All language subtitles for In nome del popolo italiano (1971)

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Original subtitles

"Suite � la violation de la loi sur l'urbanisme,

"articles 765 et 517,

"on condamne Odoacre Manzo,

"g�rant d'Edilizia Tiburtense,

"� 18 mois de prison ferme,

"une amende de 3 220 000 lires et le paiement des frais de justice.

"En outre, on ordonne la destruction du gros �uvre b�ti par le m�me,

"selon la description d�taill�e ci-jointe,

"dans la zone susdite et imm�diatement.

"Au nom du peuple italien, nous allons ex�cuter la sentence."

Nous sommes pr�ts, M. le juge.

Allons-y.

Signez ici.

- Merci. - Partons.

par ordre d'apparition

AU NOM DU PEUPLE ITALIEN

Bonjour, M. Bonifazi.

Te voil� donc nomm� juge d'instruction.

F�licitations.

Merci.

Le travail a doubl� ?

Comme tout le reste.

Au revoir, monsieur.

M. Lorenzo Santenocito,

PDG de Plast, profil�s plastiques pour construction,

des entreprises de construction Prati&Pomezia,

de Santenocito Routes, de Laziomio Immobili�re,

de la fiduciaire Fides, de Giannutri Aujourd'hui&Demain.

Vice-pr�sident du groupe h�telier Sicile-Ouest

et de Santenocito Fa�ences.

G�rant de Latium Briqueteries, d'd'Italasphalte,

de L.S. Import...

Tu vas au camping de Tor San Lorenzo ?

Tu n'es pas le premier que je ramasse.

Sais-tu pourquoi je le fais ?

Pour dire ce que je pense des types comme toi.

Vous m�prisez les gens comme moi tout en profitant de nos voitures.

Vous nous traitez d'exploiteurs tout en nous exploitant.

Et vous avez raison.

Puisqu'on vous tol�re, au lieu de vous �craser.

Les campings ?

Tu sais ce que je ferais de vos campings ?

Je ne les interdirais pas, non.

Je ferais une loi pour les entourer de barbel�s � haute tension.

Et je les remplirais de jeunes comme toi,

de moins de 25 ans, la t�te ras�e.

16 heures de travail pour tous, anarchistes, mao�stes...

Qu'ils en bavent.

Comme nous, qui avons fait la guerre

et travaillons dur pour le bien-�tre du pays.

Quel �ge as-tu ?

Tu vas dire 26 pour �chapper � ma loi.

Tu ne comprends rien et tu me laisses parler.

Descends, petit salaud !

Fasciste ! Fils de pute !

Pr�sident de l'Association Rome Propre.

G�rant de la Banque Coop�rative G�n�rale,

de Renaissance Cimenteries et du Foncier Sicilien.

Pr�sident du Club sportif tyrrh�nien,

commissaire aux comptes de Slia.

G�rant de la soci�t� Sup,

conseiller de Charyde Films.

PDG des Laboratoires pharmaceutiques Centre-Sud.

Regarde-moi ce mec qui double dans un virage !

On va lui faire sa f�te.

Tu parles. M. Santenocito est une grosse l�gume.

Salut, les gars !

Tous les PV que je lui ai mis, il les a fait sauter.

Vengeons-nous sur celui-ci.

Fraude immobili�re � Tolcaldara

Traite de bonnes de Madagascar

La concierge est entr�e dans la chambre de la fille � 10 h.

Mlle !

Mon Dieu ! Mon Dieu !

Apr�s un constat, les carabiniers ont appel�

le Dr Brunori qui, arriv� � 10 h 25, a soigneusement examin� le corps

et d�clar� au soussign� ce qui suit.

Au premier examen,

on remarque des contusions sur le corps.

En un mot, on l'a frapp�e. D�tail important.

Les blessures pourtant s�v�res n'ont pas �t� soign�es.

Je ferais remarquer que j'ai remis le corps et les draps en l'�tat

o� on les a trouv�s, c'est-�-dire en ordre parfait.

Si parfait qu'on peut supposer l'intervention d'un inconnu.

Non, M. le juge.

Ce n'est pas parce que j'ai flair� une mort violente

que j'ai appel� les carabiniers

au lieu d'appeler le Dr Silvestri, au 2e �tage.

- Non ? - Non, monsieur.

C'est que chez le Dr Silvestri, on m'a dit :

"Il est � la clinique." L�-bas : "Il est � l'h�pital."

� l'h�pital : "Au labo."

- C'est bon. - Les m�decins

sont devenus trop int�ress�s.

"Comme le chien de M. Tartaille :

"tu cours apr�s lui et lui, apr�s la caille."

Voil� la v�rit�.

Pour conclure, vous n'avez pas "flair�"

que la mort de la jeune fille pouvait

avoir des causes non naturelles.

Quand est-elle rentr�e la veille ?

Je l'ignore. D'habitude, elle passait par le garage.

Par le garage.

Je la voyais peu, je savais peu de choses.

D'ailleurs, elle vivait seule. Point.

"Vivait seule." Pas la peine de dire "point".

C'�tait pour vous aider.

Elle vivait seule, si jeune ?

Pour plus de renseignements, adressez-vous � ses parents.

Je peux partir ?

Voyaient-ils souvent leur fille ?

- Oui, souvent. - Tr�s peu.

Souvent ou non ?

Par exemple, le jour du drame, on l'avait invit�e � d�ner.

Le soir, elle a appel�,

elle avait rendez-vous avec un homme important,

on ignore qui.

Nous d�testons le g�chis.

Alors, on a invit� une voisine, la veuve Casciotti,

qui a fait honneur au repas.

Le lendemain...

Voyez-vous...

Le matin, la concierge a appel� pour dire...

Notre tr�sor...

Voyez-vous, bien qu'on ne vivait pas ensemble,

la sollicitude filiale de notre petite

�tait absolument exceptionnelle.

Si vous l'aviez connue...

La gaiet� personnifi�e.

Nous l'appelions pinson.

Sachez que nous avons de grosses difficult�s financi�res.

Ma femme, professeur de mandoline,

a une retraite ridicule.

De plus, elle est diab�tique.

Quant � moi, on ne vit pas de po�sie.

M�me si je suis peintre.

C'est hors sujet. Bornez-vous aux faits.

Je suis une femme fid�le,

dites-le � mon cocu de mari !

Au revoir.

Les faits... C'est moche, les faits, monsieur.

L'imagination, c'est mieux.

Notre petite a vite abandonn� les �tudes

pour se jeter dans le grand chaudron.

- Chaudron ? - Oui, elle gagnait bien.

On ne manquait de rien. On a m�me fait la fangoth�rapie.

Avant, vous avez parl� de "grand chaudron".

Qu'entendez-vous par "grand chaudron" ?

C'est-�-dire ?

Quel travail faisait-elle ?

Une question ?

- Bon... - Vous devriez savoir.

Elle voyait du monde, invitait, �tait invit�e... Elle se r�alisait.

Des gens de la haute.

Des personnalit�s de l'industrie.

Des �trangers.

Des Milanais. Pas trop de Romains.

Silvana parlait bien l'anglais.

De grands h�tels... La jet society, oui.

On lui parle du gar�on ?

D'apr�s toi, ils ne connaissaient pas le m�tier de leur fille ?

- Non ? - Je ne crois pas.

M. le juge, il y a une chose

qui illustre bien la nature de la petite.

- Je vous la raconte ? - Allez-y.

Il y a un an, elle a tout abandonn�. Elle �tait amoureuse.

D'un petit jeune.

Un cr�ve-la-faim. Elle voulait l'�pouser !

Et elle a cess� de se r�aliser.

- Elle nous a n�glig�s. - On s'est querell�s, inutilement.

Voil� ce que fait l'amour !

Ce jeune cr�ve-la-faim, ne serait-ce pas par hasard...

Sirio Roscioni ?

Vous le savez ?

Je l'ai vu. Il fait du basket et des �tudes.

Il joue et ne gagne pas un sou vaillant.

Continuez, si possible sans enjoliver tout le temps.

On disait que, priv�s de l'aide de la petite,

ce furent des jours bien sombres.

Un soir, pouss�s par la faim,

on est all�s chez Tito, dans l'espoir de gagner trois sous,

puisque, outre peintre, mon mari est semi-baryton.

On nous a chass�s, les joueurs ambulants

�tant une mafia acoquin�e avec les patrons de bistrot.

Papa !

- Maman ! - Ma fille !

C'est comme si c'�tait hier, monsieur.

En sanglotant, elle m'a dit : "Maman !

"Pardonne-moi le mal que je vous ai fait.

"Tout est fini entre Sirio et moi. Je l'ai quitt�."

Vous �tes �mu aussi, n'est-ce pas ?

L'ingrate a donc quitt� celui qui mijotait de l'�pouser

et a repris le droit chemin.

Et on a v�cu des jours heureux.

J'ai m�me pu refaire mon dentier. Joli travail.

Il ignorait �tre le p�re d'une pute ?

C'est un fils de pute qui n'ignore rien.

Pour la derni�re fois.

