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BONNIE, 7 ANS
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PERNILLE, SŒUR DE BONNIE
BONNIE, 38 ANS
Je suis en voiture avec Bonnie, qui conduit vers le bordel.
Ici, Bonnie se fait encore appeler Bonnie.
Mais une fois là-bas, elle répondra au nom de Patricia.
J'ai filmé Patricia et Bonnie pendant deux ans
pour en savoir plus sur sa vie au bordel
et pour essayer de comprendre
pourquoi elle a choisi de se prostituer.
J'ai découvert un monde dont Bonnie ne peut se passer,
et qui est en train de la tuer.
OCCUPÉ
DISPONIBLE
Faut que j'enlève ça.
D'après mon agenda, je vais avoir
trois clients à la suite
avec 5 à 10 minutes de pause entre chacun.
Ça, c'est si tout se passe bien.
Des fois, ils sont en retard ou ils se perdent en chemin.
Bref...
- Celui-là, tu le connais ? - Non, il vérifie si je suis dispo.
Il est venu en voiture, mais là, j'ai pas le temps.
BONNIE ET LES MILLE HOMMES
OCCUPÉ
Tu me rends folle, toi !
Une fois que le premier client arrive,
la journée peut commencer et ça roule tout seul.
En général, je suis tout de suite dans le bain, mais parfois,
tout dépend du premier client.
"45 minutes.
Du sexe entre amoureux, comme d'habitude."
Je vais lui envoyer un smiley.
Il est important qu'ils aient l'impression
de faire l'amour avec leur petite amie.
Ça leur donne le sentiment d'en avoir pour leur argent.
Patricia, tu peux me passer une serviette ?
Bien sûr.
C'était bon pour toi aussi ?
Quand t'as commencé à m'embrasser les oreilles et le cou,
tu m'as vraiment fait décoller.
- Ah, oui ? - T'es le seul à me faire ça.
- C'est vrai ? - Bien sûr.
Je suis le seul à te faire ça ? Ça me rend spécial, du coup.
Oui, comme si t'étais mon mec.
- Arrête ton char. Tu exagères. - Non, je t'assure.
Il était trop mignon.
"Tu peux me recevoir en portant uniquement des bas
pour une séance de 30 minutes de branlette thaïlandaise
et de sexe classique ?"
Faut que je vérifie s'il me reste des bas.
Sur moi, ils n'arrêtent pas de tomber. Ça va être gênant.
Ils vont se transformer en mi-bas !
Un client me les a achetés chez Dior.
Ils ont coûté une fortune.
Ça a beau être des bas XXS, ils n'arrêtent pas de tomber.
C'est pas ma taille, c'est tout.
Ils sont trop grands.
Bref, ça sert à rien...
Et merde !
Entre et déshabille-toi pendant que j'enfile mes bas.
Je dois enlever tous mes autres vêtements ?
- Oui. - D'accord.
Je vais avoir l'air un peu ridicule...
C'est dingue !
T'as la chair de poule quand tu jouis.
Je te jure !
- Toi aussi, t'as joui ? - Oui.
J'ai même joui très vite.
- Tu veux prendre une douche ? - Non, ça ira.
T'as rien oublié ? Tes lunettes, tes clés, ton portefeuille ?
- Merci pour tout. - Merci à toi et bon retour.
Un fétichiste des pieds !
Maintenant, j'ai faim.
Mais d'abord, je vais me doucher.
- T'as joui ? - Si j'ai joui ?
- T'as joui quand tu as... - Tu veux dire...
- T'as eu un orgasme ? - Un orgasme...
- Il a pensé que oui. - Ils le pensent tous.
Je jouis une fois tous les tremblements de terre.
Mais je simule. Du coup, ils font pas la différence.
Lui, il était persuadé que tu as joui.
- Pour toi, ça n'est pas du sexe ? - Non, c'est un travail.
Quand ils partent, ils doivent se sentir bien.
