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Au fond c'est plus ou moins le mécanisme de la GMR,
que je vais décrire maintenant.
L'idée de la GMR,
c'est de placer sur le chemin des électrons
non pas des impuretés diverses,
mais de placer des couches magnétiques,
séparées par exemple par des couches de cuivre,
des couches de fer séparées par une couche de cuivre.
Supposons par exemple que les aimantations des deux couches
soient dans des axes opposés,
ce qui veut dire qu'une des couches
va arrêter les électrons de spin down,
et par contre l'autre couche, dont l'aimantation est opposée,
va arrêter les électrons de spin up.
On se place dans la même situation
que celle décrite dans le schéma du haut à gauche.
Mais à ce moment-là
il suffit d'un petit champ magnétique
pour orienter les aimantations dans la même direction,
et à ce moment-là le courant n'est bloqué
que dans une seule des deux directions de spin,
il continue à passer par l'autre direction de spin,
on a une chute brutale de la résistance électrique
induite par l'application d'un champ magnétique,
c'est le principe de la magnétorésistance géante.
Au fond la physique est analogue à la physique en optique,
quand on a un polariseur et un analyseur.
Et ce mécanisme marche non seulement
dans le cas simple que j'ai dessiné,
où le courant est perpendiculaire aux couches magnétiques,
mais ça marche aussi dans le cas
où le courant est le long des couches magnétiques
parce qu'en fait les électrons
ont une trajectoire en zigzag
et traversent plusieurs couches magnétiques.
Ce principe est relativement simple,
mais si on connait les propriétés de conduction électrique,
ce que je connaissais à l'époque,
on peut aussi prévoir
que ce mécanisme ne peut fonctionner
que si la distance entre les deux couches magnétiques
est inférieure à ce qu'on appelle
le libre parcours moyen des électrons,
qui dans un film magnétique est simplement de quelques nanomètres.
Et au fond, à l'époque de ces premières expériences,
il était impossible d'imaginer fabriquer
une multicouche avec des couches aussi minces.
Les technologies n'existaient pas
et il a fallu attendre un certain temps,
il a fallu en fait attendre le début des années 80,
avec l'arrivée des technologies de la microélectronique
avec des appareillages
comme cet appareillage d'épitaxie par jets moléculaires
qui permettaient alors de fabriquer
de façon très propre
des couches très minces et des multicouches
avec des couches très minces.
A ce moment-là, j'ai commencé une collaboration
avec une compagnie de microélectronique,
la compagnie Thomson-CSF,
pour le développement de multicouches magnétiques
et pour tester les idées de magnétorésistance géante.
Il a été possible par exemple,
de fabriquer ce genre de structure
où vous voyez trois couches atomiques de fer
séparées par trois couches atomiques de chrome.
Il se trouve en plus que dans cette structure-là,
la proximité entre les couches de fer à travers le chrome
fait que les aimantations des couches de fer
s'orientent spontanément dans des directions opposées.
Donc c'est un système idéal pour
voir si en appliquant un champ magnétique
et en alignant les aimantations dans la même direction
on voyait apparaitre le phénomène de magnétorésistance géante
que l'on pouvait prévoir.
Ca a marché,
voici les premiers résultats
de la découverte de la magnétorésistance géante,
soit dans mon laboratoire à Orsay,
soit à Jülich par Peter Grünberg,
qui a été mon colauréat du prix Nobel.
Si je considère les courbes de gauche,
qui représentent la variation de la résistance électrique
en fonction du champ magnétique,
le champ magnétique aligne les aimantations
dans la même direction,
et on voit en même temps
une chute brutale de la résistance électrique de 80%,
un phénomène que l'on a appelé magnétorésistance géante.
Et si vous pouvez lire aussi les formules des couches magnétiques,
vous voyez que l'effet maximum est obtenu
pour une couche de chrome de 0,9 nm,
c'est-à-dire trois couches atomiques seulement,
des couches extrêmement fines
qu'il avait été possible de préparer
par les technologies d'épitaxie par jets moléculaires.
Cette découverte donc a tout de suite
donné la possibilité de capteurs sensibles,
très sensibles à un tout petit champ magnétique
dans des structures un peu différentes de celles-ci,
je n'insiste pas là-dessus,
et les applications ont démarré trois quatre ans plus tôt,
premièrement avec des capteurs simples
pour l'industrie automobile,
des capteurs qui permettent par exemple
de détecter la vitesse de rotation de roues,
de contrôler les freins et l'ABS.
Mais l'application économiquement la plus importante
était l'application aux disques durs, à la lecture des disques durs.
Comme je l'ai déjà montré,
dans les disques durs actuels,
les champs magnétiques créés par les bits magnétiques
sont détectés par une multicouche magnétique
et la sensibilité de la magnétorésistance géante
de ces multicouches magnétiques
a permis de détecter les champs magnétiques
créés par des tout petits bits et donc d'augmenter la capacité des disques.
Au fond, avec l'introduction de la GMR,
et l'introduction d'un effet un peu voisin, qu'on appelle la TMR,
la magnétorésistance tunnel,
il a été possible d'augmenter la capacité des disques durs
par un facteur à peu près 1 000
et d'avoir donc des disques durs de très grande capacité aujourd'hui,
qui sont utilisés dans nos ordinateurs, dans les data centers par exemple.
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