Quel m�tier faisiez-vous faire � votre fille ?

Excusez-moi, "faisiez" n'est pas le terme.

Au contraire.

Vous voulez du concret, normal.

Mais la vie est ambigu�... tr�s ambigu�.

C'est son charme.

Les noms des personnalit�s que votre fille voyait.

Ce n'est pas notre monde.

Allez, un effort !

Comment s'appelait celui qui l'a recommand�e

� la Standard ?

- Allez. - Oui, monsieur...

Santo...

- Sant'Antonio. - Pourquoi pas Saint Fran�ois !

Non, le patron, entre autre,

de Plast, une entreprise de mati�res plastiques.

- Plast ? - Oui.

Santenocito ?

Oui, bravo, Santenocito. C'est son nom.

M. Santenocito lui a gentiment fait une lettre de recommandation.

Ca me suffit, vous pouvez partir.

Bien, nous partons.

- Merci. - Je vous en prie.

Bonjour, les r�sultats de l'autopsie de la jeune fille sont pr�ts ?

Du calme. "� chatte press�e, chatons aveugles."

Salut.

- Mlle Carmen. - Oui ?

Qu'on sorte le rapport sur la fille morte avant-hier.

Le juge Bonifazi est l�.

- Comment vas-tu ? - Bien et toi ?

- Fatigu�. - Moi aussi.

Tu peux me parler de la fille ?

Elle avait de jolis nichons.

Nous allons voir �a.

Toujours constip� ?

Avec tes pruneaux cuits...

Je suis anti-m�dicaments. Voil� ce que je pense.

La constipation est un pr�texte pour passer des heures aux WC,

qui sont l'ultime refuge

o� l'intimit� livre bataille au bordel social de l'ext�rieur.

L'homme na�t de la merde et il y retourne,

gr�ce � ce putain de progr�s. Tu es d'accord, juge ?

- Oui. - Qui nous l'impose ?

- Agnelli et Marx. - Et Picsou.

Mazzetti, il vient, ce rapport ?

Voici pour toi.

- Quoi ? - Chasse et p�che.

Ca pue !

Non, juste un peu faisand�. Une mouette qui a aval� un poisson.

- Un rapport avec l'enqu�te ? - Non.

Ou peut-�tre que oui, qui sait.

Tu�s par les d�chets de l'usine de profil�s Plast,

soci�t� par actions... malhonn�tes.

Pr�sident : Santenocito.

- Un promoteur, non ? - Aussi.

Il a r�ussi � faire construire son usine aux frais de l'�tat.

Et tu veux le coincer avec la pollution. Tu es obs�d�.

- Et si j'avais mang� ce poisson ? - Si seulement !

Tu t'en prends au progr�s qui empoisonne les gens,

mais qu'est-ce que tu fais pour l'emp�cher ?

Je me fous des gens,

qui n'aspirent qu'� �tre des industriels empoisonneurs.

Mais vous, les magistrats,

ne voyez-vous pas que le peuple que vous prot�gez

ne m�rite rien ?

Et vous continuez de le d�fendre !

Ceux qui m�ritent, m�ritent. Les autres seront punis.

Des menaces... On n'est pas m�ritants, nous.

Que vas-tu faire, Robespierre ? Nous couper la t�te ?

Vous aurez des amendes. Vous en serez bien plus malades.

Plaisanterie douteuse.

Ca ne nous fait pas rire, hein ? Mets ce poulet au frigo.

Gardez une cuisse pour le professeur.

Voici le rapport.

- Montre. - Tu ne vas rien comprendre.

"Le d�c�s a eu lieu entre minuit et 2 h.

"On exclut une syncope cardiaque due aux coups.

"Les coups ont �t� violents, mais non mortels."

- De quoi est-elle morte ? - On va voir.

"Analyse des r�sidus des reins."

"Alt�ration des tubules r�naux." C'est quoi ?

Usage excessif d'opiac�es.

De la drogue ?

Tu l'inculperais, si elle �tait vivante ?

Que faisait-elle ?

Bon... elle se "r�alisait".

Une pute ?

Enfin... Quel genre d'opiac�es ?

Il faudrait faire une gastrotomie.

Fais-la.

� ton avis, comment est-elle morte ?

Bon... Juste une hypoth�se. Elle n'est peut-�tre pas morte

dans son lit.

On l'y a mise apr�s sa mort ?

Pourquoi pas ? C'est possible.

P�re Manzi...

- Alors ? - Il faut attendre.

- Vous regardez le courrier ? - Vite.

Alors, ces signatures contre le divorce ?

Couci-cou�a.

Je vais signer, moi.

C'est quoi ? "Convocation du tribunal."

La 2e. Pour un t�moignage.

Je m'en fous.

Qu'ils aillent au diable !

- M. Santenocito ? - Oui.

Juste une minute.

Dites � Compiobbi que je prends le De Chirico,

mais avec une expertise du notaire.

Mon cher !

Patientez un peu.

F�licitations, M. le procureur !

M. le juge Bonifazi !

- Bonifazi ! - Le voil�.

Bonjour.

O� en �tes-vous avec la pute drogu�e ? Vous fermez le dossier ?

Non, pas encore.

J'attends une autre analyse.

Vous n'avez qu'� inculper le fianc�, le jeunot.

J'ai v�rifi�. Samedi, il �tait � Faenza avec son �quipe.

- Rentr� la nuit du dimanche. - Dommage.

Et Santenocito, convoqu� 2 fois, ne s'est pas pr�sent�.

Santenocito ?

Lui-m�me. Il connaissait la jeune fille.

Je finirai par lui envoyer les carabiniers.

Rien que �a !

- Alors, moins press� ? - Press� ?

Oui. "Inculpez par-ci, fermez par-l�..."

D'un coup, on se calme.

Qu'est-ce que vous racontez ? C'�tait un conseil d'ami.

D'ami, mon �il.

Vous allez donc attendre.

Ne refusez pas mon aide attentionn�e.

Attentionn�e ? En me disant d'inculper !

Vous avez une dent contre moi.

Vous voulez m'engager dans une pol�mique sp�cieuse,

que j'ai la ferme intention d'�viter.

Je ne pol�mique pas, mon cher.

Quelle est alors cette exaltation,

si vous permettez, M. le juge ?

Me traiter d'exalt�,

vous qui avez demand� la r�cidive pour le vol d'un kilo d'abricots !

C'est donc �a.

Vous avez le z�le excessif des gens moralement pourris.

Vous avez un strabisme l�gislatif.

Je vous interdis ces agressions d�magogiques.

Retirez ce que vous venez de dire. Imm�diatement !

Moi, d�magogue ? Et vous ?

Retirez �a !

- R�pondez ! - Prenez des calmants !

Vous-m�mes !

Si je suis d�magogue, qu'�tes-vous, un fasciste ?

R�pondez.

Et �vitez de m'aborder dans les couloirs avec ce ton !

Je fais mon devoir, ce n'est pas � vous de me l'apprendre.

Je suis un magistrat, bon Dieu !

- Moi aussi ! - Non, vous �tes...

Heureusement, on ne d�plore aucune victime.

On a d�clar� le Palais de Justice inutilisable.

Les autorit�s ont d�cid� sa fermeture et son �vacuation.

� mon avis, il s'est effondr�

sous le poids des dossiers en retard.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Moi ? Je pense qu'autrefois, cela n'arrivait pas.

"Comme le chiffonnier range sans m�langer

"chiffons et papiers,

"ainsi faisons-nous avec ces loques de papier."

Les audiences sont provisoirement suspendues,

alors qu'on installe des bureaux de fortune

dans les tribunaux de 1re instance, les �coles et les casernes.

Venez m'aider.

Comment dit-on "lotir" ?

Jamais trois !

- Une bouff�e ? - Non !

C'est un abus ! Passons chez moi, je dois me changer.

Monsieur, je vous ai cherch� toute la journ�e.

Je dois vous emmener sur-le-champ chez le juge.

Navr�.

O� allons-nous ?

Pas au Palais de Justice ? O� m'emmenez-vous ?

Nous sommes presque arriv�s.

Des t�tes vont sauter.

M'emmener d�guis� de la sorte...

C'est honteux. Je vais m�me mettre mon casque.

S'il y a des paparazzis, on va avoir bonne mine !

Mais o� sommes-nous ?

La garde !

Des chars... C'est un golpe ?

- Pardon ? - Un coup d'�tat ?

Pas du tout, monsieur.

La t�l� en a parl�, on est l� provisoirement.

Par ici.

"Il y en a qui s'amusent, d'autres qui travaillent.

"Lorsque l'�tat s'en donne � coeur joie,

"le voleur fait son beurre

"et le gouvernement ne le taquine pas."

Rien � faire, Gioacchino Belli ne vieillit pas.

Si, dans les pays totalitaires, les abus sont f�cheux,

le pr�varicationnisme impliquant la plus grande r�pressivit�

est celui qui se livre aux caprices

que la collectivit� lui permet,

cher monsieur.

Je n'ai compris que "cher monsieur".

Je vais traduire.

