All language subtitles for The 400 Blows 1959 720p BluRay DD1.0 x264-CtrlHD.fre

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Original subtitles

- Doinel, apportez-moi ce que vous avez l�.

Ah, c'est du joli. Au piquet.

Plus qu'une minute.

(les �l�ves): Ah... - Silence!

Nous allons ramasser dans 30 secondes.

(les �l�ves): Ah... - Silence! Silence!

Les chefs de rang�es, peuvent se tenir pr�ts.

Je comptejusqu'� trois.

Un...

deux...

trois. Ramassez.

- Ramasse derri�re.

-Allez, donne. - Une seconde, quoi.

- Qu'est-ce qui se passe? - ll veut pas donner sa feuille.

- Pas de favoritisme.

- L�cheux.

- Tout le monde a remis sa copie?

Vous pouvez sortir.

Non, pardon, pas vous.

La r�cr�ation n'est pas un d�, c'est une r�compense.

- Monsieur le directeur,

j'ai voulu dire � la m�re de ce petit etje lui ai dit:

''Madame, monsieur le directeur...''

- lci souffrit le pauvre Antoine Doinel, puni injustement

par Petite Feuille pour une pin up tomb�e du ciel.

Entre nous, ce sera ''dent pour dent, oeil pour oeil''.

-Alors, les champions, vous avez besoin d'un arbitre, peut-�tre.

Vous pourrez vous entra�ner pendant trois jours.

Pas de r�cr�ation, le repos. Trois jours de repos,

�a vous fera du bien. Allez, allez, allez.

(voix entrem�l�es)

Allons, allons! Qu'est-ce qu'il y a de si int�ressant l�-bas?

� vos places!

Bravo!

Nous avons un nouveau Juvenal dans la classe.

Mais il est encore incapable

de distinguer un alexandrin d'un d�casyllabe.

Primo, Doinel, vous allez me conjuguer, pour demain...

Allez � votre place noter la phrase.

� tous les temps de l'indicatif, du conditionnel et du subjonctif...

Les autres, prenez votre cahier de r�citation.

Je d�grade les murs de la classe...

et je malm�ne la prosodie fran�aise.

Fran�aise.

Le li�vre.

Secundo, Doinel, vous allez descendre tout de suite

chez le concierge chercher de quoi effacer ces insanit�s.

Sinon, je vous les fais l�cher, moi, mon ami.

Richier...

qui vous a permis de changer de place?

Au temps o� les buissons...

les buissons...

flambent de fleurs...

vermeilles...

Quand d�j� le bout noir...

Quand d�j�...

le bout noir...

de mes longues oreilles...

se voyait...

par-dessus...

les seigles encore verts...

dont...

je broutais...

les brins...

en jouant au travers.

Unjour...

que, fatigu�...

je dormais...

dans mon g�te,

la petite Margot me surprit.

(rires) Je m'agite...

Je ne suis pas le seul, n'est-ce pas, Simoneau?

-J'ai rien fait, monsieur. - Naturellement, c'est toujours l'autre.

Certes, elle m'aimait bien,

la gentille ma�tresse...

(les �l�ves): Hou...

- Quelle bont� pour moi,

que de soins, de tendresse.

Comme elle me pressait sur ses petits genoux

et me baisait... (Un �l�ve siffle.)

- Quel est l'imb�cile qui a siffl�?

Ah, je vous pr�viens, je vais �tre injuste.

Si le coupable ne se d�nonce pas, c'est le voisin qui prendra.

N'est-ce pas, Simoneau? - Je vous jure, monsieur...

C'est pas moi, monsieur. - Des l�ches en plus.

Ah, quelle ann�e, quelle classe!

Ah, j'en ai connu, des cr�tins. Mais au moins, ils �taient discrets.

lls se cachaient, ils restaient dans leur coin. Et vous?

Vous pensez avoir effac�? Non, vous avez sali, mon ami.

Allez � votre place copier la r�citation.

Tant pis pour vous, vos parents paieront.

Ah, elle va �tre un peu belle, la France, dans 10 ans!

- Bien quoi? Tout le monde fauche de l'argent � ses parents.

- Oui, mais c'est difficile. - M�me Morisset, je te parie.

- H�! Morisset, viens voir. - On a un renseignement � te demander.

O� tu les as achet�es, ces belles lunettes?

-Au bazar de l'H�tel de ville.

- Le fric, tu l'avais piqu� � ton p�re ou � ta m�re?

- Hein, Morisset?

- Tu vas nous dire qu'avec ta gueule de faux jeton,

tu leurfais pas les poches de temps en temps.

- C'�tait toi, petit salaud, qui m'as fait poirer tout � l'heure.

Salaud, Morisset! D�gueulasse. - Tes jours sont compt�s, Morisset.

- ll va t'arriver du mouron, Morisset!

Dis donc, j'arriverai jamais � finir ce soir.

Quel salaud, quand m�me, ce Petite Feuille!

- C'est son m�tier.

- N'emp�che qu'avant d'aller au service militaire,

je lui bourrerai bien la gueule et on se marrera. Salut.

- Salut.

(pour lui-m�me): Que je d�gradasse les murs de la classe.

(quelqu'un entre)

Bonsoir, maman. - Hum. Bonsoir, bonsoir.

O� est la farine? - Quelle farine?

- Mais qu'est-ce que c'est que �a?

Tu ne m'as pas achet� ce que j'avais marqu�.

O� as-tu mis le mot que je t'avais laiss�?

-Je l'ai perdu. - Pas �tonnant apr�s �a

que tu aies de si mauvaises notes. Allez, va me chercher mes mules.

Elles sont dans la chambre.

Sous le lit!

En attendant, j'ai besoin de farine. Allez, va m'en cherchertout de suite.

- Bien, maman.

- ll a fallu lui mettre les fers, il se pr�sentait par les fesses.

Remarquez que �a tient un peu de famille.

Pour sa m�re, c'�tait pareil. - �a ne veut rien dire.

Regardez, moi, pour le premier, en 10 minutes, c'�tait fini.

Mais pour la petite, pardon.

Si on m'avait pas fait une c�sarienne,

je serais pas en train de vous parler en ce moment.

- Et ma soeur, un par an, vous vous rendez compte?

''Au prochain, je vous condamne'', lui avait dit le docteur.

� la fin, ils lui ont tout enlev�.

Du sang partout.

- �tais-tu en train de cavaler, fiston?

- Je viens de me faire engueuler pour une histoire de farine.

-J'esp�re que tu vas pas encore faire crier ta m�re.

Tu sais bien qu'il faut la m�nager.

- Qu'est-ce que c'est que �a?

- Un phare antibrouillard pour la teuf-teuf.

Je l'�trennerai dimanche au rallye.

Ha! Ha!

Regarde ton fils. Quel enfarin�!

-Je t'assure queje n'ai pas envie de plaisanter.

