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LES S�QUESTR�S D'ALTONA
Cette tache grise...
Le mal est ici.
C'est comme une goutte d'huile.
On ne sait pas comment elle va �voluer.
Si seulement on l'avait vue avant...
Pourquoi vous n'�tes venu pas nous voir ? �a a d� faire tr�s mal.
Les statistiques en cette mati�re varient...
Il y a eu des cas o� une gu�rison partielle a �t� possible...
... ce qui a am�lior� notablement l'�tat du patient.
Combien de temps ?
C'est un peu pr�matur� pour r�pondre � cette question.
Combien de temps ? Je veux le savoir.
Cinq ans, c'est la moyenne pour patients atteints du cancer du larynx,
...dans les 40 ou... 45 pour cent des cas.
Combien de temps dans mon cas, selon vous ?
Il est impossible de dire exactement...
Ann�es ?
Mois...
Il vaut mieux ne pas compter en ann�es.
Six mois ?
Oui. Vous pouvez compter sur six mois.
La voix...
La maladie a un impact sur la voix ?
Elle a d�j� commenc� � l'affecter.
Vous le savez bien.
�coutez... nous devons avoir la foi.
Demandez-moi tout...
mais pour ces choses-l�, je n'ai pas la foi.
Tournez � droite, s'il vous pla�t.
Deux ou trois mois, �a me suffit pour faire les choses que j'ai � faire.
Mais vous devez me garantir que je garderai ma voix.
J'ai besoin de ma voix.
J'aurai besoin de parler jusqu'� la fin.
M. Gerlach...
J'ai ici quelque chose qui pourrait vous int�resser...
LES G�ANTS DE L'ALLEMAGNE
En souvenir de Frantz.
La d�l�gation japonaise est arriv�e.
Vous devrez la rencontrer demain.
Le d�l�gu� de l'OTAN veut savoir si le mois de mai vous convient.
Je le recevrai la semaine prochaine.
Mais il n'a pas pr�vu de venir � Hambourg avant, d'apr�s sa lettre.
Qu'il vienne la semaine prochaine !
- Il voudra savoir pourquoi... - Il n'a pas besoin de savoir.
Oui, monsieur.
Gelbert !
Va vite chercher mon fils Werner, � D�sseldorf.
Si tu ne le trouves pas � son bureau, il sera certainement au th��tre.
Au th��tre...
...avec sa femme. Quel est son nom ?
Johanna M�ller.
Le F�hrer arrive � Vienne.
C'est comme un oc�an. Voil� ce qu'ils sont.
�coutez comment ils hurlent.
Ils sont comme 20 000 ivrognes assoiff�s par l'argent des autres.
C'est un pl�biscite. Un peuple, un Reich, et un F�hrer.
Tu es d'accord, Allemagne ?
C'est un pl�biscite o� on ne peut m�me pas distribuer un tract.
- Ici � Hambourg, cit� ouvri�re. - Et qui a dit �a ?
Trop dangereux.
- Qu'est-ce que c'est ? - C'est copie d'une lettre.
Je profite de l'agitation pour la lire.
Mon cher fils, Demain, je serai plus.
Les ex�cutions ont habituellement lieu vers six heures.
Je t'�cris encore parce que je veux que tu saches
que mes id�es n'ont pas chang�.
Je n'ai pas demand� de pardon, parce que je n'ai commis aucun crime.
Je n'ai fait que servir ma classe.
Et bien qu'il puisse sembler que nous n'avons rien obtenu, �a n'est pas vrai.
Chacun � sa place. C'est la consigne.
Notre combat est tr�s difficile, mais c'est le plus qui soit :
lib�rer les hommes de leurs oppresseurs.
Pour l'instant, la vie n'a de valeur qu'� cette condition.
Si nous n'avons pas toujours �a � l'esprit,
l'humanit� tout enti�re tombera dans la barbarie.
Toi, tu es encore tr�s petit,
mais �a ne sera pas un mal que tu t'habitues � toujours bien r�fl�chir
� quel c�t� tu dois �tre.
Sois fid�le � ta classe,
et ton p�re n'aura pas support� en vain...
son dur destin.
Parce que ce n'est pas une chose facile. Prends soin de toi...
Prends soin de toi, et aussi de ta m�re, et de tes fr�res,
puisque tu es l'a�n�.
Soit un gar�on droit.
Je vous embrasse tous.
Votre p�re qui vous aime tant.
Qu'est-ce qu'on peut dire aux gens ?
Qu'est-ce qu'on doit �crire sur notre tract pour le pl�biscite ?
Juste un mot :
� Non ! �
Bien !
- �a va mieux, maestro ? - Oui, mieux.
Demain dix heures, r�union de la compagnie au complet.
Pour les derniers d�tails.
La r�p�tition est finie.
Bonne nuit � tous.
- Il veut nous voir. - Qui ?
Mon p�re.
Ton p�re ?
Il ne te parle plus depuis combien de temps ?
Tr�s longtemps.
Qu'est-ce qu'il veut ?
Je ne sais pas. Je n'ai pas parl� avec lui.
J'ai re�u un appel de Gelbert.
S'il voulait te parler, il pouvait s'adresser directement � toi.
C'est ce qu'il a fait.
Mais �a veut dire qu'il s'agit d'une chose importante.
Oui, je crois vraiment que oui.
C'est ta derni�re soir�e de r�p�titions.
Il reste encore quelques jours avant de commencer � Hambourg.
- Pourquoi tu n'y vas pas seul ? - Il a demand� � nous voir tous les deux.
Et moi aussi, je te le demande.
Tu sais bien ce que je pense de lui.
Oui, je sais ce que tu penses.
Mais qu'est-ce que tu crois que je pense de lui ?
Tout ce que j'ai fait �tait une r�action � ses fa�ons de faire.
Je le connais, et je sais comment il traite les gens.
Je sais bien comment il m'a trait�.
Mais c'est mon p�re.
Pardonne-moi, ch�ri.
Tu as raison.
- Tu viens, alors ? - On y va en voiture ?
- Bien s�r. - Cette nuit.
L'Allemagne est si belle la nuit...
- Il sera l� dans trois minutes. - Comment tu le sais ?
Notre p�re arrive toujours dix minutes en retard.
Pourquoi ?
- Il veut nous faire peur. - �a suffit !
Il va mourir.
- Le vieux Hindenburg doit mourir. - Je ne le crois pas.
- C'est vrai. - De quoi ?
Cancer de la gorge.
-Je ne te crois pas. - Demande-lui toi-m�me.
Sept heures dix. Vous pouvez vous lever.
Merci, ma fille.
Bien...
Elle a d� d�j� tout vous dire.
Elle vous a racont� ?
C'est pour �a que je vous ai laiss�s un peu seuls avec elle.
Et maintenant, venons-en au fait. Sans dramatiser.
Papa !
- Sans dramatiser. - On ne peut rien tenter ?
Je serai bient�t mort.
Je serai bient�t mort.