La pire forme d'abus de pouvoir,

c'est profiter de celui donn� par la soci�t�.

C'est clair, l� ?

Vous entendez ?

Extinction des feux. Baissez la voix et asseyez-vous.

Vous �tes Lorenzo Santenocito, n� � Trapani le 28 novembre 1923.

Profession, promoteur.

Vos activit�s principales sont � Rome...

Plus ils sont minables, plus ils se pavanent.

Tu sais, je peux t'�craser comme un pou.

Un mot au ministre

et je t'exp�die � Pantelleria.

Mieux encore, je t'exp�die � Filicudi.

Le domicile l�gal est � Ardea.

Regardez.

Qui est-ce ?

Vous ne savez pas ?

Une fille morte myst�rieusement, la presse en a parl�.

Pourtant, en 1969,

vous avez recommand� cette fille � la soci�t� Standard.

M. le juge, votre optique

quant � mes activit�s d'homme d'affaires est erron�e.

J'�volue dans les hautes sph�res.

Penser qu'un industriel ait des rapports

avec tous ceux qu'il recommande,

c'est comme croire qu'il en a avec les attributaires du produit.

Avec qui ?

Les attributaires, � savoir les consommateurs.

Alors, dites consommateurs.

Tiens !

Je refuse la platitude des terminologies indiff�renci�es.

� mots nombreux, id�es nombreuses.

J'aime le langage adh�rentiel

et d�simplifi�.

Dites-moi... Quelle est l'alternative � "d�simplifi�" ?

D�simplifi� ? Compliqu�.

Compliqu� ?

Compliqu�, oui.

Bon... Tout le monde sait �a.

Vous vous appelez Lorenzo. Vous a-t-on d�j� appel� Renzo ?

Ce n'est pas impossible. Pourquoi ?

Dans l'agenda de la jeune fille,

il y a un Renzo, avec un num�ro de t�l�phone :

- 39 12 793. - Ce n'est pas le mien.

Nous le savons.

C'est le num�ro du Club Aniene, dont vous �tes membre.

Renzo ?

Croyez-vous que Renzo soit un pr�nom rare ?

Il y en a plein au Club.

Seuls les Renzo en sont membres...

On a le sens de l'humour, hein ?

L'humour na�t de la libert� et vice-versa.

L'un ne va pas sans l'autre, n'est-ce pas ?

Un rapport avec notre sujet ?

Et comment !

Rendre la justice en un lieu aussi r�pressif qu'ici

est une atteinte � la libert� du t�moin.

Vous �tes le sup�rieur et moi, le subalterne.

On est dans une caserne

car le Palais construit par des entrepreneurs v�reux,

prot�g�s par des dirigeants malhonn�tes,

allait s'effondrer.

Pourquoi me dites-vous cela sur ce ton, M. le juge ?

Parce ce que je suis un entrepreneur ? Est-ce un crime ?

Voulez-vous m'arr�ter pour cela ?

Est-on en Russie, en Chine ?

Ou mes origines siciliennes vous d�rangent ?

Non. Vous �tes l� pour r�pondre � mes questions.

J'ai r�pondu. Mais j'ignore ce que vous voulez de moi.

O� �tiez-vous la nuit du 7 mai ?

Pourquoi cette nuit-l� ?

C'est l� o� la fille est morte.

Vous me demandez un alibi. Enfin !

Bien s�r. En Italie, c'est connu.

On demande aux gens de circuler avec un alibi en poche

� pr�senter aux autorit�s comp�tentes.

- Permettez une question ? - Non.

Qui a toujours un alibi en poche ? Les d�linquants.

Pas moi.

Non. Me rappeler ce que j'ai fait il y a 10 jours ?

Je fais un million de choses, moi.

Peut-�tre que j'�tais � Berlin.

- J'y vais souvent, et � Munich. - Baissez la voix !

Comment me rappeler ? Je ne suis pas un salari� de l'�tat !

Le soir, bris� de fatigue, je reste avec ma famille.

Mais est-ce un alibi, la famille ?

Non ! Elle n'est que t�moin � charge.

� moi de le dire.

Le soir, je reste chez moi, avec ma femme et mon p�re,

qui d'ailleurs est tr�s malade.

Que me reste-t-il, d'ailleurs,

ha� comme je le suis en tant qu'entrepreneur.

M�me si au fond, je suis un ouvrier. Que fera la soci�t� sans nous,

une fois entre les mains des bureaucrates ?

Que me reste-t-il,

sinon ma famille, une famille que j'adore, oui !

Ca me revient.

Le 7 au soir, j'ai jou� aux cartes avec mon p�re jusqu'� tard.

Pas au poker, mais � un jeu bien italien, la "scopa". Compris ?

Au revoir. Je pars.

Je vous ai dit de partir ? Qu'on avait fini ?

Qu'est-ce qui vous fait croire �a ? Vous partirez lorsque je le dirai.

Vous pouvez partir.

Monsieur...

Votre casque.

Puis, ont appel� M. Menchelli, le s�nateur Lagona,

Me Badalamenti.

Du Hilton, a appel� M. Blom...

Blomfield. Ensuite ?

Les noms !

M. Coppo ou Coppolo, M. Piglialongo, Vanzi.

- Apr�s ? - Me Balzani, le s�nateur Spano,

M. Trapani, la comtesse Gori, le g�n�ral Mirichino...

Mme Caruso, M. Ricci.

- Que voulaient-ils ? - Savoir ce qui est arriv�.

Rien, rien du tout. C'�tait juste un t�moignage.

Rien !

Lorenzo !

"Lorenzo"...

Que me pr�pares-Tu encore, Seigneur ?

De mauvaises nouvelles.

Lavinia, ta vocation � m'annoncer des drames chaque fois que je rentre

me casse les bonbons.

Crache le morceau.

Ton p�re, enferm� dans sa chambre,

vu que l'affreuse Gretel a pris sa journ�e,

a cass� un miroir, le pauvre.

Je t'ai vu, tu as touch� du bois.

Oui, le redoutable Santenocito est superstitieux.

Il a peur de la mort, de la famine, de la r�volution.

Il touche du bois et titille les couilles des statues.

Ne sois pas grossi�re.

Ta sollicitude envers mon p�re n'est que du snobisme.

Tu voudrais �tre originale,

mais tu n'es qu'une fille m�diocre tendant � l'extravagance.

Seuls les inf�mes trouvent la compassion extravagante.

Jolie phrase. O� l'as-tu lue ?

O� �tais-tu ?

Au tribunal. En fait, � la caserne, pour une b�tise.

Trouve autre chose !

Tu es un porc, coureur de putes.

En effet, puisque je t'ai �pous�e.

Tu m'as �pous�e pour d'autres raisons, maquereau.

Pour que je couvre ton trafic de camions anglais.

Maman avait raison, qui voulait te d�noncer � Montgomery.

Tu peux toujours parler.

L�che, l�che !

O m�nopause, que ne fait-on pas en ton nom !

Ris jaune, Lavinia, d�foule ta n�vrose !

Ne crois pas m'entra�ner dans ton hyst�rie.

Tu ne pourras pas. Je suis d'excellente humeur.

Je vais la g�cher, on parie ?

Je te parie que non.

- Je te parie que si. - Je te parie que non.

Ta fille est enceinte.

Et merde !

Tu vois, mon salaud ?

Giugi !

Et on laisse les jeunes libres !

Giugi !

Quoi ?

Maman m'a dit...

Tu es enceinte ? Dis-moi que non.

La barbe.

J'ai dit �a � maman pour lui faire une blague.

Tu parles, elle y a cru.

Elle ne comprend jamais rien.

Une vierge de 18 ans est une exception, aujourd'hui.

Mais ce monde o� r�gne l'infamie a besoin d'exceptions.

Seules les consciences pures peuvent le sauver.

Reste pure, ne te donne pas, les hommes sont des loups.

Excuse-moi, mais ce soir, je ne sais pas pourquoi...

papa est un peu � terre.

Alors, l�ve-toi, tu m'�crases.

Petite canaille.

J'ai t'ai perc�e � jour.

Tu m'aimes beaucoup, mais...

mais tu ne m'admires pas. C'est exact ?

Non, je t'admire aussi.

Alors, sp�cifie : je t'admire pour �a et �a.

Papa, je t'admire pour �a et �a.

Voil�.

Reste pure, tu as compris ?

Et surtout,

restons toujours aussi unis.

- All� ? - C'est encore moi.

Il m'est venu un doute.

Si, derri�re ce juge d�cha�n�,

il y avait une man�uvre d'intimidation du ministre Lercari ?

Mais non ! Pourquoi �a ?

� cause de mon refus de financer son parti.

Je peux en parler au ministre.

Mais c'est mieux si c'est toi, qui es mon avocat.

Qu'il sache que si c'est une man�uvre...

Qu'est-ce que tu racontes ?

Je me demande comment tu as fait fortune, vu ta fa�on de penser.

Crois-tu vraiment que les magistrats se pr�tent � �a ?

Les cas r�cents sont des exceptions. Ils ne sont pas comme toi.