Et s'ils sont contents, je suis contente.
Ça me rend heureuse de les rendre heureux.
Tout va bien ? Pas de course de mobylettes, hein !
LE FILS DE BONNIE, 15 ANS
D'accord, mais ne prends pas de passagers.
Amuse-toi bien.
N'oublie pas de prendre l'air.
Je lui passe le bonjour.
Au revoir, mon chéri.
Il a hâte d'être à vendredi.
Il se passe quoi vendredi ?
Il part avec ses copains dans le Jutland sur un circuit moto.
- O.K. - Ça va lui faire du bien.
Ils vont devoir se lever à 6h du matin.
Il a pas l'habitude.
- T'attends encore quelqu'un ? - Oui.
J'ai vu une voiture dans l'allée.
Ils se garent l'un à côté de l'autre.
Du coup, ils savent quand c'est à leur tour.
J'ai pas le temps de répondre à tous ces textos.
- T'as eu 8 appels en absence. - Ouais, c'est dingue.
Pourquoi il y a tellement de monde aujourd'hui ?
La météo.
Et c'est jour de paye.
Merci pour tout. Salut !
- Tu tiens le coup ? - Oui, ça va aller.
J'en supporterai pas un de plus.
Tu peux pas dire non ?
Écoute, je ne prends plus personne.
MILLE, COLLÈGUE
Je veux rester discrète.
Plus il y a de filles et moins on a de travail.
Je sais pas quand t'as commencé, mais moi, je fais ça depuis 20 ans.
Je connais ce type de filles.
Et n'oublie pas que les mecs parlent.
Du coup, je fais attention à qui je prête mon local.
En plus, je suis très exigeante
parce que j'ai une obsession de la propreté.
Tu sais, je vire les gens facilement.
Il faut vraiment ranger derrière soi et faire tout ce qui...
Y a plus de réseau....
C'était la fille de Tersløse.
La nouvelle.
Hier, elle a réussi à se faire plus de 1 000 euros.
En travaillant de 16h30 à 22h.
C'était sa première fois.
Elle a eu combien de clients ?
Je sais pas, mais elle était aux anges.
Elle a fermé à 22h, et il y avait encore des voitures qui tournaient !
Ça lui a fait une bonne journée de travail.
Bonjour, madame la couturière.
JEANETTE, VOISINE
Il y a des boutons qui manquent.
Et regarde ici. Il y a un trou.
Ce pantalon m'a coûté une fortune.
Je l'ai payé plus de 200 balles.
Merci beaucoup.
Attends un peu. Je vais te rendre ce que j'ai terminé.
Non, je reviendrai.
Il faut que je conduise les gosses à la soirée cinéma de l'école.
- Ça prendra deux minutes. - Bon, d'accord.
- Merci beaucoup. - Et je vais réparer le reste.
Super ! Et faut qu'on parle du prix.
Quatre steaks et on est quitte.
- Je connais un boucher au boulot. - Je m'en doutais !
Je vais te trouver ça.
Tu préfères des biftecks d'aloyau ou des faux-filets ?
Je te ramène ce que tu veux.
Quatre bavettes d'aloyau et on est bon.
Des morceaux de 500 grammes ou d'un kilo ?
500 grammes, ça suffira...
Dans ce cas, je t'en ramène 10.
- Emballé, c'est pesé ! - Super, à la prochaine.
À bientôt ! Salut !
J'ai le cactus le plus moche du monde,
mais il est increvable !
Les couverts sont propres, mais juste un peu rouillés.
Je trouve même plus mon site.
Stine, viens voir.
Il n'y a aucune photo où on voit ma chatte.
J'y tiens parce que j'ai un fils de 15 ans
dont les potes traînent sur ce genre de sites.
Du coup, pas de photo porno.
ANN, COIFFEUSE ET AMIE
Mais j'ai mis la liste de mes services avec les prix.
Du coup, les clients voient combien coûtent mes cocktails.
