude Chabrol.

D'ailleurs on va regarder…

À l'époque, Je suis à prendre avait même eu

une très bonne critique dans les Cahiers du cinéma, donc on était…

On va regarder la bande-annonce de Je suis à prendre.

Mesdames, messieurs, je vous présente ma femme, Hélène.

Bravo!

Quel morceau!

J'ai jamais vu ça.

À nous.

Je voulais dire par rapport à ce qu'on vient de voir…

Là, ça annonce tout de suite la couleur.

C'est-à-dire que c'est pas un film où on vient se masturber forcément.

Déjà, la bande-annonce, elle dit au spectateur :

"Ça va te stresser."

Et puis il y a le verre d'Hitchcock.

Ça racontait, enfin… Je suis à prendre raconte une histoire

avec évidemment beaucoup de…

Il s'agit de sexe, mais ça raconte une histoire.

On est quand même dans un cinéma très référentiel, d'ailleurs.

Oui, avec des gens qui font des films parfois depuis une dizaine d'années,

une quinzaine d'années, qui ont beaucoup de films à leur actif.

Il y a Francis Leroi, il y a également Claude Bernard-Aubert.

C'est quelqu'un avec qui tu as beaucoup travaillé.

J'ai fait beaucoup de films avec Claude Bernard-Aubert,

qui prenait le pseudonyme de Burd Tranbaree.

Oui, c'est vrai qu'il y avait…

une très bonne ambiance sur ces films,

mais en même temps, c'était très rigoureux. Il y a le script, le…

ce qu'on avait à faire chaque jour.

- C'était des conditions de tournage professionnelles. - Absolument.

Un peu plus rapide, bien sûr. On refaisait pas 15 fois une scène

parce qu'on n'avait pas le temps et les moyens,

mais c'était du cinéma.

C'était du cinéma. Justement, par exemple, Claude Bernard-Aubert,

c'est quelqu'un qui avait fait de nombreux films,

qui était au départ reporter de guerre

qui à un moment a eu un revers de fortune

parce qu'il s'est retrouvé ruiné à cause de la sortie manquée d'un film.

À ce moment-là Francis Mischkind savait

que c'était quelqu'un de très professionnel et de très efficace,

et l'a embauché pour un contrat pour toute une série de films.

Il l'a fait un peu à contrecœur au début,

c'est ce qu'il nous a expliqué,

mais il s'est avéré qu'il a fait quelques-uns

des meilleurs films de la période.

Dont beaucoup avec toi.

Quelques-uns, oui. Je sais plus combien j'en ai fait.

- Neuf. - Oui, une dizaine.

C'est vrai que Burd Tranbaree, c'est très intéressant

parce que c'est quelqu'un qui réfléchissait,

qui préparait ses scénarios,

qui réfléchissait à des nouveaux types de fantasmes,

et qui avait vraiment une démarche créative.

Ce qui était très étonnant pour moi

parce que c'était déjà un assez vieux monsieur,

aujourd'hui il doit être très vieux,

on avait vraiment l'impression qu'il tournait,

qu'il faisait du cinéma, quoi.

Autant certains réalisateurs,

on voyait bien qu'il y avait quelque chose de plus lubrique chez eux…

Par exemple Claude Bernard-Aubert, j'ai jamais eu le moindre…

jamais eu le moindre geste déplacé.

On était vraiment dans un rapport professionnel, quoi.

C'est pas tout à fait ça aujourd'hui, je pense.

- Lui, il considérait qu'il s'agit surtout de cinéma. - Exactement.

Monsieur Mathieu…

Je voudrais que vous m'aidiez à faire de ma fille une grande putain.

Il m'a jetée sur le lit. Il m'a défoncée comme une bête.

- Et la petite bonne? - Sa présence me rassurait.

Mais elle a quand même profité de moi.

Elle m'a pris avec un drôle d'objet curieux

pendant que l'homme me labourait le ventre.

Est-ce que ça t'a plu?

Arrête, je t'en prie!

Ce qui vient de se dire, ça m'a fait penser qu'un autre réalisateur

que vous connaissez très bien, Michel Barny,

a une formule pour décrire cet âge-là. Il disait qu'avant,

les professionnels du cinéma faisaient du cul,

et maintenant, ce sont les professionnels du cul

qui essaient de faire du cinéma.

Quelle suceuse!

- La blonde d'hier soir? - Non, celle-là je l'ai juste baisée.

Non, je parle de la rousse avec les seins énormes.

Oh putain, rien que d'y penser je bande! C'est vrai, je bande!

Bon allez, les filles, on rentre. Il est 7 heures du mat'.

Ça vous fait pas long à dormir avant d'aller bosser.

M. José, vous pourriez quand même enlever votre chapeau?

Ah ça, jamais! Je retire jamais mon chapeau.

Jamais je le retire.

On va vivre comme eux, toutes les trois.

Comme eux?

Boire, bosser, baiser.

- Tu crois que ça sera possible? - Oui.

Il est mignon!

Sympa…

Fais gaffe!

On va utiliser le don que la nature nous a généreusement fourni.

Utiliser le don que la nature nous a généreusement fourni.

Mimi!

J'arrive.

Police des mœurs.

Veuillez me suivre toutes les trois.

On peut évoquer aussi rapidement Gérard Kikoïne.

Bien sûr, oui. J'ai pas tourné beaucoup avec Gérard,

mais j'ai fait un film qui est considéré certainement

comme un des meilleurs films du genre, qui est Indécences 1930.

Connu également sous le nom Parties fines.

Parties fines, exactement.

Quoi Solange? Mais j'en ai marre, j'en ai marre!

Mais vous êtes complètement dingue, non? Ça va pas?

J'en ai marre, j'en ai assez, j'en peux plus, moi!

Mais vous comprenez? J'en peux plus! Mais ça suffit comme ça!

Vous allez me rendre folle! Je vous connais pas, moi.

- Je vous ai jamais vu. Filez, parez-vous, j'en ai marre! - Assez!

Les films avaient plusieurs titres,

parce qu'ils avaient des exploitations qui pouvaient être un peu chaotiques.

Ils pouvaient être représentés plusieurs fois

devant la commission de classification…

Il fallait surtout des titres un peu accrocheurs

parce qu'il y avait pas de possibilité de voir d'images

et sur les cinémas, il ne pouvait y avoir que le titre.

Donc forcément il fallait que les titres soient accrocheurs,

soit des titres, comme par exemple La chatte sur un toit brûlant

ou alors Le train sifflera trois fois…

C'est pour ça qu'ils se servaient aussi de titres

qui faisaient référence au cinéma traditionnel pour attirer le passant.

Il y avait interdiction de représenter des corps,

des formes organiques sur les affiches des films X,

donc c'était des affiches qui étaient uniquement typographiques.

D'ailleurs il y en a eu de très inventives.

Il y a un livre qui a été consacré à ça, un recueil qui va sortir bientôt

consacré à toutes ces affiches-là.

Effectivement, il y avait aussi une inventivité

de la part des distributeurs et des publicistes

pour faire la promotion de films qu'on ne pouvait pas montrer.

On ne pouvait pas les voir dehors.

Souvent les films étaient retitrés par les distributeurs.

Il y a un film quand même, son premier titre d'exploitation au cinéma,

c'était La Grande Mouille, donc là on était un peu dans le basique.

Pour l'exploitation vidéo, Francis Mischkind l'a transformé en…

Parties de chasse en Sologne.

Je sais pas pour vous,

mais moi, ça m'a fait travailler la tête, adolescent.

Qu'est-ce qu'il y avait derrière ce titre?

En fait, si je m'en souviens bien,

c'est un film où on est censé aller à la chasse, etc.

C'est un film d'une grande liberté

où c'est juste des gens qui se réunissent dans une maison.

Ils baisent, ils tuent des bêtes, ils mangent les bêtes, et ils baisent.

Mes chers amis…

- Bonjour. - Ah, bonjour. Ça va?

Hélène va bien?

Venez. Elle est très occupée, mais elle vous attend.

Allez, entre, ma chérie.

Bonjour.

Bonjour, mon lapin.

Qu'est-ce que tu deviens?

Salut, beau garde-chasse.

Bravo!

Bravo!

Formidable!

Bravo!

C'est quand même assez formidable.

C'est une vraie expression du moment, de 78.

Ils n'en ont pas fait de pareil.

Ce que tu viens de dire à propos des titres

et du fantasme que des gens de notre génération

ont pu entretenir et développer à propos des titres,

et je pense pour nous, très important aussi

dans l'homme que tu as pu devenir,

parce qu'on a beaucoup réfléchi, à vrai dire, aux titres de tes films.

C'est Christophe Lemaire, qui n'est pas avec nous ce soir,

qui nous racontait qu'il a beaucoup fantasmé sur ton nom

qu'il lisait dans Pariscope quand il était trop jeune

pour avoir le droit d'aller voir les films.

Par contre, il regardait religieusement les castings des films

qu'il avait pas le droit de voir dans Pariscope.

Ton nom revenait souvent. Il a beaucoup imaginé de choses sur ton nom.

Il s'était déjà fait tout un monde avant même de te voir jamais.

À bien regarder, on s'imagine toujours qu'il y a chose.

On peut aussi, dans les réalisateurs

qui ont investi le cinéma pornographique

comme un espace de liberté de parole,

on peut citer Bénazéraf, qui était quelqu'un d'assez particulier

et qui effectivement, on va le voir dans un extrait tout de suite,

pouvait insérer dans ses films des choses qui seraient assez…

Qui seraient tout à fait interdites aujourd'hui, je pense.

Il y a des choses qui seraient interdites

et puis il y a des choses qui viendraient même pas à l'esprit

de gens qui font aujourd'hui de la pornographie.

On va tout de suite regarder un rapide extrait de Hurlements d'extase.

Je ne sais pas lequel c'est, ça.

Bernard-Henri Lévy en maître à penser du XXIe siècle.

C'est un maître de ballet, oui?

Lui, feu Clavel, Glucksmann en 74,

ils ont retourné leurs vestes après les présidentielles.

Et maintenant ils se rendent compte que ce n'est pas la société moderne,

mais le marxisme qui est cause de tous nos maux.

C'est la fameuse équation : marxisme égale goulag.

C'est tout juste si on n'est pas affichés sur les murs.

Précision : ce n'est pas la voix de Brigitte Lahaie.

C'est vrai que dans la plupart des films X,

il est très rare qu'on entende ta voix, car les films étaient postsynchronisés.

Oui, voilà. Les films étaient postsynchronisés,

puis de toute façon, à l'époque j'avais la voix un peu haut perchée.