Tant mieux. Je peux dormir tranquille.

Bien s�r, dors tranquille.

Tu n'y es pour rien, si ?

Je te l'ai jur� sur ma fille.

Oui. Ca va se calmer, je pense.

Comment s'appelle le juge, au fait ?

Bonifazi.

Je ne peux plus dormir tranquille ?

Un peu moins.

Je te donne un exemple.

Comme juge de 1re instance pour les abus sur les mineurs,

il a ordonn� 39 mandats d'arr�t en un jour.

C'est une sale b�te.

Tu as parl� � ton p�re ?

Oui... non, je vais le faire maintenant.

Rappelle-moi demain matin.

- Bonsoir. - Bonsoir, monsieur.

- L'avez-vous d�j� couch� ? - Oui, mais il ne dort pas.

- Mon papounet ! - C'est qui ?

- Comment vas-tu ? - Mal.

- Pourquoi ? - Parce que tu viens me voir.

Tu n'es pas gentil.

Non, parce que tu ne viens jamais me voir.

C'est vrai, mais je suis tr�s occup�.

Tais-toi. �coute...

Viens. Viens �couter.

Tu entends ? Un violon.

Il ne joue

qu'� la pleine lune.

C'est �a, je vois. Viens.

Ca vient du bois de h�tres, du c�t� de l'�cole d'agronomie.

- Bien s�r. - Qui �a peut bien �tre ?

- Assieds-toi. - Un type un peu fou.

Une petite partie ?

Ou un d�sesp�r�.

Voil�. Coupe.

- Une scopa ? - Oui, comme l'autre soir.

Comme samedi 7, tu te souviens ?

On a jou� tr�s tard.

Ah oui, le samedi o� Lavinia et Giugi

sont all�es � Ischia.

C'est �a, bien.

Partent les navires

Pour de lointains rivages...

Non, nous n'avons pas jou� tr�s tard.

On a termin� la partie vers 22 h

et tu es sorti.

Joue, papa. Bravo, tu as fait "scopa".

Pas du tout ! Tu me fais prendre un 6 avec un as ?

Non, j'ai mis l'as, toi, le 6. C'est bon.

N'importe quoi !

Tu te trompes.

Ce soir-l�, je ne suis pas sorti, je suis rest� avec toi.

Mon petit Renzo, pourquoi veux-tu que je dise que le samedi 7,

tu es rest� ici ? Peut-�tre que tu crains

ta femme, tu veux lui cacher que tu es sorti pour aller

voir une pute ? - Mais non !

Sois sinc�re.

Qu'est-ce que tu racontes ?

C'est un exercice mn�motechnique prescrit par le m�decin.

Se souvenir clairement

de ce qui est arriv� un jour donn� � une heure donn�e.

- Compris ? - Oui.

Mais pour te montrer que je n'ai aucun besoin

d'exercices mn�motechniques, comme tu dis,

je te signale que tu as en main

un 6 et un 2.

C'est exact ?

Tu vois, tu fais des progr�s.

�coute, papounet.

C'est peut-�tre une impression, mais...

je te trouve un peu rev�che. Qu'est-ce que tu as ?

Oui, bien s�r, je suis contrari�.

Toujours enferm�, seul comme un chien.

Je te propose quelque chose.

Que dirais-tu si on faisait le beau voyage

qu'on voulait faire autrefois ?

On se sauve tous les deux.

Excellente id�e,

mon petit Renzo, bravo.

Partons tout de suite.

Avec une camionnette.

Une tente, et m�me une douche et un r�chaud.

On va prendre le fusil de chasse.

Nous deux seuls, comme lorsque tu �tais petit.

Je ne serai plus enferm� ici.

Je suis tomb� malade, il para�t. Oui, mais je suis gu�ri.

Je raisonne, j'ai retrouv� la m�moire.

Imagine, on verra des for�ts immenses,

des fleuves infinis.

- On prendra le bateau � roue... - Arr�te, �coute-moi.

- Quoi ? - �coute-moi bien.

Il y a un...

Un magistrat qui m'a pris en grippe.

Pour un fait auquel je suis �tranger.

Si on croit que la nuit du 7...

Tu vois, papounet ?

Si on croit que j'�tais avec toi, tout ira bien. Sinon...

le juge ne me laissera pas partir et adieu l'Afrique.

Je ne peux pas mentir � un juge.

Mais non, ce n'est pas un mensonge.

Ce n'est peut-�tre pas n�cessaire, mais s'il te le demande,

tu dois dire que ce soir-l�,

et c'est la v�rit�, j'�tais avec toi.

Compris ?

J'ai compris !

Tu me demandes un autre faux t�moignage.

- Merde ! - J'en ai assez, des juges.

Je n'ai pas oubli� l'histoire des traites,

j'ai failli aller en taule.

Tu te fous des gens !

Voil� pourquoi tu voulais m'emmener en Afrique, salopard !

Je dirai la v�rit� au juge.

Ce samedi-l�, tu es sorti !

Mais quelle v�rit� ? Tu es g�teux, d�ment !

Tu es cingl� !

Tu entends m�me les violons.

Je t'ai donn� raison, mais je n'ai rien entendu.

- Tu as entendu. - Le violon est dans ta t�te !

C'est faux !

Un voyage, mon �il. Tu iras � l'asile !

On verra qui est le plus t�tu !

Le violon existait.

Idiot ! Cingl� !

Il existait.

Tortellinis au parmesan, un quart de rouge et de l'eau.

En attendant, apporte-moi deux sardines.

Juste deux. S'il n'y a pas d'ail.

- Il y en a. - Apporte-les quand m�me.

- Pas de pruneaux cuits ? - Non. �coute...

J'attends un coup de fil, dis � Maria Teresa de... Merci.

Le juge attend un coup de fil.

Juste une minute.

Excusez mon retard, monsieur. Je peux ?

Je vous en prie.

Non, laissez ma serviette.

Ah oui.

Ces bouchons sont un d�sastre.

Je vous trouve en forme.

Gar�on, un caf�, s'il te pla�t. Merci.

C'est votre restaurant habituel ?

Tr�s agr�able.

Il a... quelque chose.

Venez-en au fait, M. Cerioni.

Monsieur, Irma n'est plus heureuse.

Elle ne m'aime plus.

Et c'est pour me dire �a que vous �tes l� ?

Vous m'en voulez encore, j'en suis vraiment navr�.

- Une goutte de grappa. - Oui.

Ne parlons pas de ranc�ur.

En quittant Irma, je n'avais que du m�pris.

Tout � fait normal.

Que voulez-vous, au fait ?

Encore une goutte. N'aie pas peur.

Monsieur...

J'ai une pri�re, je crois, justifi�e. Votre femme vous aime encore.

Elle se fait toujours appeler Mme Bonifazi.

Si vous vous remettiez ensemble ?

Ne vous m�prenez pas.

Je l'aime, mais c'est pour son bien.

Monsieur, reprenez-la.

"Amor omnia vincit".

�coutez, parler d'amour � notre �ge

est d�go�tant. C'est Irma qui vous envoie ?

Pour l'amour de Dieu !

Il ne manquerait plus qu'elle le sache.

Je lui ai fait son horoscope, il y a peu.

J'ai vu qu'elle va reprendre le chemin de ses anciennes amours.

Si j'ai bien compris,

vous voulez me la renvoyer.

Je vais vous chasser � coups de pied.

Attendez. M�me pas contre de l'argent ?

Pour reprendre Irma ?

Non, pour moi, pour que je la garde.

Je vous laisse 24 heures, ce n'est surtout pas

un chantage.

Quand elle s'est fait enlever la v�sicule,

votre femme m'a co�t� une fortune.

M. le juge, pour vous.

Partez, partez.

Va te faire...

All� ? Passez-le-moi.

All�, Bonifazi ?

All� ?

Baisse �a.

Salut, Rivaroli. Dis-moi.

On a les r�sultats de la gastrotomie.

Oui... Alors, de bonnes nouvelles ?

Tu vas voir. J'�vite la terminologie avec un ignorant comme toi.

On a trouv� dans les reins et le foie de la jeune fille

des traces d'un alcalo�de synth�tique,

genre h�ro�ne, pour que tu comprennes,

qu'on trouve dans un m�dicament allemand

interdit en Italie.

Un m�dicament ?

Oui. Le Ruhenol.

�cris-le. Ruhenol, avec un "h".

- �a y est ? - R�p�te.

Ruhenol.

- Tu l'as �crit ? - �a y est.

- Rien d'autre ? - Non.

C'est �a, les bonnes nouvelles ?

Tu esp�rais quoi ?

Le nom et l'adresse du meurtrier ?

Bon, merci. Au revoir.

Je vais souvent � Berlin, � Munich. Comment me rappeler quand ?

Je vais souvent � Berlin, � Munich. Comment me rappeler quand ?

Je ne comprends pas.

Pourquoi m'a-t-on fait mettre mon beau costume ?

Lorenzo !

Viens, papa !

- Mlle Gretel... - Oui ?

Papa, tu connais nos amis.

Monsieur... mademoiselle...