Aucun doute l�-dessus.
Mais aujourd'hui... Avec les progr�s qu'il y a eu...
Six mois...
C'est plus qu'assez... pour s'occuper de tout.
Mais comment tu peux dire que �a ne sera que six mois ?
Vous pensez que je vais c�der au caprice de quelques cellules ?
Moi, qui fais naviguer l'acier sur les mers ?
Ils m'ont conc�d� encore six mois � vivre et puis...
Tu peux dire que t...
Ne t�inqui�te pas. Le reste, c'est mes affaires.
Ce sera � vous de vous occuper des d�tails de mes fun�railles.
J'esp�re que tu appr�cies notre Altona, ma ch�rie.
Regarde-la, Werner. Toi aussi Leni.
Elle est la seule � avoir des larmes dans ses yeux.
On ne pleure pas, ici, � Altona.
Et pour l'usine...
Et pour l'usine, ce sera un incident industriel, tout au plus.
Et les choses seront remises � leur place.
Par qui ?
Par Werner.
Tu seras le directeur de l'usine.
Je vais faire de toi l'un des h�ritiers de ce monde.
Comment tu as pris cette d�cision ?
Parce que toi, ici, tu es le seul h�ritier m�le.
Ce n'est pas vrai !
Pas moi. Frantz.
Frantz a toutes les qualit�s n�cessaires, pas moi.
Sauf une...
Depuis qu'il est mort.
- Gelbert ! Pourquoi pas Gelbert ? - Gelbert !
- Il est avec toi depuis vingt-cinq ans. - C'est un de tes employ�s.
Je te transmets un empire.
La plus grande entreprise d'Europe.
Quelle est ta r�ponse ?
Votre fils est un bon avocat, M. Gerlach.
Il pr�f�re peut-�tre �tre un bon avocat...
plut�t... qu'un empereur m�diocre.
Vous aurez des enfants. Ils h�riteront de tout.
C'est un pouvoir fabuleux.
Vous n'avez pas le droit de les priver de �a.
Mes enfants, si j'en ai...
ce seront des personnes qui devront m�riter.
Et non avoir re�u des autres.
Cherche quelqu'un d'autre.
L'h�ritage des Gerlach, je ne suis pas s�r d'en accepter ma part.
� L'h�ritage �, je comprends.
Je ne te demande pas une r�ponse imm�diate. Restez quelques jours.
C'est le dernier souhait d'un vieux p�re.
Leni va vous conduire chez vous.
Nous nous verrons au d�jeuner.
Comme le disait le ma�tre prussien :
Werner est peut-�tre le plus petit des Gerlach,
mais aussi le plus t�tu !
Ma ch�rie, vous ne buvez pas ce bon vin ?
C'est pourtant un excellent cru de Moselle.
Je vous demande pardon.
- Je ne veux pas vous forcer. - Merci.
Tu as parl� de l'h�ritage des Gerlach.
Dis-moi, tu te souviens encore de ta grand-m�re ?
Un peu.
Ta grand-m�re s'obstinait � �lever deux b�ufs dans le p�turage communal.
...et quelques por...
Et quelques porcs dans la cour, en cas de disette.
M�me lorsque son mari a construit le premier chantier,
elle a continu� � �lever ses porcs,
au cas o� les affaires tourneraient mal.
C'est le seul h�ritage des Gerlach que je connaisse.
Pr�pare les lendemains. Le travail est une pri�re.
Sois responsable de tes ouvriers.
Sers le gouvernement au pouvoir.
Il y a quelque chose de mal dans cet h�ritage ?
Werner, r�ponds : il y a quelque chose de mal ?
Oui, �a pourrait �tre le cas.
Mais encore ?
C'est l'habitude en Allemagne d'oublier ce qui s'est pass� entre 1933 et 1945.
Je ne suis pas d'accord avec �a.
Qu'est-ce que nous avons � voir avec 1933 et 1945 ?
Gerlach a eu une grosse activit�.
Nous avons servi le gouvernement au pouvoir.
Oui... un gouvernement qui s'est sp�cialis�...
... dans les crimes, en envahissant et en d�truisant le reste du monde.
Je suis curieux...
Quel �ge avais-tu lorsque la guerre s'est termin�e ?
Douze ans.
Alors, comment tu peux savoir ce qui s'est pass� ?
- J'en sais assez comme �a. - Comment �a ?
Peut-�tre ton p�re ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
En quoi croyaient tes parents ?
Ils �taient nazis � mille pour cent, M. Gerlach.
Rien d'important.
Des petits bourgeois qui ont suivi et applaudi Hitler.
Et ils allaient aux parades.
Et ils chantaient fort comme tout les autres.
Ils ont cousu une croix gamm�e sur ma blouse,
j'avais dix ans.
C'est plus tard que j'ai compris ce que signifiait une croix gamm�e.
�a voulait dire tuer.
Je ne leur ai jamais pardonn� �a.
C'est une mode, aujourd'hui, de se croire tous fils de criminels.
Je ne vois pas quel avantage on peut tirer de �a.
Rappelez-vous ce que Goethe a dit :
� Ceux qui ne comprennent pas le pass� sont condamn�s � le revivre. �
Et nous allons le revivre, dans ces conditions.
Je suppose qu'il y a plus la moralit� dans le th��tre.
Oui, exact.
Frantz pensait-il comme vous ?
Frantz ? Non !
Frantz �tait comme vous. Il portait le monde sur ses �paules.
C'�tait tr�s lourd.
- C'�tait un nazi ? - Non.
Frantz ? Frantz ne pouvait pas les supporter.
J'ai lu dans Der Spiegel...
Tout un tas d'absurdit�s.
Frantz est un vrai myst�re pour moi.
Pourquoi a-t-il �t� accus� � Nuremberg, en tant que criminel ?
Ne pensez-vous pas que nous avons assez parl� de �a pour aujourd'hui ?
- Un peu plus de vin ? - Non merci.
Je ne savais pas que votre propri�t� �tait si vaste.
Johanna, on ferait mieux de rentrer. Il commence � faire froid.
Qu'est-ce que c'est ?
Cette partie de la propri�t� avait �t� lou�e au gouvernement.
- Au gouvernement ? - Au gouvernement, � Himmler.
Himmler !
-... Alors c'�tait un... -... un camp de concentration.
Mon p�re n'avait pas le choix.
Himmler avait besoin des terres pour ses prisonniers.
Il n'y avait pas beaucoup de place dans les campagnes.
Un peu plus � l'est et � l'ouest,
les m�mes prisonniers auraient d� faire face aux m�mes gardes...
...et nous serions devenus... les ennemis du gouvernement.
Cinq mille morts. Avril 1945.
Isra�l et le monde entier se souviendront des trente mille juifs extermin�s
dans ce camp de concentration par les mains des criminels nazis.
Terre, ne recouvre pas le sang vers� sur toi !
Voil�...
Je suis d�sol�... J'aurais voulu que tu ne voies pas �a.
