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Mélodie douce
...
...
...
Elle toque.
-J'arrive ! Une minute...
C'est la porte, mais où est la...
-La clé ? -La clé, oui, la clé.
-La clé est dans la serrure. Tu la laisses sur la porte.
Chuchotements indistincts
-Mais où est la porte ? -Euh...
La porte est en face de toi et la clé est dans la serrure.
-Non, elle est pas là, merde ! -Non, mais panique pas.
Tends la main pour trouver la poignée.
-D'accord. -Et tu tournes.
Tintement métallique
-Ah, voilà. Ca y est, j'ai trouvé.
-Ca y est ? Tu tournes ?
-Oui, oui, attends. Je...
Cliquetis de la clé
En chuchotant Mais dans quel sens ?
-A droite.
-Voilà, ça y est.
La porte se déverrouille.
-Bonjour, papa. -Bonjour, ma chérie.
-Tiens, assieds-toi là. -Oui.
Malgré mes petits problèmes... Et toi ?
-Ca va. -Et la personne dont tu t'occupes ?
Enfin, ton enfant ?
-Linn ?
Sa maîtresse est malade depuis un mois.
-Ah, bon.
C'est pas trop enquiquinant ?
-J'espère qu'elle va pas prendre de retard.
Tiens.
-Et tes affaires ? Enfin, tu vois ce que je veux dire.
-Je travaille beaucoup. Il va y avoir les commémorations.
Je termine la traduction
de la correspondance d'Annemarie Schwarzenbach.
-Comment tu dis ? -L'écrivain suisse allemande.
Elle était proche de Klaus Mann.
-Attends, Klaus Mann, je connais ce nom...
-C'est le fils de Thomas Mann, ton écrivain préféré.
-Ah oui, bon sang. Bien sûr !
-Je vais t'aider.
Pose ton téléphone, pour manger.
-Non, je suis pas sûr.
Sait-on jamais, si Leila cherche à me joindre.
-Et bah, on décrochera.
On l'entendra. -Tu crois ?
-Mais oui. -Je suis pas sûr qu'il marche.
-Il marche, je t'ai appelé avant de venir.
-Bon... -Tiens.
Brouhaha
-Maman ! On peut aller au parc ?
Toutes mes copines y vont. -Un bisou d'abord.
C'était bien, l'école ?
-Oui, on a fait une alerte intrusion.
-Comment ça ? -En cas d'attaque terroriste.
-Ah ! Et en quoi ça consiste ?
-Il faut s'allonger au sol jusqu'à ce que la Police arrive.
-Ah, super. Me voilà rassurée.
Cris d'enfants
...
T'as dit merci à la dame ? -Oui.
-Clément ?
-Bonjour.
-"La dame", ça me rajeunit pas !
-Je te reconnaissais pas avec les lunettes.
-Il est beau, ton fils.
-Merci. -Il a grandi.
Ca va, toi ? -Mais oui. Et toi ?
-Je te croyais au Pôle Nord.
-Et non, je suis parisien.
C'est moins romanesque que ce que t'imagines.
T'as fini de traduire les lettres qui t'occupaient tant ?
-Je t'avais offert un de ses livres. -"Où est la terre des promesses ?"
Je l'ai lu sur un bateau entre la Tasmanie et l'Antarctique.
-Waouh. Et ça t'a plu ?
-Le livre ? Oui, beaucoup.
-Et l'expédition ? -C'était bien.
A part le mal de mer. -Faudra que tu me racontes.
-Pourquoi moi ? -C'est toi qui pars.
-Je pars pas tout le temps, et c'est pas une raison.
-C'est vrai.
Fanfare
...
*Il nous a fallu une heure pour atteindre la plage.
*C'était ma 1re expérience de la guerre.
*A un moment, nous avons heurté
*l'un des obstacles sous-marins, posés par les Allemands.
*Nous étions pris au piège.
*On nous a alors demandé d'évacuer la péniche
*et la rampe s'est baissée.
Il parle en anglais.
...
*Plusieurs hommes, qui étaient à l'avant du bateau,
*ont immédiatement été abattus.
*Ceux qui n'avaient pas été touchés ont dû sauter à la mer
*avec leur lourd équipement. Beaucoup se sont noyés.
Trompettes
...
Mélodie douce au piano
...
-"Appellation" ?
Ils parlent anglais.
-"Distillé dans un alambic à repasse ?"
Il parle anglais.
-Euh... "Col de cygne ?"
Elle parle en anglais.
-Ca, c'est la carte d'identité du calvados et du fût.
Tout en haut, c'est le numéro de la cuve.
En anglais
...
Elle parle en anglais.
...
...
-Je croyais qu'on faisait un câlin ? Hein, Linn ?
-Oui. -Le câlin, c'est à deux.
-Allez, habille-toi, on a plein de choses à faire.
-Quoi ?
-Rendre visite à ton arrière-grand-mère
et ensuite à ton grand-père.
-Tu peux pas me faire ça.
-Tu pourrais montrer plus d'enthousiasme.
Ca fait une éternité que tu les as pas vus.
Ils vont être tellement contents.
Tiens.
J'arrive.
Bonjour, Linn.
Je suis contente de te voir. -Moi aussi.
-Entre.
-Bonjour, Jacqueline. -Bonjour, Sandra.
-Je t'aide ?
Comment tu te sens ?
Tu te sens bien ? -Oui, ça va.
-Pas trop fatiguée ? -C'est parfois difficile...
... de vivre.
Je sors de temps en temps,
pour aller chez le coiffeur, pour aller...
La pédicure, elle vient, la manucure, elle vient.
Faut aller chez le dentiste,
il faut aller pour les yeux, pour les oreilles. Oh...
Tout ce qu'il faut réparer, c'est pas croyable.
Et encore, je fais pas tout. Parce que...
Il y aurait trop à faire.
Puis, je peux pas toujours sortir.
Je peux pas descendre les escaliers.
Il faut que quelqu'un descende devant moi
que je vois descendre.
Moi, je m'accroche aux barreaux,
comme si j'étais dans une cage.
Ca gâche un peu la sortie.
Puis dans la rue,
quand on est dans un fauteuil roulant,
on vous regarde un peu autrement.
Parce qu'on sait que vous êtes très âgées.
Mais les gens sont gentils.
"Oh pauvre dame,
"avec son fauteuil roulant."
Moi, ça va, je suis toujours décontractée.
Il faut éviter que les gens aient pitié de toi.
Faut pas qu'ils aient pitié.
Faut que tu montres que tu es là.
Que tu es une personne vivante.
La pitié, il faut pas.
Il faut jamais accepter la pitié.
-T'as vu Leila cette semaine ? -Oui.
Enfin, c'était il y a quelque temps.
J'ai toujours peur... -Qu'elle ne vienne plus ?
-Oui, voilà.
-Tu sais qu'elle t'aime.
-Ah oui, vraiment.
Mais elle a beaucoup de...
Exactement.
-C'est vrai,
mais elle vient chaque semaine.
-J'ai terminé mon dessin, c'est pour toi.
-Merci.
Excuse-moi, ma chérie, mais j'ai un peu mal.
-Je t'emmène.
Tiens, la cuvette est là.
Non, par là.
-Ca va aller ? -Oui, t'inquiète pas pour moi.
Un téléphone sonne.
...
-Tu réponds pas ?
-C'est mon père. -Et s'il a un problème ?
-Il a forcément un problème.
-C'est pas gentil.
-Je vais le rappeler, d'accord ?
Tu me fais goûter ?
-OK.
-Merci.
-Tu me la rends ?
-Elle est trop bonne. -Tu me la rends ?
Mais c'est ma glace !
-Ces dernières semaines, son état s'est beaucoup aggravé.
Il peut plus aller aux toilettes seul ni mettre son pyjama,
il a des hallucinations.
Il ne peut plus se contenter d'une visite par jour.
Il a besoin d'une prise en charge à temps plein.
On n'a pas le choix, il faut le mettre en Ehpad.
T'es d'accord, je pense ? -Oui.
-Leila et ta tante voudraient le mettre dans un Ehpad privé.
Le problème avec le privé,
c'est que si on veut que ce soit à Paris et correct,
c'est hors de prix.
Ton père avec sa retraite de prof, il peut pas se l'offrir.
Et personne dans la famille n'a ce type de moyens.
J'ai visité 2 Ehpad privés pas chers,
ils traitent les gens comme du bétail.
C'est des usines à fric, c'est horrible.
Les journaux regorgent d'articles édifiants sur ce sujet.
Je t'en ai mis de côté, si ça t'intéresse.
-Merci.
J'ai les adresses de 2 Ehpad publics qu'on m'a recommandés.
Il y a en a un dans le 18e qui m'a paru pas mal.
Enfin bon, je te préviens, c'est pas marrant.
