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1 M. Tomine,
pouvez-vous identifier ce vin ?
[il renifle]
[M. Tomine, en japonais] Le vin.
C'est toute ma vie.
Je suis le meilleur dans mon domaine.
[il renifle]
Du moins, je le pensais.
Puis je l'ai rencontrée, elle.
[sonnerie de gong]
Rien ne m'y avait préparé.
[homme, en français] Attends.
[la porte se ferme]
[choc de métal]
[cliquetis]
Melon ?
Poire ?
- Céleri. - [cliquetis]
Tilleul.
Litchi.
Pêche.
Pomme.
Je sais pas.
[homme] Réfléchis.
- Je peux en avoir encore ? - Non.
- S'il te plaît. - [fracas]
[une assiette vacille]
[homme] J'ai dit non.
Ré... flé... chis.
[elle renifle]
[de l'eau coule]
[homme] Camille.
Concentre-toi.
[elle souffle]
- [des oiseaux chantent] - [homme] Essaye d'imaginer le goût.
[elle souffle]
[homme] C'est dans ta tête.
[elle souffle]
Tu le sais.
[essoufflée]
[homme] Ré...
flé...
chis.
[chants d'oiseaux]
De la mousse ?
J'ai pas entendu.
De la mousse. D'arbre, je veux dire.
- [cliquetis] - [pousse une assiette]
[homme] C'est bien, Camille.
C'est bien.
On va s'arrêter là pour aujourd'hui.
- [les pas s'éloignent] - [elle soupire]
[elle souffle]
LES GOUTTES DE DIEU
[grondement de tonnerre]
- [vendeur] Cigarette ? - Non merci.
["La Femme"]
[brouhaha]
20 ANS PLUS TARD
[cri]
[amie] Merci d'être venue, ma Camille.
[Camille] Joyeux anniversaire, ma belle.
[amie] Eh, ça va ?
- [barman] Bonsoir. - Bonsoir.
- [barman] Qu'est-ce que je vous sers ? - Un verre d'eau.
- C'est tout ? - C'est tout.
- Glaçons ? - Glaçons.
[brouhaha]
Voilà. Allez-y doucement.
Ah ah.
[le brouhaha continue]
[invité] Camille ?
Camille Léger, c'est ça ?
- Pardon. - Tu peux pas me reconnaître.
On s'est croisés au Salon du livre, il y a sept ans.
Tu m'as dédicacé le tien.
J'avais 15 ans.
- 15 ans ? - Ouais.
J'avais qu'un livre sur ma table de chevet, le tien.
Je l'ai gardé de ma 3e à ma terminale, un truc comme ça.
J'ai grandi en te lisant.
- Grandi en me lisant. C'est super. - [il rit]
Tu as réécrit quelque chose depuis ?
Euh, non, effectivement. Enfin...
Si, mais mon éditeur, qui n'est plus mon éditeur,
m'a tout refusé. Je le comprends.
Je tournais en rond, j'écrivais la même chose en moins bien.
OK. Tu fais quoi du coup, maintenant ?
Eh ben, je me cherche.
J'ai du mal à me trouver, je crois. [elle rit]
- Je comprends. - Et toi ?
Je suis musicien. J'ai créé mon label il y a pas longtemps.
- Ah cool ! - Ouais.
[il rit] Excuse-moi, mais t'es...
T'es encore plus belle que dans mes souvenirs.
Ça me fait plaisir d'être là, avec toi.
Le plaisir est partagé.
Julien.
Salut, Julien.
[il rit]
- Ah non, non. [elle rit] - Quoi ?
Doucement. Tu perds pas de temps, toi.
"Un moment perdu l'est pour toujours".
Attends, mais...
C'est de moi, ça, non ? [elle rit] T'es un malin, toi.
- Peut-être. - [ils rient]
[sonnerie de téléphone]
Attends.
Tu m'attends ? Je reviens.
[la sonnerie continue]
Allô ?
Allô ?
[homme] Camille, c'est moi.
