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...
-(Chut.)
-Mais... -(Chut.)
Léger rire.
...
Arrête.
Putain, c'est quoi, ça ?
...
...
-Vous êtes de l'Office central ? -Commissaire Niémans, Lt Delaunay.
-Victor Josserand. Je suis le doyen de l'académie.
-La victime était une étudiante ? -Oui. Katia Narychkine.
-Vous aviez remarqué son absence ? -Non, on a une centaine d'élèves.
-La police a bouclé le secteur ?
-Oui, et j'ai fait annuler les cours.
On renvoie chez eux les étudiants qui habitent dans la région.
Reste ceux de l'internat.
-D'accord.
Un coin paumé,
mille endroits où se cacher... Le paradis pour un tueur.
-Et pour nous un enfer. Cdt Becker. -Vous êtes en charge de l'enquête ?
-Oui.
-Allons-y, alors.
...
Camille.
Camille.
Qu'est-ce que tu fais, là ? -C'est de l'"anima obscura".
-C'est exact,
mademoiselle.
L'anima obscura, l'âme noire.
Un courant esthétique
qui est né ici il y a vingt ans, porté par des artistes
qui ne représentent pas le corps humain,
mais ce qui se cache à l'intérieur. -L'âme.
Dans ce qu'elle peut avoir de plus obscur.
-Tu es calée en peinture.
-Surtout en trucs glauques. C'est une toile de Lilith, non ?
Ca vaut une fortune.
-Lilith nous en a fait le don.
Elle était élève ici. Maintenant, elle enseigne.
-C'est dans son atelier
qu'on a retrouvé le cadavre.
-Tu sais avec qui était maquée Lilith dans l'Ancien Testament ?
-Non. -Avec Satan.
Moi aussi, je connais quelques trucs.
...
-On la croirait sortie d'une peinture.
-Son corps
a été recouvert d'un vernis, comme ceux qu'on met sur les tableaux.
-Le Dr Klein, la légiste.
-Bonjour. On a une idée de l'heure du décès ?
-Non, le vernis a bloqué
la dégradation des tissus.
-Elle a été torturée ?
-Elle a été saignée
tout le long du système de circulation sanguine
afin d'obtenir toute une palette de sang,
allant du vermeil au carmin.
-Pourquoi prélever du sang de différentes couleurs ?
-J'ai un élément de réponse, commissaire, juste derrière vous.
-Le tueur l'a peinte avec son propre sang ?!
-Oui. Sur le tableau,
il y a neuf types de rouge et sur le corps neuf entailles.
-Sur le matériel, on a des empreintes ?
-Non. -Ca n'a pas servi.
C'est de la peinture séchée.
-La victime est restée consciente ?
-C'est difficile à dire à ce stade.
Mais pour que le sang coule,
il faut que le coeur pompe.
-Donc elle était vivante
pendant qu'il faisait ses saloperies.
Pourquoi il lui a pas dessiné la tête, cet enfoiré ?
-Il a pas eu le temps, peut-être.
-Dr Klein, vous avez parlé de neuf entailles sur le corps.
Mais ses pieds étaient couverts de plaies.
-Ce sont des lésions récentes,
comme si elle avait couru pieds nus sur un terrain accidenté.
-OK. Faites les prélèvements sur ces lésions en priorité.
-Quel est le vrai nom de Lilith ? -Ariane Maubert.
-Vous l'avez isolée ?
-Non. Elle est partie avec une de ses classes en pleine montagne.
-Dessiner un paysage, tout le monde peut le faire.
Des formes, des proportions, des ombres...
C'est facile.
Mais raconter les émotions qu'il vous procure,
ça, c'est difficile parce qu'on ne vit
qu'à travers notre système nerveux. Saisir l'invisible au vol,
le laisser traverser notre corps,
notre esprit, nos tripes... Vous avez froid ?
Est-ce que vous avez froid ?
-OUI. -Parfait ! Peignez le froid.
Vous êtes fatigués ? Peignez la fatigue, le vent, le vide.
Vous avez le vertige ? Imaginez votre corps écrasé au sol.
Sentez votre charogne. Laissez-vous traverser.
Ne pas figer le mouvement.
Laisser des formes résolument ouvertes.
Ce qui apparaît sur la toile, ce n'est plus une image,
mais c'est un événement.
-Oh...
