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La guerre continue en Europe.
Hitler a déclaré que tout litige
concernant l'avenir de la Pologne se réglerait
dorénavant entre l'Allemagne et la Russie.
Il a ajouté qu'il considérait la question tchécoslovaque
comme définitivement close.
- Je m'appelle Cavendish.
- Une mademoiselle Cavendish.
- CÇa pourrait être un prénom, Cavendish.
- Euh, une cigarette ?
- Les cigarettes que vous offrez à vos clients
sont-elles meilleures ou pires que celles que vous fumez ?
- Ce sont les mêmes.
- Mon prénom est peut-être vraiment Cavendish.
- Ce serait un très beau prénom.
- Hum.
- Je vous en prie.
- AÀ quel point vos » sont-elles
réellement privées, monsieur Marlowe ?
- Puis-je savoir ce qui vous amène, madame Cavendish ?
- Quel bon détective vous faites.
Je veux que vous retrouviez quelqu'un pour moi.
- Hum-hum.
- Nico Peterson.
C'était mon amant, il a disparu sans dire au revoir.
- Est-ce que je dois comprendre qu'il a disparu
de votre existence ou de la surface de la Terre ?
- CÇa, je l'ignore. C'est à vous de me le dire.
- Ouù était votre mari, madame Cavendish,
lorsque votre amant Nico Peterson a disparu ?
- AÀ bien y réfléchir,
appelez-moi Cavendish tout simplement.
Le » est de trop.
- Est-ce le genre d'homme à disparaître
et à fausser compagnie à une femme telle que vous ?
- Ils n'abandonnent pas si facilement en général.
- Non, j'imagine.
Je parie qu'ils s'accrochent, qu'ils grimpent aux treilles,
qu'ils font des scènes au restaurant,
qu'ils se couchent sous vos roues
et vous promettent la lune.
CÇa va, je connais la chanson.
- Vous êtes-vous déjà couché sous des roues,
monsieur Marlowe ?
- Un verre ? - Avec plaisir.
Bref, il est grand, comme vous.
Plus chétif, en revanche.
Toujours très élégant,
pointilleux sur le choix de ses vêtements.
Que faut-il en déduire à votre avis ?
- M. Peterson est-il homme à tirer profit de son métier
ou se contente-t-il seulement d'affirmer qu'il le pratique ?
- Vous semblez convaincu que j'ai noué une relation
avec une personne inconvenable.
- AÀ moins que ce soit vous qui ne lui conveniez pas.
- Va brûler en enfer, sale petite ordure !
Serait-il exact de dire que M. Peterson fait
un peu figure de marginal dans l'industrie du cinéma ?
- Toutes mes excuses, monsieur. - Ouais. CÇa va.
Ce serait exact, en effet.
Ce serait parfaitement exact.
- Va brûler en enfer, sale petite ordure !
Nous nous retrouvions au Corbata Club.
Vous connaissez ?
- Comment M. Peterson avait-il ses entrées au Corbata Club ?
EÉtait-il votre invité
ou plutôt du genre à être l'invité d'un peu n'importe qui ?
- Mon mari et moi avons, disons, un arrangement.
- Puis-je vous demander si votre mari est homosexuel ?
- Non.
Il est hélas bien loin d'être aussi intéressant.
Il aime le polo, l'alcool, les serveuses et ma fortune.
- » fortune, madame Cavendish ?
- Que voulez-vous dire, monsieur Marlowe ?
- Je vous demande si cet argent vous appartient.
- Mon père était dans le pétrole, il est décédé.
Vous connaissez sûrement ma mère,
mais nous y reviendrons plus tard.
- Est-ce que vous aviez vos rendez-vous
avec M. Peterson à ce club ?
- Je ne le retrouvais pas dans les écuries,
monsieur Marlowe.
- AÀ quelle occasion ne s'est-il pas présenté ?
- Il a manqué un de nos rendez-vous.
Je lui ai téléphoné plusieurs fois.
Aucune réponse.
Je suis donc passée chez lui la semaine suivante.
Le lait continuait à être livré
et les journaux s'empilaient sur le perron.
Avait-il des choses à cacher ?
Qui n'en a pas ?
- D'après vous, qu'est-il arrivé à M. Peterson ?
- Comme je vous le disais, j'ai besoin
qu'on y pose un regard neuf.
Et le vôtre m'a été chaudement recommandé.
Vous découvrirez peut-être ce qui m'échappe.
En fait, mon prénom est Clare, comme le comté.
Vous connaissez le comté ?
- Le comté en Irlande ? Je connais bien, oui.
- Ma mère faisait du cinéma, dans le temps, elle est connue.
Ce n'est pas très bien vu dans la haute bourgeoisie.
Vous êtes un homme perspicace et sensible, monsieur Marlowe.
J'imagine que ça doit parfois vous causer des ennuis.
- Il est pas là, mon vieux.
Quoi ?
Il vous doit de l'argent
ou il a pris du bon temps avec votre femme ?
- C'est une habitude chez lui ?
- Ouais, ça c'est sûr.
Et il a raison d'en profiter.
- C'est pas un mauvais gars.
Enfin, il faut pas trop se fier à lui non plus.
C'est comme tout.
Il a dit qu'il venait de Cleveland.
J'habite par là, juste en face.
Alors, ça lui arrive de passer me voir,
on discute un moment, il me file une cigarette.
- Et euh, il est absent depuis longtemps ?
- Oh, je dirais que ça doit faire
sept semaines environ.
- Vous euh, vous l'avez vu partir ?
- Non, j'ai remarqué qu'il n'était plus là.
- Qu'est-ce qui vous rend si sûr ?
- Ben, je sais qu'il n'est plus là.
Je l'sais parce qu'il n'y a plus de bonnes femmes
qui cognent à sa porte
ou qui balancent des chaussures sur les fenêtres.
Sans me vanter, j'ai eu pas mal de succès étant jeune,
mais je lui arrivais pas à la cheville.
Vous êtes de la police ?
- En quelque sorte.
- Un abruti de privé, ce sera jamais un flic.
Savez quoi, vous êtes pas le premier
à demander des renseignements sur lui.
Deux Mexicains sont venus fouiner
il y a moins d'une semaine.
Ils étaient bien habillés et tout...
Mais un basané reste un basané
même avec un costume et une belle cravate.
- Non, ça pourrait aussi être le roi d'Espagne.
- Le roi d'Espagne se balade sûrement pas
dans une foutue Lincoln fraîchement repeinte au Mexique.
- J'ai trempé dans le trafic de voitures moi aussi,
alors je m'y connais un peu.
Ces deux basanés étaient au volant d'une bagnole volée
qu'ils avaient fait maquiller au Mexique.
- Bon, commençons par le début.
Ton gars est connu de nos services.
- Escroquerie, plusieurs affaires de moeurs,
contraventions impayées,
même ivresse dans une réunion mondaine.
Et à son arrivée ici, prostitution et racolage.
On sait pas s'il a déjà eu un domicile,
son dossier porte la mention ».
- Il a bien un domicile, j'en reviens.
- Ouais, bah avoir un logement,
ça veut pas forcément dire que c'est toi qui le payes.
- Qui payait le loyer alors ?
- Je te parie qu'il réglait ça en liquide
malgré l'absence manifeste de tout moyen de subsistance.
J'espère que la femme qui le recherche a
une belle robe de deuil.
Il a été tué.
Collision suivie d'un délit de fuite,
le 22 octobre devant le Corbata Club.
Tu me dois un bon dîner.
- Liquide ou solide ?
- La victime a été percutée par un véhicule
de marque inconnue roulant sur Bay Canyon Drive
devant le Corbata Club.
Elle présentait de nombreuses blessures
dont une fracture ouverte de la partie droite du crâne.
Une mort des plus laides.
- Je suppose qu'il est inutile de vous demander de m'ouvrir.
- Oui, ça je vous le confirme.
- Hum-hum.
Oh, salut.
- Vous êtes là pour l'offre d'emploi ?
- Non, je cherche plutôt un formulaire d'abonnement.
- Albert !
On a de la mauvaise herbe qui traîne,
faudrait l'arracher.
- Salut.
- Salut, mon vieux.
- Pas étonnant que tu sois aussi impopulaire
auprès de mes collgues.
Tu persistes à échouer en cellule,
à te faire cogner sans arrêt.
Et tu viens de passer à deux doigts
d'être inculpé d'effraction,
d'entrave à la justice, et j'en passe.
Non, mais ce n'est plus de ton âge.
- On se refait pas, qu'est-ce que tu veux ?
- Ta pension de flic commence pas à te manquer ?
Elle devrait.
- Bon, Marlowe, écoute.
Ton gars est mort après avoir pris une cuite là-dedans.
Il empestait le whisky à plein nez
et il avait des marques un peu partout sur les bras.
Sa tête a explosé comme un melon.
Le Corbata Club a pas envie que ça s'ébruite,
c'est pas bon pour son image.
- Le délit de fuite est toujours un crime à ce que je sache.
- Te fous pas de moi, on est à Los Angeles.
Des gars comme Peterson, ça court les rues.
Ils débarquent, ils ratent leurs auditions
et ils font tout pour survivre. - Tu crois que parmi
tous les membres du Corbata Club,
il y a personne qui est au courant ?
- Du propre chef de la police
jusqu'au nouvel Ambassadeur en Angleterre,
ça m'étonnerait qu'à l'heure du thé et des petits fours,
personne n'ait mentionné qu'une crapule
se soit fait aplatir juste devant l'entrée.
- Est-ce qu'ils t'ont demandé d'enterrer l'affaire ?
- Personne a eu à le demander.
- Je peux au moins voir le dossier ?
- Ouais. Bah pour nous, il est clos.
Qu'est-ce que tu lui veux à ce gars ?
- Une femme tenait à le retrouver.
- Hum. Bah t'auras qu'à lui dire d'aller au cimetière.
- Et après, va t'enterrer en Angleterre
à la cour du foutu Palais Saint James !
