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-Vous êtes enceinte.
Il n'y a aucun doute !
-J'en étais sûre !
-Asseyez-vous.
Vous travaillez ?
-Oui.
-Secrétaire ?
Je dois remplir votre fiche de sécurité sociale.
-Je ne suis pas couverte.
-Et le père ?
Voyons.
Je vous revois dans 1 mois.
-Pourquoi ?
-Pour suivre votre grossesse !
-C'est inutile.
-Après 2 mois, un avortement tourner à la catastrophe !
-Le diagnostic me suffit.
-Je n'insiste pas.
-Combien est-ce ?
-20 francs.
Merci.
Vous oubliez votre livre, Mlle.
Il est intéressant, n'est-ce pas ?
On sonne une cloche.
-Bonjour, docteur. -Bonjour, madame.
-Docteur ? Cette gamine ?
La patiente rit.
-Ne vous donnez pas la peine, Mlle.
-Si ça la gêne,
..je peux sortir.
-Oui, sortez. -Bon, bon.
-Ca ne rime à rien ce système ! Je n'en examine pas 2 à la fois !
C'est odieux et grotesque !
-C'est pour gagner du temps.
-On ne le fera plus !
Je ne travaille pas à la chaîne.
-Il ne fallait pas, Mlle.
On sait bien qu'à l'hôpital, il faut parler devant tout le monde.
C'est comme de se déshabiller. Mais parler, c'est plus difficile.
-Oui, c'est vrai. -Je voudrais le garder, celui-là.
La dernière fois, j'ai fait une fausse couche.
-Vous le garderez.
On fera ce qu'il faut pour ça. Promis.
-J'ai pas pu l'éviter. Un bébé pleure.
-Vous l'avez entendu, cette nuit ? Il a été insupportable.
-J'ai entendu l'électrophone. -Le seul moyen de le faire taire !
Viens voir, un peu.
L'enfant pleure.
-Et voilà !
-Ca marcherait avec un concerto de Vivaldi ? J'aimerais mieux.
-Je ne sais pas ! On essaiera !
L'enfant pleure.
Musique classique.
-Tu as raison ! Ca a l'air de lui plaire !
-A moi aussi !
-C'est Landau. -Entre !
-Regarde ! Ca va t'intéresser. -Quoi, Match ?
-L'Eglise se remue ! "Pour ou contre la pilule ?
"Si les femmes parlaient au concile,
"..le Vatican tremblerait !
"Elles veulent être libres d'avoir des enfants,
"..sans ruiner leur santé,
"..ni compromettre l'équilibre du foyer et l'avenir des enfants.
"75% des délinquants seraient des enfants indésirés."
L'Eglise commence à loucher vers la pilule !
Ca n'a pas l'air..
..de t'exciter !
-Aujourd'hui, les histoires de pilule...
J'ai d'autres soucis.
Je te demande pardon. -Je te laisse !
-C'était en juillet dernier. J'ai inscrit la date dans mon journal.
Pourquoi l'ai-je noté ? Pourquoi ce visage m'a-t-il frappée ?
Pourquoi me suis-je sentie attirée par cette jeune fille ?
Une femme gémit.
La femme crie.
-Elle est morte ?
-Mais non ! On ne vient pas ici pour mourir !
Où allez-vous ? -Je viens pour un certificat.
Je vais me marier. -Vous êtes arrivée.
-Oh ! Mademoiselle !
Je voudrais que vous ayez..
..un joli souvenir de moi. -C'est le cas, vous êtes guérie.
-Je veux vous faire une robe de nuit ! Vos mesures ?
-Ici ? -Juste la hauteur et les épaules !
37.
105. Ce sera très élégant !
-Pas trop !
-Rose, lilas ou gold ?
Le gold !
-Le gold ?
-Ca éclaire les peaux mates !
-Secrétaire ? -Non. Vendeuse,
..au rayon camping. -Vous en faites, du camping ?
-Non. Mais il faudra bien. J'ai vendu une tente à mon fiancé.
C'est comme ça que je l'ai connu. Il en voulait pour une personne.
Il en a acheté une pour 2. Je sais faire l'article.
Dites,
..mademoiselle,
..on n'aura pas de logement avant 2 ans. On habitera l'hôtel.
On veut attendre pour avoir un enfant.
N'y a-t-il pas un moyen... ?
-Petite fille, pourquoi vous mariez-vous,
..si vous ne voulez pas d'enfant ? -J'en veux, mais plus tard.
-N'espérez pas de nous un tel conseil !
-Pourquoi pas ?
-Tu permets ?
Vous êtes..
..en bonne santé. Le médecin est là pour vous suivre..
..et vous accoucher ! C'est tout !
-Ah bon.
-Mademoiselle !
Le certificat.
-Que je suis bête !
-Elle n'a plus envie de se marier !
-C'est pas ça qui m'en empêchera !
-Tu es une brute !
-Eh bien, rattrape-là et dis-lui comment elle doit faire !
Cette gamine fera un enfant, comme tout le monde !
Elle en sera comblée, comme tout le monde ! Hein, Virolleau ?
-Moi, je conseillerais le diaphragme.
Je me fous de l'opinion de vos patrons.
-C'est mon opinion à moi ! C'est naturel !
C'est la loi de la vie ! -Celle de la peur !
-La peur d'être enceinte ? C'est juste un risque !
-Qu'en sais-tu, toi ? -Et toi ?
-Je vois le pauvre ventre de mes patientes !
-C'est ton métier ! Tu es gynécologue !
-Bonjour, docteur !
-Il leur faudra une sage-femme dans ta clinique de Rabat.
-Sûrement. -J'irais bien au Maroc.
-Je comprends. C'est un très beau pays.
-J'y gagnerais mieux ma vie. -Probablement.
-Tu penses que j'ai raison ? -Oui !
Mais tu iras sans moi.