Ton père risque d'être GIR 1.
-Qu'est-ce que ça veut dire ?
-C'est le niveau de dépendance.
GIR 1, c'est le maximal.
Il va se retrouver entouré de gens
qui ont 20 ans de plus que lui, et Alzheimer.
Ceux que j'ai vus, c'est des morts-vivants.
Comme il voit pas, il se rendra peut-être compte de rien.
Tiens.
-Merci.
-Les publics ont des listes d'attente interminables.
Il y en a pour un à deux ans.
Il faut que quelqu'un meure pour libérer un lit.
Les privés ont des listes moins longues.
Par ailleurs, il faut qu'on rende son appartement
et qu'on réfléchisse à ce qu'on va faire de ses affaires.
-C'est si urgent que ça ? -Ah, bah oui.
Si on veut le mettre dans un Ehpad à 5 000 balles par mois,
on aura besoin d'argent.
On peut pas laisser sa retraite s'évaporer
dans la location d'un appartement où il ne retournera jamais.
-Qu'est-ce qu'on va faire de ses livres ?
-Je sais pas.
Les donner.
Ou les jeter.
-Les jeter ?
Pourquoi pas les brûler pendant que t'y es ?
-Elle est pleine à craquer ma cave.
-Ses livres, c'est toute sa vie.
-Je sais, mais qu'est-ce que tu veux ?
-On a 1 h de marche pour retourner à la base,
il commence à faire frais, surtout avec le vent.
Moins 30 peut-être.
J'avais pas regardé avant de sortir, parce qu'on était pas mal éméchés.
C'est à ce moment-là que j'ai entendu le bruit.
Et en fait, je l'ai plutôt senti.
Un choc sourd, boum.
Puis ça recommence, un deuxième, plus fort.
La glace sous nos pieds tremble un peu,
et là, on se regarde avec Yannick...
On a mis un moment à comprendre.
-C'était quoi ? Il rit doucement.
-C'est Yannick qui l'a dit en 1er.
"Un léopard des mers,
"y a que cette bête pour taper comme ça."
Ca nous suivait depuis quelques minutes.
-Un léopard des mers ?
Et qu'est-ce que c'est ?
-Un prédateur féroce.
La banquise de l'Antarctique, c'est chez lui.
-Tu plaisantes ? Tu me charries.
-Non, pas du tout. Pour lui, ça fait aucun doute.
Il est tout en haut de la chaîne alimentaire.
Il mange un peu de tout,
des phoques, des manchots, des otaries.
Il s'approche pas de nous
quand on est sur le bord du continent.
Mais s'il a faim, il va pas se poser trop de questions.
-Je te crois pas.
-Je te mens pas.
Regarde sur Internet.
Elle rit. -OK.
Ta femme et ton fils,
ils le vivent comment quand tu pars 6 mois ?
-Pas toujours bien. C'est très loin et très long.
-En même temps, c'est romantique.
-Valérie le perçoit pas comme ça.
-Tu me parles pas souvent d'elle. Je l'ai vue qu'une fois.
-T'as qu'à me poser des questions.
-Ca fait longtemps que vous êtes ensemble ?
-Une dizaine d'années.
-Et ça va bien ?
-Moyen, si tu veux savoir.
-A cause de tes voyages ? -Non.
Enfin, pas seulement.
On s'est éloignés.
-Et vous vous aimez encore ? Il rit doucement.
-Si on s'aime ?
-Pourquoi tu souris ? -Ta façon de le demander.
Et toi, t'as rencontré personne ? -Moi ? Non.
-J'arrive pas à le croire. -Pourtant.
-Rien depuis la mort de Julian ? -Rien depuis 5 ans.
-C'est son souvenir qui t'en empêche ?
-Non, je crois pas.
Mais j'ai l'impression que ma vie sentimentale est derrière moi.
T'as le droit d'aimer et d'être aimée.
(-Salut.)
(-Salut.)
Porte
...
Cris sous-marins
...
Grognements
Respiration forte
...
Une femme parle en allemand.
...
-Les émotions positives plaisent aux lecteurs.
Mais l'étude montre aussi
que l'émotion la plus forte est la colère.
Les articles qui mettent les lecteurs en colère
ont 30 % de chances de plus...
-Sandra Kienzler ?
-Oui ?
-Vous êtes la fille de Georg Kienzler ?
Il m'avait dit que vous étiez traductrice.
J'étais une de ses élèves.
-Ah, d'accord. -C'était un prof génial.
Ca m'arrive de relire ses cours.
-Je lui dirai, ça lui fera plaisir.
-Vous pouvez me donner son mail ? J'aimerais bien lui écrire.
-Euh, oui... Je vais vous donner le mien.
Il a des difficultés pour lire.
Il vaut mieux que vous m'écriviez, et je lui lirai.
-Mais il va bien ?
-Il a des problèmes de santé.
-J'espère que c'est pas trop grave. -Si...
C'est une maladie...
Pardon... Au revoir.
-Vous êtes d'accord ?
Vous êtes d'accord que cette situation ne peut plus durer ?
C'est trop difficile pour vous de continuer à vivre seul ici.
-Oui.
-Vous n'arrivez plus à vous repérer dans l'appartement.
Vous me dites que vous faites des crises d'angoisse,
que vous vous sentez perdu.
-Absolument.
-Vous convenez qu'il faut trouver une solution ?
Ensemble. Parce que vous souffrez.
-Oui. (-Salut.)
-Et qu'est-ce que vous proposez ?
-Ce que je vous propose, c'est un transfert
dans un lieu où vous vous sentirez en sécurité,
où on pourra vous prendre en charge.
Un séjour provisoire à l'hôpital pour trouver une solution durable.
Vous êtes d'accord,
je crois, M. Kienzler ?
-"D'accord, d'accord"...
Je trouve le terme quelque peu abusif.
Rires
-Dites-moi, qu'est-ce qui vous semblerait plus adapté ?
-Bonjour. C'est ici pour M. Kienzler ?
-Oui, c'est ici.
-Vous êtes ? -Son ex-femme.
Sa compagne.
-Bonjour. -Sa soeur.
-Bonjour. -Ses filles.
Son médecin. -Bonjour.
-Et M. Kienzler.
-Chéri, il y a les personnes du Samu qui sont arrivées.
Ils vont t'emmener à l'hôpital.
Je vais venir avec toi dans l'ambulance, d'accord ?
-Je reste avec toi, je ne te quitte pas.
-D'accord.
-Monsieur peut se déplacer ?
-Il peut marcher,
mais il peut pas descendre les escaliers.
-Je vais le mettre dans le fauteuil.
Il n'aura pas à marcher.
-Je vais faire sa valise.
-On vous installe dans la chaise. -Oui.
-A trois, je vais vous basculer. Un, deux, hop.
On va vous soulever à trois. On soulève, un, deux, trois.
-En avant.
-On pivote.
Madame, c'est tout bon.
Vous pouvez préparer ses papiers ? Carte d'identité, carte vitale...
-Faut que je vous raconte.
J'ai fait ma 1re action ANV-Cop 21.
-Ah.
Alors ?
-J'ai décroché un portrait de Macron.
Il souffle.
Quoi ?
On est convoqué 3 h avant l'action pour une formation de non-violence.
On nous prévient que l'action n'est pas strictement légale
et qu'on risque : 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende.
-Elle vote Macron
et après elle décroche son portrait.
-Toi aussi, t'as voté Macron.
-Avec un revolver sur la tempe.
Mon vote ne vaut pas approbation. -Le mien non plus.
On vote pour et contre quelqu'un en même temps.
C'est la pensée complexe.
C'est complexe. Tu peux pas comprendre.
-C'est ça !
-On arrive dans la mairie du 19e,
quasiment accueillis à bras ouverts.
Mais là, on se rend compte que le problème
c'est qu'on n'a pas le tournevis pour décrocher le tableau.
Alors on file en acheter un chez le marchand de couleurs.
Et après, on se tire en vitesse.
J'ai eu un peu de mal à courir, à cause de mes genoux.
-Excusez-moi, ça fait 5 heures que mon père attend.
-Oui, on va s'en occuper. -Merci.
-Qu'est-ce qu'ils nous veulent ? C'est quoi, c'est des nazis ?
-Non, papa, c'est juste les urgences.
-Ah bon ? Et Leila, elle va bien ?
Qu'est-ce qu'elle devient ? -Elle est allée s'asseoir à côté.
-Je voudrais pas qu'il lui arrive la même chose.
-Il lui arrivera rien.
Mais je vais aller la chercher.
A plus tard. -Oui.
-Il te réclame. -OK.
Sirènes
...
-Leila est retournée avec lui.
Je vais y aller, la baby-sitter m'attend depuis des heures.
-Moi aussi, je vais pas tarder.
-Allez-y, on reste nous.