-Mathias, qu'est-ce qui se passe ? -Rien.
Rien.
Je sens plus mes doigts.
-Alors arrête.
Remets tes gants.
Rentre chez toi.
Et surtout, tu ne reviens pas.
...
Maintenant, ramasse ton fusain.
Et tu peins le tremblement.
-Je peins le tremblement...
Je peins le... -J'entends pas !
-Je peins le tremblement. -Plus fort.
-Je peins le tremblement ! -Plus fort !
-Je peins le tremblement !
-La peinture, ça s'apprend.
Etre un artiste, non.
Pour le devenir, une seule règle : l'implication totale,
absolue.
Il faut être prêt à souffrir, à crever pour son art.
-Ariane Maubert ?
-Appelez-moi Lilith.
-C'est une salle de classe un peu particulière.
-C'est pas entre quatre murs qu'on trouve l'inspiration.
Alors oui, j'emmène chacune de mes classes ici,
au bord du vide.
Les gens du coin appellent cette falaise
"la bouche du diable".
-En gros, vous les tirez du lit à 2 h du matin,
vous les faites marcher de nuit... C'est presque de la maltraitance.
-Ecoutez...
Ma mission, c'est de les sortir
de leur zone de confort.
Un peu de douleur.
Dites-moi ce que vous me voulez.
-Puisque vous parlez de douleur...
-C'est Katia ?
-C'était. On a retrouvé son corps cette nuit,
dans votre atelier.
Vous l'avez vue quand pour la dernière fois ?
-Je ne sais plus. Elle ne venait plus à mes cours.
-Ce tableau pourrait être de vous.
-Oui.
C'est l'oeuvre d'un très bon copiste.
-Parmi vos élèves, qui pourrait imiter votre style ?
-On apprend la peinture en copiant. Les étudiants sont des copistes
virtuoses.
Vous avez hérité de 300 suspects.
-Ca va, tes mains ?
Tu la connaissais bien, Katia ?
-Pas bien, non.
-Vous étiez pas vraiment amis ?
-Elle cherchait pas à créer de relation, moi non plus.
Je l'avais pas vue depuis une semaine.
-Tu sais si elle avait des problèmes ?
-Des problèmes ? -Hum.
-Katia, son problème, c'était un peu toute l'école.
-Et Lilith, c'est quoi, son problème ? Elle est pas sympa.
-On lui demande pas d'être sympa.
Elle nous aide à repousser nos limites. Elle a raison.
C'est pour ça que je suis là. C'est pour ça qu'on est tous là.
-Ils disent tous la même chose :
Katia était trop sage. Elle fréquentait personne.
-La victime idéale, quoi.
-Ariane Maubert, vous en pensez quoi ?
-Trop belle, trop froide, trop perchée...
-Et surtout trop malade, oui. Comme tous ceux de cette école.
Des gosses de riches qui regardent la vallée de haut.
Une communauté qui brasse des tarés avec leur peinture à la con.
Et la pire, c'est Lilith. Je la connais depuis qu'on est gosses.
Faut pas la lâcher. -C'est quoi, votre problème
avec elle ?
-C'était quoi, ça ? -Je sais pas.
Il a pas tort. On va creuser du côté de la reine Maubert.
...
...
"Le Passage".
C'est ce qui l'a rendue célèbre ? -Son chef-d'oeuvre.
Connu dans le monde entier. Elle l'a peint à l'académie.
Après ça, elle a été imitée. Des gens ont créé l'anima obscura.
Il y a cinq ans,
elle s'est arrêtée. Elle a fait don du tableau à la ville.
-Ils ont dû être contents, à la ville.
C'est un peu dérangé, non ?
-Ca vous plaît pas ? -Je mettrais pas ça dans mon salon.
-Les critiques
s'arrachent les cheveux.
C'est attirant, repoussant... Un peu comme "La Joconde".
-La Joconde qui aurait fait une radio des poumons.
Oui ? *-Commissaire ?
J'ai appelé les parents de Katia pour leur annoncer son décès.
Ils m'ont dit qu'ils avaient reçu un texto de Katia ce matin.
-OK.
-Le tueur aurait envoyé des textos à la mère de Katia ?!
-Oui. Elles s'écrivaient tous les jours.
La mère a rien remarqué d'anormal. -Grâce à ça, il a gagné du temps.
-Ca, c'est la chambre de Katia.