Papa. [souffle]
Tu m'entends, Camille ?
Je t'entends.
[expiration forte] Je... Je voudrais te voir.
Le plus tôt sera le mieux.
Pardon, mais tu peux pas débarquer dans ma vie comme ça
- et t'attendre à ce que... - Écoute.
[essoufflé] Je vais pas très bien.
Pas bien du tout, même.
Les médecins disent que j'en ai pas pour longtemps.
Comment ça, pas pour longtemps ?
[il tousse] Je vais mourir, Camille.
Viens.
Viens à Tokyo. Je m'occupe de tout.
Attends, euh...
La semaine prochaine, je dois pouvoir.
Non, cette nuit.
Quoi ?
Je peux pas là, comme ça.
Je t'ai pris un billet. Regarde ta boîte mail.
Ça marche pas comme ça.
Tu m'engueuleras plus tard.
J'écouterai tout ce que tu as à me dire.
[souffle fort]
- [il siffle] - Faut que je réfléchisse.
Alors réfléchis. Mais vite.
[elle soupire]
[musique électro]
[brouhaha]
Ça va ?
Euh... Ouais, super.
C'est quoi ?
De quoi te remonter, une composition perso.
Tequila, gin, vodka et un peu de rhum.
Ah ouais, quand même.
Je bois pas trop, en fait.
C'est vraiment compliqué.
Si moi, je les bois, ça t'embête ?
Non.
T'es malade ou quoi ?
Je t'avais...
[elle souffle]
[elle gémit]
- Ça va mieux ? - Ouais.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
J'ai bu un truc un peu trop fort.
Quoi ?
Non, c'est rien, c'est un mec. Un petit jeune.
Il m'a roulé une pelle par surprise, la bouche pleine d'alcool.
Un petit jeune, c'est-à-dire ?
- 22. - 22 !
C'est bien.
C'est mieux que 40, marié,
deux enfants.
Comme la dernière fois.
Ce serait mieux que tu rencontres des gens de ton âge,
- des types qui veulent... - Construire quelque chose, je sais.
Il a appelé.
Alexandre.
Il est malade, il veut me voir vite.
Malade ?
On en est sûr ?
Comment ça ?
[elle souffle] C'est peut-être une ruse pour te faire venir.
Commence pas, s'il te plaît.
[bip de téléphone]
Camille, ton chauffeur pour l'aéroport de Pontoise-Cormeilles arrivera à 22h45.
Qu'est-ce qui se passe ?
On en a déjà parlé. [elle souffle]
- Mais ton père, tu sais... - Oui, je sais.
Laisse-moi réfléchir, n'en rajoute pas.
C'est un manipulateur.
[souffle] Je vais prendre une douche.
[elle soupire] Il m'a pris un billet d'avion, le vol part à minuit.
Il disparaît pendant des années, il te siffle et tu rappliques ?
T'as oublié à quel point t'étais en colère contre lui ?
Comment j'oublierais ? T'es toujours là pour me le rappeler.
Le prends pas mal, je dois vraiment y aller.
C'est ma dernière chance de pouvoir obtenir des réponses.
Non.
Camille !
Non, je changerai pas d'avis. Et oui, je t'aime.
[la porte claque]
[la porte bipe]
Mme Léger.
- Je vous débarrasse ? - C'est bon, merci.
Prenez un siège, madame, s'il vous plaît.
Nous allons décoller.
[moteur d'avion]
[bip d'ascenseur]
[musique pop]
[brouhaha, rires]
[le brouhaha continue]
[en japonais] Vous êtes M. Issei Tomine ?
Et vous êtes Mlle Sayaka, de la célèbre famille Konoe.
Je vous offre un verre ?
Merci, mais ce serait une perte de temps.
Même en souriant poliment.
Je suis venue pour que mes parents cessent de m'embêter.
Des amis m'attendent, alors finissons-en rapidement.
Ma mère m'a parlé de vous.
L'homme qui reconnaît un vin en le goûtant.
Pas seulement, mais admettons.
