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BELLE ET PERDUE
Personnages Sarchiapone — buffle de Campanie
Tommaso — berger et gardien d'un Palais abandonné
Polichinelle — masque napolitain,
intermédiaire entre les vivants et les morts
Gesuino — berger et poète
Je soussigné, Tommaso Cestrone, demande qu'à Sarchiapone
soit accordé le don de la parole, afin qu'il raconte son histoire
et celle de la Reggia belle et perdue
qui grâce à moi fut retrouvée. En toute bonne foi, Tommaso Cestrone
En ce qui me concerne j'aurais voulu naître sur la Lune
ou n'importe quelle autre planète.
Les choses n'auraient pas été pires qu'ici.
Non que notre planète ne soit pas assez bien.
Pour qui est né avec un grand nom
ou une grande chance.
Mais ce n'est pas mon cas.
Je ne suis pas né sur un arbre
ou dans une confortable maison.
Mon seul toit a été le ventre de ma mère.
Puis de vieilles planches parfois, quand j'ai eu de la chance.
Ceci est mon histoire.
C'est la seule chose que j'ai et j'en prends soin.
Quand j'arrêterai de la raconter,
c'est que je serai retourné à l'abri
sur une lointaine étoile.
Mais pour l'heure, il est encore trop tôt.
Le soussigné Cestrone Tommaso
ayant trouvé un bufflon
sur le territoire de San Tammaro…
- Carmine, où est Pasquale ? - Il est à côté.
Ils sont beaux, ces loulous.
Pasquale, j'ai trouvé un bufflon, tu me donnes une bouteille de lait ?
C'est par là-bas.
- Tiens Tommaso. - Merci Pasquale, ciao.
Le palais a été abandonné.
Les voleurs passaient toutes les nuits.
Les cheminées, les chapiteaux des colonnes…
Tout.
En février, une voiture est venue : "Tu travailles pour qui ?"
Je travaillais avec la pelleteuse à l'extérieur.
J'ai répondu : "Je suis bénévole". "C'est ça, bénévole !"
Le surlendemain, devant chez moi, une bombe a fait sauter le portail.
Ils ont empoisonné mes chèvres.
Ils ont brûlé ma caravane.
La voiture toute neuve, ils ont crevé les quatre pneus
avec un couteau.
Je m'arrête là parce que c'est un sujet un peu sensible.
Tant que je serai vivant je ne pars pas d'ici.
Carditello doit vivre.
La Camorra, elle, nous défend.
Si les camorristes étaient là, ils nous défendraient.
La Camorra est honnête, c'est l'État les voleurs.
Même le drapeau, ils l'ont pollué.
Honte à vous ! Honte à vous !
Enculés !
Vous devez le piétiner, ce putain de drapeau.
Vous devrez le piétiner.
Honte à eux.
POUR QUE LEUR MORT NE SOIT PAS INUTILE.
Depuis combien de temps tu t'occupes du palais ?
En réalité, trois ans,
c'est du bénévolat.
Avant on parlait des ordures du palais de Carditello.
Enlever toutes ces ordures, soudain ça m'a obsédé,
je voulais sauver le palais.
Par contre aujourd'hui, il n'y a plus une seule bouteille en plastique…
mais c'est pire,
parce que je le vois propre
mais les gens ne peuvent pas entrer.
Ils s'arrêtent à la grille : "Ça ouvre quand ?"
Ça n'ouvre jamais, parce que le juge ne signe jamais les permis.
Mais qui récompense ton travail ?
Mon travail ?
Je paie de ma poche.
Les outils aussi
et personne ne me remercie.
Qui s'occupe de tes moutons ?
J'y vais moi-même, à 4 heures et à 18 heures.
Mon fils m'aide.
Combien de temps tu peux encore résister ?
Je veux voir ce qu'il arrive à la fin.
Je veux voir si le palais meurt ou survit.
Moi je veux qu'il vive, mais personne ne l'a compris.
Combien dure une vie ?
C'est comme la pause d'un voyageur, au bord du chemin.
Tommaso s'en alla pour toujours,
une nuit où Jupiter resplendissait dans la constellation du Lion.
Mon bon maître grimpa là-haut.
Peu avant, au coucher du soleil
j'avais salué pour la dernière fois cet ami des animaux.
Et je m'étais retrouvé seul à nouveau.
Et bien sûr j'avais un nom désormais,
mais sans plus un bon maître pour l'appeler.