- Moi qui croyais justement...

- Rends-moi la monnaie.

- ll me faut de l'argent pour la cantine.

-Adresse-toi � ton p�re. Allez.

- Bien oui. Tiens, maman.

- Les hirondelles volent bas, dis donc.

- ll me faudrait un peu d'argent. - Qu'est-ce que tu dis?

- ll me fautjuste 1 000 francs.

- Si tu me demandes 1 000 francs, c'est que tu en esp�res 500.

Donc t'as besoin de 300. Tiens, voil� 100 balles.

Tiens, voil� 500, va. - Merci, papa.

- En principe, c'est ta m�re qui paie �a.

- O� sont pass�s les ciseaux? O� sont pass�s les ciseaux

- lntelligent, �a, encore. ll y a pas de quoi rire.

C'est pas le moment de faire tes devoirs.

On va se mettre � table. - Elle a raison.

Chaque chose en son temps, chacun � sa place

et les vaches, elles sont bien gard�es.

Qu'est-ce que c'est que ce stylo?

-Je l'ai �chang�.

- Tu fais beaucoup d'�changes en ce moment.

Qu'est-ce qui se passe? Tu sens?

- C'est le poisson.

- �a promet.

Dis, va demander � ta m�re si le torchon br�le.

- Pourquoi?

- Pour rigoler.

- S'il te pla�t, mon petit, tu peux commencer � d�barrasser.

- Ton cousin m'a t�l�phon�. - Tiens.

- Sa femme attend encore un m�me. - Le quatri�me en trois ans?

C'est du lapinisme. Je trouve �a r�pugnant.

-� propos, qu'est-ce qu'on fait du gosse pendant les vacances?

- Les colonies de vacances, c'est pas fait pour les caniches.

-� cet �ge, ils s'amusent entre eux. - On a le temps d'y penser.

- Les vacances, on n'y pense jamais trop t�t.

L�. Ne tire pas trop.

Elle est chouette, hein?

- Club des Lions. (ll siffle.)

- Qu'est-ce que c'est que ce d�m�nagement?

- Oui, bien, va doucement.

J'aimerais savoir si dimanche, tu pr�f�res la Vall�e de Chevreuse

ou les bords de l'Oise puisque c'est moi qui ai le choix du parcours.

- Dimanche, je me repose. - O�?

-Je vais passer lajourn�e chez mon amie Huguette.

-J'aurai l'air fin, moi, en tant qu'organisateur.

- Moi, je n'en peux plus, tu comprends? Le m�nage toute la matin�e

et l'apr�s-midi-- - L'apr�s-midi, les touches.

- Quoi? - Enfin, celles-l� ou les autres.

-Antoine, qu'est-ce que tu attends pour aller te coucher?

- Bonsoir, papa, maman.

- Ce que tu peux �tre stupide, toi, alors.

- Le jour o� tu comprendras la plaisanterie, toi...

- Parfaitement. Tu perds ton temps...

Antoine, n'oublie pas les ordures

et �teins la lumi�re d�s que tu seras couch�.

- Les rallyes, �a cr�e des relations.

Tu verras quand je serai �lu vice-pr�sident du premier secteur.

(radio): Nos �missions sont termin�es. Bonsoir, mesdames, mesdemoiselles.

Bonsoir, messieurs.

(Un b�b� pleure.)

-Allons, d�p�che-toi, il est tard. On a pas entendu le r�veil.

(voix masculine): Queje d�gradasse les murs de la classe.

- ll n'y a presque plus de chaussette autour de ma paire de trous.

- Elles sont fichues, celles-l�. Ach�tes-en des neuves.

Les autres sont au sale.

-Je t'ai bien donn� l'argent pour les draps de lit du gosse? Tu te souviens?

- Oui. Tu sais, il aime autant dormir dans son sac de couchage.

N'est-ce pas, petit?

- Je suis au chaud l�-dedans. C'est au petit poil.

- Comment, t'es encore l�, toi?

-Au revoir, papa, maman.

- H�, Antoine! - Tiens, salut.

- ll faut pas courir comme �a. - Mais on va �tre en retard.

La petite porte sera ferm�e, il faudra encore passer chez le dirlo

pour la d�rouille, il suffit.

- ll faut pas se presser. - Pourquoi?

- Petite Feuille a dit qu'il laisserait pas rentrer.

- Tu crois qu'il le ferait? - S�r, il peut pas te piffer.

Have you money? -Yes, for the cantine.

- Fais-moi confiance. Par ici, la sortie.

- Qu'est-ce qu'on va foutre maintenant?

(musique)

- Tiens, suis-moi.

Fous ton cartable � c�t� du mien.

- On nous le piquera pas? - C'est toujours ici que je le mets.

(cris)

- Mon Dieu, Antoine! ll m'a s�rement vue.

- Ton fils, c'est lequel des deux? - Le ch�tain.

Je ne comprends pas, il devrait �tre � l'�cole.

- Qu'est-ce que tu vas prendre ce soir.

- Penses-tu? Elle osera jamais le dire � mon p�re.

- Comment est le type? -Je l'ai jamais vu.

- Comme �a, t'es sauv�.

- Je suis bien d�cid� � rentrer demain.

Seulement, il me faudra un mot d'excuse.

Comment tu vas faire, toi?

-J'en ai un vieux qui a jamais servi.

Je couperai la date.

Je te le pr�tejusqu'� demain. T'as qu'� le recopier.

- Pour l'�criture? - lmite celle de ta m�re.

- �a sera difficile, tu sais. Elle �crit dr�lement pointu.

- T'en fais pas, �a ira.

-J'esp�re bien. Salut.

- Salut.

- Monsieur...

Je vous prie...

d'excuser...

mon fils Ren�...

(grincement de porte)

qui a �t� malade...

Mon fils Ren�!?

Bonsoir, papa. - Salut.

�a sent encore le br�l� l�-dedans.

- Oh, �a vient d'en dessous.

- Tu mettras le couvert pour deux seulement.

- Pourquoi? Maman est partie?

- Non, mais elle m'a t�l�phon� qu'elle rentrerait plus tard ce soir.

Son patron la retient pour les bilans de fin d'ann�e.

On va se faire la cuisine tous les deux puis on va manger entre hommes.

Elle m'a dit qu'il y avait des oeufs quelque part.

- Oui, je sais o� ils sont.

- Tu as bien travaill� aujourd'hui? - Oui.

- Qu'est-ce que vous avez fait? - Le li�vre.

-Ah oui? Le li�vre et la tortue.

- Mais non, Le li�vre... Tout seul. On l'a expliqu�.

- T'as bien r�pondu? - On m'a pas interrog�.

- ll faut demander, mon vieux, il faut aller de l'avant.

Sinon tu seras jamais dans la course.

Dans la vie, il faut savoir prendre des initiatives.

� propos, t'as pens� � l'anniversaire de ta m�re?