-Oui...
On n'a trouvé ni ordi, ni portable. Il a fait le ménage.
-Un élève m'a dit que le problème de Katia, c'était toute l'école.
-Katia, c'est la fille
d'un oligarque russe. Une fille sérieuse, qui va même à la messe.
Ca ne suffit pas pour avoir envie de la tuer, et comme ça.
-Si c'était une élève modèle,
comment se fait-il qu'elle séchait les cours d'Ariane Maubert ?
On a un criminel dans la nature.
Si vous savez quelque chose...
-Ariane a des méthodes pédagogiques assez extrêmes.
Elle voulait monter un dossier
contre sa professeure pour la faire renvoyer.
Des bêtises.
-Si on veut.
-Dans la peinture figurative, quand on peint la mort,
l'enjeu n'est pas de saisir ce moment où il n'y a plus rien...
Mais celui où tout s'enfuit.
Juste...
avant le dernier souffle.
Ce qu'il faut capter, c'est moins le réalisme des détails
que cette tension
entre les épaules qui disparaît.
C'est comme si on se servait de la lumière pour malaxer la peinture,
de sorte que les images
ne soient jamais précises, tout en suggérant un acte tragique.
-Les cours n'ont pas été annulés ?
-On fait pas cours, on fait de l'art.
-Pas besoin d'autorisation.
-Ils m'ôtent les mots de la bouche.
-Tant que c'est que les mots... Sortez tous.
Sortez !
-Alban.
Laisse. Eux aussi ont leur sacerdoce.
-Vous jouez à quoi ?
Vous faites d'un meurtre un sujet de cours ?!
La prochaine étape, c'est faire un crobar du cadavre de Katia ?
-Je pousse mes élèves
à se servir de ce qu'ils vivent. -Et pousser Katia à bout aussi ?
-Pardon ? -Elle allait lancer
une procédure contre vous.
-J'aurais tué Katia
pour garder mon job ?!
Avec ma manière de faire, mes élèves font des progrès fulgurants.
Mais avec Katia, ça ne passait pas.
-Elle se laissait pas faire ?
-Non, elle sentait rien.
La vérité...
Elle était mauvaise.
-Oui, docteur ?
*-L'heure du décès de Katia,
ça vous intéresse ? *-Un peu, oui.
-Elle est morte il y a deux jours
*aux environs de 15 h.
-Vous étiez où lundi à 15 h ?
-Je faisais cours. Une trentaine d'élèves confirmeront.
-Oui ?
-J'ai trouvé des résidus dans les plaies au niveau des pieds :
un mélange de résine de séquoia et d'éclats de schiste.
-Du schiste ? Comme la pierre ? *-Oui.
On trouve ces arbres et ce gisement en bordure de la Forêt grise.
*Elle longe l'académie.
-OK, je vous remercie.
...
Bonjour. -Bonjour.
-On a deux réservations aux noms de Niémans et Delaunay.
-Il l'a peinte avec son propre sang ?!
-Tenez.
-Merci.
Tiens, ta clé.
La chambre.
-Merci.
-T'es pas avec moi depuis quelque temps. Un problème ?
-Non. Je bosse.
Je suis fatiguée, c'est tout.
Je vais me reposer.
-Repose-toi, oui.
-Allô ? *-C'est Niémans.
Organisez une battue en bordure de Forêt grise.
-Qu'est-ce qu'on cherche ?
-L'endroit
*où tout a commencé, peut-être. -Ce sera pas avant demain matin.
-Faites au mieux. Merci.
...
-Mathias.
Sentez votre charogne. Laissez-vous traverser.
-Je peins le tremblement... -Plus fort !
Cris étouffés.
...
Voix féminine. -(Pourquoi tu parles aux flics ?)
-Allez, cherche.
Aboiements.
...
-Par ici ! On a trouvé quelque chose !
-Merci.
C'est le sac de Katia.
*-Philippe ?
*Du côté de la falaise, on a quelque chose.
-Oh, putain.
-Le sang a l'air encore frais. -Ca peut pas être celui de Katia.
-On aurait une 2e victime ? -Pas de cadavre, pas de victime.
Qu'on envoie la toile au labo.
-Le portable de Katia est relié à la tablette.
Mais pas de géolocalisation.
-On a fait le compte
des élèves de l'internat.
