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Original subtitles

Madame !

Remettez cette dentelle, monsieur.

Je n'en ferai rien.

Si vous avez de l'honneur,

donnez-moi ce mouchoir.

Mon honneur est au bout de mon epee, monsieur.

Sortir son epee

devant le palais du cardinal de Richelieu, c'est audacieux !

Ignorez-vous son edit qui punit de mort les duels ?

D'ou sortez-vous ?

Je ne peux repondre a vos railleries. Je suis attendu par Son Eminence.

Mais je vais vous satisfaire

et rendre l'objet de notre querelle

a la seule personne en droit d'y pretendre.

Pardonnez mon audace, madame.

Il parait qu'il m'est interdit de garder ce souvenir de vous.

Ce qui me desole.

A qui ai-je l'honneur ?

Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars.

Pour vous servir, madame.

Je saurai m'en souvenir.

Et moi ne saurai vous oublier.

Au Louvre !

Dis-moi, l'ami. Connais-tu le nom de cette dame ?

Marie de Gonzague, monsieur.

La duchesse de Nevers.

Que me dit-on, Henri ?

Tu as tire l'epee chez moi ?

Ne sais-tu pas que, desormais, se battre en duel

est un crime de lese-majeste ?

J'en demande mille pardons a Votre Eminence.

L'honneur d'une dame etait en jeu.

"L'honneur d'une dame", surtout celui de cette duchesse,

ne merite pas de perdre la vie.

Je ne veux plus voir notre noblesse

s'entretuer pour des bagatelles.

Sache que mes edits s'appliquent a tous.

Des noms plus hauts que le tien ont paye de leur tete de l'avoir ignore.

Je ne l'oublierai pas, Eminence.

Voici une lettre de Mme ma mere.

Nul besoin de la lire.

Je ne peux rien refuser au fils de mon vieil ami,

le regrette marechal d'Effiat.

Ton pere etait un grand serviteur de l'Etat.

Mais j'attends de toi que tu suives le meme chemin.

J'y suis resolu et ne desire rien d'autre, Eminence.

Fargeau, ecrivez un mot

pour recommander M. de Cinq-Mars a M. de Treville.

Tu seras a ta place chez les mousquetaires.

Je te sais vaillant, et tu es une fine lame.

Va ! Et fais tes preuves.

Tu sais l'affection que j'ai pour toi.

Alors ne me decois pas !

Je suis a jamais votre serviteur, Eminence.

Voila un jeune homme qui va faire tourner bien des tetes.

J'y compte bien, l'abbe.

Pourquoi les mousquetaires plutot que les gardes de votre Eminence ?

J'ai mon idee, Chavigny.

Revenons a nos affaires.

Malgre les mesures que nous lui avons imposees,

la reine continue d'informer son frere, le roi d'Espagne,

des moindres bruits de la Cour.

Je la soupconne egalement de conspirer avec Gaston d'Orleans

et de vouloir encore attenter a ma personne.

La reine sera furieuse, je n'ai pu faire flechir le cardinal.

Combien de temps restera-t-elle enfermee au Louvre ?

On ne lui pardonne pas ses courriers a Madrid.

Qui l'a denoncee ?

Le cardinal aurait-il un espion ?

Il ne s'y risquerait pas.

Detrompez-vous, vicomte.

Son Eminence est capable de tout lorsqu'il s'agit de ses interets.

Maudit cardinal !

Je me vengerai de lui.

Il me defie, mais le jour viendra ou il se jettera a mes genoux,

me suppliant.

Ce jour-la, je l'ecraserai.

Ces propos sont forts imprudents.

M. de Thou a raison, Majeste.

Vos paroles pourraient etre rapportees.

Je ne le sais que trop.

Je suis entouree d'espions qui travaillent a ma perte.

Il faudra qu'ils se decouvrent.

Quels qu'ils soient !

Qu'ils courent voir ce faux chretien,

lui dire que je vomis sa duplicite.

Je suis fille de roi, soeur de roi et reine de France.

Et il paiera de l'avoir oublie.

Eh bien, monsieur de Cinq-Mars...

Montrez ce que vous savez faire.

Monsieur de Chambord.

Je ne lui donne pas 2 min avant d'etre touche.

Touche, monsieur !

Monsieur de Beaumont !

Touche, monsieur !

L'honneur de la compagnie est en jeu.

Quel est ce jeune officier qui tient tete a une armee ?

Un protege de Son Eminence, madame, le marquis de Cinq-Mars.

Touche !

Tu as impressionne Mlle de Hautefort.

La favorite du roi.

Je vous felicite, monsieur.

Avec votre epee, le roi ne saurait etre mieux garde.

Avec une beaute telle que la votre, madame,

Sa Majeste ne saurait etre mieux aimee.

J'espere que nous aurons le plaisir de nous revoir.

C'est un espoir partage, madame.

Service du roi, mousquetaires.

Je vous verrai plus tard, mademoiselle.

Venez, Eminence. Je suis en retard, je sais.

Mais la bete nous a echappe et j'ai eu du mal a m'y resoudre.

Majeste.

Trois heures de course pour rien. Cette bete a ete finaude.

A croire qu'elle avait ete prevenue.

Je dois vous parler avant le conseil.

De nouveaux troubles ont eclate en Berry, Champagne et Poitou.

Les villes se revoltent contre nos intendants,

les paysans s'agitent.

A Paris, des rumeurs d'assassinat contre ma personne courent les rues.

Cela n'est pas nouveau. Vous avez l'art de vous faire detester.

Je ne fais que gouverner,

mais la France n'est pas fille facile.

Elle se rebelle a chaque edit et refuse qu'on la reforme.

Pardieu ! Cela non plus n'est pas nouveau.

Gouvernez, mon cher ministre. Et soyez assure de ma confiance.

Vos ennemis sont mes ennemis.

Cependant, protegez-vous comme il convient.

Ne vous ai-je pas accorde un corps de garde ?

En effet, Sire.

Sans parler de vos espions

que vous avez places a chaque coin de France et de Navarre.

Otez-moi donc ce pourpoint, La Chesnaie !

Je m'y sens trop a l'etroit.

Ne me donnez pas de ces couleurs criardes.

Vous connaissez mon gout pour la mesure.

Je suis preoccupe par le depart de M. de Commons,

charge de ma garde-robe.

Il etait de si bon conseil.

Qui parmi les gentilshommes de ma Cour assurerait cette charge ?

Irait bien le marquis de Cinq-Mars, Sire.

Henri d'Effiat est un homme de gout et plein d'esprit.

Est-il de parente avec le marechal d'Effiat

qui nous a si bien servi ?

C'est son fils, Majeste. Pret a vous servir autant que son pere.

Vraiment ?

Eh bien, voyons !

Comme toujours, je fais confiance a vos bons sentiments envers moi.

En place, messieurs. Le roi arrive.

Henri ! Henri, venez.

Venez que je vous presente a Sa Majeste.

Permettez que je vous presente le jeune homme dont je vous parlais.

Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars.

Relevez-vous, monsieur.

Heureux de rencontrer le fils de notre ami le marechal.

Sa memoire nous est chere. Nous lui devons beaucoup.

Je lui en dois autant.

Et vous servirai avec la meme ardeur, si vous m'en donnez l'occasion.

Nous vous la donnerons, monsieur. Nous vous la donnerons surement.

Votre idee me plait, Eminence.

Ce jeune marquis parle sans detour et me parait franc de nature.

Je vous felicite, Majeste.

Vos decisions au conseil ont ete d'une sagesse sans egale.

N'est-il pas un peu jeune pour occuper cette charge ?

Au contraire, Sire.

Du sang neuf, voila ce qu'il vous faut.

C'est un fier cavalier

avec lequel j'aurai plaisir a aller chasser.

Une derniere chose, Sire, si vous le permettez.

Eh bien ?

Je m'inquiete des intentions de monsieur votre frere.

Notre police m'informe qu'il est a Paris

malgre l'interdiction que nous lui avons signifiee.

Vous ne nierez pas que Gaston d'Orleans

ne songe qu'a conspirer contre nous ?

Mon frere est un ecervele et un impatient

qui espere me succeder avant l'heure.

Mais qu'importe puisque votre police le surveille ?

Il est un moyen d'aneantir ses pretentions a la couronne.