Il y a quelques films quand même où on entend ma voix.

C'est vrai que j'ai la voix plus posée aujourd'hui.

Heureusement. Déjà pour la radio, c'est mieux.

Il y a ce premier film avec Jean Rollin

où tu joues une psychanalyste.

Visiblement un peu jeune pour avoir eu le temps de passer une analyse…

- Et où tu as énormément de texte. - Oui, c'est vrai.

- Et où tu en sors… - Pas si mal.

Je dois dire que votre rêve est assez fascinant.

Il dénote de votre esprit un don poétique certain.

Cela se devine à la manière dont vous le racontez.

Si nous nous en tenons aux faits,

vous avez eu un rêve érotique dans lequel vous participiez

en faisant l'amour avec un des personnages.

Mais dans votre narration,

vous entourez l'histoire d'un langage intellectuel

qui d'une part la magnifie

et d'autre part lui retire toute obscénité.

Juste sur la postsynchronisation,

on peut aussi dire qu'il y avait une autre raison aussi

qui est tout à fait pragmatique et quand même assez intéressante.

C'est que les caméras qui étaient employées sur les tournages étaient,

à la différence des caméras Caméflex

qui étaient employées sur les tournages traditionnels,

c'était un modèle qui s'appelait la Rolleiflex,

qui était moins chère à utiliser

et surtout qui avait le chargeur de pellicule

situé au-dessus de la caméra,

ce qui permettait donc de la positionner au ras du sol,

ce qui était évidemment utile pour certains types de cadrages.

- Mais plus bruyante. - Mais beaucoup plus bruyante.

Effectivement, c'était une…

C'est la raison pour laquelle la majorité des films ont été doublés.

Parce qu'on pouvait pas faire d'enregistrements en son direct.

- Ça faisait un bruit de machine à café. - De machine à café.

À ce titre, d'ailleurs, il y a tout un tas de comédiens

de doublage traditionnel, même tout à fait renommés,

qui venaient s'amuser à faire les doublages sur les films X.

On prenait des acteurs chevronnés parce que comme ça coûte cher, la synchro,

il fallait avoir des acteurs capables de tout de suite…

Prenez par exemple Gérard Hernandez,

qui dans Belles d'un soir double Dominique Aveline.

- T'as de beaux yeux, tu sais… - Ne m'embrassez pas.

Je suis fidèle. Tu es une folle! Je suis fidèle, moi.

Je suis marié, madame!

Je suis marié! On ne peut pas toucher.

Pas toucher…

Vous me faisez des gouzis-gouzis, ça me fait chatouille…

Non, pas plus en bas!

Je veux juste préciser par rapport à Claude Bernard-Aubert

qui vient du cinéma traditionnel et qui a dû faire de la pornographie.

Il était un peu comme Jean Rollin, c'est-à-dire que…

il avait plutôt un mauvais a priori sur la pornographie,

et ça l'intéressait pas spécialement

de tourner des scènes de pénétration, en tout cas.

Ces deux réalisateurs avaient ce point en commun au début,

c'est de sortir au moment de tourner.

Ils plaçaient leur caméra, très professionnels,

parce que ce sont deux vrais cinéastes,

mais après, ils sortaient fumer leur pipe.

- C'était le cadreur en fait qui faisait ça. - Qui faisait tout.

La mise en scène… Les scènes hard, on était assez libres quand même.

Avant de… on va parler évidemment de Jean Rollin

parce que c'est une collaboration qui est très importante

parce que c'est elle qui t'emmène vers…

qui élargit ta filmographie.

Sur les tournages,

est-ce que tu pourrais nous parler de l'ambiance qui régnait sur les tournages

et de l'esprit assez particulier qu'il y avait?

En fait, on était une famille.

D'abord on se retrouvait très souvent,

que ce soit les acteurs, les metteurs en scène, les techniciens.

On était quand même pas très nombreux à tourner ce genre de films,

donc on se retrouvait très souvent.

Il y avait vraiment une sorte de communauté, si je peux dire.

Évidemment, d'autant plus quand on tournait en province,

ce qui arrivait parfois…

on avait vraiment le sentiment de faire un pied de nez à la société.

On était peut-être des cégétistes avant, mais bon…

C'était très étonnant, parce qu'en fait,

on tournait nos films et personne, nos voisins, notre famille,

personne ne pouvait deviner ce qu'on faisait, puisque de toute façon

ça ne se voyait que dans des salles obscures.

Personne ne venait nous dire "Je t'ai vue dans un film"

parce que ça aurait voulu dire qu'on avait été voir des films.

À tel point que j'ai le souvenir que j'avais été invitée

à un festival à Düsseldorf en Allemagne,

qui était un festival avec des films, n'est-ce pas.

Au moment où la lumière s'est allumée et que je suis montée sur scène…

Il y avait plus d'hommes que de femmes dans la salle.

À l'époque, c'était surtout un public masculin.

Et tous les hommes ont baissé la tête.

En plus, c'étaient des Allemands.

C'était totalement ridicule.

C'était eux qui avaient l'air d'être gênés

alors que c'était moi qui m'étais montrée dans ma nudité la plus totale.

Donc il faut vraiment comprendre que c'était une autre époque.

Aujourd'hui, les actrices de films pornographiques,

elles vont dans des salons, elles signent des autographes,

on vient les voir, etc.

À l'époque, j'ai jamais eu personne dans la rue qui est venu me voir

pour me dire qu'il m'avait vue dans un film ou me demander un autographe.

C'était finalement assez facile d'être dans…

On avait le sentiment de faire des choses totalement interdites.

C'était très fun.

Et c'était vraiment dans la joie et la bonne humeur

Bien sûr, on avait des scènes hard,

c'était pas toujours facile et parfois il y avait des moments difficiles,

parce que l'acteur avait une panne.

À l'époque, il n'y avait ni Viagra, ni injection intracaverneuse, etc.

Quand l'acteur avait une panne,

il fallait quand même un petit peu besogner.

Mais c'était franchement…

Oui, j'ai assez peu de mauvais souvenirs de cette époque-là.

D'ailleurs j'avais…

J'ai deux, trois…

Enfin, j'ai surtout une copine avec qui je reste en relation.

Et c'est pareil : elle garde de bons souvenirs de cette époque-là.

Ce qui était difficile par contre, mais ça, moi, je l'ai jamais fait,

c'était les théâtres pornos,

parce qu'il y avait également des petits théâtres

où il y avait des scènes hard sur scène.

Les gens venaient au théâtre voir ça comme on voit une pièce de théâtre,

sauf que c'était des actes sexuels.

Je l'ai jamais fait, mais je me disais que c'était un peu dur

parce qu'il y avait parfois deux représentations en suivant et tout…

Quand tu parlais de cette forme d'inconscience

qu'il y avait sur le devenir et l'avenir de ces films…

Personne ne pouvait imaginer que ça passerait un jour à la télévision.

C'était absolument inimaginable.

Tu le vivais dans l'instant.

Cependant, tu commençais déjà à te faire remarquer par les spectateurs,

par les quelques journalistes qui parlaient des films.

J'en n'étais pas consciente.

Malgré tout, tes films ont commencé à avoir du succès,

surtout dans d'autres pays, en Allemagne, notamment.

Sur certaines affiches, tu étais rebaptisée en Brigitte Bordeaux.

Et en Italie aussi.

Il se trouve que l'Italie ne produisait pas de films pornographiques.

Il ne se sont mis à en faire qu'en 1985.

En Italie, effectivement, tes films sortaient.

Eux, ils avaient le droit de faire des affiches,

mais comme il n'existait pas de visuel,

ils refaisaient des affiches, ils repeignaient des affiches

avec de très belles blondes qui te ressemblaient assez rarement.

Mais qui avaient toujours ton nom.

Avant de revenir à Jean Rollin et de passer à la…

C'est une faute de dire "la suite de ta carrière"

parce qu'en fait, ta carrière dans le cinéma X

est entremêlée avec celle dans le cinéma de genre.

Tu as commencé en 1978 avec Jean Rollin.

Absolument. 77, même, Les Raisins de la mort, non?

Le tournage. Je crois que le film est sorti au début de 1978.

Un tournage en hiver.

On a vu dans la toute première scène, dans le premier film.

Quand tu es en haut un escalier.

Effectivement c'était en hiver, dans les Cévennes.

Oui, il faisait moins 20.

On va regarder une bande-annonce d'époque aussi.

On parlait tout à l'heure de l'inventivité

en matière de promotion des films.

C'est la bande-annonce d'un film réalisé par Jess Franco

qui s'appelle Je brûle de partout.

Moi j'ai… Je sais plus quoi dire.

Je brûle de partout, un film qui se suffit à lui-même.

Je brûle de partout,

un film qui n'a pas besoin de publicité.

C'est pourquoi volontairement

nous ne vous montrons pas d'images de Je brûle de partout.

Je brûle de partout, visa de contrôle cinématographique 49084.

Je brûle de partout n'a pas besoin de slogan publicitaire.

pour vous inciter à venir prochainement dans cette salle

voir les aventures qu'il vous dévoilera.

Je brûle de partout

Des femmes, des filles,

désabusées, lascives, victimes de leur corps,

soumises à toutes les turpitudes,

esclaves au service de toutes les dépravations.

Je brûle de partout

Une merveilleuse villa

construite sur des rochers frappés à longueur d'année

par une mer déchaînée.

Je brûle de partout

Des trafiquants, des policiers, des morts.

Je brûle de partout, des femmes au corps nu.

Des mains d'hommes, des cris.

Je brûle de partout

Une atmosphère pesante, un climat très particulier.

Je brûle de partout

Une soirée de frissons, de désirs, de peur.

Je brûle de partout, votre prochain spectacle dans cette salle.

Une bande-annonce faite par des gens qui n'ont pas vu le film.

C'est un film de trafic de blanches.

Effectivement, on se rend compte que là, la bande-annonce a peut-être même

une narration encore plus intéressante que le film.

Ceci dit, il a raison sur la maison, enfin, la villa.

Il y a une villa. Il y a des victimes.

Tout est vrai.

Alors revenons-en à Jean Rollin et aux Raisins de la mort.

Comment t'es-tu retrouvée à travailler sur ce film?

En fait, j'avais tourné ce film avec Jean en 76,

et Jean, pendant un an et demi, m'envoyait des cartes postales.

"Je vais te donner un vrai rôle dans un film." Voilà.

Et puis est arrivé en effet Les Raisins de la mort.

J'y touche, je la tiens!

Venez.

C'est un film dans lequel je joue pas un très grand rôle,

mais un vrai rôle.

C'est donc la première fois que j'avais la possibilité de jouer un rôle.