Partons. Il fait vraiment froid.
Au tribunal de la nuit...
Toi qui fus, qui seras, qui es...
J'ai �t� !
J'ai �t�... Moi, Frantz Gerlach.
j'ai pris le si�cle sur mes �paules, et j'ai dit :
� J'en r�pondrai �.
En ce jour...
et pour toujours.�
Si�cles du futur, ceci est mon si�cle.
Solitaire et difforme : l'accus�.
Mon client se d�chire la poitrine avec ses ongles.
Ce qui ressemble � de la lymphe est du sang.
Il n'y a plus de globules rouges parce que l'accus� meurt de faim.
Mais je vais lui dire le secret de ces multiples blessures.
Un si�cle...
Leni, dis-le, toi.
Parle � voix haute, et prononce clairement. Parle !
- Frantz ! - Parle !
T�moigne devant les juges, devant le cadavre de l'Allemagne assassin�e.
- Frantz. - Tu as des garants !
T�moigne.
Tout est en ruines.
- Plus fort ! - Tout est en ruines !
- Que reste-t-il de Munich ? - Un tas de pav�s.
- Et Hambourg ? - C'est la terre de personne.
- Les derniers Allemands ? - Dans des caves.
Les enfants ?
Les enfants cherchent de la nourriture. Ils fouillent dans les poubelles.
Vous avez compris �a ? Des enfants dans les poubelles.
Dis-leur. Dis-leur. Dis-leur !
Il y a douze ans, ici, il n'y avait que des ruines.
Une montagne d'acier tordu, et des restes de bateaux.
Les restes de la guerre.
Les Alli�s avaient d�cid� que nous n'�tions pas aptes � diriger nos chantiers navals.
Mais nous �tions les seuls � pouvoir faire ce miracle.
Douze ans, Werner.
- Alors ? - Papa...
Je n'approuve pas tout ce en quoi tu crois.
Et je ne peux pas accepter un pouvoir comme celui-ci.
- M. Gerlach. - Gelbert.
- M. Gerlach. - M. Gelbert.
Le repr�sentant de l'OTAN �crit qu'il ne pourra pas venir avant avril.
Dites-lui...
Dites-lui que nous accepterons la commande des Russes.
�a va le faire se d�p�cher.
�a ne va pas compromettre la mise � l'eau ?
Non, nous nous servirons des uns et des autres.
D�cider du sort d'une centaine mille hommes...
... comment peux-tu faire �a ?
Tu apprendras.
Mais je ne veux pas. Je ne saurai pas par o� commencer.
Pourquoi pas ?
- Je ne sais pas donner des ordres. - Pourquoi pas ?
Quand je regarde un homme dans les yeux,
je suis incapable de lui donner un ordre.
Pourquoi ?
Parce que je sens qu'il est mon �gal.
Regarde-le au-dessus de ses yeux, l�. Tu ne verras que des os.
Je vais te donner la formule.
Si tu dois commander, fais comme si tu �tais quelqu'un d'autre.
Je ne peux pas penser que je suis quelqu'un d'autre.
Attends que je meure.
Apr�s une semaine, tu penseras �tre moi.
Viens voir un peu...
Regarde notre derni�re contribution... � l'Alliance occidentale.
J'ai visit� le grenier de la maison.
J'ai vu l'invit� qui s'y cache.
Frantz ! Frantz est vivant !
Frantz est mort en Argentine il y a quatre ans.
Nous avons re�u son certificat de d�c�s en 1958.
Va au registre d'�tat civil d'Altona. Ils te le montreront.
Je l'ai vu.
Je l'ai vu !
J'imaginais que tu le d�couvrirais...
mais j'esp�rais que tu ne le ferais pas aussi vite.
Depuis combien de temps il est l� ?
Quinze ans.
- Il est fou ! - Non. Non, Frantz n'est pas fou.
Tu sais comment il va ?
- Vous ne le savez pas ? - Non.
Je ne le vois jamais.
Lui ne veut pas me voir.
Que ferez-vous si les autorit�s le d�couvrent ?
Je ne me soucie pas des autorit�s.
Vous en �tes si s�r ?
Ma ch�re...
Avec une administration gouvernementale compos�e de personnes
qui a con�u les lois qui punissaient de mort les non-aryens
qui avaient des rapports sexuels avec les aryens,
je ne suis pas inquiet de ce qui arriverait s'ils trouvaient Frantz.
Je ne serais m�me pas inquiet que ce soit les Am�ricains qui le trouvent.
Je saurai les remettre � leur place.
Ce n'est pas le probl�me.
M. Gerlach...
Quel r�le Werner et moi devrons-nous jouer dans cette com�die ?
Juste celui de lui fournir le... le champagne et les hu�tres.
Il adore les hu�tres.
Au revoir.
Vous devrez l'enterrer...
Toi et Werner.
Et quand vous le trouverez, au milieu des coquilles vides...
et des bouteilles vides... de champagne,
vous devrez l'enterrer dans le parc.
En silence.
Autrefois, nous �tions de grands amis.
Peut-�tre qu'ils m'ont oubli�...
C'�tait un secret de famille.
J'admets que c'est stupide,
mais ce sont des choses que j'entends depuis que j'ai cinq ans.
On ne parle pas des affaires de famille avec des �trangers, quels qu'ils soient,
m�me avec toi, ma femme.
J'aurais aim� te le dire je ne sais combien de fois.
Si �a n'avait tenu qu'� moi...
Tu comprends, n'est-ce pas ?
J'essaie de comprendre.
Je t'en prie.
Pourquoi il se cache dans cette maison ? Qu'a-t-il fait � Smolensk ?
- Quelle importance �a peut avoir ? - Quelle importance �a peut avoir ?
C'est arriv� il y a si longtemps !
Werner, mais tu sais ce que ces officiers ont fait sur le front russe !
Tu sais de quelles cruaut�s ils sont accus�s.
C'est un fou.
Comment il pourrait r�pondre de ses actes ?
- Tu crois qu'il est fou ? - Bien s�r qu'il l'est.
Mais ton p�re ne le croit pas.
Non, �a se comprend... Il ne peut pas le croire.
Comment il pourrait l'�tre, lui, la chair de sa chair...
Le dernier devoir d'un Gerlach, c'est d'�tre fou.
- Tu ne le vois jamais ? - Non.
Il ne tol�re personne, except� Leni.
C'est une intimit�... � laquelle je n'aime pas penser.
Benz�drine.
C'est trop !
Benz�drine !
Quatre.
Quatre.
- Qu'est-ce que tu ressens ? - Rien.
Ton c�ur bat.
Qu'est-ce que tu attends ?
- J'entends quelqu'un. - Frantz !
Il y a quelqu'un l�-dehors.
Il n'y a personne...
pour l'instant.
- Ils pr�parent un coup. - O� ? � Washington ? � Moscou ?
Ici, sous tes pieds.
Au rez-de-chauss�e.