Tu n'es pas le seul
à vouloir mettre un terme à cette histoire.
- Rappelle-toi une bonne chose.
- Oh, quoi encore ? Par pitié, chéri !
- C'est moi qui ai payé ce cheval.
- Et c'est moi qui le garderai, comme le reste.
- Je garde tout.
- Vous pouvez vous occuper de la mienne après ?
- C'est vous, le nouveau mécanicien ?
Pourquoi pas, ça paye bien ?
- Vous vous appelez ?
- Marlowe.
-
et je ne suis pas hors de l'Enfer >».
- Le seul bon vers qu'il ait écrit.
- Vous lui préférez Shakespeare.
- Lui aussi, je crois.
- Peut-être que je suis sorti de l'enfer.
Définitivement.
- Vous m'avez surprise, Marlowe.
- Toutes mes excuses,
je surprends pas mal de gens aujourd'hui.
- Qui d'autre avez-vous surpris ?
- Un type en costume très chic devant l'entrée
qui a cité du Marlowe. - Ah !
EÊtes-vous quelqu'un qu'on cite, monsieur Marlowe ?
- Christopher Marlowe.
- Ah, il a joué dans
du Docteur Faust >» à Harvard.
Il ne perd jamais l'occasion de le rappeler.
- Il ?
- Hum ! Joseph O'Reilly, homme d'affaires,
conseiller financier de ma mère
et bientôt promu Ambassadeur en Angleterre.
CÇa non plus, il ne perd jamais l'occasion de le rappeler.
- Il jouait quel personnage à l'époque,
un des sept péchés capitaux ?
Prenez une chaise.
Un thé glacé ?
Buvez dans mon verre, si vous voulez.
- Non, merci.
- Vous pouvez avoir tout ce que vous désirez.
C'est un peu le royaume des Mille et une Nuits, ici.
- Clare !
Clare !
Nom de Dieu, qui est-ce ?
- Pardon, je me présente, Philip Marlowe.
- Salut, Marlowe.
Cavendish.
- Monsieur Marlowe m'appelle Cavendish, Richard.
CÇa me plaît beaucoup.
- C'est ton nom, ma chérie.
- Comme prénom, je voulais dire.
- Ravi de te servir au moins à ça, trésor.
As-tu pensé à offrir boire à ton très imposant ami
ici présent, mon ange ?
- Tout à fait. Et j'ai refusé. Merci beaucoup.
- Alors, monsieur Marlowe,
peut-on savoir dans quelle branche vous êtes ?
- Monsieur Marlowe détecte des choses.
- Ah, et qu'avez-vous détecté ici, Marlowe ?
- Mon collier, je l'avais perdu,
et il l'a retrouvé tout de suite.
- EÉvidemment.
Je me demande bien ouù.
- En fait, il m'a suffi
de retracer les pas de votre femme.
- Marlowe. - Oui, monsieur Cavendish.
- Allez vous faire foutre.
- Ravi de vous avoir rencontré moi aussi, monsieur Cavendish.
- Il ne m'a pas crue. C'est étrange.
Il imagine sans doute quelque chose de plus entre nous,
probablement quelque chose...
de sexuel.
- Bon, dites-m'en plus sur vous et ce M. Peterson,
mais en toute franchise, par contre.
Pas d'histoires.
a première fois que je l'ai vu,
c'était au Corbata Club.
Je l'ai trouvé séduisant.
On a fait l'amour.
Et puis je l'ai à nouveau croisé
quelques semaines plus tard.
Pas une assignation, juste le hasard.
AÀ Tijuana.
Dans mon bar préféré La Quinteria.
J'étais là avec mon mari.
On assistait à la procession du Dia de los Muertos.
Qu'est-ce qu'il magouillait au Mexique ?
Je ne sais pas.
Nico a plus d'une corde à son arc.
Il n'est plus de ce monde.
Nico Peterson est mort.
- C'est ce qu'il veut faire croire.
- Il fait plutôt bien semblant.
- Oh, je sais. On raconte qu'il est mort et enterré.
Il se serait fait renverser devant le Corbata Club,
si on se fie aux apparences.
Et tout le monde en a l'air convaincu.
Malheureusement, l'ennui, avec cette théorie,
c'est que je l'ai vu l'autre jour,
comme je vous vois.
N'allez pas me dire le contraire.
Je l'ai vu dans la rue parfaitement vivant.
- Bon, je crois que nous en avons fini,
madame Cavendish.
- Non.
Je voulais que vous partiez du début, c'est tout.
CÇa fonctionne comme ça, non ?
On commence par le commencement.
- Ouù est-ce que vous l'avez aperçu ?
- Toujours à Tijuana.
Ma mère tenait absolument à ce que j'aille voir
des chevaux aztèques en vue d'un futur achat.
J'y suis allée, je fais ce qu'elle me dit de faire.
J'étais attablée à la Quinteri, comme d'habitude,
à siroter un de leurs délicieux mojitos
quand j'ai vu Nico passer en voiture.
Il se présentait comme un grand collectionneur.
Mais il achetait surtout de la camelote,
des fausses antiquités.
Je suppose qu'il s'en servait d'accessoires
pour les films.
Des statues religieuses,
des créatures féériques.
Il y a un homme à Baja qui croit
que Nico est vraiment producteur de films.
Et il s'est fait plumer.
Quoi ? Que se passe-t-il ?
- Vous m'avez menti, madame Cavendish.
Et je suis resté là vous regarder mentir à votre mari.
Trouvez quelqu'un d'autre.
- Bonjour, monsieur ?
- Marlowe.
- Oh, bien sûr, je le savais.
Richard a passé un coup de fil quand vous êtes arrivé.
Voilà ce que c'est la fameuse solidarité entre hommes !
- C'est-à-dire ?
- Tous ces messieurs se serrent les coudes.
- Et qu'a-t-il découvert, madame euh...
- Dorothy Quincannon.
Ne faites pas comme si vous l'ignoriez,
je vous en conjure.
Alors voyons, la guerre vous a beaucoup meurtri.
Dans les années 1920, votre penchant pour la boisson
vous a coûté un bon poste dans l'industrie du pétrole.
- Ah oui ? - Vous avez ensuite été engagé
comme enquêteur au bureau du procureur de Los Angeles,
mais ça n'a pas duré non plus, je me trompe, monsieur Marlowe ?
Mon gendre a appris tout cela en seulement cinq minutes.
Vous n'êtes pas le seul
à pouvoir mener une petite enquête.
Vous ne cherchiez pas exactement des perles, n'est-ce pas ?
- Non, je les jette habituellement aux pourceaux,
c'est une de mes manies.
- Dites-moi, monsieur Marlowe, que veut ma fille, en fait ?
Un divorce ?
Elle pourrait avoir mon approbation.
- Vous m'excuserez, mais je ne parle affaires
qu'avec mes employeurs alors, si vous permettez.
- Slán. - Slán.
Excusez-moi ?
Salut, Fergus. - Salut, Marlowe.
- Ah, le voilà. Pas trop tôt.
- Rien sur le chauffard
qui a écrasé Peterson ce soir-là ?
- On a suivi une ou deux pistes.
- Jusqu'ouù ?
- Marlowe. Si quelqu'un voulait donner un coup de pied
dans une fourmilière pleine de riches soûlards influents
qui s'imaginent avoir le droit de prendre la fuite
après avoir renversé un autre ivrogne,
il foncerait au Corbata Club.
On n'a pas eu le moindre témoin et donc pas de suspect non plus.
Le samedi soir, ils entrent et sortent du club
comme des rats par le trou d'une poubelle.
Il y a une bonne centaine de voitures sur place
qui auraient pu l'écraser
et on se ferait taper sur les doigts
si on essayait d'arrêter un seul de leurs conducteurs.
Bienvenue dans la réalité.
Je dois te faire un tableau ou quoi ?
Tu vois, parfois la justice est aveugle,
parfois la justice s'en contrefout
et elle a peut-être pas tort.
C'est qui la mystérieuse poulette
pour qui tu travailles ? Sa soeur ?
- Tu peux me parler de sa soeur ?
- Bah, peut-être qu'elle l'a identifié,
peut-être que non.
On s'en fout pas mal de sa soeur.
J'en ai déjà une de soeur,
la sienne tu peux te la foutre au cul.
- Je travaille pour une personne
qui prétend que Nico Peterson est toujours en vie.
- CÇa sent les complications, ça.
Je suis pas un gars compliqué, moi.
- Ma cliente affirme l'avoir vu.
Ce qui en fait une affaire de meurtre, mon vieux.
- Ouais, j'en ai déjà bien assez, merci.
- Voilà ton dossier.
Mon employeuse dit qu'il n'est pas mort,
que c'est pas lui l'homme qui s'est fait percuter
devant le Corbata Club.
Au risque de me répéter...
- C'est une affaire de meurtre, ouais.
Du moins, en théorie.
C'est possible.
- Quel est le problème, messieurs ?
L'argent ou les femmes ?
- Les deux, avec en plus une soif de loup.
- Il est comme tout le monde, Pat,
mais il comprend moins vite que les autres.
- Qu'est-ce que je vous sers ? - Un whisky.
- Comme d'habitude.
Tu en es ouù ces temps-ci, Patrick,
est-ce que t'es marié ou heureux ?
- Bah au moins, ma lessive est faite.
- Pat a eu un mal fou à trouver des caleçons propres
après le décs de sa mère.
- Va chier, Joe.
- Je peux pas, je suis constipé ces temps-ci.
Au fait, t'aurais pas des pruneaux,
ça pourrait peut-être m'aider.
- Si Peterson est vivant, t'as un homicide.
- Tu vas le dire encore longtemps ?
- On voudrait surtout pas
que la brigade des homicides s'occupe d'un homicide.
- Parce que tu crois que c'est un meurtre, hein ?
- Je suis allé au cimetière.
Et tu sais quoi ?
- On l'a incinéré.
- Bien joué. - Ouais.