Je suis arrivée sur le tournage, il n'y avait que des comédiens.

Et là, j'ai tout de suite compris qu'il y avait…

Que j'étais la brebis galeuse, quoi.

Ça m'a malheureusement poursuivie pendant de nombreuses années.

C'est vrai que… j'avoue que j'avais pas vraiment compris à quel point…

C'est à ce moment-là que j'ai découvert que tourner des films pornographiques,

c'était peut-être pas très bien vu par la société. Voilà.

...

Jean, de ce côté-là, il faut lui reconnaître ça,

il m'avait imposée, et puis voilà.

Et ça ne s'est pas réglé.

Il y a eu un soir dans ma chambre où le producteur est rentré

pour me sauter dessus parce qu'il considérait que c'était normal

puisque j'étais actrice de films pornos.

Heureusement que j'avais mes deux Dobermans

qui étaient avec moi, donc il a pas vraiment insisté.

De toute façon il m'aurait pas violée, c'est pas ce que je veux dire,

mais il faut bien comprendre que dans l'esprit de 90% des gens,

"actrice de films pornos", c'est "pute", quoi.

- Mais pas dans l'esprit de Jean Rollin. - Non, bien sûr.

Vous allez retravailler avec lui…

Quand j'ai tourné Fascination avec Jean Rollin,

c'est pareil, il y a eu à un moment donné

une sorte de révolution des acteurs

qui ne voulaient pas que mon nom soit sur l'affiche.

Jean évidemment a tenu bon.

C'est curieux, parce que c'était en 78, je crois, qu'est sorti Fascination,

ou 79, peu importe. Pour moi, c'était ridicule,

parce que de toute façon personne ne me connaissait.

J'avais peu... Mais bon, ce genre d'anecdote...

Les gens qui te mettaient au placard,

c'était des gens qui ne connaissaient pas la pornographie non plus.

Oui, bien sûr.

C'était purement par précaution.

- Ils s'imaginaient des choses. - Ça déteint, peut-être.

Ou qui ne connaissaient pas forcément aussi la double carrière de Jean Rollin.

Jean Rollin, à l'instar d'autres réalisateurs,

travaillait sous un pseudonyme

et faisait des films X qui lui permettaient de travailler régulièrement

puisque ça allait très vite de se faire greenlighter un film X.

C'était pas un long parcours sur recettes et des dossiers à défendre.

Ça pouvait se faire du jour au lendemain.

Il alternait ça avec sa carrière de cinéaste fantastique d'auteur

avec son univers, dont tu peux nous dire quelques mots, Nicolas?

Disons que Jean Rollin, il le disait lui-même,

ses films personnels, ses films fantastiques,

surtout ses films de vampires, ils les signait de son propre nom.

Tous les autres, il les signait du pseudonyme de Michel Gentil.

Le cinéma de genre français

est quand même beaucoup focalisé sur la comédie.

S'il y a un auteur en France

qui symbolise le fantastique, c'est Jean Rollin.

Avec un univers très particulier, pétri de surréalisme.

C'est effectivement une de ses inspirations principales,

avec aussi des tableaux de Clovis Trouille,

nous disait Jean-Pierre Bouyxou.

- Max Ernst. - Aussi.

On est vraiment dans un univers extrêmement particulier

qui peut trancher avec la réputation de pur bateleur de foire

qu'on pouvait donner à ces réalisateurs.

On va regarder la bande-annonce de Fascination.

Jean Rollin et Michel Gentil, c'est tous ses vrais prénoms.

Je crois qu'il s'appelait Jean Michel Gentil Rollin.

Alright.

Quand Cédric tout à l'heure disait que

Jean Rollin t'avait rendue instantanément iconique et culte,

ça faisait essentiellement référence à ce personnage

et à cette figure de jeune femme

armée d'une faux vêtue d'un seul drapé

qui est devenue cultissime, notamment outre-Atlantique,

notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne,

peut-être même encore plus qu'en France.

Je suis allée à New York justement il y a une vingtaine d'années

avec Jean Rollin qui était invité aux États-Unis,

et j'avais été assez surprise en effet du nombre d'Américains

qui m'avaient demandé de signer des photos.

Et Jean avait ce…

C'était un petit public, quand on connaît la population américaine,

mais il y avait en effet un public. Voilà.

Jean Rollin est pas très bien reconnu dans son pays.

Ça tient à plusieurs raisons,

une des raisons étant qu'une certaine chaîne du câble

a acheté pour un prix défiant toute concurrence ses films

pour faire des quotas et les diffuse à longueur de nuit,

ce qui fait pas du bien.

Bon, il leur faut une part de l'écran, mais ça fait partie des raisons.

Effectivement, les cinéphiles,

les fans de cinéma de genre, de cinéma fantastique et d'horreur

américains, anglais et allemands rendent beaucoup plus justice.

En même temps, c'est quand même un cinéma d'auteur très particulier.

C'est pas très grand public quand même, il faut le reconnaître.

Il y a un rythme. Ce sont des images.

Jean Rollin expliquait qu'il donnait corps à des images

issues de son imaginaire personnel, plus quelques mouvements.

Donc il a un rythme qui est quand même assez particulier,

qui est pas facile aujourd'hui pour un public jeune, par exemple.

Oui, c'est un cinéma très particulier.

En plus, c'est pas un grand directeur d'acteurs.

Parfois on pourrait considérer que ses acteurs sont pas toujours…

On parle d'un défaut, quoi.

Il s'est amélioré par la suite, mais au début…

Cependant c'est en travaillant avec lui

que tu m'as déjà dit que tu avais eu envie de devenir comédienne.

En fait oui, mais je pense que j'avais envie d'être comédienne dès le début.

J'avais envie en tout cas de…

J'étais exhibitionniste au sens d'avoir envie de me montrer, bien sûr.

Mais c'est vrai que Jean Rollin en quelque part m'a donné l'impression

que je pouvais être comédienne.

Justement, ce film, Fascination,

montre bien que Jean Rollin avait une façon de créer comme un peintre

plus qu'effectivement comme un cinéaste.

Il est pas… Il n'a pas le rythme,

il a pas la façon de lier forcément chaque scène,

mais chaque scène isolée est extrêmement forte.

Donc ça se rapporte plutôt à du… c'est un peintre.

De toute façon, toutes ses références sont là-dedans.

Il a mis sa patte, au sens où c'est un cinéma d'auteur.

Au sens étymologique du terme.

En 1980, tu décides de mettre un terme

à ta carrière dans le cinéma pornographique

avec un film qui s'appelle Les Petites Écolières.

Donc ton adieu au genre.

C'est le moment où tu décides

de te consacrer exclusivement au cinéma traditionnel.

C'est ce qui va donner la ligne directrice

de la suite de ta carrière.

Tu vas beaucoup travailler ou retravailler

avec des gens que tu avais déjà croisés précédemment.

Soit parce que tu avais déjà commencé à faire des films avec eux,

ou soit parce que, comme Jean Rollin, par exemple,

ils te proposent à nouveau des rôles.

Ou il y a eu aussi Claude Mulot, avec qui tu as fait Les Petites Écolières.

Ou des gens que tu aurais pu croiser aussi,

puisqu'il y a par exemple Michel Caputo avec qui tu as travaillé ensuite.

Tu n'as jamais travaillé dans les productions Jean-François Davy.

Non, c'est exact.

Jean-François Davy, c'était un des producteurs les plus importants.

Je pense que Jean-François Davy avait tourné des films avant

et il a pas dû tourner beaucoup pendant que j'ai…

Il en a tourné assez peu. Par contre, il en a produit énormément.

Il se trouve qu'il y a une raison pour laquelle

tu n'as jamais travaillé dans des productions Jean-François Davy.

Je crois que j'ai fait un film avec Michel Caputo quand même, il me semble.

Je sais pas. Vous avez l'air de mieux connaître ma carrière que moi, alors…

- L'Exécutrice, non? - Je suis pas trop sûre de ma carrière.

Oui, L'Exécutrice. C'est vrai que nous, on s'est penchés…

C'est, on va dire, la dimension d'utilité publique qui est évidente.

Il y a plus de 100 films dans la carrière de Brigitte.

Nous parlons de 100 longs métrages,

une centaine de longs métrages qui sont sortis en salle,

d'un intérêt variable.

- On pourrait dire, oui. - C'est inégal.

Effectivement, nous nous sommes dévoués,

avec Cédric et Nicolas, pour tous les voir.

Vous évitant ainsi d'avoir à vous perdre

dans ceux où ça ne le mérite pas forcément.

Il y en a certains qui valent plus par leur bande-annonce que par d'autres.

Là, on va montrer une bande-annonce d'un genre un peu intermédiaire,

qui est un film érotique

qui a fait l'objet de caviardages

de la part d'indélicats distributeurs

peut-être dans des villes parfois éloignées de Paris ou…

Il y avait cette pratique de montrer à la commission de classification

des films érotiques, et puis ne s'en valaient

que des plans tout à fait inoffensifs,

quand les gens commencent à s'embrasser, ensuite il y avait des plans...

- De voitures. - De voitures, de gens qui se promènent dans Paris…

Des oiseaux qui font "cui-cui".

Et puis une fois les portes de la commission refermées,

on remettait la copie sur le banc de montage

et à la place de ces plans de voitures, on mettait des inserts hard

qui pouvaient avoir été tournés dans une chambre d'hôtel par…

un certain Claude Sandron, par exemple.

Ce qui est fascinant d'ailleurs avec ces inserts hard,

c'est que vous pouviez voir un film…

Plan haut : l'homme et la femme s'embrassent.

Plan bas : on a des inserts anatomiques,

et c'est pas forcément le sexe de l'homme,

et c'est pas forcément le vagin de la femme qui se fait pénétrer.

C'est pas forcément au même endroit, puisque Claude Sandron,

c'était un monsieur qui démarchait des couples à la sortie de la Gare du Nord

et qui leur proposait de venir tourner des inserts dans une chambre d'hôtel.

Il avait une collection de couvre-lits de couleurs différentes

pour être vaguement raccord. Il avait même des couvre-lits couleur gazon.

Et puis si on pouvait ajouter du détail,

s'il y avait une scène qui pouvait se tourner dans une grange,

il pouvait ponctuellement lui arriver de rajouter, non pas des bottes de foin…

- rajouter des petites… - Deux ou trois brins de paille

sur un couvre-lit d'une couleur qui est à peu près jaunasse.

D'ailleurs, à ce propos…

les premiers plans que tu as tournés.

La première fois que t'as rencontré ces personnages,

on ne sait pas dans quels films ils ont été mis.