Papa se plaint d'�tre toujours enferm�, il a raison.

Si tu allais te promener un peu ?

Au Mont Marius, par exemple.

Vous ne savez peut-�tre pas qu'on y a habit� longtemps.

Rue Santa Reparata.

Papa adorait. N'est-ce pas, papa ?

Rue Santa Reparata ? Jolie rue, vraiment.

Quelle co�ncidence ! Nous y allons, justement.

Si vous voulez profiter de notre voiture...

Nous sommes � la campagne, pr�s de la mer.

Pourquoi aller prendre l'air

au Mont Marius, pourquoi ?

Lorenzo, qui sont ces gens ?

Sur le Mont Marius,

il y a l'asile, vous voulez m'y enfermer.

- Vite ! - Je ne suis pas fou !

Ne m'enfermez pas ! Je ne suis pas fou !

Je ne veux pas aller � l'asile !

Plut�t me tuer !

Que se passe-t-il ? Lorenzo !

Monsieur, ne faites pas l'enfant.

� la clinique, on vous soignera.

Je ne veux pas y aller, je ne veux pas ! Non !

Allez, grand-p�re, sois sage. Ce n'est pas un h�pital.

Je ne suis pas fou.

Attrape-le !

Lavinia ! Au secours !

Lorenzo !

Tu verras, tu seras bien.

Qu'as-tu � me regarder ?

Je ne vois ni piti� ni remords dans tes yeux.

Piti� et pouvoir sont inconciliables.

Jolie phrase. � garder en m�moire.

Lorenzo ! Pourquoi l'as-tu fait enfermer ?

Tu m'expliques ?

Va-t'en, je pleure.

En quoi te g�nait-il, esp�ce de salaud ?

Pr�f�res-tu un beau-p�re � l'asile ou un mari en taule ?

Partez, je rentrerai en taxi.

Bonjour, j'aimerais parler au p�re de M. Santenocito.

Je suis le juge Bonifazi.

M. Riziero est...

Pardonnez-moi. Attendez dans le salon, je vous prie.

Bonjour.

Excusez-moi. Pourquoi �tes-vous debout ?

Lavinia Santenocito.

Vous vouliez voir... Voulez-vous vous asseoir ?

Non, merci.

Vous vouliez voir mon beau-p�re.

Il y ajuste un instant... C'est affreux.

Une autre crise. On l'a emmen� en ambulance.

C'�tait lui ?

Quelle crise ?

L'�ge, le pauvre. �garement s�nile.

Nous sommes si fragiles.

On y pensait depuis un certain temps.

Mais on h�sitait. Vous comprenez, nous l'aimons.

Mais pourquoi vouliez-vous le voir ?

Et votre mari ?

Je peux le voir ?

Mon mari ? Il est en ville.

Il ne voulait pas �tre l�.

Ca a �t� une sc�ne bouleversante.

Puis-je vous offrir � boire ?

Non, merci.

Auriez-vous du Ruhenol ?

Ruhenol.

Un analg�sique, le seul qui calme ma migraine.

J'ai aussi la migraine, c'est le changement de temps.

Quel m�dicament ?

Le Ruhenol.

Un m�dicament allemand. Votre mari va souvent � Berlin ?

Oui, bien s�r, mais quel rapport ?

Je peux vous donner autre chose.

Non, merci, il est tard. Je rentre. Au revoir.

Lorenzo !

Que faites-vous par ici ?

Craignez-vous les virages ? C'est pour �viter les bouchons.

Je vous ai d�j� remerci�.

Dans les circonstances tragiques,

on pense toujours � des choses insignifiantes, futiles.

Le condamn� sur l'�chafaud remarque

que le bourreau a une dent en or.

Moi, je me surprends � penser

qu'un mot court et plut�t ridicule

est le symbole de ce qu'il y a de plus grand et noble.

Dieu ?

Papa.

Je vous ram�ne volontiers pour �a aussi.

Chez moi, il y a un grand vide.

Y revenir n'a pas de sens pour moi.

Surtout que vous venez d'en sortir.

Je ne comprends pas.

Moi, je ne comprends pas pourquoi apr�s vous �tre cach�,

vous m'avez cherch� en feignant de venir de Rome.

Je vais �tre franc.

Vous n'avez pas d'alternative.

J'ai d�cid� de vous parler et je me suis arr�t�.

Moi, j'ai d�cid� de vous �couter et je suis mont�.

Alors, cartes sur table.

Je ne connais pas cette drogue,

ce Runol, Ruinil...

- Ruhenol. - Ruhenol, voil�.

Je vous l'ai d�j� dit, je ne connais pas cette fille.

M. Bonifazi, mais...

me prenez-vous vraiment pour un meurtrier ?

Regardez-moi, allons.

Vous, regardez la route,

il y a un camion.

Je vous dirai comment, d'apr�s moi, cela s'est pass�.

Un sale type a drogu� et frapp� la fille,

pour des raisons abjectes qu'on essaiera de d�terminer.

R�alisant qu'elle �tait mourante, l'enfoir�, effray�,

l'a ramen�e chez elle.

L'ecchymose du front est peut-�tre due

� un coup contre une porte ou quelque chose comme �a.

Si le criminel avait appel� un m�decin,

il l'aurait sauv�e.

Mais craignant un scandale, il ne l'a pas fait et a abandonn�

la fille, apr�s l'avoir mise dans son lit.

Le criminel, c'est moi, selon vous.

Non, je n'ai pas dit �a.

Pourtant, vous cherchez mon p�re pour contr�ler mon alibi.

Je suis tr�s inquiet, M. le juge. Voil� pourquoi je veux vous parler.

Les journalistes sont des fauves � l'aff�t.

Une campagne de scandales pourrait �clater,

qui concernerait des gens au-dessus de tout soup�on.

Des gens avec qui j'ai des rapports...

professionnels ou d'amiti�.

� savoir, le maire de la capitale,

des parlementaires,

des sous-secr�taires d'�tat

et m�me au-dessus.

Mais je voulais aussi vous parler pour une raison

plus subtile, j'aimerais en fait...

�tre soutenu.

- Par qui ? - Par vous.

Pour me confier � un homme moralement int�gre,

m�me s'il m'est hostile.

Je d�couvre avec amertume

que je ne parle qu'avec des gens qui veulent quelque chose de moi.

Ou vice-versa.

Voil�. Toujours caustique, hein ?

Toujours pr�t, s�r de vous.

Alors que moi...

Moi, je coule.

Et peu importe quelle br�che s'ouvre dans ma coque :

vos soup�ons,

la menace d'un scandale,

le malheur conjugal.

"Entreprise Santenocito".

"Paradis sur terre". C'est quoi ?

Sur cette lande d�sol�e, mais magnifique,

nous ferons surgir des arbres s�culaires.

� la place de ceux qui ont �t� incendi�s.

Combustion spontan�e.

De petites villas.

Unifamiliales. Avec...

�coles, supermarch�s, cr�ches,

fermes avec lait frais, le tout pr�s de la mer.

� des conditions tr�s avantageuses.

- Mari� ? - Non.

Ce n'est pas grave, on a aussi des modules compacts,

avec une seule pi�ce.

Les cr�dits sont tr�s souples.

Aucun souci � se faire. C'est quasiment gratuit.

Ils sont sympathiques.

J'en prends souvent.

Je suis pour les jeunes.

Ils sont l'avenir. Nous, le pass�. Qu'en pensez-vous ?

Que j'aimerais arriver aujourd'hui.

Il est presque 14 h.

On s'arr�te ici ? Ils ont d'excellentes tripes � la menthe.

Dieu m'en garde.

Alors, chez "Tante Adele". Soupe de poisson.

Cela ne me dit rien.

Pas la soupe de poisson d'ici. La vraie, celle des Marches.

Une courte tr�ve.

Des mois que je n'ai pas mang� comme �a.

Je remarque que votre langage n'est plus "adh�rentiel".

Je suis inconstant, je l'admets.

- Merci. - Inutile. On fait moiti�-moiti�.

5 000 lires.

Des voleurs.

Un endroit paisible

dans un monde qui ne sait plus l'�tre.

Mon cher M. Bonifazi.

Parfois, j'ai envie de tout l�cher et de devenir pauvre.

J'aurais des amis. Les pauvres se parlent.

Ce n'est pas si dur.

Il suffit que demain,

vous vous leviez sans penser � amasser le milliard quotidien

n�cessaire � d�velopper davantage

la gigantesque machine cr��e par vous.

La machine m'�craserait

et avec moi, tous ceux qui d�pendent de mes initiatives.

Voyez-vous, malheureusement,

nous avons une fonction essentielle dans la soci�t�.

Dans celle-ci.

M. Bonifazi, plus je vous parle, plus je m'enfonce.

Taisez-vous, alors.

Impossible, je suis atteint de logorrh�e, c'est ma drogue.

J'ai remarqu�.

Pour me sentir vivant, je dois parler.

Sinon, je cr�ve de peur.

Regardez-moi �a.

Je crains la mort, je n'ai pas honte de le dire.

La vie est trop courte.