On a pas retrouvé une seule dent.
Il aurait dû y en avoir partout.
T'as déjà écrasé un chat ou un rat ?
Il n'y a plus de dents.
- Si Peterson est vivant, alors qui est mort ?
- EÉcoute, Marlowe, je sais que tu adores jouer
les chevaliers sans peur et sans reproche
et que tu mènes une vie de moine,
t'as aucun vice connu qui pourrait servir
à te faire chanter,
t'es prêt à te faire frapper et enfermer par pur entêtement,
et ton histoire ferait un bon roman
si elle était vraie.
Mais le macchabée qu'on a retrouvé devant le club
avait le portefeuille de Peterson,
pour ton information.
En plus il a été identifié sur les lieux
par des gens au-dessus de tout soupçon.
- Par qui ?
- Par le gérant du club, Floyd Hanson,
et par le coroner du comté de Los Angeles,
qui est membre lui aussi.
Alors, cette affaire n'est plus du ressort de mon comté.
- Ouù passe la frontière du comté ?
- Bay Canyon Drive.
- Le long de cette route-là ?
- Oh, Seigneur.
- Passe ce coup de fil.
Et moi, je vais me charger de l'affaire.
- Monsieur Hanson trouve ça peu conventionnel,
monsieur Marlowe,
mais il va vous recevoir.
Vous allez pouvoir suivre les panneaux
jusqu'à la réception. - Oh, merci.
- Floyd Hanson, gérant du club.
Que puis-je faire pour vous, monsieur Marlowe ?
Pas besoin d'éteindre le moteur.
Le portier prétend que vous êtes détective privé.
Est-ce exact ?
- Ouais, j'ai aussi travaillé pour le procureur.
- Oui, on me l'a dit.
- On m'a dit qu'on vous l'avait dit.
Je viens au sujet d'un accident qui a eu lieu ici.
- Un accident grave ? - Nico Peterson.
- CÇa n'a pas eu lieu sur le domaine,
mais plutôt sur la voie publique.
- Oh, je fais parfaitement la distinction,
mais il arrive que des gens soient déplacés
hors de la propriété alors qu'une partie
de leur corps se trouvait dessus.
Il y a eu une affaire intéressante à Cincinnati.
- Ah oui, laquelle ?
- Un homme a été battu à mort,
on l'a traîné ensuite sur la route
et sa tête a été écrasée sous le pneu d'une voiture,
pour masquer la vraie cause du décès,
et sortir le cadavre de la propriété.
- M. Peterson est mort sur la route
et la route n'est pas sur la propriété.
- J'en ai bien conscience.
Est-ce que Peterson était membre du club ?
- Non, M. Peterson n'est pas membre, non.
- Parce que vous êtes un club très privé, j'imagine.
- Oui, en effet, mais ouù voulez-vous en venir ?
- Que ferait-on sans le Mexique ? - Le Mexique, c'est l'avenir,
nous avons un autre Club à Baja en Californie.
- On dirait plutôt le passé.
- Il faut les tirer vers le haut.
- Le Mexique ou bien ses habitants ?
- Venez-en aux faits, monsieur Marlowe.
- CÇa a dû être un choc pour vous,
de voir M. Peterson sur la route, comme ça.
- J'étais à Château-Thierry, cher ami.
Au bois Belleau.
J'ai vu bon nombre d'hommes en pire état
que M. Peterson quand on l'a découvert.
Une fois, après une frappe d'artillerie,
j'ai trouvé la dent d'un camarade
dans mon verre de whisky.
- J'ai bu le whisky.
- C'est terrible de faire ça.
- Il était mort et il me fallait un whisky.
On a le même âge.
Peut-être que vous y étiez.
Peut-être que vous avez vécu ça
et que vous savez ce que c'est.
- Royal Irish Rifles. Dans la Somme.
- Le restant de nos jours, ces morts nous hanteront.
Allons faire un tour, monsieur Marlowe.
Nous sommes en vie au contraire de tant d'autres,
et on a une matinée splendide.
- Vous avez fait de l'iniquité
un commerce plutôt florissant.
- C'est un Club très privé, c'est vrai.
Les riches aiment jouer.
Les terrains de polo se trouvent juste derrière.
- Donc, le soir ouù il a été tué,
de qui M. Peterson était-il l'invité ?
- Qui est votre employeur, monsieur Marlowe ?
- Nous sommes dans l'impasse, monsieur Hanson.
Qui est le vôtre ?
- Je ne sais pas quoi vous dire.
Les policiers ont fait une enquête minutieuse.
D'ailleurs, ne le sont-ils pas toujours, minutieux ?
- AÀ moins qu'ils soient très mauvais,
je blâme rarement les policiers.
L'ennui, en temps normal,
c'est qu'ils ont peur de quelqu'un.
- Et en l'occurrence,
de qui la police pourrait-elle avoir peur ?
- Eh bien, si l'auteur du délit de fuite
se révélait être une personne influente
ou quelqu'un de fortuné,
un policier pourrait avoir peur du Club en général.
Après tout, Dieu sait que c'est mon cas.
- Que faut-il pour que vous n'ayez plus peur ?
Que puis-je faire pour vous ?
- EÉcoutez, monsieur Hanson,
j'ai encore de nombreuses questions.
- Alors, posez-les vos maudites questions.
Il y a eu un délit de fuite.
Vu le lieu, c'est sûrement un de nos membres
qui n'a peut-être mme pas conscience
d'avoir heurté quoi que ce soit.
Depuis la naissance de ce pays, tout le monde est ivre mort.
Je crois n'avoir jamais croisé un seul conducteur sobre.
Vous prendrez bien un thé ?
- On joue de l'argent, ici, monsieur Hanson ?
- Vous êtes en terrain très dangereux.
Il y a des parties de poker.
- Des dettes qui s'accumulent.
- On a des tables de jeu, des salons privés.
- Des chambres ?
- De quoi accommoder nos hôtes.
- C'est le repaire des directeurs de studios
et des producteurs ?
- Pourquoi devrais-je vous répondre ?
- Parce que vous ne savez pas qui m'emploie.
- Eh bien, dites-moi ce qui vous intrigue tant
et nous pourrons mettre un terme à cet entretien.
- Il y a une mince possibilité
que l'homme retrouvé mort ne soit pas Nico Peterson.
- Pourtant sa soeur a vu le corps
le lendemain matin à la morgue et n'a exprimé aucun doute.
- Ouù pourrais-je trouver sa soeur ?
- Demandez à la police.
Pourquoi évoquer la possibilité que Peterson soit en vie,
bien que je l'ai clairement vu mort ?
- Quelqu'un pourrait l'avoir aperçu dans la rue
il y a peu de temps.
- Et ouù aurait eu lieu cette apparition ?
- Je suis tenu au secret.
- Au revoir, monsieur Marlowe.
Navré que cette discussion se soit révélée
aussi inintéressante finalement.
Euh, mais j'admire cette façon que vous avez
de ne pas avoir peur, alors que vous devriez.
- Je trouverai la sortie tout seul.
- Eh bien, ça alors !
Vous n'êtes pas un habitué.
- Oui, eh bien, pas encore du moins.
- Ils veulent que leur club reste très privé.
- Oui, apparemment.
- Retrouvez-moi au Cabana, à Venice Beach.
- Pardon ?
- Retrouvez-moi au Cabana à Venice Beach.
Demandez Lynn, Lynn Peterson.
- Vous êtes la soeur de Nico.
- S'il vous plaît, monsieur.
- Messieurs.
- Lynn avec deux N ou peut-être un E, je ne sais pas.
- Avec un X si elle travaille ici.
- Tenez.
- Elle vous donnera un peignoir.
Et surtout pas de coups tordus, c'est clair ?
- Je ferai de mon mieux.
- Merci.
- De rien.
- Ah, le voilà enfin !
- M. Hanson est sincèrement désolé,
Lynn Peterson a été retenue.
- Oh, je suis navré de l'entendre.
Lynn, est-ce que ça s'écrit avec un X ?
Oh et puis merde.
Je suis vraiment trop vieux pour ça.
- Vous avez de mauvaises fréquentations ?
- Plus souvent qu'à mon tour.
- Eh bien, tâchez de vous tenir tranquille,
parce que vous avez rendez-vous avec Dorothy Quincannon
à l'hôtel des Jardins d'Allah dans 20 minutes.
AÀ 15 h tapantes.
Dorothy Quincannon.
- Vous êtes venue pour les vedettes, Hilda ?
- Non, idiot, pour en devenir une moi-même.
- Ah.
- On commence toujours par faire bouillir l'eau.
Vous avez fait bouillir l'eau ?
- Oui, madame.
- Ensuite on ébouillante la théière,
il faut bien l'ébouillanter. - D'accord.
- On met une cuillère à café de thé par tasse,
plus une pour la théière
et puis on laisse infuser le tout pendant trois minutes.
Comme pour faire des oeufs mollets, c'est facile.
Trois minutes, et pas une de plus.
Et c'est seulement là qu'il est prêt.
Vous allez y arriver ? - Euh oui, madame.
- Quand on fait du thé, on fait du thé.
Quand on fait de l'eau chaude, on fait de l'eau chaude.
De l'eau chaude.
- Je ne suis pas sûr qu'il ait saisi.
- Moi non plus.
- Vous avez volé cette phrase à Joyce, madame.
- Oh ! Et j'imagine qu'il l'a lui-même volée
à quelqu'un d'autre, ce sale bonhomme,
vu qu'il n'a jamais travaillé de sa vie.
- Enfin, à part sur ses livres.
- Cet affreux petit syphilitique a su berner un Américain.
Et parfois j'avoue qu'il n'en faut pas plus.
- C'est ce que vous avez fait ?
- J'ai berné un grand nombre d'Américains, en effet.
Y compris en incarnant
des princesses paiïennes à l'écran,
Elizabeth d'Angleterre,
des veuves ruinées ou des paysannes en haillons
dont le regard de braise vous brûlait le coeur.