Lequel, s'il vous plait ?

Donnez un dauphin a la France.

Ce n'est pas faute d'avoir essaye.

Mais qu'y puis-je si la reine n'est pas une terre fertile ?

Et je n'ai plus gout au labour.

Altesse !

Vous etes en retard, monsieur.

Eh bien ! Le cardinal se rendra-t-il cette nuit chez sa maitresse ?

Elle me l'a confirme.

Marion de Lorme ne recevra personne d'autre.

Pour s'y rendre, Son Eminence utilisera un carrosse

sans armoiries et sans escorte.

Sa discretion sera sa perte.

Le cardinal est a vous, monsieur.

Que vos spadassins executent et votre fortune est faite.

C'est un homme mort, Altesse.

Eh bien, madame !

Quelles nouvelles ?

Excellentes. L'orage a rendu la route impraticable.

Le roi passe la nuit au Louvre.

Sa Majeste a souhaite partager le lit de la reine.

Remercions le ciel et prions

pour que nous ayons bientot un dauphin.

Quoi d'autre ?

Le roi etait d'humeur fort joyeuse,

se rejouissant d'avoir un nouveau maitre de sa garde-robe.

Un certain marquis de Cinq-Mars, que personne n'a jamais vu.

Vous en aurez bientot l'occasion.

Avez-vous vu l'ambassadeur d'Espagne chez la reine recemment ?

Le marquis de Mirabel est venu la voir hier, a la tombee de la nuit.

Je l'ai introduit dans son cabinet.

Ils y sont restes enfermes pendant presque 1 heure.

Ce matin, j'ai verifie.

Les lettres que Sa Majeste avait ecrites a son frere n'etaient pas la.

Merci, madame. Vous m'etes precieuse.

Retournez au Louvre et soyez assuree que je m'occupe de vos interets

comme vous vous occupez des miens.

- Tout est pret, Eminence. - Parfait.

Fais en sorte de les prendre vivants.

Qu'ils nous disent tout ce qu'ils savent.

Ne le tue pas, ne le tue pas ! Non !

Je le voulais vivant !

Je veux des prisonniers !

Non ! Ne le tuez pas !

Ne le tuez pas ! Ne le tuez pas !

Viva Espana !

Par le diable !

Je les voulais vivants !

Il me fallait des aveux definitifs pour confondre

Gaston d'Orleans et tout son parti.

Comment vais-je apporter au roi la preuve de sa trahison ?

Et comment savoir si la reine a trempe dans ce complot ?

Mais que font-ils donc ?

Nous aurions deja du avoir des nouvelles.

Calmez-vous, Altesse. Vous allez me faire douter de vous.

Savez-vous ce que j'ai appris tout a l'heure ?

Le roi couche cette nuit avec la reine.

Que m'importe !

Ce n'est pas apres 22 ans d'union sterile que mon frere va l'engrosser.

Fuyez, l'affaire a echoue.

- Impossible. - Le cardinal a ete prevenu.

Ses hommes etaient partout.

Je suis perdu.

- Ont-ils des prisonniers ? - Non.

Aucun n'a survecu.

Adieu, Marie. Monsieur. Je pars pour la Lorraine.

Restez !

Vous etes a l'abri chez le confesseur de la reine.

Nous devons abattre le cardinal.

- Comment ? Il est le diable. - Il ne faut pas renoncer.

Restez ! La reine nous aidera a parvenir a nos fins.

Je dois parler a Son Eminence.

Que se passe-t-il ?

Est-ce vrai, ce que j'apprends ?

Sa Majeste me charge de sa garde-robe.

C'est la verite, je t'en felicite.

De quoi, je vous prie ?

Je suis ne pour servir l'epee a la main.

Sais-tu combien de soldats, comtes et barons du royaume s'honoreraient

d'avoir cette charge ?

Sauf votre respect,

je n'ai que faire des culottes qui habillent le roi.

Je veux lui etre utile.

Et moi, j'entends que tu obeisses. Le roi le veut,

et cela suffit.

As-tu eu jamais a te plaindre de ma bienveillance, mon garcon ?

Ne t'ai-je pas fait entrer a l'academie militaire ?

N'ai-je pas, depuis la mort de ton pere,

bien conseille ta mere pour la conduite

de ta vie ?

Sans aucun doute.

Alors fais-moi confiance,

et rejouis-toi de cotoyer chaque jour

l'homme le plus puissant du royaume.

Celui qui fait et defait les destinees.

Si tu obtiens ses faveurs,

ta fortune est faite.

Je t'offre la plus qu'une carriere :

un destin.

Aupres du roi, tu me serviras bien.

Et comment cela ?

Nous sommes en guerre, Henri.

Les forces espagnoles menacent nos frontieres par les Flandres,

et la, au Sud, par le Roussillon.

Allons-nous laisser le roi d'Espagne envahir le royaume,

sous pretexte que sa soeur, la reine de France, et le Saint-Pere a Rome

considerent Philippe IV d'Espagne plus catholique que nous ?

- Non. Bien sur. - Alors nous sommes d'accord.

Or il se trouve que...

le roi s'est entiche de Mlle de Hautefort.

Fort pieuse comme lui,

elle profite de sa devotion pour critiquer mes alliances

avec les Etats protestants de Suede et de Hollande.

Eh bien,

j'attends de toi

que tu me debarrasses de cette femme nefaste a la France.

Comment cela ? Vous me pretez la des pouvoirs que je n'ai pas.

C'est la que tu te trompes, Henri.

Tu es vif d'esprit

et pourvu d'une belle tournure.

Ce qu'il faut pour plaire au roi.

Vous n'esperez pas le voir porter cela ?

Et pourquoi donc ?

Le roi ne s'habille que de noir, ou de gris pour la Saint-Sylvestre.

Il renoncera a cette austerite.

Il n'est pas huguenot, que je sache.

Par le Seigneur ! Vous parlez du roi, monsieur.

Vraiment ?

Bien le bonjour, monsieur de Cinq-Mars.

Eh bien ! Ou est mon costume ?

Le voici, Sire.

Vous plaisantez, monsieur ?

Qu'est-ce que c'est que ces dorures et fanfreluches ?

Me prenez-vous pour un marquis qui se pique d'etre au gout du jour ?

Je vous prends pour le plus grand des monarques,

le roi de France, qui se doit d'en imposer au 1er regard.

Vous me jugez, monsieur le marquis ?

Je dis, Sire, que selon l'habit que vous porterez,

le monde vous jugera.

Vous etes la France.

Vos sujets attendent que vous les representiez

avec le faste et la magnificence qu'ils meritent.

Ils seront fiers que vous portiez cette parure,

la plus elegante et la plus digne de la puissance que vous incarnez.

Je vous pardonne ces impertinences, vous avez votre jeunesse pour excuse.

Mais il n'est pas dans ma nature de faire le beau.

"L'habit ne fait pas le moine", monsieur.

Et ma puissance n'est pas dans mon costume.

Aussi ne comptez pas que je paraisse dans cet accoutrement.

Sa Majeste le roi.

Majeste,

jamais la France n'a ete aussi brillamment incarnee.

La lumiere est entree avec vous, Sire.

Eh bien, madame ! Vous ne dites rien ?

Il y aurait trop a dire, Sire.

Je te felicite, Henri.

Francois !

Mon ami.

Quelle joie de te revoir.

Quelle est cette mascarade ?

Vous etes la risee de toute la Cour.

Comptez-vous aller prier dans cet accoutrement ?

Oubliez-vous a qui vous parlez, madame ?

Il convient au roi de France

de paraitre dans toute la splendeur de sa puissance.

J'entends que vous vous en souveniez.

Enfin, Sire, vous n'etes plus vous-meme.

Ce marquis de Cinq-Mars s'emploie a vous ridiculiser.

Un homme a la solde de Richelieu !

Taisez-vous !

Je ne veux plus entendre un mot.

Le marquis de Cinq-Mars a toute ma confiance.

Qu'il soit traite comme il convient !

Je ne vous reconnais pas, Sire.

Vous qui avez toujours deteste les vanites du monde.

Ou est l'homme que j'aime et qui craint le Seigneur ?

Cet homme a longtemps ete trop indulgent avec vous.

Vous le voyez fache de vos manieres. Il vous prie d'en changer.

