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Original subtitles

Musique dramatique

…

…

…

…

Cloches

…

Musique douce

…

- Ah, elle est belle.

Applaudissements

- Qu'une manière de jouer le coup.

Moi, j'enverrais promener le cochonnet.

- Encore faut-il réussir.

- Formidable ! Comme je l'avais indiqué.

- Tu aurais été le plus fort.

- Où est Thérèse ?

- Elle s'intéresse à rien. Elle regarde encore couler l'eau.

- Thérèse.

Qu'est-ce que tu fais ?

- Rien.

- Rien, c'est plus passionnant que la partie ?

- C'est toujours la même chose.

- Et le Rhône, c'est toujours différent ?

- J'ai peur que tu prennes froid. Il faut rentrer.

- Si vous voulez.

- Ferme ton cache-col.

Mon pauvre Camille. S'il n'y avait eu que Thérèse pour s'occuper de toi…

- Je peux me déshabiller seul.

- Laisse.

Je savais que ça ne te vaudrait rien.

- J'ai eu des frissons, mais c'est passé.

- Un rhume pour toi est comme une bronchite. Assieds-toi.

Elle gémit.

C'était pourtant simple à comprendre.

Mais quand on ne pense à rien…

Thérèse !

Cette bouillotte ?

- Oui, je fais chauffer l'eau.

- Tu entends ? C'est la différence entre une épouse et une mère.

Avec moi, l'eau serait déjà bouillante.

Passe ton pyjama, et mets-toi au lit. Je vais chercher ta bouillotte.

Cette bouillotte, ça vient ?

- Un instant. - Laisse-moi faire.

C'est pas de ta faute ?

- Il faisait beau. - Il y avait des nuages.

On a chaud, puis on a froid. Tu devrais le savoir.

- J'avais proposé d'aller au cinéma.

- Merci.

Respirer les microbes en regardant les gens qui s'embrassent…

Tous ces films ne te valent rien. Tu rêves trop.

L'amour n'est pas romanesque.

Finalement, l'amour, c'est veiller à ce que son mari se porte bien.

Pose-la-lui aux pieds.

Pas sur le ventre, c'est mauvais pour le foie.

- Comment te sens-tu ?

- C'est maman qui s'inquiète.

À l'écouter, je passerais ma vie au lit.

- Voilà.

Tu n'as besoin de rien d'autre ?

- Non.

J'allais déjà m'endormir.

C'est bon, de dormir.

Et ça ne coûte rien.

- Alors, dors bien.

Musique douce

…

(Accent italien) - Pour Malabert. 6 caisses.

On est pressé.

- Et votre feuille d'embarquement ?

- Voilà.

6 caisses à prendre.

- Elle a été visée par le contrôleur ?

- C'est pour Malabert, ou non ?

- Il faut passer par le contrôle.

- Où est le contrôleur ?

- Il est pas là, je le remplace.

- Regardez-la, ma feuille. Elle est en règle, non ?

- Pas ici. Dans mon bureau.

Le règlement est pour tout le monde, même les étrangers.

- Les étrangers ne vous plaisent pas ?

Leurs têtes ne reviennent pas au contrôleur ?

- Là n'est pas la question.

Si vous passez pas par le bureau, vous le regretterez.

- Eh, vieux.

Réveille-toi, on est arrivés.

- Où ça ? - Chez toi.

Il faut descendre.

Alors, tu te décides ?

- Laurent, je crois que j'ai perdu mes jambes.

- Je vais t'aider.

- C'est sérieux. J'ai oublié mes jambes au café.

- Si tu les as oubliées, on les retrouvera.

Laisse-toi glisser, je te rattrape.

- Je peux pas, Laurent. Oh, ma tête.

- T'as perdu ta tête aussi !

- C'est pas ça, mais elle tourne.

- Il est dans un bel état, le contrôleur.

Un colis pour la maison Raquin.

- Il a eu un accident ? - Oui.

Un petit verre de trop.

- Camille ne boit jamais.

- Justement.

On a eu des mots.

Mais je n'ai pas de rancune, je n'ai pas voulu en rester là.

On s'est réconcilié.

Je t'offre un verre. Je t'en offre un autre.

Et je vous le ramène.

Il n'y a qu'à le laisser dormir.

Où je le dépose ?

- Sa chambre est là-haut.

Je vous aide.

- C'est pas la peine.

Il pèse rien.

Vous êtes sa sœur ?

Excusez-moi.

Alors…

Si vous voulez me montrer le chemin.

- Par ici.

- Le poids, c'est rien.

Mais il est trop long.

- Je suis confuse. - Vous en faites pas.

Où est la chambre ?

- Par ici.

- Il vaudrait mieux l'asseoir un peu.

Il faudrait lui mettre de l'eau sur la figure.

- Laurent.

Ne m'abandonne pas.

- T'inquiète pas.

Je suis là, je veille sur toi.

Il gémit.

- Ah, c'est bon.

Merci, Laurent.

Ah, c'est toi.

Laurent, c'est mon ami, mon frère.

J'avais un frère et je le savais pas.

Elle, c'est Thérèse.

- Et toi, Camille.

- Laurent, où es-tu ? - Je suis là.

Tiens-toi tranquille. Dors.

- Je me tais si tu viens jeudi.

- C'est d'accord.

- Bon, alors je dis plus rien.

- Ça fait 10 fois qu'il me fait jurer de venir jeudi.

Que se passe-t-il, le jeudi ?

- Mme Raquin reçoit des amis.

- Il va dormir.

- Allez-vous-en.

Je vous en prie.

J'ai honte.

- Pour un petit verre de trop ?

On se rencontre comme on peut.

Je trouve que l'important, c'était de se rencontrer, non ?

- 4 et 3 ! J'ai sauté.

- C'est le moment où je fournis mon effort.

- Pardon. Vous n'avez pas fait rouler les dés.

- J'ai pas fait rouler ? - Je proteste.

- M. Grivet, Camille ne triche jamais.

Ce serait vous…

- Je triche ?

Si Camille doit toujours gagner, je préfère donner mes 40 sous, là.

- Vous jouez, ou vous les donnez ? - Je joue.

Et je fais rouler les dés, moi.

3.

Et 2.

- Ça ne fait pas 6 !

- Pardon, c'était une erreur.

- Un et deux.

- M. Michaud, vous iriez plus vite à bicyclette.

- À toi, Laurent.