C'est le 17, tu sais.

J'esp�re que tu vas lui offrir quelque chose.

Antoine, tu m'entends?

Oui, je sais ce que tu penses.

Elle a �t� un peu dure avec toi ces temps-ci,

mais forc�ment, elle est tr�s nerveuse.

ll faut se mettre � sa place.

Elle a beaucoup � faire.

Tenir un int�rieur quand on travaille l'apr�s-midi...

Surtout qu'ici, c'est beaucoup trop petit.

Remarque, on va d�m�nager, je suis sur une piste.

Au bureau, tu comprends, c'est toujours pareil.

Les femmes, on les exploite. Elles savent pas se d�fendre.

Elle t'aime, tu sais, elle t'aime.

Oh, merde.

(Antoine ricane.)

Antoine! - Oui, papa?

- O� as-tu mis mon guide Michelin? -J'y ai pas touch�.

-Antoine, tu sais tr�s bien que je ne peux pas supporter le mensonge.

- C'est la v�rit�, papa.

- Je suis s�r de l'avoir remis en place hier.

-Je tejure que c'est pas moi. - C'est incompr�hensible.

Les choses se volatilisent dans cette baraque.

- C'est pas moi.

- Bon, bon, je demanderai � ta m�re.

ll est temps de te coucher maintenant.

N'oublie pas les ordures.

(Une voiture d�marre.)

- C'est mon patron qui m'a raccompagn�e.

(criant): Patron, patron? - Oui, parfaitement.

Je ne peux tout de m�me pas refuser qu'il me ram�ne � la maison!

- Un tarif de nuit, �a compte double. - Tu seras content � la fin du mois.

- Ce genre d'heures suppl�mentaires, �a se paie comptant.

-Ah, �a suffit, �a suffit!

- Je comprends que le dimanche, madame ait besoin de repos.

� propos, o� as-tu mis le guide Michelin?

- Est-ce queje sais? ll fallait le demander au gosse.

- ll dit qu'il n'y a pas touch�. - ll ment comme il respire.

- ll a de qui tenir. - Si tu l'�levais mieux.

- Merde, alors! Je lui ai donn� un nom, je le nourris.

-Ah, j'en ai assez, assez, assez!

Si tu ne peux pas le supporter, dis-le.

On va le mettre chez les J�suites ou chez les enfants de troupes!

Que j'aie enfin droit � un peu de calme!

- Oh-oh, Ren�! Oh-oh!

- ll n'y a qu'� aller manger au restaurant jusqu'� la fin du mois.

- ll me faudrait une chemise propre!

Si t'as pas le temps pour la chemise, lave au moins le col.

- Si t'avais pas achet� ce phare antibrouillard pour �pater la galerie.

-Je l'ai achet� d'occasion.

(ding! dong!)

- Eh bien, va ouvrir.

- Et si c'�tait le gaz?

- �a se saurait, ils pr�viennent d'avance.

- Bonjour, monsieur. Je suis le camarade de classe d'Antoine.

Je viens voir s'il va mieux.

- Mieux? Pourquoi?

- Parce qu'il a manqu� hier, toute la journ�e.

- Tu entends �a?

Merci, petit.

-Au revoir, monsieur.

- �a n'a pas l'air de t'�tonner.

- Pourquoi veux-tu que �a m'�tonne? Je m'attends � tout de sa part.

-Je me demande ce que je vais trouver comme excuse.

- Faut trouver quelque chose d'�norme. Plus c'est gros, plus �a passe.

Quand ma m�re s'est cass� la guibolle, je suis rentr� � l'�cole.

J'ai tout racont�, il y a pas eu besoin de mot.

- Je peux pas raconter un truc pareil, mon vieux, �coute.

- ll faut pas qu'on rentre ensemble � l'�cole.

- De toute fa�on, tu pars le premier.

(sifflet)

-Ah, te voil�, toi.

ll suffit d'un devoir suppl�mentaire pour te rendre malade, hein?

Et les parents tombent dans le panneau.

Je serais curieux de savoir ce que tu leur as soutir� comme excuse.

Fais voir ton mot. -J'en ai pas, monsieur.

-Ah, t'en as pas? Tu crois que �a va se passer comme �a?

Ce serait trop facile, mon ami.

- Monsieur, c'�tait... c'�tait ma m�re, monsieur.

- Ta m�re, qu'est-ce qu'elle a encore? - Elle est morte.

-Ah, fiston.

Excuse-moi, mon petit, je pouvais pas savoir.

Elle �tait malade?

- Bien oui, monsieur.

- ll fallait m'en parler.

ll faut toujours se confier � ses ma�tres.

Allez, rejoins tes camarades.

(sifflet)

- Qu'est-ce que t'as trouv� comme excuse?

- Laisse-moi tranquille.

- Mieux vaut l'�pine au bois... l'�pine au bois...

- L'�pine o� je pense.

- Si vous vous laviez les oreilles, du Verger,

vous entendriez ce qu'on vous souffle par derri�re.

- L'�pine au cul.

- ll me souffle pas, monsieur, il cherche � me faire tromper.

- �a suffit, continuez.

-Je ne sais plus o� j'en suis, monsieur.

- Que les fleurs dans la cr�che...

- Que les fleurs dans la cr�che, mieux vaut l'ind�pendance.

- Et l'incessant p�ril...

- Que l'esclavage...

-Avec un �ternel avril.

Vous �tes un �ternel cossard, du Verger. Asseyez-vous.

- Je le savais � la maison.

- Doinel. - Oui, monsieur?

- Excusez-moi, mon petit. Simoneau.

- Le li�vre.

- Monsieur le directeur.

De Jean Richepin.

-Asseyez-vous, mes enfants, asseyez-vous.

- Monsieur le directeur, j'estime que la sanction doit �tre � la mesure--

- Mais la mesure est d�pass�e, mon cher.

Nous sommes d�pass�s par l'anomalie d'une telle faute.

Seuls les parents ont pouvoir de s�vir.

- On s'expliquera tous les deux ce soir, � la maison.

- Qu'est-ce que tu vas faire?

- De toute fa�on, apr�s ce coup-l�, je ne peux plus vivre avec mes parents.

ll faut queje disparaisse, tu comprends?

- Les miens, ils en ont vu d'autres.

- Oui, mais il y en a marre. ll faut queje vive ma vie.

Je leur �crirai une lettre pour leur expliquer.

- Tout de suite? - Oui, �a vaut mieux.

- O� est-ce que tu vas coucher ce soir?

- J'en sais rien. �a m'est �gal.

- J'ai peut-�tre une id�e.

Rendez-vous dans une heure devant le jet d'eau de la Place Pigalle.

- Oui, d'accord.

- Salut. - Salut.

- C'est une vieille imprimerie qui appartient � mon oncle.

Le plancher s'est �croul� � cause du poids des machines.

- Tu crois pas que �a pourrait encore s'�crouler?

