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Original subtitles

L'histoire d'un �tudiant fran�ais en beaux-arts et d'une Polonaise

qu'il rencontra � Paris juste avant la 1re Guerre mondiale.

Vous �tes assis � ma place.

C'est un lieu public.

C'est ma place.

- On ne r�serve pas. - Demandez-lui.

Je veux ma place.

Prenez donc celle-l�.

Je vous la laisse.

Merci.

"La v�rit�"

Un roman de l'esprit Sophie Brzeska

Je me sens seul.

Pas toi ?

Si, bien s�r.

Tu es un g�nie. Je le sais, car j'en suis un.

Dans un �tang sans poissons, les crevettes abondent.

Une philosophe ! Je te croyais po�te.

Je suis �crivain. Et je veux un journal.

Je suis un artiste, je ne lis pas les journaux.

Embrasse-moi.

Je n'aime pas les hommes.

Moi, si. Certains sont plus beaux que les femmes.

La beaut� n'existe plus.

Tu te trompes.

Je la cr�e.

Toi aussi.

Les gens aspirent � faire quelque chose de beau.

Beaucoup �chouent, c'est vrai. Mais pas moi.

Je compense pour les autres.

Si tu te vantes, tu ne seras jamais un g�nie.

Tu crois que Michel-Ange se vantait ?

Je d�teste Michel-Ange.

Tiens, voil� le pire de son oeuvre.

- Ce n'est pas du Michel-Ange. - C'est terne. Regarde !

Ni trous ni muscles ni myst�re.

Regarde-moi ces seins �m�ch�s.

Et qui veut voir un �norme derri�re en pleine journ�e de travail ?

C'est ind�cent !

Il se pourrait bien

qu'un enfant innocent soit perverti � tout jamais.

L'art, mes braves gens,

n'est que de la chance associ�e � un travail de for�at.

Braves citoyens, je vous implore

fuyez l'art !

L'art pourrit votre sens moral !

Mesdames, messieurs,

regardez cette jolie femme,

avec le canotier et le panier en osier.

On pourrait la prendre pour une c�l�bre petite-ma�tresse.

Vous auriez tort. C'est une grande romanci�re.

Mais ses histoires imp�rissables

n'ont pas lieu au temps des croisades.

Et pourquoi ?

Car on ne fait pas de l'art avec des r�ves.

L'art, c'est sale. L'art, c'est le sexe.

L'art, c'est la r�volution !

- On veut vous parler. - Arr�tez !

A demain, � la biblioth�que !

Si je n'y suis pas, viens me chercher au poste.

Bonjour.

Je ne me suis pas pr�sent�. Gaudier, Henri Gaudier.

- G-A-U-D... - Silence.

...I-E-R.

Marions-nous. Je gagne bien.

Un franc de l'heure � la galerie Lartigue.

Alors vivons ensemble.

- Je couche avec tout le monde. - Bien. J'en fais partie.

Ta sc�ne dans le parc �tait d�plac�e.

- Tu aurais d� passer le chapeau. - Je suis de bonne famille.

Mon p�re est charpentier.

De quoi parle ton livre ?

De conflits.

De conflits ?

- Tu devrais le lire. - Oui !

- Pas touche ! - Je t'aime.

- Ce n'est pas une excuse. - En effet.

Il est en polonais.

J'apprendrai le polonais. Je m'y mets d�s demain.

Tu me fatigues. Plus qu'une semaine de travail.

- Un sou pour ce poireau. - Trois.

- Un. - Trois.

Je vous le livre ou je vous l'emballe ?

- Que fais-tu � la galerie ? - Je travaille � la pi�ce.

A ma guise. Mais ils se font du gras sur mon dos.

- Tiens. - Toi, du gras ?

La route me semble parfois longue.

Comprends-moi bien. Je ne veux pas �tre un autre.

J'ai de la chance d'�tre ce que je suis.

Mais je ne sais pas si j'arriverai � atteindre mes objectifs

tout seul.

Que ce soit clair.

Je t'invite chez moi par pure camaraderie artistique.

Compris, Mlle Brzeska.

Toi, un g�nie ? J'en connais des artistes.

- Qui �a ? - Je connais...

Peu importe.

Qu'est-ce que �a change ?

Je ne connais personne. Voil�.

- Tu me connais moi. - Je connais les gens de ton esp�ce.

Pour vous, l'art est charnel et mat�riel.

L'art se situe au-dessus du sexe !

Quand mes livres para�tront, les gens qui les liront...

- Je lirai tout. - Toi ?

Il n'y a pas plus illettr� que toi.

Attends de voir mes amis.

- Tu n'en as pas. - Toi non plus.

En plus, tu es vieille.

J'aimerais voir Henri Gaudier.

Le personnel n'a pas droit aux visites.

Mais c'est urgent.

Je suis sa soeur et...

Et sa pauvre m�re est mourante. Mes condol�ances.

Mais...

L'entr�e de service est au coin de la rue.

Sale petit larbin.

Mon Dieu ! C'est un faussaire !

Au secours !

Mamelouchka !

Alors comme �a, je re�ois un criminel.

Mieux vaut une bonne copie qu'un mauvais original.

Comment dit-on dessiner en polonais ?

N'en mets pas partout. Des noix.

Si des abrutis de riches ne font pas la diff�rence

entre un Gaudier et un Gainsborough,

c'est leur probl�me.

Un jour, on contrefera mon travail.

Travail ?

Tu ne sais pas ce que c'est.

Dobrovski, c'est �a ?

Etoile du matin,

j'ai dobrovsk� sur la route de Paris � Marseille.

J'ai dobrovsk� au pays de Galles chez un charbonnier.

J'ai obtenu une bourse pour �tudier le commerce

que j'ai abandonn� pour �a.

Et bient�t, je serai � l'hospice.

Tu dois �tre ici pour faire les magasins.

Je suis venue finir mon livre, dans une atmosph�re cr�ative.

Tu dois cr�er ta propre atmosph�re.

Couteau.

- Il y a quoi l�-dedans ? - Dans ma malle ?

Mes affaires.

- Elle est pleine ? - Oui.

Qui t'a permis ?

Tu as trop de choses. D�barrasses-t'en.

Un artiste ne doit rien poss�der ?

C'est dur de se contenter de rien apr�s trente ans.

Trente ans. Que dis-je ? Vingt, dix...

Etre seule, en avoir assez de rien, n'avoir rien dans la t�te.

Ne plus vouloir se laver le visage. Poster une lettre est une corv�e.

Seule. "Tu veux �crire ?" a dit ma m�re.

Ma pauvre m�re flasque,

friande de chocolat, je ne veux que ton bien,

toute d�form�e � force de mettre au monde des mort-n�s.

Des gar�ons. Un jour, ils ont regard� entre mes jambes.

"Idiote. Elle ne sait pas �crire."