Helas, Majeste ! Je ne puis consentir a partager

vos faveurs avec ce bellatre dont vous vous etes entiche.

Cela suffit !

Puisque vous ne partagez pas mes affections, quittez la Cour.

Sinon, vous aurez sujet de vous en repentir.

Adieu !

Et mariez-vous ! Vous aurez une pension de 1 000 ecus.

Eh bien, monsieur !

Je vois que votre etoile s'eleve promptement.

Prenez garde de ne pas vous bruler au soleil.

Je ne connais ici d'autre soleil que vous.

Seul l'eclat de vos yeux menace un coeur pret a bruler pour vous.

Voila qui est fort galant, monsieur.

Et vous avez l'art de convaincre.

Vous l'avez demontre en transformant le roi en souverain.

Sa Majeste le roi !

Ne me quittez plus, marquis.

Laissons les femmes et soyons amis.

Pour commencer, je vous apprendrai les usages de la Cour.

Inutile, Sire.

Puisque le roi fait les usages et que vous m'honorez d'etre votre ami.

Decidement, vous avez reponse a tout.

Cela me plait.

Je ne vais pas m'ennuyer avec vous.

Allons ! Sortez, mesdames.

Sortez !

Si Mlle de Hautefort a perdu les faveurs du roi,

nous avons perdu une amie de notre cause.

Et une victoire du cardinal.

Sans aucun doute, Majeste.

Mais il me vient une idee.

Si le roi s'est pris d'amitie pour ce marquis,

tentons de le rallier a notre cause.

Ce sera difficile, Majeste.

Le marquis est l'oblige du cardinal, et le fils du marechal d'Effiat.

Ah oui !

Cela est vrai.

Mais l'on me dit qu'il est jeune,

qu'il a de fort belles manieres.

Et il pourrait ne pas etre insensible a vos charmes.

Allons, duchesse !

L'idee ne vous deplait point.

Pourquoi ne pas tenter l'aventure ?

Vous avez des armes contre lesquelles M. de Richelieu ne pourra rien.

Majeste, monsieur le conseiller de Thou est ici,

accompagne du marquis de Cinq-Mars

qu'il souhaite vous presenter.

Voila qui est fort a propos.

Faites entrer ces messieurs, mademoiselle.

Quelle heureuse surprise !

Merci de nous recevoir, Majeste.

Je suis venu vous presenter mon ami,

le marquis de Cinq-Mars,

qui a accede a la charge de maitre de la garde-robe du roi.

Voici l'homme dont tout Paris parle.

Vous me voyez charmee, monsieur.

C'est un immense privilege, Majeste.

Et je suis a vos pieds.

Qu'en pensez-vous, duchesse ?

Voici le plus bel homme que l'on puisse voir.

Ne le complimentez pas trop, Majeste.

Il pourrait se meprendre sur nos intentions.

Mlle de Hautefort disgraciee, dis-tu ?

- En es-tu bien sur ? - Absolument, Eminence.

Le roi est tombe sous le charme du marquis

et veut qu'il le suive partout.

Voila qui est inespere, Chavigny.

Cinq-Mars etait une carte a jouer, mais je ne l'imaginais pas maitresse.

Le coup est brillant, Eminence.

Pourvu que M. de Cinq-Mars vous soit fidele.

Que veux-tu dire ?

Il a fait l'accolade a M. de Thou, le conseiller devoue a la reine.

Henri et lui sont amis d'enfance. Quel mal y a-t-il a cela ?

Je l'ai vu aussi faire sa cour a la duchesse de Nevers.

Henri est trop avise pour tomber dans ses filets.

Et a 30 ans,

l'ancienne maitresse de Gaston d'Orleans

n'est plus dangereuse.

Je n'en jurerais pas.

Elle a deja prouve que son ambition est sans limites.

Je te dis qu'elle ne corrompra pas Henri d'Effiat.

Que se passe-t-il ?

Sa Saintete Urbain VIII aurait-elle rendu l'ame ?

Eminence, c'est un miracle.

La reine est grosse.

La reine est grosse !

A la bonne heure !

Prions pour qu'elle donne un heritier a la couronne.

La reine est grosse ! La reine est grosse !

Majeste.

Le gibier vous a-t-il encore echappe ?

Cette chasse m'ennuie a mourir.

- Ou est M. de Cinq-Mars ? - A Paris, Sire.

Comment ca ? Que fait-il la-bas ?

Ne sait-il pas que je dois me changer et qu'il est a mon service ?

Je veux le voir.

Fais-le-moi chercher, tout de suite !

Monsieur de Treville !

Je ne sais pourquoi je vous ai cede, monsieur.

La curiosite, sans doute.

"La curiosite", madame ?

Oui.

J'avoue que vous m'intriguez.

Je voudrais comprendre comment vous avez seduit le roi.

De la meme maniere que vous m'avez seduit, madame.

Je vous ai aimee au 1er instant. Mon coeur ne bat plus que pour vous.

Je vous en prie, monsieur. Relevez-vous et soyez raisonnable.

Qu'esperez-vous donc ?

Mais que vous m'aimiez comme je vous aime.

Mon Dieu ! Rien que cela ?

Vous me troublez, je l'avoue. Mais...

Monsieur de Cinq-Mars !

Que se passe-t-il ?

J'ai ordre de vous ramener.

Que me veut-il encore ?

Les ordres du roi ne se discutent pas.

Partez !

Ne faites pas attendre Sa Majeste.

Quand vous reverrai-je ?

Ce ne serait pas sage.

Je ne veux pas etre sage. Quand ?

Revenez ce soir. Je vous attendrai.

C'est une eternite.

N'oubliez pas que je vous aime.

Eh bien, monsieur de Cinq-Mars !

Est-ce ainsi que vous me servez ?

N'ai-je pas dit que je voulais que vous ne me quittiez jamais ?

Qu'avez-vous a dire a cela ?

Je dis que je vous croyais a la chasse, Sire.

Et que je me devais de presenter mes hommages a Sa Majeste la reine.

Elle n'a que faire de vos hommages.

Vous etes a moi.

Je veux que vous restiez attache a ma personne.

La verite, monsieur : avec qui aviez-vous rendez-vous ?

Non !

Ne me dites rien.

Avec une femme.

Laquelle pourrait resister a ce visage d'ange ?

Ne vous compromettez pas avec une de ces marquises

qui cherchent un parti.

Ce n'est pas mon intention, Sire.

Mon ambition est de vous servir, n'en doutez jamais.

Eh bien !

Comment me trouvez-vous ?

Beau comme Apollon, Sire.

A M. de Richelieu, a qui je dois le bonheur de vous avoir pres de moi.

A M. de Richelieu, a qui je dois celui de vous servir.

Allons !

Ne me parle plus de me servir, je veux que nous soyons amis.

Et que tu m'ouvres ton coeur. Je ferai de meme.

Il est a vous, Sire.

Est-il vrai que vous avez congedie Mlle de Hautefort ?

On dit beaucoup de choses, a la Cour.

Il faudra t'en mefier.

Tu n'as ete qu'un pretexte.

Mlle de Hautefort m'irritait depuis longtemps a medire du cardinal.

Elle se servait de nos moments de priere

pour etre la voix de la reine et du Saint-Pere.

Il faut avoir peu de consideration pour le roi

pour croire que la politique du cardinal n'est pas agreee par moi.

Bonne nuit, Henri.

J'ai passe une douce soiree.

Bonne nuit, Sire.

Chaque instant en votre compagnie est une gloire.

J'ai deja hate de te revoir demain.

Vous avez pris des risques inconsideres, marquis.

Cela en vaut la peine ?

S'il eut fallu, j'aurais sacrifie ma vie pour venir jusqu'a vous.

Je n'ai pas assez de mots pour vous dire mon amour.

C'est trop, monsieur. Vos transports me font peur.

Vous avez de l'esprit et le roi vous aime.

Ce serait folie de compromettre votre position.

Que m'importe le roi si vous m'aimez.

Un mot de vous et je vous epouse, madame.

Mon Dieu ! C'est moi, alors, qui ne serais pas raisonnable.

Mesurez-vous bien l'ecart de condition qui nous separe ?

Vous etes marquis.

Tandis que je suis duchesse souveraine.

Le roi n'y consentira pas.

Le roi passera outre puisqu'il m'aime.