-Je ne t'embêterai pas. -Je le sais.
-Alors ? -Mais, si je te fais venir,
..on pensera que je m'intéresse à toi.
Ca peut avoir des inconvénients.
-Lilly, on débarrasse !
-Que fait-on des briques ? -On les remet dans le tas.
-Dommage de perdre la crème ! -Lèche-la !
-C'est sale, des briques ! -Moi, je la lèche.
C'est moi qui l'ai faite. -Ils sont bêtes de faire ça.
-Pourquoi ? -Les médecins ne doivent pas..
..faire des blagues idiotes. -Tu n'en fais pas, toi ?
-Moi, je suis jeune ! -Pas si jeune que ça !
Tu ne sais pas viser ! -Une négresse m'apprendra pas !
-Mlle Sauvage, c'est ici ? -Oui. C'est une interne.
-C'est pour elle. -Merci.
Lilly, monte ça dans sa chambre !
-Je ne vais pas chez les internes ! Je suis trop jeune.
-Tu nous barbes avec ta jeunesse !
-C'est joli ! -C'est le cadeau d'une patiente.
-Elle s'est pas fichu de toi !
Dans une boutique, ce serait 200 francs !
-Ma glace est trop petite. -Viens voir dans ma chambre !
-Pas mal, avec le pantalon et le pull !
Je te conseille aussi les chaussures de ski.
-Dis donc ! C'est la chemise de nuit qui t'inspire ?
Non. C'est pas mon genre. -Tu permets que je l'essaie ?
Juste pour m'en dégoûter ! Quand j'essaie une robe dans un magasin,
..c'est pour m'en dégoûter ! -Claude, on va rater la séance !
-Quel film ? -"La Partie de campagne" !
-Oh ! Je l'ai vu !
-Ils couchent ensemble ? -Ca m'étonnerait.
-Pourquoi pas ? -Landau est un timide,
..fortement complexé. C'est un frôleur sentimental.
Mais j'ai mon idée ! Ces dentelles vont peut-être l'aider !
Avec ça, elle devrait faire de beaux rêves.
-Si Landau la laisse dormir ! -Occupons-nous de Landau !
Il a un grand nez ! Il doit aimer le parfum ! Voyons ça !
Oh ! Je savais que ça se vendait mais pas que ça se portait !
-Pour le strip, c'est pas indiqué. -Eau de Cologne 70 degrés !
Voilà ce qu'il nous faut ! -C'est un produit pharmaceutique !
-Il faut qu'aujourd'hui..
..Landau passe la nuit chez Claude.
Il ne rentrera pas chez lui,
..si vous me donnez un coup de main.
-Où était Renoir pendant la guerre ?
-En Amérique. -Renoir américain ? C'est drôle !
Et toi, où étais-tu ? -En zone libre.
Dans la région de Cavaillon. Un coin tranquille.
Mon père avait une ferme. Il faisait le melon.
-Il s'y connaissait ? -Non ! Il était dentiste !
Il n'avait plus le droit d'exercer.
-Vous êtes formidables ! Vous vous adaptez !
-Formidables ? C'est ça qui fait des jaloux.
Nos melons, je ne sais pas pourquoi, ils se vendaient..
..mieux que les autres ! Pour moi, la guerre, ça a été..
..des montagnes de boules jaunes sous un hangar,
..et qui sentaient si fort que je les sens encore d'ici !
Je t'offre un verre ! -Non. J'ai sommeil.
-Ce soir, au cinéma, je pensais que tu accepterais.
-Pourquoi ? -Comme ça.
Parce que tu m'as laissé ta main.
Je ne te plais pas du tout ?
-Je ne me suis pas posé la question.
-Je te demande de te la poser.
-Bon ! Je me la pose.
-Alors ?
-Peut-être.
Je te trouve beau. -Non, je ne suis pas beau.
-Tu ne me déplais pas.
Oh non ! Sois patient !
Ne me brusque pas.
-Qu'est-ce que... ?
Oh ! Ca alors !
Oh !
Il rit.
Ah ! Les vaches !
On frappe. -Qu'est-ce que c'est ?
-Ils ont muré ma chambre avec des briques !
-Tu leur en as servi au dessert ! Elles te retombent sur le nez !
-Sais-tu pourquoi tu as mis cette robe de nuit ?
Parce que tu m'attendais.
Tu ne le sais pas, c'est dans ton inconscient.
-Non.
Tu te trompes.
-Sans doute.
Peut-être.
J'en sais rien.
Je ne sais rien de toi.
Je croyais savoir quelque chose mais...
A partir de ce soir, je ne sais plus rien.
Je remets tout en question !
Il faudrait que je couche avec toi.
J'ai déjà couché avec des malades pour savoir ce qu'elles avaient !
-Je ne suis pas malade !
-Un peu. T'es pas tout à fait normale.
Tu es vierge ?
-Devine.
-Non. Non, tu n'es pas vierge.
Mais tu pourrais l'être.
Tu écris ton journal ? -Oui.
-Montre-le-moi. -Ah non ! Ce serait trop facile !
-Parle-moi de ton 1er amant. -Non, docteur !
-Alors...
Parle-moi du second !
-Il n'y a pas eu de second. -T'aimes les filles ?
-J'ai beaucoup aimé une fille mais je n'ai jamais dormi avec elle.
Enfin, on a dormi. Rien de plus.
-Elle était belle ? -Oui. J'aurais aimé être un homme.
-A ce moment-là ?
-Pas rien qu'à ce moment-là. Toujours.
J'ai toujours regretté de ne pas être un homme.
Quel malheur d'être une femme !
Pourtant, le malheur, quand on est femme...
-C'est d'ignorer que c'en est un.
-J'ai lu Kierkegaard quand j'avais 16 ans. C'est toujours vrai.
C'est bon de le savoir. C'est bon d'être lucide.
-C'est bon ! Et après ?