- Pas de danger, �a peut pas tomber plus bas.

En tout cas, tu auras pas froid.

(grondement des machines)

�a, c'est un vrai matelas. �a, c'est pour faire un oreiller.

Ah, la vache, c'est dr�lement lourd.

Jusqu'� minuit, t'as qu'� aller te promener.

- Garde mon cartable. Tu me le rendras demain.

- Entendu.

- ''Mes chers parents. Je comprends - sans s -

la gravit� de mon mensonge.'' - Oh, tu parles.

Pourquoi est-ce moi qu'il a fait mourir plut�t que toi?

- Question de pr�f�rence, c'est clair.

''Apr�s cela, la vie entre nous n'est plus possible.

''Aussi, je vais tenter ma chance, tout seul, dans la capitale ou ailleurs.

''Je veux prouver queje peux devenir un homme,

''alors je vous reverrai et nous nous expliquerons surtout.

Je vous quitte etje vous embrasse. Antoine.''

- Tu trouves normal qu'il me d�teste? - Tu es de plus en plus dure avec lui.

-Je suis surmen�e, alors il me tape sur les nerfs.

- Bonjour, Ernest. C'est frisquet dehors.

- C'est pas chaud.

(voix au loin)

- Oh! Vous pouvez m'aider � l'attraper?

- Oui, bien s�r, madame.

- Petit, c'est ta soeur? - Non, je l'ai jamais vue.

Elle m'a demand� de courir apr�s son chien.

- ll est perdu ou il est � elle? -J'en sais rien.

(ll siffle.)

- On peut vous aider? - Mais bien s�r.

Plus on sera nombreux, plus on aura de chance de l'attraper.

- Comment s'appelle-t-il? - J'en sais rien, moi.

(ll siffle.)

- Laisse tomber, petit.

- C'est moi qui l'ai vu le premier. Moi, je cours apr�s lui.

- T'as compris, oui? -Ah...

(ll siffle.)

- Dites donc, Doinel. - Oui, monsieur?

- �a a d� barder chez vous, hier soir, hein?

- Non, monsieur, pas du tout. �a s'est tr�s bien pass�.

-Allez, allez.

Les parents...

(sifflet)

Dites donc, Chabrol, vous voulez que je vous aide?

- Derni�re question,

encore plus simple.

- Where is the father?

- The "faser".

- Non, the father.

- "Faser".

- Non,father.

La pointe de la langue entre les dents.

Father. Comme si vous zozotiez.

Father.

- "Faser". - Non!

-Je peux pas, monsieur.

Tout le monde peut pas mettre la langue comme vous dites.

- Taisez-vous! (ll bafouille.) Avessez-you... Assevez-you...

Allez vous asseoir.

Et vous �tes un insolent.

Abbou! Abbou!

Abbou, r�pondez.

Where is the girl?

- The girl is at the "bich".

- No, beach. - Beach.

(toc-toc!) - The beach.

The beach.

Beach, beach.

- L'�l�ve Doinel doit venir chez le directeur.

- Doinel? - Doinel.

Debout, Abbou. Assis.

Franchaud, je vous nomme responsable jusqu'� mon retour.

- Nous ne savons plus comment nous y prendre. Mon mari--

- Ma ch�re petite madame, vous m�ritiez mieux qu'un gaillard pareil.

- Mon pauvre ch�ri.

ll ne t'est rien arriv� au moins?

O� as-tu pass� la nuit? - Dans une imprimerie.

- Dans une imprimerie.

Qu'il soit dernier en tout me serait �gal

pourvu qu'il ait une bonne conduite.

- Eh bien, c'est parfait.

- C'est...

C'est peut-�tre une question de glandes.

- ll ne faut pas que tu prennes froid.

L�. Et maintenant, au lit.

-J'ai pas sommeil, maman.

- Non, non, non. Dans le n�tre, tu seras mieux.

Tu sais, j'ai eu ton �ge moi aussi.

Vous oubliez toujours �a, les gosses.

Moi aussi, j'�tais but�e. Je ne voulais rien confier � mes parents.

Je pr�f�rais tout �crire dans unjournal.

Personne ne l'ajamais lu. Un jour, je te le montrerai.

Justement, � ton �ge, j'�tais en vacances.

Je suis partie avec un jeune berger.

C'�tait une amourette, on nous a vite rattrap�s.

Ma m�re m'a fait promettre de ne plus jamais le revoir.

Elle n'a rien dit � mon p�re.

Alors, j'ai beaucoup pleur�. Mais j'ai ob�i.

Parce qu'il faut toujours ob�ir � sa m�re.

On peut avoir des petits secrets tous les deux, hein?

Qu'est-ce que tu as voulu dire dans ta lettre

quand tu as �crit: ''on s'expliquera surtout''?

- Bien, � cause de ma mauvaise conduite.

E puis pourquoi je travaille mal en classe.

- Eh bien, dis-le-moi.

- Parce quej'arrive pas � �couter.

Je voudrais quitter l'�cole pour gagner ma vie tout seul.

- C'est de la folie, tu ne te rends pas compte.

Si tu savais comme je regrette de ne pas avoir �t� au-del� du bachot.

Et ton p�re qui n'a que son brevet. Hein?

�a le g�ne dans sa carri�re.

Je sais tr�s bien qu'� l'�cole, on apprend des tas de choses inutiles:

l'alg�bre, la science.

�a sert � peu de gens dans la vie. Mais le fran�ais, hein?

Le fran�ais? On a toujours des lettres � �crire.

On va avoir un autre secret tous les deux. Tu veux?

Voil�.

Si, � la prochaine composition fran�aise, tu es dans les...

dans les cinq premiers, je te donne 1 000 francs.

Mille francs, hein?

Mais tu ne diras rien � ton p�re.

(sifflet)

- ''Tout � coup, le moribond se dressa sur ses deux poings,

''jeta sur ses enfants effray�s un regard qui les atteignit tous comme un �clair.

''Les cheveux qui lui garnissaient la nuque remu�rent,

''ses rides tressaillirent, son visage s'anima d'un esprit de feu.

''Un souffle passa sur cette face et la rendit sublime.

''ll leva une main crisp�e par la rage

''et cria d'une voix �clatante le fameux mot d'Archim�de:

Eur�ka! J'ai trouv�.''

- D�crivez un �v�nement grave dont vous avez �t� le t�moin

et qui vous a personnellement concern�.

(pour lui-m�me): Eur�ka! J'ai trouv�.

''La mort...

de mon grand-p�re''.

- �a y est, Lesage s'envoie la nouvelle dactylo.

Elle a de la d�fense, la petite.

Elle en a profit� pour se faire bombarder secr�taire de direction.

Elle a pour �a toutes les aptitudes requises.

Maintenant, il va falloir se m�fier d'elle.

Because confidences sur l'oreiller.

Quand elle faisait la province, je lui avais expliqu�

comment ratiboiser sur les notes de frais.