Le roi vous fera tuer parce qu'il vous aime.

N'y a-t-il pas un moyen ?

Il y aurait un moyen de diminuer la distance qui nous separe.

Vraiment ? Parlez.

Vous souvenez-vous du fauconnier que le roi a aime comme il vous aime ?

Eh bien ?

Le roi ne l'a-t-il pas fait duc et garde des Sceaux ?

Pourquoi n'atteindriez-vous pas ces hauteurs, par sa grace ?

Vous pourriez alors briguer ma main.

Vous me redonnez vie, madame.

Quelle est cette piece avec 3 duels, monsieur Corneille ?

Ce theatre est de la provocation.

Ce n'etait pas mon intention. Mais Le Cid l'exigeait.

Moi, j'exige que vous reecriviez cela.

Je ne vous ai pas alloue 1 500 livres pour recopier une piece espagnole.

Je n'ai fait que m'inspirer d'un evenement.

Justement ! Nous sommes en guerre contre l'Espagne.

Ce n'est pas le moment de nous vanter les exploits d'un ennemi.

Cependant votre niece a beaucoup apprecie.

Je sais. Vous avez eu l'habilete de la lui dedicacer.

Prenez note : "J'interdis que la piece intitulee Le Cid

"soit de nouveau representee...

"tant que l'Academie n'aura pas donne son avis."

Allez, monsieur !

Mes respects, Eminence.

Attendez !

Tenez.

C'est une autre de mes comedies dont j'ai eu l'idee

et sur laquelle vous broderez a votre aise.

Contentez-vous de l'embellir

sans en toucher la trame, je vous prie.

Sa piece contient des maximes contraires a la raison d'Etat.

On fera en sorte que l'Academie la refuse.

Il faut partir, Eminence. Vous serez en retard pour le conseil.

Place !

Eminence !

Eminence, il faut que je vous parle.

Deux mots, je vous prie.

Je suis presse, Henri.

Et je n'aime pas cette maniere que tu as de te presenter a moi.

Pardon, mais c'est important.

Monte avec moi, tu me diras ca en chemin.

Es-tu devenu fou ?

Je m'y oppose formellement, Henri.

Jamais je n'y consentirai.

Ni moi, ni le roi, ni personne.

Chavigny avait donc raison.

Tu as succombe au charme veneneux de cette intrigante.

Est-il possible que la passion t'aveugle a ce point ?

Cette femme te manipule, Henri, et se moque de toi.

Elle n'a qu'un seul but :

m'atteindre, a travers toi.

Comment expliquer qu'elle consente a une telle mesalliance ?

Vous ne plaiderez donc pas ma cause ?

Jamais !

Ne t'avise pas d'en dire un mot a Sa Majeste.

Tu n'es qu'un simple gentilhomme eleve par ma faveur,

et tu n'existes que par moi.

Je t'ordonne de l'oublier et de ne te consacrer

qu'a ta mission : me servir.

Vous me rendrez raison, monsieur de Richelieu.

Voila qu'il me menace, l'ingrat !

Qu'avez-vous fait en me presentant le marquis de Cinq-Mars ?

Je n'ai voulu que votre bonheur, Sire.

Le diable se cache-t-il derriere sa beaute ?

Rien ne semble l'effrayer.

Il ne connait aucune limite a l'insolence,

ignorant le respect qu'un roi est en droit d'attendre.

Je vais vous donner l'occasion de l'oublier, Sire.

Que nos armees se mettent en marche.

Le Portugal vient de se soulever contre Madrid.

Les ambassadeurs catalans sont a Paris, qui demandent

que vous liberiez leur province.

A mon tour de vous feliciter, monsieur.

Votre patience aura porte ses fruits.

Je conduirai cette expedition.

Nous repousserons l'Espagnol au-dela des Pyrenees.

J'oublierai les deceptions que me cause M. de Cinq-Mars,

qui n'est jamais ou je l'espere.

Il est impulsif, mais entierement devoue a votre personne, Majeste.

Ne lui refusez pas vos faveurs.

Il en abuse, de mes faveurs.

Il en abuse.

Monsieur de Cinq-Mars !

Sa Majeste vous cherche depuis des heures.

- Il est de mauvaise humeur. - Ce n'est pas votre affaire.

Votre cheval !

C'est inutile. Voici Sa Majeste.

Laissez-nous !

Que se passe-t-il ?

Vous manquez a vos devoirs, monsieur.

Et je ne saurai le souffrir.

M. de la Chesnaie m'a appris que vous avez couru chez la duchesse.

Elle a ete la maitresse de mon frere. N'est-ce pas la verite ?

Si, Majeste. Allez-vous me faire la lecon comme M. de Richelieu ?

Peu m'importe ce que t'a dit le cardinal !

Voici ce que te dit le roi :

renonce a cette femme.

Tu gagneras en honneur,

au lieu de tremper dans de noires machinations.

Ne puis-je vous servir et l'aimer ?

Je ne le tolererai pas.

Parce que je ne veux pas la voir te detruire. Oublie-la.

Pour te consoler et si tu promets de rompre,

je t'offre 1 500 ecus de pension

et te fais mon premier ecuyer.

Qu'en dis-tu ?

Etant Grand Maitre de la garde-robe, cette charge ne me grandirait pas.

Que faut-il donc pour te contenter ?

Que vous fassiez de moi votre Grand ecuyer, Majeste.

Ne suis-je pas le fils d'un marechal de France ?

Ce titre est l'un des plus prestigieux qui soit, Henri.

Beaucoup de noms illustres y pretendent.

Mais je te l'accorde.

Sois-en digne.

Je chevaucherai avec toi jusqu'a Perpignan, que nous assiegerons

ensemble pour enlever le Roussillon aux Espagnols.

Je me battrai a vos cotes jusqu'a la mort, Sire.

Je le jure devant Dieu.

Relevez-vous.

Monsieur le Grand,

il n'est pas question de mourir, mais de vivre.

Vivre ou mourir, je suis a vous, Sire.

Et moi, je te donne mon coeur.

Et te promets qu'il ne sera jamais partage.

Eh bien ! Que se passe-t-il ?

Rejouissez-vous.

Nous serons bientot unis par les liens sacres du mariage.

Le roi a fait de moi son Grand ecuyer.

Demain, il me fait duc et pair de France.

Je vous felicite, monsieur le Grand ecuyer.

Le roi vous aime, assurement.

Et peut-etre vous fera-t-il duc et connetable.

Mais vous oubliez celui qui ne permettra pas notre union.

Je sais : le cardinal.

Il m'a refuse ce droit. Il vous hait autant que vous le haissez.

Je le hais, parce qu'il mene la France a la ruine.

Je le hais, parce qu'il a fait du roi son valet,

parce qu'il martyrise la reine et qu'il assassine les bons chretiens.

Sa robe est tachee de sang.

- Il faut faire cesser cela. - Comment ? Il a la confiance du roi.

S'il a sa confiance, vous avez plus. Vous avez son affection.

Vous pouvez lui faire voir que le cardinal l'espionne

et ne fait de lui qu'un souverain de facade.

Il faut qu'il sache qui est le vrai maitre du pays.

Ai-je bien entendu, madame ?

Vous me demandez de trahir celui a qui je dois ma fortune

et le bonheur de vous avoir rencontree ?

Quelle fidelite devez-vous a un homme qui vous interdit d'aimer ?

Ne serons-nous donc jamais heureux ?

Doit-il exercer sur nous la tyrannie qu'il exerce sur la France ?

Le cardinal vous utilise, Henri.

Vous n'etes qu'un pion dans son jeu.

Et votre felicite ne durera que le temps que vous serviez ses plans.

Croyez-moi.

Le combattre est le moyen de vous sauver d'une disgrace inevitable.

La tache est vouee a l'echec.

La foi que porte Sa Majeste au cardinal ne peut etre brisee.

Dans ce cas, il faut agir autrement.

Comment cela ?

M'aimez-vous, Henri ?

En doutez-vous encore ?

Moi aussi, je vous aime.

Et quand on aime, qu'importent les moyens.

Depechez-vous !

Le moment est venu, mes amis.

Le roi quitte demain Paris avec l'armee,

laissant le cardinal a ses basses besognes.

Cette fois, nous ne faillirons pas.