Ce n'est pas difficile, il suffit d'avoir
des traits réguliers et de savoir plus ou moins lire.
- Oh, j'ai beaucoup de mal à le croire.
- J'ai parlé à ma fille.
AÀ ma grande surprise,
elle ne cherche pas du tout à obtenir le divorce.
- Elle aime donc son mari.
- Non.
Mais l'arrangement lui convient.
- L'alcool, les serveuses et sa fortune.
- Ma fortune.
Elle s'est adressée à vous pour mettre la main
sur un autre pourceau, n'est-ce pas ?
Nico Peterson, qui ne tient pas à ce qu'on le retrouve.
- C'est elle qui vous a appris tout ça, n'est-ce pas ?
- Ah !
J'espère que ce thé est assez fort
pour réveiller une marmotte.
Parfait, merci beaucoup.
AÀ présent, laissez-nous. C'est moi qui vais servir.
- Merci, madame.
- J'ai moi aussi eu le plaisir
de passer du temps avec M. Peterson
qui est venu me proposer certains investissements.
- Dans le domaine hippique, je suppose.
- Oh, peu importe.
Je n'étais pas du tout intéressée.
Mais ma chère fille doit systématiquement avoir
ce qu'elle me soupçonne d'avoir.
- Et vous » M. Peterson ?
- Simple soupçon de sa part, monsieur Marlowe.
- OÔ combien compréhensible !
- Je suis sûre que ma fille vous rémunère généreusement.
- Je ne discute affaires qu'avec mes clients, je suis désolé.
- Vous êtes bien naiïf, toute affaire
concernant ma fille est forcément la mienne.
Si elle s'imagine une seule seconde que je vous veux,
elle fera tout pour vous avoir.
Hum ?
Mais elle vous a peut-être déjà.
- Je vous le répète, je ne suis pas habilité
à discuter du contrat qui me lie à votre fille.
- Vous êtes un homme fier et têtu, monsieur Marlowe.
- Je suis quelqu'un d'une banalité absolue
qui essaie juste de gagner sa vie et d'éviter la prison.
- Le père de Clare s'est jeté en voiture
du haut d'une falaise à la Jolla
avant même qu'elle vienne au monde.
Il était dans le pétrole.
L'argent coulait à flots,
mais il a lutté toute sa vie contre des pensées noires.
C'est de loin la chose qui m'effraie le plus,
monsieur Marlowe.
La dépression chronique, c'est un trait de famille.
- Vous pensez qu'elle est instable ?
- Oh, j'en suis certaine.
Alors méfiez-vous, monsieur Marlowe.
Elle a toujours eu ce besoin viscéral
de trouver un père de remplacement.
Vous voyez, j'ai prétendu que c'était ma nièce
durant toutes ces années.
Mon entourage trouvait qu'un enfant
m'aurait collé une image de femme âgée.
- Votre entourage ?
- Vous avez croisé le nouvel ambassadeur en Angleterre ?
- M. O'Reilly.
- Peut-être qu'il m'a très mal conseillée,
mais le fait est que j'ai dû l'écouter
durant toutes ces années.
Il a même acheté un studio de cinéma
soi-disant pour promouvoir ma carrière,
mais Dieu sait que ça a été bénéfique pour ses finances.
Donc ma fille s'est fait passer pour ma nièce,
jusqu'à ce que j'accepte enfin de me rendre à l'évidence.
- L'évidence ?
- J'avais tout simplement fait mon temps.
J'étais devenue trop vieille pour le cinéma.
Plus de petite paysanne en haillons,
plus de princesses de pacotille.
Je suis beaucoup plus riche que la reine de Saba.
Et j'ai beau être une actrice déchue
qui nage véritablement dans le bonheur.
- Vous voulez sans doute dire une légende du grand écran.
- Le secret à Hollywood, monsieur Marlowe,
c'est de savoir quand son temps est révolu.
Empochez l'argent et disparaissez,
ou bien restez si ça vous fait plaisir.
Mais quoi qu'il en soit, prenez l'argent.
J'avais déjà lancé un autre enquêteur
sur les traces de M. Peterson.
Un privé, un Irlandais comme vous et moi, vous imaginez ?
- Vous a-t-il appris quelque chose ?
- Qu'en plus d'être accessoiriste
pour les studios Pacific Pictures,
Nico travaillait aussi comme imprésario
pour le compte d'une dénommée Amanda Toxteth.
Comme vous le voyez, monsieur Marlowe,
ma fille est loin d'être la seule et unique femme
à écarter les cuisses pour cet homme.
Alors, si vous retrouvez M. Peterson, appelez-moi avant...
- Ouù puis-je trouver cette Mlle Toxteth ?
- Pff ! Allez savoir.
Sur le plateau d'un épouvantable film de série B, je suppose.
- Madame. - Une minute.
Comment osez-vous ?
- Il doit y avoir une erreur.
Votre fille m'a déjà payé.
- Coupez ! Coupez ! Coupez !
Il faut qu'on voie le visage !
Le visage, faut qu'on voie son visage !
Aman... Amanda !
La caméra est là, faut que tu la regardes.
La voiture tourne, toi tu regardes la caméra.
Compris ? Merci beaucoup.
Allez, on va dîner !
- On s'était dit que j'avais le droit d'enlever ça !
- Oui, oui ! Après la pause.
- Vous savez, les peintures de guerre ne m'avantagent pas.
- Merci d'avoir accepté de me voir,
mademoiselle Toxteth.
- Appelez-moi Mandy. Vous êtes détective ?
- Je suis beaucoup moins féroce que j'en ai l'air.
- CÇa doit être très excitant de jouer les détectives.
- Tellement que c'en est même gênant parfois.
- Oh, ne vous gênez surtout pas pour moi, je vous en prie.
- Nico Peterson était votre imprésario, exact ?
- Eh bien, il m'a obtenu un petit rôle.
Les Cavaliers de l'Aube Rouge.
Vous l'avez vu ?
- Hum. Pas encore, non.
- Oh. Il n'est plus en salle.
Joel McCrea devait participer,
mais je sais pas ce qui s'est passé.
Je joue la femme d'un fermier.
Je fais les yeux doux à un Indien
et l'Indien se fait lyncher.
- J'irai le voir quand il reprendra l'affiche.
Votre carrière est sur une belle lancée,
mademoiselle Toxteth.
- Vous êtes gentil.
En fait, ma mère trouve
que je devrais coucher avec plus de producteurs.
Qu'en dites-vous ?
- J'en disque votre mère se trompe lourdement.
Est-ce que vous pourriez
me parler un peu de Nico Peterson ?
- Vous voulez un rapport vraiment détaillé ?
- Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?
- Une semaine avant sa mort, je crois.
Il essayait de revenir dans mes bonnes grâces.
- C'était un coureur de jupons, à ce qu'on raconte.
- C'est un peu plus complexe que ça.
Ce que Nico aimait, c'était la conquête, pas les femmes.
Il les touchait à peine une fois qu'elles lui cédaient.
Il n'est pas le seul comme ça.
- Il y a des filles qui disent
que les hommes beaux sont froids.
C'est normalement ce qu'elles font croire
aux hommes laids pour les réconforter,
mais Nico était froid, oui.
Il avait des tas de petites amies,
mais il n'avait aucune amie parmi elles.
- Est-ce que vous savez quelles autres femmes
il fréquentait ?
- Il paraît que Clare Quincannon était tombée amoureuse de lui.
La blonde qui a une mère absolument monstrueuse.
Et quand on pense à la mère,
sous l'emprise de l'ambassadeur.
Il a même acheté ces studios pour la faire travailler.
C'est ni plus ni moins que de l'esclavage.
- Est-ce que Nico se rendait souvent en voyage au Mexique
pour un genre de commerce quelconque ?
- Y a qu'un seul commerce avec le Mexique.
Ne vous faites pas plus bête que vous ne l'êtes.
Quand il avait de l'argent,
il n'y avait probablement que deux seules raisons
qui pouvaient pousser les gens à le chercher :
se faire payer ou trouver une dose.
- Qu'est-ce qu'il conduisait, monsieur ?
- Qui ? - Nico Peterson.
- Aucune idée,
mais il ne se garera plus ici, c'est sûr.
- Encore vous ? - N'ayez pas peur,
je suis un ami de Nico, Philip Marlowe.
- Vous êtes beaucoup trop insistant.
- J'essaie de retrouver Nico.
- Il est mort. - Une minute !
En êtes-vous vraiment sûre ?
On m'a engagé pour enquêter
sur la disparition de votre frère.
- Nico n'a pas disparu, il est dans une urne en marbre
qu'il a fallu que je paye moi-même.
Vous l'avez vue, non ? Vous étiez au columbarium.
- Et si je vous disais qu'il est peut-être toujours en vie ?
- J'ai jamais cru aux contes de fées, monsieur.
J'ai vu son cadavre sur la civière à la morgue.
- C'était pas devant le club, sur la route alors ?
- J'ai fait ce qu'il fallait, c'est tout.
- CÇa n'a pas dû être facile de le voir comme ça.
- CÇa m'a pas amusée.
- Et qu'est-ce que Floyd a contre vous ?
- C'est pour ça que je voulais vous parler,
et si vous avez peur de lui ou d'autre chose,
il faut me le dire.
- J'ai peur d'absolument rien.
Y a quoi dans ce bouquin ?
- Des mots.
- Pas de drogue ?
- Des mots, rien d'autre. C'est un livre sur les mots.
- Il était doué avec les mots, Nico.
- Vous dites que vous avez vu son corps ?
- Oui.
Puis le flic a essayé de me tripoter dans le couloir.
Il a probablement une fille de mon âge.
C'est fou, non ?
Quoi qu'on fasse, y a toujours,
toujours quelqu'un pour nous tripoter.
De toute façon, j'emmerde Floyd,
j'emmerde les flics et vous aussi !
- Hé, chut, chut, chut ! - Elle, je la connais !