-Après ? J'essaie de faire un métier d'homme.
Vous le faites mieux que moi. Je ne le fais pas très bien.
Mais parfois, j'ai l'impression que je le fais mieux que vous.
Pas mieux que toi, Landau.
Toi, je t'admire.
Tu es le seul que j'admire.
Le seul que j'aurais voulu être.
-Claude.
-Non ! -Essayons ! Ca peut réussir !
-Je ne crois pas ! Tu vas tout gâcher !
-Y a rien à gâcher ! -Notre amitié !
-Je m'en fous ! -Jamais avec toi !
Tu es un pauvre type ! -Tu dis enfin ce que tu penses !
-J'ai de la peine, Landau ! -Et moi alors ?
-Tu le regretteras ! -Je m'en fous !
-Je vais appeler ! -Appelle !
-Georgette ! Georgette !
-Sale garce ! Tu veux me ridiculiser ?
-Pas vous ! Foutez-moi le camp !
-Sois poli avec ma femme ! -Mais allez-vous-en, voyons !
C'est une petite querelle !
-Non ! Il faut qu'il s'en aille !
Va te coucher, Landau.
Je vous demande pardon. C'est ridicule.
Allez, bonsoir.
-Viens. Tu vas dormir chez moi.
-As-tu à boire ? -Tu n'as pas assez bu ?
-Non ! J'ai absolument rien bu !
C'est bien ça qui m'emmerde ! -Allez, viens.
-J'ai passé une mauvaise nuit. J'ai perdu mon meilleur ami.
Celui qui me donnait confiance en moi.
Maintenant, aurai-je le courage de continuer à apprendre..
..cette difficile médecine gynécologique ?
Je me sens si souvent inférieure aux hommes,
..que je suis tentée d'abandonner.
Quand je lui confiais mon inquiétude, il se moquait de moi.
Et je reprenais courage.
Oh ! Je suis une fille ratée !
Une étudiante sans avenir !
J'ai un cafard monstre !
Le téléphone sonne.
Oui.
J'arrive tout de suite.
-Le travail dure depuis 15h. Ca n'avance pas.
J'aurais dû vous laisser dormir. -Non ! Vous avez bien fait.
La patiente gémit.
-Virolleau est sûrement au courant de l'incident de cette nuit.
Parfait pour me diminuer encore à ses yeux.
Comme fille, une gourde.
Comme médecin aussi.
Une novice qui a besoin d'elle.
Pas de chance..
..de faire cet accouchement avec elle !
-Les bruits du coeur sont réguliers.
-Le travail avance lentement. Il faut attendre.
-Ca a commencé hier, à 5h !
-C'est un siège. Il faut être patient.
-Patient ! Je voudrais vous y voir ! Vous avez..
..des enfants ? -Non.
-Un bon mari, alors.
-J'ai pas de mari. -Veinarde !
Moi, j'ai une brute !
Faire un enfant à une femme de 40 ans !
C'est honteux ! C'est un crime !
-Ne parlez pas. Détendez-vous.
-Je ne le voulais pas, moi !
J'en ai déjà 6 !
-Je connais le dernier.
-Je l'avais appelé Indésiré, car je n'en voulais pas !
Ils n'ont pas voulu l'inscrire à l'état civil.
-Pourtant, c'est un nom qui aura du succès.
-Lui, il n'aura même pas de nom ! Il sera mort !
-Mais non ! Son coeur bat très bien ! Il ne demande qu'à vivre !
-Son coeur, il est tout neuf !
Mais le mien, comment bat-il ?
Je suis vieille, moi !
Je ne tiendrai pas jusqu'au bout !
Si je meurs,
..je ne veux pas que mon mari vienne à mon enterrement !
C'est un assassin ! -On insulte le père ?
Alors, ça va. -Le travail dure depuis 15h.
-Il ne m'a pas donné 15h d'amour de toute sa vie !
Vous pouvez rire ! Je dis la vérité !
-15h, c'est déjà pas mal !
-Si on posait une perfusion pour accélérer les contractions ?
-Je refuse !
Moi, j'ai le temps. L'extrait hypophysaire est trop actif.
Il peut être dangereux.
-Tu as raison. Mais tu devrais aller te reposer, en attendant.
Tu as l'air crevée, ma fille !
Tu n'as pas assez dormi, cette nuit ?
-Si ! Ca ne te regarde pas !
La patiente gémit.
Elle m'exaspère, la Virolette. Cette façon de m'ignorer..
..pour demander conseil à Pascal ! C'est normal,
..il est l'homme !
L'accouchement sera difficile. Je dois faire aussi bien qu'un homme.
La patiente crie.
Il faut attendre. Il me faut attendre !
Pour les accouchements par le siège, de la patience,
..de la douceur.
Ni trop vite, ni trop fort, ni trop tard.
Respirez à fond ! Bloquez votre souffle et poussez !
Elle crie. Accrochez-vous bien ! Tirez !
C'est un garçon.
-Je m'en fous !
-Poussez ! Maintenant, il faut sortir vite votre enfant !
Allez ! Allez !
Voilà !
Poussez ! Poussez ! Voilà !
-Allez ! Poussez ! Poussez !
Ca vient !
-Continuez ! Continuez ! Tout se passera bien !
-Les contractions s'espacent.
-Elle triomphe.
A cause de mon excès de prudence, le moteur flanche..
..au moment le plus dangereux pour l'enfant.
La manoeuvre de Bracht s'impose. J'ai 10mn pour la réussir.
Il doit être sorti à 8h 04.
Pas besoin de Virolleau.
Soudain, à la seconde où je ramène les yeux sur l'enfant,
..le petit corps a eu un spasme. Il étouffait.
Encore 2 ou 3 spasmes et l'enfant meurt asphyxié !
-Je vous aide pour faire le Mauriceau ?
-Bien sûr ! Tout de suite !