Je ne vois pas l'intérêt. À quoi ça sert ?
Le nom du vin est sur l'étiquette.
Vous faites comme les chiens. Vous reniflez.
Sayaka...
C'est vrai que vous êtes belle,
mais cela ne cache pas que vous êtes vide.
Vous jugez les gens avant de les connaître.
Dites à votre mère que ce fut agréable,
mais qu'il manquait l'alchimie.
Je vais vous laisser.
[sonnerie de téléphone]
Allô ?
[homme] M. Tomine, j'ai une triste nouvelle.
[il inspire]
Bon appétit.
Bon appétit.
Mmh. [petit rire]
[père] Mme Konoe nous a dit
que tu avais rencontré Sayaka.
Oui.
Il paraît que ce fut agréable,
mais que l'alchimie n'était pas là.
[petit rire]
Pas cette fois, non.
Aujourd'hui,
mon professeur d'œnologie est mort.
Vous savez, M. Léger.
Le Français.
[père] Ah...
Si nous l'avions su,
nous aurions reporté ce dîner.
Comment te sens-tu, Issei ?
Il était âgé...
et malade.
C'est étrange, car demain...
Pourquoi tu t'obstines dans cette voie ?
Honoka...
Tu as 29 ans, Issei.
Tu vis à nos crochets.
J'ai payé ton logement et même ta voiture.
Pas vraiment.
Grand-père m'a offert la voiture,
vous semblez l'oublier.
Et s'il faut parler de l'appartement,
je vous paye un loyer.
Tu as fait des études brillantes, ton avenir était tout tracé.
Tu gâches tout pour cette histoire de vin.
Ça me dépasse.
Ne vous inquiétez pas pour moi, je m'arrangerai.
Et pourquoi prépares-tu le dîner chaque jeudi ?
Mme Kinu cuisine très bien.
[il souffle] Pour faire plaisir à papa.
[petit rire]
[Honoka soupire]
C'est trop salé.
C'est tout simplement immangeable.
- [pluie] - [grondement de tonnerre]
- [en anglais] Camille... - [Camille] Bonsoir.
Je suis Luca Inglese, un ami de ton père.
J'ai une terrible nouvelle.
Ton père est mort ce matin pendant ton voyage.
Je suis désolé.
Viens.
[elle soupire]
[le moteur démarre]
[Luca] Je vais t'emmener chez ton père,
mais allons manger un morceau avant.
Tu dois avoir faim, je suppose.
Ça te va ?
Oui.
[brouhaha]
[les serveurs parlent japonais]
[en anglais] Qu'a-t-il dit ?
Simplement "bienvenue".
Oui, c'est "irasshaimase". Le reste, je ne suis pas sûre.
J'oublie que tu as grandi ici.
Tu parles toujours japonais ?
Je le comprends mieux que je le parle.
"Shihainin" veut dire "patron".
Il m'a dit : "Vous voilà, patron."
Oui, c'est mon restaurant.
Un de mes restaurants.
[Luca parle en italien]
[Camille, en anglais] Tes restaurants ?
[elle soupire] Tu as de quoi changer de voiture.
J'y suis attaché.
Je faisais des livraisons avec, à mes débuts.
Donc tu ne sais pas qui je suis ?
Ton père ne t'a pas parlé de moi ?
[Camille] La dernière fois qu'il m'a parlé, c'était il y a 11 ans.
Pour me féliciter quand j'ai eu le bac.
Il a dit "bon travail", puis il a raccroché.
Personne n'est parfait.
- Tu as envie de parler de lui ? - Non.
Miyabi, c'est Camille, la fille d'Alexandre.
Mes condoléances. Je l'admirais beaucoup.
Merci.
[Luca] Miyabi est ma cheffe sommelière. Elle a un talent incroyable.
Elle vient de Los Angeles,
mais on lui pardonne.
Le vin qu'elle nous apporte est très spécial.
Ton père l'a déniché en Espagne. Personne ne le connaissait.
Ce type n'a même pas deux hectares.