"Ma fille. Trouve-toi un mari aussi b�te que toi."

"Tu �cris ?"

"Pose ce livre.

Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?" Gentille demoiselle

papillon, casani�re, qui lit, mange et dort.

Alors ils m'ont trouv� un dandy grossier

avec une maman riche.

"Une dot ? P�re joue et laisse tout aux putains."

Et quand son dandy la plaque,

la laiss�e-pour-compte devient gouvernante.

Elle jongle entre le vomi et la merde.

Et le soir dans ta chambre, tu �cris tes �tats d'�me.

Sensiblerie !

Mais qui va l� ? C'est mon gentil employeur pr�t � me sauter dessus !

Garde ton amour. Je sais ce que tu veux. Je suis une putain !

J'ai commenc� plus de livres que tu ne feras jamais de dessins.

Mon livre parle du sommeil,

de cette substance �paisse sous laquelle on flotte

entre r�ve et conscience,

� l'abri, on esp�re, mais la r�alit� nous rattrape.

Tu n'imagines pas ce que j'ai invent� pour y rester,

sous la surface,

� moiti� endormie et � moiti� r�veill�e,

laissant mes soucis avec mes habits.

Mais le loyer ne dort pas et le temps non plus !

On aurait d� se rencontrer il y a 20 ans.

Mon corps a fondu. Je suis toute maigre.

Je pourrais �tre ta m�re. Bient�t d�cr�pite.

Mais je ne pleure pas ma beaut� perdue.

Mon visage n'a jamais �t� mon atout,

mais jeune, j'avais de l'avenir. Comme toi.

Je ne m�rite pas ton amour, petit.

Aime-moi comme le veut l'amour et bient�t, tu me d�testeras.

Tu es si jeune. Tu seras un grand artiste.

Choisis quelqu'un de plus aimable.

Le chou br�le.

Tu vas adorer ma m�re. Elle est formidable.

- Elle vit � la campagne. - Ma m�re biologique.

Ma vraie m�re est...

Le Louvre !

N'importe quoi. On y exhibe de la camelote vol�e � des sauvages.

L'art est fait d'art.

- Tu ne disais pas �a hier. - C'�tait hier.

Tu as dit, et ne va pas me contredire,

que l'art d'aujourd'hui est fait d'aujourd'hui.

Et d'o� crois-tu que vient aujourd'hui ? D'hier.

A moins d'une rupture dans le fil des jours depuis Babylone.

- Tu ne dis jamais la m�me chose. - Oui, je suis changeant.

Le soir, je me couche comme si j'allais mourir.

Et le matin, je me l�ve comme si j'�tais immortel.

Et tu crois que je vais me jeter dans tes bras pour toujours ?

Tu ne tiendrais pas une semaine.

Je te porterai dans mon coeur o� que mon esprit m'am�ne.

Excusez-moi.

Bonjour. O� est expos�e la nouvelle t�te primitive ?

- C'est par l�, mais... - Merci.

Monsieur, veuillez m'excuser, mais votre chemise pend.

Et alors ? La plupart des gens ici sont nus !

Regarde.

Voil� o� te m�ne ton esprit. Au viol !

Le viol des Sabines.

Il a d'autres choses qui pendent.

On dirait des statues de cire.

Tiens, tiens. On se fait un d�lire artistique ?

Je vais aller saluer la Mona Lisa.

C'est bien de vouloir saluer la Mona Lisa.

Je le fais moi-m�me tous les jours.

Par contre, je suis habill� correctement.

Madame, sortez vos mains de mon pantalon !

Une derni�re chose.

Mon Dieu ! Mon fr�re ! C'est ici que tout a commenc�.

- Votre voix ! - Et que tout s'ach�vera.

Vous �tes dans un mus�e.

Et m�me si votre enthousiasme pour ces oeuvres intemporelles...

me touche personnellement,

on ne veut pas d�ranger les contribuables

qui profitent des bienfaits de l'acc�s � la culture, non ?

Les d�ranger ? Justement, il faut les d�ranger !

Il faut les r�veiller ! On n'est pas dans une morgue.

Ceci est une statue.

Tr�s pr�cieuse, si je puis me permettre.

Et si on laisse un visiteur la toucher,

tout le monde voudra la toucher.

L'art est vivant !

Appr�ciez-le.

Moquez-vous-en.

Aimez-le ou d�testez-le,

mais ne le v�n�rez pas. On n'est pas dans une �glise.

Accrochez-le aux murs.

Torchez-vous avec.

Mais utilisez-le !

Je remplirai cette d�charge demain.

Ca suffit.

Alors j'attendrai demain.

Esp�ce de gros lard ventru,

bon � rien, pistonn�,

vandale � face de rat et aux jambes arqu�es !

Tu n'as pas de m�re !

Ton p�re a chi� contre un mur et le soleil t'a fait �clore !

- On reviendra. - S�rement pas.

Je n'y remettrai plus jamais les pieds.

Qu'ils continuent � le climatiser pour les touristes am�ricains.

Ta vraie m�re est une vraie salope.

On va voir si ma m�re biologique nous traitera mieux.

Comment �a ?

Quelques jours � la campagne nous feront du bien.

Et tes parents ? Je n'ai rien � me mettre.

- Je veux rentrer � la maison ! - On n'a pas de maison.

Henri !

Respire, Mamelouchka !

Qui est son �diteur ?

Elle en a plusieurs. Elle est connue � l'�tranger.

On dirait une veuve.

Notre amour est platonique.

Quelle qui�tude.

Votre voyage a �t� agr�able, Mlle Brzeska ?

J'ai tr�s peur des trains.

Nous les trouvons pratiques.

O� sommes-nous ?

Sur la propri�t� de la comtesse de Montmorency.

Nous sommes ses m�tayers.

Je vous remercie de m'accueillir.

On n'a plus de place dans la maison, mais on vous a am�nag� la laiterie.

- Pas de probl�me. - On est une grande famille.

J'ai besoin d'�tre seule.

C'est une perle.

- Tu la connais bien ? - Bonjour.

- Intimement. - Bonjour, madame.

- Ecoute... - Nos �mes rayonnent � l'unisson.

Ta m�re s'inqui�te.

Tes a�eux ont taill� la face ouest de la cath�drale de Chartres.

Tu sais ce qu'est la beaut�.

La beaut� est inn�e chez elle.

Bonjour, Emma !

Bonsoir.

- Que fais-tu l� ? - Quoi ?

Que fais-tu l� ?

Je m'assure que tu ne manques de rien.

C'�tait ma chambre avant.

Elle est magnifique et je n'ai besoin de rien.

Laisse-moi. Je suis fatigu�e.

- Tu es fatigu�e de moi ? - Non, tu me fatigues.

Et tes parents auront des ennuis si on te sait ici la nuit.

Bon, alors je te laisse.

Bonne nuit.

Bonne nuit, petit.