Mon p�re est sur le point de mourir.
Qui parle de notre p�re ? Il nous enterrera tous.
Tu es en danger.
Ta vie est en danger depuis hier matin.
- Alors aide-moi, c'est ton r�le. - Oui, si tu m'aides.
Je n'ai pas de temps.
J'�cris l'Histoire !
Et toi, tu viens m'ennuyer avec tes peccadilles.
- Il y a un ennemi dans cette maison ? - Je pense que oui.
- Qui ? - La femme de Werner.
- La bossue ? - Oui, elle fouine partout.
Donne-lui de la mort-aux-rats.
- Ils connaissent notre signal. - Ils ne peuvent pas le conna�tre...
Je suis s�re qu'ils l'ont d�couvert, je me sens comme espionn�e.
Les forces d'occupation !
Les forces d'occupation...
- Je suis s�r que papa le conna�t. - Ah ! Lui aussi est dans la conspiration ?
Qui sait ?
Ils viendront ici, ils nous prendront tous les deux.
Non, ils n'utiliseront pas la force. Ils vont nous convaincre de nous rendre.
Changeons le signal.
Frantz, changeons le signal.
Non.
� pr�sent, tout est en ordre.
L'Histoire est sacr�e.
Si on change une seule virgule, il ne restera plus rien.
Frantz !
Changeons le signal.
S'il te pla�t, je t'en supplie !
Ne t'approche pas, reste � une distance respectueuse, pas d'�motion.
- Pas d'�motion... - Reste � une distance respectueuse.
Nous ne pourrons jamais vivre sans nous exalter l'un l'autre.
- Tu le sais. - Sors d'ici !
NE PAS D�RANGER
- Je reviendrai. - Inutile, je ne t'ouvrirai pas la porte.
Mais je viendrai frapper... souvent.
Qui es-tu ?
La femme de Werner.
- Qui t'envoie ? - Personne.
Comment tu as connu le signal ?
- J'ai suivi Leni. - Ah, Leni !
J'�tais cach�e ici, et j'ai compt� les coups.
Pourquoi es-tu venue ici ?
- Pour conna�tre la v�rit�. - La v�rit� !
Qu'est-ce qu'ils croient, que je suis fou ?
Ou peut-�tre qu'ils croient que c'est facile d'oublier ?
Ou ils pensent que je suis rest� toutes ces ann�es ici pour rien ?
- Hein ? - Je vous en prie, �teignez la lumi�re.
�a va mieux, maintenant ?
Oui.
O� ils sont, eux ? Dehors ?
Non.
Tu as peur ?
Non.
Tu sais que c'est risqu� de venir ici ?
Tu sais combien de temps j'ai pass� sans voir personne ?
Et comment tu sais que je ne vais pas arracher les bretelles de ta robe
pour prendre ton doux petit corps d'espionne !
Comment tu le sais ?
Rhabille-toi. Couvre la marchandise.
�a ne te d�range pas que les femmes et les enfants meurent de faim dans les rues ?
- Quoi ? - La peste ! La peste !
Et la faim. Les enfants dans les poubelles.
Les pilules sont l�, dans le tube, sur la table de nuit.
Donne-les-moi, je te prie.
Benz�drine.
Pourquoi prenez-vous de la benz�drine ?
Pour pouvoir te supporter.
Quatre � la fois...
Et quatre autres il y a peu. Qui font huit.
Tu voudrais faire taire ma voix.
Et tromper le 21e si�cle avec des documents faux.
Mais j'ai tout pr�vu. J'ai tout enregistr� l�.
- Qu'est-ce que vous avez enregistr� ? - La saveur de mon si�cle.
- Pourquoi ? - Pour le 30e si�cle.
Pourquoi vous vous pr�occupez tant du 30e si�cle ?
C'est le seul qui m'importe.
Ce sont eux qui nous jugeront. Et je te pr�viens...
Il y a des d�capodes qui nous regardent, qui nous jugeront tr�s brutaux.
Les d�capodes ?
Les habitants du 30e si�cle.
Comment vous savez qu'ils nous trouveront brutaux ?
Les crabes...
Les crabes n'aiment que les crabes.
C'est naturel.
Que vont devenir les hommes ?
Au 30e si�cle, s'il reste un seul homme, il sera conserv� dans un mus�e.
Prends-en un.
Ne vous g�nez pas, il y en a une centaine dans le tiroir.
Non, plut�t une croix. C'est du chocolat suisse.
Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis l� pour d�couvrir la v�rit�. - Madame, demandez � mon p�re.
Je sais...
Dis-lui que c'est inutile, au vieux Hindenburg,
dis-lui de se souvenir du jeune rabbin !
Dis-lui de se souvenir de moi.
Courage !
La v�rit� ? Demande-la !
Si vous �tes si fier et orgueilleux de tout ce qui a �t� fait,
pourquoi se cacher ici ?
Tout d'abord, je ne me cache pas.
Si j'avais voulu fuir, je serais all� en Argentine depuis longtemps.
Pourquoi vous restez ici ?
Il y avait une fen�tre...
Ici.
Elle donnait sur ce qui �tait notre parc.
� �tait � ?
Oui, je l'ai fait murer.
Il y a des choses qui se sont pass�es, l�, dehors.
...des choses que je ne veux pas voir.
- Des choses ? - L'assassinat de l'Allemagne.
J'en ai vu les ruines.
Quand ?
En revenant de Russie.
- Quand ? - Apr�s la guerre.
Seize ans ont pass�.
D�j�.
Et rien n'a chang� ?
Non, tout va de pire en pire. Heure apr�s heure.
- Comment le savez-vous ? - Leni m'informe.
Vous lisez les journaux ?
Leni les lit pour moi.
Les villes ras�es, les centrales d�truites,
les usines d�mantel�es,
La courbe ascendante du ch�mage et la tuberculose.
La chute rapide de la natalit�. Rien n'y �chappe.
Ma s�ur me note les statistiques, elle sont toutes dans ce tiroir.
Le plus beau crime de l'Histoire.
J'ai toutes les preuves.
Peut-�tre que tu peux comprendre que je ne d�sire pas assister au massacre !
Je ne veux pas faire le tour des cath�drales d�truites
et des usines br�l�es...
Je n'irai pas visiter les familles mass�es dans les caves.
Je ne marcherai pas parmi les invalides,
les tra�tres, les esclaves...
et les prostitu�es.
Peut-�tre que tu t'es habitu�e � cette vue,
mais je ne pourrai franchement pas le supporter.
Chaque fois que nous �pargnons la vie d'un ennemi
m�me s'il est dans un berceau,
un des n�tres a �t� tu�.
Nous sommes coupables ! Des crabes !
Pas pour ce qui a �t� fait,
mais pour les crimes que nous aurions pu commettre,
et que nous n'avons pas commis.
Croyez-moi...