-Je peux prendre une gorgée ? -Ouais.
-J'ai vu une émission sur les urgences.
Aux Etats-Unis, il n'y a plus de problème des urgences.
-Aïe, aïe, aïe...
Ils ont mis les urgences dans les grandes surfaces.
Des cabinets médicaux privés pour les petites urgences.
C'est payant, les gens passent, ils font leurs courses.
Comme ça, les urgences ne seront pas surchargées.
En plus, là-bas, c'est très cher l'hôpital.
-Moi, je vais vous laisser. -Moi aussi, je vais y aller.
-SALUT !
-Salut. -Salut.
-Je passais pas loin, j'avais envie de voir ton travail.
-T'as bien fait.
Là, c'est l'étage de nos collègues terrestres.
Ils aiment bien les cailloux.
Moi aussi, j'aime bien les cailloux. Mais les nôtres sont plus petits.
-Pas très high-tech, ton labo. -Ouais, t'as vu, c'est décevant.
La plupart des analyses se font à l'extérieur.
Ici, on fait marcher notre cerveau
et on prépare des échantillons.
Voilà, on arrive à l'étage des extraterrestres.
On quitte le monde des gens raisonnables.
Je te présente Aurélie. Ca fait 15 ans qu'on bosse ensemble.
Sandra, une amie qui voulait voir mon bureau.
T'as fini la prépa ?
-Oui, j'ai trouvé les bons réglages du faisceau.
T'as remarqué que le MEB a un problème de stabilité ?
T'as une bonne image, tu peaufines les réglages
et ça saute, faut tout reprendre.
-Ton support était suffisamment conducteur ?
-C'est toi qui me demandes ça ?
Oui, il était suffisamment conducteur.
Pourquoi c'est toujours moi qui me tape les images
-La dernière fois, justement,
on n'a pas réussi à se repérer, avec tes images.
Elles avaient été faites un peu vite.
Bon, allez, je file.
Je leur apporte l'échantillon, on le met sous vide
et je monte la coupe sur la ligne demain matin.
Bon, au revoir.
-Au revoir. -Salut.
-Alors, c'est ici que tu bosses.
-La peur de foirer une analyse,
de perdre un échantillon précieux,
ou de passer à côté d'un résultat évident.
Est-ce que tu veux que je montre le spectromètre de masse ?
C'est le plus bel instrument du monde.
-Volontiers. -Viens.
OK, ça ne te parle pas forcément. C'est une microsonde ionique.
C'est pas le dernier modèle,
mais pour ce qu'on fait ici, elle est parfaite.
On met l'échantillon ici et on fait les analyses là.
Et les images apparaissent sur cet écran.
Par exemple,
la coupe de micrométéorite qu'Aurélie a emportée.
Une fois analysée au Synchrotron, on la rapporte ici
et on fait d'autres analyses avec cet instrument.
Par exemple, de l'imagerie isotopique.
-De l'imagerie isotopique, bien sûr.
Bon...
J'y vais.
J'ai promis à ma fille d'aller à son cours d'escrime.
Merci.
Elle soupire.
-Je croyais que tu partais ?
-Pas si tu m'embrasses. -C'est toi qui m'as embrassé.
-Oh, moi ? N'importe quoi.
Ca m'aurait jamais traversé l'esprit.
T'es mon ami. -Ah ouais ?
Regarde comment t'as fait. Comme ça.
-Non, mais n'importe quoi.
T'es vraiment de mauvaise foi.
Le mec se jette sur toi et après... -"Le mec !"
Je te montre comment ça fait quand le mec se jette sur toi ?
-Ouais, fais voir...
-Ca t'arrive souvent de te faire plaquer contre un mur ?
-Pas dans le bureau d'un astrophysicien.
-Un cosmochimiste. -Un cosmochimiste, pardon.
Non, c'est la première fois.
-Tu crois qu'on pourrait se revoir bientôt ?
-On pourrait l'envisager.
Mélodie douce
...
Inaudible
-Vous êtes prêts ? En garde.
Allez, reprenez le combat.
...
-T'es arrivée en retard !
-Pardon, ma chérie.
Il y a eu une panne de métro, je suis désolée.
-Tiens et tiens.
-T'assures, hein !
T'es une pro !
...
Je me rendais pas compte qu'il avait accumulé autant de trucs.
Ces petites voitures... Pourquoi ?
-Il les collectionnait. C'est comme les couteaux.
Garde-les pour l'hôpital, il sera content.
-Tu penses qu'à l'hôpital,
ils vont le laisser se balader avec des couteaux ?
-Ah oui. Prenez les petites voitures au moins.
-Vous savez l'énorme tas qu'on a fait en bas ?
Les meubles cassés, et tout ? Tout est parti en une heure.
-Ca m'étonne pas.
-Ses stylos, tu les veux ?
Prends-les, moi, j'écris pas au stylo-plume.
-Je prends celui-là.
-Ca, les filles, vous le prenez ? -NON, MERCI.
-Ca ?
-NON. -Enfin...
Ca ?
-NON, MERCI. -C'est pas vrai, faites un effort !
Et le bateau ?
Qui le prend ?
-Pas moi. -Pas moi non plus.
-Pour les bouquins, on fait comment ?
-Les livres, je m'en occupe. Je vais contacter d'anciens élèves.
On toque à la porte.
-C'est qui ?
-C'est Clément, le père de Jérémie.
Il vient dîner.
Salut. -Bonjour.
-Tiens, c'est pour toi.
Merci. -C'est gentil.
-C'est une petite maison en carton qu'il faut monter.
Avec de la lumière sur le toit et qui marche à l'énergie solaire.
Et voilà.
Quand il y a du soleil, tu la mets à ta fenêtre,
comme ça, le soir, tu pourras l'allumer.
-Bonne nuit.
-Bonne nuit. -Bonne nuit, maman.
(-Dors bien.)
(-Viens.)
-J'ai soif.
De l'eau coule.
-Je sais plus faire. (-Ca s'oublie pas.)
-J'ai oublié.
(-Tu vas voir, c'est facile.)
Respirations fortes
Comment un corps comme le tien a pu rester endormi si longtemps ?
-Je dois y aller.
-Oui.
-T'as l'air triste. -Non, je suis pas triste.
C'est compliqué pour moi. Tu comprends ?
Conversations lointaines
-Tu partais te balader, papa ?
Sandra, ma chérie.
-Viens.
-Il pleut ici, là, maintenant ?
-Non, il pleut pas. On est dans ta chambre.
-Ah, d'accord, ouf.
-Ils sont gentils les gens ?
-Oui, oui.
On toque à la porte.
-Bonjour, M. Kienzler. Bonjour, madame.
-Voilà, votre bras...
-Au revoir. -Bonne journée.
-Je comprends pas pourquoi on attend, tu vois ?
Il y a des gens qui parlent, qui parlent...
Nous, ça nous est égal, parce qu'on bavarde tranquillement.
Mais il y en a d'autres, ici...
Là...
-Il y a personne d'autre dans la pièce, papa.
-Ah...
C'est ça qui est bizarre.
C'est ça.
-On n'est pas dans une salle d'attente ici.
On est à l'Hôtel-Dieu, dans ta chambre.
Ca fait une semaine que tu es ici et moi, je suis venue te voir.
-D'accord.
Parfois, il y a un film... Hier, j'ai vu un film...
Un autre, tout ça...
Et ces films ont démarré et...
-Avec un début, un milieu, une fin ? -Et...
C'est ça que je comprends pas.
-Parce qu'il y a pas vraiment de programme, ici.
C'est comme s'il manquait quelque chose et puis...
Et cette impression est très forte. Ca me pèse.
Parce que j'attends...
-Et nous deux,
nous ne savons même pas quand ça va s'arrêter.
Ou commencer.
On toque à la porte.
-T'as combien de temps ? -Deux heures.
-On n'a pas de temps à perdre alors.
-La grande timide qui savait plus faire l'amour.
Respirations fortes
Soupire
T'es bien silencieuse. A quoi tu penses ?
-J'aurais jamais cru...
-Que j'étais un être sexué ?
(-Que ça serait possible entre nous.)
(Que je pourrais te désirer autant.)
-J'existais pas.
(-T'étais mon ami.) -Oui.
Ton ami qui te raccompagnait sagement jusqu'à ta porte le soir,
qui séchait tes larmes.
-Un ami qui a une femme et un enfant
et qui n'a jamais rien laissé paraître.
(-J'avais pas le droit.)
-Et maintenant, t'as le droit ?
-Je l'ai pris.
La vie est courte.
Soupire
(-T'as pas eu peur d'être éconduit ?)
-Hein ? (-T'étais bien sûr de toi.)
-Non, pas sûr du tout.
Je te rappelle que c'est toi qui m'as embrassé la première fois.