C'est la soeur de l'autre abruti de Nico,
mais tu es qui, toi ?
Tu es sacrément grand.
- J'envisage de louer cette maison.
- Donde esta Serena ?
- C'est qui Serena ?
- Tu connais mon frère, il l'a probablement plaquée.
Ouù est Serena ?
- Qui est Serena ? - Non, mon frère est mort !
- Qui est Serena ?
- Conduis-nous jusqu'à elle
sinon on lui fait la peau.
- Hé !
- Por favor. - No, no, no. No vaya.
- Pitié.
- Tiens, tiens, tiens !
Regardez qui voilà.
Le patron veut vous dire deux mots.
- Et comment vous vous appelez, mon grand ?
- Cedric, mon grand.
- C'est qui votre patron ?
- Oh, lui c'est un vrai gringalet.
Lou Hendricks.
- Voyez-vous ça...
- Debout.
- L'illustre Lou Hendricks.
- Merveilleux, Cedric, plus besoin de présentations.
- Je suis désormais un terme générique,
une marque commerciale déposée.
- Vous êtes un criminel.
- Un homme d'affaires
et un grand philanthrope, mon cher.
- Si vous êtes d'humeur généreuse,
je partirais bien en vacances loin de tout ça.
- Je peux me montrer très généreux, monsieur Marlowe,
mais hélas, ce sera plutôt transactionnel,
pas de la philanthropie.
- Vous aviez deux mots à me dire, il paraît ?
En rhétorique, on appelle ça un bel euphémisme.
De quel coin êtes-vous, monsieur Marlowe ?
- Je suis né en Irlande, mais ça, vous le savez.
- Non, je parle de votre lieu de vie,
votre adresse de tous les jours.
- 26 Boulevard Maple.
- Conduisons M. Marlowe
à son adresse de tous les jours, Cedric.
Les Figures de Style de William Strunk Junior.
placé en début de phrase déclarative
se réfère obligatoirement au sujet grammatical.
Pressant le pas le long de la route du village,
il vit une jeune mère
accompagnée de ses deux enfants >».
S'il vous prenait l'idée de vous enfuir,
il veillerait à vous corriger
comme une vulgaire faute de grammaire.
Voulez-vous éponger ça ?
Cedric, ton chiffon.
- Vous parlez de ma pochette de costume, monsieur Hendricks ?
- Cedric, il y a des jours ouù je regrette
de t'avoir sorti du caniveau.
Donne-moi ça, imbécile.
- Merci.
- J'ai cru entendre, monsieur Marlowe,
et de la bouche de personnes différentes,
que vous recherchiez quelqu'un de très précis.
- On cherche tous quelqu'un, n'est-ce pas ?
- Oh, c'est vraiment triste.
Savez-vous qui je cherche, moi ?
- Laissez-moi deviner,
deux Mexicains sur les traces d'une demoiselle appelée Serena.
- Serena ! Une femme d'une grande beauté,
une déesse aux formes les plus voluptueuses,
vue pour la dernière fois dans les bras
d'un certain Nico Peterson,
ce nom a-t-il une résonance particulière ?
- Un vague écho.
- Je veux qu'il évoque plus qu'un écho,
je veux qu'il résonne à vos oreilles
comme une volée de cloches
dans une basilique le jour de Pâques !
Ding et dong, ding !
Pas un simple écho, monsieur Marlowe.
- La soeur de Nico Peterson, qui la cherchait ?
- Deux basanés, à ce qu'on dit.
Venus tout droit d'un pays aux cieux plus cléments,
terre de la banane et de la tarentule,
deux moricauds qui étaient avant tout,
et c'est loin d'être anodin,
à la recherche de son frère.
J'aimerais vraiment beaucoup pouvoir glisser un mot ou deux
à notre ami Nico si vous le retrouvez
et je vous paierai.
- Dites-moi dans quelle magouille trempait Nico
et pourquoi il veut faire croire qu'il est mort.
- Nico, les derniers temps,
s'était mis à peu près tout le monde à dos, je crois.
Mais je peux vous dire
qu'il partait souvent en mission pour moi,
de l'autre côté de la frontière,
au pays du sombrero, du poncho et des mules.
Il parlait espagnol, il savait jouer de ses atouts,
de son charme latin ombrageux, il m'était utile au Mexique.
- Ce sont des bananes ou des tarentules
que vous importez, monsieur Hendricks ?
- Des tarentules.
Dans mes veines grouillent
des milliers de petites tarentules.
- Et moi qui ai toujours eu peur des araignées.
- Nico travaillait pour moi.
Il me rapportait des marchandises introuvables
dans ce pays ouù les lois sont tellement sévères.
Le jour de sa prétendue mort, d'ailleurs,
il avait en sa possession
un lot de marchandises très importantes.
- Et quel genre de marchandises exactement ?
- Il y avait les marchandises classiques,
mais aussi une deuxième marchandise
en rapport direct avec les premières.
- Vous devriez aller faire un tour au Corbata Club.
- Il a peut-être caché tout ça là-bas.
- Monsieur Marlowe, ma venue ferait jaser.
- Lorsque je vais au club, j'entre par derrière.
N'y voyez surtout pas de sous-entendus.
- Loin de moi cette idée.
- J'ai toujours graissé le Corbata.
Sous mon costume taillé sur mesure,
il n'y a que de la graisse pour huiler les bons rouages.
- Peterson a dû avoir un coup de main,
il avait besoin de trouver un corps.
- C'est une conspiration, j'en mets ma tête à couper.
Je suis persuadé que Nico n'est pas allé au cimetière
armé d'une pelle et d'une lampe
déterrer un cadavre à mettre dans son costume,
vous ne croyez pas ?
- Le club mouille aussi dans cette conspiration.
Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils ont à y gagner ?
- Demandez à votre cliente.
Je crois que vous continuerez à chercher Peterson
avec ou sans cliente,
parce que vous êtes cette sorte d'homme.
Mais je vous paierai 1 000 dollars
si vous le trouvez pour moi.
- Non.
Cedric, prenez la prochaine à droite.
Et déposez-moi.
- Vous devriez revenir sur votre décision,
monsieur Marlowe.
- Arrêtez-moi n'importe ouù, Cedric.
- Le 26 Boulevard Maple.
Je ne suis pas aussi perspicace qu'on le croit.
- Vous voulez m'accompagner à l'intérieur ?
- Ils vous ont rendu votre insigne ?
- Non, je passe seulement pour signaler un enlèvement.
- Si vous le trouvez, on m'avertira tout de suite
et je viendrai le chercher.
Et lorsque ça se produira,
n'essayez pas de vous interposer.
- Merci, Cedric.
- T'es en train de me dire que deux chicanos
sont sortis de nulle part et ont enlevé cette femme ?
- Oui, t'as bien compris. J'ajoute que cette demoiselle
qui vend son corps au Corbata Club
a identifié le cadavre de son frère
alors que ce n'était pas Nico Peterson.
Il y a certaines choses que je préfère pas entendre.
- Ces types lui ont demandé ouù se trouvait une autre femme,
une certaine Serena.
- OK, je veux pas en savoir plus.
- Sa soeur a été kidnappée.
Si tu mets pas ça dans le système,
je ferai moi-même un rapport. Une annonce officielle.
Je dirai partout que Peterson n'était pas Peterson.
La presse locale va en faire un feuilleton.
Je n'arrive jamais à me souvenir
quel journal déteste le plus le maire.
- Tout se passera bien si tu n'essaies pas
de me manipuler, d'accord ?
Voilà ce qu'on va faire, tu vas foutre le camp,
je vais recevoir un appel anonyme
d'un citoyen qui l'a vue se faire enlever.
Et toi tu fais pas l'idiot ou ce témoin dira
qu'il t'a vu sur les lieux de l'enlèvement.
La vérité c'est ce que je tape dans mon rapport.
- D'accord. - Et je donnerai à ton copain Bernie Ohls
les rapports confidentiels. Shérifs, détectives...
je vais lancer tout le monde à la recherche de cette fille
et ils le feront à fond. CÇa t'ira comme ça ?
- Ils ont pris mon 38.
- Ouais.
Le voilà ton 38.
Si jamais quelqu'un se fait tuer avec ton 38,
t'auras toujours un 38.
Si un jour on doit enregistrer les numéros de série,
on sera dans la merde.
- Marlowe !
- Inspecteur Bernie Ohls.
- Attends dans la voiture, Arthur.
Sers-nous un verre, Marlowe.
- Un scotch avec des glaçons.
Les recherches ont commencé ?
- La police, les shérifs, on a mis le paquet.
Les chefs ne s'en sont pas mêlés.
Une fois l'avis de recherche lancé,
plus personne ne peut la tuer.
Alerte générale pour Lynn Peterson.
Des Mexicains à bord d'une voiture volée
et repeinte à neuf.
Elle aura le même traitement que n'importe qui d'autre.
- Je n'ai pas réussi à la protéger, retrouve-la.
- Un bon conseil :
quand on commence à avoir des cheveux blancs,
l'important c'est de s'en sortir vivant.
Je compte sur toi pour montrer l'exemple, Marlowe.
C'est qui la souris qui vient te voir ?
- Cette souris pourrait te manger tout cru.
- Bon. Fais profil bas
et envisage peut-être de changer de profession.
Bonsoir, madame.
- Bonsoir, inspecteur.
- Bonsoir.
- Qui vous a frappé ?
- Des Mexicains qui cherchaient Peterson.
- Vous savez ce qu'ils lui voulaient ?
- Oh, alors ça, à vous de me le dire.
Je vous débarrasse ?
- Oui, merci.
Peut-être qu'en habitant dans ce genre de maison,
on mène une vie moins compliquée.
- C'est comme ça que la majorité des gens vivent
et on n'est pas malheureux pour autant.
Clare, vous ne m'avez pas dit une seule fois
pourquoi vous voulez vraiment retrouver Nico.
J'ai discuté avec Amanda Toxteth ce matin
et d'après elle, il était plutôt froid
dans la chambre à coucher.