- C'est quoi, tes cocktails ? - Plein de choses.
Je fais le service à la française, à la danoise, ou voire les deux.
Je n'oublierai jamais la première fois que je t'ai vu.
Tu m'avais fait peur !
Avec tous tes tatouages plein le visage !
Mais on a commencé à parler, et j'ai découvert qui était Bonnie.
Je comprends. Moi, je la connais depuis qu'elle a 10 ans.
METTE, AMIE
- Voire plus jeune. - On a grandi ensemble.
Dans la même ville.
Ça demande quand même un sacré talent d'être capable
d'accueillir n'importe qui dans son local.
Oui, je m'occupe de personnes qui ont tous les âges.
Des gamins de 18 ans aux vieilles reliques.
Stine, toi, tu peux nous parler des étudiantes de ton âge.
STINE, FILLE D'ANN, ÉTUDIANTE
Tu connais plusieurs filles
qui arrondissent leurs fins de mois comme Bonnie.
Le problème avec ce métier,
c'est qu'il est difficile de s'arrêter.
Et si t'as pas les reins solides, ça peut te casser en deux.
Tu tiens six mois.
Et t'arrêtes parce que tu supportes plus.
Tu chiales chez toi en pensant qu'on a abusé de toi.
"Abusé" ! C'est vraiment le bon mot !
Ces filles se sentent exploitées alors qu'elles ont reçu de l'argent.
Mais quand on a du cran, on est capable de dire non.
Certains m'ont déjà frappé,
mais ils ont pris des coups en retour.
La question est de savoir si...
Je n'oublierai jamais ce moment où tu m'as appelé
après avoir été violemment battue.
Il t'avait mordu et t'avais le nez enflé.
Avec des marques de strangulation. Tu couvrais même ton cou.
Une jolie fille comme toi ! C'est dingue !
Tu pourrais avoir qui tu veux.
Les mecs feraient la queue pour sortir avec toi.
Mais Bonnie, les hommes qui font ce genre de choses
nous manipulent, et on ne voit rien venir.
Souvent, on ne se rend compte de rien.
Et une fois que ça arrive, on est coincé.
Pour s'en sortir, on passera par l'œil au beurre noir.
Mais vous ne pouvez pas être aussi stupides !
Tu m'étonnes que je veuille pas de mec.
Tu penses exactement la même chose que tout le monde.
Mais les femmes ne sont pas stupides.
Elles veulent croire au bon côté des hommes.
Nous, on a cette conviction un peu naïve que les hommes
à qui on donne notre cœur
veulent ce qu'il y a de mieux pour nous.
J'ai vu tellement de filles vivre ce genre de situation.
Elles sont piégées par leur optimisme.
BONNIE, 15 ANS CHYPRE, 1989
Ma première fois a été atroce.
Je n'ai pas arrêté de pleurer.
J'ai filé direct au bar pour boire une bière.
Je n'avais jamais baisé avec la lumière allumée.
Personne ne m'avait encore vu toute nue.
Ça s'était toujours passé dans le noir, sous la couette.
Je connaissais rien d'autre.
J'ai toujours eu honte de mon corps. Je le déteste.
Voilà, on arrive. La végétation a bien poussé !
On va peut-être devoir faire le tour.
C'est un vrai dépotoir !
Et dire que j'ai travaillé ici.
Si tu voyais l'intérieur, tu serais choquée.
C'est complètement mort.
Ça a l'air fermé.
Non, y a des filles qui bossent.
La seule fenêtre, juste là, c'est la salle de baise.
Quel trou à rat.
L'horreur...
Nom de Dieu...
Et dire que je travaillais ici.
Dans cette vieille décharge...
- C'est toujours un bordel ? - Bien sûr. Ils font plein de pub.
Je vois souvent les annonces qu'ils passent dans le journal.
Du coup, je sais que c'est toujours ouvert.
Mais pas aujourd'hui, apparemment.