Engageons notre foi.

Oui, engageons notre foi.

Tu es s�r ?

Oui.

On doit s'offrir quelque chose.

Une chose qui perdurera.

Je t'offre mon nom !

Et je t'offre le mien !

Henri Gaudier Brzeska.

Sophie Gaudier Brzeska !

Je suis ton fr�re.

Et moi ta soeur.

Tu es mon amour.

Toute ma vie, j'ai attendu un tel amour.

M�me quand tu �tais jeune ? Tr�s jeune ?

Oui, d�j�.

Ne recevant pas d'amour de ma famille, je l'ai cherch� ailleurs.

Une gouvernante vaut son pesant d'or

et voyager ouvre l'esprit.

Mais les m�res deviennent jalouses et les p�res lascifs.

Et on se retrouve seule dans un pays �tranger.

Que vaut alors l'amour ? Et on se contente d'autre chose.

De l'amiti� ?

De la camaraderie ?

De moins que �a.

De la charit�.

De moins que �a m�me. On se contente de...

ce qui se pr�sente.

Je suis venue � Paris pour me suicider,

mais j'ai eu peur des vers et de l'obscurit�.

Ma soeur...

Ma petite soeur Mamelouchka.

Tu as trouv� ton amant.

Et on ne vivra que l'un pour l'autre.

Et tu oeuvreras pour tout le monde.

Et toi aussi.

Bon !

Levez-vous de ce lit !

Allez. M. le maire a une lettre � vous lire.

"Cher monsieur",

c'est moi...

"J'ai le regret de vous informer

qu'une femme d'origine �trang�re

re�oit la visite ind�cente d'hommes dans la laiterie de la comtesse.

En tant que maire du district, vous devez expulser cette �trang�re,

non seulement de la propri�t�, mais de tout le district."

La signature est illisible.

Bien. Faites la queue. Dehors. Les plus jeunes devant.

Allez !

Je t'en prie, mon fils. Renvoie-la. Reste avec nous.

Vermine !

Rebuts du genre humain, dehors !

Comment osez-vous ?

Dehors !

Salutations, p�re !

Aide-nous � trouver une chambre bon march� � Londres !

Merci, madame.

Merci !

Monsieur !

Salut ! Il est � moi.

Je vous lis l'�vangile ? J�sus peut vous aider.

Dominus vobiscum.

J'ai grandi au couvent. Je suis propre et bien tendue.

Six pence la passe,

cinq shillings la nuit, avec une g�terie en prime.

Tu es si mignon que tu pourrais chier des truffes.

Que Dieu te b�nisse, ma soeur !

O� en est ton roman en trois tomes ?

Tu as re�u une lettre.

Ouvre-la.

Si tu lisais moins, tu avancerais un peu.

Avec ce vacarme ?

Quand ce n'est pas les transports, c'est l'humidit�, le brouillard

ou la bonne id�e.

Il n'y a que l'instant pr�sent !

Tu as un travail !

Quoi ?

Tu as un travail !

55 shillings par mois !

55 shillings par mois !

J'ai tout ce que je veux !

Mon atelier, mon travail,

des chefs-d'oeuvre...

et ma femme !

Qu'est-ce qu'un bon bourgeois peut demander de plus ?

Un baiser !

Au viol !

Quoi ? Non !

Arr�te.

Fais-moi l'amour, Mamelouchka.

Arr�te.

Combien de fois dois-je te dire que je n'aime pas le sexe ?

Tu ne penses qu'� �a.

Encore 9 faits divers d'exhibitionnisme.

- A cause de femmes comme toi. - Si tu veux du sexe,

trouve-toi une prostitu�e.

Alors donne-moi l'argent.

Cinq shillings ! Tu as perdu la t�te ?

Je ne vais pas livrer mon tendre corps

� une putain � cinq shillings.

On n'a pas les moyens.

Alors �conomisons en mangeant � la maison.

Tr�s bien.

Que Dieu vous b�nisse, mon fr�re.

Je t'embauche.

Pourquoi fais-tu �a ?

Tu vas �mousser mon amour pour toi !

"Messieurs,

Nous vous remercions de votre courrier du 4 octobre 1912

que nous avons re�u aujourd'hui."

Gaudier ?

Occupez-vous de cette facture en polonais.

Demain, M. Saltzman. Je dois la montrer � ma soeur polack.

Corky a h�te de vous rencontrer, vous et votre soeur.

Vous n'avez pas oubli� M. Corky ?

Mon ami le marchand d'art.

- Je n'oublie jamais personne. - Bien.

Mais vous savez qu'il d�ne avec vous deux ce soir ?

Galupski, Peroshki, Oubliski.

Elle s'affaire depuis ce matin.

Votre dessin a ravi Mme Saltzman.

Il est accroch� dans le salon.

Courage, Mamelouchka !

Gr�ce � mon patron, je vais rencontrer M. Porky,

un marchand d'art r�put� dans le monde entier.

Il est implant� � Londres, New York et Paris.

Tu serais bient�t une femme riche.

En attendant, j'ai postul� � Blandford.

Tu es trop bien. Tu es la soeur du plus grand sculpteur au monde.

Le d�ner est pr�t, g�nie.

Mais je garde un train de vie modeste.

Un grand artiste doit rester en contact avec les gens.

Ah, les gens !

Soupe de cresson hors saison et lait de ch�vre afghane.

Et les derniers harengs.

Garde �a au chaud.

J'ai invit� mon marchand d'art � d�ner.

Ce soir ?

Et il me dit �a maintenant !

Mon Dieu.

Le voil� !

On est riches ! Commence � d�penser !

M. Porky, je pr�sume ?

Excusez-moi...

Je m'appelle Angus Corky.

Et moi, Henri Gaudier McBrzeska.

Des bricoles. Une fois outill�, je d�marre la gravure sur pierre.

- Je vous procurerai les outils. - Merci.

Vous aimez ?

Beaucoup.

J'ai tout de suite vu que vous �tiez un g�nie.

Accepteriez-vous cinq livres ?

Combien ?

Cinq livres.

Shakespeare !

Je n'ai pas les moyens de prendre tout �a !

- Il y en a beaucoup. - Je prends celui-ci pour commencer.

C'est cinq livres pi�ce ?

Bien s�r !

Vous �tes un idiot !

Voici mon marchand d'art !

Celui de Paris et Berlin ?

Il vient de m'acheter un de mes dessins cinq livres.

M. Angus Porky, je vous pr�sente ma soeur,

Mlle Sophie Gaudier Brzeska.

Je suis enchant� de faire votre connaissance, Mlle.

Et pour moi, c'est un honneur, M. Porky.

D�licieux !

A vos groins, amis porcins !

Commencez, M. Porky.

Les l�gumes qu'on aime ne sont pas de saison.

- On est pauvres. - On a cinq livres.

Je suis... Je n'ai pas r�ellement...