Il en manque un, un autre élève d'Ariane Maubert :
Mathias Vidal.
-Rassemblez le reste de ces élèves, sauf Maubert, évidemment.
On inspecte sa chambre et on arrive.
Regarde-moi ce bordel.
Mathias, c'est celui à qui tu as parlé dans la forêt ?
Genre tête de Turc.
-Oui.
On a quelqu'un qui se débat dans sa chambre au milieu de la nuit,
et personne n'entend rien. -Ils se foutent de notre gueule.
La nuit dernière, votre camarade Mathias Vidal a disparu.
On n'a plus de nouvelles.
-Vous avez checké les chiottes ?
On le trouve souvent là-bas en train de flotter dans l'eau.
-T'es un petit marrant, toi.
Un mec de ta classe est en danger de mort,
donc tu fermes ta gueule.
-Vous vivez tous à l'internat. Vous avez dû le voir, hier soir.
J'ai besoin que vous nous aidiez.
-Mathias est de la même espèce que Katia. Il n'a pas de potes ici.
-Je vois que tu es très sélective au niveau de tes potes.
Personne n'a rien vu d'inhabituel ?
-A part Mathias, non.
-Tu m'as pas bien compris, toi.
T'étais où, cette nuit ? Tu faisais quoi ?
-Je travaillais.
Je me suis couché tôt.
-Et toi ?
-J'ai travaillé.
-Et toi ?
-Moi aussi. -Pareil.
-Y en a pas un qui se couche après minuit ?!
-Nos parents raquent pour qu'on puisse bosser ici.
On va pas risquer de finir avec un métier à la con.
Genre flic.
...
-Ils nous mentent tous, ou presque.
Reste à savoir pourquoi.
-Soit ils sont tous dans le coup,
soit ils protègent quelqu'un dont ils ont peur.
-A cet âge-là, y a rien à en tirer.
Ils se foutent de tout.
Si on veut retrouver Mathias... *Bips.
...
-Le téléphone de Katia. Quelqu'un l'a allumé.
...
-Qu'est-ce que vous voulez ? -Ecartez-vous.
Ecartez-vous !
Eh ben, voilà.
-Je vous le jure, je n'ai rien fait.
-A part dissimuler le portable d'une victime de meurtre.
-C'est vous qui avez écrit
à la mère de Katia en vous faisant passer pour elle ?
Oui ou non ?
-Oui... Je vous ai menti.
On avait rendez-vous il y a trois jours.
-Eh ben, voilà.
-Je voulais la dissuader
de monter ce dossier contre Ariane.
Ca aurait nui à l'école.
Katia n'est pas venue
au rendez-vous. Elle était introuvable.
Je suis monté dans sa chambre. J'ai trouvé son téléphone.
Elle avait reçu des messages de sa mère.
-Et vous avez répondu ?!
-Ses parents sont d'importants donateurs.
Pour moi, c'était une fugue.
A cause
de cette histoire de harcèlement. Je voulais retrouver Katia
et calmer le jeu.
Je pouvais pas imaginer...
cette horreur.
-S'il n'avait pas caché la disparition de Katia,
elle serait peut-être encore en vie.
-Il n'a pas tué Katia,
mais il nous a menti. -On lui met la pression ?
-Non. S'il continue à nous mentir, il finira par faire une connerie.
-Je vais aller voir Ariane Maubert. Un 2e élève à elle a disparu.
-Moi, je m'occupe de Josserand.
...
-DANS LA NUIT NOIRE, SUR LA PIERRE NOIRE,
L'AME NOIRE, DIEU LA VOIT.
DANS LA NUIT NOIRE,
SUR LA PIERRE NOIRE, L'AME NOIRE, DIEU LA VOIT.
DANS LA NUIT NOIRE,
SUR LA PIERRE NOIRE, L'AME NOIRE,
DIEU LA VOIT...
-Vous n'avez rien à faire ici.
-On a besoin de toi, Lilith.
-Vous êtes chez moi, ici ! -Tu nous manques.
On a besoin
de te voir, Lilith.
-Arrête tes conneries ! Qu'est-ce qui te prend de venir ici ?
Vous dégagez !
Si les flics vous voyaient...
...
On frappe. Je vous ai dit de dégager !
On frappe à nouveau.
...
Je peux faire quelque chose pour vous, lieutenant ?
-Mathias Vidal a disparu la nuit dernière.