- Pauvre Amanda, elle n'a pas eu la vie facile.
- Que voulez-vous dire ?
- Tous les studios de cinéma de la ville appartiennent
à des hommes qui n'intéressaient personne
avant qu'ils gagnent leur premier million.
Si vous ne plaisiez pas aux filles
lorsque vous étiez pauvre,
vous devez éprouver un certain ressentiment.
Alors, ils les convoquent pour leur faire connaître
la même humiliation.
- Qui vous a raconté ça ? L'ambassadeur ?
- L'ambassadeur était déjà riche en arrivant en ville.
Et il sera beaucoup plus riche le jour de son départ,
en laissant ma mère derrière lui.
- Votre mère aussi voulait Nico.
- Elle a essayé de vous engager ?
Elle veut toujours ce que je veux avoir
ou ce qui est à moi.
- Vous parlez de Nico ?
- C'est possible.
Ou bien peut-être a-t-elle juste peur
que vous me fassiez l'amour avant de vous rendre compte
à quel point je suis insupportable.
- Ce serait une très mauvaise idée.
- Pourquoi ? - Pourquoi ?
Parce que vous m'employez,
parce que vous avez la moitié de mon âge...
Et parce que vous êtes si belle
que je vais totalement perdre la tête.
- Que va-t-on faire alors, si on ne peut pas faire ça ?
- On peut danser.
- J'ai passé six ans chez les religieuses,
pour permettre à ma mère de jouer à l'écran
les jeunes ingénues au regard de braise.
On lui a confié des rôles de vierges pendant 15 ans.
Seigneur...
Alors qu'elle se donnait dans chaque film, évidemment.
Et pendant ce temps, l'ambassadeur O'Reilly
lui offrait des conseils financiers.
- Vous a-t-il offert
de vous conseiller financièrement ?
- Vous voulez savoir s'il a mis ses mains sur moi ?
- Eh bien, disons que oui.
- Ce n'est peut-être pas la bonne question.
- Oh ! - Oh ! Pardonnez-moi.
- Vous êtes un piètre danseur.
- Et bien pire amant.
- Vous pensez vraiment que je vais croire ça ?
Danser, c'est agréable.
- Pour l'instant.
- On m'attend quelque part.
Est-ce que vous voulez que je revienne après ?
Je resterai coucher en toute amitié.
- Vous savez bien que ça ne fonctionne jamais.
- Ce n'est pas le but du jeu.
- Non.
- Un casse-tête a de nombreuses pièces.
J'ignore ce que vous trouverez en fin de compte.
Il se peut que ce soit un dragon qu'il faudra tuer.
- Je ferai ce qu'il faut.
- Bonne nuit, Philip Marlowe.
- Bonne nuit.
- L'ambassadeur est là ? - Oui, madame.
- Il faut t'appeler monsieur l'ambassadeur, dorénavant ?
- Clare, comment vas-tu ? Content de te voir.
- Ta mère vient de partir.
- Que voulait-elle ? - Ne m'en parle pas.
- CÇa s'est mal passé ?
- Tu sais comment elle est.
Elle ne m'a pas cru.
- Ouù est votre appareil photo, monsieur Marlowe ?
- Je n'en ai pas.
- Imaginez un peu combien cette photo aurait pu valoir.
- Je crois qu'ils n'enfreignent aucune loi.
- Seulement les lois de l'attraction.
Et j'avoue que personnellement, je paierai cher
pour avoir un compte rendu
de tous leurs termes d'affection en privé.
Il a l'âge d'être son père, ce vieux cochon.
- Ouais.
- Mais d'un autre côté, vous aussi, non ?
- Voilà Bernie Ohls.
- Arthur a vérifié l'immatriculation
de ta visiteuse d'hier soir. - Et ?
- Cette voiture appartient à Dorothy Quincannon.
- Et alors ? - Et alors ?
De tous les gros bonnets de Los Angeles
qu'on évite de faire chier, le nouvel ambassadeur
qui a ouvert les Studios Pacific avec du fric
puant le trafic d'alcool et sa maîtresse
sont en haut de la liste !
Tout le monde est plus influent que nous.
- Je vois pas ce qui pouvait y avoir entre elle et lui.
- Entre lui et la mère ou la fille ?
- Peut-être mme les deux.
- Tu es un vrai tordu, mon pauvre vieux.
La police vient de retrouver Lynn Peterson.
- Ouù est-elle ?
- AÀ Encino.
T'en fais pas, elle va nous attendre.
- Est-ce qu'ils l'ont refroidie avec mon 38?
- Non...
Mais ça aurait mieux valu pour elle.
- On a une profonde incision transversale
du triangle carotidien antérieur,
qui a tranché les structures veineuses et artérielles,
et a subséquemment occasionné la mort.
- CÇa veut dire qu'ils lui ont tranché la gorge.
- CÇa s'est passé après les brûlures de cigarette,
les coups de poing américains,
les entailles au couteau et le viol.
- Oh, mon Dieu.
- C'est tout. On peut l'évacuer ?
- Je crois que oui.
- Ouais.
Messieurs, c'est pas très joli à voir.
- Hé, vous ! - Oui ?
- C'est la soeur de l'homme
que vous avez identifié il y a deux semaines,
celui qui a été tué devant le Corbata Club.
Sa tête a été écrasée comme un melon.
Vous êtes au courant du lien de parenté ?
- Notez-le quelque part dans votre rapport, doc.
- Je fais les autopsies moi, c'est tout.
- Je vous demande de le noter, compris ?
- Merci, Bernie.
- Personne n'est éternel.
Quand les choses tournent au tragique,
les policiers n'aiment pas ça, même ceux du Comté.
- Alors ça, c'est pas trop tôt.
- Joe ?
Viens avec nous.
La voiture bleue est arrivée il y a une heure
et les deux suspects de Tijuana en sont descendus.
- C'est la Lincoln repeinte.
- Ouais.
Et celle-là, elle est qui ?
- C'est la Bentley de M. Lou Hendricks.
- Le Lou Hendricks.
- Lui-même. Donc il est membre, comme les Mexicains.
Je veux que tu t'abattes sur ces pourritures
comme la vérole sur le bas-clergé.
Je veux pas savoir ce qu'il s'est passé.
- Ah, t'es malade, Bernie, fais-le toi-même.
- J'ai toujours ma pension moi, toi non.
- Quand t'as raison, t'as raison.
- On contrôle Bay Canyon,
on va mettre des barrages routiers.
- Donne-moi les jumelles.
- Descends dans ce trou, Marlowe.
- Et comment ? - Je veux pas savoir comment.
- Bon, je vais improviser.
Suis-moi, Joe, allons voir ça de plus près.
- T'as une sale mine.
- C'est gentil.
- Au fait, les trucs vraiment sérieux ne se passent pas
avant tard le soir dans ce trou à rat.
Une fois que tu seras entré,
tu devras prendre ton mal en patience.
- Entendu.
- Et n'oublie pas, c'est toi qui a identifié les Mexicains,
alors surveille tes arrières.
- C'est compris. Hé !
Est-ce qu'on me rendra mon insigne après ça ?
- C'est vraiment ce que tu veux ?
- Tiens-moi ça.
- Otis ! - Oui, madame ?
- Je descends dans une seconde.
- Bien, madame.
- Vous êtes très, trs loin de Tipperary, Dorothy.
- C'est quoi ce cocktail ?
- C'est un Miguel Finn, ou un Mickey Finn.
- Des filles, des garçons, de l'héroiïne, de la coke...
J'ai bien réfléchi, mon cher,
et je viens vous présenter ma candidature.
- C'est très impoli.
- Parce que je n'ai pas envie
d'être poli en cette belle soirée.
- Prenons un verre, et on parlera.
Vous savez pour Lynn Peterson ? - Oui. Quelle tragédie !
- Et si je vous disais que la police ne tentera rien
pour vous faire tomber,
mais elle m'a chargé de le faire.
- Navré, je n'ai rien à voir avec Lynn ou Nico Peterson.
On est à Los Angeles,
tout le monde se graisse la patte.
- Et pourquoi ici au Corbata ?
Sa soeur était une prostituée et une toxicomane.
Son souteneur, c'était vous ou je me trompe ?
- Le Corbata ne m'appartient pas,
je ne suis pas le patron.
- Alors qui est-ce ?
Dorothy Quincannon ? L'ambassadeur ?
- Vous n'y connaissez rien, Marlowe.
- Je connais un gars qui s'appelle Lou Hendricks,
j'imagine que vous aussi.
- Il nous arrive d'être en contact.
- Je vais descendre dans ce trou à rats, Floyd,
et je vais vous entraîner avec moi.
- Buvons un verre avant alors.
Ensuite on ira rejoindre Lou Hendricks
dans son trou à rats.
- J'ai l'impression que ça ne servirait à rien
de vous taper dessus.
- Mon passé militaire sans doute.
- Très bien, servez-moi un verre.
- C'est vraiment difficile...
- de mener de front vos obligations
et les exigences diverses et variées
de votre clientèle très puissante ?
- La discrétion est notre marque de commerce.
- Et vous obtenez leur protection en retour.
- Une très, très haute protection,
monsieur Marlowe.
Et vous allez en voir toute l'ampleur.
- Je suis conscient de vos difficultés,
monsieur Hanson.
CÇa doit être difficile de gérer un bordel
en faisant en sorte que ça ne se sache pas,
en particulier quand on se livre aussi
au trafic de stupéfiants, non ?
- Il y a beaucoup de choses que vous ne comprenez pas.
- AÀ propos des stupéfiants ?
- Au sujet de la gestion d'entreprise.
Les investisseurs du Corbata Club
me laissent gérer les choses comme je l'entends.
Je ne les dérange pas
quand des difficultés se présentent
sauf si les difficultés vont, comment dire...
au-delà de mes seules compétences.
Comme la putain qui n'obéit pas,
le garçon ou la fille
qui ne répondent pas aux exigences des clients.