Seule la mort exécrable
allait encore le murmurer.
C'était son obsession.
Je crois même qu'il a perdu la vie pour ce palais.
Alors pour moi il vit encore ici.
Je l'ai vu grandir.
C'était un bon garçon,
poli et respectueux.
Je suis désolé de dire cela mais c'est ce que je ressens.
Tommaso n'est pas mort à cause du palais de Carditello.
Tommaso est mort parce qu'il est resté seul.
Ce matin, 25 décembre
l'Ange de Carditello a été emporté par un infarctus.
Après toutes les tensions supportées pour son palais bien-aimé
son cœur a cédé.
J'ÉTOUFFE !
JE MEURS !
- Allez maintenant on y va. - Attends Antonio, attends.
On en prend encore trois, ces trois-là.
Et après on s'en va, il va faire nuit.
Oh, voilà Polichinelle.
Polichinelle, qu'est-ce que tu veux ?
Viens là, fais-moi caresser ta bosse, ça pourrait nous porter chance.
Caresse donc ma bosse.
C'est quoi cet objet ?
Et tu vois pas ce que c'est ? C'est un appeau.
- Un appeau ? - Fais-lui voir, Antonio.
Chaque couleur est un appeau ?
C'est les oiseaux que vous avez attrapés ?
Ils sont beaux.
Pourquoi vous ne les laissez pas s'envoler ?
- Et nous qu'est-ce qu'on mange ? - Mais laissez-les voler.
- Les oiseaux sont faits pour voler. - Et on mange pas nous ?
- Qu'est-ce qu'il veut ? - Moi, je les laisserais voler.
Comme tu veux.
Regarde-le un peu.
Eh, où tu vas comme ça, Mascaron ?
- Que fais-tu ici, Polichinelle ? - Tommaso, il est où ?
Tommaso nous a quittés.
- Et où il est ? - Il est mort.
Il est mort la nuit de Noël.
Il avait prévenu : "Dès que tout sera réglé ici, je m'en vais".
- Et qui tu es toi ? - Comment qui je suis ?
Je suis le nouveau gardien, ici, maintenant, l'État est là.
- L'État ? - Ils ont même mis un drapeau.
- Il a resté quelque chose pour moi ? - Quoi ?
Il a laissé quelque chose pour moi ?
Viens avec moi, Polichinelle. Viens !
Allez, dépêche-toi.
Il n'y a pas de temps à perdre.
Viens.
Tu vois ce bufflon ? Il est pour toi.
Pour moi ?
Tu dois l'emmener, il ne peut pas rester ici.
Mais tu es sûr qu'il est pour moi ?
C'est le bufflon de Tommaso, l'Ange de Carditello.
Allez, prends-le, dépêche-toi.
Autrement demain, ils l'amènent à l'abattoir.
Les mâles finissent comme ça ici… Tu as compris ?
J'ai compris.
D'accord, reste tranquille.
Au revoir.
Salut, Polichinelle.
Salut.
Où tu vas avec lui ?
Va sur la tombe là-bas, à côté de l'arbre.
- La tombe de Tommaso ? - Tu vas tout droit.
À côté de l'arbre, en dessous.
Il est là l'Ange de Carditello.
Où ?
Jusque là-bas ?
D'accord.
D'accord.
"Septembre, allons-y. Il est temps d'émigrer.
En ce moment en terre d'Abruzzes, mes bergers
quittent les enclos et vont vers la mer,
ils descendent vers l'Adriatique sauvage
verte comme les pâturages des montagnes.
Ils ont bu longuement aux sources alpestres.
Qu'elle demeure, dans leurs cœurs exilés, comme un réconfort
et que longtemps elle trompe leur soif en chemin.
Ils ont renouvelé leur baguette de coudrier.
Et ils vont à la plaine par l'antique sentier
comme par un silencieux fleuve végétal
sur les traces de leurs ancêtres.
Ô voix de celui qui le premier
perçoit le frémissement de la mer !
Maintenant le long de son littoral marche le troupeau.
L'air est immobile.
Le soleil blanchit tant la vivante laine
qu'elle ne se distingue presque plus du sable.
Clapotis, piétinement, doux bruits.
Ah ! Pourquoi ne suis-je pas avec mes bergers ?"
Rien, laissée à l'abandon.
Sarchiapone, jadis c'était une belle étable.
Maintenant elle est remplie de pneus.
Mis là par qui ?
Tu n'en sais rien.