-Quoi ? Ce culot, c'est incroyable.
Ils rient.
Les poètes et les dictionnaires, je les garde.
-T'avais dit deux cartons, t'en es au 8e.
Où tu vas les mettre ?
-Je me débrouillerai.
Tu te souviens ?
-Non.
-Si, la maison de l'ami de papa dans les Cévennes.
On y est allé plusieurs fois. -Non.
-Tu te souviens jamais de rien.
T'as oublié ce qui nous est arrivé de notre naissance à nos 20 ans.
-C'est vrai.
Le côté travail de ma vie, je m'en souviens très bien.
La dimension intime, c'est le black-out.
-T'as conscience de l'énormité de ce que tu dis ?
-J'étais pas très heureuse avec ton père.
Alors l'oubli était une manière de mettre de la distance.
-Merci.
Mais d'accord, mais nous, tes filles ?
C'est ce qui s'appelle "jeter le bébé avec l'eau du bain".
Pourquoi tu l'as pas quitté plus tôt si tu l'aimais plus ?
-Pour vous.
Et puis j'avais peur qu'il se suicide.
Il y avait eu assez de suicides dans la famille.
C'est là ! -Bonjour.
On n'était pas sûrs que c'était ici.
-Bonjour. -Bonjour.
-Bonjour.
-Bonjour. -Bonjour.
-Bonjour.
-Vous avez ce qu'il faut pour porter les livres ?
-Oui. On a pris des gros sacs
-Dépêchez-vous, Sandra est en train d'embarquer les plus beaux bouquins.
-C'est normal, c'est son père en même temps.
-Je vous remercie de lui rappeler.
Brouhaha
-Romy !
-AU REVOIR !
-Bonnes vacances.
-Au revoir !
-Ca change...
Conversations indistinctes
-Qu'est-ce que t'as envie de faire ? -Je sais pas.
-Ta femme est pas à Paris, alors tu veux bien sortir.
-T'as pas envie ?
-On est bien là, non ?
Moi, faire l'amour, manger, dormir, ça me suffit.
-Pas moi. Si on quitte jamais le lit,
je vais finir par m'ennuyer.
-Ah ouais ? D'accord, donc ça y est.
Tu t'es lassé.
-Déjà... -J'ai une passion pour ton corps.
Mais c'est pas la seule chose qui me plait chez toi.
J'aime aussi parler avec toi.
-Ah oui ? Parler ?
-De quoi tu veux parler ? -Sois pas si susceptible...
Non, mais tu veux parler. Alors vas-y, je t'écoute.
-Tu veux que je te dise qu'il y a que ton cul qui m'intéresse ?
-Peut-être... -C'est charmant.
-J'imagine que c'est réciproque.
Je suis qu'un objet sexuel pour toi ?
-Non, j'ai pas dit ça.
-Mais je ne suis pas rassasiée. -J'ai pas dit que j'étais rassasié.
-Si, tu t'ennuies. -Enfin, tu m'embêtes à la fin.
J'ai tout le temps envie de toi.
-Qu'est-ce que tu veux faire ? Aller au musée ?
-Mais quoi ? C'est pas insultant. -Si !
-T'es folle !
-Viens ici ! Espèce de furie ! -Non ! Au secours !
Rires
Beurk, beurk, beurk !
-Alors, ça te plaît ?
Elle acquiesce.
Tu vas pas bouder jusqu'à mon départ, si ?
-Si.
Rires
...
Elle rit.
-Bouh ! Elle crie.
Allez, viens, on rentre. -Pour quoi faire ?
-A ton avis ?
-T'as peur de t'ennuyer ?
-Allons, allons...
-Ca me fait mal de penser que tu vas retrouver ta femme.
J'aime pas non plus savoir que tu lui mens.
-C'est un cauchemar, même si j'essaie de ne pas le faire peser.
-T'es heureux quand même, avec moi ?
-Mais tellement.
C'est bien ça qui est dramatique.
Comment tu veux que je parte si tu m'excites ?
-Justement, je veux pas que tu partes.
Reste avec moi.
Tu m'écriras ?
-Oui, bien sûr.
-M'oublie pas.
-Il y a quelque chose qui brille ?
-C'est la lumière.
-Tu veux que j'éteigne ? -Oui, je veux bien, oui.
-Qu'est-ce que tu vois, dans la chambre ?
-Qu'est-ce que tu vois d'autres ?
-Que toi ? Euh, des objets.
Evidemment.
Et...
Toi, enfin je veux dire...
Je veux dire, ta personne...
-Euh, oui, je la vois très bien. Très bien.
-Tu peux me dire si j'ai les cheveux courts ou longs ?
Ils sont courts ou longs ?
-T'as un vêtement...
-Il faut que tu regardes mon visage
pour voir mes cheveux.
Tu vois s'ils sont courts ou longs ?
-Ils pourraient être longs.
-Ils sont courts, en fait.
-Bon...
-Et tes enfants ? Ils vont bien ?
-Linn est en colo, elle adore.
Au téléphone, elle me dit que je lui manque pas.
C'est un peu vexant. Il acquiesce.
Elle rentre demain et on repart aussitôt.
Elodie a loué une maison en Normandie,
elle nous a invitées.
Alors, je vais pas te voir pendant deux semaines,
mais je te retrouve à mon retour.
D'accord ?
-Oui.
-Non, non !
Rires
Conversations indistinctes
...
Musique douce
...
-Maman, on peut faire un scrabble ?
-Non, chérie. J'ai envie de me reposer.
-Tu joues jamais avec moi ! -Tu rigoles ou quoi ?
-T'as promis de faire un scrabble dans l'après-midi.
-Qu'est-ce qu'elle va nous mettre là ?
Pépé ?
-Egrapper.
Elle rit. -Mais attends, c'est quoi ce mot ?
-"Egrapper" qui veut dire quoi ? -Ca veut dire :
"dégarnir de ses grains, un fruit à grappe".
-D'accord. -Ca, c'est de la triche,
elle regarde toutes les combinaisons avec son téléphone.
C'est de la triche. -A ton tour, maman.
Ca va être difficile.
Elle rit.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Mais maman ! Pourquoi tu rigoles ?
-Arrête, mais c'est de la triche !
-On regarde pas...
-Alors, attends.
J'ai trouvé.
Onze, douze, treize.
Grillons
...
-Oh, là ! -Oui, je l'ai vue.
-J'ai loupé l'étoile filante, moi. -Je l'ai loupée...
-Là ! -Hein ? Où ça ?
Elle rit.
Tu veux savoir où il va ? -OUI !
-Oui.
-Celui-là, c'est Londres-Johannesburg.
-Et celui-là ? -C'est où Johannesburg ?
-Johannesburg, c'est en Afrique du Sud.
-Et lui, il va où ?
-Tenerife-Amsterdam. -Moi, je vais me coucher.
-Maman, je peux venir me coucher dans ton lit ?
-Oui, si tu veux. -BONNE NUIT.
-BONNE NUIT. -A tout à l'heure !
-Tu veux pas lâcher ton téléphone et regarder les étoiles ?
-Sandra, ici, la chaleur est accablante.
Je me baigne à l'aube, quand la plage est encore vide.
Puis je retrouve Jérémie, lui aussi se réveille tôt.
Nous faisons une grande promenade, chaque fois différente,
nous ramassons des plantes, je lui apprends à les reconnaître.
Le reste du temps, je ne peux ni penser, ni lire,
ni même dormir.
Quand je ferme les yeux, je vois ton visage.
Je vois tes yeux, je veux les embrasser.
Ta bouche, je veux la dévorer.
Tes lèvres, je veux les mordre, encore et encore,
et descendre lentement le long de ton cou,
tes épaules, descendre encore, tout doucement.
Tes seins, les chérir, je les aime tant.
Et me perdre en toi, mon tendre amour.
-J'ai des courbatures, ça fait mal.
-C'est parce que tu grandis.
La rentrée, c'est lundi, faut dormir maintenant.
-Je veux pas dormir.
On toque à la porte.
...
-Maman ? -Ah, te voilà...
-Bonjour, papa. -Bonjour !
-Bonjour, madame. -Bonjour.
-M. Kienzler, on va vous transférer sur le brancard.
-Ca fait des jours que le médecin et l'assistante sociale
me harcelaient pour qu'il parte.
Ils voulaient
le mettre dans un Ehpad affreux. Je me suis engueulé avec eux.
Ils m'ont dit de le prendre chez moi.
Je leur ai rappelé qu'on était divorcés depuis 20 ans.
-Au revoir, M. Kienzler. -Au revoir, madame.
-J'espère qu'ils s'occuperont bien de vous à l'hôpital Bretonneau.
-Oui, merci.
-Il est vraiment gentil, votre papa.
Conversations indistinctes
...
-Bonjour.