Il ne cherche même pas à vendre,
alors que son vin est sublime.
[il soupire] Alexandre m'a tout appris.
C'était un génie.
Je lui dois tout.
[Camille se racle la gorge]
Excuse-moi.
Je parle d'un homme que j'adore, mais toi...
[elle souffle]
On ne peut pas être un salaud avec tout le monde.
Je comprends que tu ne veuilles rien entendre sur Alexandre,
mais on doit parler de ton héritage.
Tu ne réalises pas ce qui t'attend.
Ça va aller.
J'ai appris à ne rien attendre de lui,
ça ne va pas changer maintenant.
Bien sûr. [il soupire]
La lecture du testament se fait demain matin.
Il n'a jamais aimé perdre du temps.
Tout devait être fait tout de suite, avec lui.
Et la cérémonie, la crémation,
a lieu demain après-midi.
Bien...
Détendons-nous les papilles.
Goûte-le. Donne-moi ton avis.
Non. Merci.
Je ne bois pas.
Le jet-lag ?
Non.
Je ne bois pas. Du tout.
Du tout ?
Je ne bois pas d'alcool.
Jamais.
Sans blague ?
Même pas une goutte ?
[Luca soupire]
Désolé, Camille, je dois te laisser,
mais quelqu'un va t'accueillir.
Il s'appelle Yusuke.
Merci, Luca.
- À demain. - Oui.
[des criquets chantent]
[en japonais] Enchantée.
GUIDE LÉGER DES VINS
[Yusuke] Votre chambre est prête.
[sonnerie de téléphone]
[elle souffle]
[en français] Allô ?
[mère] Ça va ? T'es bien arrivée ?
Oui.
T'aurais pu m'appeler. T'as fait bon voyage ?
J'étais en jet privé.
[elle rit]
Évidemment.
Il se rachète parce qu'il peut pas t'acheter.
C'est pathétique.
Maman, il est mort.
J'ai pas eu le temps de le voir, je suis arrivée trop tard.
Je suis désolée, ma chérie.
Vraiment.
T'aurais pas dû y aller. Je te l'avais dit, j'aurais dû insister.
Il a jamais compris à quel point t'étais fragile.
Il t'a fait des promesses, et tu vois le résultat.
Même mort, il continue à te faire du mal.
Arrête de m'embrouiller la tête, tu fais ça à chaque fois.
Mais moi, je sais ce qui te fait du bien, ce qui est bon pour toi.
Non, tu sais pas ce qui est bon pour moi.
Cette fois, laisse-moi faire.
Tu veux que je vienne ?
Non, je veux pas. Écoute, je te laisse. Je t'embrasse.
Tu me rappelles, hein ?
Ouais, c'est bon. Bisous. [elle souffle]
[elle soupire]
[en anglais] Tu sais quoi sur le testament ?
Pas grand-chose.
Le peu que je sais, je ne suis pas autorisé à le dire.
[en japonais] Mlle Léger, par ici, s'il vous plaît.
[en anglais] Tu ne viens pas ?
Non.
Bonne chance.
S'il vous plaît.
[en français] Bonjour.
Je suis Maître Talion, chargé du testament de votre père.
Bonjour.
Je vous présente M. Issei Tomine. Asseyez-vous, je vous en prie.
[anglais] M. Tomine ne parle pas français. Je vais poursuivre en anglais.
J'ai rencontré votre père et professeur, M. Léger,
voici quelques mois lors d'un dîner à l'ambassade.
Il m'a demandé de rédiger son testament,
qui je dois le reconnaître, est un peu inhabituel.
Votre père
laisse un héritage divisé en deux parties.
La première est sa maison de Tokyo dans le quartier de Sheijo,
que vous connaissez.
Elle est estimée à 750 millions de yens,
Environ 7 millions de dollars.
Souhaitez-vous une conversion en euros ?
La deuxième partie est, financièrement parlant,
le cœur de l'héritage.
Je fais référence à sa cave à vins,
ou plutôt à son contenu.