Mais je t'en fous, elle ne descendait que dans les h�tels � trois �toiles.

� propos, �a me fait penser que j'ai pas retrouv� mon guide Michelin.

Forc�ment, il y en a un de vous qui a mis la main dessus.

- Tu commences � nous courir avec ton Michelin.

-J'aime pas les myst�res, moi.

T'as encore laiss� quelque chose sur le feu.

- Moi? Ah non, j'en suis s�re.

- Qu'est-ce qui lui prend?

Ah, c'est le bouquet!

- Mais �teins-le au lieu de crier! -Ah!

Au lieu de crier, va chercher de l'eau.

-Ah, bougre d'�ne! �a suffit comme �a!

Qu'est-ce qui t'a pris, bon sang? Qu'est-ce qui t'a pris?

L'id�e d'allumer une bougie l�-dedans? - C'�tait pour Balzac, papa.

- Balzac? Balzac?

Tu m'as pas regard�? Tu m'as pas regard�?

- C'�tait pour la compo de fran�ais.

- Laisse-le, il m'a promis quelque chose.

- Quoi? De toucher la prime d'incendie pourtoute la baraque?

Avec une bougie, tu n'y arriveras jamais, mon bonhomme.

Tu veux mon briquet? - Ne sois pas ridicule!

-Aussi longtemps que tu seras nourri et log� ici, tu feras ce qu'on te dira.

Sinon, je ne vois qu'une solution: le Prytan�e.

Tu sais pas ce que c'est, mon bonhomme, hein? T'apprendras sur place.

Et tu marcheras au pas. Vu?

-Vous ne savez pas ce qu'on va faire pour changer d'atmosph�re?

On va passer la soir�e au Gaumont Palace tous les trois.

- Tr�s bien, parfait. Excellente m�thode d'�ducation.

- Tu es content de ta composition fran�aise?

- Oui, elle est pas mal.

-Julien! Julien!

�coute, Julien, je te demande de nous faire confiance.

ll nous pr�pare une bonne surprise, c'est promis.

- Oh! que j'aime pas �a. - Tu nous emm�nes au Gaumont Palace?

- Qu'est-ce qu'on y joue? - Paris nous appartient.

- Ah, si c'est un complot. - � moins que tu n'y tiennes pas.

- Moi? Pourquoi? Mais j'ai bien travaill�, moi. Je l'ai m�rit�.

Seulement les incendiaires, au Gaumont, c'est plut�t mal vu.

- lls �taient bons, les esquimos. J'en avais jamais mang� � la fraise.

- C'est parce que c'�tait pas la saison.

(Antoine rit.)

- C'est une belle gosse, tout de m�me. (Antoine rit.)

Comment dirais-je? Elle a un de ces...

- C'est tout ce que tu as remarqu�, �videmment.

- Un de ces panaches!

(Antoine rit.)

�a rigole derri�re, hein?

- Le film m'a bien plu. - Mais il �tait pas marrant.

-Ah, si. - Comment il �tait pas...?

Mais il avait du fond. - Quoi?

- ll avait du fond. -Ah oui.

- Le film. - Oui, oui.

Allez, � la maison.

-Au lit. - On va faire son gros dodo.

- Le g�n�ral du diable et son �tat-major!

- Tu vas r�veiller tout l'immeuble.

- Regarde si elle a de belles jambes, ta m�re.

-Voyons, Julien, sois raisonnable.

(�clats de rire)

Et nous retrouvons la douceur du foyer.

Un peu fumant, hein? - Mon ch�ri, les ordures.

Tu seras gentil. - Oui, maman.

- Tu vois, je l'ai amadou�.

J'esp�re que je n'aurai pas lieu de le regretter.

-Vu le soin m�nager dont travaill� je suis,

vu l'importun souci qui, sans fin, me tourmente,

et vu tant de regrets desquels je me lamente,

tu t'�bahis souvent...

Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis.

Ou, pour le dire mieux, en pleurantje les chante.

Si bien qu'en les chantant, souvent je les enchante.

Voil� pourquoi, Magny, je pleurejours et nuits.

Chante ainsi l'ouvrier faisant son ouvrage.

Ainsi le laboureur faisant son labourage.

Ainsi l'aventurier songeant � sa dame.

Ainsi le marinier en tirant � la rame.

Ainsi le p�lerin regrettant sa maison.

Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.

- Doinel, si votre copie se pr�sente la premi�re,

c'est quej'ai d�cid�, aujourd'hui,

de donner les r�sultats dans l'ordre inverse du m�rite.

La recherche de l'absolu vous a conduit droit au z�ro, mon ami.

Pour les autres moins familiers de Balzac,

je dirais qu'il s'agit d'une t�n�breuse affaire.

Que votre ami Doinel ait cru devoir choisir pour sujet

la mort de son a�eul, c'�tait son droit.

Bien que nous sachions qu'il n'h�site pas � sacrifier ses proches

quand �a peut lui �tre utile.

- C'est pas vrai, monsieur, j'ai pas copi�.

- Qu'on en juge.

''Soudain, le moribond se dressa sur son lit

''etjeta sur ses enfants pleins de terreur un regard foudroyant.

''Les cheveux qui lui garnissaient le cr�ne se dress�rent,

''ses sourcils se relev�rent.

''Son visage s'anima comme si le feu s'y �tait mis, ce qui le rendit sublime.

''ll leva un poing crisp� par la rage et cria d'une voix de tonnerre

le fameux mot d'Archim�de: Eur�ka! J'ai trouv�.''

Moi aussi, j'ai trouv�, Doinel.

Vous �tes un abominable plagiaire. - C'est pas vrai, monsieur.

-Allez imm�diatement porter votre copie � monsieur le directeur.

Tenez, accompagnez-le.

Et dites-lui que je ne veux plus vous revoir d'ici la fin du trimestre.

(bousculade)

- Mais qu'est-ce qui te prend?

- ll n'a pas copi�. J'�tais assis � c�t� de lui, je l'aurais vu.

-Vous voulez �tre exclu, vous aussi?

- �a me d�plairait pas.

- Encore une insolence!

Sortez!

-Je veux bien �tre puni, mais pas sortir. Oh l� l�.

- Foutez-moi le camp. - �a c'est pas l�gal.

- C'est pas... Je vais vous montrer qui fait la loi ici!

C'est pas l�gal, hein?

C'est pas l�gal!

Alors, vous l'avez emmen� chez monsieur le directeur?

- Non, il s'est sauv�. - ll s'est sauv�?

-Je lui ai foutu un coup de poing dans la gueule etje me suis tir�.

Je voulais pas aller chez le directeur, il m'aurait foutu une tal�e.

Et toi, qu'est-ce qui s'est pass� avec Petite Feuille?

- ll �tait vachement furax. ll m'a renvoy� jusqu'� apr�s No�l.