- Aux courses, j'y suis allé qu'une fois. À Turin, avec mon père.

C'était un connaisseur.

Il préparait son jeu toute la semaine.

Mais il perdait toujours.

J'avais 8 ans, et je disais : "il faut jouer le 4".

Il voulait pas. C'était pas scientifique.

Mais il m'achète un ticket. Le 4 gagne.

Quelle joie. Je croyais que j'avais gagné le cheval.

Mais je ne l'ai pas eu. Mon plus grand chagrin de gosse.

- Si on raconte des souvenirs, on s'en sortira jamais.

- 5 et 4.

- 27. La patte cassée. C'est fini et tu paies 20 sous pour l'équarrisseur.

- Thérèse, ouvre la bouteille de M. Laurent. Camille va gagner.

- Je vous aide ? Je suis hors course.

- Sur la distance, vous ne valez rien.

3 et 2. - À moi.

Double 5.

- Ah, si vous faites des doubles.

- Je mène comme je veux. - Certains n'ont pas

l'esprit sportif.

- À qui Mme Raquin vient de faire allusion ?

- Alors, vous êtes battu ?

- Mon cheval se serait cassé la patte.

Vous ne jouez jamais ?

- Non.

Je n'y mettais pas assez de passion. - Double 6 !

- Ils se disputent tout le temps ?

- Tous les jeudis. Depuis 17 ans.

- Voilà. - Merci.

- 4 et 5.

J'ai gagné !

- Le vin d'honneur. Camille a gagné.

- C'est une victoire dont je ne serais pas fier.

- Mon cheval n'aime pas le terrain lourd.

- Camille devient trop fort.

- Je saute mal, mais en plat, je cours plus vite.

- Le meilleur temps en steeple, c'est moi qui l'ai fait.

- Au vainqueur.

- À la femme du vainqueur.

- Laurent déjeune pas ?

- Il est à Saint-Étienne.

- Son camion est là.

- Mais on l'a pas vu.

Que buvez-vous ?

- Une demie rouge.

- Oui, j'écoute ? Allô ? Une minute.

Oui ? Vous demandez ?

Vous parlez de qui ?

Laurent est rentré ?

- Sa camionnette est là, donc sûrement.

- Quittez pas, je l'appelle.

Laurent !

Téléphone !

On te demande de chez Malabert !

Laurent !

T'es là ?

Laurent !

Laurent, tu es là ?

Carillon

- Là-haut.

Il y a quelqu'un ?

- Ma belle-mère.

- Voilà.

On s'est vus deux fois.

Ce n'est pas beaucoup.

Mais d'une certaine manière,

c'est bien assez.

Je n'ai rien.

Sauf ma camionnette.

Quand j'ai assez d'une ville, je vais dans une autre.

Mais dans ma vie, il n'y a personne.

Vous, c'est différent.

Il y a Camille.

Il pèse rien, mais il est là.

Alors vous me donnez la main.

Et nous partons où vous voulez.

En France, en Italie.

Ailleurs.

Un autre deviendrait peut-être l'ami de Camille.

Le jeudi, on jouerait aux chevaux, et le dimanche, on sortirait ensemble.

Et puis un jour…

Thérèse…

Si vous hésitez,

vous ferez que tout le monde sera malheureux.

J'ai tourné et retourné la situation dans ma tête.

Le mieux est de partir tout de suite.

Sans un mot de discussion.

- Partir ? Sans savoir où ?

Sans rien dire, comme des voleurs ?

- C'est le seul moyen, Thérèse.

Il faut couper net.

Ainsi, on fait le moins de mal.

Vous avez peur ?

- Peur ?

Oh, non.

Mais je vous admire, Laurent.

Vous êtes fort, vous êtes libre.

Vous ne pensez qu'à vous.

Ce qui vous plaît, il vous le faut sans attendre.

- Vous préférez peut-être votre sécurité.

Votre petite vie.

Où il ne se passe rien.

C'est drôle.

J'avais cru que vous me donneriez la main.

- Et si je me retenais de toutes mes forces ?

Si moi aussi j'avais envie de vous ?

Vous savez pas ce que c'est, pour une femme,

que de penser à un homme, un vrai.

Tout le temps.

Jusqu'à ne plus savoir ce qu'on fait, où on est.

Et tout d'un coup, on se réveille.

On regarde autour

et rien n'a changé.

- Si on aime un homme,

si on a confiance en lui,

c'est facile de partir avec lui.

- Facile ?

Un jour, je vous dirai comment ma tante a eu pitié quand mes parents sont morts.

- Tellement pitié, qu'elle vous a obligé à épouser son fils.

- J'habitais avec lui, j'étais sa cousine.

Je suis devenue sa femme sans que ça change grand-chose.

- Vous ne trouvez pas ça monstrueux ?

- J'ai soigné Camille quand il était malade.

Je l'ai peut-être empêché de mourir.

C'est pas pour le tuer en partant.

- Vous préférez gâcher votre vie ?

- 4 et 3.

J'ai sauté la rivière. - Mille pardons !

Vous chutez dedans. - J'étais au 47.

47 et 7, ça fait 54.

- Vous étiez au 46, là.

46 et 7, ça fait : dans la rivière.

- J'étais au 46 ou au 47 ?

- Camille a raison.

- Selon vous, il a toujours raison. La rivière est pour tous.

Camille a triché.

- M. Grivet. Si vous n'étiez pas un ami…

- Voyons.

Vous vous égarez. Je fais appel à l'arbitrage impartial de M. Laurent.

- Excusez-moi, je n'ai pas fait très attention.

- Je t'explique. J'étais au 47, ici.

Je l'affirme sur l'honneur.

- Il était au 46. J'en mets ma tête à couper.

- Thérèse, de la verveine.

Ça les calmera.

- Rejouons le coup. - C'est trop facile.

Et puis, d'abord,

avant le 46, vous étiez au 39. Et vous avez fait 5 et 2.

Mme Raquin, est-ce que je mens ?

- Je crois qu'il a raison.

- Ah !

- Tout le monde étant contre moi, mon cheval abandonne.

Mais si vous ne faites pas rouler les dés…

- Moi, je ne joue pas honnêtement ? Regardez plutôt.

12 !

Mais, j'ai gagné !

J'ai gagné.

- N'insistons pas sur la manière.

- Il n'est pas 10 h. Je vous offre votre revanche.

- Vous le regretterez.

- Ce sera sans moi.

Je dois partir demain à l'aube.