Il ne faut pas que le cardinal vous imagine...

Je vous presente un homme acquis a notre cause, messeigneurs.

Vous nous mettez en grand danger, madame.

C'est folie de nous amener le debiteur du cardinal.

Il est a sa solde.

Vous doutez de ma parole ?

Cela suffit, messieurs. Rangez vos epees.

Je me porte garante de M. de Cinq-Mars.

S'il est vrai que le cardinal a oeuvre a mon heureuse destinee,

il m'en a demande en retour un trop lourd tribut.

J'ai refuse d'espionner le roi

et j'ai pris en aversion ses manieres.

Il me faut admettre que le royaume souffre de trop de sang repandu,

de trop de taxes et de trop de misere.

Soyez le bienvenu, monsieur le Grand ecuyer.

Que pensez-vous d'une pension de 40 000 ecus

de Sa Majeste Philippe IV d'Espagne ?

J'en pense le plus grand bien.

Considerez la chose faite.

Je savais que tu nous rejoindrais.

Voici ou nous en sommes, messieurs.

Fontrailles partira cette nuit pour Madrid

avec nos propositions pour etablir un traite avec le roi, selon lequel,

des l'annonce de la mort du cardinal,

les 9 000 cavaliers de la frontiere du Roussillon envahiront le royaume

et se mettront sous mes ordres.

Cela en accord avec Sa Majeste la reine Anne d'Autriche.

Evitons de prononcer le nom de la reine.

Il a raison.

La reine ne doit en aucun cas paraitre impliquee dans notre action.

Soyez sans crainte.

Personne ne sortira avant de preter serment.

Vos epees, messieurs.

Jurons sur la Sainte Vierge

de garder a jamais le secret sur notre conjuration

et de ne jamais devoiler nos noms

ni celui de la reine.

Je le jure !

Si tu dis vrai et que Cinq-Mars a rejoint mes ennemis,

je lui ferai payer cette trahison.

- Faut-il se saisir d'eux ? - Non.

Je veux savoir ce qu'ils complotent et les prendre sur le fait.

Combien etaient-ils ?

Une douzaine, environ.

J'ai reconnu le conseiller de la reine.

Lui aussi paiera de sa tete.

Pour l'heure, surveille-les et tiens-moi informe.

Eminence.

Je n'aurais jamais du faire entrer Henri d'Effiat dans la maison du roi.

Je me suis laisse entrainer par une tendresse coupable.

En politique, il faut se mefier de ses affections.

Attendez, avant de le condamner.

Peut-etre oeuvre-t-il pour nous.

Non. Il me trahit, je le sais.

Tu m'avais prevenu, pourtant.

Mais pouvais-je imaginer qu'il se prendrait de passion

pour Marie de Gonzague ?

Ma pire ennemie.

Elle le tient sous son emprise.

Et Henri n'est pas Rodrigue.

Il laissera sa passion l'emporter sur l'honneur et me trahira.

Je ne peux le croire.

Eminence.

Eminence !

Le vicomte de Fontrailles a ete vu a Orleans, travesti en capucin.

Il va en Espagne.

Comment le sais-tu ?

Son ecuyer.

- Il a parle et ne parlera plus. - Tres bien.

M. d'Orleans se cache-t-il toujours a l'abbaye Saint-Sulpice ?

Il n'en est pas ressorti, Eminence.

Qu'il y reste !

Il ne priera jamais assez pour sauver son ame.

Surveille-le.

Monseigneur.

Si l'ame damnee de Gaston d'Orleans court a Madrid,

c'est pour informer nos ennemis de nos preparatifs.

Prenez place, messeigneurs. Sa Majeste arrive.

Eh bien, monsieur le Grand ecuyer ! Que voulez-vous ?

Sa Majeste m'a prie d'assister au conseil, Eminence.

Votre place n'est pas ici, monsieur le Grand.

Retirez-vous.

C'est pourtant le roi...

Je vous ordonne de vous retirer, monsieur le petit marquis.

C'est assez que c'est moi qui le veux.

Ceci n'est pas le conseil du roi, mais un conseil de guerre.

Vous n'etes pas officier dans nos armees, que je sache.

La guerre n'est pas votre affaire.

Pour la derniere fois,

quittez ces lieux, immediatement.

Ou allez-vous ?

N'est-il pas l'heure du conseil ?

Qu'avez-vous ?

Vous etes si pale...

C'est qu'il me coute, Sire, d'avoir a vous refuser.

Je ne vous rendrais pas service

en me joignant a ces capitaines qui dirigent vos armees.

Je n'ai ni la science militaire, ni leur experience de la guerre.

Je reconnais ton coeur pur et loyal.

C'est ici, a Narbonne, que nous concentrerons nos troupes,

avant d'entrer en Roussillon, sous les ordres de Sa Majeste.

Continuez, monsieur de Richelieu.

J'avais invite M. le Grand, mais il ne s'en est pas juge digne.

Il faut louer sa grande sagesse et son discernement.

Je lui en ferai part.

Eh bien ! Comment s'annonce notre expedition ?

Fort bien, Sire.

Le rapport des forces est en notre faveur.

Le duc d'Olivares tient la place forte de Rivesaltes,

qu'il faudra enlever avant d'arriver a Perpignan.

Ca pourrait nous couter des pertes considerables.

Ne pourrions-nous compter sur quelques trahisons ?

Des bourgeois qui, moyennant pensions, ouvriraient

les portes de leur cite ?

Vous lisez dans mes pensees, Majeste.

Mes agents s'y emploient.

Messeigneurs,

je vous annonce que la couronne de France a un heritier.

Longue vie a Louis,

dauphin de France.

Longue vie a Louis,

dauphin de France.

Marie !

Marie ! C'est decide. Je tuerai moi-meme le cardinal.

Moins fort. Vous voulez nous faire mettre a la Bastille ?

- Et cette fureur ? - Vous en serez informee.

Par la rumeur, helas.

Je le jure. Il paiera les insultes qu'il m'a jetees au visage.

Calmez-vous !

Non. Je ne veux pas me calmer, je veux me venger.

Avant de commettre l'irreparable,

profitez que le roi vous aime pour faire bannir le cardinal.

Ou mieux encore : obtenez sa benediction pour le tuer.

Avec ou sans sa benediction, M. de Richelieu mourra.

Je pars avec Sa Majeste pour Narbonne

et j'y attendrai le cardinal pour agir.

Faites-le savoir a Son Altesse.

J'ai peur pour vous, Henri.

Laissez agir les assassins envoyes par le roi d'Espagne.

Vous ne comprenez pas, Marie.

Non content d'avoir refuse notre union,

M. de Richelieu a sali mon nom devant les seigneurs du royaume.

Je ne pourrai vous aimer tant que je ne l'aurai pas tue.

Alors que Dieu vous garde !

Si vous reussissez, Henri,

un grand destin vous attend.

Un grand destin nous attend, Marie.

Ne doutez jamais de mon amour.

Vous me manquez deja.

Revenez sain et sauf.

Je n'en peux plus.

Mes jambes sont raides comme du bois.

Plus de 5 heures de chevauchee !

A cette allure, nous y serons dans 1 semaine.

Quand le cardinal quitte Paris ?

Demain matin.

Ses rhumatismes l'obligent a faire de courtes etapes.

Il couchera ici demain, chez le bourgmestre,

a l'abri des murs de la cite.

N'est-il pas trop age pour supporter le poids du gouvernement ?

Que veux-tu dire ?

Voila 18 ans que vous lui avez confie cette charge.

N'etes-vous pas las de ces revoltes ? De ce sang qu'il repand

pour assurer sa propre gloire ?

Ce discours pourrait te conduire a la Bastille,

Henri.

Je vous aime, alors je vous parle a coeur ouvert.

Je ne suis pas de ceux qui flattent par-devant pour medire par-derriere.

Cela est vrai. C'est pour cela aussi que je t'aime et te pardonne.

Je connais mieux que personne les defauts de mon 1er ministre.

Je sais son gout pour l'argent qu'il a amasse.

Je sais sa vaine pretention a tenir la plume.

Je m'amuse de le voir s'enrager lorsqu'on acclame M. Corneille

et que par jalousie, il fait interdire Le Cid par son Academie.

Je ris de son ambition de construire

une ville ideale qu'il baptise de son propre nom :

Richelieu.