-Ah, la vache, pauvre vieux, va.

Tu parles, apr�s un coup pareil, je peux pas retourner � la maison.

Mon p�re, il a dit qu'il me mettrait au Prytan�e.

- Prytan�e? Je connais pas. - �a doit �tre un truc militaire.

- T'auras un uniforme. Puis dans l'arm�e, il y a de l'avenir.

- Oui, bien s�r. Tr�s peu pour moi.

Si �a pouvait �tre dans la marine.

Je voudrais bien voir la mer, j'y suis jamais all�.

-Je connais la Manche, je connais l'Atlantique,

la M�diterran�e. Je connais pas la Mer du Nord.

Allez, viens. Tu vas habiter chez moi, on se d�brouillera.

Chut!

-Ah, la vache. Un cheval!

- ll est � mon p�re, c'est un souvenir.

-Ah, c'est m�chamment grand chez toi.

-Aide-moi � d�barrasser le divan. Tu dormiras l�, incognito.

- Et tes parents? - lls ne viennentjamais ici.

Ma m�re picole et mon p�re passe son temps aux courses.

On entre ici comme dans un moulin.

Pour avoir du fric, il faudrait monter une affaire.

Oui, c'est �a, il faudrait du fric.

- C'est une question de fric au d�part.

- Oui, c'est une question de fric au d�part.

En attendant, suis-moi, je vais prendre une petite avance sur mon h�ritage.

Ne fais pas de bruit. Ma m�re doit �tre quelque part par l�.

(miaulement)

- ll y a quelqu'un?

(chasse d'eau)

(Le chat miaule longuement.)

- Bonjour, madame!

- Petit malheureux, va!

- Est-ce que tu as vu ta m�re ces temps-ci?

-Aujourd'hui, quand je suis rentr� de l'�cole.

- Hum... Elle s'est arrang�e pour que ses horaires

ne co�ncident pas avec les miens.

Elle doit pr�parer un mauvais coup.

O� sont les fruits?

(miaulement)

- Tiens, prends �a.

- Tiens.

(L'horloge sonne.)

- Oh, diable! 9 h 30, je vais �tre en retard au cercle.

- Magne-toi un peu, on va rater les actualit�s.

- Je sais, inspecteur. J'ai viol� tous les articles de votre code

et vous allez me boucler pour le restant de mes jours.

Aller quand m�me, ce soir, faire un tour, vers 8 h, chez le vieux �lie.

Vous risquez d'y rencontrer votre petit copain aux dards empoisonn�s.

(sonnerie du r�veil)

- Oh, la vache, j'ai soif.

Ah, le con, elle est d�j� vide.

- Grouille-toi de jouer.

- Qu'est-ce que t'as jou�, toi? Douze!

(ll siffle.)

Deux, quatre, six, huit, dix, douze.

Dix.

-Voil� le vieux!

Aide-moi � secouer les couvertures � cause de la fum�e.

�a va, �a suffit.

- Mais qu'est-ce qu'il y a? Mais c'est une vraie tabagie l�-dedans.

On se croirait dans un tripot, ma parole.

Bon, bon, je te retiendrai trois cigares surton argent de poche.

Qu'est-ce que c'est que �a? Buc�phale n'est pas un d�potoir.

�a vaut au moins pr�s d'un million, ce truc-l�.

C'est une oeuvre d'art.

Du reste, je ne m'en s�parerai qu'en toute derni�re extr�mit�.

Bon, maintenant, tu vas me faire le plaisir de tout �teindre

et de t'endormir.

- Bonsoir, papa. - Bonne nuit.

- H�, pas mal. - Oh! Bien, vieux!

Oh, terrible.

- Passe-moi ton guide Michelin.

- Un million, �a fait vachement l'affaire.

- C'est le cheval de mon p�re. Apr�s �a, il serait capable de nous tuer.

-Avec un million, on se tire � la plage,

on monte une affaire de bateaux sans que personne s'occupe de nous.

- Promenons-nous dans les bois...

(Les enfants crient.)

Non! Tu vas voir �a, vilain loup.

- ll s'agit de savoir ce qu'on veut. - ll y en a quelques-unes

dans le bureau de mon p�re. - ll faut pas se d�gonfler.

- On pourra jamais les revendre, elles sont num�rot�es.

- Pas les revendre, les mettre au Mont-de-Pi�t�.

Ma m�re a foutu toute la baraque au Mont-de-Pi�t�.

(Chaperon rouge): Veux-tu me l�cher? Ah!

(Loup): Ha! Ha! �a y est.

(Les enfants crient.)

-Au loup!

-Ah, te voil�, toi!

Vilain loup, prends �a.

(Le loup grogne.)

- �a y est! Ha! Ha!

- Bravo! Bravo, Guignol.

- Dans mes bras, Petit Chaperon rouge.

(Guignol embrasse Petit Chaperon rouge.)

Mais dis donc, et m�re-grand?

- ll faut queje te quitte, voil� tes clients. Salut.

- Combien? - 10% .

- D'accord. - Mille tout de suite.

-Ah non, quand vous reviendrez.

- Oh l� l�, la confiance r�gne.

- H�, monsieur! Rendez-nous notre machine!

Dites donc, il faut pas vous tirer comme �a.

-J'aurais jur� que vous �tiez par l�. - Oui, bien s�r.

- �a a pas march�. ll faut pouvoir montrer la facture.

- Rendez-nous notre machine. - D'accord, mais y a le d�rangement.

Disons 500 balles. - On les a pas.

-Vous avez bien un petit quelque chose.

Tiens, 300 et on n'en parle plus. -Ah non.

- On a pas un rond, donnez-nous notre machine.

-Je travaille pas pour rien. Tant pis pour vous, je la garde en d�p�t.

- Elle est � nous, la machine.

- Rendez-nous notre machine ou bien je vous fais--

- Bas les pattes, l�. Elle est pas plus � vous qu'� moi, compris?

-Voil� un agent. On pourrait peut-�tre lui demander.

- C'est bon. Gardez-le, votre engin.

Petits merdeux.

-J'en ai marre de la porter! - Chacun son tour.

- Mon p�re va se douter que c'est moi qui l'ai piqu�e.

- Tu en as eu l'id�e. - C'est toi, salaud.

- �a alors! - Je m'en fous, je la laisse tomber.

- T'es pas tomb� sur la t�te, non? - De toute fa�on,

il faut que je retourne au bureau du vieux la reporter.

Je vais mettre un chapeau.

Si le concierge me voit, il dira qu'il a vu passer un homme.

Sois pas vache, rapporte-la � ma place.

- Non, vieux, pas question. C'est pas moi qui en ai eu l'id�e.

- D'accord, mais t'es quand m�me un beau salaud.

Prends-la pendant que je vais mettre mon chapeau.

Tu m'attendras devant la boutique.

- Dis donc, t'es bien le fils Doinel, toi. J'ai pas la berlue.