Quel vieux trou minable.
Pourquoi tu travaillais ici ?
Je connaissais rien d'autre.
Je savais pas qu'il existait de meilleurs endroits.
Mais j'ai bossé dans de pires trous que ça.
Y en a même un qui a pris feu.
Je travaillais le dimanche de 10h à minuit
et le mardi de 17h à minuit.
On recevait une serviette propre par jour.
Parfois deux ou trois, maximum.
Il fallait ramener ses propres briquettes pour le chauffage.
On se serait cru sur la banquise.
Et l'été, il faisait tellement chaud qu'on se faisait zéro thune.
On arrivait à peine à respirer à cause de la chaleur.
Pourquoi est-ce que tu vends ton corps ?
Tu y as déjà réfléchi ?
En réalité, je ne pense jamais à ça.
Je me dit juste que je peux y arriver.
Je vais gérer.
Au départ, j'ignorais tout de ce métier.
Je ne savais même pas mettre une capote.
Je pensais : "Mon Dieu, viens-moi en aide".
Il faut que j'y aille. Je dois encore faire un truc avant.
Ça a été dur de m'approcher d'inconnus qui se déshabillaient.
Je pensais que je n'y arriverai jamais.
Mais un jour, Pia, la propriétaire, m'a appelée
pour me proposer de travailler avec elle.
Elle voulait nous vendre toutes les deux.
J'ai réfléchi,
et j'ai accepté
parce que je ne me sentais pas de lui dire non.
On a convenu d'un jour, et j'y suis allée.
Ça m'a aidée.
Elle avait les choses en main
et nous a vendues toutes les deux.
Quelques fois, j'y allais toute seule.
Elle me disait ce que je devais faire.
Pour apprendre, je l'ai observée plusieurs fois.
Elle demandait aux types si je pouvais regarder
parce que j'étais nouvelle
et qu'il fallait que je voie comment ça se passe.
Les mecs acceptaient.
Et ça m'a aidée.
Putain, j'ai trop froid.
J'arrive pas à me réchauffer.
Dans ma vie, je ne connais pas ce qu'on appelle "le grand amour".
Mais grâce à mon métier,
on me témoigne énormément d'empathie et de mots doux.
Quelque part, ça a un sens pour moi.
Les hommes me désirent et je me sens valorisée.
- Valorisée ? - Oui.
Quand on se déteste, c'est super d'avoir
quelqu'un qui vous dit que vous êtes formidable.
Tu te détestes ?
Bien sûr.
Je n'ai absolument aucune confiance en moi.
Sauf quand les clients me disent que je suis géniale.
C'est agréable.
Entre.
- Salut. - Salut.
DORIS, MÈRE DE BONNIE
Michella vient de sortir pour aller voir son cheval.
Du coup, je me suis dit que j'allais te rendre visite.
Elle passe tout son temps avec son cheval.
Vous avez déjà parlé de ton métier, elle et toi ?
Avec Michella ? Non, on en discute jamais.
Je lui en ai jamais parlé.
Ça ne l'intéresse pas. Elle s'en fiche.
- Elle n'a même jamais eu de copain. - Ça ne l'intéresse pas.
Les garçons, c'est pas son truc.
- Son cheval, c'est son mec. - Ouais, c'est ça.
Elle s'en fiche, des garçons.
Et c'est très bien comme ça.
Après tout, elle est encore très jeune.
Alors je n'ai rien à dire.
Elle préfère rester avec nous à la maison
plutôt que de sortir en ville.
- Je trouve ça bizarre. - C'est vrai.
- Tu trouves pas ? - Oui.
Bonnie, est-ce que tu penses parfois à changer de métier ?
C'est drôle, mon dernier client vient de me demander
ce qu'il en était du stand de hot-dogs dont je lui avais parlé.
Je me vois bien bosser au supermarché du coin
et y tenir ma petite échoppe de saucisses.
Ce serait sympa. En plus, je verrais du monde.