Vous êtes prête ?
Allons-y.
-On remet ça, tout de suite !
-Plus que 2mn.
La femme crie.
-Orientez la tête comme on tâtonne avec une clé..
..pour trouver le trou de la serrure.
Pendant que je pousse...
Faites jouer la tête..
..à droite ! A gauche !
A droite ! A gauche !
La femme crie.
-Comment va mon petit ?
-Mlle Sauvage s'en occupe.
Il va bientôt crier.
Elle tapote les fesses du bébé.
Le bébé pleure.
-Est-ce qu'il a tout ? -Mais oui !
Soyez tranquille !
-J'aime mieux que ce soit un garçon.
Tant qu'à faire, il vaut mieux. N'est-ce pas ?
-Ca se défend !
Donnez.
-Je vais prendre une douche.
Le bébé pleure.
On siffle.
-Oh pardon ! Tu nous avais caché ça !
-Quoi ? -Que tu siffles comme un homme.
-Je suis un homme ! -Ben voyons !
-J'ai autant de force qu'un homme dans les bras !
Je ferai un bon accoucheur. -Tu as épaté la Virolleau.
-C'est vrai ? -Oui. Et elle est sévère.
-Au début, ça a été dur. -Je n'aurais pas fait mieux.
-Pour la peine, tu m'offres un whisky !
-D'accord !
-C'est une métrorragie. Trouvez Pascal !
Le téléphone sonne.
-Oui. M. Pascal, c'est pour vous.
-Allô, oui.
J'ai autre chose à faire.
Je vous envoie Sauvage.
C'est un métro. Vas-y.
-Merci.
A quand remontent vos dernières règles ?
-3 mois.
-Quand avez-vous commencé à saigner ?
-Avant-hier, un petit peu.
-Vous avez eu mal ? -Oui.
-De la fièvre ?
-Oui, je crois.
-Comment avez-vous fait ça ?
N'ayez pas peur. C'est pour vous soigner que je dois savoir.
Pas pour vous dénoncer.
Ni vous, ni personne.
Je ne vous condamne pas.
Très malheureux. Mais ce n'est pas un crime.
En tout cas, pas pour moi.
Vous avez fait ce que presque chaque femme a fait dans sa vie.
Vous n'avez pas d'argent et ça se passe moins bien.
C'est la loi des pauvres.
Mais ici, vous serez soignée comme les riches.
Vous n'avez rien à craindre des soignants.
Il y a le secret professionnel.
C'est ce qui fait la noblesse du métier.
Alors, je vois se retourner vers moi son petit visage angoissé.
Et elle me raconte son histoire.
La banale et tragique histoire que j'ai entendue 100 fois.
Après 1 mois de mariage, le retard tant redouté..
..et le commencement d'une attente anxieuse.
L'adresse donnée par la bonne de l'hôtel.
La pénible visite.
Et l'opération.
Et puis, la nuit, au fond de ses entrailles,
..cette douleur sans nom, que chaque femme exprime si mal.
Sans doute parce que mêlée à trop de remords et d'angoisse.
-Je me suis sauvée de l'hôtel.
J'ai pris un taxi.
Le chauffeur a vite compris.
J'avais tellement peur ! Je n'ai rien emporté.
Ca doit être du propre, dans la chambre. Des draps pleins de sang.
-Et la sonde ?
-Elle est restée dans les draps, je crois.
Je ne sais plus !
Si le patron me dénonce, j'irai en prison. N'est-ce pas ?
-Ne vous inquiétez pas.
Votre mari est là.
-Non. Je vous ai dit, il est en province.
Il fait de la représentation.
-Il est au courant ?
-J'ai promis à la dame de ne pas lui dire.
Sinon, elle ne m'aurait pas prise.
Et c'est pas l'affaire des hommes.
-Oui, bien sûr.
Je vais faire un curetage.
Non, même pas.
Un simple curage.
C'est une toute petite intervention.
Rien de méchant.
-On m'endormira ?
-On endort toujours !
-Je connais des femmes qu'on n'a pas endormies,
..pour les punir.
-C'est peut-être arrivé mais c'est fini. Ici, on endort.
-Vous ne vous souvenez pas de moi, Mlle.
Mais moi, je vous reconnais.
Je suis venue vous voir au mois de juillet,
..pour un certificat.
Le certificat qu'on demande pour se marier.
-Attendez.
Mais oui ! Je vous reconnais !
-Vous dites ça pour me faire plaisir.
Vous en voyez tellement.
-Pas du tout ! Je me souviens très bien.
-Mariette Hugon.
-Le nom ne me dit rien.
Mais le visage, oui.
-J'ai changé, pourtant.
-Vous étiez dans l'ascenseur. Il y avait une femme sur un brancard.
-Elle est morte ?
-Je ne sais pas.
-J'ai parlé de vous à mon mari.
Vous aviez été tellement gentille.
Quand ça m'est arrivé,
..il m'a dit "Va voir la doctoresse."
Moi, j'ai pas voulu.
Je lui ai dit "Tu n'y penses pas !
"Une doctoresse ne peut pas."
Aïe !
Les docteurs...
tant que c'est pas commencé,
..ils ne peuvent rien.
N'est-ce pas, Mlle ?
Ils ne peuvent qu'après.
-On pourrait peut-être avant, si on avait le courage..
..de répondre à celles qui nous interrogent.
Ce qu'il faut aux femmes, ce sont des enfants qu'elles attendent..
..dans la joie. Et j'ai honte de ce pauvre petit ventre,
..saccagé par cet avortement que je n'ai pas su prévenir.
J'ai été lâche.
Tu fais mal ton métier, ma fille !
-Ha ! Ha ! Encore un qui ne fera pas son service militaire !
-Je suis une amie de Mariette. -Elle est à l'hôpital.
-Elle a demandé ses affaires. -Qui me dit que c'est vrai ?