C'est-à-dire 87 000 bouteilles
dont la valeur globale...
Pardon. Je dois préciser qu'il s'agit de
la plus grande collection de vins au monde.
Je ne parle pas
de la quantité de bouteilles, mais de leur qualité, leur rareté...
Une collection exceptionnelle.
Où en étais-je ? L'estimation globale
est de 148 millions de dollars,
c'est-à-dire 16 milliards de yens.
Ce qui nous amène à l'originalité du testament de M. Léger.
Selon ses propres mots,
cette collection de vins est le fruit du labeur de toute une vie.
C'était crucial pour lui
qu'elle revienne à une personne sachant en apprécier la valeur.
Aussi, il a organisé
une sorte d'épreuve
pour déterminer à qui reviendra cet héritage.
Une épreuve ?
Quelle épreuve ?
Vous êtes la fille de M. Léger.
M. Tomine était un élève de votre père,
qui le voyait comme son fils spirituel.
C'est pourquoi il vous a mis en lice.
Le vainqueur de cette épreuve en trois manches
héritera de la totalité des biens :
la maison et la collection de vins.
Excusez-moi.
Des manches de quoi ?
[en japonais] Faites-le entrer.
[la porte s'ouvre]
[le chariot grince]
[en japonais] Merci.
[en anglais] Bien.
Vous allez maintenant goûter ce vin à l'aveugle.
Vous avez un mois pour l'identifier avec précision :
cépage, domaine,
millésime...
Vous savez de quoi je parle, bien sûr.
Vous plaisantez.
Cela m'arrive, mais là non. Pas aujourd'hui.
Bonne nouvelle : dans un mois, vous le goûterez à nouveau.
[elle bégaie]
Nous poursuivons ?
Mlle Léger ?
[en français] S'il vous plaît.
Non mais c'est quoi ces conneries ? Je fais pas ça, moi.
[en anglais] Dois-je en déduire que vous renoncez à l'héritage ?
[en français] Quoi ? Non, j'ai pas dit ça.
Vous avez le droit de faire ça ? Sérieux ?
[en anglais] La loi est différente, ici.
Vous devez donc goûter ce vin.
[elle soupire]
[en français] C'est n'importe quoi.
Ça ne va pas, Miss Léger ?
Miss Léger ?
Vous avez un problème ?
Je vais le faire.
[elle souffle]
- [explosion] - [elle crie]
[essoufflée]
[essoufflée]
[Luca, en anglais] Camille !
Ça va ?
Tu le savais ! [elle souffle]
Tu le savais, putain !
Il m'a fait jurer.
Camille, attends.
Camille, s'il te plaît.
Attends.
Excuse-moi !
Ma mère le dit, c'était un sadique !
Il avait besoin de m'humilier ?
Rien à foutre de lui, de son fric et de son vin !
Son disciple à la con peut tout garder, je m'en tape.
[essoufflée]
[journaliste en japonais] Mlle Léger, que dit le testament ?
- [Luca, en anglais] Par là. - [brouhaha des journalistes]
[en japonais] Mlle Léger !
Que pensez-vous de votre adversaire ?
[le brouhaha continue]
[elle crie]
[journaliste] M. Tomine !
Que dit le testament ? Pourquoi êtes-vous ici ?
Je ferai bientôt une déclaration officielle.
[journaliste 2] Un commentaire, s'il vous plaît !
- Juste un mot ! - [le brouhaha continue]
[elle grogne]
[en anglais] Tu sais, Alexandre ignorait que tu ne buvais pas.
Il ne savait rien de moi.
[elle soupire] Je vais à l'enterrement et je rentre direct en France.
Il t'a laissé un message.
- Ça m'intéresse pas. - C'est important.
Non, Luca, pas du tout. Vraiment.
Tu es en colère. Quand tu seras plus calme,
s'il te plaît, écoute son message.
On peut s'arrêter pour ça ?
On est en retard.
[il souffle]
- D'accord. - Merci.