C'est bien pour �a qu'il faudrait la vivre dignement.

Il n'y a pas de doute.

Vous rappelez-vous les belles plages de notre enfance ?

Lorsque les vacances �taient une aventure.

Lorsqu'on aimait les comptines,

les v�rit�s simples de l'existence.

Ensuite, qu'est-il arriv� ?

Nous sommes rest�s seuls.

Avec ma famille, nous passions les vacances

entre Anzio et Nettuno.

Dans un grand h�tel dont restent seulement

des ruines hant�es par des hiboux.

Je me rappelle la v�randa, sous les �toiles,

le jazz-band, l'odeur de friture

m�l�e au parfum des jolies femmes en pyjamas de soie.

Nous allions � Cesenatico.

Mon p�re �tait toujours habill� de blanc

et j'avais une frange � la Jackie Coogan.

Je mettais du sable dans mon maillot pour me faire un gros ventre.

Apr�s le bain, ma m�re me donnait un jaune d'�uf.

� moi, une p�che.

C'est �trange.

On est les seuls animaux

en constante �volution psychologique.

Pourtant, des barri�res obscures

font que les adultes n'arrivent pas � se comprendre.

C'est si vrai ! Alors, abattons ces barri�res.

R�futons l'inf�me th�orie de l'incommunicabilit�.

Nous devrions nous parler, cher monsieur.

Revenons � Cesenatico... Cesenatico ?

C'�tait quand ?

De 1930 �...

Mais alors, j'�tais l�. En 33. Quelle plage ?

Quel �tablissement ?

- Le Rustichelli. - Nous aussi !

C'est s�r. Mais alors...

Tu es Marianino. Ou Marianuccio...

Marianino.

Bien s�r, Marianino, coiff� � la Coogan.

Voil� pourquoi

j'avais ce besoin de te parler.

Je t'avais reconnu avant de savoir. Ca alors !

- On a jou� ensemble. - Bien s�r.

On m'appelait

Manche-�-balai. - Moi, j'�tais grassouillet.

Oui, je me souviens.

Souviens-toi, un jour tu m'as cass� mon cerf-volant.

Blanc, rouge et vert.

Une fois, tu m'as vol� mon go�ter. Pain et mortadelle.

Manche-�-balai.

Bon, � l'�poque, j'�tais un peu... comment dire...

Un petit enfoir�.

Enfin...

Et tu l'es rest�.

En 1933, je n'�tais pas � Cesenatico.

L'�tablissement Rustichelli n'existe pas.

Je n'ai jamais eu de cerf-volant.

Rien n'est vrai de ce que vous avez dit.

- Vous avez tent� de me corrompre. - Faux !

En m'offrant une villa.

Moi ? Vous vous trompez.

D'apr�s vous, on devient juge pour s'enrichir, avoir une villa ?

Vous avez beaucoup parl�.

Mais pas un mot sur les poursuites judiciaires de 63 et 67.

- Trafic d'armes. - On m'a acquitt�.

Pour insuffisance de preuves.

Rien sur le suicide de votre associ� que vous vouliez �vincer.

C'�tait un parano�aque, on l'a prouv�.

�videmment.

Non content de fouiller dans mon pass�,

vous m'avez invit� � d�jeuner pour enqu�ter, me faire parler.

Une bassesse, il n'y a pas � dire.

Vous m'avez tendu un pi�ge.

Moi ? Pas vous ?

Vous �tiez s�r que je vous chercherais pour ce Ruinol.

- Vous �tes plus rus� que moi. - Possible.

Maintenant, �coutez-moi, vu que personne ne nous entend.

J'en ai assez, comme d'autres, de d�fendre des lois

qui prot�gent une soci�t� r�pugnante !

Qui permet � des gens comme vous de prolif�rer !

Des gens comme moi ? Je suis comment ? Allez-y.

Un citoyen exemplaire.

Vous ne fraudez pas le fisc, ne planquez pas l'argent en Suisse.

Vous respectez le paysage, ne corrompez pas les fonctionnaires

et �vitez les chats noirs !

M. le juge !

M. le juge est convaincu que certaines lois

qui permettent aux grands industriels

de nuire � la soci�t� doivent �tre chang�es !

- C'est ce que je dis aussi ! - Bas les pattes !

Para ! Vous �tes l�che et vulgaire.

Oui, je suis l�che, je l'avoue, car vous me faites peur !

D�s le premier instant, j'ai lu dans votre regard un mot terrifiant :

le mot id�ologie.

Votre haine est id�ologique !

Vous avez des pr�jug�s sur moi !

Vous n'�tes pas un bon juge !

� Doris Derrill,

pour sa participation � "La chouette aux yeux de feu",

la Moule d'or 1971. F�licitations.

Je suis enchant�e de cette Moule d'or.

Je veux m'am�liorer,

devenir une grande star.

F�licitations, Doris. Je suis ravi pour toi.

Vraiment.

Vous �tes producteur ?

Pas producteur. Je suis dans le p�trole.

Doris, on fait des photos.

Excuse-moi.

Naturelle.

Comme �a.

Voici.

Vous tombez mal, mais puisque vous �tes l�...

Il s'agit donc d'invit�s importants venant du Koweit ?

J'ai pens� au genre nordique,

les gens qui portent le caftan adorent �a.

Voil�, regardez.

Voici Carla, beaucoup de charme,

elle a le BEPC.

Ou alors Marisa, qui a beaucoup de classe.

Ou encore Doris,

cette grande perche.

Sinon, il y a celle-ci.

Une vraie blonde.

Ou celle-ci.

Celle-ci, non. Celle-ci, non plus.

Pourquoi ? C'est elle qui m'int�resse.

Elle est morte, la pauvre.

Justement. Police judiciaire.

Il y a votre nom dans l'agenda de la d�funte.

Le juge Bonifazi d�sire s'entretenir avec vous, M. Roncherini.

Bien s�r, parfait. Ce sera un plaisir.

Pensez-vous ! � un Roncherini, les sbires n'ont jamais fait peur.

Allez, circulez, circulez !

Estimable M. Bonifazi !

Rien � communiquer � la presse.

C'est moi qui vais vous donner des nouvelles.

Pourquoi me regardez-vous ahuri ?

En haut lieu, on a interdit � mon journal

de m�ler le nom de Santenocito � la mort

de cette fille.

M�thode douteuse � l'�gard de la libert� de la presse,

appliqu�e aussi � plusieurs autres journaux.

Voici mon cadeau.

Si pour vous acquitter, vous me disiez

le nom du chanteur impliqu� dans l'affaire des mineurs,

je vous en saurais infiniment gr�.

Trou du cul ! On essaie de rendre service...

- Votre avocat n'est pas l� car... - Je sais.

Je suis simple t�moin. Je connais la proc�dure.

Ce n'est pas de cela que je me plains.

M. Bonifazi, je croyais, suite � notre...

conversation informelle,

avoir trouv�, nonobstant de petits exc�s pol�miques,

une syntonisation sur certains th�mes humains.

Mais on ne conna�t jamais assez les hommes.

Voil�. J'aimerais savoir si vous connaissez assez

un certain Floriano Roncherini.

Et vous me faites attendre 1 h 47...

- Vous le connaissez ? - Oui.

Oui, je le connais. C'est un bon public relations man.

Pas trop man, plut�t une tapette.

Nous l'utilisons pour des op�rations promotionnelles,

telles que conf�rences de presse, banquets, etc.

C'est pour �a que vous lui avez donn� ceci ?

- C'est quoi ? - Un ch�que de 300 000 lires.

Sign� par vous et � l'ordre de Floriano Roncherini.

Qui l'a vir� � Silvana Lazzorini.

- Et alors ? - 3 jours avant sa mort.

Et alors ?

Et alors, Floriano Roncherini, interrog�,

a r�pondu...

Oui, M. Santenocito connaissait bien Silvana.

Qu'entendez-vous par "conna�tre bien" ?

La m�me chose que vous, M. le juge.

"Conna�tre" au sens biblique.

Pourquoi, lorsque je vous ai interrog�,

avez-vous ni� conna�tre Silvana Lazzorini ?

Pourquoi, pourquoi...

Ce n'est pas facile � dire comme �a.

Je peux vous inculper pour faux t�moignage.

M. le juge, soyez honn�te, allons.

J'ai ni�, c'est vrai. Mais vous le saviez.

Et je savais que vous saviez pourquoi.

Nous sommes italiens.

Votre th�orie sur les barri�res psychologiques...

Laissez tomber.

Ne s'applique pas vraiment aux Italiens.

Nous sommes toujours complices.

Faute de mieux, gr�ce � un clin d'�il.

Et c'est avec un clin d'�il m�taphorique et respectueux

que je vous demande :

est-ce si r�pr�hensible

qu'un homme dans ma position ne veuille rendre publics

ses rapports avec une petite pute ?

Vous parlez d'une morte. Pas de clin d'�il.

C'est clair ?

Excusez-moi. J'aimerais ajouter

qu'avec cette fille, pauvre �me,

je n'ai eu qu'une rencontre sporadique.