J'�tais un soldat suffisamment courageux pour me faire sauter la cervelle,
mais apr�s que le peuple allemand a accept� l'abjecte agonie qu'on lui a impos�e,
j'ai d�cid� qu'une voix resterait pour crier au monde � Non ! non ! �
Non coupable ! Non ! Non coupable !
Non !
- Cache-toi l�. - Pourquoi devrais-je me cacher ?
Nous n'avons pas d'autre choix, s'il te pla�t.
- La porte n'�tait pas ferm�e. - Non.
- Pourquoi ? - Pourquoi tant de questions ?
- Qu'est-ce qui t'a pris ? - Je souhaite d�ner seul. Va-t'en !
Il t'est arriv� quelque chose ?
- Je reviendrai plus tard. - Je sais que tu reviendras.
Elle reviendra dans trois minutes.
Et toi, tu reviendras ?
Oui, je reviendrai.
- Comment tu t'appelles ? - Johanna.
Souviens-toi de �a :
tu as trahi.
Nous sommes dans des camps adverses.
Mais c'est vrai aussi...
que dans cette pi�ce,
tu seras toujours tr�s belle.
Werner...
Frantz !
D�sol�...
Peut-�tre que j'�tais en train de faire un r�ve.
Que faites-vous � veiller ici � cette heure ?
- J'attends. - Vous attendez quoi ?
Des pas.
De Frantz.
C'est tout ce qu'il me reste de lui, d�sormais.
Tu penses que je suis fou, moi aussi ?
C'est s�r que �a n'est pas une preuve de sagesse de votre part.
Le dernier des Gerlach. Ou le dernier des monstres, si tu pr�f�res.
Pourquoi ne voulez-vous pas le voir, M. Gerlach ?
Il m'a dit que vous, vous deviez vous souvenir du jeune rabbin.
Qu'est-ce que �a veut dire ?
- Vous l'avez revu... - Oui.
� quoi fait-il allusion, avec le jeune rabbin ?
Frantz a une m�moire qui malheureusement l'abandonne.
En 39...
le gouvernement nous informe qu'il doit...
acheter une parcelle de terrain que nous ne cultivions pas.
Le camp derri�re la colline de conif�res.
Frantz y est all� par curiosit�...
Et ce qu'il a vu l'a boulevers�.
Il croyait � la dignit� de l'homme, - il avait dix-sept ans.
Parlez-moi de vous, M. Gerlach.
Vous...
Vous, vous croyez en la dignit� humaine ?
Il y a longtemps que je ne m'�tonne plus de ce que l'homme peut faire � l'homme.
Un prisonnier �vad�...
Frantz... l'emm�ne � la maison.
- Les SS sont arriv�s. - Comment les SS ont su ?
Il y avait un serviteur, le chauffeur... Un vrai nazi.
Et c'est lui qui appel� les SS ?
Nous ne le saurons jamais.
C'est le genre de choses qui arrivaient � cette �poque en Allemagne.
Le fait qu'ils aient tu� le Rabbin sous ses yeux...
Combien de fois je lui ai dit :
� Tu veux porter le poids du monde sur tes �paules � ?
� Laisse faire. Int�resse-toi � ta vie. �
� Aujourd'hui, c'est moi, mais demain ce sera toi. �
� Dans vingt ans, tu seras le patron des navires sur toutes les mers �.
� Et qui se souviendra alors de Hitler ? �
� propos du camp sur la colline, vous n'avez jamais de remords ?
- �a ne vous emp�che jamais de dormir ? - Non.
Et pourquoi ? Quelle a �t� ma responsabilit� ?
Himmler cherchait un de terrain � l'ext�rieur de Hambourg.
Suppose qu'on lui en ait vendu un autre.
Un peu plus � l'est, un peu plus � l'ouest...
Il y aurait eu les m�mes prisonniers. souffrant avec les m�mes gardes.
Et vous vous seriez fait des ennemis au sein du gouvernement.
Vous aussi, vous �tes victime de la faute commise par notre pays.
Manquant d'imagination... pour la souffrance des autres.
Je me permets le luxe d'imaginer la souffrance
quand je peux faire quelque chose pour la gu�rir.
Frantz a de l'imagination.
Il est convaincu que l'Allemagne s'est d�truite...
...alors qu'en r�alit�, c'est le pays le plus riche d'Europe.
Parfois, il faut croire le faux...
si cela vous aide � vivre.
Parfois, je pense que vous �tes comme l'Allemagne.
Vous voudriez enterrer la v�rit�...
avec Frantz, et ses bouteilles de champagne.
Tu aimes tellement la v�rit�, hein ?
C'est une bombe qui peut t'exploser dans les mains n'importe quand.
Il vaut mieux qu'elle explose, alors.
Tu supportes qu'on te dise la v�rit� ?
La v�rit� sur toi... et Werner.
Quelle v�rit� ?
L'homme que crois �tre Werner...
est le contraire de la r�alit�.
Bonne nuit, M. Gerlach.
Alors...
- Lui, il le sait ? - Lui, il sait quoi ?
Que je suis malade.
- Qui ? - Frantz !
J'ai oubli� de le lui dire.
Fais un n�ud � ton mouchoir.
Tu n'oublieras pas ?
Je devrai attendre le moment opportun.
Et quand tu le verras,
est-ce que peux aussi lui demander...
de me procurer le moyen de le voir ?
Il ne veut pas te voir.
Pourquoi se forcer de savoir ce que tu sais depuis quinze ans ?
Je ne le sais pas, garce ! Je ne sais rien !
Tu ne peux pas ouvrir la bouche sans mentir.
Ne change pas les mots de mes lettres.
Transmets-lui mes requ�tes.
Parfois, je me demande si tu ne l'as pas convaincu que je suis mort depuis dix ans !
La v�rit� est l�-haut.
Vas-y, et tu la d�couvriras !
Vas-y ! Vas-y !
Tu l'as apport�e ?
La photo de mon fr�re.
Je ne l'aurais pas reconnu.
Tr�s sympathique.
Un bel homme.
F�licitations !
Voyons un peu...
Votre vie � D�sseldorf.
� 20 h 30, d�ner.
� 22 h 00, tout le monde se retire.
Confidences avec ton mari...
� 23 h 00, toilette pour la nuit.
� minuit, tu le rejoins au lit.
Comment vous dormez ? Dans deux lits s�par�s ?
Oui.
Et dans lequel des deux vous faites l'amour ?
Parfois dans l'un, parfois dans l'autre.
Et... Vous ne prenez jamais ces petites libert�s
qui rendent la vie � D�sseldorf... supportable ?
Excusez-moi.
Attends...
Prends la photo...
- Et dis ceci � ton mari de ma part. - Quoi ?
Dis-lui...
Dis-lui que je...
suis jaloux... de lui.
Et pourquoi ?
De sa libert� !
De son sourire...
De sa femme...
De sa conscience propre.
- Il a un avantage sur vous. - Lequel ?
Il a toujours v�cu parmi les gens.
Le vieux Gerlach est fourbe !
Pourquoi dites-vous �a ?
