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Bonjour, Je me présente, je suis Albert Fert,
je suis physicien, physicien des propriétés électroniques et magnétiques de la matière condensée,
essentiellement physicien expérimentateur. Je travaille dans un laboratoire de recherches
qui est commun au CNRS, à la compagnie Thalès et à l'Université Paris-Sud. Université
Paris-Sud où je suis professeur.
Donc, ma recherche est essentiellement
une recherche de nanophysique fondamentale,
mais il se trouve que certains de mes résultats
ont conduit à des applications que nous utilisons aujourd'hui,
par exemple la découverte du phénomène appelé
magnétorésistance géante est utilisée aujourd'hui dans les disques durs
de nos ordinateurs et a conduit à une forte augmentation de la capacité de ces disques.
Et ce que je vais décrire aujourd'hui,
c'est comment on va de la recherche fondamentale aux applications,
comment ça marche,
et je vais prendre un certain nombre d'exemples
pour montrer le chemin qui va de la nanophysique fondamentale
à diverses applications dans les technologies
de l'information et de la communication.
Et ce n'est pas un chemin en ligne droite,
un résultat important en physique pure
ouvre de nouvelles fenêtres, de nouvelles perspectives.
Le physicien peut alors imaginer d'autres phénomènes,
ça ouvre de nouvelles pistes
et c'est en explorant ces nouvelles pistes
qu'on peut arriver à des possibilités d'innovation.
Au départ, on ne sait pas quelle innovation
va déboucher à la fin de telle piste.
Il est banal de dire par exemple que l'éclairage électrique
n'est pas venu d'une recherche
sur l'amélioration de la technologie des bougies.
Le premier exemple que je vais prendre,
c'est décrire comment des résultats de recherche pure
sur la conduction électrique dans les métaux magnétiques,
métaux comme le fer,
a conduit finalement à la très grande quantité d'information
qui est aujourd'hui stockée dans les disques durs de nos ordinateurs,
grâce au phénomène de magnétorésistance géante,
Giant MagnetoResistance ou GMR en anglais.
Donc le dessin que vous voyez représente un disque dur,
un disque recouvert d'un film magnétique
sur lequel les inscriptions magnétiques sont gravées,
sur cette piste circulaire,
et la lecture de ces inscriptions
se fait grâce à la tête de lecture,
qui peut se déplacer à la surface du disque.
Pour donner plus de détails,
sur le prochain dessin,
vous voyez que les inscriptions magnétiques
ce sont ces petites parties du disque
où l'aimantation est dirigée vers le haut et vers le bas,
ce qu'on appelle des bits magnétiques.
Et la difficulté est,
si on veut avoir une très forte densité de l'information
il faut avoir des bits extrêmement petits,
et la difficulté est alors de détecter
les tout petits champs magnétiques,
les champs magnétiques très localisés
générés par ces bits magnétiques.
Et dans les disques durs d'aujourd'hui,
cela est réalisé en utilisant le phénomène de GMR,
de giant magnetoresistance,
dans des multicouches magnétiques qu'on appelle capteurs GMR.
Alors, quel est ce phénomène de magnétorésistance géante
de multicouches magnétiques ?
Une multicouche magnétique
est un empilement de couches extrêmement minces,
quelques couches atomiques seulement,
de métaux non magnétiques comme le cuivre
et de métaux magnétiques comme le fer.
le courant passe dans ces films
le long des couches magnétiques,
et la propriété de GMR
est que si les aimantations sont orientées
dans des directions opposées,
la résistance électrique est très élevée,
le courant passe difficilement.
Au contraire si le petit champ magnétique
créé par les bits magnétiques
oriente les aimantations dans la même direction,
la résistance électrique chute,
le courant peut passer
et le bits magnétique peut être détecté.
L'origine de cette magnétorésistance géante
c'est les propriétés de conduction électrique
dans les métaux ferromagnétiques.
Le magnétisme d'un métal comme le fer
est porté par le spin des électrons.
Les électrons ont une charge et un petit aimant,
qui s'appelle le spin.
Dans un métal magnétique,
vous avez un nombre différent d'électrons
dont les spins sont dirigés vers le haut et vers le bas,
vers le pôle plus et le pôle moins,
on parle d'électrons de spin majoritaire, ou spin up,
et d'électrons de spin minoritaire, ou spin down.
Et ceci peut se décrire par un décalage des bandes d'énergie
des états électroniques
pour les électrons de spin up et spin down.
Ce qui en résulte également,
ce sont une conduction très différente
par les électrons de spin up et spin down,
conduction par deux canaux parallèles,
comme vous le voyez à gauche de l'écran,
et le contraste entre la conductivité de ces deux canaux
peut être très grand,
en particulier quand on dope le métal
avec des impuretés sélectionnées.
Vous voyez par exemple sur le graphique de droite
la résistivité des deux canaux, spin up et spin down,
quand on met 1% d'impuretés de titane, vanadium,
chrome, jusqu'au cobalt, dans le nickel.
Vous voyez par exemple que si je mets des impuretés de cobalt,
la résistivité est 20 fois plus élevée
pour le canal de spin down.
Au fond, la conduction est pratiquement bloquée
dans le canal de spin down,
mais le courant continue de passer par le canal de spin up.
Au contraire, si je mets des impuretés de chrome,
on a ce pic de résistance pour le canal de spin up,
la conduction est bloquée dans ce canal,
et elle continue de passer par l'autre canal.
Ce sont des choses que l'on explique
par des calculs de structure électronique,
des calculs utilisant l'équation de Schrödinger,
de mécanique quantique,
par exemple le pic est dû à l'existence
de ce qu'on appelle une diffusion résonante
sur le niveau électronique de l'atome d'impureté de chrome.
Ces résultats ne sont pas nouveaux,
ce sont des résultats de ma thèse en 1970
et à cette époque-là j'avais même, dans des expériences,
nous avions des expériences
qui anticipaient un peu le mécanisme de la magnétorésistance géante.
Ces expériences, où on mettait à la fois par exemple
des impuretés de cobalt et de chrome dans le même nickel,
ce qui veut dire qu'on bloquait le courant dans les deux canaux,
et la résistance électrique mesurée était très élevée.
Au contraire si j'associais dans le nickel
des impuretés de fer et de cobalt,
eh bien on avait un blocage très élevé du courant
dans le canal de spin down
mais il continuait à passer par le canal de spin up
et la résistivité était beaucoup plus faible.
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