- T'as l'air sceptique. - C'est aussi un travail difficile.
On est debout pendant des heures.
Mais peu importe ce que je fais...
En plus, tu auras des problèmes avec tes os.
- Elle pourra s'assoir. - C'est vrai.
Je devrais juste déménager aux Caraïbes,
là où il fait 40 degrés toute l'année.
Ben voyons ! Bon voyage à toi !
Ça me plairait bien.
- Tu t'en lasserais, à la longue. - Peut-être...
Faut que je réponde.
Patricia, j'écoute.
C'est sympa de t'entendre.
Bien sûr, si tu te laves avant.
Oui.
À plus tard.
Comment as-tu réagi quand tu appris la nouvelle activité de Bonnie ?
Pas très bien, pour autant que je m'en souvienne.
- Tu t'en rappelles ? - Oui, on avait parlé.
Je lui ai dit : "Bonnie, t'es pas sérieuse !"
Et puis, je lui ai suggéré de travailler en tant que call-girl.
On peut se faire beaucoup de fric avec le téléphone.
Tu t'en souviens plus ?
Ça doit faire un bail...
Oui, bien sûr.
Je t'avais aussi proposé d'occuper une pièce du local.
- Pour gagner du fric. - En tant que call-girl.
C'est bizarre, non ?
On aurait pas été là en même temps.
Chacune aurait eu ses journées. De toute façon, on en parle pas.
Non, on en parle jamais.
On se ressemble sur cette photo, non ?
METTE, AMIE
À l'époque, je trouvais que vous étiez pareilles.
Je vois vos différences aujourd'hui.
C'était pas le cas à l'époque.
Nos souvenirs sont trompeurs.
- Elle, je ne sais pas qui c'est. - Une grand-mère, peut-être ?
Il n'y a rien d'écrit. Dommage.
Regarde celle-là.
C'était la grande époque.
Oui, c'est vrai.
Elle a été prise dans la rue où on a grandi.
Je ne suis jamais entrée chez toi.
Les amis n'avaient pas le droit de passer.
Personne n'était autorisé à voir...
Ce qui se passait derrière la porte.
C'est seulement quand ma mère rentrait à la maison que les gens...
Je me souviens que j'étais gênée d'aller à l'école.
Mes camarades de classe la voyaient
quand elle rentrait des bars.
Du coup, tout le monde était au courant.
Je ne pouvais plus garder le secret.
J'avais du mal à faire semblant.
Quand tout le monde était au bistro,
on arrivait à sortir en douce.
On nous filait quelques pièces et on se barrait dans la rue.
Ma mère se souvenait rarement
combien d'argent elle m'avait donnée.
C'était comme si on faisait partie du décor.
Oui !
On leur collait aux basques, et de temps en temps,
on avait le droit de rentrer plus tôt à la maison.
Mais en général, on s'endormait sur une banquette du bar...
Avant d'être ramenées chez nous.
Quand j'y repense, c'était vraiment pas drôle.
Ces photos me font même dire
que c'était la pire période de ma vie.
Je le pense vraiment.
Et il y a un autre truc de cette époque
dont je n'ai carrément pas envie de me souvenir.
Quand je regarde ces photos,
il y a quelque chose qui me dérange énormément.
CHYPRE, 1989
Il est encore en train de filmer tes seins.
Regarde !
Il les adore.
BONNIE, 15 ANS
- T'es excité du slip ou quoi ? - Pas du tout.
On dirait bien, pourtant.
Je te filme. Fais ce que je te dis ou ça va m'énerver !
Tu m'entends ? Je vais te botter le cul !
Parle-lui.
Allez !
Allez, vas-y !
Bonnie ! Fais-le !
- Demande-lui d'où il vient. - Et quelle heure il est.
On veut voir ça en vidéo. Demande-lui l'heure !
À la maison, vous allez dire :
"C'est la première fois qu'elle dit un truc."