- Vous m'aviez prévenue.

- Ne vous dérangez pas.

Bonsoir, et que le meilleur gagne.

- Je sens que ce sera moi.

- Tu connais le chemin.

Si je ne suis pas là, M. Grivet commencera pas un double 6.

- On ne pourrait pas jouer une partie sans dire des choses désagréables ?

Mme Raquin, vous n'avez pas fait rouler !

Musique douce

…

…

…

…

…

- Tu ne croyais plus que je viendrais.

Mais avant, je n'ai pas pu.

Je ne sortais jamais, il a fallu trouver un prétexte.

J'ai dit avoir mal aux dents.

J'ai fait semblant d'avoir mal.

Ce n'est pas très malin, mais j'ai pas encore appris à mentir.

- Ne dis rien. Tu es là.

C'est ça qui compte.

- Quand tu m'as vue, tu es devenu pâle.

- Je n'en pouvais plus.

Depuis une semaine, je t'attends tous les jours.

Tous les jours.

Thérèse.

Si tu avais voulu…

- C'est grand, ici.

- Parce que c'est vide.

Mais le dimanche et les jours de fête,

c'est plein de gars et de filles qui se plaisent.

Comme toi et moi.

Qui dansent toute la nuit.

Tu es jolie comme ça. - C'est pour toi.

Tu venais ici, avant ?

- Ça m'est arrivé.

Tu aimes danser ?

- Danser…

J'ai jamais appris.

Je ne sais faire que des choses tristes.

Raccommoder…

Soigner…

Compter l'argent…

- Les choses tristes ne sont pas pour toi.

Tu es forte, tu es belle.

Tu as un corps fait pour danser.

Pour aimer.

Tu ne peux plus vivre comme ça.

Derrière un comptoir-caisse ou dans le lit d'un malade.

C'est pire que la mort.

- Tu as raison, c'est pire que la mort.

Mais je l'ignorais.

J'étais tranquille.

Quand on est ensemble, j'y pense plus.

- Nous ne sommes jamais ensemble.

Ça ne compte pas, ici.

Il fallait m'écouter.

Il fallait partir.

- C'était pas possible.

La reconnaissance, la pitié, ça enchaîne.

- Que va-t-on devenir, tous les deux ?

On ne peut plus se passer l'un de l'autre.

Ce n'est plus possible.

J'ai trop envie de toi, Thérèse.

- Moi aussi, j'ai envie d'être avec toi.

Écoute, Laurent.

Il y a un moyen, si tu voulais.

- Un moyen ?

Musique dramatique

…

- Assortir, assortir…

C'est pas si simple que vous pensez.

Il faut pour ça 5 minutes, oui, mais 30 ans d'expérience.

- Votre belle-fille a dit que ce serait facile.

- Elle n'y connaît rien.

S'il suffisait d'être à un comptoir pour être commerçante…

À la rigueur, cela pourrait convenir. Il en faut combien ?

- 1 mètre 25.

Votre belle-fille est en course ?

- Elle a la migraine.

Aujourd'hui, quand on a mal à la tête, on se repose.

Quand on a mal aux dents, on va chez un dentiste.

- Tu crois que personne ne peut monter ?

- Tu as peur ?

- Non, mais je suis mal à l'aise, chez toi, dans sa chambre.

- C'est ma chambre. C'est mon lit.

- Je n'aime pas me cacher.

Thérèse.

Je voulais que nous soyons libres.

Que nous puissions dormir, manger, sortir ensemble.

- Tu veux tout.

Comme ceux qui ont toujours été heureux.

Moi aussi, un jour, je voudrai tout ça.

Je le voudrai sûrement.

Mais avant toi,

la vie ne m'avait rien donné.

- Toujours à votre service.

Quand vous revenez, dites à Thérèse de m'appeler. C'est plus prudent.

Musique dramatique

M. Pompon, que faites-vous là ?

…

Voulez-vous bien remonter ? Plus vite que ça.

Votre place est dans la salle à manger, ou chez Thérèse qui vous aime tant.

…

Il est défendu d'aller faire ses griffes sur les tissus de Mme Raquin.

Allez déchirer les rideaux de Thérèse, si elle veut bien de vous.

…

Elle continue de frapper.

Thérèse.

Thérèse !

T'as toujours mal à la tête ?

- J'essaie de dormir.

- Si tu dors, tu passeras une nuit blanche.

Tiens, je te rends Pompon.

- Je voudrais être seule.

- Bien, bien.

Je n'ai pas pour habitude d'importuner les gens par ma présence.

- Elle est descendue ?

- Oui.

Je regrette qu'elle ne soit pas entrée.

Elle m'aurait vu. Elle saurait.

- Si elle t'avais vu, elle prévenait Camille.

- Tant mieux.

D'une manière ou d'une autre, elle saura.

Le plus tôt sera le mieux.

- Tu connais pas Camille.

Il est lâche. Il va pleurer. Devenir malade.

- Sa maman le soignera.

Quand il saura qu'il ne peut rien faire, il se calmera.

- Je le connais. Il supportera pas la vérité.

- Moi, je ne supporte pas le mensonge.

Il t'a eue 6 ans. C'est assez.

C'est fini, c'est mon tour.

- S'il en meurt ?

- Eh bien, tant pis.

Entre toi et lui,

il y a des intérêts ?

- Ce que j'avais, Mme Raquin l'a mis dans son commerce.

- On leur en fait cadeau.

Et dès demain,

j'irai trouver Camille.

- Laurent.

Même s'il s'emporte,

promets-moi de rester calme.

- Je ne lui ferai pas de mal.

N'aie crainte.

Mais toi, n'écoute rien.

Ne pense qu'à toi. À moi, à nous.

N'en démords pas.

Et après-demain, rendez-vous à la guinguette.

- Thérèse est là ?

- Tu ne dis plus bonsoir ?

- Bonsoir. Où est-elle ?

- Là-haut. Que t'arrive-t-il ?

- Rien.

- Que Thérèse a-t-elle encore fait ?

- Rien.

Tu n'entends pas que je suis là ?

Tu sais qui je viens de voir ?

Tu sais ce qu'il m'a dit ?

Au lieu de te recueillir, ma mère aurait dû te laisser crever.

C'était facile à prévoir, avec les parents que tu as eus.

Tu n'es plus Thérèse Dubois, tu es Mme Camille Raquin.

La loi t'ordonne de m'obéir, de me respecter.