Ou le fin limier qui fait son intéressant.
On leur donne un petit quelque chose...
Tout va bien, monsieur Marlowe ?
C'est bizarre, je vous prenais pour quelqu'un
qui savait tenir l'alcool.
Il faut croire que j'avais tort.
Alors que vous vous endormez, je voudrais vous signaler que...
retrouver la piste de Nico Peterson
n'a jamais été la question.
Le problème, c'était de retrouver
ce que Nico avait en sa possession.
On va résoudre ce problème le moment venu,
mais sans votre aide, Marlowe.
AÀ ce qu'on raconte,
vous n'avez jamais eu l'esprit d'équipe
et vous n'êtes pas du genre à jouer le jeu.
Voyez ouù ça vous a conduit.
Vous mourez, tout seul.
- Fiou !
- CÇa va aller ? - Ouais, je m'en occupe.
Quelle merde !
- Vous êtes réveillé ?
- C'est à vous ça, j'imagine.
- Vous avez pas bu ?
- J'ai lu ce qui est arrivé à Alice au Pays des Merveilles
quand elle s'est gavée de champignons.
- Vous avez fait semblant.
- Et vous ? - J'aurais dû m'en douter.
On offre jamais de cocktail au chauffeur.
Lou Hendricks ?
- Ils lui font passer un sale quart d'heure.
- Je présume que c'est lui, l'homme ligoté là derrière ?
- Il va finir par vendre père et mre, ça c'est sûr.
[coup métallique[
- Promettez-moi de jamais me faire ça, OK ?
- Si je vous aide à foutre le camp d'ici,
vous me donnez un coup de main ?
- Ah !
Oh, que oui.
- Monte un peu le volume.
- Deux Mexicains torturés à mort.
Tu vois ouù ça nous mène ?
Tu me rends la tâche très difficile.
Beaucoup trop, d'ailleurs.
- Vous faites quoi d'autre pour Lou Hendricks ?
- Hélas, beaucoup trop de choses à mon goût.
Ah, splendide !
- Oh, un vrai bijou.
Hé, je veux bien qu'on y entre à deux,
mais on est deux à en sortir en vie, d'accord ?
- Entendu, monsieur Marlowe.
- Je commence à en avoir assez de cette chanson.
Ouù est-ce qu'elle est ?
- De qui tu parles ?
- La chiquita, bien sûr !
La pute que t'appelles Serena !
- Je t'ai déjà répondu, non ?
Nico s'en était débarrassé !
- Et qu'est-ce que tu fais avec ça ?
- Je me rase avec.
- Oreille, nez et gorge, c'est bien ça ?
-J'ai des hommes de main qui s'en chargent pour moi.
- Oh, tiens donc ! T'es comme moi alors !
On est pareils !
Frederick !
- Ouais !
- Coupe-lui l'oreille, le nez et la gorge, compris ?
Dans cet ordre-là.
Fais avouer à Lou ouù se trouve Serena...
- Pas Serena !
La Serena !
- La Serena ?
- La sirène ornementale, là, dans l'aquarium !
- Une sirène en plâtre ?
Serena est une foutue sirène ?
- Faut que tu révises ton espagnol !
- Hanson ! - Hein ?
- Traduis ça en espagnol pour voir !
- Cedric !
Cedric ! Ramasse-la !
Cedric !
- Oui, patron.
- C'était trop te demander de sauver la sirène
au lieu de me foutre une merde pareille ?
- Désolé, patron.
- Tu viens de mettre la banque Hendricks sur la paille !
Désolé, patron.
C'est ton salaire qui devra couvrir mes pertes !
- C'est pas juste, et vous le savez.
- En tant que descendant d'esclaves,
tu devrais le savoir mieux que quiconque !
La vie est injuste, merde !
- Vous avez raison.
La vie, c'est injuste.
Je m'attendais à voir couler de la graisse, pas vous ?
De la graisse et des tarentules.
Mais pas du tout.
Il est entièrement constitué de chair et d'os.
Allez comprendre !
On y va ?
- Je vais trouver quoi à l'intérieur ?
- Quelques cadavres.
- Combien ?
- J'ai perdu le compte.
Euh, Lou Hendricks, Floyd Hanson,
deux résidents de Tijuana
et une sirène en plusieurs morceaux.
- Comment ça, une sirène ?
- Juste une sirène en plâtre,
bourrée de poudre blanche mexicaine,
un peu mouillée maintenant.
- Et vous, vous êtes ?
- Je suis son chauffeur.
- Et maintenant, on fait quoi, Cedric ?
- On a fait couler pas mal de sang tous les deux.
Il vaut mieux qu'on reste ensemble.
Je vais être votre chauffeur pendant quelques jours.
- Cedric, j'ai déjà une voiture.
- CÇa, je m'en doute,
mais avec moi, vous perdrez pas de temps à vous garer.
- Eh bien, eh bien,
si ce n'est pas monsieur Nico Peterson.
Comme ça, vous n'êtes pas mort.
- Très perspicace, détective.
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Il paraît que vous enquêtez
sur les circonstances de mon trépas.
- Et j'ai rapidement eu l'intime conviction
que la rumeur de votre décès était grandement exagérée.
- Sans rire.
- Ce n'est pas le cas de votre soeur.
- Ma demi-soeur, le fruit des amours de mon père
durant sa folle jeunesse à Acapulco.
- Vous ne versez donc pas une seule larme ?
- Elle est morte, je sais.
- Sa mort n'a pas été des plus agréables.
- Je n'y pouvais rien.
- Vous vous en sortez plutôt bien, pourtant.
- J'ai la chance d'avoir quelque chose
que tout le monde recherche.
- Encore de la drogue ?
- Bien mieux que ça, croyez-moi.
- Vous êtes tous trop compliqués pour moi.
Je suis qu'un détective avec un pied dans la tombe.
- Il faut que je voie Clare.
- Je ferai absolument tout ce qui est en mon pouvoir
pour enfin vous réunir
et ne plus jamais avoir à vous revoir !
- Alors, transmettez-lui un mot de ma part.
Dites-lui de venir ce soir
à l'entrepôt d'accessoires du studio.
J'aurai de quoi faire tomber l'ambassadeur.
- Vous avez quoi, exactement ?
- Passez-lui juste le message, Marlowe.
- Il y a plusieurs points que je veux éclaircir
avant de décider quoi que ce soit.
- Qu'est-ce que vous voulez savoir ?
- Le cadavre devant le Corbata Club.
- Un musicien qui jouait au club.
- Vous l'avez tué ou pas ? - Non.
- Est-ce que vous l'avez tué ?
- Non.
- Sa mort tombait bien, c'est ça ?
- Il me ressemblait
et j'aime beaucoup les gens qui me ressemblent.
- Qu'est-ce que Dorothy Quincannon vous veut ?
- Elle cherche peut-être à coucher l'Ambassadeur
qui veut peut-être coucher avec sa fille, j'en sais rien.
AÀ vous de trouver, Marlowe, c'est vous le détective.
On a tous quelque chose qui éveille les convoitises,
et tout est une affaire de chantage, au final.
Qu'elle me retrouve à l'entrepôt, à 19 h 30.
Dites-lui que j'ai ce qu'elle veut.
Je viens de me rendre compte
que c'est la table préférée de ma mère.
C'est là que l'ambassadeur nous offre
ses conseils financiers.
Vous lui avez demandé de venir ?
- Oui, j'aurais aussi besoin de quelques petits conseils.
- Financiers ? - Plutôt professionnels.
- Hum ! Bonté divine, c'est Clare.
Mais quelle merveilleuse surprise, monsieur Marlowe.
- Du thé, mère ?
- Oui, bouillant.
- Espérons qu'il l'ait bien fait infuser.
Assez fort pour réveiller une marmotte.
- J'avoue que j'ai tellement apprécié
nos entretiens respectifs
que l'envie m'est venue de nous réunir.
- Ce que M. Marlowe veut dire, ma chérie,
c'est qu'il se croit beaucoup plus habile
et malin que nous.
- L'une de vous m'a engagé et l'autre a essayé.
C'est donc que vous voulez la même chose, j'imagine.
Nico vous a bien quittée pour une autre femme,
une sirène en plâtre bon marché pleine de poudre mexicaine.
- Oh ! C'est révoltant.
- Et vous, vous prétendez toujours
ne rien savoir à ce sujet, c'est ça ?
- Je vous suggère d'aller droit à l'essentiel
et de lui demander pourquoi elle vous a engagé.
- Pour retrouver Nico Peterson.
- Le fait d'engager un détective pourrait sans doute
être le meilleur moyen de faire croire à tous
qu'elle ne sait pas ouù il se cache.
- Vous pensez que je l'ai enfermé, mère ?
Qu'il m'attend patiemment dans un taudis de Rosarito ?
- Plus près, sans doute.
- Avouez plutôt à M. Marlowe
pourquoi vous, vous recherchez Nico.
- Peut-être que je fais simplement de mon mieux, trésor,
pour sauver ta réputation.
- Oh ! Malheureusement, je crains que ce soit l'inverse, mère.
Vous voyez, monsieur Marlowe, son amant vient de la plaquer.
Le nouvel ambassadeur en Angleterre
ne veut plus entendre parler d'Hollywood,
alors elle joue le seul et unique rôle
qu'il lui reste à interpréter :
la femme fatale.
Sa version personnelle de Médée.
- Oh, mais c'est le rôle
qui nous attend toutes, ma chérie.
Eh bien !
Vous aviez prévu que l'une d'entre nous se conduirait ainsi,
mais vous ignoriez laquelle des deux, avouez-le.
- J'avais misé un dollar sur vous.
- Je suis obligée de reconnaître
que vous avez un vrai don, monsieur Marlowe...
Vous savez contrarier les femmes de votre vie.
- Il n'y a aucune femme dans ma vie.
- Eh bien, suivez-la, dans ce cas.
Elle a un faible pour les hommes plus âgés.