Une seule ?

Non.

J'allais ajouter : � part...

� part une autre chose que... Je peux ?

Que manifestement Roncherini ne vous a pas dite.

Quoi ? Dites-moi.

Ce p�d� te l'a s�rement dit.

Alors, je te le dis aussi.

Je vous explique.

Dans le monde du big business,

on fait plus d'affaires autour d'un d�ner

qu'en 10 r�unions de travail.

Dans la gaiet� et en agr�able compagnie.

Parfois, les jolies filles ont du poids,

surtout si elles sont un peu l�g�res.

Essayons d'aller au but.

Est-il donc d'usage que, lors des repas d'affaires,

de jolies filles soi-disant de la haute

soient pr�sent�es � des gens en vue ?

- R�pondez oui ou non. - Oui.

Jusqu'� donner � ces gens

l'illusion d'avoir fait une conqu�te ?

En attisant leur vanit� et leur mauvaise conscience,

on les rend plus mall�ables

dans les n�gociations.

Car si on conclut mieux une affaire en d�nant,

on la conclut encore mieux au lit.

Dois-je r�pondre oui ou non ?

Feue Silvana Lazzorini vous accompagnait souvent

� ces r�unions ?

C'est un d�lit, je sais ce que vous pensez.

Vous ne savez rien du tout !

R�pondez juste oui ou non.

Non, c'est faux, M. le juge.

Je passais par l� par hasard,

lorsque ma moto s'est inopin�ment arr�t�e.

C'�tait le destin. Une fen�tre b�illait,

je suis entr�.

C'�tait le destin.

Est-il vrai qu'on a fait croire � un homme d'affaires am�ricain

qu'une fille �tait la fille

d'un entrepreneur connu qui voulait faire affaire avec lui ?

Non, je ne suis pas au courant.

Il y a deux articles du code p�nal,

le 531 et le 536...

Incitation � la prostitution ?

S'il vous pla�t !

- Vous les connaissez ? - Personne ne les incite.

C'est la faute � la soci�t�.

Cette soci�t� qui vous r�pugne.

Et que je n'ai pas faite.

On paie ces filles.

C'�tait un cadeau.

Les filles se vendent

pour r�ussir plus vite.

Je lui avais trouv�

un emploi, pourquoi le quitter ?

Savez-vous si elle s'adonnait aux stup�fiants ?

Ca recommence.

Non, je n'en sais rien.

Je vous prie de consid�rer comme une co�ncidence

la cimentisation de...

Quoi ? Cimentisation ?

De faits qui m'accusent... Bon.

Mettez "indices � ma charge".

Je conteste une fois encore

votre propension � me consid�rer coupable.

Monsieur, vous insistez lourdement l�-dessus.

Vous ne seriez pas ici,

si vous prouviez ce que vous avez fait la nuit du 7 mai.

Encore ?

Sans le t�moignage de votre p�re, vous n'avez pas d'alibi.

- Je dois vous croire sur parole. - Ce n'est pas rien.

Aux Assises, c'est rien du tout.

- Je vous pr�viens. - Aux Assises ?

Minute, je n'ai pas dit que c'�tait un alibi.

J'ai dit que je croyais avoir pass�

cette soir�e avec mon p�re.

N'attendant pas une autre convocation,

je n'ai plus song� � ce d�tail.

Quel d�tail ?

O� j'�tais ce soir-l�. Laissez-moi le temps d'y penser.

De me souvenir.

Bien. R�fl�chissez.

Et la prochaine fois, amenez votre avocat.

Non, M. le juge, c'�tait encore le destin.

Mon gar�on, ton destin, c'est d'aller en taule.

Voil�, qu'ils envoient un rapport

et au prochain conseil, on d�cidera. Salutations, etc.

Alors, que se passe-t-il ? Que t'a dit Bonifazi ?

Assieds-toi.

Vous pouvez disposer.

Il insiste sur l'alibi.

Et ce soir-l�, je suis all� chez cette fille.

C'est une catastrophe. On est � la maternelle.

- Tu ne m'as rien dit ! - Je ne suis pas mont�.

J'ai parl� � l'interphone, vers 21 h 30.

Elle ne m'a pas fait monter.

Elle pleurait, m'a insult� et je suis parti.

- Tu ne me crois pas ? - Non.

Tu vois ? C'est pour �a que je te l'ai cach�, cr�tin !

Qui va croire que, comme un idiot,

je suis all� seul voir les lieux de l'incendie ?

- Et personne... - Personne ne m'a vu, putain.

- Bon, je te crois. Elle pleurait ? - Oui.

Elle �tait seule ?

Est-ce que je sais ?

Elle a pu se tuer.

Dans mon village, on dit :

"Tu es comme un rat le jour o� il a plu des chats."

Je te paie pour entendre les dictons de Casoria ?

Il veut me d�truire. Tu as compris ?

Il a d�couvert que je la connaissais et il m'a coinc�.

Il te faut un alibi s�rieux. Il faut quelqu'un.

Mais qui ?

Quelqu'un dans le p�trin, mais important.

Je sais qui.

F�licitations !

M�daille d'argent

� Mme Giuliana Persico,

pour sa contribution � l'essor du textile

pendant 50 ans d'activit�.

- Tu me cherchais. - Bravo pour la m�daille.

M�daille ? Une pierre tombale.

"Pour votre activit� inlassable et votre ouverture."

L�, je ferme. C'est de l'or. Tu l'ach�tes ?

Et ton cr�dit bancaire ?

Il n'y a plus que mon chien qui s'appelle Cr�dit !

On nous dit un peuple de martyrs navigateurs,

mais le seul martyr, c'est moi.

J'ai 200 bateaux invendus, � voile et � moteur.

Combien, pour te renflouer ?

500 millions. Pourquoi ?

Tu connais quelqu'un pr�t � se d�faire de �a ?

Que fais-tu le samedi ?

Rien. Je reste toujours � la maison.

Ils m'ont tous tourn� le dos, je ne vois personne.

Tu veux m'emmener danser ?

Je disais samedi 7, il y a 15 jours.

De quoi tu parles ?

Voyons-nous dans ton usine.

Elle est occup�e.

Alors, viens chez moi. Je te ferai avoir un cr�dit.

Tu te paies ma t�te ou quoi ?

Non, je suis s�rieux.

Mais j'ai besoin d'un petit service.

Tout ce que tu veux, voyons, Lorenzo !

C'est tout naturel.

Rome. Remis par...

par le vice-maire, les prix de la Fondation U.I.S.

aux personnalit�s du monde industriel

s'�tant distingu�es

cette ann�e.

Parmi elles, M. Santenocito,

pour ses multiples activit�s,

et M. Del Tomaso,

deux hommes qui ont toujours vis� la m�me chose :

une production croissante,

le d�veloppement de l'�conomie

et le plein emploi.

"J'�tais dans ma villa sur le lac en d�but d'apr�s-midi

"et c'est ici que M. Lorenzo Santenocito

"m'a rejoint en voiture � 21 h."

C'est exact.

"Nous avons parl� de mes activit�s,

"en particulier de la proposition de Santenocito

"de cr�er un chantier naval � Giannutri."

L'entretien a dur� environ 3 heures, sinon plus.

Je le certifie.

Vers 1 h, on a eu un petit creux.

Je me suis mis aux fourneaux, o�, sans me vanter, j'excelle.

Et toujours en discutant,

j'ai pr�par� de ces spaghettis aux 4 fromages...

Lorenzo, vas-y.

Dis au juge si c'�tait bon.

- Allez. - Laissez tomber.

- Vous avez fait les spaghettis. - Aux 4 fromages.

Il n'y avait personne chez vous,

ni famille ni personnel.

Je suis veuf, je vis quasiment seul.

Quant � Settimio, mon majordome,

je n'ai pas voulu le r�veiller, vu l'heure.

Outre le fait que j'aime cuisiner pour les amis.

"Vers 4 h, M. Santenocito,

"malgr� mes pri�res pour qu'il reste, est parti."

- La sant� de son p�re l'inqui�tait. - Bien s�r.

� Rome.

Bien. Vous pouvez signer ici, M. Del Tomaso.

M. Bonifazi, mon coll�gue et moi vous remercions,

toujours admiratifs devant vos comp�tences.

Ravis que tout soit enfin �clairci. Au revoir.

C'est mon stylo.

Excusez-moi.

J'admire les hommes honn�tes,

m�me s'ils me contestent f�rocement.

Je sors d'ici apr�s avoir �t� diss�qu�.

Merci pour ce que vous m'avez appris,

pour avoir soulev� le voile...

Je n'oublierai jamais cette matin�e sur la plage.

Le voile d'une �me noble.

Lorenzo...

Je ne manquerai pas de parler de vous en haut lieu.

Greffier, pr�venez le caporal

de me retrouver au casier judiciaire.

Del Tomaso n'a pas d'ant�c�dents judiciaires.

- Trouvez-moi son majordome. - Bien.

Allez le voir, je veux l'interroger.

Son patron ne doit rien savoir, surtout.

Sans mandat ?