Il prefere les affaires de l'Etat a celles de l'Eglise

et se dispense de dire la messe

pour aller voir ses maitresses, les plus belles femmes de Paris.

Que dire encore ?

Qu'il se complait a repandre le sang.

A decoller les tetes de tous les grands nobles du royaume.

A faire mourir vos soldats sur les champs de bataille,

a massacrer vos paysans qui se revoltent contre leur misere.

Que dire encore ?

Qu'il se plait a espionner le monde entier pour mieux le tenir.

A commencer par son roi.

Que dis-tu ? Le cardinal m'espionne ?

Par votre valet, M. de la Chesnaie, qui se rend le mardi a son palais

pour lui faire part de vos gestes, de vos paroles.

Si tu dis vrai, j'en demanderai compte a Son Eminence.

Mais toi, serais-tu par hasard devenu son ennemi ?

Ne peut-on critiquer et aimer a la fois, Sire ?

Prends garde.

S'attaquer a lui, c'est s'attaquer a moi.

Tu ne sais pas ce que c'est que gouverner la France.

Le royaume est fait de tant de peuples :

Normands, Bretons, Basques,

Bourguignons, Picards, Provencaux...

Leur faire accepter un destin commun nomme France

et les soumettre a une seule et meme autorite,

voila l'ultime dessein du cardinal.

Pourquoi lui abandonner tant de pouvoirs ?

N'etes-vous pas le roi ?

Quand on a a son service

un homme si intelligent qui veut la grandeur de la France,

il faut savoir s'effacer, Henri.

Mais sache qu'il n'y a rien qui ne soit fait sans mon accord.

Le cardinal me fait chaque jour part de ses initiatives.

Nous decidons ensemble.

De meme que c'est parce qu'il sait juger et qu'il t'a fait confiance

que je peux sans crainte t'ouvrir mon coeur.

Mais quelle honte !

Comment un cardinal apostolique fait alliance avec des heretiques

pour combattre mon frere,

le Roi Tres Catholique ?

M. de Richelieu a fait du service de l'Etat sa seule religion.

Majeste, le marquis de Mirabel

est ici et demande a etre recu.

Faites-le entrer et laissez-nous, je vous prie.

Antonio. Quelles nouvelles ?

Voici le traite signe du roi, votre frere,

Majeste.

Vous seule en avez copie, avec Mgr d'Orleans.

Accepte-t-il les conditions de notre allegeance ?

Sans exception, Majeste.

Dieu est avec nous.

Il ne manque plus qu'une chose.

Qu'est-ce ?

La mort du cardinal.

Avez-vous perdu la tete, mademoiselle ?

Venir chez moi, en plein jour.

Il se trame quelque mauvais coup.

La reine est febrile et agitee depuis des jours.

Elle ne dort plus et s'irrite rapidement.

Vous me derangez pour me parler de ses humeurs ?

Ce n'est pas tout.

Hier, le marquis de Mirabel est venu la voir.

Plus tard dans la soiree,

Sa Majeste a refuse qu'on la deshabille pour le coucher.

Eh bien ?

Sans doute dissimulait-elle sur elle un document

qu'elle aura cache dans son coffre, celui qui a un tiroir secret.

Merci de me faire part de vos observations, mademoiselle.

Retournez aupres d'elle.

Il se manigance une conspiration, l'abbe.

Et je soupconne Anne d'Autriche d'en etre complice.

Comment s'en assurer ?

En attaquant, l'abbe. C'est la meilleure defense.

Majeste, Son Eminence est la, qui demande a vous voir.

Mon Dieu !

Mais que me veut-il ?

Ne le fais pas attendre.

Pardonnez cette intrusion, Majeste.

Je suis venu vous presenter mes hommages...

Avant de prendre la route pour rejoindre le roi.

Je suis touchee. Je sais votre temps precieux

et quelle oeuvre immense vous accomplissez.

Rien ne me serait possible sans la confiance du roi.

Oui.

Je prie chaque jour pour qu'il revienne vainqueur.

Mais cela me dechire le coeur de voir tant de catholiques s'entretuer,

quand la paix est offerte par mon frere.

J'ai une requete a presenter, Majeste.

"Une requete", Eminence ?

Avant de partir pour ce voyage

dont je pourrais ne jamais revenir,

j'aimerais saluer le dauphin de France.

Mais bien sur.

Bien sur.

Mlle de Chemerault !

Majeste ?

Demandez a Mme de Lansac de presenter le dauphin Louis

a Mgr le cardinal.

Tout de suite, Majeste.

Je vais prier pour que vous reveniez sain et sauf, Eminence.

Je suis certain que vos prieres, que je sais ferventes et sinceres,

me protegeront d'un mauvais coup.

Que Dieu vous garde, Altesse !

Profitez bien de lui avant le retour du roi, Majeste.

Que voulez-vous dire, Eminence ?

Avant de partir pour la guerre,

le roi m'a fait part de son intention

de vous retirer l'education du prince.

Mais pourquoi ?

Sa Majeste s'exaspere de vos connivences

avec les ennemis de la France.

Vous comprendrez qu'il ne puisse admettre que la reine de France

soit en intelligence avec ceux qu'il combat.

Certains a la Cour evoquent meme le mot...

de trahison.

Me retirer mon fils ?

Je ne le supporterai pas.

Il suffirait d'un gage de votre bonne foi

pour que Sa Majeste renonce a ce projet,

auquel il repugne lui-meme.

Vous l'aurez, monsieur de Richelieu.

Mon pere ! Mon pere !

Que se passe-t-il ?

Vous devez me sauver, mon pere.

Le roi et le cardinal me soupconnent de trahison.

Ils me menacent de me retirer le dauphin.

Calmez-vous, Altesse. Personne ne parlera.

Nous avons tous jure.

Vous savez ce que valent les serments face au bourreau.

Vous devez m'aider, mon pere.

- Qu'attendez-vous de moi ? - Tenez.

Prenez ce document.

Faites en sorte de le remettre entre les mains du cardinal.

- Mais comment ? - Peu importe.

Personne ne doit savoir comment cela lui parvient.

Sinon c'est la mort pour vous.

Faites-moi confiance.

Comment vous refuser, Majeste ?

Des l'aube, j'enverrai l'un de mes moines.

Il ne parlera pas, car il est muet.

Dieu vous benisse, mon pere.

Bienvenue, monsieur le comte.

Merci, excellence.

Victoire !

Vive le roi !

Occupez-vous des blesses.

Viens que je t'embrasse. Jamais je n'ai vu un tel courage.

- Je n'ai fait que mon devoir. - Plus que cela.

Mais promets-moi de ne plus risquer ta vie.

Je ne pourrais te perdre.

Ma vie ne compte pas, Sire. Ne songez qu'a votre gloire.

Que je t'aime ! Viens.

Allons feter ton exploit.

Comte, vous voici enfin !

Ou est donc mon Premier ministre ?

A Narbonne, ou il se repose.

Il a souffert de ses rhumatismes.

Il sera heureux de vous voir si vous vous y rendez.

Nous irons, comte.

Feter l'exploit de M. le Grand,

qui a enleve la forteresse de Rivesaltes,

qu'on disait imprenable.

Je vous felicite, monsieur.

Il fallait voir avec quelle fougue il a mene ses hommes.

Vous l'auriez cru immortel, comte.

Helas, nous avons essuye des pertes.

L'essentiel est que tu sois vivant.

Monsieur de Chavigny,

dites a Son Eminence que nous viendrons le visiter.

Je veux lui faire part de nos victoires.

Si Henri d'Effiat s'est illustre au combat comme vous le dites,

il faut s'en rejouir, Chavigny.

Il etait temps qu'il apportat quelque satisfaction.

En effet.

Le roi le couvre de louanges et n'a jamais ete aussi epris de lui.

Qu'est-ce que c'est ?

Mixture de secretion de grenouille et de chauve-souris

qu'un medecin juif m'a recommandee.

Bon. Nous ne sommes plus a une heresie pres.

Qui es-tu ?

Attends.

Arretez-le !

Par le diable !

Il est mort.

Eh bien, Chavigny ! Avez-vous vu le diable ?

Presque, monseigneur. Regardez ceci.

Le sceau de la maison d'Autriche.

- Qu'est-ce que cela signifie ? - Je l'ignore.