Et soyez tranquille,
je me charge de payer les dégâts, comme toujours.
- Tout va bien ?
- Je suis très consciente de vous décevoir
et ça m'est égal.
Je finis toujours par décevoir les gens.
Vous faites partie de ces rares personnes
qui ont la chance d'être bien plus
que ce qu'on est porté à croire.
Je vous ferai parvenir le solde de vos honoraires.
- Je pourrais facturer ça à votre mère
et exiger une prime de résultat.
- Une quoi ?
- Je l'ai retrouvé, cet après-midi.
C'est lui qui est venu à moi.
Devinez qui m'attendait gentiment quand je suis rentré ?
Monsieur Nico Peterson.
- Il est ouù en ce moment ?
- Il vous attend ce soir
à l'entrepôt d'accessoires des Studios Pacifique
à 19 h 30 précises.
- Pourquoi à l'entrepôt d'accessoires ?
- Je comptais un peu sur vous pour me le dire.
- Taxi !
Roulez.
- Comme le disait M. Hendricks,
une voiture c'est plus qu'un véhicule,
c'est un confessionnal hermétique,
un réceptacle de secrets.
Et cette ville, qui voue un véritable culte
au moteur à combustion interne,
est devenue la ville des secrets motorisés.
- Je vous trouve bien philosophe, Cedric.
- Oh, pardonnez-moi, monsieur Marlowe,
c'est une manie héritée de mon ancien employeur.
- Ah oui ? - Il avait tendance à digresser.
Mais vous avez bien dit l'entrepôt d'accessoires ?
- C'est exact.
- Alors, la question se pose.
Pourquoi l'entrepôt d'accessoires ?
- AÀ vous de m'éclairer sur ce point, Cedric,
pourquoi là-bas, plutôt qu'ailleurs ?
CÇa fait des années que Nico Peterson fait transitr
la marchandise de Lou Hendricks par l'entrepôt d'accessoires.
Et la marchandise arrive de Tijuana, c'est ça ?
Dissimulée dans un corbeau en plâtre,
un buste de Néfertiti,
une vierge de Guadeloupe
ou une statuette de sirène.
Vous voyez, M. Hitchcock,
qui aurait pu faire des merveilles
aux studios Pacific Pictures,
mais qui, hélas, leur a préféré MGM.
M. Hitchcock, comme M. Hendricks,
garde toujours jalousement
le secret autour de ses scénarios.
Mais les nombreuses conversations
auxquelles j'ai innocemment assisté depuis mon siège,
m'ont permis de faire ce que M. Hitchcock réussit
avec tant d'habileté :
démêler l'intrigue.
Ce n'est pas vraiment la sirène qui attirait la convoitise,
mais plutôt le contenu d'une certaine mallette
qui pourrait entraîner la ruine d'un studio tout entier.
- Clare.
- Nico.
- Tu es venue seule ?
- Tu aurais préféré qu'on soit tous là, Nico ?
Moi, ma mère,
Floyd Hanson, Lou Hendricks ?
- Ce serait difficile, deux d'entre eux sont morts.
- Eh bien, tu vas devoir démarrer les enchères avec moi.
- Ce que j'ai là vaut une vraie fortune.
Vraiment ?
Montre-moi ça.
- Les registres détaillés de l'héroiïne
qui coulait à flots dans ce studio.
C'est plus qu'assez pour ruiner la réputation de l'ambassadeur
et la réputation de Pacific Pictures.
Nico Peterson s'est volatilisé
en emportant une statuette de sirène
et une mallette artisanale contenant les registres
de toutes les transactions de drogue effectuées
depuis que Lou Hendricks et lui avaient lancé
leur petit commerce.
Il a essayé de vendre ces informations
à tous ceux qu'elles pouvaient intéresser.
- Je suis un comptable, trésor, et un bon.
Import, export, j'ai consigné la moindre transaction.
- Tu es plus qu'un comptable, mon cher Nico.
Tu arriverais même à vendre des billets pour l'enfer.
- C'est peut-être pour ça que tu m'apprécies.
- Je ne t'ai jamais vraiment apprécié, Nico.
- Tu me fais si peu confiance, Clare ?
- De nos jours, tu sais comment c'est, Nico.
- Personne ne se fie à personne.
- Euh, c'était quoi ce bruit, Clare ?
- Le pistolet de ma mère.
Elle l'avait rangé dans son boudoir.
- Ah merde !
- Je n'ai jamais su manipuler ces engins.
- Pourquoi est-ce que tu fais ça ?
- Tes ambitions ont toujours été trop basses, Nico.
Prends exemple sur moi et vise directement le sommet.
Ah, là c'est mieux.
- Non !
- Je brûle tous tes papiers, Nico.
Est-ce qu'il mort, monsieur Marlowe ?
Enfin mort.
- C'est pour ça que vous m'avez embauché ?
Pour pouvoir achever le travail ?
- C'est l'une des raisons, oui.
- Qu'est-ce que l'Ambassadeur a bien pu vous offrir ?
J'imagine qu'il y a un prix à payer
pour un tel ménage de printemps.
Dites-moi pourquoi je ne devrais pas vous dénoncer.
- Parce qu'il était beaucoup trop jeune pour moi,
parce que Nico était le diable incarné,
parce qu'il était déjà mort.
- Je vais vous débarrasser de ça.
Passez par le côté.
Au revoir, Clare Cavendish.
- Bonne soirée, monsieur Marlowe.
- Dis-moi que c'est pas toi qui as mis le feu, Marlowe.
- Non, Bernie, tu sais que je me contente de les éteindre.
- Ah.
Qu'est-ce que je vais trouver à l'intérieur ?
- Le buste de Nefertiti,
une réplique de l'Arche d'Alliance,
le Faucon maltais.
- Rien de plus problématique ?
- Qu'est-ce que tu voudrais de plus ?
Alors vous avez été pris dans un tir croisé
entre une mère et sa fille ?
Ouais, on dirait
que je ne retiens jamais la leçon.
- Et qui gagne, monsieur Marlowe ?
La mère ou la fille ?
- Vous parieriez sur qui, vous ?
- Au moins l'Ambassadeur a perdu.
- Ces gars-là ne perdent jamais, Cedric,
ils se contentent de passer à autre chose.
- Monsieur Marlowe ?
- Oui.
- Elle va vous recevoir.
- Merci.
- Après vous.
- Encore une. - Monsieur Marlowe.
- Madame Cavendish.
- Et une dernière.
- Alors, c'était donc ça la fameuse transaction ?
- Que voulez-vous dire exactement ?
- Merci.
- Vous sauviez les fesses de l'Ambassadeur
et il vous confiait les studios,
c'est mieux que le trafic d'alcool,
vous en conviendrez sûrement.
- L'Ambassadeur ne mange plus de ce pain-là.
- Je vois que votre mère tourne un nouveau film.
- Oh, elle n'a jamais arrêté.
- De quoi est-ce que ça parle ?
- Oh, une intrigue des plus classiques :
amour, meurtre, réconciliation.
- CÇa se finit bien ?
- Hum...
On y travaille.
- Alors, est-ce que vous comptez me dire
pourquoi je suis ici, madame Cavendish ?
- Le studio cherche un homme sérieux
prêt à jouer les chevaliers servants.
- J'ai vu dix candidats potentiels en venant.
- Qui ne feraient que jouer le personnage.
- Je crois que l'heure est venue de vous faire mes adieux.
- Le studio a fait le ménage dans ses rangs,
monsieur Marlowe.
Roosevelt est à deux doigts de soutenir l'effort de guerre.
L'Ambassadeur souhaiterait vous...
récompenser de votre discrétion.
Un studio a toujours besoin de son propre détective.
- Vous me proposez un emploi ?
- Pas un vulgaire emploi.
Disons plutôt une rente à vie.
Responsable de la sécurité du studio.
On a tous nos secrets, monsieur Marlowe.
Les acteurs phares et leurs dérapages éventuels,
les grandes actrices incapables de travailler
sans leur petit élixir mexicain.
Nous avons tous besoin de quelqu'un
qui nous tienne à l'oeil.
- Et vos secrets à vous, madame Cavendish ?
- Il faudra aussi les garder pour vous.
- Très peu pour moi, madame Cavendish.
Cependant, j'aurais quelqu'un à vous recommander.
- Ah. J'exige évidemment des références solides.
- C'est un ami à moi. Très compétent.
Qui a dénoué bon nombre de situations complexes.
Il parle et présente bien. Et qui plus est,
il n'a pas son pareil pour garder les secrets.
- J'ai vraiment du mal à le croire.
Vous me faites chanter ?
- Moi, vous faire chanter ?
Jamais de la vie.
Je laisse ces pratiques douteuses à d'autres.
Bonne journée.
- Allez-y ! Continuez !
Mettez-y plus d'entrain !
Vous êtes pas à des funérailles !
- Ils n'aiment pas beaucoup les livres,
n'est-ce pas, monsieur Marlowe, tous ces nazis ?
- Je crois qu'ils n'aiment pas grand-chose, Cedric.
- Enfin, cette Leni Riefenstahl fait
quand même de bons films.
- Si je comprends bien, vous aimez le cinéma, Cedric ?
- Je vous le fais pas dire, monsieur Marlowe.
- Madame Cavendish aurait peut-être un poste
de premier choix à vous offrir.
Comme chef de la sécurité.
Enfin, si vous êtes intéressé.
- Oh, je serais très intéressé, monsieur Marlowe.
Je serai ravi de vous recommander.
- Mais il me faut des références, non ?
- Une seule et unique : la mienne.
Et si vous acceptez ce travail...
ceci pourrait s'avérer utile.
- On a tous fait des choses horribles, monsieur Marlowe.
- Et ce pistolet est le souvenir
d'une chose particulièrement horrible.
- J'en déduis que je peux tuer personne avec ?
- Hein-hein ! Pour ça, utilisez plutôt votre mitraillette.
- C'est toujours une solution.
Sous-titrage : difuze
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