Au pluriel. Ça veut dire que quelque part, il y a un film…

- Où il y a des inserts… - Plusieurs.

… de Brigitte, et personne sait où ils sont.

C'est Gérard Kikoïne, qui a été un des monteurs…

Nous allons organiser un jeu.

Gérard Kikoïne, qui était monteur,

monteur d'images avant de devenir réalisateur,

nous a dit qu'il a déjà utilisé des douzaines de fois la même scène

dans tout un tas de films différents.

On est à la recherche du plan perdu.

Je vous souhaite d'être celui qui le trouve.

On va regarder la bande-annonce d'un film dont le titre parle de lui-même.

C'est un film totalement érotique

qui a eu une exploitation, qui avait même eu plusieurs exploitations,

parce qu'au moment de L'Exécutrice, alors c'est en période de transition,

le film est ressorti en vidéo sous le titre L'Exécutrix.

On va regarder la bande-annonce de Touchez pas au zizi.

- C'est crade, ça. - Oui, c'est crade.

Le film n'est pas bien, mais Brigitte est vraiment très bien dedans.

Touchez pas au zizi

Une comédie burlesque et ironique dans un climat sensuel.

Très sensuel.

Un film érotique d'un style différent.

Très différent.

La verdeur gauloise alliée à l'impudeur suédoise.

Une histoire insolite. Un conte insolent et licencieux.

L'aventure extraordinaire d'Achille.

Doux, rêveur. Brave garçon.

Adorant les femmes, mais hélas! Une vraie catastrophe au lit.

Minable. Totalement minable.

Jusqu'au jour où survient la fée Érotica.

Un coup de baguette magique, et alors, là…

Achille, c'est Supersexe en personne.

Touchez pas au zizi

Une cascade de situations troublantes.

Un innocent petit mensonge amenant une avalanche de complications comiques.

Un itinéraire galant et libertin

aux étapes peuplées de filles voluptueuses et entreprenantes.

Touchez pas au zizi

Un film émoustillant, pétillant, croustillant.

Un film qui éveille les désirs.

Touchez pas au zizi

Votre prochain spectacle.

Là, ce qu'on a vu, c'est une fatwa contre Brigitte.

Merci beaucoup à Emmanuel Rossi

qui détenait cette bande-annonce dans sa collection personnelle.

Ce n'est pas la version telle qui nous l'a mise à disposition,

puisqu'il avait justement une version caviardée avec des inserts hard

collés avec des bouts de scotch directement sur la pellicule

qui provenaient de complètement autre chose.

On vous l'a pas montré parce que c'est pas l'objectif.

Ça, c'est intéressant. Ce sont des inserts hard pour la bande-annonce,

pour pré-exciter les gens,

et les inserts hard du film ne sont pas les mêmes.

Il est très peu vraisemblable que ce soient les mêmes.

Le film vaut son pesant de cacahuètes.

Il y a un film quasiment cousin de celui-ci,

parce que Patrice Rhomm, le réalisateur,

nous expliquait qu'il tournait toujours deux films à la fois.

Comme ça il engageait qu'une seule équipe

et il devait y avoir qu'un seul lieu de tournage,

donc il tournait deux films.

Il y a également un film qui est sorti avec quelques semaines de décalage,

qui s'appelle Le Bijou d'amour.

Le Bijou d'amour

Le film qui ouvre les plus secrètes portes de l'enfer du sexe.

Le Bijou d'amour

Un anneau mystérieux chargé d'un pouvoir maléfique

réalisant les fantasmes les plus pervers.

La bague de Casanova donnant à son porteur

le don de séduire toutes les femmes.

Livré aux tentations obscènes de sept diablesses lubriques,

un homme ose affronter les succubes,

créatures démoniaques qui sucent l'énergie de leurs victimes.

Le Bijou d'amour

La ronde des péchés capitaux et capiteux.

Une vertigineuse plongée dans le trouble univers sensoriel des désirs refoulés.

Chargé d'un reportage pour Confidences de l'étrange,

un journaliste se retrouve prisonnier d'une secte satanique.

Comment échapper aux séductrices malsaines et dépravées

issues de son propre cerveau?

Le Bijou d'amour

Orgies et magie.

Aventure et luxure.

Vices et sévices.

Comme les vampires, la grande force des succubes,

c'est que personne n'y croit.

Et pourtant…

Le Bijou d'amour

Le plus fantastique des films érotiques.

Le plus érotique des films fantastiques.

Succubez à la tentation.

Et venez voir Le Bijou d'amour.

Notre prochain spectacle.

Strictement interdit aux moins de 18 ans.

Ce film érotique évoque aussi une caractéristique de tes rôles

tout au long de ta carrière dans le cinéma après le X,

c'est qu'évidemment, tu n'avais aucun problème à te déshabiller.

Non.

Mais c'était un superpouvoir qui était très apprécié

dans les années où t'as commencé.

Y compris par Jean Rollin,

puisque le Jean Rollin avait une signature des vampires nues.

En fait, c'était ma conscience professionnelle.

On me demande de me déshabiller, et je me déshabille.

Je ne vois pas où est le problème.

Je peux raconter une anecdote.

J'avais fait partie du jury…

Au Grand Rex, il y avait un festival fantastique

et une année, j'ai fait partie du jury.

C'était en… 86, sans doute, quelque chose comme ça.

C'était un festival de films d'horreur

et je peux vous assurer que c'était que des jeunes complètement déchaînés

qui envoyaient des canettes

de coca ou de bière sur la scène. Enfin, c'était vraiment…

On m'a dit : "Tu vas voir, ça va être dramatique," etc.

Je monte sur scène, et puis tout le monde commence à crier :

"Elle a pas de culotte!"

J'avais une mini-jupe.

J'avais une culotte, donc j'ai soulevé ma mini-jupe et j'ai montré ma culotte.

Et puis ça a été… Enfin, tout le monde a applaudi

et ils ont envoyé des canettes sur tout le monde, sauf sur moi.

Donc ça sert, de pouvoir se déshabiller.

Dans ces annonces on te… tu es annoncée comme Scandinave.

C'est une chose qui a beaucoup été…

Il y a notamment un réalisateur suisse-allemand

qui s'appelle Erwin C. Dietrich,

quelqu'un avec qui tu as travaillé à cinq reprises.

Oui, j'ai tourné cinq films érotiques

pas du tout pornographiques, d'ailleurs.

Non, c'est pas X.

Et Erwin C. Dietrich…

- Ça, c'est après ma carrière dans le X. - Tout à fait.

D'ailleurs, après le X, tu as fait différents films érotiques.

Dont certains très beaux, comme celui qu'on a pu voir hier,

voir pour certains, Erotica.

Erwin C. Dietrich, c'était une sorte de…

On parle de lui parfois comme du Roger Corman suisse.

Car c'est quelqu'un qui a produit pendant une trentaine d'années

des films d'exploitation dans tous les genres.

À la Nuit excentrique, il y avait un Mad Max hispano-suisse

qui s'appelait Mad Foxes,

et puis il y a cette série de cinq films

dans lesquels, au moins trois d'entre eux, tu joues une Suédoise,

enfin, prétendue Suédoise avec d'autres actrices tout aussi françaises que toi.

Puis il y a ce film de prison de femmes qui sera projeté ce soir à 21 h 30.

Est-ce que tu te souviens des tournages d'Erwin C. Dietrich?

Oui, c'était très bon enfant.

Il avait un côté… Je crois que ce qu'il aimait beaucoup,

c'était nous voir courir les seins nus.

Ça, ça l'amusait beaucoup.

Voilà, c'était…

Il avait un côté bon enfant, vraiment.

Il avait cette rigueur suisse,

c'est-à-dire qu'il y avait un tournage

avec des horaires assez difficiles, on se levait tôt, tout ça,

mais je garde vraiment un bon souvenir de cet homme.

C'était pratique parce qu'on tournait quand même

une dizaine de jours, 15 jours, on partait, on revenait…

C'était de bonnes conditions de tournage?

Tout à fait, oui.

Et il savait ce qu'il voulait, quoi. Il y avait un scénario.

On avait l'impression de faire du cinéma.

C'était sympa.

Le film qu'on va voir ce soir d'ailleurs est la suite d'un film

que Dietrich avait produit

et qui a été réalisé par Jess Franco, dans lequel Karine Gambier,

qui joue la méchante,

jouait la pauvre détenue qui pour survivre devient tortionnaire, d'où…

Mais vous comprendrez quand même, pour ceux qui restent, ce qui se passe.

C'est intéressant de dire qu'Erwin C. Dietrich

a fait fortune avec un film,

qui était le premier film qu'il a fait avec toi,

qui est Les Bourgeoises de l'amour,

qui est un remake d'un film qu'il a fait 68.

C'est ça, il allait faire faillite, parce que c'est ce qu'il nous a raconté.

Il avait réalisé une adaptation de Maupassant en 68.

Une adaptation assez libre

qui était déjà érotique, mais comme il était impossible de le faire en 1968,

il a repris ce film-là,

qui a sauvé sa société de la faillite en 80.

Les Nièces du colonel, c'est le nom de la nouvelle de Maupassant.

Ce qui est intéressant, c'est que comme il était frustré du film de 68

parce que la commission de censure lui a retiré

tout ce qu'il voulait faire dedans,

quand les mœurs ont changé en 79,

il a refait ce film avec toi.

Donc il a mis tout ce qu'il n'avait pas pu mettre dans l'autre.

Et c'est là qu'il a fait fortune.

Donc pourquoi je dis ça?

C'est parce qu'après, il s'est dit : "Qu'est-ce que je fais avec mon argent?

"Qu'est-ce que j'aime faire? J'aime faire des films.

"Avec des filles nues qui courent dans les bois."

Donc il en a fait quatre autres.

L'histoire est belle, parce que c'est un homme

qui a fait juste ce qu'il avait envie de faire.

Donc à la fin de ta carrière, enfin…

une fois terminée ta carrière dans le X, il y a différentes sollicitations.

On te propose beaucoup dans l'érotisme.

Donc il y a Erotica et Dietrich, et puis en même temps

tu commences aussi à passer des castings

et puis à te faire embaucher sur différentes productions

dans des rôles qui sont mineurs, mais on commence à te voir

aux côtés d'Alain Delon ou…

Oui, mais en fait, j'ai pas tellement passé de castings.

C'est plutôt l'occasion de rencontres qui font que j'ai tourné dans des films.

Par exemple quand j'ai tourné dans Pour la peau d'un flic,

où j'ai un petit rôle…

Vous entendrez une sonnerie vers 15 h.

Revenez à la réception, et là, vous verrez le Dr Malvou.