-Vous pourrez porter le paquet à l'hôpital.
-Je peux y aller. -J'te paye pas pour ça !
Vous noterez ce que vous emportez !
-Si vous voulez.
-Accompagne-la au 17 !
-Ici, je comprends tout ce que Mariette ne m'a pas dit.
Tout ce que serait..
..la vie d'hôtel avec un enfant.
-Comment va Mme Hugon ? -Aussi bien que possible.
-Je viendrai la voir dimanche.
La chambre n'est pas faite.
Elle a eu une hémorragie.
-Je sais. -Dites-lui de ne pas s'en faire.
-Je le lui dirai. -Vous emportez du linge ?
-Non. L'hôpital le fournit.
-Des affaires de toilette, alors ?
Dans une valise, ça va ballotter. -Véronique,
..vous êtes son amie ?
-Je la connais bien.
-Moi aussi je suis son amie. -Ca lui fait 2 amies !
-Je suis venue chercher quelque chose qui doit disparaître,
..pour qu'elle n'ait pas d'ennuis. -Je ne comprends pas.
-Vous savez très bien !
-Non, Mlle !
-Mariette a fait une fausse couche.
-Je n'en sais rien.
-Je suis médecin.
-Vous êtes bien jeune ! Qui me prouve... ?
-Ca.
Il faut m'aider à retrouver la sonde,
..avant la police.
-Elle n'est pas ici.
-Dans votre chambre ?
-Je la jetterai.
-Non. Nous la jetterons ensemble.
-D'accord.
Voilà. Venez avec moi.
-C'est bien. Je vous remercie pour Mariette.
-Je n'aurais jamais cru qu'un médecin ferait ça.
Peut-être parce que vous êtes étudiante.
-Bonjour, docteur.
-Bonjour, docteur.
-Oh non, Mlle !
-Je dois vous regarder !
Véronique a dit de ne pas vous inquiéter.
-Merci.
-Non, non ! Assieds-toi là.
-Dans le fauteuil ? -Oui.
Je prends la chaise. -Ca fait drôle !
D'habitude, les docteurs sont dans un fauteuil.
Vous êtes vraiment docteur ? -Je te dérange ?
-Non. -Il me faut la chambre 63,
..pour une malade que je veux sortir de la salle commune.
-Prends-la. Je n'ai rien à te refuser, moi.
-Vous ne dormez pas ? -Non. Je vous attendais.
C'est Yves.
A l'hôtel, on lui a dit que j'étais ici.
Il s'inquiète. -Il peut bien s'inquiéter un peu !
Chacun son tour ! -Mais je vais bien !
37, 5 c'est même pas de la fièvre.
J'ai eu peur !
Je croyais que les chambres étaient pour mettre les mourants..
..à l'écart.
-Vous êtes ici car vous êtes l'enfant gâtée de l'hôpital.
Vous êtes mieux ici ?
-Je serais difficile.
Je suis comme dans une clinique ! Regardez !
De mon lit !
On peut voir s'il fait beau sans sortir de son lit !
A l'hôtel, c'est la radio qui nous dit le temps.
On ne voit pas le ciel.
Il l'a envoyée de Cherbourg. Vous connaissez ?
-Non. -C'est un port.
Très laid. Mais juste à côté, il y a le cap de la Hague.
On y a campé. Un vent !
On a failli atterrir en Angleterre !
300 kilomètres.
Il ne sera pas là avant 4 à 5h.
On le laissera entrer ?
-Bien sûr !
-Jusqu'au dîner ?
-Non. Ce sera..
..un quart d'heure.
-Tant de kilomètres pour ça ?
-Attendez demain.
-Il travaillera.
Une demi-heure, soyez gentille !
Mademoiselle !
La grosse blonde qui parle tout le temps,
..elle dit que je ne pourrai plus avoir d'enfant.
Quand on a avorté...
-C'est pas vrai !
Seulement, il ne faudra plus recommencer !
-D'accord.
Mais comment faire ?
Faire attention, c'est bien joli ! Mais on est jeunes mariés !
Je sais bien ce qu'il me faudrait. Mais y a pas moyen d'en avoir,
..dans les pharmacies. Ils disent que c'est défendu.
Mais j'en aurai, des enfants.
Pas 4. Mais au moins 2.
Mais quand nous serons installés. C'est bien notre droit, non ?
-C'est votre droit.
-Alors, pourquoi ?
-Moi, je vous aiderai. Promis.
-C'est vrai ? Vous le ferez ? Merci, Mlle !
-Ne me remerciez pas.
J'aurais dû le faire avant.
-Oh !
Yves !
Yves !
Pardon.
-Le papa est fier de lui ? -Ca commence à bien faire !
-Je pense aussi !
-C'est pas ma faute si à chaque fois la v'là enceinte !
Et y a le printemps !
-Vous allez la tuer !
-Ils ne veulent rien comprendre ! Au revoir, docteur.
Vous me reverrez avant longtemps !
-Une demi-heure de visite au 63. Pas plus !
-Oh ! Que vous êtes gentille !
La musique commençait à me manquer.
-C'est bon signe ! Avez-vous bien dîné ?
-Du rôti de veau, pas formidable.
De la purée,
..très très bonne !
Et des pruneaux.
-Les pruneaux, ce sont des pruneaux.
-Mon pauvre Yves ne dînera pas aussi bien, lui.
Je le connais. Un sandwich et un demi.
Remarquez, un bon sandwich, c'est bon !
-Oui, si le pain est frais.
-Craquant !
Avec des petites croûtes !
-Aujourd'hui, c'est l'automne.
Qu'il est loin le printemps.
-Alain Barrière. -Dans le parc..
..où frissonnent les feuilles...
-C'est mon amour.
-Elle était si jolie.
-Je l'ai écouté à Cabourg.
J'étais au 1er rang.
Vous le connaissez ? -Non.