C'était une belle étable, remplie de gens bien et maintenant personne.
Allons-nous-en, rien à manger ici.
Peut-être grâce à mes aïeux
qui avaient tant aimé les hommes
et les avaient servis avec dévouement
le vent tourna une nouvelle fois
en ma faveur.
Et m'apporta un bon ami.
Lui qui venait de l'inconnu
et de tout était ignorant
il lui manquait, comme moi avant lui, encore un nom.
Il avait les traits des Polichinelles
qui depuis l'Antiquité écoutaient les morts pour parler aux vivants.
Et exécutaient des ordres d'en haut sans les comprendre.
Je partageais avec lui le destin d'esclave.
Moi des hommes
et lui des immortels.
Confiants en cette intelligence qui dispose de toute chose
mais est bien trop occupée pour prendre le temps de s'expliquer.
Sarchiapone, on ne peut pas les emmener.
Pas la peine de regarder ailleurs.
On ne peut pas les emmener.
Je sais, je suis désolé.
Moi aussi je suis désolé.
Ils n'ont pas eu de chance.
Ils se sont retrouvés dans cette situation,
maintenant il leur faudra beaucoup de chance.
On s'en va ?
Tu veux rester ici ?
Allons-y.
Moi aussi je suis désolé. Tu as vu le blond ?
Regarde comme il est beau.
Tu veux que je te laisse ici ?
Ne me tente pas.
Je sais bien…
J'y peux rien. Qu'est-ce que tu crois ?
L'Ange de Carditello t'a pistonné, toi,
tu finissais comme eux, sinon. Allez !
Viens, entre, Polichinelle.
- Assieds-toi. - Merci.
Prends une chaise.
La dame m'a dit que je peux dormir en haut.
Oui, tu peux.
Je n'y dors pas, ni moi ni ma sœur.
Nos parents sont morts là-haut et ça me fait drôle.
C'est quoi ce bufflon ? C'est un mâle, il ne vaut rien.
Il fallait prendre une femelle, au moins elle fait du lait.
Et je sais, mais…
C'est pour rendre service à un ami.
D'habitude ils les tuent parce qu'ils ne valent rien.
C'est pour ça que je l'emmène loin d'ici à l'abri.
- Tu veux manger avec moi ? - Très volontiers.
Je suis né ici et je dois mourir ici.
Avant ici tout était plus beau.
Oui ?
Pourquoi ?
Avant on travaillait tous ensemble, on se tenait compagnie,
maintenant non, on ne peut voir personne.
Dans les extrêmes et plus lumineuses terres du sud
il existe un ministère caché
pour la défense de la nature contre les êtres humains.
Un génie maternel à la puissance illimitée
aux soins jaloux et perpétuels de qui
est confié le sommeil où dorment ces populations.
Si un seul instant cette défense se relâchait,
si les voix douces et froides de la raison humaine
pouvaient pénétrer cette nature,
elle en serait foudroyée.
Dors, mon Polichinelle.
Dors.
Cette défense effrayante et secrète d'un territoire,
la nature vague de ses chants et ses douleurs,
sa sourde innocence dicte les conditions de cette terre.
Et la fin misérable que fait ici la raison de l'homme.
Ici, la pensée ne peut qu'être esclave de la nature.
Et si elle amorce à peine quelque critique
ou manifeste quelque tendance à corriger
les contours célestes de ces terres
à ne voir en la mer que de l'eau
dans les volcans d'autres composés chimiques
dans l'homme que des viscères
c'est la mort de l'espèce humaine.
Une bonne partie de cette nature
de ce génie maternel et conservateur
appartient à la même espèce que l'homme
et la garde oppressée dans le sommeil.
Et jour et nuit
elle surveille son sommeil,
veillant qu'il ne se raffine pas.
Bonjour, Polichinelle.
J'ai lavé tes habits.
Voilà les chaussures de mon père.
Si elles te vont, rafraîchis son âme.
Bien sûr.
Tu as une lumière dans les yeux.
J'ai presque envie d'enlever ce masque.
Et pourquoi tu ne l'enlèves pas ?
- Comment tu t'appelles ? - Teresa.
Tu es belle, Teresa.
Il ne mange pas ce bufflon. Tu sais pourquoi ?
Je vais te montrer pourquoi ! Passe-moi le seau.
Il ne mange pas de foin, il a encore besoin de lait.
À ton tour maintenant.
Fais-moi voir.