J'ai menti pour l'argent. Je lui ai donn� les dessins.

N'est-ce pas ?

Vous l'aurez demain. C'est promis.

Tu vois ?

Le d�ner va refroidir.

Il paiera. Je le sais.

C'est juste qu'on t'abuse si facilement.

- Je pr�f�re �a au contraire. - Ce n'est pas la question.

C'est moi l'h�te...

Typique. Il est l'h�te. Et moi, je suis la putain ?

- Qui ach�te � manger ? - Qui paie le loyer ?

Qui ach�te des colifichets inutiles ?

- Fallait pas. - C'est pour moi.

Pour le costume que j'�trennerai � l'exposition que Porky

m'a promise. Rien de grand,

mais elle ravira le public amateur d'art.

- Un signe de soumission. - Un geste r�volutionnaire.

Je vais devoir les porter. Tu n'as pas les oreilles perc�es.

Aussit�t dit, aussit�t fait !

Arr�te ! On te prendra pour une tante.

Les gens les adorent !

Tu connais le public. Un artiste doit �tre mis�rable.

L'art, c'est la r�volution !

Arr�te !

En me voyant dans ma splendeur barbare,

ils comprendront qu'hommes et femmes sont semblables.

Esp�ce de...

Tu es fou ?

Je me rends !

J'aimerais que vous veniez d�ner chez moi un de ces soirs.

Arr�te, petit !

Venez ! Bient�t.

Je me rends !

Un tigre br�lant dans la nuit.

Le corps d'une femme br�lant le jour.

Des lumi�res et ombres sensuelles,

mais avec des sons qui remplacent les tons.

Ca ressemble plus � Blake qu'� Debussy.

Je ne sens pas de tigres, mais une forte odeur de sexe.

Je vois de la lumi�re.

On ne voit que �a chez un impressionniste.

Je croyais que c'�tait un ballet sur l'homosexualit�.

Typique

de Diaghilev.

Il se serait fait tout le corps de ballet :

gar�ons, filles et tous les �lectriciens.

Associez-vous l'impressionnisme � l'homosexualit�, M. Brzeska ?

Beaucoup de queues.

On d�ne ?

- Avez-vous lu le dernier Hardy ? - Que les critiques.

Je ne les lis pas.

- Salauds. Fumiers. - Je n'y crois pas.

Comment s'informer sinon ?

S'informer ?

Les critiques informent tout juste un pygm�e inculte.

Exact.

Tu me reproches d'ignorer les journaux.

C'est l'actualit� qui compte, pas les avis.

Comment les distinguer ?

Je ne le fais pas. Je me torche avec.

Pippa, je vous ressers du cidre.

Mavis ?

M. Shaw...

Combien vous rapporte l'art par an ?

Plus que Tom ne gagne en publiant mes livres.

Vous oubliez les frais g�n�raux.

Vos bijoux en font partie ?

Et s'il y a la guerre, Lionel gagnera encore plus.

Les r�fugi�s vous �changeront une statue contre un passeport.

Un Michel-Ange contre un passeport am�ricain ? C'est donn�.

Mais s'il y a la guerre, elle tuera aussi les artistes.

Mais pas les marchands.

Tom ! C'est cruel de dire �a.

J'aime la guerre.

Elle fait du bien � l'�me humaine.

J'aime surtout les grandes guerres.

- Il n'est pas s�rieux. - Si. Les gens aiment la guerre...

"Ou il n'y en aurait pas autant." Si tu redis �a, je...

Quoi ?

Elle versera une larme pacifiste.

Pourquoi tout ramener � soi ?

Les hommes le font toujours.

Quelle est votre activit�, Mlle Brzeska ?

J'�cris.

Elle chante aussi.

Je suis �crivain.

Et qu'avez-vous publi� r�cemment ?

Le 3e tome de son roman philosophique en 9 tomes

a �t� salu� unanimement � Moscou.

Trois parus et six tapuscrits ?

Exact. Mais ma soeur pr�f�re �crire � la main.

Connaissez-vous des chants du folklore polonais ?

Je d�teste les paysans et leurs horribles chants !

C'est une noble.

Je suis communiste.

Alors je vous d�capiterai !

Une chanson

intitul�e "Mazurka m�lancolique"

traduite du polonais par Sophie Gaudier Brzeska.

Deux puces dans une rhubarbe Appel�es Toi et Moi

Toi avait un b�ton et Moi un droit On �tait des hommes de biens

Mais d�barqua Sam l'idiot Un homme inculte

Qui r�vait et s'empiffrait

Et riait de bon coeur

Il vit qu'on �tait des puces d'esprit

Alors il nous cracha Droit dans les yeux

Et rit de bon coeur

Tr�s beau.

J'ai bien aim�. Mais c'est vous que je n'aime pas.

Vous avez mauvaise haleine.

S�rement pas plus que vos pieds.

Quel est votre mat�riau pr�f�r�, M. Brzesky ?

Brzeska. La pierre.

- Le granit ? - Non, le marbre.

Vous sauriez graver du granit ?

Bien s�r.

Vous avec beaucoup travaill� le marbre ?

Mon fr�re grave sur toutes les pierres.

Je pr�f�re le marbre.

Sophie, vous m'aidez pour le caf� ?

Excusez-moi.

Shaw va le coincer si on n'est pas plus prudents.

Comment ?

Il voudra voir ses pierres inexistantes.

Je vais le ramener � la maison.

Vous sculptez d'apr�s mod�le vivant ?

Vivant, mort. Tout est bon.

Henri, on doit rentrer.

En fait, je viens de finir un buste en marbre,

n�oclassique.

Je veux poser pour vous. Si vous voulez.

Il serait ravi.

Je suis fatigu�e. Rentrons.

- On va rater le dernier bus. - Assieds-toi.

Je mange mon dessert.

Votre nouveau buste n�oclassique, puis-je venir le voir ?

- Volontiers. - Quand ?

Demain � huit heures.

Je vais au th��tre.

A huit heures du matin ?

Disons 9 h.

Bien. M. Porky vous donnera l'adresse de mon atelier.

Au revoir.

Petit, tu as fait fort cette fois !

Au revoir.

Le sculpteur de Corky est absolument divin !

Esp�rons que son talent m�risse.

On verra. On devient plus facilement Premier ministre qu'artiste.

Elle m'insupporte. On respire sans elle.

Et comment.

Vous devez revenir.

Porky ! Allez !

Pardon, madame. Mauvaise fen�tre.

Venez ! Allons chercher la pierre de Shaw.

Et ramenez les fameux outils.

Tout est ferm� !

- Dobrovski Porcovski ! - Allez !

Est-ce que �a ferait l'affaire ?

Trop vein�.

Ce serait bien que tu te d�cides.

On est trop pr�s de l'avenue principale.

Allez, arr�te de jouer.

On n'ach�te pas des l�gumes.