Vous êtes la famille de M. Kienzler ?
Suivez-moi, je vais vous montrer sa chambre.
-Madame ?
Madame ?
Vous êtes sûre que vous allez le mettre ici ?
Il y a une morte sur l'autre lit.
-Non, non, elle n'est pas morte, elle va très bien.
-Ah bon ? -Oui.
-S'il n'y a pas d'autres solutions.
-Installez-vous.
Allez-y.
Qu'est-ce que vous pouvez
me dire sur M. Kienzler ?
-Il souffre d'une maladie neurodégénérative,
le syndrome de Benson.
Ca s'est déclaré il y a 5 ans. Il travaillait encore.
-Il exerçait quelle profession ?
-Professeur de philo, en classe prépa.
-Ca s'est manifesté comment ?
-Il n'arrivait plus à lire, alors que sa vue n'avait pas diminué.
Il a commencé à avoir du mal à se repérer dans l'espace.
Les actions les plus élémentaires sont devenues difficiles.
Parallèlement, il devenait de plus en plus confus.
Maintenant, c'est simple, il ne peut rien faire seul.
Ca a été terrible pour lui,
de se rendre compte que son cerveau se détraquait
parce que toute sa vie, il l'avait consacrée à...
...à la pensée.
-Il était obsédé par la clarté et la rigueur.
-Même malade, il a voulu exercer son métier jusqu'au bout.
Il y a un an, il travaillait encore.
Il apprenait ses cours par coeur,
et il dictait les corrections à sa mère
qui a 98 ans et toute sa tête.
Et à sa compagne, Leila.
-Il a une compagne ? -Oui, depuis 5 ans.
Mais elle a une santé fragile, ils ne peuvent pas vivre ensemble.
-Je peux vous poser une question ? -Oui.
-Cette maladie, on en meurt comment ?
-On meurt en général parce qu'on devient grabataire.
On toque. Oui ?
-On vous a trouvé une autre chambre.
-Ah, super.
Il soupire.
(-Salut.)
-Valérie est au courant, pour nous.
-Ah bon ? -Je lui ai parlé.
Ben, la vérité.
Que j'étais amoureux de toi.
Elle s'est montrée digne. Et elle m'a mis dehors.
-Et ton fils ?
(-Il sait pas.)
Enfin, il doit sentir des choses, j'imagine.
-Comment t'as justifié ton départ ?
-On lui a dit que je partais quelques jours, pour le travail.
-Quelques jours...
Et ensuite ?
-Ensuite, je sais pas.
Pour l'instant, je suis là.
-Donc tu dors ici cette nuit ?
-Oui, si tu veux bien de moi.
-Ma petite maman adorée...
-Je suis pas seule, ma chérie. Clément est là aussi.
Rires
...
...
-Tu sais ce que fait Clément ? -Non, il fait quoi ?
-Il est astrophysicien.
-Cosmochimiste.
-OK, "cosmochimiste".
-Ils étudient les planètes justement.
-Ah oui ?
-Tu vas dans l'espace ?
-Ca, c'est les astronautes. Moi, je reste sur terre.
Mais je vais dans des endroits isolés
pour chercher des poussières extraterrestres.
Elles tombent partout sur la terre, dans les océans, partout.
Elles viennent des comètes ou des astéroïdes.
En entrant dans l'atmosphère,
elles laissent une traînée derrière elles.
T'as déjà vu ça, des étoiles filantes ?
Les étoiles filantes, c'est pas vraiment des étoiles.
Ce sont de toutes petites poussières
de quelques millimètres.
Alors moi, je les cherche, je les ramasse
et je les analyse.
-Moi, je connais toutes les planètes du système solaire.
-Ah oui ? Vas-y. -Saturne, Uranus,
Venus...
Jupiter, Mars.
-Et aussi : Nep...
Nep...
-Neptune ! -Oui !
Bravo.
-Va te laver les dents, chérie.
-Il y a aussi Pluton.
Mais c'est pas une planète, elle est trop petite.
-Exactement.
-Allez, file !
-J'aimerais bien, si tu pouvais m'aider,
pour que je puisse rentrer dans un lit
où je puisse bien dormir.
-Ca t'embête pas ? -Non.
Mais c'est pas l'heure de se coucher.
Il est 17h30. -Eh bah, oui, oui.
Il est pas trop tard.
Et ce que j'aimerais,
ce serait que toi, si c'est possible,
tu viennes avec moi brièvement.
Et que là, on fasse un truc,
où toi, tu fasses ce que tu veux
et moi, tu m'aiderais à...
-A te coucher ? -Oui, c'est ça.
A faire le bon geste
pour dormir.
-Bonjour, monsieur.
Excusez-moi.
-C'est ça que je voudrais.
Parce que tu es ma fille.
Et que j'aimerais bien
que tu puisses m'aider de sorte qu'avec ça je m'endorme quoi.
Je m'endors, je sais que je m'endors.
Et...
Et je sais que c'est ma famille,
que c'est ma fille qui fait tout ça.
Et donc, je suis heureux à ce moment-là.
Tu pourrais supporter ça ?
-Mais tu voudrais t'endormir...
Un film court, un film de dix minutes.
Mais qui aurait quelques mètres de plus.
Et...
Après, et bien...
Tu t'occuperas plus de moi.
-Petit fantôme ! -Oh ! Arrête !
-Mais attends...
Tête-de-mort ! Il rit.
T'es nulle ! Igloo ! Tiens ! -Mais !
-Euh... -Tache !
-Tache de quoi ? -A table...
-Bougie !
-Bougie...
-Toile d'araignée ! -Petit machin !
J'ai dit "petit machin" ! -Ca s'appelle "toile d'araignée" !
-Clément ? -Je suis là.
-Qu'est-ce que tu fais ? -Rien.
(J'arrive pas à dormir.)
-Belle lune, belle Que cherches-tu là ?
Je cherche un nuage Pour passer...
-J'en connais une qui est de bonne humeur.
-Tu le connais comment, Clément ?
-C'était un ami de ton père et c'est devenu le mien.
-Si c'est ton amoureux, c'est plus ton ami.
-C'est mon ami et mon amoureux.
Bon, n'y pense pas trop. D'accord ?
-D'accord. -Travaille bien, fais-moi un bisou.
A ce soir. -A ce soir.
On déverrouille la porte.
(-Quoi ?)
-J'ai essayé de te parler hier soir, mais j'y suis pas arrivé.
Je peux pas faire ça.
Quitter ma femme, faire souffrir mon fils, je suis pas prêt.
Ca me déchire,
mais il faut que j'arrête de te voir pour l'instant.
Tu connaissais ma situation.
(-Et toi, la mienne.)
Tu savais que ce serait pas juste un flirt pour moi.
-Ca a jamais été un flirt pour moi non plus.
Elle soupire.
(-D'accord.)
Il parle en allemand.
...
... du secteur textile,
qui s'est installé progressivement dans les régions rurales...
Musique douce au piano
...
-On boit un verre ?
-J'aurais adoré, mais j'emmène ma fille au cinéma.
-OK. -Une prochaine fois.
Grognements
Rires d'enfants
Cris et grognements
...
Cris et explosions
-Oh...
...
-Ca t'a plu ? -Ouais, c'était trop bien.
-Tant mieux. -Pas toi ?
-J'ai pas adoré.
-Pourquoi ? T'aimes pas l'histoire ?
-L'histoire, ça va. Mais les images, le son...
-Ben quoi ?
-J'ai trouvé ça très agressif.
-Pas du tout.
-Je comprends pas qu'on fasse des films pour enfants si violents.
-Faut toujours que tu me gâches tout ce que j'aime, j'en ai marre.
-J'ai le droit d'avoir un avis.
-T'es méchante. -"Méchante", tout de suite.
-Ca te ferait plaisir si je te disais que ce que t'aimes est nul ?
-Je dis pas que ce que t'aimes est nul.
Donne-moi la main. -Non !
-Et toi ? Comment sont les choses ?
Je veux dire, la vie ?
-Moi ? Ca va.
-Ah bon, très bien.
-Excuse-moi, ma chérie, mais...
-Je vais chercher quelqu'un.
La porte se ferme.
-Mon père a besoin d'aller aux toilettes.
-J'arrive.
-Merci. -De rien.
-Merci.
-Pourquoi vous le faites pas vous-même ?
-Je sais pas. Parce que ça me gêne.
-Ah, bon...
-Mes parents sont malades,
mais quand je leur rends visite, c'est moi
qui les emmène aux toilettes.
-Je vous admire. Moi, j'y arrive pas.
-Venez, s'il vous plaît.
Donnez-moi la main, appuyez-vous sur moi.
Doucement.
C'est vraiment dommage, je le dis pour vous.
Etant donné que vous êtes là, il faut en profiter.
Attention, je vais ouvrir la porte.