Vas-y, je te dis !
PERNILLE, 16 ANS
Pernille ! Sors-les !
Laisse-le les mordre. Remonte ton t-shirt.
Laisse-le te mordiller.
- Allez, fais-voir. - Non, y a du monde.
- Pernille ! Vas-y ! - Remonte-lui toi-même alors !
Je peux t'aider à les sortir, si tu veux.
- Allez ! - Non.
C'est la dernière image que j'ai d'elle.
À la fin de sa vie, elle vivait dans la rue à Copenhague.
Et je me souviens...
Que la police avait frappé à la porte
pour nous annoncer la mort de Pernille.
C'est la dernière chose dont je me rappelle.
Ou peut-être que je n'ai pas envie de m'en souvenir.
- Comment est morte ta sœur ? - D'une overdose.
- À 16 ans ? - Oui.
Dans une ruelle près de la gare.
Elle est morte dans une cave.
Elle s'était injectée de l'héroïne.
Elle prenait beaucoup de drogues, mais je ne le savais pas.
On dit souvent que les personnes qui ont décidé de se prostituer
ont été victimes d'une manière ou d'une autre
d'abus sexuels
dans leur jeunesse ou leur enfance.
Tu reconnais que ça a été le cas de Bonnie ?
Tu penses qu'il y a quelque chose qui l'a poussée à se prostituer ?
Non.
Non.
Pas que je sache.
Je crois que j'ai entendu parler d'un truc
qui s'est passé chez ma mère.
Elle était encore en vie.
Bonnie et Pernille passaient beaucoup de temps chez elle.
Elles s'entendaient bien, et ma mère s'occupait d'elles.
Un jour, il y a eu une fête et mes filles y étaient.
On m'a raconté plus tard qu'un homme était présent
et qu'il avait tripoté une des filles.
Mais je ne me souviens plus de laquelle.
On l'a poursuivi pour savoir qui c'était,
mais je crois qu'on ne l'a jamais su.
Je ne peux pas parler de ce qu'elles ont vécu
quand je n'étais pas là.
Comme toutes les jeunes filles, elles vivaient leur vie,
elles s'amusaient,
elles sortaient...
Les parents ne peuvent pas les surveiller en permanence.
C'est impossible.
À NOTRE CHÈRE FILLE, À MA SŒUR, PERNILLE NOBEST
CLINIQUE PSYCHIATRIQUE UNIVERSITAIRE - ANOREXIE
MÉDECIN-CHEF MARIANNE HERTZ
Vous travaillez beaucoup en ce moment ?
Beaucoup trop.
Il est important que vous vous ménagiez.
MARIANNE HERTZ, MÉDECIN-CHEF
Je sens que mon corps me fait très mal.
Ça ne peut plus durer.
Vous devez prendre soin de vous.
Vous perdez du poids et vomissez davantage
quand vous travaillez. C'est exact ?
- Oui, et je ne mange rien. - C'est bien ça, le problème.
Il est vital de ne pas vous épuisez plus que nécessaire.
Je ressens en permanence une douleur au cœur
et j'ai cette sensation de malaise.
J'ai tellement mal. Je me dis que ça ne peut qu'empirer.
J'ai peur que mes enfants découvrent à quel point je suis malade.
Ça va beaucoup les affecter.
J'aimerais passer plus de temps avec eux,
mais je n'en ai pas la force.
Ah, bon ?
Je suis tout le temps au lit, et j'ai du mal à tenir le coup.
C'est normal.
Vous êtes fiévreuse et avez perdu beaucoup de poids.
En plus, vous consommez de moins en moins
de nourriture.
Voilà pourquoi vous n'avez pas d'énergie.
Bonnie, combien pesez-vous en ce moment ?
Je n'ai pas pris de poids depuis la dernière fois.
Hier, le docteur m'a pesé.
- Et alors ? - 47 kilos.
J'essaie de manger,
mais ma gorge me fait énormément mal.