Ah, voilà.
Pousse-toi.
Allez !
Allez !
Pousse-toi !
Sarchiapone, on s'en va ?
Pourquoi tu veux rester là ?
Tu te sens bien ici ?
J'ai compris.
Nous avons trouvé un toit ?
Qu'en dis-tu, on entre ?
Il fait grand froid. J'ai froid jusqu'aux os.
Entrons voir ici.
Viens Sarchiapone, viens.
Merci.
Quelle journée, Sarchiapone !
On est presque arrivé au but.
Ne t'inquiète pas, allonge-toi, ils ne te diront rien eux.
Regarde cette ânesse, elle est enceinte.
Elle aussi va faire tomber son fils sur la terre.
En 1900 un matin
Je suis allé manger à Selvapiana
Et j'ai mangé trois bœufs et une vache
Sept moutons avec toute leur laine
Qui est là ?
Tu es Gesuino ?
Oui, Gesuino, c'est moi.
Gesuino, nous venons de loin.
Nous sommes fatigués,
nous avons fait tout le voyage à pied.
Tu le vois ce bufflon ?
C'est Tommaso qui te l'envoie. L'Ange de Carditello.
Il me l'a envoyé à moi ? Pourquoi ?
C'est à moi que tu le dis ? Qu'est-ce que j'en sais ?
Ils allaient le tuer, car c'est un mâle.
C'est un orphelin.
Il a grandi sans maman.
Polichinelle !
Tu vois cet arbre ?
C'est l'arbre de la mort.
De là, on rejoint l'au-delà.
L'au-delà ?
- Alors c'est un raccourci. - Oui.
Bon à savoir.
Mes chiens gardent mes moutons.
Tu viens ici avec tout ton troupeau ?
Oui.
C'est merveilleux, ici.
Mon cher Polichinelle, tu vois cette belle fontaine ?
- Celle-là ? - C'est une fontaine magique.
Une eau enchantée.
Bois de cette eau et tu deviendras un autre homme.
Un autre homme ? Je suis immortel.
Mais je ne peux pas refuser.
- Je dois boire ? - Bois, fais-moi confiance.
Tu as raison.
Qu'est-ce que tu fais ? Entre.
- Entre. - Merci.
Repose-toi, le buffle je m'en occupe, va.
Donne-le-moi.
Allez, ne t'inquiète pas, il s'occupera bien de toi.
Gesuino est un homme bon.
Polichinelle,
tu es très fatigué. Il y a un peu de paille là-bas.
Fais-toi une place et repose-toi.
Va te reposer.
Polichinelle !
- Que se passe-t-il ? - Réveille-toi.
Réveille-toi, j'ai préparé le dîner.
Allez.
Suis-moi.
Te voilà.
Alors…
D'après toi, ce bufflon, comment il va se trouver ici ?
Il sera bien ?
Parce que là d'où il vient, c'est très différent.
Ce sont d'autres terres, d'autres lieux,
ici il y a plus de montagnes.
Tu verras, je vais m'en occuper.
Si Tommaso me l'a envoyé à moi…
je vais trouver ce qu'il lui faut.
À notre santé et à Tommaso.
Tommaso, que Dieu le garde.
Espérons qu'il y aura beaucoup d'autres Tommaso.
D'autres comme lui.
Je me souviendrai toujours de l'odeur de Tommaso.
C'était l'odeur de cette terre, que j'avais été obligé de quitter.
Je peux voir son léger sourire dédaigneux et doux
sur son beau visage.
Et imaginer le faible sursaut qui l'emporta cette nuit-là.
Repose-toi.
Au revoir.
Merci.
Il faut nécessairement choisir.
Tant qu'à souffrir je veux décider moi-même
comment et de quoi souffrir.
La faim n'est pas le seul fléau.
Il y a bien davantage.
Je veux décider où et qui fréquenter.
Je veux être libre de cet esclavage.
Sarchiapone, allez.
Allons-y.
Bouge-toi un peu.
Lève-toi.
Bon sang.
Têtu comme un buffle.
Allez Sarchiapone, je t'ai trouvé l'endroit qu'il faut.
- Bonjour, Gesuino. - Bonjour, Alviero.
Au travail ?
- Où tu vas avec ce bufflon ? - Tu dois me rendre un service.
De quoi tu as besoin ?
Tu as de la place, fais-le moi engraisser.
Non.
- C'est un mâle, j'en fais quoi ? - Quand il sera gras, on le mangera.