Doucement.
-Ah, t'es là. Fallait que je te parle, t'as 5 min ?
-Oui.
-Les assistantes sociales me disent que tu les rappelles pas.
-J'ai oublié.
-C'est à moi qu'elles s'en prennent. Merci.
Ils vont virer ton père de Bretonneau d'ici une semaine.
(-Oh, putain.)
-J'ai tout essayé.
J'ai supplié le directeur du service de le garder encore un peu, en vain.
Il a changé de ton depuis l'autre fois.
On va devoir le mettre dans un Ehpad privé
en banlieue en attendant mieux.
Pour l'instant, le seul possible est à Courbevoie.
Il faut que vous alliez le voir avec ta soeur.
Vous allez rencontrer la directrice qui n'arrête pas de m'appeler.
Elle a un lit qui s'est libéré et elle semble très...
... très pressée de l'exploiter.
-Il a l'air sympa, ce chien. Il s'appelle comment ?
-C'est une femelle. Pépita.
Elle reste au rez-de-chaussée.
-Dommage.
-C'est bon, j'ai tous les papiers.
Ici, vous avez la terrasse.
Bonjour, messieurs-dames.
-BONJOUR.
-Le salon. -Bonjour.
-Il était là, il est parti.
-Je vous montre la chambre.
C'est pas votre chambre ici, Mme Lambert.
Allez, venez, je vous raccompagne.
Allez.
-Tu retournes au RER ? Tu veux pas prendre le bus avec moi ?
-Je peux pas, faut pas que je rate mon train.
C'est pas possible là, cet endroit.
-Faut qu'on le sorte de là.
Musique douce au piano
...
-J'ai essayé de plus penser à toi. Je voulais t'oublier.
Mais j'y arrive pas, tu me manques trop.
Valérie s'en rend compte et je la vois souffrir en silence.
J'avais pas imaginé que ce serait aussi difficile.
...
(-Clément...)
...
(-Mon amour.)
...
-C'est moi qui sonne.
Sonnette
-Bonjour.
-Des fleurs. -Merci.
C'est ici.
-Salut.
Esther m'a beaucoup parlé de votre père.
-Merci pour les livres. -On est ravis.
Ca nous incite à nous remettre à l'allemand.
-Je me demandais ce que j'allais lire
ces 10 prochaines années : les oeuvres complètes de Kant.
-Bon courage. -Je vous débarrasse.
-Elias Canetti.
-Littérature autrichienne. C'est pour moi.
-Hannah... Arendt.
-Hannah Arendt : philosophie. C'est ici. Merci.
Pour moi aussi.
-Franz Kafka.
-Vous pouvez venir les reprendre. Ca reste vos livres.
-Merci.
Le principal, c'est que la bibliothèque continue d'exister.
Je me sens plus près de mon père quand je regarde ses livres
que quand je le vois.
-Mais pourquoi ?
Je le retrouve plus dans sa bibliothèque
que dans la personne qui est à l'Ehpad.
Là-bas, c'est son enveloppe charnelle,
et ici, c'est son âme.
-Mais c'est pas lui qui les a écrits.
-Oui, mais c'est lui qui les a choisis.
Et à travers ses livres, c'est sa personnalité
qui s'exprime. Comme si chaque livre
était une touche de couleur
et que toutes ces touches de couleur
dessinaient son portrait.
-Tu comprends ? -Oui, oui.
-Alors ?
Tu vas les lire ? -Non.
-T'exagères...
Je suis contente qu'Elodie ait apporté une nouvelle chaîne.
Tu vas enfin pouvoir écouter de la musique.
Je mets Schubert, pour voir ?
La musique commence.
-Ah oui. Je le connais très bien.
Gémissements
-Madame ? Vous êtes trompée de chambre.
Je vais vous raccompagner.
Il fredonne la musique.
...
La musique continue.
...
On l'a beaucoup écouté, Schubert.
C'est ton compositeur préféré. -Non.
Moi, il me prend trop...
-Comment ça ?
-Cette musique n'est plus pour moi.
Elle est trop lourde.
-Elle est trop chargée ?
Chargée de souvenirs, c'est ça ? -Oui.
-Elle t'angoisse ? -Oui.
Laisse, si ça te plaît.
-Si ça t'angoisse, je peux changer. Tu veux du jazz ?
-Pas tout de suite.
-D'accord.
-Tu veux aller faire un tour sur la terrasse ?
-Oui, c'est une bonne idée.
Ouh là là...
-Il fait pas chaud, hein ? -Non.
-Hier, il a neigé.
-Et Leila ? Où est Leila ?
-Elle était avec toi lundi dernier.
-Ah, mince alors.
Oh, ben...
-Ca me fait plaisir, ça prouve qu'elle m'aime.
-Evidemment qu'elle t'aime.
-Je l'ai toujours aimée.
Est-ce qu'on peut rentrer ?
Pour moi, il y a 3 personnes qui comptaient.
Leila.
Et ensuite, moi, je crois.
Enfin, je dis "moi", car je crois que c'est comme ça.
Et euh...
Une troisième personne.
-C'est qui cette 3e personne qui compte pour toi ?
-Justement...
Je ne vois pas.
Musique douce au piano
...
-Je sais pas à quoi me raccrocher.
-Je crois que tu l'aides en lui donnant de ton temps.
Et en le rassurant comme tu peux.
-Oui, mais c'est dérisoire.
Il est quand même enfermé dans sa maladie.
C'est comme si...
...s'il se noyait perpétuellement.
Tu peux espérer
que bientôt il ait plus conscience de sa souffrance,
et donc, qu'il souffre plus.
-J'ai quelque chose à te demander. -Oui, quoi ?
Si on est encore ensemble dans 30 ans,
je sais que c'est improbable, mais...
Mais imaginons qu'on soit encore ensemble dans 30 ans
et que j'ai la même maladie que mon père.
-Tu m'as dit que c'était pas héréditaire.
-C'est ce que prétend ma mère, mais je la crois pas.
J'ai trop peur de regarder sur Internet.
Elle soupire.
Promets-moi que tu m'aideras
à me faire euthanasier avant qu'il soit trop tard.
Il rit.
-Sympa comme discussion...
-Tu m'emmèneras dans une clinique en Suisse, au bord d'un lac.
On n'attendra pas que je puisse plus formuler cette demande.
On le fera dès les premiers symptômes.
Sa voix se brise. Promets-le-moi.
Tu me le jures ? -OK, si tu me promets la même chose.
-Je te le promets !
-Maintenant, on arrête de parler de ça.
Profitons des quelques années qui nous restent.
Elle parle en anglais.
...
*-Jean Luc Desmoine de l'Autorité française de Sécurité Ferroviaire.
*J'ai une question sur la réglementation.
*Dans le cadre de l'analyse
*de la gestion frontalière des trains.
*Nous avons découvert qu'il existe des normes absurdes,
*tout du moins assez différentes, dans certains pays.
*Alors selon vous, quel acteur pourrait être
*le moteur du processus d'harmonisation de ces règles ?
-Oui, alors, effectivement, c'est une question assez vaste.
Penser les voies ferrées comme des réseaux...
Enfin, comme un réseau.
Ce n'est pas seulement...
Simplement penser aux terminaux comme étant des "facilitées"...
Enfin des installations essentielles, pour la compétition.
Mais les considérer comme des noeuds pour gérer, enfin...
Pour...
Comme des noeuds de gestion... Pardon.
Désolée, j'ai perdu le fil. Vous pouvez répéter ?
Il reprend en anglais.
...
Sonnette
-Oh, non, Sandra, m'en veux pas. J'étais coincé.
-T'as combien de temps aujourd'hui ? -Une heure.
-On fait quoi ?
-On peut sortir.
Je te connais, après tu vas dire que je t'abandonne.
-Alors du coup, quoi ?
-On n'est pas toujours obligés de se mettre au lit.
-C'est la double peine, alors.
C'est perdant-perdant.
-Viens.
-Je suis pas ton toutou. -Non !
T'es mon amoureuse.
-Plutôt ta maîtresse.
Ta maîtresse délaissée.
-Allez, arrête.
-Aïe ! Non, pas de violence.
Ils rient.
Attention...
-Papa, tu sais ce qu'on fait ce matin, là ?
Gémissements
On fait ta valise.
-Ah, oui. -Tu déménages.
Gémissements
Madame, c'est pas votre chambre ici.
Je vous ramène. Par là.
Gémissements Voilà.
-On est contentes, parce que l'endroit où tu vas,
c'est celui qu'on voulait pour toi.
Il y avait une longue liste d'attente.
Et par chance, une place s'est libérée.
-Oui.
-Bonjour, merci.
-Attention la tête.
-Voilà.
C'est bon ?
-Ca va la température ?
-Papa, t'as pas froid ?
-Beh, non.