Je le connais bien, comme si je l'avais fait.
En v�rit�, je ne sais pas avec certitude qui des deux a fait l'autre.
Quand je veux savoir ce qu'il trame, je me retourne la cervelle.
Et �a fonctionne toujours.
La premi�re pens�e qui me vient est la sienne.
J'ai vraiment l'impression de l'entendre...
� Tu dois avant tout te faire belle. �
Il sait que j'appr�cie la beaut� plus que tout au monde.
En dehors de ma folie.
Vous �tes amants ?
Non.
Ah, alors juste sa complice. Ah, il vieillit !
- Il est en train de mourir. - Quoi ?
Il est en train de mourir.
C'est une vulgaire combine.
Il sera mort dans six mois.
Leni... Leni dit...
qu'il est le plus fort de nous tous.
Vivre et mourir... Que m'importe ?
Il veille la nuit...
pour pouvoir �couter vos pas.
Pauvre vieux. Qu'est-ce qu'il n'a pas fait pour moi ?
Et regarde ce qu'il a fait de moi !
Qu'est-ce que vous essayez de dire ?
Tu lui as dit de se rappeler ce jeune rabbin ?
Oui.
Qu'est-ce qu'il t'a r�pondu ?
Il m'a dit que vous aviez sauv� un prisonnier du camp.
Quoi d'autre ?
- Que les SS sont venus. - Quoi d'autre ?
Rien d'autre.
Il t'a dit que c'est lui qui avait appel� les SS ?
Lui-m�me ?
Le vieux Hindenburg...
a pass� un accord avec Goebbels.
Ne touchez pas � mon cher fils. Prenez le Juif.
� Petit prince, mon petit prince... �
� Pourquoi veux-tu porter le monde entier sur tes �paules ? �
Qu'est-ce qu'il t'a dit sur les travaux forc�s...
quand la main-d��uvre �tait rare ?
Des navires de guerre qui ont �t� construits avec du sang !
Tu n'es pas dans une maison, tu es dans un nid de crabes !
C'est pour cela que vous voulez croire que l'Allemagne a �t� d�truite ?
Vous voulez expier pour votre p�re ?
Et toi, qu'est-ce que tu veux me faire croire ?
Que l'Allemagne fleurit ?
Que nous sommes sur la cr�te de la vague de la prosp�rit� ?
Que les enfants sont gras comme des pigeons ?
Dis que l'Allemagne est sur le point de mourir.
Dis-le ! Dis-le ! Dis-le !
Va-t'en.
Six mois ?
Oui.
Le c�ur ?
La gorge.
Le cancer !
Trente cigarettes par jour ! Quel idiot !
Je le lui avais dit.
Je le lui avais dit. Et malgr� tout, le vieux F�hrer a continu�.
C'est un suicide.
C'est quoi, �a ?
Un cadeau pour vous.
Qu'est-ce que tu veux ?
J'ai apport� �a pour toi.
Pourquoi ces bougies ?
Compte-les.
Il y en a quatre, non ?
- Tu as 34 ans. - Je les aurai le 15 f�vrier.
Mais on est le 15 f�vrier.
� Frantz �
- C'est toi qui as �crit mon nom ? - Qui d'autre ?
Gloria !
De la gloire en sucre rose.
Un...
Deux...
Trois...
quatre.
Br�lez lentement, � bougies !
Et pendant que vous br�lez...
je me consume lentement.
Elle te pla�t beaucoup, notre ch�re belle-s�ur ?
Tu crois que je ne savais pas qu'elle �tait venue te trouver ces trois derniers jours ?
Tu la trouves tr�s belle ?
- Et toi ? - Belle comme la mort.
C'est �trange que tu dises �a...
- J'ai pens� la m�me chose. - Et �a, c'est sa fl�te.
� sa sant� !
Serais-tu jalouse ?
Je ne ressens rien.
Non.
Ce serait un peu rapide.
Trop rapide.
DIEU EST DE NOTRE C�T�
- Ne lui fais pas de mal. - Du mal � elle ?
Je me suis forc�e � te soigner pendant treize ans.
Tu crois que je t'ai suppli� de me prendre dans tes bras pour m'embrasser ?
De toi, je n'ai que des insultes.
Je t'ai nourri, lav� et habill�. Et je t'ai d�fendu contre tous !
Alors, je te dois donc tout !
Tout...
Bois � ma sant�, alors.
� toi...
Qu'est-ce que tu me souhaites ?
Qu'il n'arrive rien.
Je ne pense pas que vous appr�cieriez que je raconte mes rencontres
avec les Russes et les Am�ricains.
Werner, nous devons partir maintenant si nous voulons arriver � temps.
Nous irons � Hambourg, mais je...
Je devrai revenir ici.
J'ai... encore quelques affaires � traiter.
Pourquoi tu ne le lui dis pas ?
Pourquoi tu n'as pas le courage de lui dire la v�rit� ?
Nous profiterons de l'occasion de l'inauguration du navire argentin
pour annoncer que Werner me succ�dera � la direction.
Quelle race de capitaine d'industrie pensez-vous que sera Werner ?
Thomas Edison,
I. G. Farben....
...ou seulement le fant�me d'Albert Gerlach.
J'ai un autre candidat � proposer pour diriger le chantier naval.
Frantz Gerlach.
Pourquoi tu ris ?
Les chantiers Gerlach ne sont pas encore un asile pour criminels.
Qu'est-ce que tu en sais, toi ?
Qu'est-ce qu'il te dit qu'il n'est pas gu�ri ?
Demande � ta femme.
Elle est all�e lui rendre visite tous les jours quand tu n'�tais pas l�.
Et alors ?
Tu es amoureuse de lui.
Comment peux-tu penser une telle chose ?
Les femmes tombent toujours amoureuses de lui...
Facilement.
Tu fais le jeu de mon p�re.
C'est tout ce qui lui importe.
Il veut que Frantz devienne le patron de l'entreprise. C'est tout.
C'est ce qu'il veut depuis toujours.
Et toi ? Qu'est-ce que tu veux, toi, Werner ?
J'ai un droit sur l'entreprise. Je veux qu'elle soit � moi.
Frantz ne la m�rite pas.
J'ai travaill� dur toutes ces ann�es pour me faire une place.
Pour obtenir quelque chose.
Obtenir quoi, Werner ? Obtenir quelle chose ?
Tu es Werner Gerlach, rappelle-moi. Tu n'es pas ton p�re.
Tu ne cours pas apr�s le pouvoir comme les autres.
Aujourd'hui, je ne sais plus en quoi tu crois.
Je ne sais plus en quelles choses l'humanit� doit croire.
Qui crois-tu �tre pour me parler comme �a ?
Pour juger les gens de haut.
Tu crois que je n'ai pas de scrupules ?
Tu penses que j'approuve ce qu'a fait mon p�re ?
Il y a toutes ces compagnies...
Chaque fois que je vois une Mercedes-Benz, Je sens l'odeur des chambres � gaz.