- Très bien. Merci. - De rien.

En fait, c'est parce que…

une de mes meilleures amies était la maîtresse d'Alain.

Donc Alain nous a engagées toutes les deux, et voilà.

C'est pas…

C'est pas du tout parce que j'avais fait un casting.

De toute façon, je faisais pas de castings,

parce que j'étais pas du tout reconnue pour être actrice,

donc les films que j'ai tournés,

ça a toujours été grâce à des relations.

Les films pornos aussi.

Oui, mais on s'en reparle.

Et le film de Verneuil, qui s'appelle I… comme Icare?

I… comme Icare, je l'ai tourné en 77.

J'étais donc encore en train de faire des films pornos, et c'est pareil.

C'est mon ami de l'époque

qui était dermatologue

et il soignait la directrice de casting.

C'est comme ça que j'ai eu le rôle.

Je vous assure, c'est vrai.

C'est drôle. J'ai une vie quand même assez curieuse.

Tu sais te servir de tes relations.

Oui. Enfin, ça se faisait naturellement, quoi.

Donc il y a cette période que tu décris comme assez difficile,

entre 83 et 85,

où tu travailles pas assez à ton goût.

82 même, 81 même. Même 80, peut-être même avant.

Pardon.

Non, mais c'est vrai. À partir du moment où j'ai arrêté les films X en 80,

j'ai quitté l'homme avec qui j'étais, qui gagnait bien sa vie,

donc ça a été un petit peu compliqué de survivre.

Jusqu'en 84, 85 même.

C'est le moment où on commence à te confier des rôles plus importants.

Grâce en partie encore une fois à une relation, qui est René Chateau,

parce que René Chateau achetait beaucoup de droits vidéo.

Par exemple Joy et Joan,

c'est vrai que j'avais rencontré, et qui était un ami,

celui qui a écrit les bouquins Joy et Joan,

mais le producteur, Benjamin Simon, n'avait pas très envie de me prendre

parce que ma carrière X, machin, etc.

C'est parce que René Chateau a acheté les droits vidéo du film

que j'ai eu le rôle, voilà, pour dire les choses telles qu'elles le sont.

Ta rencontre avec René Chateau, c'est entre autres personnel, puisque

tu as partagé ta vie et il a eu aussi un impact important sur ta carrière.

Oui, absolument.

Il a produit ensuite Les Prédateurs de la nuit…

Il a produit Les Prédateurs de la nuit.

Il est d'abord intervenu comme distributeur,

comme sur L'Exécutrice, notamment.

Oui.

Pour L'Exécutrice, il avait acheté les droits vidéo,

et surtout, il a refait l'affiche.

Oui. On n'a pas le visuel de l'affiche. Elle sera dans le livre.

Entre l'affiche originale et l'affiche refaite par René Chateau,

on voit sa patte, quoi.

C'est vrai, il a appliqué des techniques…

René Chateau, beaucoup d'entre vous le connaissent.

Nicolas, tu peux juste faire une rapide présentation?

René Chateau, c'est un distributeur, producteur.

Il est connu pour sa maison d'édition

avec la panthère sur fond jaune.

Les gens un peu de l'âge de Guillaume et de Cédric,

c'est marqué dans leur imaginaire.

C'est aussi lui qui dans sa promotion

a introduit Bruce Lee en France.

Dans son cinéma, le Hollywood Boulevard sur les Grands Boulevards.

Pour l'affiche de L'Exécutrice,

il a aussi été pendant 15 ans? 18 ans? L'agent de…

Il a été 18 ans associé de Belmondo, et c'est vrai que c'est le…

Il s'occupait de l'image de Belmondo.

Il concevait lui-même la plupart des affiches des films de Bébel.

En fait, il a commencé sa carrière en cinéma comme attaché de presse.

Il a été l'attaché de presse de…

c'était Bonnie and Clyde son premier film.

Exactement. Il a fait la sortie de Bonnie and Clyde.

La chanson de Gainsbourg d'ailleurs est une initiative à lui.

C'est lui qui a contacté Gainsbourg et qui a proposé d'abord de le faire.

C'est un passionné de cinéma, un cinéphile.

Il avait Massacre à la tronçonneuse aussi.

C'est lui qui a sorti Massacre à la tronçonneuse en France.

La VHS pour René Chateau, ça a été l'occasion de permettre

de rendre visibles des films

qui ne passaient pas les fourches caudines de la censure.

Comme des films notamment d'extrême violence.

Donc il y a Maniac aussi.

Chair pour Frankenstein.

Oui, sans doute.

Le Romero?

Le George Romero, c'était lui aussi.

Des films de Tinto Brass aussi, comme Salon Kitty.

Il a inventé une accroche magique pour sa collection, qui était :

"Les films que vous ne verrez jamais à la télévision."

Nous, quand on était jeunes et qu'on n'avait pas le droit de…

ça nous faisait tout autant rêver. Enfin, c'est un autre registre.

Comme Parties de chasse en Sologne.

Je voyais le titre dans Vidéo 7…

Effectivement, il s'est occupé de l'image de Belmondo,

l'image de la carrière la plus commerciale de Belmondo, le Bébel.

Des films de flic avec un gros flingue et un blouson en cuir.

Pas le Belmondo de Godard ou de…

ou de Stavisky de Resnais.

Ils se sont disputés à peu près au moment où vous vous êtes rencontrés.

Oui, absolument.

Et pas à cause de moi.

Avant... On va parler des Prédateurs de la nuit

parce que c'est un film qui est intéressant,

puis c'est un film aussi qui a beaucoup contribué…

également outre-Atlantique aussi, et en Allemagne, en Angleterre,

à ton image d'actrice culte.

Puis aussi en France.

Mais juste avant, on va regarder une petite vidéo

qu'on avait fait pendant la campagne du livre.

Où il y a beaucoup d'images justement

issues des films de cette période-là,

où t'es un peu aussi une actrice d'action.

On va regarder une vidéo qui s'appelle

Mais qu'est-ce qui fait courir Brigitte?

Avant Les Prédateurs de la nuit,

il y a eu ton deuxième film avec Jess Franco.

On a évoqué le précédent

dont tu gardes pas un souvenir impérissable,

qui s'appelait Je brûle de partout.

Non.

Par contre, ton deuxième film avec lui, c'est un film qui était plus ambitieux.

C'est un film d'aventure dans la jungle qui s'appelle Dark Mission.

Qui a été produit par une compagnie de production, une firme française

qui s'appelle Eurociné.

Peux-tu nous parler un peu de ce que c'était?

Alors Eurociné…

Si vous avez quelques souvenirs de fêtes foraines,

vous imaginez le forain qui est en train de vous vendre la femme à barbe,

de faire le bateleur et vous dire :

"Mais viens, viens voir! Je te promets du grand spectacle!"

Et vous entrez dans la baraque…

Il y a pas de femme à barbe, ou c'est une femme avec une barbe postiche.

Eurociné, avec ses films, c'est à peu près ça.

Tout à l'heure, on parlait d'inserts pornographiques,

on parlait de réutilisation abusive de films.

Eurociné, même si officiellement ils ont jamais fait de films pornographiques,

ils le faisaient aussi avec leurs films, leurs films d'action, etc.

C'est-à-dire que lorsqu'ils nous en ont parlé,

ils nous disaient : "Mais monsieur, quand une scène est bien réussie,

"et qu'elle coûte cher, à quoi ça sert de la retourner?"

Autant la promo que les films, ils la réutilisaient.

Vous aviez déjà tourné avec Eurociné dans un film plus ancien

qui s'appelait Viol, la grande peur.

Vous avez un film à thèse.

Un réquisitoire contre le viol.

Tout à fait, oui. Où je castrais un homme.

Où tu te venges d'une manière tout à fait radicale.

Ça s'appelle un spoiler.

C'est pas donner la fin.

C'est pas un spoiler.

C'est le principe. C'est le genre qui veut ça.

Les genres veulent ta revanche.

Plaider contre le viol, c'est parler.

C'est dire les choses.

Condamner le silence.

Silence gardé par les femmes.

Parce qu'on a réussi ce tour de force,

de faire du viol le seul crime au monde

dont l'auteur se sente innocent

et la victime honteuse.

Au secours!

Viol.

Un problème qui vous concerne… tous.

Qu'est-ce que je vais devenir maintenant?

Ma vie est fichue.

Vous, moi, tous.

Viol.

Une reconstitution authentique de faits réels.

Des images de désespoir.

Eh ben! On est arrivés, non?

Et de vengeance.

J'allais les castrer comme des porcs.

Comme des immondes qu'ils étaient.

Une histoire de tous les jours.

Il faut que je trouve, maman! Je ne peux pas garder cet enfant!

- Je ne veux pas! - Calme-toi! Calme-toi.

On trouvera un moyen. On va voir. On va réfléchir. Il faut réfléchir.

Poignantes, vous troubleront.

Elles sont pourtant vraies.

Leur violence…

leur audace…

vous étonneront.

Elles sont pourtant vraies.

Viol.

Un film-témoin qu'il faut voir.

- Et vous vous n'êtes pas défendue? - Si.

- Ils vous ont violée quand même? - Oui.

Vous n'avez pas essayé d'appeler?

Bien sûr que si, mais l'endroit est isolé.

Il faut croire que vous l'avez choisi le plus désert possible.

C'est ignoble, ce que vous insinuez.

Viol.

Avec Rika Dunkan

Joëlle Le Quément

Joan N'Guyen

Maria Catalard

Et Brigitte Lahaie

Donc oui, Eurociné…

Il y a une métaphore aussi qu'utilise beaucoup Daniel Lesœur.

C'est une société familiale qui a été créée par Marius Lesœur,

qui a été forain d'ailleurs,

dont s'est occupé ensuite son fils Daniel.

Il avait des talents de cordonnier aussi.

Il dit : "Un cordonnier doit faire des chaussures qui plaisent au public,

"mais il faut pas que ça coûte trop cher parce que sinon

"il y aura plus cuir pour la paire d'après."

Mais il le dit en même temps…

car on parlait même pour Erwin Dietrich,

c'était quand même des gens qui étaient

à leur niveau, qui essayaient de faire du cinéma.

Bien entendu à leur niveau.

Donc ça donne avec Dark Mission

où, à leur niveau, ils essaient de faire une superproduction.

C'est vrai que pendant des années, Eurociné faisait cinq films par an.

Effectivement avec pas mal de réemploi aussi.

À partir du milieu des années 80, ils décident… Le marché change.

C'est le moment où les salles de cinéma de quartier commencent à fermer,

la télévision arrive.

Les salles de cinéma peuvent plus absorber autant de films.