[Luca] Ton père est devenu assez "spirituel" ces dernières années.
Il a demandé une cérémonie bouddhiste de crémation.
[un gong sonne]
Le premier rang est pour la famille.
[en italien] Salut, mon ami.
[elle soupire]
[crépitement des cendres]
[des oiseaux chantent]
[en japonais] Ça va bientôt commencer, alors allez-y.
[en anglais] Allons-y.
On fait quoi, maintenant ? On disperse les cendres dans le lac ?
Maintenant, c'est le kotsuage.
- Quoi ? - On rassemble les os.
- Tu ne savais pas ? - Non.
Seuls les proches de ton père y seront.
- Alors je peux rentrer. - Non.
[en français] Fait chier.
[Luca, en anglais] On commence par les pieds et on finit par la tête
pour que le défunt soit à l'endroit dans l'urne.
Tu comprends ?
D'où l'interdiction de passer un sushi à table avec des baguettes.
Ce serait comme manger un cadavre.
Sérieux ? Je dois faire ça ?
Oui ! Et tu es sa fille, donc tu y vas la première.
Ne fais pas tomber le bout d'os.
[il soupire]
- [elle souffle] - Tu reprends l'avion demain matin.
Je te déposerai.
Avant ton départ, tu dois voir quelque chose.
- Ça va ? - [respiration rapide]
C'est l'odeur. Elle est très forte.
Mais ça va. [elle souffle]
[Luca] Nous sommes dans son temple.
J'ai passé des nuits entières ici avec ton père.
Il rédigeait des petites notes pour décrire les vins
ou signaler une date importante.
Certaines notes n'avaient de sens que pour lui.
Il pouvait me parler de chaque vin pendant des heures.
Au bout d'un moment, je disais :
"D'accord, amico mio, mais si on l'ouvrait ?"
[elle rit]
[il soupire]
Je te laisse tranquille.
Prends ton temps.
[elle rit]
[sanglots]
[en japonais] Merci beaucoup.
[sonnerie de téléphone]
[la sonnerie continue]
[en anglais] Je veux voir le message.
[Alexandre, en français] Bonjour, Camille.
Tu as certainement pris connaissance du testament,
et j'imagine que t'es en colère contre moi.
Tu te dis sans doute que je suis tordu,
sadique ou toxique.
La liste est longue.
Je sais que j'ai été un mauvais père.
Je me suis trompé sur plein de choses.
Sauf...
Sauf une chose.
Le vin.
[respiration forte]
Là, j'étais bon.
Là, j'étais dans mon élément.
Je sais pas quelle femme tu es devenue, mais tu es ma fille.
[respiration forte] T'as ça dans le sang, Camille.
Tu manques sans doute un peu de pratique,
mais ton palais est là.
Ton odorat est là.
[respiration difficile] J'ai appelé mon ami Philippe.
C'est lui le meilleur.
Tu peux rester chez lui aussi longtemps qu'il le faudra.
Il t'apprendra tout ce dont t'as besoin.
Le domaine est à lui.
Tu te souviens du domaine où on allait quand t'étais petite en vacances ?
On s'entraînait, tous les deux.
Dans le chai, notre petit coin secret.
Attends-moi.
Ça plaisait pas à ta mère, mais toi, tu t'en fichais.
Dès le matin, tu voulais qu'on y aille.
Ce sont les derniers moments qu'on a passés ensemble.
[elle rit]
Le bandeau ?
[Alexandre] Camille !
On se concentre maintenant, d'accord ?
Oui, papa.
Pardon.
Et redresse-toi.
Je sais, c'est idiot.
Car si tu m'écoutes, c'est que je suis déjà mort.
Mais j'espère qu'au travers de ces épreuves,
on apprendra à se connaître, tous les deux.
Et peut-être qu'un jour,
je dis bien peut-être, qui sait,
tu sauras me pardonner.
Reste, s'il te plaît.
Fais-le pour nous.
[sanglots]
[elle renifle]
Sous-titrage : DUBBING BROTHERS
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