Pose �a l�. C'est monsieur papa qui va �tre content, hein.

Moi qui me fais engueuler parce que je surveille pas les entr�es.

Tu vas me payer �a.

Je te pr�viens, n'essaie pas de mejouer la fille de l'air

parce que je connais la musique

etj'aime pas les petits malins de ton esp�ce.

Allo? Oui, monsieur Doinel?

Excusez-moi de vous d�ranger pendant votre conf�rence...

Oui... Ah non, il faudrait que �a soit vous qui montiez...

Oui...

Mettons que c'est une surprise, mais pas agr�able.

Touche pas le chapeau. Voil�.

- Tu penses bien queje t'emm�ne pas � une partie de plaisir, non?

Fini, la rigolade. Ta m�re et moi, on va pouvoir dormirtranquilles.

Tu peux le regarder ton copain puis t�che de t'en souvenir.

Parce que vous �tes pas pr�s de vous revoir.

�a te mettra peut-�tre du plomb dans la t�te.

De toute fa�on, �a ne pouvait plus durer.

Si j'avais fait �a � ton �ge, mon p�re m'aurait assomm�!

Je peux voir le commissaire?

On a tout essay�, monsieur le commissaire,

la douceur, la persuasion, les sanctions.

Remarquez, on l'a jamais battu. �a, on peut pas dire.

- ll y a des cas o� les bonnes vieilles m�thodes...

- Oui, bien s�r. Seulement, c'est pas notre genre � sa m�re et � moi.

On le laissait plut�t libre. - Trop, peut-�tre.

- Non. �a, on peut pas dire non plus.

Enfin, dans la mesure o� on travaille tous les deux. Vous savez ce que c'est.

- Oui, je suis p�re de famille moi aussi.

ll faut reconna�tre que parfois, on ne s'y retrouve pas tr�s bien.

- Si seulement il avait voulu se confier � nous.

Mais pensez-vous, on lui parle, il est ailleurs.

Tenez, vous croyez qu'il �coute?

Regardez comment je l'ai trouv�, avec la machine.

Allez savoir ce qui lui passe par la t�te.

- Cabanel?

Voulez-vous me consigner la d�position de ce gar�on?

Vagabondage et vol.

- D'accord, patron. Allez, viens.

- Bon. Qu'est-ce que vous d�cidez?

- Dans l'imm�diat, on peut pas le reprendre � la maison, il repartirait.

Je sais pas, si vous pouviez le faire surveiller quelque part,

� la campagne, par exemple. Puis le faire travailler.

Parce qu'� l'�cole, il ne veut plus rien fiche.

- On peut essayer le Centre d'observation.

C'est bien organis�. ll y a des ateliers o� on travaille le bois et le fer.

- Oui, c'est �a, �a lui ferait du bien.

-� condition qu'il y ait de la place, bien entendu.

Et pour �a, il faudra faire

une demande en correction paternelle

pour que l'�ducation surveill�e le prenne en charge.

Demain matin, on le pr�sentera devant le juge du tribunal pour enfants.

Vous n'aurez qu'� vous y trouver.

Vous ou votre femme. - Entendu.

- Personne ne t'a vu entrer dans l'immeuble?

- Non. - Ce m�mejour,

d�clare avoir p�n�tr�

subrepticement...

...une machine � �crire.

Bon.

Tiens, signe ici.

Oh, Charles! - Chef?

-Vas-y, il est � toi maintenant.

-Allez, viens.

Par l�.

Je te le passe parce que je rentre.

- D'accord.

- Viens l�.

- Qu'est-ce que tu as fait?

-Je me suis tir� de chez moi.

Et vous?

- Oh, moi...

(Un camion arrive.)

- Tiens, voil� les ch�ries.

Allez, allez, allez.

-J'ai vu un commissariat dans un film o� c'�tait dr�lement plus propre.

- Moi, j'en ai vu un plus sale. - Moi, des plus gais.

-Avance.

(Un camion arrive.)

-Votre carrosse est avanc�.

- Enfile ton blouson.

- Ceinture, lacets, vide tes poches.

Tu signeras l�.

Signe ici.

(toc-toc!)

- � la rigueur, on pourrait essayer de le reprendre.

Pour �a, il faudrait qu'il s'engage � changer du tout au tout.

Si seulement vous arriviez � lui faire peur,

monsieur lejuge. - Ce n'est pas mon r�le.

- Nous n'avons aucun pouvoir sur lui.

- Ou peut-�tre l'exercez-vous de fa�on trop intermittente.

Dites-moi, est-il vrai que l'enfant soit parfois rest� tout un week-end,

seul � la maison?

- Mon mari s'occupe d'un club automobile.

ll a pu nous arriver de laisser le petit, seul � la maison.

D'ailleurs, il d�teste le sport. ll pr�f�re s'enfermer des heures

au cin�ma � s'esquinter les yeux.

-Votre mari, que pense-t-il de tout �a? C'est son fils, apr�s tout.

- Bien...

Non, justement. ll m'a �pous�e quand le petit �tait en bas �ge.

- C'est tout � son honneur.

- Je n'aurais pas d� vous dire �a.

- Mais si, au contraire.

Et r�flexion faite, je crois qu'il vaut mieux

que nous mettions l'enfant en observation dans un centre.

- Si �a pouvait �tre au bord de la mer, monsieur lejuge.

- Madame, nous ne sommes pas une colonie de vacances.

Je ferai de mon mieux, selon les places disponibles.

L'enfant y restera deux ou trois mois, le temps queje poursuive mon enqu�te.

Ensuite, nous prendrons une d�cision.

Croyez-moi, ce d�conditionnement ne peut lui faire que du bien.

-Au revoir, monsieur le juge. -Au revoir, madame.

- Halte!

-� droite, droite!

Rompez!

Rompez!

(cris dejoie)

- Pourquoi t'es tomb�, toi?

- Bof... Et toi? - Moi, j'ai gliss�.

- J'ai piqu� une machine � �crire. - Une machine � �crire?

C'est pas intelligent, mon vieux. T'�tais s�r de te faire coincer.

Elles sont num�rot�es, les machines � �crire.

Tu vois le grand, l�-bas?

Lui, il piquait des pneus de voitures.

-� chaque fois que je chialais � la maison,

mon p�re prenait son violon et jouait un air en imitant mes pleurs.

Tout �a pour m'emmerder. Un jour, j'en ai eu marre.

J'ai attrap� une crise de nerfs puis pan! je lui ai envoy� dans les plumes.

- T'as bien fait. J'aurais crev� mon vieux s'il m'avait fait �a.

-Ah... regarde. - Qui c'est, ce mec-l�?

- ll s'est fait piquer. ll s'�tait tir� il y a m�me pas une semaine.

-Je le connais, ce gars-l�. - Qu'est-ce qu'on va lui faire?

- lci, c'est pas interdit de s'�vader. C'est interdit de se faire prendre.