Choisir la bonne pierre est un acte cr�atif.

Michel-Ange passait six mois dans sa carri�re avant de choisir.

Tu d�testes Michel-Ange !

Je dois avouer qu'il s'am�liore.

- De plus en plus. - Eur�ka !

On a trouv�.

Allez, vite.

Tu seras damn� par...

Edward Timothy West !

N'importe quoi !

Il me b�nira de l'avoir d�barrass� d'un poids.

Pour l'amour de Dieu !

Cette remarque est d�plac�e.

Je suis tremp� !

Pensez � l'exode des Juifs.

Je ne suis pas Juif !

Je vous en prie, Gaudier. On se boit une tasse de th� ?

Pas de pause.

Quelle heure est-il ?

Il doit �tre trois heures.

Il nous reste six heures.

Shaw ne viendra pas.

Je le connais. Il ne quitte jamais la galerie avant midi.

Oh que si, il viendra !

Il aura sa pierre. A neuf heures tapantes.

Votre th� est excellent, Sophie.

Ca fait du bien d'�tre appr�ci�e.

Bon. Je vais vous raconter une histoire.

J'esp�re que je ne la connais pas.

Un homme marche dans un champ

et il tombe sur un petit oiseau,

bien trop jeune pour voler.

Que c'est mignon.

En fait s'il ne faisait rien, le petit oiseau allait mourir.

Tout pr�s de l�,

il y avait une belle bouse de vache encore fumante.

Alors,

il prit le petit oiseau,

fit un trou dans la bouse

et y installa le petit oiseau.

Apr�s quelque temps, avec la chaleur et le d�licieux ar�me,

le petit oiseau se requinqua et se mit � gazouiller.

"Cui-cui, cui-cui..."

Un renard marchait le long du foss�.

Il entendit le petit oiseau gazouiller,

alla voir ce qui se passait et crac...

il lui arracha la t�te.

La morale est la suivante : ce ne sont pas toujours vos ennemis

qui vous mettent dans la merde et vos amis qui vous en sortent.

Mais quand vous y �tes,

fermez-la.

J'ai sommeil.

Ce n'est pas de chance. Va te trouver un banc dans le parc.

Vas-y, c'est � c�t�.

Ton admirateur, M. Porky, va t'accompagner.

D'accord.

Je suis odieux, Mamelouchkina.

Ma ch�re moiti�, mon �lectron libre,

ma vie en dehors de ma vie,

qui m'�voque sans cesse la splendeur.

Ma douce voix,

ma joie dans la tristesse...

Pas vous, Porkum ch�ri.

J'ai encore besoin de vous.

Mettez le burin dans le po�le

et entretenez le feu.

Je suis mort de fatigue !

Vous savez comment j'aime travailler ?

Quand chaque coup est pr�cis.

Quand on peut voir ce qu'on veut dans la pierre

avant d'y toucher.

Burin !

Pas de perte de temps.

Demandez � un charpentier.

Et pourtant...

� moins de laisser la pierre vous influencer,

� moins de la laisser en grande partie vous guider,

vous �tes perdu.

Chaque coup doit �tre franc.

Chaque coup est un risque.

Votre vie est entre vos mains.

On reconna�t un mauvais artiste,

comme un mauvais m�decin,

au fait qu'il garde une part de secret dans son travail.

Il y a certes du myst�re,

mais il y en a autant pour l'auteur que pour le spectateur.

Il y en a autant !

J'ai besoin d'un public.

Il n'y a pas d'artiste pouvant se passer du public.

Enfin, peut-�tre que si.

Mais dans ce cas, c'est un saint et un artiste.

Et d'abord un saint.

Prenez C�zanne, le vieux grincheux.

C'�tait un saint.

Il peignait toute la sainte journ�e et ne vendait rien.

Mais peu importe, son p�re �tait banquier.

Achetez ses tableaux, Porkum.

Ils assureront nos vieux jours quand on sera gris et fatigu�s.

Mais vous auriez tort de croire � ces histoires de g�nie solitaire.

Moi j'y crois, parce que �a me fait plaisir.

Il n'y a pas de mal � cela.

Si je n'y prends pas de plaisir, que peuvent en tirer les autres ?

C'est �a, le myst�re.

Pourquoi quelqu'un voudrait-il voir mon travail

et l'acheter � bon prix ?

C'est �tonnant.

Pourquoi ne font-ils pas leurs propres oeuvres ?

L'oeuvre d'un autre ne m'int�resse que si je peux m'en inspirer,

lui emprunter des id�es.

Et pourtant,

si personne n'est l� pour le voir,

alors zut, comme dirait ma soeur divine,

ce n'est qu'un morceau de pierre.

Mettez la cath�drale Saint-Paul dans une bo�te en carton

et qu'obtenez-vous ?

Une bo�te tr�s lourde.

Au travail, braves citoyens,

repus par un oeuf � la coque.

Vous n'avez jamais vraiment travaill� de toute votre vie.

A nous, ma petite ch�rie d'amour...

On affine l'omoplate,

on lime ton petit sein...

Tu voulais nous prendre en d�faut, hein ?

M. Bronski ?

Quel num�ro ?

Vingt-cinq. C'est vous, M. Bronski ?

Je suis Bronski, le c�l�bre neurochirurgien.

Un t�l�gramme.

Lisez-le-moi.

"D�sol�.

J'ai un autre rendez-vous � la galerie.

Passez. Shaw."

Neuf heures !

L�chez-moi !

Je suis un vandale. Je ne m�rite pas d'�tre libre.

Laissez-moi entrer dans la cellule !

Arr�te, petit. Shaw a retir� sa plainte.

- Porky a pay� la vitrine. - Comme acompte pour la statue.

De quel droit avez-vous pay� ? Je tiens � vous rembourser.

En tant que votre agent, je vends vos oeuvres � qui je veux.

Moi y compris !

Vous m'emp�chez d'�tre puni.

Vous l'avez fait pour moi, pas pour mon travail.

Si mon acte reste impuni, il ne vaut rien.

Vous m'exasp�rez !

Je ne veux pas m'en tirer. C'est comme si je n'avais rien fait.

Je l'ai fait ! Et j'en suis fier !

On t'expulserait !

Allez, n'en parlons plus.

Je dois partir, Porky. Henri m'�puise.

Vous voulez vraiment �tre � nouveau gouvernante ?

Oui. Je pourrai me consacrer � l'�criture.

On aura bient�t �puis� mes �conomies.

Et son salaire est englouti par l'achat de mat�riel.

- Sophie, laissez-moi... - Arr�tez.

Mais c'est gentil de payer le taxi.

De toute fa�on, je veux partir. M�me si je l'aime.

Je veux �tre seule quelques mois.

Prenez soin de lui.

- Je ne viens pas � la gare. - Au revoir.

Je dois trouver du travail.