Donc ils décident de faire moins de films, d'en faire un seul par an.

Avec plus de stars, et puis c'est vendu à l'international.

C'est dans ce contexte-là qu'ils mettent en chantier Dark Mission en 1987.

Avec un parterre de stars.

Donc Jess Franco, c'est un réalisateur qui a fait…

qui a été crédité à la réalisation de plus de 200 films.

C'est un tout petit peu difficile à retracer

parce qu'il utilisait une cinquantaine de pseudonymes différents.

Des pseudonymes pour certains qui s'inspiraient de sa passion pour jazz.

Ça veut dire que si vous reconstituez les pseudonymes de Jess Franco,

vous avez un big band assez variable.

Donc on a Jess Franco, mais aussi dans Dark Mission

on a quand même une distribution assez pointureuse.

- On a Christopher Lee. - Le Christopher Lee de Hammer.

Il nous a quittés malheureusement trop tôt pour qu'on puisse l'interviewer.

J'allais dire Christopher Lee de Star Wars.

Oui.

Dans le film, vous tournez plus des scènes avec lui,

il y a aussi Monsieur Mitchum.

Oui, mais Christopher Mitchum, le fils de Robert Mitchum.

Qui entretient une vague ressemblance avec lui,

mais voilà, qui a…

Il y a une actrice espagnole aussi, Cristina Higueras,

qui est connue en Espagne.

Donc le casting est… et Brigitte pour la France.

Le casting est composé de manière

à rendre le film le plus rentable possible sur plusieurs territoires.

Il y a quand même une intrigue dans laquelle un agent de la CIA

cynique et retors est envoyé déjouer,

mettre à bas un cartel de la drogue

qui a été créé par un ancien compagnon d'armes du Che, Christopher Lee,

qui est rendu fou par la mort de sa femme

et a décidé de se lancer à temps perdu dans la drogue.

Est-ce que tu sais comment ta mère est morte?

- Tu m'as toujours dit que… - Je ne t'ai jamais dit la vérité.

Ta mère a été tuée par des impérialistes américains

quelques jours après ta naissance.

Ils tuèrent tous les leaders de la Révolution.

Ils les tuèrent tous, Che Guevara, tout le monde. Tout le monde!

Excepté moi.

Sur place, l'agent de la CIA,

qui a des techniques un peu particulières…

Qu'est-ce que tu fous ici?

Je veux être avec toi, mais si tu veux que je m'en aille…

Tu me suivais. T'as changé de voiture.

Bien sûr, puisque t'as la mienne.

... rencontre son contact sur place.

C'est d'ailleurs une très belle scène du film.

L'agent, c'est toi. On ne te voit pas au début du film.

On ne voit que ton regard dans un rayon de lumière.

C'est parmi les plus beaux plans du film qui sont vraiment des plans de Franco.

C'est une apparition qui est progressive et quasi-mystérieuse.

Jouez leur jeu et n'oubliez pas le rendez-vous de demain matin.

361, avenue Bolivar.

Comment est-ce que je vous contacterai?

Vous inquiétez pas de ça.

Comptez jusqu'à 10 avant de bouger ou vous le regretterez.

Oui, je sais.

C'est un film qui est très sage.

T'as pas été demandée de te déshabiller parce que le film se voulait familial.

Non, le pire, c'est un maillot de bain.

Le pire...

Il y a notamment des scènes d'action qui sont assez remarquables

où tu utilises une énorme mitrailleuse qui est peut-être russe, je pense.

Je ne le sais plus, mais effectivement.

Il y a des hélicoptères de l'Aérospatiale.

Par une capacité de conviction supérieure à ce qu'on peut supposer,

Daniel Lesœur a réussi à convaincre

le représentant commercial de l'Aérospatiale

pendant un salon du Bourget

de confier des stock shots de leur nouvel hélicoptère Super Puma

plus quelques autres,

parce que c'est pas toujours le même hélicoptère selon les plans.

Les stock shots, c'est ce qu'on appelle quand on tourne des petits bouts de film

ou surtout qu'on prend des bouts de film

qui ne viennent pas du tournage de base.

Quand on n'a pas trop d'argent, on va prendre un stock shot.

Orson Welles l'a fait à son niveau dans Vérités et Mensonges,

mais ce que ça donne dans ces films populaires, c'est :

"Oh! Regarde." Champ, contrechamp. Des stock shots.

C'est qui est aussi intéressant dans le début de Dark Mission par Eurociné,

c'est qu'à un moment, tu parlais de Che Guevara, etc.

On a en fait Chris Mitchum qui regarde des images d'archives

qui sont colorisées en sépia

avec une voix off qui essaie de nous faire croire…

À un moment, ça zoome. On fait : "Regardez bien cette personne-là!"

Ça essaie de faire croire que c'est un ordinateur,

que c'est une voix synthétique. Et ça dure 10 minutes.

Alors le souscripteurs du livre auront le DVD de Dark Mission,

fait à l'occasion du livre à partir d'un nouveau master.

On s'est donné beaucoup de mal,

mais il faudra quand même passer vite sur cette séquence-là

parce que c'est une torture notamment auditive.

Il y a une question que j'aimerais vous poser :

tout à l'heure vous parliez, pour les tournages de films d'amour,

comme dirait Gérard Kikoïne,

vous parliez d'une ambiance familiale.

Est-ce que dans des tournages de productions comme Eurociné

on retrouvait cette ambiance?

Ou est-ce qu'on était avec des artisans

qui essayaient à chaque fois de vous dire non?

Le tournage de Dark Mission reste un tournage sympathique.

Parce que c'est toujours pareil :

quand on est dans un cinéma

avec une équipe quand même assez réduite,

tout de suite, il y a plus un sentiment de famille, quoi,

Alors que j'ai le souvenir d'I… comme Icare

où j'ai tourné avec Henri Verneuil :

on est pratiquement pas en relation avec le réalisateur.

On est en relation avec le premier assistant, et encore peut-être même pas.

Yves Montand aussi, parce qu'il aurait couru après un balai.

Mais c'est pas la même chose.

J'ai tourné par exemple dans un film de Gérard Oury.

J'ai une scène dans Le Coup du parapluie.

C'est pareil, j'ai pratiquement pas eu l'occasion de…

Dans la piscine.

Dans des petits films comme ça, on connaît toute l'équipe, quoi.

Dark Mission, ça impressionne beaucoup René Chateau,

- qui te rend visite sur le tournage… - Absolument.

et qui décide sur-le-champ d'embaucher Jess Franco.

En fait, je pense que René avait depuis longtemps eu envie

de produire vraiment un film.

Je pense même qu'il avait envie, mais il se l'est jamais autorisé,

d'être un réalisateur.

Quelque part, avec Jess Franco, il se rend compte qu'on peut faire un film

finalement avec beaucoup moins de moyens

que les films de Belmondo, évidemment.

Je pense que dans son idée, c'était de se dire :

"Je vais pas faire un film avec le budget d'un Belmondo,

"mais je vais faire un film avec un budget largement supérieur

"à Dark Mission et Eurociné."

C'est comme ça que lui est venue l'idée des Prédateurs de la nuit.

C'est vrai que Les Prédateurs de la nuit, c'est ce principe

d'un film avec un casting international et prestigieux,

et avec une histoire forte, mais fois dix, quoi,

par rapport à ce qu'est Eurociné.

Il avait les moyens alors…

qui sont pas non plus sans fin.

C'était pas non plus la corne d'abondance.

C'est un film qu'il a financé intégralement lui-même sans aucune aide.

C'est un film proportionnellement à petit budget pour un film français,

mais c'est un film largement à plus gros budget que Dark Mission

et qui a été tourné, je crois, en six semaines,

alors que Dark Mission, on avait eu 15 jours à tourner.

Il faut reconnaître le talent de ce cinéma bis.

Je sais même pas comment ils arrivaient à faire des films

en quinze jours, quoi.

Qui ressemblent quand même à des films.

Qui ressemblent à des films avec un rendu technique.

C'est le cas de Jean Rollin aussi.

La Nuit des traquées, par exemple,

on a mis quinze jours pour tourner le film.

Quand on voit le film, on se demande comment on a réussi.

La Nuit des traquées, c'était un pari avec son distributeur

qu'il arriverait à faire un film fantastique

avec le budget d'un film porno.

Ce qui est bien. C'est un film très intéressant de Jean Rollin.

On en parlait hier.

Oui, c'est un film qui… C'est un film.

Enfin, il ne m'emballe pas, mais…

Pour les Prédateurs, tout le budget se voit à l'image.

C'est ce que voulait René Chateau.

Il y a de l'art. C'est un film qui est étonnamment sage.

Parce que t'as Anton Diffring et Helmut Berger notamment à tes côtés.

Il y a aussi Caroline Munro qui est l'actrice de Maniac,

qui était tout à fait sensuelle,

et Florence Guérin, qui venait de faire Le Déclic.

Regarde. C'est pas l'actrice Florence Guérin?

Oui, c'est bien elle.

Ces actrices sont insensées.

Elles font n'importe quoi pour devenir célèbres.

Et quand elles le sont, elles se cachent derrière des lunettes noires.

Il y a en terme d'érotisme, surtout là-dedans,

un rapide baiser entre toi et Florence Guérin, mais assez furtif.

Sinon, effectivement, on ne voit rien.

C'est assez étonnant.

C'est assez étonnant aussi de la part de Jess Franco,

qui lui ne s'est jamais gêné.

C'était pas un film érotique.

C'était un film fantastique, enfin un film d'horreur.

Il y a pas de raison de montrer spécialement des scènes…

Je comprends votre déception, mais…

Quand même on réunit Caroline Munro, Florence Guérin et Brigitte Lahaie,

on peut même…

Quand on en connaît autant.

D'ailleurs, René Chateau nous disait

que ça ne servirait pas au film de la voir…

D'autant que…

Toi, tu m'as raconté que d'une manière,

il aurait pu, aurait accepté de relever le niveau érotisme.

Mais ça a même été un jeu avec Helmut et moi-même.

On s'est dit : "Pourquoi on tourne pas une scène…?"

Voilà, Helmut Berger, quand même, il était beau, quoi.

Mais René devait être trop jaloux. Ça doit être ça. Dommage.

Ça a pas été très clair. Qu'est-ce qu'il voulait faire exactement, Helmut?

On était d'accord. On en avait parlé à René.

On voulait tourner une scène, vraiment une scène érotique.

Je sais pas jusqu'où on aurait été, mais ça nous amusait.

Lui, il dit que non, ça aurait pas été bien.

René Chateau?

Il a dit: "Non, non, on y a bien pensé.