Thérèse.

Regarde-moi.

J'exige que tu me regardes.

Un camionneur. De quoi j'aurai l'air ?

Un étranger, en plus.

On sait pas d'où ça vient, ça tutoie tout le monde.

Thérèse, dis-moi que c'est pas sérieux.

Tu peux pas oublier ce qu'on a dépensé pour ton éducation, ta nourriture.

Tu veux des gifles ?

Si tu t'en vas, que vais-je devenir ?

On était si heureux.

- Moi, j'étais pas heureuse.

- Toi, toi, toi ! Il y a que toi, qui comptes.

Si je te tuais, je serais acquitté.

Lui aussi, je pourrais le tuer. C'est dans mon droit.

Thérèse.

Dis-moi que tu m'aimes encore un peu.

C'est pas la peine que tu t'en ailles.

Je vais me coucher.

Tu n'attendras pas longtemps que je sois mort.

J'ai déjà froid.

- Je préfère ta colère à ce chantage.

- Quel chantage ?

Sans toi, je serais déjà mort. Rappelle-toi.

Petit, je refusais les potions. Tu les partageais pour me forcer à les prendre.

Je te le reproche pas.

Il fallait me laisser mourir.

- Arrête de parler de ta mort.

- De quoi d'autre parler, quand tu veux me tuer ?

L'amour, comme ça, tout d'un coup, c'est pas l'amour.

C'est un coup de sang.

Tiens, j'ai une idée.

Partons quelques jours pour Paris ?

J'aurai 2 permis gratuits.

On logerait chez tante Henriette et on garderait l'argent pour le théâtre.

- C'est pas 3 jours qui changeront quelque chose.

- Moi, je le crois.

Tu peux pas me refuser une petite chance.

Ou je me jette dans le Rhône.

- Après, tu feras les mêmes menaces.

- Je te jure que non. Et je te jure aussi qu'après,

si tu veux encore me quitter,

eh bien…

Je te demande seulement 3 jours. Pas plus.

Merci, Thérèse. Nous partirons demain soir.

Maman.

Devant elle, pas un mot.

- Alors, on ne déjeune pas aujourd'hui ?

- On t'attendait.

- J'ai pas pour habitude de poser des questions,

mais je m'étonne que tu ne racontes rien.

- Thérèse et moi partons pour Paris demain.

- Pour lui faire plaisir.

Alors que j'ai des vertiges.

Et que mes jambes vont de plus en plus mal.

- Je ne peux rien dire.

Mais il se passe quelque chose de grave.

- Je ne veux pas m'en mêler.

Mais à les regarder, je me suis déjà dit que nous étions imprudents.

Une fille qui nous doit tout.

Ça ne me regarde pas. Mais je te trouve trop indulgent.

- Trop indulgent ?

Tu sais ce que j'ai décidé ?

Je l'emmène chez tante Henriette. Et je la boucle.

Pas de lettre, pas de téléphone. Et pas un sou.

Elle va apprendre ce que c'est qu'un mari.

Musique entraînante

…

…

- Allô.

C'est toi ?

Parle fort, il y a une noce.

- Je ne peux pas, j'appelle du magasin.

- Du magasin ?

Que se passe-t-il ?

- Je ne peux pas venir.

Je pars 3 jours avec Camille. Il m'a juré qu'après je serai libre.

- Où veut-il aller ?

Parle plus près de l'appareil.

- À Paris.

Nous partons ce soir par le train.

- Ce soir ?

Pour Paris ?

Mais pourquoi ?

- Il espère m'attendrir. *- Quoi ?

- M'attendrir.

Et j'espère lui faire admettre, loin de sa mère.

- Je ne comprends rien. Je n'entends rien.

Dois-je venir tout de suite ?

- Non, laisse-moi faire.

Dis-moi que tu me fais confiance.

Entendu, M. Legris.

Vous pouvez passer prendre la pièce quand vous voudrez.

C'était M. Legris.

- Pourquoi mens-tu ? Je ne t'ai rien demandé.

Va faire ta valise. Je garderai le magasin.

Musique entraînante

…

*- Quai numéro 1.

*Train en provenance de Marseille, Avignon,

*Valence, pour les destinations

*de Mâcon, Chalon-sur-Saône, Dijon, Paris :

*10 minutes d'arrêt.

*Lyon Perrache.

*Buffet gastronomique.

*Quai numéro 1.

*Train en provenance de Marseille, Avignon,

*Valence, pour les destinations

*de Mâcon, Chalon-sur-Saône, Dijon, Paris :

*10 minutes d'arrêt.

- Ici, on sera bien.

Tu pourras t'allonger.

Tu seras comme en wagon-lit.

Aide-moi.

Tu préfères le coin ?

Si, assieds-toi là, tu seras mieux.

*- Les voyageurs pour Mâcon…

- Je te demande pardon. La valise était lourde, et je suis en nage.

Qu'est-ce qu'il y a ?

- J'ai chaud, je vais dans le couloir.

Dors, t'inquiète pas.

Pourquoi es-tu là ?

- Ce voyage ne m'inspirait pas confiance.

- Je n'ai pas pu refuser. Il voulait se tuer.

- Il recommencera. Il inventera autre chose.

- Il m'a juré.

- Ses serments ou menaces, c'est fini.

On descend à Chalon.

On va chercher la camionnette, et on file.

Il ne saura jamais rien.

- Ce n'est pas possible. Je lui ai promis.

- Tu as eu tort. Il a une idée derrière la tête.

D'abord les gentillesses, puis la violence.

Thérèse. S'il t'arrivait quelque chose…

- Je voulais lui faire comprendre…

- Il ne comprendra jamais.

Quand je l'ai vu, il m'a proposé de l'argent pour que je parte.

Puis, sont venues les menaces pour faire retirer ma carte de travail.

Je te l'avais promis, je suis resté calme.

Mais pour tout le monde, Thérèse, crois-moi,

c'est mieux qu'on descende à Chalon.

- C'est du propre.

- Je savais pas…

- Laurent fait ce qu'il veut. Toi, c'est autre chose.

- Lâche Thérèse.

- Doucement ou je tire l'alarme.

- On t'a prévenu.

C'est fini. À Chalon, on descend.

- C'est ça que vous arrangiez. On descendra tous les 3.

La loi est pour moi.

- Camille, on a été patients. Mais ça a assez duré.

- Assez duré ? C'est toi qui le dis.