J'ai froid dans la tête.
-Donne-moi la main, papa.
à soulever ta jambe. Laisse-toi faire.
Klaxons -Ils attendront.
-Au revoir.
-Bonjour. -Bonjour.
On vient pour l'installation de notre père, M. Kienzler.
-D'accord, je vais en informer le directeur.
-Merci.
Brouhaha
...
-Regarde, les oiseaux.
Chants et cris d'oiseaux
-Messieurs-dames.
-Bonjour, monsieur. -Bonjour.
-Voici M. Kienzler, notre nouveau résident.
-Bonjour, M. Kienzler, vous êtes le bienvenu au jardin de Montmartre.
-Et voici nos soignantes :
Zahra, Bouchra,
Madeleine et Jacqueline.
-Bonjour. -Soyez le bienvenu.
-Merci.
On toque à la porte.
-Ca va ? -Ca va ?
-Salut. -Ca va ?
-Papa, t'as de la visite.
-C'est moi. -Qui ça, pardon ?
-C'est moi, Leila. -Ah ! Leila, c'est toi ?
Mais c'est pas vrai, c'est pas possible.
Oh, j'étais si inquiet. -Tu vois, je suis là.
J'étais coincée dans les embouteillages.
-On va vous laisser.
-Clément !
-Ah !
Ca va ?
T'es contente ? -Oui.
Ah ! -Bravo !
-Je peux ramer ?
-Attends, je fais demi-tour. -Tu sais ramer ?
-Oui. -T'as déjà ramé ?
-Bien sûr que j'ai déjà ramé.
-On va le faire ensemble. Viens t'asseoir.
-Attends, attention.
-Tu veux le faire toute seule ? -Oui !
-Tu fais fort.
-OK.
-Allez, moi, je me repose.
Brouhaha des enfants
...
Il y a des gens que je connais. -Où ça ?
-La fille avec le blouson bleu.
C'est une amie de Valérie, avec son mec.
-Linn, tu viens ? On y va.
Allez chérie, c'est l'heure.
-Non. -On y va.
-Je m'amuse !
...
Douche
-Tiens.
...
Vous faites encore l'amour, Valérie et toi ?
-Sandra...
-Vous couchez encore ensemble ?
-Tu veux vraiment parler de ça ?
-Donc, ça vous arrive.
Ca me dégoûte.
-Ca fait 10 ans qu'on vit ensemble.
On partage la même chambre, alors oui.
Il peut arriver qu'on se touche.
-Vous allez coucher ensemble, pendant les vacances ?
C'est ça le programme ?
-Arrête.
...
-Je veux plus être ta maîtresse.
Je supporte plus.
-On va arrêter, c'est mieux.
-Tu me quittes encore ?
-Je reviendrai quand je me serai séparé de Valérie.
-Et je suis censée te croire ?
-Je t'aime, Sandra.
Il faut que tu me fasses confiance.
-Va-t'en.
Pars.
La douche continue.
...
La porte claque.
*-Oui ?
Je suis la maman de Linn,
vous m'avez dit de venir la chercher.
-Qu'est-ce qui t'arrive ?
-La maîtresse dit que ça fait 3 jours qu'elle boite.
Elle est même pas sortie de la récréation aujourd'hui.
-Les autres jours, ça allait, mais là, j'ai très mal.
-Pourquoi tu m'as rien dit ? T'es tombée ?
-Non. -Alors pourquoi tu boites ?
-Mais je sais pas.
-A part le genou, t'as d'autres douleurs ?
-Non.
-C'est bon, tu peux te rhabiller.
C'est rien de grave.
C'est sûrement lié au fait que tu grandis.
Je vais te prescrire un médicament homéopathique,
tu pourras le prendre quand t'as mal.
-J'ai oublié mon livre dans la salle d'attente.
-Va le chercher.
Bon, elle n'a rien.
-Elle fait semblant ?
-Elle y croit un peu.
Ca sert à rien de la brusquer.
Puis, ça lui passera.
-Est-ce que je pourrais aller à l'école demain ?
-Ah, bah oui, sans problème, ouais.
-Oh...
-Pourquoi tu vois plus Clément ? Vous vous êtes fâchés ?
-Non.
-Je sais pas, ma chérie. J'espère.
-Couvre-la, il fait froid.
-Tiens, met ton pull.
-Oh non, pas ce pull.
-Il est chaud.
-J'ai vu Georg hier.
-C'était le rendez-vous médical pour le mettre sous tutelle.
-Ca s'est bien passé ?
Linn, tu viens mettre ton manteau ?
-Je me suis fait engueuler par ton père.
-Il voulait pas me voir, mais carrément pas.
"C'est moi, Françoise,
"je suis venue voir si t'avais besoin de moi."
"J'ai une compagne, elle s'appelle Leila !"
Il prend le médecin à partie,
il dit : "Je n'ai rien à voir avec cette dame !"
-Bientôt, il ne me reconnaîtra plus.
Elle tire la chasse.
-C'est possible. Il faut t'y préparer.
C'est ce que le médecin m'a dit.
On lui rappelle trop de souvenirs. C'est douloureux pour lui.
Il a dit qu'il avait 6 enfants.
Il se prend pour son père.
Non merci.
Allez, file.
-Allez.
-Bonne séance. -Oui.
...
-Balade en maladie rare,
dégénératif,
dégénérescence,
dégradation.
Tremblement de terre, tsunami,
serpent qui rampe insidieusement.
Kafka, "La métamorphose" :
"Homme prisonnier d'un état physique inattendu."
Interrogation, angoisse.
Que m'arrive-t-il ? Que dois-je faire ?
Les médecins, premiers contacts avec la médecine.
Mon médecin traitant ne semble pas connaître ma maladie.
Il m'envoie chez un spécialiste à la Salpêtrière.
Etape suivante, les tests psychologiques.
Séance pénible.
Premiers IRM et ophtalmo.
J'éprouve des sensations visuelles étranges.
Verdict : rien.
Deuxième IRM plus approfondie.
Scintigraphie.
Ponction lombaire.
2e verdict : révélation d'une atrophie corticale postérieure.
Syndrome, association de plusieurs symptômes, de Benson.
Lors de la consultation, M.T. affirme avec insistance
que ma maladie n'est pas une maladie d'Alzheimer,
mais entre dans la catégorie des maladies neurodégénératives,
neuro-visuelles.
Me voilà donc malade à vie.
Je ne sais quoi penser de cette observation.
Les effets sont nombreux.
Vision mal commandée par le cerveau.
Mémoire défaillante au-delà de l'ordinaire.
Objets qui disparaissent de ma vue alors qu'ils sont sous mes yeux.
Linn chantonne.
J'essaie de m'habituer
aux changements requis par mon nouvel état.
Je ne prends plus le métro.
...
Ironie des choses.
Cette maladie me punit dans ce qui m'est le plus cher,
la lecture.
Conscience de perdre et d'avoir perdu beaucoup de choses.
Il n'y aura plus jamais ça.
Sentiment d'un gouffre.
Sentiment d'être hors du monde,
en retrait des autres.
-Tant qu'il sait...
-Mon but serait, par l'écriture, de m'élever au-dessus de la maladie
qui ne m'anéantirait pas complètement.
Ce serait une sorte de victoire.
Y a-t-il une lueur ?
Je n'en vois pas, mais ne puis encore l'exclure.
Le pire n'est jamais sûr.
Kierkegaard, "Traité du désespoir".
"Le désespoir.
"S'y laisser aller un temps
"pour le connaître et en sortir.
"Ce temps risque d'être sans fin."
Conversations indistinctes
...
-Ah !
-C'est une chance que je sois là, ce soir.
-Comment ça ?
-J'étais en garde à vue, ce matin. -Qu'est-ce qu'elle a fait ?
-Une "action de désobéissance".
-Le jour de Noël ? Avec Extinction-Rébellion ?
-Non, je croyais, mais c'était Youth For Climate.
-Youth for Climate ?
Et ils ont voulu de toi ? -Oui !
Ils sont nettement plus...
... moins pacifiques qu'Extinction Rébellion.
En plus, il y avait des anars et des gilets jaunes.
-Elle veut vraiment se prendre un coup de matraque ou perdre un oeil.
-Vous avez fait quoi ?
-On est rentrés chez BlackRock et on a tout cassé.
-T'es folle à lier !
-Mais je rigole.
C'était le projet,
mais heureusement, j'ai été interpellée avant.
A la sortie du métro. Les flics avaient été prévenus.
-Ils t'ont gardée combien de temps ?
-Quatre heures !
-Quand même...
-Ils m'ont demandé si j'allais à la manifestation.
J'ai dit que non, que je passais par hasard.
Ils m'ont pas cru, mais à la fin, ils ont eu pitié.
Et le père Noël était pas censé passer ?