- J'aimerais pas �tre � sa place.

- Sales flics. -Ah, putain.

- Mais il aurait pas d� s'�chapper.

- Qu'est-ce que vous foutez l�? Allez, deux par deux et que �a saute!

Qu'est-ce que tu fous, toi, l�-bas? Allez, en avant!

Marche. Un, deux.

Un, deux. Un...

- Gauche! Gauche!

Gauche! Gauche!

- Un, deux. Un, deux.

Un, deux. Un, deux.

(sifflet)

Montrez-moi le pain.

�a va.

Dis donc, tu l'as entam�, toi.

Prends ton assiette et ton pain, viens ici.

(sifflet) Pose �a l�.

La droite ou la gauche?

- La gauche, monsieur.

(murmures des gar�ons)

Et on se tait.

- Tiens, je t'ai apport� �a.

-J'avais pari� que tu te ferais repiquer.

Tu vois, j'ai gagn� mon pari.

- Je m'en fous. Je me suis tellement marr� pendant cinq jours

queje suis pr�t � recommencer � la premi�re occase.

- Qu'est-ce que vous foutez l�?

- Kanayan, chez la psychologue.

- Si elle laisse tomber son crayon, ramasse-le,

mais regarde pas ses jambes. Sinon, c'est marqu� surton dossier.

- Dossier? Mais quel dossier?

- C'est ce qu'on sait sur toi, c'est ce que pense le docteur,

ce que pense lejuge, m�me ce que pensent les voisins de tes parents.

Mon dossier, je le connais par coeur. Je sais qu'il y a marqu�

que je suis un instable psychomoteur � tendances perverses.

- Si je dis des conneries, expr�s, comme �a, pour d�conner?

- L�, t'es bon pour Sainte-Anne.

� Sainte-Anne, on te fait passer le 38e parall�le.

- Le 38e parall�le? - Doinel.

- Pourquoi as-tu rapport� la machine?

- Parce que commeje pouvais pas la revendre,

comme je pouvais rien en faire, j'ai eu peur.

Je sais pas, je l'ai rapport�e.

Je sais pas pourquoi, comme �a.

- Dis-moi, il para�t que tu as vol� 10 000 francs � ta grand-m�re.

- Elle m'avait invit�. C'�tait le jour de son anniversaire.

Comme elle est vieille, elle mange pas beaucoup puis elle garde tout son argent.

Elle n'en aurait pas eu besoin; elle allait bient�t mourir.

Comme je connaissais sa planque,

j'ai �t� lui faucher... des ronds.

Je savais bien qu'elle s'en apercevrait pas.

La preuve, c'est qu'elle s'en est pas aper�ue.

Elle m'avait offert un beau bouquin ce jour-l�.

Alors, ma m�re...

elle avait l'habitude de fouiller dans mes poches.

Le soir, j'avais mis mon pantalon sur mon lit.

Elle est sans doute venue puis elle a fauch� les ronds.

Le lendemain, je ne les ai plus trouv�s. Elle m'en a parl�.

J'ai �t� bien forc� d'avouer que je les avais pris � ma grand-m�re.

� ce moment-l�, elle m'a confisqu� le beau livre

que ma grand-m�re m'avait donn�.

Un jour, je lui ai demand� parce que je voulais le lire.

Je me suis aper�u qu'elle l'avait revendu.

- Tes parents disent que tu mens tout le temps.

- Bien... je mens de temps en temps, quoi.

Des fois, je leur dirais des choses qui seraient la v�rit�,

ils me croiraient pas, alors je pr�f�re dire des mensonges.

- Pourquoi n'aimes-tu pas ta m�re?

- Parce que d'abord, j'ai �t� en nourrice.

Quand ils n'ont plus eu d'argent, ils m'ont mis chez ma grand-m�re.

Ma grand-m�re, elle vieillit, elle ne pouvait plus me garder.

Je suis venu chez mes parents � ce moment-l�. J'avais d�j� huit ans.

Je me suis aper�u que ma m�re ne m'aimait pas tellement.

Elle me disputait toujours pour rien, des petites affaires insignifiantes.

Aussi, quand il y avait des sc�nes � la maison,

j'ai entendu que...

que ma m�re...

elle m'avait eu quand elle �tait...

elle m'avait eu fille-m�re.

Avec ma grand-m�re aussi, elle s'est disput�e une fois.

L�, j'ai su qu'elle avait voulu me faire avorter.

Sije suis n�, c'�tait gr�ce � ma grand-m�re.

-As-tu d�j� couch� avec une fille?

- Non, jamais. Mais je connais des copains qui y sont all�s.

lls m'avaient dit: ''Si t'as vachement envie,

t'as qu'� aller rue Saint-Denis. L�, il y a des filles.''

J'y suis all� puis j'ai demand� � des filles.

Je me suis fait vachement engueuler,

alors j'ai eu la trouille puis je suis parti.

Je suis revenu encore, plusieurs fois.

Commej'attendais dans la rue, il y a un type qui m'a remarqu�.

ll a dit: ''Qu'est-ce que tu fous l�?'' C'�tait un Nord-Africain.

Je lui ai expliqu�. ll connaissait sans doute les filles parce qu'il m'a dit:

''J'en connais une qui va...

unejeune qui va avec les jeunes gens.''

ll m'a emmen� � l'h�tel o� elle �tait.

Justement, ce jour-l�, elle n'y �tait pas.

On a attendu une heure, deux heures.

Comme elle venait pas, je me suis tir�.

Ren�!

Ren�!

- Bonjour.

Ne cherche pas ton p�re, je suis venue seule. C'est par l�?

- Par ici. -Ah bon.

Ta lettre personnelle a fait beaucoup de peine � ton p�re.

Tu as �t� tr�s na�f de croire qu'il ne me la montrerait pas.

Contrairement � certaines apparences, nous formons un couple tr�s uni.

Si j'ai connu une p�riode assez douloureuse dans ma vie,

c'�tait pas tr�s malin de la lui rappeler.

C'est tout de m�me gr�ce � lui que tu as un nom. Hein?

Nous �tions pr�ts...

� tenter une exp�rience en te reprenant � la maison,

mais ce n'est plus possible � cause des ragots des voisins.

Tu as d� te plaindre dans tout le quartier.

- C'est pas vrai, maman, j'ai rien dit.

- Remarque bien, j'ai l'habitude.

Toute ma vie, j'ai eu des imb�ciles contre moi.

Voil�, c'est tout ce quej'avais � te dire.

lnutile d'apitoyer ton p�re en jouant les martyrs.

ll m'a charg�e de te faire savoir

qu'il se d�sint�resse compl�tement de ton sort d�sormais.

Tu es bon pour les enfants de troupes ou le centre d'apprentissage.

Tu voulais gagner ta vie,

tu vas voir si c'est amusant de travailler le bois et le fer.

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