Je l'ai épousée pour la vie. Je la garde, c'est mon droit.

- Elle ne t'aime plus. Elle ne t'a jamais aimé.

- Qu'elle fasse semblant, ça me suffit.

- Pauvre type.

- La loi est pour moi.

Je vous retrouverai partout avec la police.

- Tu veux m'exaspérer, me pousser à bout ?

- Tu ne l'auras jamais !

- Tu vas te taire.

- On vous accepte, on vous nourrit et vous faites vos saletés.

- Puisque tu ne veux pas te taire, moi, je vais te faire taire.

- Non !

Il crie.

Qu'est-ce qu'on va faire ?

- On va arriver à Chalon.

Je descendrai seul.

Voilà.

Et j'irai leur dire.

- Et moi ? Et nous ?

Non.

Écoute.

Tu dois descendre seul à Chalon, mais surtout ne rien dire.

Personne ne saura où tu es monté, où tu es descendu.

Tu vas rentrer à Lyon le plus vite possible.

Moi tout seule, j'ai une chance.

- Ma pauvre Thérèse…

Quelle chance veux-tu avoir ?

Un train les croise.

- Ils font bien leur service, à Chalon.

Billets, s'il vous plaît.

Il tape au carreau.

Les billets, s'il vous plaît.

- Où on est ?

- On a passé Chalon. Merci.

- Madame.

- Mon mari a les billets. Dans le couloir.

- Il y a personne.

Il est sorti quand ?

- Je ne sais pas. Je l'ai vaguement entendu se lever.

En dormant, on se rend mal compte.

- Vous n'avez rien vu ?

- Moi ?

Non. Je dormais, comme madame.

- Des fois, on retrouve pas son compartiment.

Vous devriez aller voir.

- Vous avez trouvé la porte ouverte après Chalon ?

- 10 minutes après le départ.

- Ça va faire une belle histoire.

Ça peut signifier que quelqu'un est descendu à Chalon. Votre mari.

- Il n'avait aucune raison de descendre à Chalon.

- Allô. Oui.

Donnez-moi Chalon.

Dites-vous qu'il y a des voyageurs qui descendent, comme ça.

Une idée, une fugue.

Téléphone

Ici Dijon. Marceroux.

Ça va, sauf une portière ouverte et un voyageur introuvable.

Alors préviens les équipes.

On ne sait pas. Un peu avant, ou un peu après Chalon.

Tu me rappelles ? Merci.

Personne du compartiment n'a remarqué sa sortie ?

- Il n'y avait qu'un marin qui dormait.

- Il avait rien vu.

- On saura vite… Mieux vaut ne pas vous éloigner.

Des fois que la police veuille vous parler.

Musique lourde

…

- Il est pas tombé tout seul. On l'a poussé.

Qui l'a poussé ? Qui l'a tué ?

- Je vous l'ai dit, je ne sais rien. Je dormais.

…

Musique légère

…

Musique lourde

…

Musique légère

…

- Camille, se suicider…

Quand il avait 37,6, il se couchait.

À 37,7, il faisait venir le docteur.

Il a passé sa vie à refuser de mourir.

Quant à Camille assassiné, c'est encore plus drôle.

Je veux dire, c'est encore plus bête.

Assassiné. Par qui ? Pourquoi ?

Pourquoi le docteur reste-t-il si longtemps chez Mme Raquin ?

- Je ne sais pas.

- Laurent.

C'est Thérèse.

Musique lourde

…

Ma pauvre amie.

Je vous le dis d'un cœur sincère et bouleversé : c'est terrible.

- Merci, M. Michaud.

…

- Grivet s'excuse, il a été retenu à son bureau.

Il vient dès qu'il peut.

- Et ma tante ?

- M. Grivet et moi l'avons prévenue.

Nous voyant un dimanche, elle a compris tout de suite.

Nous cherchions notre premier mot et elle a deviné.

C'est elle qui a dit : "Camille est mort".

Nous étions saisis.

Elle a ouvert de grands yeux, la bouche, et elle est tombée.

Une attaque.

Le docteur est avec elle.

Et vous, est-ce que c'est vrai que la police a osé…

- Oh…

C'était normal.

- Pourquoi ne pas appeler Grivet ?

Avec sa situation aux chemins de fer…

- Ils ont été très corrects.

- Ah.

- Mais la police…

C'était pénible.

- Madame, mes condoléances les plus émues.

- Alors, docteur ?

- Paralysie totale.

On peut vivre ainsi des années. Elle demeure lucide.

Elle voit, entend, mais a perdu l'usage de la parole.

- Être comme cela, ou être mort, qu'est-ce qu'il y a de plus terrible ?

- Pour l'instant, je peux vous dire qu'il n'y a pas de danger immédiat.

Madame.

- Ma pauvre amie.

Il ne faut pas vous émouvoir.

Mais Thérèse est là.

Peut-elle vous embrasser ?

Entrez.

Allez vous reposer.

Je resterai près d'elle.

Allez.

- N'entre pas.

Ils m'ont interrogée pendant des heures.

Ils se méfient.

- Ils peuvent chercher, ils ne trouveront rien.

- Si on ne se voit plus.

- Je devais bien venir. On n'aurait pas compris.

- Tu as bien fait.

Mais ils sont tenaces.

Ce n'est pas fini.

Et ma tante sait.

Je l'ai lu dans ses yeux.

Alors attends. Je t'appellerai.

Une imprudence et nous sommes perdus.

Carillon

- C'est vous. Thérèse est rentrée ? - Oui.

- Vous avez lu les journaux ? Vous savez.

Ils viennent de désigner un juge d'instruction.

- Les poulets sont venus chez mon patron.

Et à mon hôtel.

Ils montraient ta photo pour savoir si on nous avait vus ensemble.

Mais personne ne t'avait vue.

Jamais personne ne nous a vus ensemble.

Eux, ils ne m'ont pas fait peur.

- Eux ?

Tu t'es méfiée de moi ?

- Comment as-tu pu rester 37 jours sans me voir, me téléphoner ?

- En soulevant la couverture, ils savaient ce qu'ils faisaient.

Une pareille image, on ne l'oublie pas.

Je ne pouvais plus dormir, manger sans vomir.

Pour effacer ça, on veut crier la vérité.

Ça aussi, ils le savaient bien.

Il fallait pas le tuer.

- Le 1er jour, Thérèse.

J'ai proposé de partir.

- J'ai pas oublié.

C'est pour ça que j'ai tenu tête.