Vous avez fait une grimace en buvant. Ca vous fait mal ?
-C'est ma dent de sagesse.
-Montrez-la-moi.
Quelle température, ce soir ? -Toujours 37, 5.
C'est bien, hein ? -Pour le soir, oui.
-Ah !
-Je la vois !
Demain, un stomatologue viendra vous voir.
-Ah ? -Vous avez un peu sommeil ?
-Beaucoup. Je sens que ça ne va pas tarder.
N'ayez pas peur. Je fermerai le poste.
-Bonsoir, Mariette. -Bonsoir, Mlle.
-En cas de besoin, sonnez.
-Besoin de quoi ?
J'aimerais pouvoir me lever.
-Demain, vous pourrez.
63 n'a pas appelé ? -Non, Mlle.
-Venez avec moi.
-Je passais par ici. Comment ça va ? Vous avez soif ?
Il fait tellement chaud, ici !
-Si. J'ai un peu soif.
J'ai mal quand j'avale. -Plus mal que ce soir ?
-Oui. -Vous avez votre lampe ?
Je vais regarder votre dent de sagesse.
Plus grand !
-Aïe.
Aïe ! Vous me faites mal !
Depuis que j'ai bu, j'ai comme des picotements sur la langue.
-Comme un goût de poivre ?
-Oui. Comme si j'avais mâché du poivre.
-C'est bien ce que je pensais.
Une petite angine.
-Allons bon ! Moi qui ne suis jamais malade !
Tout arrive en même temps.
J'aurais préféré que ce soit une dent de sagesse.
-Pas moi ! Une dent de sagesse,
..ça crée des complications à n'en plus finir !
-Tu as de beaux pieds, hein ?
C'est comme tes mains.
Le téléphone sonne.
-Ah ! C'est pour moi. -Une urgence ?
-Il n'y a pas d'urgences. Il n'y a que des gens pressés !
Ne bouge pas ! Je t'apporterai l'autre tout à l'heure !
-Aïe !
Aïe !
Aïe !
-Parfait !
Nous allons voir avec Mlle Sauvage comment vous guérir ça rapidement.
-Vous m'avez regardée partout,
..sauf la gorge.
C'est pas une angine !
-Mais je ne vous ai jamais dit que c'était une angine.
Les muscles de la mâchoire, de la langue et du cou sont déjà pris.
Ceux de la face, du dos et du ventre commencent à suivre.
Le tétanos est certain.
Avait-elle besoin de se faire avorter ?! Elle a un mari !
-Je t'en prie ! -Bon. Passons à l'action.
Le tétanos est un sale truc mais je le connais.
J'étais externe à Claude Bernard.
Elle a une chance sur 2 de s'en tirer. Avant, c'était 1 sur 5.
-Je sais.
-La transférer..
..serait dangereux.
Je la garde.
-J'ai confiance en toi.
-Elle sera bien entourée.
Notez.
Contrôle du pouls toutes les demi-heures.
Syncope cardiaque possible.
Veillez-y, Mme. -Je m'en occuperai.
-Veuillez noter le traitement qu'il faut commencer aussitôt.
Préparer une perfusion de sérum isotonique et un cathéter.
On va la mettre sous curare, ce qui diminuera les spasmes.
Elle souffrira beaucoup moins.
Prévenez l'oto-rhino de garde.
Pour une trachéotomie.
-C'est toi ? -Oui.
Tu les as bien flambés ? -Mais oui ! Pourquoi ?
-Je ne voudrais pas attraper le tétanos !
-A e !
Mais... pourquoi ?
-Elle voudrait guérir sans qu'on lui fasse d'examens !
Voilà ! C'est fini !
-Mais qu'est-ce que j'ai ?
-Tu nous fais un peu d'infection. Ca arrive souvent.
-De l'infection ?
C'est grave ?
-Tais-toi donc, petite sotte ! Il y a les antibiotiques !
Tenez.
-Vous me racontez des histoires !
Je vais mourir ! -Laisse-toi..
..soigner !
-Que va-t-on me faire ?
-Une piqûre. Ensuite, vous dormirez.
-Mademoiselle.
-Il le faut, Mariette.
Voici une première piqûre calmante.
Après, avec le curare, elle sera comme paralysée.
Sa vie dépendra pour un temps des appareils qui l'entourent.
Elle sera hors du monde des vivants.
Elle aura moins de chemin à faire vers la mort que vers la vie.
Mais elle ne se rendra pas compte de ces horribles contractions..
..du corps tout entier.
En l'endormant, on endort aussi son mal.
Mais il reste mortel.
Elle vit comme il vit.
Ils vivent côte à côte.
Je n'aime pas le samedi. C'est le jour des curetages.
Elles se font avorter le samedi pour se reposer le dimanche,
..et reprendre le travail le lundi.
Le week-end, c'est 2 000 avortements par jour.
Plus de morts que sur les routes.
C'est trop bête tout ça, Landau.
As-tu vu Mariette ?
-Oui, je l'ai vue.
Je crois qu'elle s'en tirera.
-Je n'en sais rien. Et toi non plus.
C'est terrifiant, le tétanos.
J'ai décidé de faire ma thèse sur la contraception !
-Aucun patron ne l'acceptera ! -J'ai un an devant moi !
Ils changeront peut-être d'idée. -Mais ils ne te le diront pas.
La médecine officielle !
-Il y aura peut-être la Nouvelle Vague de la médecine !
-Il ne faut pas confondre le cinéma et la médecine !
En médecine, on ne descend pas les vieux !
On les respecte officiellement ! Tu te casseras les reins.
Tu n'aimes pas ton métier ?
-Mon métier c'est d'aider les femmes à choisir leur grossesse !
-La grossesse te fait peur ! -Non !
Mais comme médecin, je me sens plus responsable qu'un prêtre ou..