Vous faisiez quoi, hier soir ?
-Depuis notre dernière entrevue, j'ai pas bougé d'ici.
-Et vos étudiants...
Ils voulaient quoi ? -Ils vouent un culte à Lilith.
-A Lilith...
-C'est...
C'est un nom de scène, un personnage.
-Un personnage dont vous jouez beaucoup.
-Vous croyez
qu'ils veulent Ariane Maubert ?
Non, ce qu'ils veulent, c'est l'autre.
Vous voulez
la vérité ?
-Oui.
Pour mon boulot, toujours.
-J'ai été cette femme.
J'ai vécu mon art
pleinement,
totalement.
Mais depuis que je suis revenue, j'ai laissé tout ça derrière moi.
-Il n'y a pas de tableaux de vous.
-Depuis cinq ans, je n'arrive plus à dessiner quoi que ce soit.
Tous mes croquis finissent au feu.
Je peignais la noirceur.
Et la noirceur, ça finit par vous bouffer.
Vous en savez quelque chose, non ?
-Et ça, là...
C'est quoi ?
-Ce qu'il y a dans vos yeux.
...
-Putain...
Oh !
Putain...
...
Coup de tonnerre.
...
-Qu'est-ce que tu fais là ?
...
-Camille... Zoé, la fille de 2e année,
c'est la fille de Josserand.
Coup de tonnerre.
Mathias...
Mathias ! Mathias !
Mathias...
Mathias ! Mathias !
-L'analyse du sang sur la toile trouvée en forêt
montre que c'est du sang de cochon.
-Du sang de cochon ? -Ben, oui.
Mes collègues m'ont dit que Mathias Vidal était réveillé.
Vous pouvez l'interroger.
-OK.
-Ils avaient tous des masques,
des masques comme dans les peintures de James Ensor.
Ils m'ont mis un sac sur la tête et on a marché.
Ils m'ont fait marcher longtemps.
Quand ils me l'ont enlevé,
on était dans une forêt.
Il y avait une grande toile.
Et là, ils ont commencé à me déshabiller.
Je savais pas ce qu'ils voulaient.
Donc je...
Je les suppliais.
Ils ont commencé à me balancer du sang,
beaucoup de sang.
Et ils sont tous partis.
Tous.
Et là, quelqu'un
m'a sauté dessus avec un couteau et a essayé...
-Mathias...
Mathias, attends. Doucement.
A ton rythme.
-Je me suis débattu.
Je crois
que j'ai donné des coups. J'ai couru.
A un moment donné, j'étais perdu et puis...
Après, je sais plus. On m'a dit que j'étais évanoui.
-Tu as disparu pendant 24 h.
-Pourquoi ils s'en sont pris à toi ?
-Je sais pas.
-Tu sais pas ?
Comment ça, tu sais pas ?
Qu'est-ce que tu nous caches ?
-Niémans. -Quoi ?
Qu'est-ce que tu nous caches ? De qui t'as peur ?
De qui t'as peur, putain ? -Zoé !
La seule voix que j'ai reconnue, je crois que c'était Zoé.
-Tu crois ? Tu crois ou t'en es sûr ?
-Sûr !
Putain...
-Eh ben, voilà.
-Partez, s'il vous plaît.
...
-On s'occupe d'abord du dirlo. On ira voir sa fille après.
-Elle ne veut pas qu'on sache
que je suis son père. Elle a peur d'être rejetée.
-Elle participait aux bizutages ?
Le sang de cochon, les masques...
-C'est comme dans toutes les écoles, mais des élèves ont craqué.
Ils ont quitté l'académie. Et j'ai découvert que c'est Zoé
qui en avait fait quelque chose d'extrême :
des séances d'humiliation dans les bois
en l'honneur de Lilith, son idole.
-Quand Katia a disparu...
-Elle l'avait emmenée dans les bois.
Elle m'a juré qu'elle n'avait rien subi de plus que les autres.
-Quand Katia a été retrouvée morte, vous vous êtes demandé
si votre fille vous avait tout dit.
-Je suis allé lui parler hier soir, après la disparition de Mathias.
Elle ne m'a pas écouté.
Alors je lui ai dit : "Je vais te dénoncer."
C'est ce que je suis en train de faire, je crois.
Une femme crie.
-Venez !
Venez !
...
-M. Josserand...
...
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