Mais qu'importe ce que moi je pense ?
Les gens...
comme toi et moi n'ont pas voix au chapitre.
Je ne suis pas un h�ros. Et tu dois m'aimer comme je suis.
Je t'ai aim�, Werner, parce que tu es diff�rent des autres.
Maintenant, je dois m'habituer � t'accepter comme �a.
Il nous faudra du temps, et j'ai si peur...
Leni me l'avait dit...
et elle avait peut-�tre raison.
Tu es vraiment toi-m�me, ici.
� Werner est vraiment lui-m�me, quand il est chez lui. �
Des fleurs !
Qu'est-ce que c'est ?
Des fleurs.
Il vous emb�te, mademoiselle ?
Oh, non, non !
Merci. Elles sont tr�s belles.
- Comment il s'appelle ? - Heinrich.
Et que fera Heinrich quand il sera grand ?
Il travaillera dans les chantiers navals.
M. Gerlach l'a promis.
6 h 31.
L'�ternit� plus une minute.
Il m'a fallu cinq ans pour chasser le temps de cette pi�ce.
Et � toi, quelques instants pour l'y faire revenir.
Je trouve ce cadeau suspect.
Je suis venue vous dire adieu.
Je m'en vais.
Nous n'avons pas eu beaucoup de temps pour bien nous conna�tre.
Mais j'ai appris ceci de vous :
qu'un homme peut porter un uniforme comme celui-ci, et ne pas oublier.
Et que l'on peut chercher la v�rit�...
en regardant le pass�...
...et vivre dans l'erreur.
- O� tu t'en vas ? - Je retourne th��tre.
Quel th��tre ?
Le th��tre de Hambourg.
Il n'y a plus de th��tres dans Hambourg. Ils ont tous �t� d�truits.
Il y a cinq th��tres � Hambourg.
Ce n'est pas vrai.
Ce n'est pas vrai !
Vous n'�tes pas le seul � vivre dans l'erreur.
Beaucoup de gens dans ce monde vivent dans l'erreur.
J'ai vu en Allemagne un manuel scolaire pour les enfants.
Il dit qu'Hitler �tait comme Napol�on.
Exactement comme Napol�on !
Il dit qu'il est impossible de savoir combien de personnes sont mortes
sous le feu de l'ennemi.
Mais qu'il est probable qu'il y en ait eu beaucoup.
Probablement beaucoup.
On m'a dit des mensonges pendant les treize premi�res ann�es de ma vie.
Mais je n'admets plus qu'on me mente !
Quand je pense aux visages des gens qui applaudissaient Hitler et sa folie...
Quand je pense � ces hommes,
transform�s en bestiaux,
et l�ch�s comme des b�tes dans le monde.
Alors je me raccroche � mon travail,
parce que le th��tre est un monde autonome et moral.
Moral !
Je vais peut-�tre repartir seule d'ici.
Peut-�tre que je serai seule toute ma vie.
Mais avec cette certitude :
Il vaut mieux affronter la v�rit�, Frantz.
Quel qu'en soit le co�t.
C'est mieux.
Mieux !
Adieu.
Alors tu ne veux pas me dire adieu.
Adieu, Frantz !
Frantz !
Frantz !
Frantz !
Frantz !
Frantz !
Frantz !
Du feu, s'il vous pla�t.
Le ministre Strauss s'adresse aux soldats de la R�publique f�d�rale.
L'�tat d�mocratique impose des devoirs pr�cis � ses citoyens.
afin de prot�ger l'exercice de leurs droits.
TH��TRE
LA MONT�E R�SISTIBLE D'ARTHUR UI
Vous avez toute libert� de m'�lire.
Le peuple de Capoha veut un � oui � joyeux et totalement libre.
Rappelez-vous que qui n'est pas avec moi est contre moi...
et en supportera toutes les cons�quences.
Proc�dons aux �lections.
Ceux qui sont pour Arturo Ui, levez la main.
On peut partir ?
Tout le monde est libre de faire ce qu'il veut !
Et � pr�sent, quelle est votre libre d�cision ?
Les �lections sont termin�es.
Les commer�ants de Cicero et de Capoha
te remercient infiniment pour ta g�n�reuse protection.
J'accepte vos remerciements avec orgueil.
Il y a quinze ans, seul avec sept hommes, je me lan�ais dans la conqu�te de Capoha.
Heil, F�hrer !
Je suis un de tes soldats.
Voil� tes femmes !
Masques r�pugnants... Fa�ades sans visages.
Laissez-moi ! Laissez-moi !
De profondis je t'appelle...
F�hrer ! F�hrer ! F�hrer ! F�hrer ! F�hrer !
Mettez des chapeaux.
Et des fleurs aux fen�tres.
Mangez des saucisses ! Arthur Ui est vivant !
Il n'est pas mort, il vit.
Toi ! Toi ! Toi, tu es Arthur Ui.
Toi, toi, toi, toi et vous tous.
Porcs !
Des villes comme Milwaukee,
Detroit, Toledo, Pittsburgh, Cincinnati, tous suivent notre exemple, comme...
Porcs !
- Porcs ! Porcs ! - Philadelphie, Saint Louis...
- Porcs ! Porcs ! -... et implorent pour notre protection.
Porcs ! Porcs !
Et cette fois, rien ne pourra arr�ter Ui !
Il me dit qu'il veut l'argent ce soir, celui que je viens perdre.
- O� est-il ? - S'il vous pla�t, monsieur.
Le commissaire Stroebel sera l� dans environ deux heures.
Le commissaire Stroebel arrive tout de suite.
Suivez-moi...
Attendez.
Il dort. Il est �puis�.
Tout a �t� mis au point. Ils pourra bient�t repartir.
O� ?
� la maison.
Je pense qu'il reviendra vite � Altona.
Mets �a sur lui.
Sinon il va prendre froid.
Non ! Non !
Deux fois seulement par semaine. Tu le sais tr�s bien !
- Je fais ce travail pour vivre ! - Deux fois par semaine !
Je fais mon travail ! Le docteur m'a dit...
Johanna !
La morale de la d�faite est que L'Allemagne est la plus grande puissance d'Europe.
Nous avons �t� vaincus, et maintenant nous dominons.
Qu'aurions-nous fait si nous avions gagn� ?
C'est le jeu du vainqueur qui perd.
Comme toujours...
Va mettre des v�tements, ensuite nous parlerons de �a.
Les v�tements ?
Mes v�tements !
Mes v�tements doivent �tre dans mon ancienne chambre.
Mon p�re doit l'avoir transform�e en temple.
- Tu veux que j'aille les chercher ? - Non.
J'y vais tout de suite.
Je vais les prendre.
- Johanna. - Oui ?
Suppose...
Suppose que j'aie commis tous les crimes dont j'ai �t� accus� � Nuremberg.
Quels crimes ?
Qu'est-ce que j'en sais ? Le g�nocide et tout le reste.