Pareil pour mes dents.
Je viens d'ailleurs de prendre rendez-vous chez le dentiste.
Mais je ne vais pas bien.
Je souffre beaucoup.
Il y a donc beaucoup de choses qui ne vont pas...
Mais Bonnie...
Seulement quelques kilos changeraient la donne.
Et ne surchargez pas vos journées de travail.
D'accord.
Je sais pas pourquoi je fais ça...
J'accepte de plus en plus de clients.
STAND DE HOT-DOGS
- Félicitations ! - Salut, ma chérie.
Oh, c'est joli !
Prends-le. C'est super lourd.
Le stand de saucisses est fermé ?
Oui, on est en train de le vendre. Ça t'intéresserait, d'ailleurs ?
- Oui. - Génial !
Tu penses que les affaires seront bonnes ?
Oui, mais ça va te demander beaucoup de boulot.
Avec de bons produits et un service de qualité,
les clients vont affluer.
Ce sera comme tenir une auberge.
La moitié du travail, c'est la dimension sociale.
- Oui, bien sûr. - Et tu es douée avec les gens.
Mais tu crois qu'ils oseront venir si c'est moi ?
- Pourquoi pas ? - À cause de mon travail.
Tout le monde me connait.
Tu seras habillée pour vendre tes hot-dogs, non ?
Quelque part, j'ai toujours été dans l'industrie de la saucisse.
J'allais te faire la même blague !
J'ai juste envie de bosser en étant habillée.
Oui, je comprends.
J'en ai marre d'être tout le temps à poil.
J'ai envie de me sentir comme un être humain.
Mais tu es un être humain, voyons !
- Les gens me voient différemment. - Je comprends.
Par contre, fini les rajouts, les piercings et les faux ongles.
Ta gueule ! Je porterai des gants !
- À bientôt. - Bonne journée.
- Merci et prends soin de toi. - Salut !
- Comment était le client ? - Qui ça, le dernier mec ?
Un homme mûr.
Très silencieux.
Il sentait pas très bon.
Il sentait la vieille pisse.
Et j'ai l'impression...
Même si je me douche sans arrêt,
je sens toujours l'odeur
des capotes ou...
de leur parfum, de leur vieille pisse,
ou de leur vieille bite.
Mais bon...
- Donc c'était pas terrible ? - Non, pas trop.
Pourquoi tu continues si ça te rend malade ?
Parce que j'ai des factures à payer.
Mais...
Ouais...
Je suis assise là...
Et je m'enfonce toujours davantage
au fond du trou.
Ça n'en vaut pas la peine.
Mais je n'aimerais pas rester à la maison.
J'aime bien ce que je fais.
C'est ça, le problème.
Patricia, j'écoute.
Samedi, j'ai écrit
une lettre d'adieu à mes enfants.
Parce que quelque part, j'ai peur.
Je veux qu'ils sachent
qu'ils doivent rester forts et continuer à avancer.
Mais je ne suis pas certaine si...
Si je serai encore en vie dans 10 ans.
Il ne me reste plus qu'à espérer
qu'ils ne se sentiront pas coupables de ce qui m'arrive.
Ils peuvent être fiers d'eux.
J'emporterai mon histoire dans la tombe.
Comme ma sœur.
C'est mieux comme ça.
Je ne veux pas...
Qu'ils connaissent toute la vérité sur ma vie.
Même moi, je ne la connais pas.
Et il y a bien une raison.
Il y a toutes ces émotions que mon cerveau ne veut pas...
Je refoule beaucoup de choses. Comme ma mère.
Et elle les refoule parce que...
Elle ne se souvient de rien parce qu'elle n'en a pas envie.
Elle refuse de s'en rappeler.
Elle est persuadée
qu'elle a été la meilleure mère du monde.
Je ne sais rien de l'enfance de ma mère.
Je sais juste que ma grand-mère était une femme dure.