- D�sol�e pour ton travail. - Ce n'est pas une grande perte.

Il en retrouvera vite un autre.

- Tu m'�criras ? - A Paddington.

- Bien s�r. - Gardez la monnaie.

Tiens.

Au revoir ! Je suis d�sol�e !

Je comprends. Moi aussi, j'aime �tre seul.

Enfin libre ! Venez, Porky. Trouvons-nous des femmes !

On pourrait aller voir Mavis Coldstream.

Quelles femmes ! Rondes, sexy, aux gros seins, croqueuses...

Pardon. Auriez-vous du feu ?

Oui, bien s�r.

- Mais... - Attendez moi.

Pour le droit de vote des femmes !

Le droit de vote aux femmes !

Mon Dieu ! Regardez-moi cette femme.

Votre chapeau.

Une contribution. Votre �pouse vous remerciera.

- Elle m�rite la cravache. - S�rement pas.

Quelqu'un qui r�chauffe les passants par une nuit froide a du m�rite.

Allez, mesdames ! R�veillez-vous.

- Chaud les marrons ! - Rejoignez-nous.

Battez-vous, mesdames !

Pour le droit de vote des femmes !

Venez, Porky ! Suivons-la.

Le Vortex, la nouvelle bo�te de Shaw.

Elle pourrait �tre en danger !

Un instant. Montrez-moi votre carte de membre.

Pourquoi donner le droit de vote � une femme ?

Elle a mieux � faire avec sa croix.

Elle r�gne dans l'ombre depuis dix mille ans

et elle ne veut pas changer de patron,

car il pourrait �tre difficile � g�rer

et on n'attire pas un homme dans le mariage

� moins d'en faire un roi.

Esclaves � la voix douce, vous g�rez d�j� les vagues,

alors pourquoi g�cher une si bonne chose ?

Les grands peintres exploitent leurs jeunes ma�tresses !

La voil�. Elle doit �tre r�fractaire au feu.

Montre-nous ta culotte !

Taisez-vous !

Bonsoir.

J'aime les chevaux autant que vous

Pourquoi je fais tout �a ?

Ma m�re respecte les consignes du pape

Mais au diable la vertu, je veux voter !

Pour le droit de vote des femmes !

- Qui est-elle ? - Gosh. Sublime, non ?

- Gosh ? C'est une �jaculation. - Elle en m�rite une.

Encore !

A poil, Gosh ! Tu as un cul magnifique.

Un cul magnifique !

Si notre ami europ�en a d�charg� sa fougue cr�ative...

Je ne sais pas lire. Je ne vous comprends pas !

Un peu de s�rieux.

Merci pour votre chanson, Gosh.

Attention � ne pas lac�rer un bon tableau par accident.

Dans un instant, Mlle Gosh va vous parler du Mouvement...

- Accouche ! - des...

- Mouvement des Suffragettes. - C'est �a.

Donnez-lui le droit de vote et d�shabillez-la !

Asseyez-vous !

On esp�rait encha�ner par un croquis de Pablo Picasso.

Jamais entendu parler !

Mais le lundi, il donne son cours de dessin.

Ca tombe bien. Je vais le remplacer.

Un po�me par le nouveau g�nie sur Terre :

"B�ton" par Henri Gaudier Brzeska. La Marche du maestro.

- Mon assistante, Mlle Gosh... - Gosh Boyle.

D�shabille-toi.

Un, deux...

Ses seins sont en b�ton Son �me en confiture

Du jus de tomate coule de son nez Le r�ve du p�re de famille

Un verre de paraffine Ou une chaussette imbib�e de whisky

Pour boire � ma V�nus Et son superbe entrecuisse

Vive la libert� d'expression !

Je viens de trouver une chanson plus os�e.

Non, oubliez-les.

- On a bien mieux � faire. - Quoi ?

Faire sauter l'Acad�mie des Beaux-Arts !

Comme je viens, je t'apporterai la grammaire au lieu de l'envoyer.

Vu que tu n'as pas droit aux visites masculines,

retrouvons-nous � Portland, une station baln�aire � mi-chemin.

Je prendrai le train de 14 h 22 de Waterloo.

Le train de 14 h 22 de Waterloo entre en gare quai num�ro quatre.

Arr�ts � Lyme Regis, Teignmouth et Exeter.

J'ai pris le train d'avant, mais il ne s'est pas arr�t�.

Petit, arr�te !

Un train !

Monte !

Monte !

Avant tout, restons calmes.

- Ne nous faisons pas de la peine. - Soyons sereins.

Tout ce que tu dis.

Celles-ci sont de la part de Porky et celles-ci de moi.

Une chambre pour deux o� je pourrais cuire des harengs pour mon fr�re.

D�sol�e, notre Ethel a oubli� de tourner le panneau.

Chambres libres/Complet

O� est-on ? A Saint-Moritz ?

- En plein hiver, tout est complet ? - Ca va. Je veux voir la mer.

- Ca fait 30 ans. - Attends.

Auriez-vous une chambre pour mon fr�re et moi

- o� je pourrais cuire des harengs ? - Oublie �a. O� est la mer ?

Au bout du chemin l�-bas.

Merci.

Henri, attends-moi !

Reviens ! On doit se trouver une chambre.

Plus tard ! La journ�e est d�j� bien entam�e.

- Et la nuit ? - Ce que tu peux �tre n�gative.

Petit, attends-moi.

Tu vas me semer.

Salaud !

Salaud.

Salet�s de harengs !

C'est un petit morveux pourri g�t�.

Il me d�teste.

Les p�quenauds me d�visagent quand je passe.

Moches comme des porcs imbib�s de bi�re.

Ils me croient une fille facile. Obs�d�s sexuels ! Ils me d�go�tent.

L'ancienne gouvernante est morte de la tuberculose,

alors je lave la chambre � l'eau bouillante chaque semaine.

Impossible d'�crire.

Le clair de lune au-dessus de ma t�te, mena�ant, horrible...

- Tu peux toujours rentrer. - Bient�t, petit.

Je me bats contre des moulins.

Pourquoi on est pass�s par l� ?

J'ai quelque chose � te dire.

Tu m'�coutes ?

Oui. Je t'entends m�me avec les yeux ferm�s.

Porky va me d�dier une exposition.

- Vraiment ? - Vraiment.

Je suis si contente pour toi !

Ce sera une r�ussite.

Des milliers de visiteurs. Je couvrirai le sol de dessins.

- Ils seront ab�m�s. - Que les mauvais.

Ce sera mon univers.

Je veux qu'on t'admire.

C'est toi qui r�digeras le catalogue.

- Porky est plus qualifi�. - Non.

- Je n'ai jamais fait �a. - Tu es �crivain, non ?

Mon Dieu ! Regarde.

Avec ces pierres, j'en ai au moins pour 15 jours !

Je le sens !

Jolie pierre.