Il n'engraissera pas,
si c'était une femelle, j'avais du lait, mais c'est un mâle.
Quand il sera bien gras, dans un an…
Quel sort bizarre était le mien !
J'avais voyagé jusqu'ici
auprès d'un nouveau maître
pour être condamné à nouveau à mourir.
Je n'avais rien commis de mal.
Pourtant ils abattraient sur moi une lame.
M'en transperceraient puis me tailleraient en pièces.
Répandant pour finir mes viscères sur la terre.
Cette nuit-là je rêvai les hommes s'étaient
tous transformés en créatures ailées.
Et ils s'étaient envolés, au loin.
Dans le pays céleste de l'immortalité.
La terre s'était couverte d'épaisses forêts
les animaux l'avaient reçue en héritage.
Mais je me réveillai alors dans un soupir.
Quand tout cela va-t-il finir ?
Quand les hommes nous laisseront-ils seuls à notre destin ?
Enfin, te revoilà !
Polichinelle n'existe plus.
Je ne veux plus être Polichinelle.
Si je dois en finir un jour je veux le faire sans masque.
Où est Sarchiapone ?
Je l'ai amené chez le vacher.
Quand il sera bien gras, on le mangera tous ensemble.
Bon sang ! Je t'avais dit que c'était un buffle spécial.
C'est un buffle qui sait parler.
Il est où le vacher ?
- Moi je sais où est le vacher. - Allez, on va le chercher.
Allez, on y va.
On va le chercher, dépêche-toi.
Prends ta veste et on va le chercher.
Dépêche-toi, marche.
Tu l'as porté chez le vacher !
J'ai dormi avec lui, et tu voudrais le manger ?
Bonjour, Alviero.
Polichinelle veut récupérer le buffle.
Il est encore persuadé que le buffle sait parler.
Il parle, il parle.
Il est persuadé qu'il parle.
Qu'est-ce qu'il y a, Sarchiapone ? Viens là.
Viens là.
Sarchiapone !
Je suis venu te voir.
Parle un peu ? Gesuino dit que tu sais pas parler.
Parle ! Parle !
Eux, ils vont t'envoyer à l'abattoir. Tu es ici pour engraisser.
Et parle, parle.
Il ne veut pas parler.
Parce que tu es là.
Sarchiapone, ils vont te tuer. Tu comprends ?
Tu ne veux plus venir ? Tu veux rester ?
Tu veux manger ? Et d'accord.
Comme tu veux !
C'était un beau voyage.
Je suis venu te sauver la vie et maintenant débrouille-toi.
Allons-y, tu as raison, il veut rester.
Il parlait et il ne parle plus maintenant.
On le mange ensemble.
Bon sang, t'insistes ?
Répète-le encore une fois…
On va le manger pour l'anniversaire de Tommaso.
Encore ? Et si moi je te mangeais ?
Laisse-moi, tu es fou.
- Avance. - Fou !
Le charme était rompu.
Sans son masque
mon ami n'entendait plus ma voix.
Mon ami
je ne pouvais t'expliquer que te suivre dans la réalité
comme tu me le demandais
était impossible.
Les rêves et les contes
même irréels
doivent raconter la vérité.
Pendant des années, il a été saccagé par la Camorra,
et était destiné à devenir une ruine.
Le site de Carditello, résidence des Bourbons au XVIIIe siècle
au cœur de la "Terra dei Fuochi" à San Tammaro, province de Caserte
est à présent rendu aux Italiens.
Tous se rappellent de Tommaso resté son fidèle gardien,
malgré les menaces et les intimidations,
mort juste après Noël après avoir confié son message au ministre :
"Mon Noël est ici dans le palais de Carditello".
Désormais mon histoire touche à sa fin.
Elle a peut-être trouvé un sens
ou peut-être pas.
Mais peu importe.
Aimer la vie c'est cela qui compte.
Malgré tout, je suis fier d'être un buffle.
Dans un monde qui nous prive d'une âme
être un buffle est un art.
Quelle ridicule conviction ont les hommes…
être les seuls à avoir une âme dans cet immense univers.
Mais je suis sûr que là-bas sur d'autres planètes où j'irai
ils se font une tout autre idée de nous.
Allez.
Monte, allez.
Allez.
Monte.
Bouge pas, arrête.
Laisse-le tranquille.
Recule un peu.
Allez.
À Tommaso Cestrone
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