Chaque fois que je pense à toi, je revois cette couverture, et dessous.

Je te le reprocherai toujours et c'est pire que de nous quitter.

- Tu voulais me dire ça ?

- Le juge m'a convoquée pour demain.

C'est fini, je suis presque sûre.

S'il y a plus de danger, tu dois quitter Lyon.

- Plus de danger ?

- J'aurai fait pour toi ce que je voulais.

- J'ai tué, pour toi. Ça ne compte pas ?

- Il fallait pas.

- As-tu fait un geste pour m'arrêter ?

- Tu l'as tué. Pas moi.

- C'est nous deux. Ensemble.

Tu es aussi coupable.

- Tu as ouvert, tu l'as poussé. Tu l'as tué.

- Thérèse.

Qu'est-ce qui te prend ? Tu deviens folle.

- Il semblerait, oui.

- Quoi qu'on ait fait, c'était pour être libre.

- Vivant, il pesait rien, mais mort, il est trop lourd.

- Écoute-moi bien.

Moi, je t'aime. Il était entre nous.

Je l'ai tué.

Je l'ai tué seul, je prends tout sur moi.

Tu n'as rien fait.

À refaire, je recommencerais.

- Tu sais pas ce que tu dis. Tu n'as pas vu, toi.

Ne me touche plus.

Surtout, ne me touche plus.

Musique dramatique

…

Musique lourde

…

Musique légère

…

Musique lourde

…

Musique légère

…

Tu as eu du monde ?

- Un représentant.

Un monsieur a appelé 2 fois sans dire son nom.

Il vous rappellera.

- Tu as vu Mme Raquin ? - Oui.

Elle a toujours l'air de vouloir quelque chose, mais on sait pas quoi.

Je descends le rideau de fer.

- Je le ferai.

Tu peux te sauver.

- Avec le juge, ça s'est bien passé ?

- J'ai répondu à ses questions.

- En ville, des gens disent…

- Ça ne m'intéresse pas.

- Quand vous voudrez que je garde le magasin, je viendrai.

- Merci, Françoise. Bonsoir.

- Bonsoir, Mme Thérèse.

Musique légère

…

Musique douce

…

Musique légère

…

Musique lourde

…

Téléphone

…

…

…

…

…

*- Allô.

*Allô.

*C'est toi ?

*Thérèse.

*Allô !

*Pourquoi ne réponds-tu pas ?

*Je sens que c'est toi à l'appareil.

*Pourquoi tu ne veux pas répondre ?

*Si tu ne veux pas parler, écoute.

*C'est pas possible de se quitter ainsi.

*Thérèse.

*Je veux juste te dire que je t'aime.

*Tu entends ?

*Je t'aime.

*Je veux te voir.

*Pourquoi tu ne veux pas répondre ?

- C'est trop chaud. Attends un peu.

Musique lourde

…

Tu ne pourrais pas me regarder autrement ?

Je t'habille, te lave, te fais manger.

C'est pas assez, peut-être ?

Tu voudrais savoir, hein ? Je dormais. Je ne sais rien.

Ils pourront m'interroger 100 fois, je dormais.

Personne ne me croit.

Mais dans tes yeux, c'est clair.

Les autres les baissent, mais ils pensent la même chose.

Si Mme Madoux ou Mme Chardon perdaient leurs maris, on ne les accuserait pas.

Mais moi, je suis jeune. Je suis vivante.

Alors tout le monde s'aperçoit que Camille et moi n'allions pas ensemble.

Ils savent rien, mais ça leur saute aux yeux que ça devait mal finir.

Et pourtant…

le jour du mariage…

ils félicitaient tous Camille et sa mère.

Une jolie fête, hein…

Thérèse entrait dans le lit de Camille pour le réchauffer.

À ce moment-là, qui a dit que ça finirait mal ?

Que c'était forcé ?

Tu peux

me regarder, tu sais.

Qui l'a voulu, ce mariage ?

Qui n'a eu qu'une idée en tête,

trouver pour Camille une infirmière ?

Si la suite était fatale, à qui la faute ?

Si Camille a été tué, qui l'a décidé ?

Pas dans le train, non.

Mais ce jour-là,

pendant qu'ils jouaient leur marche nuptiale… et que tu pleurais de joie.

Tiens, mange.

Ferme les yeux, parce que je pourrai plus m'occuper de toi.

Carillon

…

…

Qui est là ?

Qui est là ? - Police.

Ouvrez.

- Je croyais qu'on était tranquille, la nuit.

- Sincèrement, j'ai l'air d'être de la police ?

Pourquoi la police viendrait vous embêter ?

Hein ?

- Alors, qui êtes-vous ?

- Un voyageur.

Musique dramatique

J'ai beaucoup voyagé sur un bateau.

Et un peu en chemin de fer.

On en voit des choses quand on voyage.

- Maintenant je vous reconnais.

- On ne peut rien vous cacher.

- Et la dame ?

C'est la maman ?

- Que voulez-vous ?

- Causer.

Quand on a voyagé ensemble,

c'est bien de confronter ses impressions.

Non ?

- Venez.

Entrez.

- Vous permettez ?

J'arrive de Paris. J'ai pas dîné.

- Votre flegme ne m'impressionne pas.

- Mon temps ne vaut pas cher. Quant à mon flegme…

J'ai fait la guerre au Japon.

J'ai connu des forêts où ils se cachaient dans les arbres.

On fait un pas, puis on attend la rafale de mitraillette.

Si on a la chance de pas être mort,

on fait encore un pas, et on attend de nouveau.

On apprend à ne pas s'énerver.

- Je vends du drap à des gens ne sachant pas ce qu'ils veulent.

On apprend aussi à garder son sang froid.

Que voulez-vous ?

- Oh…

Vous savez…

J'ai des goûts modestes.

Je veux m'associer à un copain dans les vélos d'occasion.

Il me faudrait un petit capital.

Vous comprenez.

- Je ne sais pas si vous avez fait la guerre,

mais vous êtes une crapule.

- Ce n'est pas plus mal que de tuer son mari.

- Je ne l'ai pas tué.

- C'est pas un travail de femme. D'accord.

Mais un voyageur vous a peut-être donné un petit coup de main.

- Je dormais.

- Vous n'avez pas dormi tout le temps.

Vous êtes sortie du compartiment avant votre mari.

Vous êtes revenue au bout d'un moment.

Lui n'est jamais revenu.