"Oui, on en a parlé, mais ça aurait pas été bien."

Je l'imite pas parce que je le fais pas bien.

C'est un des paradoxes du film, qui en fait aussi l'intérêt.

C'est un film qui a de l'ambition, qui a aussi un certain niveau.

On voit souvent la même voiture par exemple, la même R25.

Qui était peut-être la sienne, d'ailleurs.

Je sais pas s'il avait une R25 à l'époque.

On voit la même voiture qui appartient à des personnages différents.

Ah oui? Non, il avait pas une R25.

En tout cas, quelqu'un avait une R25 sur ce film.

Mais par contre, il y a des effets spéciaux.

- Vous ne savez pas tout? - On ne s'en souvient plus.

Il y a des effets spéciaux en revanche qu'on a très rarement vus…

d'une qualité qu'on a très rarement vue dans des productions françaises.

Ça donne lieu d'ailleurs à une petite bataille

entre René Chateau et Jess Franco, si on attribue la paternité respective.

Je pense que c'est René qui a trouvé… Gastineau, je pense?

Jacques Gastineau.

D'autant que les photos qu'on va mettre dans le livre

qu'il a mis à notre disposition le montrent sur le tournage,

très impliqué dans la préparation des effets spéciaux.

Avec la fameuse perceuse géante.

Puis ce type avec une tête absolument incroyable

qu'on n'a vu que dans deux films.

Cross avec Michel Sardou.

Michel Sardou a fait des films.

Un film policier, un badass hardeux des années 80,

un peu comme L'Exécutrice. C'était l'époque.

D'ailleurs, c'était l'époque où tu as fait L'Exécutrice,

où tu joues une inspectrice aux méthodes expéditives.

C'était une époque où Belmondo

et Alain Delon étaient en train de raccrocher.

En période de répit. C'était en statut d'action star française.

Effectivement, la place semblait ouverte puisque…

Daniel Auteuil par exemple a beaucoup concouru pour le job

dans L'Arbalète de Sergio Gobbi.

Ou dans Les Fauves.

Francis Huster… il y a eu aussi Florent Pagny.

Dans Justice de flic.

Robin Renucci.

Robin Renucci et même Frank Dubosc.

Dans un film qui s'appelle…

Blessures? C'est ça? Non, Blessures, c'était Florent Pagny.

Et Justice de flic, c'était Dubosc.

Donc pourquoi pas Brigitte?

Exactement. D'ailleurs, c'était même beaucoup plus judicieux.

On va parler…

On va parler de la dernière partie de ta carrière.

Celle où tu commences à t'engager

dans d'autres voies professionnelles que le cinéma.

"D'autres voix", c'est le cas de le dire.

C'est le cas de le dire.

Avec notamment un interlude un peu à part

par rapport à une carrière qui est essentiellement consacrée au genre.

C'est ce film que tu as réalisé…

dans lequel tu as joué avec Haydée Caillot

qui a été produit pour Arte par Eric Rohmer

et qui s'appelle Les Volets bleus,

dont on va regarder la bande-annonce tout de suite.

Jacques Mandréa, Brigitte Lahaie,

qui êtes-vous dans ce film Les Volets bleus?

- Moi, Christian. - Et moi, Anne.

Et vous le racontez comment, ce film?

Moi, je dirais que…

C'est un homme qui cherche désespérément à se faire violer.

Et moi, que c'est un homme qui cherche désespérément à faire croire l'inverse.

Ah. Et comment vous y prenez-vous pour y parvenir?

On peut pas vous dire, mais en tout cas, on essaie d'être drôles.

Émouvants.

Sensuels.

Et même impertinents.

Impertinents? Et ça se passe où, tout ça?

Tout ça se passe derrière les volets bleus.

Et un petit peu autour, aussi.

La voix qu'on entend, la voix off,

c'est celle de Jean-Luc Revol dont tu peux…

Jean-Luc Revol qui était assistant sur le film, en débutant.

Qui depuis est devenu metteur en scène assez coté.

Et qui accessoirement aussi a été ton partenaire

et metteur en scène sur ton one-woman-show show.

One-woman-show show.

Mais ça, c'est quelque chose qui est pas très connu de…

Non, en fait, c'est un spectacle que j'avais joué

notamment au Point Virgule.

C'est vrai que ça a pas… J'ai pas joué très longtemps.

Mais ça montre la diversité de ce que tu faisais.

Oui.

Parce que tenir une heure sur scène avec des textes

devant un public, c'est pas… C'est pas un film.

- On est bien d'accord? - Ouais.

Cela dit, elle a une émission de radio quotidiennement.

Justement, c'est le moment peut-être

où le cinéma traditionnel…

où tu décides que tu vas cesser d'attendre le cinéma traditionnel.

Là encore, c'est curieux, ce film.

J'ai beaucoup de tendresse pour ce film.

J'aime beaucoup ce film

parce que je pense que c'est dans ce film peut-être qu'on voit le plus

ma capacité d'actrice, de jouer sur différents registres.

J'ai eu ce rôle parce que je fais de l'astrologie

et que la réalisatrice est également astrologue.

En fait, j'avais fait la couverture d'un magazine d'astrologie.

C'est comme ça qu'Haydée Caillot m'a contactée.

Elle m'a imposée avec beaucoup de difficultés

parce qu'évidemment, pour Eric Rohmer, c'était pas évident

d'accepter que j'aie ce rôle-là.

Mais encore, on voit bien que c'est un curieux

hasard que j'ai été choisie pour ce film.

C'est vrai que ça permet de voir

une dimension de tes capacités de comédienne

qu'on n'a malheureusement pas assez mis à profit.

Tant pis pour eux.

Tant pis pour eux.

Un des paradoxes de ta notoriété,

c'est qu'elle prend toute son envergure

à peu près à cette période

où tu décides, où tu vas arrêter le cinéma,

ou tu es proche d'arrêter le cinéma.

En fait, j'ai pas arrêté le cinéma,

c'est le cinéma qui n'a plus rien à me proposer, voilà.

Donc je me suis détournée,

j'ai commencé à faire d'autre chose. J'ai écrit des bouquins.

J'ai commencé, et c'est ça qui m'a aidé d'ailleurs à survivre,

j'ai commencé à répondre à des questions sur Minitel, sur le téléphone aussi.

C'était l'époque des numéros 08, etc.

Je répondais à des questions de sexo.

- 3615 LAHAIE. - Oui, 3615 LAHAIE.

Tous les jours, je répondais à des questions

de Monsieur et Madame Tout-le-Monde.

C'est comme ça aussi que j'ai appris mon métier de…

je dirais pas de sexologue, parce que je me prétends pas sexologue,

mais voilà, je savais pas exactement comment la tournure des événements

allait avoir lieu, mais c'était…

Bon voilà, j'attendais qu'on me donne des signes.

Il y a une époque, une période charnière

qui t'a ouvert d'autres portes professionnellement :

c'est ce moment où tu as sorti ton autobiographie.

Ça, c'est en 1987. C'est un petit peu avant.

C'est un livre que j'ai fait parce que j'en avais un peu marre

chaque fois que je faisais une interview

que ce soit pour L'Exécutrice… On me parle toujours de mon passé.

J'aimais pas spécialement… Ça me gênait pas qu'on en parle,

mais je trouvais que c'était toujours des questions un peu insidieuses.

C'était pas clair, quoi.

Comme j'ai toujours été assez entière, je me suis dit :

"Bon, je vais écrire mon autobiographie, comme ça au moins ça sera marqué.

"Oui, j'ai fait des films pornos, et alors?"

C'est drôle, parce qu'à l'époque, René Chateau m'avait dit :

"Tu es complètement folle? Tu vas te griller définitivement."

Je sais pas, j'avais l'impression que c'était important de sortir ce livre.

J'ai été aidée d'ailleurs avec l'auteur de Joy.

Il m'a aidé à écrire ce livre parce que je n'avais jamais écrit.

Le livre a été un succès phénoménal sans doute grâce à Bernard Pivot

puisque j'avais été invitée à Apostrophe.

Ça m'a donc libérée, si je puis dire, de beaucoup de presse et de médias.

En effet, je suis rentrée dans le petit écran.

J'ai commencé à faire énormément

d'émission de télévision très populaires.

J'ai fait Les Grosses Têtes, les émissions de Patrick Sébastien,

Christophe Dechavanne, etc.

Du coup, je suis rentrée dans le grand public

comme étant une sorte de…

On m'a invitée parce que c'était, bon…

le côté un peu sulfureux de l'émission. Voilà.

C'est vrai que c'est comme ça que petit à petit,

mon nom est devenu de plus en plus connu dans le grand public.

Puis je dois beaucoup à Antoine de Caunes

parce que ça, c'est une anecdote intéressante.

Antoine de Caunes à l'époque était dans Nulle part ailleurs sur Canal+,

donc en clair, et il s'amusait sans arrêt à me citer.

Par exemple, il y avait un marin qui arrivait et il disait :

"Oui, vous faites 15 nœuds par heure, comme Brigitte Lahaie."

C'était que des… C'était toujours très drôle.

J'ai beaucoup d'affection pour Antoine de Caunes.

J'ai pas mal de mes relations qui me disaient :

"À un moment donné, on entendait 'Brigitte Lahaie',

"mais c'est qui, cette Brigitte Lahaie?"

Il a énormément contribué à ce que les gens me connaissent.

Tout à fait. C'est dans le même ordre d'idées

que ce dont on avait parlé tout à l'heure.

C'est-à-dire que les gens de notre génération

ont beaucoup entendu parler de toi,

et aussi on t'a entendue, on t'a vue à la télévision…

de plus en plus fréquemment, tenir parole, assumer une position,

apparaître de façon évidente comme une femme forte, intelligente, déterminée,

tout en sachant que tu avais fait ce que tu avais fait.

Alors ça, pour des jeunes hommes de nos âges, ça a avait un effet…

Je pense que c'est partagé. C'est quelque chose qu'on a…

C'est un des principes actifs d'une partie de ton statut.

C'est la théorie sur laquelle on travaille depuis deux ans.

On a eu pas mal de preuves qui vont dans ce sens, pas mal de témoignages.

C'est bien parce que… pour parler de ton statut…

C'est donc bien parce que c'est toi.

Pareil, c'est pas juste un heureux concours de circonstances

qui est celui par lequel tu as joué

dans des films X à l'âge le plus béni

de cette courte histoire du cinéma pornographique

que tu as pu avoir cette carrière tout à fait unique.

Il y a pas d'actrices françaises qui ont eu un parcours aussi varié

et assez court, puisqu'en fait, c'est une quinzaine d'années de cinéma.