..un magistrat. Ils ont le droit de condamner l'avortement.
La médecine, elle, n'a pas le droit de s'en désintéresser.
-Il faut 100 millions de Français. -Ce n'est que de la politique !
Tu ne peux pas me donner tort. -Je ne te donne pas tort.
Mais seras-tu vraiment de force ? -Il faut que je me batte !
-Accélère le curare !
30 gouttes minute.
Il ne faudra pas faire d'aspiration trop prolongée.
J'ai l'habitude. Mais ça peut déclencher un arrêt du coeur.
Respirateur artificiel.
-Mariette ! Mon petit, qu'est-ce que tu as ?
-Elle ne vous entend pas ! -Elle va mourir !
-Mais non ! -Qu'est-ce qu'on lui a fait, là ?!
-Chut ! -Allez, venez !
La trachéotomie ne signifie rien de grave.
Ca permet d'éviter une complication respiratoire.
Revenez dans quelques jours. Les visites sont interdites.
Vous ne voulez pas l'empêcher de guérir ?
Elle les trouvera en se réveillant. Je vous promets.
Allez. Ne vous inquiétez pas.
-Elle arrive tout de suite. -Merci.
Mlle Sauvage ? -Oui, monsieur.
-Inspecteur Georget,
..commissariat de Gennevilliers.
On a transporté ici une dame Hugon Mariette, le 2 novembre.
-Oui, monsieur.
-Pour avortement provoqué.
-Ca, je ne sais pas.
-Un médecin sait reconnaître un avortement volontaire !
-Je ne sais pas.
-Un avortement volontaire présente certains signes.
-Je ne sais pas, monsieur.
-On dirait que j'en sais plus long que vous !
-Peut-être bien !
-Le tétanos n'apparaît que dans un avortement volontaire.
-Je ne sais pas, monsieur.
-Mme Hugon a le tétanos.
-Possible.
-Vous la soignez pour ça ! -Ca suffit, monsieur.
Mlle Sauvage a bien plus urgent à faire que de vous répondre.
-Mais elle ne me répond pas. -Raison de plus !
-Un instant ! Vous êtes médecin ?
-Oui. -Lorsqu'il s'agit d'un crime,
..et l'avortement en est un,
..les médecins doivent coopérer.
-Il y a peut-être des médecins mouchards, mais pas ici, monsieur.
-Ca va mieux.
Moins de spasmes.
Le coeur va bien.
Je fais une autre aspiration.
Quelle heure ?
-3 heures.
-Ca ne m'étonne pas.
Je suis complètement crevé.
Tu n'as pas sommeil ? -Non. Ca va encore.
-Fais donc comme moi !
Viens te coucher ! Tu ne tiens plus debout !
Georges connaît son affaire. -Je veux rester.
Je m'occuperai de la perfusion.
-Il est assez grand ! Nous sommes à bout, tous les 2 !
On ne fait plus rien de bon. Allez, viens ! Viens !
Bonne nuit, Claude.
Tu ne me donnes pas la main ?
-Déjà ? -Je n'ai pas sommeil.
Comment ça va ?
-Pas d'aggravation.
-Encore un jour de gagné.
-Il faudrait en gagner d'autres.
-Bonjour, Anna ! Il est chaud, ton café ?
-Tout juste !
-Merci. Et un autre, dans un grand bol, pour que je ne renverse pas.
Merci.
Claude !
-Et moi, rien ?
-Je t'ai oublié.
Va te coucher. Je vais la faire.
-D'accord.
-Je ne sens plus le pouls !
Elle fait une syncope !
-Je vais masser le coeur !
Appelle du monde et préviens le patron ! Vite ! Vite !
-Inutile d'insister.
C'est fini.
Vous savez...
c'est un accident redouté.
Personne n'aurait pu l'éviter.
-Ah ! C'est pas trop tôt !
Le téléphone sonne.
-Lilly ! Téléphone !
-Allô !
M. Pascal ! -Ils arrivent !
-M. Pascal, une dame au téléphone. -Je ne suis pas là !
-Il n'est pas là.
-Il faut que je téléphone à son mari.
-Laisse. J'y vais. Tu as le numéro ?
-Grésillon 27 50.
Je crois qu'il vaut mieux que je lui parle moi-même.
Allô ?
Je voudrais parler à M. Hugon, s'il vous plaît.
-Non ! Pas vous !
Vous n'avez rien à faire ici !
-Tout est..
..votre faute ! Une fille de 18 ans !
Misérable !
-Vous n'avez pas le droit de juger !
-Je ne vous connais pas !
-René, c'est la personne qui l'a soignée, voyons !
-Je m'étais réveillée,
..un matin, inquiète d'un retard que j'appréhendais..
..depuis plusieurs jours.
Je n'ai pas voulu m'adresser à l'hôpital.
Ce grand village où j'imaginais les ragots d'une Virolleau..
..qui informerait Pascal, sur le point de partir.
Je ne pouvais pas attendre.
J'ai pris la première adresse venue. J'ai consulté.
Cliente anonyme.
-Vous êtes enceinte.
Il n'y a aucun doute.
-Je ne m'étais pas trompée.
-Et le père ?
Après 2 mois, un avortement peut tourner à la catastrophe !
-Est-ce que pour mon amour à moi, j'allais sacrifier ma carrière,
..l'immense tâche qui m'attendait, pour l'amour le plus grave,
..l'amour de la vie ?
-J'ai réfléchi. Je ne l'amènerai pas au Maroc.
J'achèterai une voiture américaine là-bas.
Si tu veux, je te la laisse.
-Trop chère pour moi.
-Je te ferai un prix.
-Non. Merci beaucoup.
-Tu me la paieras en 2 ou 3 fois. Comme ça, tu penseras à moi !
-Je n'en veux pas.
Je n'aime pas cette voiture.
-Tu n'aimes plus le feu de bois ?
-Pas quand c'est le dernier.