- Pourquoi tu les aurais commis ? - Parce que la guerre �tait mon m�tier.
Pourrais-tu continuer � me regarder avec les m�mes yeux que maintenant ?
Tu m'aimerais encore ?
Non, ne r�ponds pas tout de suite.
Alors ?
Non.
Tu ne te sentirais plus de m'aimer ?
Je te ferais horreur, hein ?
Oui.
Bien bien. Sois tranquille.
Tu as devant toi un innocent.
Pur de tout crime.
Tu peux m�me rire de moi.
J'ai trahi l'Allemagne...
par exc�s de sentimentalisme.
Frantz...
Qu'est-ce que tu voulais me dire ?
Qu'est-ce qui t'est arriv� � Smolensk ?
Que s'est-il pass� ?
Je te le dirai, je te dirai tout ce qu'il y a � dire,
� ma fa�on, et tout de suite.
Comme �a, tu pourras me juger, toi, et pas ces crabes.
Mais tu dois me faire confiance.
Avec cinq-cents des n�tres, pr�s de Smolensk, nous avions occup� un village.
Le major et le capitaine �taient morts.
Il restait deux officiers, et j'avais pris le commandement.
Les partisans... avaient coup� notre retraite.
Il y avait deux routes, sous les tirs. Et trois jours de vivres.
Les troupes... de Stalingrad avan�aient sur nous.
Et nous, nous marchions, nous marchions vers l'enfer.
Il y avait deux routes.
Deux routes. Et nous ne savions pas laquelle se lib�rerait.
Nous avions captur� deux prisonniers russes.
Personne ne devait �tre laiss� en vie,
alors peu importait qu'ils soient des paysans ou des partisans.
Et on m'a ordonn� d'utiliser le moyen de les faire parler.
Quoi ?
Torture.
Et c'est ce que tu as fait ?
J'ai braqu� ma mitraillette... contre mes soldats.
Et ensuite ?
Nous avons pris une route.
C'�tait la mauvaise route.
Ma compagnie a �t� an�antie.
Tous morts, sauf moi.
A-t-il �t� juste... de tuer mes soldats ?
J'ai tu� mes hommes par compassion envers deux partisans.
Mais toi, tu ne comprends pas.
Toute la compagnie a �t� d�cim�e !
Si, je comprends.
Alors, je suis absous ?
Je vais chercher mes v�tements.
O� vas-tu aller avec lui ?
Tu ne peux pas !
Pourquoi ?
Il trouverait la mort.
Pourquoi il trouverait la mort ?
Frantz ne peut pas accepter ce qu'il a fait.
Il m'a dit ce qu'il a fait.
Qu'est-ce qu'il t'a dit ?
Il a �t� accus� d'avoir laiss� mourir ses soldats pour sauver deux partisans ?
Oui...
Tu veux conna�tre la v�rit� ?
Laisse-nous seuls !
Je lui ai parl� de Smolensk.
Raconte-lui le reste de l'histoire.
Je t'ai dit de nous laisser seuls.
Frantz !
Je veux conna�tre la fin de l'histoire.
Il n'y a pas de fin.
Tout le monde a �t� tu�, sauf moi.
Tu dois me croire.
- Tu le dois. - Je le voudrais !
Alors je t'en prie, crois-moi.
Dis-moi qu'elle ment.
Tu n'as rien fait, dis-le.
Rien.
Mais dis-le-moi.
Je dois te l'entendre dire.
� Je n'ai rien fait. �
Je n'ai rien fait.
Mais tu a laiss� les autres le faire.
Les deux Russes...
Il y a eu ces deux-l�, pour commencer.
Il y en a eu d'autres ?
Apr�s la premi�re fois, on perd ses scrupules.
La confession est sous ton nez. L�, sur les murs !
Johanna, quand on s'est retrouv�s seuls...
Tout est all� tr�s vite... Mais je peux t'expliquer...
Tu ne peux pas t'imaginer ce que c'est.
Quand le moment arrive, tout va si vite que tu ne sais quoi faire.
Tu es seul, seul avec toi-m�me. Et je devais penser � mes hommes.
J'avais peur de Stalingrad.
Ce n'est pas seulement la question d'�tre � la guerre.
- ...parce que la guerre vous transforme. - Tu es un tortionnaire !
J'�tais un bourgeois en uniforme,
mais la nuit, je devenais un parfait soldat.
Si vous saviez tout ce qu'ils ont exig� de moi.
Tu es un tortionnaire !
Voil� ce que tu es !
Je vais te dire toute la v�rit�, mais donne-moi du temps.
Donne-moi du temps !
Johanna !
Je t'aime plus que ma propre vie.
Ne me regarde pas comme �a.
Non, pas avec ces yeux.
Je le savais. Je le savais.
Je le savais. Je le savais !
C'est �a... En arri�re... Reculons !
Marchons � reculons... Rampons � reculons !
Tu ne m'as jamais vu faire mon crabe ?
Tu ne m'as jamais vu... faire mon crabe ?
Tu ne m'as jamais vu faire mon crabe...
Frantz !
Un navire que nous avons construit pour l'Argentine.
Il peut transporter 70 000 tonnes.
Dix millions de tonnes de navires sont construits ici chaque ann�e.
�a fait une moyenne de 120 mises � l'eau.
En un an, nos navires couvrent la distance entre la terre et la lune.
Tu n'avais jamais r�v� que tout �a puisse rena�tre.
L'Allemagne vit, mon fils. Elle vit !
Et tu ne pourras plus l'oublier.
Frantz...
Si tu me succ�des, je pourrai compter sur toi et mourir en paix.
Tout ce que j'ai cr��... Je... Je...
Je ne veux pas que �a se perde.
C'est ici...
Tout ce pour quoi nous nous sommes battus, tout est ici, Frantz.
Nous sommes la pomme de la discorde, le prix convoit�.
Tout revient � nous. Tous les march�s nous sont ouverts.
Et nos machines travaillent � plein r�gime.
Nous sommes le chantier du monde !
- Munich... est un tas de pav�s. - Nous avons du beurre et des armes...
Et des soldats. Et la bombe atomique, demain.
Hambourg, terre de personne.
- Il suffira de prononcer notre nom. - Les enfants !
- Et le peuple... - Les enfants !
Ils sauteront comme des puces !
En cherchant de quoi manger dans les poubelles !
Tu ne peux pas revenir en arri�re, Frantz.
Toute sera mort : les yeux...
- les juges... - Tu ne peux pas revenir en arri�re.
... le temps !
Tu ne peux pas revenir en arri�re.
Nuit ! Tribunal de la Nuit !
Toi qui fus, qui seras, qui es,
J'ai �t� ! J'ai �t� !
J'ai...
Frantz von Gerlach,
ici, en ce lieu...
j'ai pris le si�cle sur mes �paules
et j'ai dit : � J'en r�pondrai �.
En ce jour...
et pour toujours !
Traduit de l'italien par eMartini
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