Oui, ça doit être à peu près ça.

Non, mais c'est vrai que…

Enfin, j'ai 60 ans aujourd'hui.

Quand je regarde ma vie, mon parcours,

j'ai l'impression d'avoir eu plusieurs vies. C'est vrai.

Alors on va, avant de… passer à…

De m'enterrer?

Non, de passer à des questions, justement,

on va passer une petite vidéo.

Je vais finir en cendres parce que j'ai brûlé de partout.

On va regarder une petite vidéo

qu'on a appelé Toutes les couleurs de Brigitte, précisément.

Mais qu'est-ce qu'elles t'ont fait?

Ça, mystère...

Et boule de gomme!

Est-ce qu'on a le temps pour des questions?

Oui? Est-ce que quelqu'un a une question?

Bonsoir. Comme vous l'avez déjà dit,

à l'époque où vous tourniez dans des films X,

c'était une petite famille, en fait.

Vous vous retrouviez toujours ensemble : les mêmes acteurs, les mêmes actrices.

La question que je vous pose, c'est :

à part vous, toutes les autres actrices ont disparu.

Est-ce que vous avez gardé des contacts amicaux?

Est-ce que vous continuez à entretenir des relations avec ces actrices

avec qui vous aviez l'habitude de tourner?

pendant quelques années?

Et puis la dernière question, la deuxième question et la dernière :

qu'est-ce qui vous a vraiment motivée

pour arrêter le tournage de films X?

Est-ce que c'est une lassitude?

Est-ce que c'est également l'apparition du phénomène SIDA,

puisque le films que vous tourniez, il y avait pas de préservatifs

il y avait pas de protection à l'époque.

Donc qu'est-ce qui a fait que vous avez décidé : "J'arrête"?

D'abord, j'ai pratiquement plus de nouvelles

de toutes les actrices et acteurs.

Il y a une amie qui vit en Belgique aujourd'hui

Erika Cool, avec qui je reste en très bonne relation

et qui était vraiment une amie très proche à l'époque.

Sinon, les autres, je sais pas ce qu'elles sont devenues, j'ai aucune…

Soit Karine Gambier…

Marilyn Jess, je sais qu'elle… mais je…

En plus, j'ai pas tellement tourné avec elle,

donc je peux pas dire que c'était une amie.

Il y en a qu'une avec qui j'ai…

Il y a un acteur, qui est Richard Allan,

avec qui je garde aussi de très bonnes relations

même si on se voit plus parce que nos vies sont différentes.

Si j'ai arrêté… Alors, le SIDA est arrivé quand même bien après.

Il est arrivé en 84. Moi, j'ai arrêté en 80.

Je reconnais que la première fois que j'ai fait mon test,

j'étais pas mal très rassurée quand même,

mais ça a été bien après, donc c'est pas ça qui m'a fait arrêter.

J'ai arrêté parce que vraiment j'avais l'impression que je commençais à…

J'ai pris conscience plus exactement

que c'était quand même un métier dangereux

où on y laisse quand même quelques plumes,

et qu'il était temps que j'arrête si je voulais m'en sortir.

J'ai donc décidé d'arrêter. Le dernier film que j'ai fait

alors que j'avais décidé d'arrêter, c'est Les Petites Écolières,

pour une promesse que Claude m'avait faite.

Et c'est terrible, parce que c'est au moment où j'avais décidé d'arrêter

que j'ai eu des propositions des États-Unis,

et comme j'avais décidé d'arrêter, j'ai pas donné suite, quoi.

Bonsoir, c'est une question toute simple :

comment vous êtes-vous retrouvé au casting de Diva de Jean-Jacques Beneix?

Alors là, c'est une bonne question, parce que je ne me souviens plus.

Je crois…

Je crois qu'en effet, là, il y avait dû y avoir un casting.

Si Jean-Jacques Beneix m'a prise, c'est parce qu'il savait qui j'étais.

Mais moi, je…

C'était l'époque où j'avais pris un pseudonyme.

Je m'appelais Brigitte Simonin, je crois.

J'ai dû faire en effet à ce moment-là quelques castings, en effet.

Mais si j'ai été prise, c'est en effet pour mon passé. Il me l'a dit plus tard.

Mais moi, je pensais que j'étais incognito, quoi.

Mais bon.

- Bonsoir. - Bonsoir.

On a l'impression quand vous disiez que vous faisiez un pied de nez à l'époque,

que c'était quelque chose, je sais pas, une liberté, une expérience de jeunesse.

Quand vous regardez les jeunes aujourd'hui

avec la sexualité soit explicite sur internet, omniprésente,

soit implicite dans la publicité,

est-ce qu'il y a des choses qui vous font peur,

est-ce qu'il y a des choses qui vous font espérer

dans la manière dont ils peuvent trouver leur voix

et leur chemin, de devenir adultes?

Je pense que…

Je pense que la sexualité, ou plutôt le sexe aujourd'hui dans la société

donne aux jeunes quelque chose d'assez anxiogène,

étant donné que…

Moi, je dis toujours que la sexualité humaine a une part certes animale,

mais elle a aussi toute une part fantasmatique.

Le problème du sexe aujourd'hui dans la société,

c'est qu'il est plus très fantasmatique.

Ce qui donc obligatoirement

rend pour beaucoup de jeunes

un début dans la sexualité qui est assez mécanique.

C'est-à-dire qu'on se masturbe cinq minutes devant des images

et on fait pas tellement fonctionner sa fantasmatique.

Et ça, c'est un petit peu dommage.

Mais je pense que c'est souvent…

Le problème de la sexualité humaine,

c'est qu'elle est dangereuse pour le politique.

Le politique au sens large.

Je vais pas vous faire un discours politique.

Donc qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui?

On donne aux gens du sexe et du foot,

et comme ça, ils se libèrent pas,

ils ne se construit pas une identité humaine.

Ils ne s'élèvent pas, voilà.

C'est mon avis.

Je pense que la qualité

des films pornographiques des années 75-80,

et c'est d'ailleurs ce qu'avait dit Lacan,

c'est qu'on a essayé de donner aux gens

une possibilité de comprendre que la sexualité,

c'est pas simplement trois va-et-vient dans une chambre dans le noir.

Vous semblez avoir l'amour des animaux aussi. Vous avez toujours eu des chiens.

J'avais vu aussi que vous pratiquez l'équitation.

Vous pouvez peut-être nous en parler?

Oui, je crois d'ailleurs que mon amour pour la nature, les animaux,

alors que je suis pourtant née en ville

et que rien dans mon parcours d'enfant me fait…

Je sais pas d'où ça me vient, mais je pense que

c'est vraiment quelque chose qui est essentiel pour moi.

Je crois quand même que quand on est on proche de la nature,

on est proche aussi de sa nature, et je suis…

Je crois que ce qui est dommage pour beaucoup d'humains,

c'est qu'ils oublient qu'on est d'abord quelque chose,

qu'on est d'abord un corps et quelque chose qui vit.

Si on se met à trop intellectualiser les choses,

on passe peut-être à côté.

Moi, je sais que…

Par exemple, quand j'ai un gros chagrin d'amour, je monte sur un cheval,

je pars me balader et je revis, quoi.

Il y a quelque chose comme ça de…

Le rapport à l'animal, on peut pas tricher, quoi.

Le langage nous fait énormément tricher.

Le rapport à l'animal, il n'y a pas de langage,

et donc il y a quelque chose de toujours vrai, quoi.

Bonsoir. D'ailleurs, on voit des chevaux dans certains des films

dans lesquels vous avez joué.

Est-ce que c'était votre idée, ou c'était le réalisateur?

Non, ça a jamais été mon idée,

mais je pense qu'on l'a utilisée justement,

parce qu'on savait que je montais à cheval, je suppose.

Par exemple, dans La France interdite,

la bande-annonce que vous voyez, c'est pareil.

C'est un film qu'avait initié l'auteur de Joy.

Il avait eu l'idée de tourner cette séquence pour terminer le film

parce qu'il savait que je montais à cheval

et que ça me gênerait pas de monter nue sur un cheval.

Et à cru.

Non, il y a une selle. Oui.

Le fantasme, le fantasme.

Bonsoir.

Hier soir, avant la présentation du film Erotica,

vous parliez de naïveté de la jeunesse.

J'espère ne pas trahir votre pensée comme vous avez fait ce film.

Le film montre une image quand même de la femme assez machiste.

Je voulais savoir si les films pornographiques que vous faisiez avant

et Erotica, et les films suivants,

si vous aviez quand même votre mot à dire en tant qu'actrice

dans ce que vous alliez montrer à l'écran, vous ou les autres acteurs.

Non, j'avais pas spécialement mon mot à dire.

J'ai pu refuser certaines choses.

Comme je dis toujours, par exemple, j'ai pas…

Dans aucun film pornographique on me voit, moi,

pratiquer une scène de sodomie.

Il y a quelques scènes où là, j'ai toujours été doublée

parce que j'avais envie de garder un peu d'intimité pour ma vie privée.

Mais non, j'ai toujours fait ce qu'on me demandait de faire,

avec certainement une sorte de joie de vivre et de naturel.

Mais de toute façon, c'est le principe même de l'actrice.

Je pense que si j'ai pas été plus loin dans ma carrière d'actrice,

c'est justement parce que je pense être une femme un peu trop libre.

Il y a quelques rôles que j'ai loupés

parce qu'il y avait des concessions à faire

que j'ai pas eu envie de faire.

On va vous montrer… On va terminer en vidéo.

On va d'abord regarder La Bassat, puis Saturday Night Erotica.

Il faut quand même resituer que La Bassat, c'est…

Je pense que tout le monde va retrouver.

- Tu crois? - Oui. Pour ceux qui s'en souviennent pas, ça leur reviendra.

Papa, je peux avoir la voiture ce soir?

Pourquoi tout n'a pas été conçu comme la Bassat?

Papa?

Je…

Pa…

C'est dommage. La Bassat a des housses de siège lavables.

Monti, pourquoi tu passes cette merde?

Qu'est-ce que tu racontes, mon petit père? Regarde cette nana, là-bas.

Regarde comme elle danse. Regarde comme elle se la donne.

- Joey. - Ouais?

Tu la connais, cette fille?

Non.

- Tu l'as déjà vue ici? - Non.

Ah, si. Je l'ai vue ici il y a peut-être un mois, je crois.

Elle sait danser, je te dis ça.

Son partenaire, c'est un gros nul, bien sûr, mais elle sait danser.

Alors va la chercher.

- Va te faire foutre. - Dans quelle position?

C'est quoi, ce naze?

subs: xxuuq @ KG, 2022 version 1.1

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