-Tu as de la peine ?
-Idiot ! -Une vraie peine ?
Une grande ?
-Je ne sais pas.
Il faudrait que j'en aie eu plusieurs pour savoir..
..si c'est une vraie peine.
Tu vas partir.
Je ne sais pas..
..si c'est un bien ou un mal pour moi.
Je ne sais pas.
Mais, en ce moment, j'ai de la peine.
-Moi aussi.
Mais c'est bon.
Tu as été quelqu'un pour moi et moi pour toi.
Disons-le.
J'ai été fidèle, tu sais.
-Si je te réponds "Moi aussi", de ma part, ça n'a pas d'importance.
De toute façon, c'est encore toi qui as l'avantage.
-Tu cherches toujours les avantages que j'ai sur toi !
-C'est normal ! Tu les as tous !
Tu es l'homme.
-J'ai faim.
Je vais faire un tour à la cuisine.
Il y a quelqu'un qu'il ne faudra pas oublier.
La voisine qui nous a servis.
Je lui ferai un énorme cadeau. Un énorme cadeau d'adieu.
-Tu fais des cadeaux d'adieu ?
-Non ! Ma foi, non.
Pour quoi faire, un cadeau ? Pour se faire regretter ?
Je ne veux pas qu'on me regrette.
Je pars sans..
..me retourner.
Pourtant, toi, je voudrais que tu me regrettes.
Et je vais te faire un cadeau.
Claude...
Viens avec moi.
Je t'épouse.
Oh ! Je ne suis pas sûr que tu répondes oui.
Pas sûr du tout.
Tu vaux 1 000 fois..
..mieux que moi.
Voilà mon cadeau.
Tu vois qu'il n'est pas bien beau.
Tu acceptes ?
Tu vois, c'est embêtant.
Avant de te connaître, tout était simple.
Ca ne pouvait pas durer.
J'ai besoin que tu m'acceptes tel que je suis.
Je ne te promets pas de changer.
Je prendrai les défauts du couple. Et toi, tu auras les qualités.
Claude...
J'ai envie de te faire un enfant.
Un enfant qui te ressemble.
Nous aurons une belle vie à Rabat.
-Non.
Non.
Je ne veux pas d'une belle vie de femme mariée.
Ca ne m'intéresse pas.
Ma belle vie à moi, c'est d'être médecin.
Je veux continuer mes études.
Tu les lâcherais toi, pour te marier ?
-Mais moi... -C'est pareil.
Pardon d'être brutale.
Mais, j'ai mal.
-Tu as mal car tu refuses d'être une femme.
Et c'est dommage, Claude. Car tu es une femme.
Et tu le sais bien.
-Oui.
Et qu'est-ce que ça change ?
-Vous avez l'électrocardiogramme ? -Non. On a opéré d'urgence.
-Et vous avez anesthésié ? -Elle souffrait.
-La belle affaire ! Elle a fait ce qu'il fallait pour souffrir !
-Et nous ? Que faisons-nous pour éviter ça ?
-Vous feriez mieux de faire avocate !
-C'est le départ de Pascal qui te met dans cet état ?
Dis donc, toi ! Tu es en train de nous cacher quelque chose.
-Laisse-moi tranquille.
-Il est au courant ?
Tu prends une grave responsabilité, Claude.
-Je la prends.
-J'ai cru que tu l'aimais.
-J'avais de la tendresse pour lui.
Beaucoup.
-Ce que je ne comprends pas..
..c'est que je m'en sois aperçu et pas lui.
-Peut-être que toi,
..tu sais mieux me regarder.
-Tu l'aimes.
-Ne lui dis rien ! -Il a le droit de savoir !
-Non !
C'est mon affaire ! Pas la sienne !
-Dans 20mn, il sera parti ! -Mêle-toi de ce qui te regarde !
-Allons ! Silence !
Chers camarades ! Nous sommes tous réunis ce soir,
..pour enterrer la vie d'interne de notre ami Pascal !
Sous le signe de l'Ecosse et du whisky !
Que la cérémonie funèbre commence !
Accordéon.
Silence !
La cérémonie a commencé !
Où sont les orateurs ?
Un seul !
-A la mémoire de l'ex-interne Pascal !
Grand baiseur mais mauvais cheval !
Il nous quitte pour la gloire et pour le fric !
Il dirigera la plus belle clinique de Rabat !
-Hou !
-Mais il n'y a pas de hasard dans la carrière du Dr Pascal !
Le patron a une fille !
Bloc ultramoderne et 30 chambres dans la corbeille de noces..
..d'une demoiselle pas laide !
-Non ! C'est mon tour !
Combien ont crevé,
..avec ta manie d'essayer les nouveaux appareils ?
Le pêcheur à la ligne,
..avec ses varices,
..tu l'as fait crever !
Son attirail de pêche est resté 3 jours chez le concierge !
Lâche-moi !
-Laisse-moi la place !
Silence !
Dom Juan de salle de garde !
Tu pars tout seul, hein ?
Ne laissant que de mauvais souvenirs. Ceux d'un homme..
..à femmes !
Aussi indifférentes à ton départ que les bornes de la route !
-Dépêchez-vous de m'enterrer ! J'ai un avion à prendre !
-Y en a-t-il une ici qui le regrettera ?
-Non !
-Y en a-t-il une à qui il laissera un bon souvenir ?
-Non !
-Il sème à tout vent,
..comme le Larousse !
Mais ça ne compte pas !
-A moi ! A moi !
Il faudra qu'elle soit riche !
-Ah ! Ca suffit !
-T'as pas le droit de bouger ni de parler !
-C'est l'adieu à ma veuve !
Que Dieu lui accorde un mari !
Amen !
-Amen !
-La veuve ne demande pas de mari !
Oui ! Assez de discours ! Musique !
-Laisse-la ! T'as un avion à prendre !
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