O Dieu Soleil ! Regardez la joie de vos enfants.

Danse, Sophie. Danse !

Restons ici pour toujours.

On vivra dans une cabane.

On fera l'exposition ici.

Les clients exp�dieront leurs statues par bateau.

Une flotte de Gaudier s'�tendant jusqu'� l'horizon.

Imagine un peu.

Je peux y arriver.

Je trouverai un atelier.

Je sais que je peux y arriver.

Ce ne sera pas un catalogue ordinaire.

Ce sera un po�me,

un hymne � la v�rit�.

Et � la beaut� !

Je suis si heureuse !

Voici ta belle maison !

C'est bien ! Elle est vraiment belle !

Et c'est calme.

Et tr�s a�r�.

Je t'aime, Sophie. Je t'aime.

Je suis d�sol� si je t'ai fait du mal.

Je suis cruel, parce que j'ai peur.

J'ai peur que tu me quittes. Que tu ne m'aimes pas.

Mais tu m'aimes, je le sais !

Oui.

Bien s�r que oui.

Je t'aime.

Mon amour...

Mon seul et unique amour...

Non !

Il ne faut pas !

Je suis d�sol�e ! Je suis folle.

Pourquoi ?

Apr�s l'exposition, tu seras riche et c�l�bre !

Alors si tu...

- Ca ne changera rien. - On verra.

Si tu m'aimes toujours, alors on se mariera peut-�tre.

Viens. La nuit tombe.

O� est mon sac ?

Tu l'as vu ?

Quand je dansais.

Il doit �tre par ici.

O� est-il ? Mais o� est-il ? Bon sang !

Tu me trouves belle ?

Tu feras l'affaire.

Sexy ?

Sexy ? Je croyais que c'�tait une insulte pour les suffragettes.

J'en ai assez de la politique.

- Je veux �tre une artiste. - Excellent.

On a besoin de plus d'artistes et de moins de politiciens.

Tous mes amants sont des po�tes.

Tu veux voir mes po�mes ?

Montre-les � ma soeur quand elle reviendra.

Elle sait tout...

Pourquoi parles-tu sans arr�t de ta soeur ?

J'esp�re qu'elle ne reviendra jamais. Tu me saoules avec elle.

Tu as h�te de sculpter papa ?

Surtout d'�tre pay�.

Ou � quoi bon avoir tra�n� tant d'argile jusqu'ici ?

Tu m'apprends � sculpter ?

Le�on num�ro un :

arr�te de coucher avec des po�tes et fr�quente des carriers.

Tu y trouveras plus de plaisir.

Peu importe ce que je fais, tant que c'est cr�atif.

Je veux laisser � la post�rit� quelque chose de nouveau.

Les toilettes sont dehors.

Je m'ennuie tellement !

Mon astrologue dit que les vierges sont sujets � l'ennui cosmique.

J'ai une id�e !

Je danserai nue � ton exposition.

J'ex�cuterai la danse de l'esprit de la nature.

Tu crois que les animaux ont une �me ?

Papa trouve qu'Hannibal est presque humain.

Il a l'allure d'un grand g�n�ral.

Je dors chez toi ce soir.

Bonjour, papa !

- Bonjour, Mlle. - Bonjour.

Ravi que vous soyez ponctuel.

- Donnez-lui les mesures, Brown. - A vos ordres !

Elles sont pr�cises. Mon tailleur me les a donn�es.

Papa ! M. Brzeska est un artiste.

Il a l'air bien pauvre pour un artiste.

C'est pour �a que je suis bon march�.

Vous voulez que je pose ?

Non. Restez sur votre cheval. Je vous sculpterai tel quel,

au milieu du crottin.

Si ce n'est pas ressemblant, je ne paie pas.

Si vous vous red�couvrez, vous paierez plus.

Pas de verbiages sur la vision artistique.

On est ici pour faire un souvenir de r�giment.

Quelque chose qu'un soldat aguerri puisse distinguer � 40 pas.

Il te faut un photographe.

J'aurais pr�f�r� de loin.

C'est plus rapide et plus propre !

Je vous pr�viens, commandant Boyle,

je facture au centim�tre cube.

Ce sera plut�t un portrait en buste.

La moiti� du r�giment r�ve de faire �a.

Quand va d�buter la guerre ?

La premi�re semaine d'ao�t serait id�ale.

Vous �tes s�r de votre nez ?

- Vous pensez qu'on gagnera ? - Difficile � dire.

Quand je vois nos recrues, on pourrait se prendre une racl�e.

Vous faites ce nez trop long.

Il va r�tr�cir.

Certains jeunes pr�f�reraient la prison � la guerre.

Oui. C'est une histoire d'�ducation.

C'est tous ces id�aux, comme l'art etc.

L'art n'a jamais gagn� de guerre.

Il n'y a pas de plus grand id�al que le patriotisme.

O� sont les braves jeunes gens d'antan ?

Ils sont morts.

Seriez-vous pr�t � mourir pour votre pays ?

Vous avez raison. Ce nez est trop long.

Alors ?

Absolument.

Vous pouvez me croire,

dans moins d'un an, on sera en guerre.

Faudrait le jeter en prison.

Les prisons sont pleines. Faut le tuer.

Et dire que c'�tait �crit. C'est l�.

Tu vis dans ce trou ?

Pourquoi dessiner �a quand tu peux m'avoir nue ?

Si on est entour�s des clochards, il faut les dessiner.

Fais chauffer de l'eau pour le th�.

C'est une vraie �curie !

Bonjour, Madame. Je peux vous aider ?

J'ignorais qu'il avait une servante.

Je veux bien du th�.

Bien s�r, Madame. Indien ou chinois ?

Indien avec un nuage de chinois.

Vous avez rendez-vous pour voir des dessins ?

Non. Je suis son mod�le.

Pardon.

Petite conne ! Je vais en parler � ton ma�tre.

C'est moi. D�sol�e de te d�cevoir. J'aurais d� te pr�venir.

Bonjour !

- C'est tout ce que tu as � dire ? - Aurais-tu une cigarette ?

Mon Dieu. Je n'avais pas compris.

- Oui. Tiens, ch�ri. - Merci, ch�rie.

Vous �tes ch�ris ? Ne vous occupez pas de moi.

Je vais continuer � nettoyer la porcherie.

Arr�te �a, petit.

R�serve �a � ton soi-disant mod�le.

Faites comme si je n'�tais pas l�.

D'accord.

Gosh, montre-moi encore ce que tu as appris rive gauche.

J'ai le temps, ch�ri, si tu as l'�nergie.

- Chatte en libert�. - Casse-pieds �tranger.

En tout cas, tu ne craches pas sur sa queue.

T'y connais quoi aux hommes ?

J'en ai eu plus que toi d'invitations � d�ner.

Petite bourgeoise demeur�e.