Il m'a ete remis par un moine qui s'est donne la mort

plutot que de se laisser prendre.

Il lui fallait une bonne raison pour preferer l'enfer au ciel.

Par le Saint-Esprit !

C'est impossible.

Eh bien ?

C'est de la haute trahison, Chavigny.

Une conspiration comme jamais la France n'en a connue.

Mais encore ?

Un ignoble traite signe dans le plus grand secret

entre le roi d'Espagne et Gaston de France.

Pour nous poignarder dans le dos.

Le felon a vendu le royaume a l'ennemi.

Tous les noms y sont :

le duc de Bouillon, le comte de Fontrailles et, devinez,

le marquis de Cinq-Mars.

Un serpent que j'ai couve dans mon sein.

Un ingrat dont j'ai fait la gloire

et qui embrasse chaque jour un roi qu'il assassine.

C'est un crime innommable. Il faut prendre des mesures.

Elles vont l'etre, Chavigny. Soyez-en assure.

Je voudrais savoir qui nous a fait parvenir cette piece a conviction

pour le proces qui s'annonce.

Je cours le porter au roi ?

Non. Il faut que ce soit moi qui le lui montre.

Sinon vous seriez en danger.

En danger ?

La passion du roi pour Cinq-Mars l'aveugle tant

qu'il vous traitera de calomniateur et vous fera tuer.

Majeste.

Quelle joie de vous voir, cher ministre !

Vous savez la nouvelle ?

Grace a M. le Grand, la route est libre

pour que l'on assiege Perpignan.

Je m'en rejouis, Majeste,

et ne saurai trop vous feliciter, monsieur le Grand.

Sa bravoure a ete si eclatante

que je lui ai confie le commandement de nos armees.

Ce ne serait pas convenable, Majeste.

Plait-il ?

Et pourquoi donc ?

Beaucoup de generaux dont les titres sont plus hauts que celui du marquis

y verront de la defiance.

Leurs titres ne sont pas des titres de gloire.

Voulez-vous me facher ?

Suis-je le roi, oui ou non ?

Doutez-vous de ma capacite a juger de qui doit commander nos armees ?

N'insistez pas, Sire.

M. de Richelieu ne me juge pas digne de mourir sur un champ de bataille.

Je vous juge pour ce que vous etes, monsieur de Cinq-Mars.

Expliquez-vous, Eminence.

A vous, je n'ai rien a dire. Retirez-vous.

J'ai a parler au roi d'une affaire.

Mais enfin, Eminence !

Croyez-moi, Majeste.

C'est a l'instant que je dois vous parler

d'une affaire de la plus haute importance.

C'est la derniere fois que vous me mettez a la porte, monsieur.

Voila un point sur lequel nous sommes enfin d'accord.

Henri !

Vous me desobligez grandement, Eminence.

Vous connaissez l'affection que j'ai pour lui.

Pourquoi le traiter de la sorte et devant ma personne ?

Ma reponse est la, Majeste.

Cela ne se peut. Ceci est un faux grossier.

Helas, Sire.

Ce sont bien les signatures de Philippe IV

et de monsieur votre frere.

Et le sceau est celui de la maison d'Autriche.

"Il est arrete que Sa Majeste Philippe IV

"ne traitera qu'avec Son Altesse Gaston de France

"et que l'Espagne recouvrera toutes les places fortes

"dont le roi Louis XIII se..."

Si la perfidie que je lis est averee,

cela releve de la trahison la plus infame.

Qu'ai-je donc fait a mon frere pour qu'il conspire contre moi ?

Vous regnez, Majeste.

Il a toujours ete le prefere de ma mere.

Marie de Medicis en a fait un inconstant,

un velleitaire qui a baise toutes les femmes de ma Cour.

Finissez de lire, Majeste.

Vous ne savez pas encore tout.

"150 000 ecus de pension pour Son Altesse Gaston d'Orleans,

"20 000 ecus pour le vicomte de Fontrailles,

"40 000 ecus pour le Grand ecuyer..."

Non.

C'est impossible.

Ce n'est pas vrai, monsieur.

C'est encore une de vos machinations dont vous avez le secret.

Je ne serai pas dupe. Vous etes alle trop loin, cette fois.

De quoi m'accusez-vous, Majeste ?

D'avoir rajoute son nom a cette ignoble conspiration.

Vous le detestez, car il a refuse de vous servir.

Il me l'a dit.

C'est une forfaiture dont je vous sais capable,

monsieur mon ministre d'Etat.

Accuser Henri d'Effiat de haute trahison

alors qu'il vient de risquer sa vie sous les murs de Rivesaltes...

Cela n'a pas de sens.

C'est possible, Majeste. Et je ne demande qu'a vous croire.

Mais le sort du royaume est en jeu et l'heure n'est pas aux hesitations.

Il vous faut signer des lettres de cachet,

et que nos soldats se saisissent de tous ces traitres.

Nous pourrons relacher M. le Grand

des qu'il nous aura montre son innocence.

Tandis que s'il est coupable, il aura pris la fuite.

Mettons mon frere hors d'etat de nuire.

Il est l'ame du complot.

La chose n'est pas aisee. Mais connaissant sa vanite,

nous avons mis au point un piege qui le conduira jusqu'a nous.

Je le tuerai !

Je te dis, je le...

Je le tuerai cette nuit.

Il fallait le faire tout a l'heure.

Devant le roi ?

C'est impossible.

Mais je le ferai cette nuit.

Je l'etoufferai dans son sommeil, et personne ne le regrettera.

De la part de quelqu'un qui vous veut du bien.

"On en veut a votre personne. Fuyez."

Voila une nouvelle.

Tu es fou ! C'est l'ecriture du roi.

Pourquoi pas du Saint-Pere ?

Mais sauve-toi, bon Dieu !

Ne vois-tu pas que tu es en danger, malgre le roi qui te veut du bien ?

Je n'ai pas peur du cardinal.

Nous l'avons trouve dans une taverne.

Le roi vous fera regretter les humiliations que vous m'infligez,

monsieur le cardinal.

Vous serez transporte des ce soir a Lyon, ou vous serez mis

au secret en la forteresse royale de Pierre-Encise,

en attendant que vos complices vous y rejoignent, monsieur le Grand.

Quels complices ? De quoi parlez-vous ?

Emmenez-le !

Attendez. De quoi m'accusez-vous ?

Eminence ! Repondez. Je veux voir le roi.

Je veux voir Louis.

Vous ici ?

Mes respects, Altesse.

Voici 6 jours que je chevauche pour vous porter un ordre du roi.

De mon frere ? Je vous ecoute.

Il s'agit du commandement de l'armee de Champagne

afin d'assurer la defense de nos frontieres contre les Espagnols.

Voici sa lettre vous nommant general.

Je ne faillirai pas a l'appel de mon frere.

Je fais sceller mon cheval et vous accompagne. Mon epee !

Remerciez Mgr le duc, messieurs. Et bon retour.

Altesse, je vous prie de me remettre votre epee.

Que dites-vous, comte ?

Sur ordre du roi,

je vous arrete !

Majeste, M. de Thou est la et demande a vous parler d'urgence.

Nous avons ete trahis.

Mon Dieu ! Mais comment est-ce possible ?

Une copie du traite est tombee entre les mains du cardinal.

C'est une trahison.

"Une trahison" ?

Mais de qui ?

Le saurons-nous jamais ?

Adieu. Je dois quitter la France avant que l'on m'arrete.

Majeste !

Majeste, ouvrez ! Ordre du roi.

Il est trop tard. Adieu, madame.

Je vous aime et ne prononcerai jamais votre nom,

meme sous la question.

Merci, mon ami.

Et que Dieu vous garde !

Majeste !

J'ai pour ordre d'arreter le conseiller de Thou.

Eh bien, faites, capitaine ! Faites !

Je suis a vous, monsieur d'Artagnan.

Perpignan est a nous, Sire.

Les vaisseaux du marechal ont detruit la flotte espagnole.

Et les gens nous ont ouvert les portes.

Les Espagnols fuient vers les Pyrenees.

C'est bien, Treville. C'est bien. Quelles nouvelles du Grand ecuyer ?

"Le Grand ecuyer" ?

Il a ete arrete, Sire.

"Arrete" ? Arrete, dis-tu ?