-SI ! -Mais si, c'est l'heure.
-Faut mettre du lait et des gâteaux !
-Et un truc pour les rennes.
Les bols dans l'évier, sinon on risque de les casser.
Et je vais chercher, le...
-LE LAIT ! -Oui.
Tiens.
On se dispute pas ! Y a autre chose !
-Les gâteaux ? -Oui, les gâteaux !
-Attention.
Et puis, il reste...
-LES CORNICHONS ! -Ouais.
Des cornichons ! -Merci.
On les met là-dedans. -Pas de casse, hein ?
-On peut en mettre plein. -Voilà, stop, c'est bon !
Musique de Noël
...
-Ca y est ? -C'est que pour le père Noël.
-On donne pas à boire au tapis.
Attends, le tapis n'a pas soif.
Je crois que le père Noël est servi là.
-Ah, ça y est ! Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Je pense qu'il faut que vous alliez vous cacher.
-OUAIS !
-Allez dans la chambre. -Sinon, il passe pas.
-Allez vous mettre dans la chambre et surtout ne faites aucun bruit.
Ne parlez pas et ne sortez pas. D'accord ?
-Pourquoi ? Non ! -Sinon, il va pas venir.
-Oh non ! Pourquoi ? -Vous restez là.
Vous ne faites pas de bruits. Rien, chut.
Chut, silence.
...
Conversations indistinctes
Ils chuchotent. -Chut !
Conversations indistinctes
...
Elle coupe la musique.
-Oh !
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Vous avez vu ?
J'ai vu une étoile filante. -Mais c'était un éclair ?
Il y a eu un éclair. -Ouais.
-Il y a quelqu'un qui marche sur le toit.
-Attendez ! Est-ce qu'il a un bonnet rouge ?
Il a une grosse barbe blanche ? On toque à la porte.
-Ca a frappé ! -Attendez, attendez.
Il imite la voix du père Noël. -Laissez-moi rentrer !
Rires
-Vous voulez rentrer ? -Oui, je vais attraper froid là.
-Ah, rentrez, rentrez.
-Venez, père Noël, venez !
-Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe !
Elles rient.
-Attends, attends ! Y a les rennes !
-Y a les rennes dans la maison. -Ils sont là !
-Non ! Y en a un qui bouffe les bouquins !
Rires Brouhaha
Oh, les cornichons !
Ils imitent les rennes.
Oh, merde, ils ont bouffé ta tasse !
-Est-ce qu'il y a des enfants ? -Ecoute, écoute.
-Ah, oui, il y a des enfants ! -Est-ce qu'ils ont été sages ?
-S'ils ont été sages ?
-Oui, oui ! -Je balance les cadeaux !
-Oh, merci ! Oh là là, merci !
-Allez, on se casse !
-Allez, partez ! Attendez, je vous aide !
-Il s'envole ! -Ca y est, ils sont partis.
-On y va ? -Où ?
-Les cadeaux sont arrivés. On lâche les bêtes.
Brouhaha
-Wouah !
-Tout ça, c'est pour qui ? -MOI !
-Prenez vos verres, on passe à table.
Tu te souviens que papa disait
qu'il écrirait un livre autobiographique ?
-Peut-être, enfin vaguement.
-Il a toujours voulu écrire un livre sur son enfance à Vienne
et le suicide de son père.
Il était trop paresseux pour s'y mettre.
-Il était pas paresseux, il travaillait tout le temps.
-Par obligation ! Il détestait ça.
C'était un paresseux contrarié.
-Dans ses carnets,
j'ai retrouvé des notes avec un titre
qui semblait se référer à ce livre : "An einem schonen Morgen".
-Ce qui veut dire ? -Un beau matin.
-Merci.
-Alors ?
-Et beh, ça attaque ?
...
-"L'acte d'accusation met en évidence
"ses liens avec l'exécutif russe.
"L'intermédiaire s'avère être Rob Goldstone,
"le promoteur britannique, le même qui avait oeuvré
"pour l'organisation du concours de Miss Univers à Moscou."
-Ca va aller ? -Oui.
Bips
Leila ?
Leila ?
Leila ?
Leila ?
Leila ?
Leila ?
-Allô ? Clément ?
Qu'est-ce que tu dis ? Je t'entends pas.
Bip du métro
Maintenant ?
Musique douce au piano
...
J'avais peur que tu reviennes jamais.
(-Tu vois, je suis là.)
...
-Oui ?
Leila ? -Non, papa, c'est moi.
-Je suis pas venue seule, je suis avec Linn, ma fille.
-Ah, oui. Bonjour.
-Bonjour, papi. -Et Clément, mon ami.
-Je t'ai dit que je vous présenterais.
-Ah, oui.
-On revient d'Italie.
-D'Italie ?
-Avec Linn, Clément, et son fils Jérémie.
-On s'est baladés sur la côte amalfitaine.
Linn t'a fait un dessin. Elle peut te le mettre sur ton mur ?
-Mais oui.
-Ca va toi, sinon ?
-Oui, ça va bien.
-Tu te tiens de mieux en mieux.
Avant t'étais voûté, depuis que t'es ici, tu t'es redressé.
-Oui, on me l'a dit.
-Ils s'occupent bien de toi, ici.
-Oui, mais là, je sais que j'arrive à cet endroit, au fond.
-Là, on est dans ta chambre.
-Euh, c'est sa chambre, ici ?
-Non, c'est ta chambre. Ta chambre à toi.
-Mais où est-ce qu'elle est ?
-Au 6e étage des Jardins de Montmartre.
Là où tu vis depuis 6 mois.
-Oui d'accord, mais là, je sais pas où je suis.
-Là, tu es debout et tu marches dans ta chambre.
-Ah, d'accord.
Comment se fait-il que tu puisses si bien savoir ?
-Eh bien, parce que je le vois.
Et Linn aussi le voit et Clément aussi.
-Mais pour ça, il faut que tu l'aies déjà vu.
-Je suis venue te voir souvent dans ta chambre.
-Bonjour. On va faire un récital au salon.
Vous venez avec nous ?
-Ca te dit ?
-Quoi donc ? -Chanter ?
-Ma foi...
Brouhaha
...
-Tiens, assieds-toi, papa.
-Bonjour à tous, j'espère que tout le monde
est bien installé.
Nous sommes heureux d'être avec vous.
J'espère que vous l'êtes aussi.
On va vous distribuer des petits papiers.
Et on prendra la page numéro 4 : "Mon amant de Saint-Jean".
La musique commence.
-LA, LALALA, LALALA
LA, LALALA, LALALA
LA, LALALA
JE NE SAIS POURQUOI J'ALLAIS DANSER
A SAINT-JEAN, AU MUSETTE
MAIS IL M'A SUFFI D'UN SEUL BAISER
POUR QUE MON COEUR SOIT PRISONNIER
COMMENT NE PAS PERDRE LA TETE
SERREE PAR DES BRAS AUDACIEUX
CAR L'ON CROIT TOUJOURS AUX DOUX MOTS D'AMOUR
QUAND ILS SONT DITS AVEC LES YEUX
MOI, QUI L'AIMAIS TANT
JE LE TROUVAIS LE PLUS BEAU DE SAINT-JEAN
JE RESTAIS GRISEE
SANS VOLONTE SOUS SES BAISERS
SANS PLUS REFLECHIR, JE LUI DONNAIS
LE MEILLEUR DE MON ETRE...
La musique continue.
-Ma chérie...
-J'aimerais partir. Tu peux appeler Linn.
-Il faut quand même que tu lui dises au revoir.
Elle respire fort.
-QUAND ILS SONT DITS AVEC LES YEUX
MOI QUI L'AIMAIS TANT...
-Non, maman...
(-Chérie, s'il te plaît.)
-Pourquoi faut toujours qu'on parte quand c'est bien.
-On voulait se balader, profiter du beau temps.
-J'irais bien voir la vue du Sacré-Coeur.
-Oh non, pas encore marcher.
-Trop tard ! Clément est essoufflé.
-Linn ? -T'inquiète.
Brouhaha
Linn.
Pars pas comme ça. Viens voir la vue plutôt.
-Bon, alors...
Dis-nous ce que tu reconnais.
-Euh...
-Tu vois la tour, là-bas ? -La tour Eiffel ?
Et là, l'autre tour, là ?
C'est quelle tour ?
-La tour Montparnasse. -Bien.
Qu'est-ce que tu reconnais d'autre ?
La grande église, là. Tu sais comment elle s'appelle ?
-Non, comment ?
-C'est, je crois, Saint-Vincent de Paul.
Et ta maison, tu sais où elle est ?
-Non.
-A mon avis, elle est droit devant toi.
-Là ?
-Oui, là, comme ça.
Musique douce
...
La musique continue.
...
Mélodie douce
...
Sous-titrage : VDM
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