Tiens, vous ne crânez plus.

Eh bien…

Quand un copain se recevait une balle, il restait aussi la bouche ouverte.

L'œil étonné.

Le temps de comprendre qu'il était foutu.

Elles sont juteuses, vos prunes.

J'ai vu sauter des navires, brûler des villes, tomber des copains,

alors un type de plus ou de moins…

Seulement, voilà.

Moi, j'ai envie de vendre des vélos d'occasion.

Pour ça, j'ai besoin…

500 000 francs.

Vous les avez ?

- Non.

- C'est gai !

Et l'autre, le voyageur si dévoué ?

Si complaisant.

- C'était un accident et vous n'avez rien vu.

Vous dormiez. Vous l'avez dit au contrôleur.

Maintenant, partez.

- On s'est dit l'essentiel.

Mais, à mon avis, l'autre vous dira d'être plus compréhensive.

- La porte, c'est au fond. Si vous osez revenir…

- Vous préviendrez la police ?

Bonsoir.

Six blessures, un peu torturé par l'ennemi.

Qui croira-t-on ?

Vous ?

Ou le vaillant petit soldat ?

- C'est sur la cour. C'est tranquille.

Le matin, sonnez pour l'eau chaude.

Ça vous convient ?

- Oui.

- Je fais la couverture ?

- Si vous voulez.

- Un oreiller vous suffit ?

- Pour ce soir, oui.

- Si vous recevez, ça coûte 50 francs plus cher.

Le petit coin, c'est au bout du couloir.

- Pas de supplément ? - Vous voulez rire.

- À l'occasion, oui. Mais elles sont plutôt rares.

Comment tu t'appelles ?

- Georgette.

- Georgette ?

Ça se dit comment, quand on est amoureux ?

- Pourquoi vous vous moquez de moi ? Pour pas payer les 50 francs ?

- Je suis pas riche, mais voilà pour toi.

J'ai envie d'être gentil.

Très gentil, comme ça, sans raison.

- Vous me donnez 100 francs pour rien ?

- Justement. Pour rien.

Allez, bonsoir. Je suis claqué.

- Bon.

C'est fini.

J'ai été un peu fort.

Mais j'en avais gros sur le cœur.

Tu ne te rends pas compte.

Thérèse.

J'ai pensé…

Puisque tu ne m'aimais plus…

- Imbécile.

Espèce de sale imbécile.

- Il veut combien ?

- 500 000.

- Et lui ?

Comment il est ?

- Ricanant.

Des yeux de chat regardant un oiseau.

- Même si on trouvait l'argent, il en demanderait encore.

- Bien sûr.

Toute la vie, on l'aurait dernière nous.

- Toute la vie ?

- Oui.

- C'est drôle.

Il est venu pour nous perdre et c'est lui qui nous réunit.

- Oh…

J'étais folle d'inquiétude, depuis hier soir.

Je n'en pouvais plus de ne pas te voir.

Et j'osais pas.

Après ce que je t'avais dit.

Tout d'un coup, je me suis décidée.

Je veux pas que tu sois pris.

Je t'aime.

- C'est vrai ?

C'est vrai.

Voilà par où il fallait commencer.

Ça me donne envie de lutter.

On est tous les 2, dis ? On est tous les 2 !

- Oui.

- Il n'y a pas une minute à perdre.

On va lui souhaiter le bonjour.

Je t'emmène comme tu es, sans rien.

Comme je te l'ai proposé le 1er jour.

Ce soir, nous serons en Italie.

Ce petit salaud pourra toujours nous chercher là-bas.

- S'il y a du monde, je suis à la cave.

Y aura qu'à m'appeler.

- C'est lui.

- Viens.

- On part en voyage ?

Sans avoir payé la note, vous n'irez pas loin.

- Pour faire ce métier-là, t'as pas la carrure.

- Évidemment, il y a des risques.

Mais en suivant madame, je savais qu'elle me conduirait à vous.

Si on essayait de s'expliquer ?

- Si tu as du temps à perdre.

- Il y a que 2 verres. Et la bouteille est vide.

- Fais pas le guignol.

Ton affaire ne vaut rien.

On n'a pas l'argent.

Alors ?

À quoi ça te servirait de nous dénoncer ?

- À rien.

Ça me serait désagréable.

En lisant le journal, j'ai vite su à quoi m'en tenir.

Et j'ai pas bougé.

C'est quand le copain m'a proposé le vélo d'occasion que j'ai eu l'idée.

Ma marotte, c'est d'avoir un boulot à moi.

Je viens pas faire du chantage.

Je vous demande juste un coup de main.

- Je suis camionneur. Je n'ai pas un franc.

- Et madame ? Elle a un commerce.

Et des meubles.

Le parfait amour mérite un sacrifice.

Non ? - Je t'en supplie.

- C'est un violent ?

Ça le démange, de me serrer le kiki.

De me balancer par la portière.

Comme l'autre.

Mais il y a toujours un témoin.

Et les témoins,

c'est comme le reste : hors de prix pour les petites gens.

J'ai besoin de l'argent très vite.

Comment on fait ?

Des claques.

À quoi ça rime quand on est sérieux ?

Pour les 500 000 francs, c'est urgent.

Il n'y a pas d'augmentation, malgré tes mauvaises manières.

Comment on fait ?

- Laurent !

- Il est têtu, et un peu bête.

Attention, je sais boxer.

Si tu recommences, je me défends. Et je me défends pas mal.

- Laurent.

- Tu sais, au casse-pipes,

j'ai tout appris pour se sortir d'une situation critique.

La guerre, ça sert tout de même à quelque chose.

Drôle de jeunesse.

Ça vient qu'on l'a drôlement dressée.

Mais on s'est trop foutu de ma gueule.

Pour une fois que je tiens quelqu'un, il se débrouille pour moi.

- Tu n'auras pas un sou.

- C'est ce qu'on verra.

J'appellerai vendredi pour savoir où se rencontrer.

Avec le fric.

Ou bien le juge d'instruction sera félicité pour son enquête.

Ne partez pas, je suis à Lyon pour m'occuper de vous.

Exclusivement.

Filez…

Et une heure après…

Couic.

Si l'amour a des ailes,

la police en a aussi.

N'oubliez pas.

Vendredi.

- C'est moi, ma pauvre amie.

Je ne vous dérange pas ?

Comment allez-vous ?

Excusez-moi, l'habitude de poser des questions.