- Tu ne distinguerais pas... - Deux puces dans une rhubarbe

Appel�es Toi et Moi...

Bient�t tu vas crier : "Ne remets plus les pieds chez moi"

et tout ce qu'un propri�taire peut dire.

Tu es une artiste !

On t'a mal �duqu�e.

Tu es cultiv�e

et donc perdue.

Retourne � la campagne

te trouver un brave laboureur.

Quelqu'un de ton �ge.

Quelqu'un qui lise dans tes pens�es

devant un joli tas de fumier.

Tu ne peux pas aider Gaudier.

Tu veux qu'il �choue.

Comme toi !

Quand tu auras repris tes esprits,

tu me trouveras chez papa.

Tu n'as pas chang�.

C'est si bon d'�tre de retour.

Serre-moi dans tes bras. Serre-moi fort.

Il n'en est pas question !

On ne peut pas se payer deux chambres.

On a d�j� v�cu ensemble, pourquoi arr�ter ?

C'est � deux minutes d'ici.

Deux minutes, deux millions

de milliards ann�es-lumi�re !

Quelle diff�rence ?

Tu veux ta chambre,

alors soit !

Je ne peux pas vivre avec tout ce bruit !

Jour et nuit.

Fichue exposition. Porky aurait mieux fait de s'abstenir.

N'oublie pas ta promesse.

Tu l'auras, ton catalogue.

Tu as dit qu'on se marierait apr�s l'exposition.

Je n'ai jamais dit �a.

J'ai dit qu'on verrait.

Tu as promis.

On verra.

J'ai dit qu'on verrait.

Henri !

N'est-ce pas merveilleux ?

La section f�minine. J'ai con�u le sac moi-m�me.

- Ravi que tu cr�es enfin. - Tu pars quand ?

O� ?

O� tout le monde va, imb�cile. Au front.

Tu aimes les dragons fran�ais ?

Je sais.

Papa conna�t le commandant des Artists's Rifles.

Il te nommera officier.

- Alors ? - Alors ?

Tu choisis quel r�giment ?

Je reste. Avec ces oiseaux.

O� pourrais-je voir un tel oiseau ?

L� o� tu soigneras le front l�g�rement ouvert d'un bel officier

avec des fus�es �clairant ta jolie tenue de soldat.

Que vas-tu faire ?

Sculpter. L�che-moi.

Esp�ce de sale tra�tre !

Tu crois que ta camelote tuera nos ennemis ?

Je pourrais d�j� te fendre le cr�ne avec.

Je ne suis pas l'ennemi.

Ceux qui parlent d'ennemis sont mes ennemis.

Tu te prends pour le nouveau messie !

Le Kaiser a eu raison de br�ler les toiles de ce m�t�que de Picasso.

Les pseudo artistes modernes, vous n'�tes que des l�ches.

Oui !

On en aura bient�t assez pour une belle exposition � No�l.

Tout sera fini � No�l.

Et comment dois-je r�pertorier la pi�ce num�ro 52 ?

A vous de la baptiser.

D'accord.

Que pensez-vous de "Mortier de tranch�e tirant une grenade" ?

"Oiseau avalant un poisson"

Vos parents sont-ils � l'abri ?

Pour l'heure.

Vous ne devinerez jamais.

Augustus John vient de s'engager.

Je le croyais pacifiste.

Non, c'est un artiste de guerre officiel.

Il ne se bat pas, mais il est officier.

Un pinceau et l'uniforme du roi.

L'hypocrite.

Et on ne l'appr�cie pas moins pour autant.

Mon effort est tout aussi important que l'effort de guerre.

Et vous, quand partez-vous ?

- J'ai un probl�me de vessie. - Alors allez pisser ailleurs.

Que deviennent ces soi-disant oeuvres une fois vendues ?

Elles se retrouvent chez les riches

� l'abri des regards pendant 200 ans

ou sont vendues � l'�tranger.

- Comment est ta chambre ? - Bien.

Un parasite qui vit aux d�pends d'un autre

peut toujours dire qu'il s'efforce de tuer son h�te.

Je ne suis pas un parasite.

J'apporte ma contribution.

Tu amuses les intellectuels.

Rien de plus.

Comment puis-je amuser plus malin que moi ?

C'est le r�le des m�diocres.

Mon oeuvre aidera les gens.

Je suis s�rieux et je me fiche de ce qu'on dit.

La beaut� existe et �a aide. Vraiment, �a aide.

La cath�drale de Reims en feu. Avanc�e allemande.

Les Alli�s battent en retraite.

Edition sp�ciale ! Toutes les informations.

Paris menac�e.

The Standard, toutes les informations.

Grande avanc�e allemande.

La cath�drale de Reims en feu.

The Standard ! Edition sp�ciale...

Ouvre-moi ! Je veux faire de toi une femme honn�te.

Vas-t'en, petit.

Vas-t'en, petit ! J'en ai assez de tes ruses.

Marions-nous. Je pars me battre.

Arr�te de dire des b�tises. Rentre te coucher !

On se mariera apr�s l'exposition comme j'ai dit.

Courage, Mamelouchka.

"Mon cher Henri,

Je ne t'ai pas cru quand tu as dit que tu partais te battre.

J'ai voulu te rappeler, mais tu �tais parti.

Je t'�pouserai apr�s l'exposition comme je l'ai dit.

Bien s�r que je t'aime.

Je t'ai toujours aim�.

Prends bien soin de toi."

"Je ne m'ennuie pas dans les tranch�es.

Je sculpte des petites pi�ces.

R�cemment, j'ai fait une statue de m�re avec enfant

avec la crosse d'un fusil allemand.

C'est du noyer de qualit�,

mais j'ai r�ussi � le sculpter avec un simple couteau.

C'est une pi�ce vendable.

Ces douze derniers jours, j'ai r�ussi � f�cher l'ennemi.

A 50 m�tres d'eux, j'ai sonn� des fausses alertes avec un clairon.

Il se fait encore remarquer.

Puis je les ai insult�s

et je suis sorti de la tranch�e avec un journal fran�ais.

Un Allemand est venu me l'�changer contre la Hanover Zeitung.

C'�tait tr�s amusant,

mais j'en ai profit� pour d�couvrir un avant-poste

sur lequel j'ai dirig� notre artillerie.

A 15 h, quatre obus le touch�rent envoyant vingt gars au ciel.

J'aime la guerre.

Il y a beaucoup d'action.

Toutes les nuits, on sort tuer des Allemands.

J'en ai tu� au moins quatre.

L'explosion des obus

m'�voque le tonnerre

et je regarde le ciel en disant "P�re".

Cet homme devrait �tre abattu.

Il l'a �t�. Jeudi dernier.

Henri Gaudier Brzeska mort au combat � 13 heures le 5 juin 1915

� Neuville Saint Vaast, en France, � l'�ge de 23 ans.

Sous-titrage Visiontext : Virginie Roux

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