Son Eminence l'a emmene a Lyon pour le soumettre a votre justice.

C'est peut-etre mieux ainsi.

Il sera vite reconnu innocent. Il ne peut en etre autrement.

A cheval !

En route pour Lyon !

Sais-tu combien tu m'as decu ?

Vous egalement, monseigneur.

Ton insolence ne te sauvera pas, ici. Je ne suis pas le roi.

Cela est certain.

Vous n'avez ni sa fantaisie, ni sa profondeur d'ame.

C'est que tu me connais mal.

Je connais l'aridite de votre coeur et cela me suffit.

Mais de quoi etes-vous donc fait ? Du sang coule-t-il dans vos veines ?

Suffisamment pour avoir cru en toi...

mais tu n'es pas celui que j'esperais.

Tu n'as pas herite des hautes valeurs morales de ton pere.

Je vous interdis de parler de mon pere ou de morale.

La comedie est terminee, Henri.

Tu as trop abuse de mon indulgence.

Tu es entre les mains de la justice.

Quelle "justice" ?

La votre ?

Celle qui condamne avant d'etre juge ?

Je ne suis coupable que d'avoir aime une duchesse et d'etre aime du roi.

Excusez du peu, monsieur.

Comment as-tu pu te compromettre dans cette conspiration

qui livrait la France a l'Espagne ?

Est-ce par amour pour la duchesse de Nevers

ou par haine contre moi qui t'ai tout donne comme a un fils ?

"Un fils" ? Vous vous abusez, monseigneur.

Vous ne savez rien de l'amour d'un pere pour un fils.

Un pere n'attend rien d'autre que le bonheur de son enfant.

Tandis que vous, ame charitable,

exigez que l'on espionne le monde entier

et que l'on soit a votre service.

T'avoir fait entrer dans le sublime jeu de mes fonctions politiques

etait ma plus grande marque d'attachement.

N'y a-t-il donc pour vous que la politique ?

Adieu.

Le chancelier viendra t'interroger.

Je n'ai rien a lui dire.

Reflechis bien.

Ta vie est en jeu.

Sa Majeste viendra me liberer. Il sait ce qu'aimer veut dire, lui.

J'ai apprecie a sa juste valeur la ruse

que vous avez employee pour m'offrir ce...

chaleureux logis, monsieur du Plessis.

Quelle est cette fois la faute dont mon frere m'accuse ?

Elle est si grande que votre vie meme est menacee.

Vous avez commis un attentat contre l'Etat

que la clemence ne peut absoudre.

Cela ne se peut, Eminence.

Dieu m'est temoin que j'ai toujours ete loyal a la France et au roi.

Connaissez-vous ce traite ?

Il est signe de vous et du roi Philippe IV d'Espagne.

Qui vous a remis ceci ?

Le seul moyen de vous sauver

est de nous faire des aveux sinceres et complets.

Je dirai tout, Eminence, pourvu que j'obtienne le pardon du roi.

Les noms de ceux qui ont participe a ce crime de haute trahison ?

Oui. A commencer par M. le Grand,

qui en est le principal artisan.

Je m'attendais a plus de noblesse de la part de l'un des fils d'Henri IV.

Il est vrai que vous avez deja vendu beaucoup de vos amis.

Je n'ai dit que la verite, comme vous me l'avez demande.

A chacun sa verite, Altesse.

Que voulez-vous dire ? Je suis prince de sang.

Seul le roi est en droit de juger de mes actes !

Majeste !

Il faut que je vous parle.

En prive.

Que vous arrive-t-il ?

Il faut sauver M. le Grand. Le cardinal l'a arrete.

Seriez-vous amoureuse de M. de Cinq-Mars ? Je ne peux le croire.

Qu'importe aujourd'hui que je l'aime ou non.

Je ne veux pas qu'il monte sur l'echafaud.

Mais enfin, vous perdez la tete, Marie.

Le roi est trop epris de lui.

Jamais il ne permettra au cardinal d'aller jusqu'a cette extremite.

J'ai deja dit a Son Eminence

que je n'avais rien a vous dire.

C'est egal.

Vous ecouterez la deposition de Son altesse, le duc d'Orleans.

Il vous charge de bien des crimes.

Encore une fourberie du cardinal.

Lisez vous-meme.

Et voyez la signature au bas.

Le serment d'un prince ne vaut-il donc rien ?

J'ai cru en lui et il m'envoie a l'echafaud.

Il faut se mefier des grands de ce monde, monsieur le marquis.

Ils jouent avec nos vies.

Mais vous pouvez sauver la votre.

Dites-nous comment et pourquoi vous avez trempe dans ce crime.

Ou est-il ? Je veux voir M. le Grand a l'instant !

C'est impossible, Sire.

Le chancelier l'interroge en ce moment, a la prison royale.

Il le liberera. Henri est innocent.

Mes hommages, Majeste.

Eh bien, monsieur, avez-vous libere M. le Grand ?

Il est coupable, Sire.

C'est impossible.

Il vient pourtant d'avouer ses crimes.

Voyez, Sire.

Ce ne sont que mensonges.

Henri est incapable de me trahir.

Je le connais.

C'est une ame pure entrainee par la fourberie de mon frere.

C'est vous, le coupable.

Vous ne lui pardonnez pas de m'avoir aime plus que vous.

Votre rancune n'est pas motivee par le royaume,

mais par l'amertume qui vous ronge le coeur.

Vous poursuivez une vengeance contre cet enfant

que vous avez choye et dont vous n'avez pas su garder l'affection.

N'est-ce pas la verite,

monsieur de Richelieu ?

Vous vous egarez, Majeste.

Je n'ai de souci que votre securite et votre gloire.

Vous n'avez pas supporte qu'il vous echappe,

ni que je l'aime.

Ni qu'il soit libre comme l'air.

Vous l'avez rejete,

humilie,

desespere.

Et vous allez jusqu'a le faire condamner

pour qu'il disparaisse a jamais.

Je veux que la justice royale

punisse ceux qui attentent a la securite de l'Etat.

M. de Cinq-Mars, tout comme M. de Thou,

est coupable de haute trahison.

Il doit donc mourir.

Ma seule faute est de vous l'avoir presente.

Vous etes donc aussi coupable que lui.

J'exige la liberation de M. le Grand.

Dans ce cas, Sire,

il faudra me liberer de mes obligations du gouvernement.

Comment ? Vous mettez votre ministere dans la balance ?

Ai-je le choix ?

Un roi doit preferer la justice a la misericorde.

Henri d'Effiat doit mourir, pour vous avoir trahis, vous et la France.

Non !

Je ne veux pas.

Je ne le permettrai pas.

D'autres sont morts pour moins que cela.

Votre coeur n'est-il jamais accessible a la pitie ?

Ce serait compromettre

tout ce que nous avons bati depuis des annees, Majeste.

Voulez-vous mettre en peril votre autorite

et l'unite du royaume ?

Oubliez le coeur et ses passions, Sire.

Signez,

en pensant au bonheur de vos sujets,

qui attendent de la justice qu'elle les protege des traitres,

fussent-ils beaux, jeunes et aimables. Signez.

Soyez fort avec moi.

Comme nous l'avons toujours ete.

Signez.

Vous savez que j'ai raison.

Ne serai-je donc jamais en paix ?

Seule compte la paix du royaume, Sire.

En signant, ce n'est pas une tete que vous faites tomber,

mais votre trone que vous elevez.

Etes-vous satisfait,

monsieur le Premier ministre ?

Vous avez eu la tete de vos ennemis.

Je n'ai d'autres ennemis que ceux de l'Etat, Sire.

Ou allez-vous ?

A Paris, Majeste,

ou ces messieurs de l'Universite m'attendent

pour inaugurer la nouvelle Sorbonne qui a ete construite.

Ce n'est pas une tache humaine que de gouverner la France, Chavigny.

Voila 18 ans que vous lui avez tout donne, Eminence.

Elle n'a jamais ete si puissante.

Il reste tant a faire.

Et le temps qui me reste est si court.

En position !

Levez !

Marche !

Sortez !

Sortez tous ! Tous !

Non.

Je veux mourir les yeux ouverts.

Dieu sait si j'ai aime cet enfant.

Adaptation : Elisabeth Teixeira pour Eclair Group

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