Vous allez mieux. Vous avez l'air reposée.

C'est une terrible épreuve, mais vous en sortirez.

J'apporte de bonnes nouvelles.

La petite bossue m'a dit que Thérèse était sortie.

Mais je suis monté pour vous prévenir tout de suite.

Très chère amie, l'enquête est finie. Classée.

Ils ont reconnu que notre Camille était mort d'un accident.

Ce n'est pas tout.

Il y a faute de la compagnie qui est responsable.

Aux chemins de fer, ils l'ont compris.

Ils attendent une assignation légitime.

C'est ici que j'interviens.

Je suis un peu les chemins de fer.

Et je suis votre ami.

Un procès, ça coûte cher. Ça peut durer des années.

C'est toujours un peu risqué.

La compagnie plaidera le doute.

L'avocat de Thérèse remuera d'autres histoires de portières ouvertes.

C'est désagréable pour les deux parties.

Une transaction est préférable.

Je comprends votre regard.

La mort d'un fils, d'un époux, n'a pas de prix.

Mais si. Pour la mort de ce pauvre Camille,

Thérèse peut toucher une somme rondelette.

Et la toucher tout de suite.

- C'est toi qui as sonné ?

- Oui. - Pour le lit ?

- Non.

Pour te demander un service.

Les souliers blancs à lanière qu'on a regardés hier,

tu en as toujours envie ?

- Tu n'as pas d'argent.

- Ça peut changer.

Cherche pas, c'est trop compliqué pour ta petite tête.

Écoute, je vais te confier cette lettre.

Si je ne suis pas rentré à 5 h, tu la mettras à la poste.

- Je peux descendre tout de suite.

- Écoute-moi bien.

Tu la mettras à 5 h juste si je ne suis pas rentré.

Répète.

- Tu m'achèteras les souliers

si je poste cette lettre à 5 h juste.

- Si…

- Si tu n'es pas rentré avant.

- Très bien.

On est peut-être en train de se dire au revoir.

- Si tu ne reviens pas avant 5 h, c'est que tu seras parti ?

- Voilà.

Parti.

Carillon

…

- Je vous attendais à 3 h.

- Des ennuis mécaniques, ma moto refusait de partir.

- Montez.

- C'est en haut que ça va se passer ?

Je vous préviens, je suis pas un gamin.

- Lui non plus.

- Car il est là ?

- Montez.

- Comme de bien entendu…

Alors…

- Pas très rassuré, hein ?

Surtout, moins fendant que l'autre jour.

- Il y a parfois des choses désagréables à faire.

On a que plus de mérite à les faire tout de même.

Vous avez le fric ?

- Quand on s'est quitté l'autre jour, j'ai tout de suite pris ma décision.

En finir avec toi.

- Ça devient du travail en série.

- À qui la faute ?

Elle n'a pas voulu.

- Si j'avais su, j'aurais apporté des fleurs.

- Ne fais pas le malin et ne m'exaspère pas.

Thérèse a touché de l'argent.

- Ah, une bonne parole.

- À peu près la somme que tu demandes.

- J'avais prévu le marchandage.

- Laisse-moi parler.

Elle ne veut pas garder l'argent.

Je n'expliquerai pas.

- Je demande pas.

- On ne veut pas d'argent.

Mais on veut la certitude de ne plus te revoir.

Jamais.

- Pour ça, vous avez ma parole.

- Figure-toi que ça ne nous suffit pas.

Tu nous tiens.

Eh bien,

on veut te tenir aussi.

Jusque-là.

On veut un papier t'empêchant de revenir.

- Ah. Un reçu, quoi.

Avec le motif.

Il est pas toujours bête.

- T'es d'accord ?

- Ah…

- Thérèse, l'encre et le papier.

- On devait s'entendre. Vous n'êtes pas un vrai criminel,

et moi, je suis pas non plus un vrai maître-chanteur.

Les circonstances, comme ça.

- Assieds-toi.

- Pour m'apprendre à me servir d'une mitraillette, ils se sont grouillés.

Pour le porte-plume, ils étaient moins pressés.

- Dicte-lui.

- "Reçu de Mme Thérèse Raquin."

- "Thérèse…

"Raquin".

J'ai failli faire un pâté.

- "400 000 francs…"

- "Quatre cent…

"mille…"

Dites donc.

- C'est tout ce qu'on a.

- Mon pauvre Riton.

Tu seras toujours la poire.

- "Pour avoir caché à la police…"

Caché, sans "R".

- Excusez.

- "À la police

"ce que je savais."

- "Je savais…"

- "Sur la mort…

"Sur la mort de son mari."

- Eh bien.

Ce papier-là, il faut pas le laisser traîner.

- Et tu signes.

- Là.

Mais il n'y a pas de timbre.

Je risques 200 francs d'amende, en plus des travaux forcés.

- Montre.

- Doucement.

Si vous montrez l'argent.

- Donne-lui.

- Comptez.

- Voilà.

- Comptez d'abord.

- Non.

Ça me gêne.

- Alors posez-le sur la table.

- J'ai jamais été verni, vous comprenez ?

Les coups de pied au cul, c'est mon enfance.

Les coups de fusil, ma jeunesse.

Dans le fond, c'est ma 1re chance.

Je voulais pas la manquer.

Maintenant qu'elle et moi avons fait connaissance,

j'espère qu'on se quittera plus.

- Ça va. Taille-toi.

- Vous plaignez pas. Car une femme comme elle,

c'est mieux que les vélos.

Alors, voilà.

Merci.

Pardon, je sors à reculons. L'habitude.

Une fois, à Shanghai, un gentleman m'a tiré dans le dos.

Musique dramatique

…

…

J'ai qu'une place à vous offrir.

À la 1re qui se décide.

- Il faut d'abord décider la moto.

…

Il gémit.

…

…

…

- Vite, appelle un docteur.

…

…

- La lettre.

La lettre.

- Quelle lettre ?

Il gémit.

…

- La lettre !

La lettre…

- Quelle lettre ?

Qu'est-ce que tu as fait ?

Qu'as-tu encore fait ?

Tu vas me répondre.

Tu vas me répondre !

Tu vas me répondre !

Tu vas me répondre !

Tu vas me répondre !

Cloches

…

- Attendez ! Attendez, encore une.

- Celle-là ne moisira pas.

Allez-y, je suis le facteur des amoureux.

Sirènes

…

Musique dramatique

…

Sous-titrage : Monal Group

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