J'ignore ce que ma mère a subi quand elle était enfant.
Elle ne m'en parle jamais.
À mon avis, elle a fait ce qu'elle a pu.
Moi aussi, je fais de mon mieux.
Je n'en veux à personne, à part à moi-même.
Ce n'est la faute de personne,
et certainement pas celle de mes enfants...
s'ils ont une mère pareille
ou si je suis malade.
Pourtant, ça ne vient pas de nulle part.
Alors, Bonnie...
Nous avions convenu...
Que je dois manger.
Maintenant que vous êtes sortie,
vous devez vous battre et vous remettre sur pied.
Oui.
À partir de maintenant,
il faut manger des noix, du chocolat et de la crème Chantilly.
Oui.
Une bonne nourriture saine.
En ce moment, il n'y a que ça qui compte.
Oui.
Grignotez toute la journée.
Et si possible, évitez de vomir.
Évidemment, moins vous vomirez
et plus la nourriture restera longtemps dans votre estomac.
Il faut aider votre corps à se nourrir,
et vous reprendrez progressivement du poids.
Vos muscles récupéreront
et vous pourrez à nouveau tenir sur vos jambes.
Merci beaucoup.
À bientôt. Merci pour tout.
- À bientôt. - Oui.
Tu veux une bonne nouvelle ?
- J'ai pris trois kilos. - C'est vrai ?
Tu vas les garder ?
Là est la question.
- Mais c'est génial ! - Oui.
Mais comme à chaque fois, j'ai tout pris dans le ventre.
Tu vas devoir te remettre au sport, comme la dernière fois.
Tous les matins, je vais accompagner Noah à l'arrêt de bus.
Ça me prendre au moins 30 secondes.
Deuxième étage à droite.
J'ai du mal à parler.
On est au bon endroit. Salut !
Salut !
J'ai eu une idée.
J'aimerais des photos en noir et blanc,
mais avec les roses en couleur.
Je pourrais m'allonger et tenir les roses ici...
Ou alors rester debout en les tenant comme ça...
- On essaiera plusieurs poses. - O.K.
On jouera aussi avec les ombres et la lumière.
Et derrière moi, le fond serait en noir et blanc.
Je pensais utiliser une rose orange
pour que la couleur se démarque bien.
J'ai aussi apporté des ailes d'ange.
Ça peut être un accessoire intéressant.
- T'en as des plus grandes ? - Non.
J'ai aussi pris ça.
On pourra l'utiliser pour cacher une partie de mon visage.
Ou alors, je pourrais regarder dans le vague.
Pour la poitrine, je n'y ai pas vraiment réfléchi.
J'ai aussi amené des bottes argentées.
Intéressant...
Voilà pour mes trois idées.
T'as l'air de savoir ce que tu veux.
T'as peut-être des suggestions à me faire ?
J'ai quelques boas, si ça t'intéresse.
- Mette ! - Mais regarde !
On commence à voir l'effet.
- Où est ta main ? - Juste ici.
Là...
Mets-les tous vers devant.
Je tremble à force de me tenir comme ça.
J'ai les jambes et les bras qui tremblent.
Ça, c'est parce que t'as pris trois kilos.
C'est parti.
DISPONIBLE
Quand on connait ta vie,
on a du mal à comprendre pourquoi tu continues ce métier.
C'est difficile à expliquer.
C'est juste que...
Je suis deux personnes à la fois.
Parfois, j'aime bien ne plus être Bonnie
et n'être que Patricia.
Tu seras encore là si je reviens dans deux ans ?
Oui.
Si...
Si je suis toujours vivante.
On ne sait jamais.
Avec la vie que je mène, tout peut arriver.
Je serai peut-être là moins souvent.
MERCI À BONNIE, SES AMIS,
SES CONNAISSANCES ET SA FAMILLE
Traduction et adaptation : Guillaume Grosheny
Sous-titrage : SEPPIA
Chargé de programme : Stéphane Monthiers
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