Il s'agit d'un t�moin.

Apr�s, j'arr�te. Je clos le dossier.

Il l'�tait d�j�. Vous l'avez rouvert.

Quoi ? Ne doit-on pas v�rifier la cr�dibilit� des t�moins ?

Si, mais vous avez vraiment pris Santenocito en grippe.

Suffit. Trouvez-moi... quel est son nom...

Settimio, et amenez-le-moi.

- Au Palais. - Oui, on y revient.

On revient chez nous.

Payez. Et d�p�chez-vous.

Petit fripon ! Je les reconnais, tu sais ?

Ils sont vieux, ces petits-pois aux queues jaunes.

Question queues, monsieur s'y conna�t.

Approchez, mesdames !

Je vais te flanquer une beigne, brigand.

Voici 10 000 lires. Rends-moi la monnaie.

10 000 ? Que des gros biffetons, notre Settimio.

Puis-je vous parler un instant ?

M�me une heure, mon prince. Seigneur, ces yeux de biche !

Tiens, vous avez des pattes.

Je croyais qu'on interdisait �a aux carabiniers.

Que puis-je pour toi ?

"Faire et d�faire, c'est un travail certain.

"Il y en a pourtant toujours qui ne font rien."

Non, pas ceux-l� !

Ceux-ci !

On se calme.

"Mieux vaut �gorger des innocents

"que laisser un salaud

"empoisonner les gens."

Belli n'a pas son pareil.

Regarde-moi ce singe...

Faites attention � ce que vous dites et � ce que vous taisez.

Qu'est-il arriv� le soir du 7 mai chez Del Tomaso ?

Je ne me rappelle pas bien.

Vous avez oubli� cette soir�e,

mais pas ce qui est arriv� ce matin

avec le caporal Marchionne.

Cher monsieur, je vous l'ai dit.

Les jeunes soldats et les pompiers, les pauvres ch�ris,

c'est toujours moi qui les aborde.

Je ne pouvais pas savoir qu'il �tait venu pour m'arr�ter.

Je reconnais qu'en voiture, j'ai �t� un peu trop fougueux.

Mais il �tait si f�ch� !

On ne vous a pas arr�t�.

Mais vous avez mal agi.

Tr�s, tr�s mal, j'en conviens.

On essayera d'oublier �a.

Mais il faut cesser de mentir.

Oui.

Je peux aller faire pipi ?

Quand vous aurez dit la v�rit�. Allons, un effort.

M. Santenocito �tait l�, oui ou non, le soir du 7 mai ?

R�pondez, allez.

On ne l'a pas vu.

Je suis rest� debout

jusqu'apr�s minuit.

Mon patron s'est couch� avant moi.

Et m�me, si je ne me trompe...

Attendez.

- R�p�tez. - Je disais, M. le juge,

que je suis rest� debout jusqu'apr�s minuit.

Mon patron s'est couch� avant moi,

avec un bouillon bien chaud que j'avais pr�par�.

M. Santenocito n'�tait pas l�,

ma main au feu !

Votre patron vous a-t-il gratifi�

pour que vous attestiez que M. Santenocito �tait venu ?

Monsieur m'a expliqu�

que Mme Santenocito �tait tr�s jalouse.

Je comprends bien ces choses-l�.

Je sais le mal que peut faire une femme.

M. Santenocito m'a donn� un petit cadeau et m'a m�me fait �a.

C'est un si gentil monsieur, si simple !

Je peux avoir de l'eau ? M�me plate.

Oui... Pironti.

- De l'eau. - Il faut aller la chercher.

- Passons. - Ce n'est pas grave.

Laissez tomber.

La soif, �a peut attendre, pas le pipi.

Patientez encore un peu.

Vous avez parl� d'un cadeau. Combien ?

100 000 lires.

- Un ch�que ? - Du liquide.

Un gros billet.

J'ai essay� de le changer.

Comme on me regardait de travers, je l'ai donn� au patron.

Je ne l'ai pas revu.

Parfait. Vous pouvez aller faire pipi.

- Merci. - Mais ne vous �loignez pas.

N'oubliez pas votre d�claration, on va la verbaliser.

Tu as une cigarette ?

Et pour l'histoire du caporal ?

Vous l'oubliez, j'esp�re. Pour ma maman, la pauvre.

Elle a 76 ans, elle m'a assez maudit comme �a.

Bravo, brigadier.

�coutez, pour l'histoire du caporal,

on peut en rester l�.

Je le prierai de ne pas porter plainte.

- Salut. - Salut, Colombo.

Pironti, emmenez monsieur aux WC.

Et retenez-le.

Je peux ?

Merci, monsieur.

Bien. Lipparini, pr�parez les mandats d'arr�t,

articles 575 et 372 pour faux t�moignage

et complicit�... Attendez.

Article... voil�, 378.

Pardon, on a appel� de la Berlizze Scuol.

- Quoi ? - Berlizze Scuol.

Berlitz School.

O� la jeune d�funte apprenait l'anglais.

On a retrouv� ses cahiers.

Le professeur dit que...

J'y jetterai un �il. Attendez les mandats et ex�cutez-les.

On fera la notification au tribunal.

Aujourd'hui, on saute le repas, on va travailler tard.

Aujourd'hui ?

Quoi ? Qu'y a-t-il aujourd'hui ?

Le match Italie-Angleterre.

Ici verra le jour un tr�s grand complexe h�telier :

trois tours de Cement-Mare.

En oubliant un instant la zone sportive,

parlons de la piscine, � seulement 30 m�tres de la mer...

Entre parenth�ses, chers amis suisses,

les permis nous ont co�t� une fortune.

Mais seule la corruption peut h�ter la bureaucratie

et stimuler les initiatives.

Paradoxalement, corruption

veut dire progr�s.

Je disais que la piscine, situ�e avec audace pr�s de la mer,

outre sa valeur structurelle,

fera rempart � une �ventuelle pollution...

Ferm� pour cause de match

Traduire de l'anglais...

On r�colte ce qu'on a sem�.

Je suis fatigu�e. Je suis fatigu�e de tout.

Verbes irr�guliers.

Donn� 100 000 � maman.

Acheter pull bleu, bas, sac.

Donn� 50 000 � papa.

L'Italie a marqu� ! On va gagner !

11 mars. Appel� Sirio.

Pour la troisi�me fois, inutilement.

Loin des yeux, loin du c�ur.

Papa va rappeler pour cr�dit maison.

Le cours est fini.

Comment on dit "en finir" ? Et comment on fait ?

19 avril. Je pense toujours � Sirio.

Il est o� ? Qu'est-ce qu'il fait ?

Santenocito a appel�. D�jeuner d'affaires mardi.

Conjuguer "to have" et "to be".

�tre ou ne pas �tre une pute ?

Pourquoi je le fais ? Pour vivre mieux. C'est si moche ?

Pour qui ? Pour les autres.

C'est qui, les autres ? Papa, maman ?

L'Am�ricain d'hier avec un dentier ?

Acheter shampoing, pilule et disque d'Aretha Franklin.

5 mai. Appel� Santenocito.

Il n'a pas besoin de moi. Le rappeler lundi.

Bien, monsieur. Toujours aux ordres.

8 mai. R�pondu � petite annonce. Convoqu�e.

On m'a propos� 80 000 par mois. J'ai dit : j'y r�fl�chirai.

Donn� 300 000 � maman pour fangoth�rapie.

Samedi 10. J'ai eu la force d'appeler Sirio.

D�s qu'il a r�pondu, j'ai raccroch�.

La cigale chante tout l'�t�.

�cout� notre disque 20 fois. Je n'en peux plus.

Je suis seule, fatigu�e. Je voudrais dormir.

Pourquoi �crire tout �a ?

Celles qui aimeraient se confier � leur m�re

ont peut-�tre la malchance de ne plus l'avoir.

Et moi qui ai la malchance de l'avoir...

7 mai.

Tamponn�e par une voiture blanche qui a fil�.

Heurt� le pare-brise.

Front et genou tr�s douloureux.

Ce salaud aurait d� me tuer, �a aurait �t� chose faite.

Le corps pr�sente des marques de coups.

Quelqu'un l'a frapp�e.

Elle n'est pas morte dans sont lit. On l'y a mise apr�s.

Les imb�ciles !

Dans un mois, mon anniversaire. Mais je ne serai plus l�.

L'ann�e pass�e, j'�tais � la mer avec Sirio.

Une journ�e merveilleuse. On �tait trop heureux.

Sirio m'a dit qu'il voulait m'�pouser.

Traduire de l'anglais...

Tout est bien qui finit bien.

7 mai.

C'est mon dernier cours.

Ruhenol.

Vous n'�tes pas un bon juge !

Vous avez des pr�jug�s sur moi !

Vous voulez me punir pour ce que j'ai fait avant.

Pas pour ce crime que je n'ai pas commis.

Et vous le savez !

Au contraire, le faux alibi prouve votre responsabilit�

dans la mort de Silvana.

Non, vous avez d�lib�r�ment d�cid� de me d�truire.

Si j'�tais quelqu'un d'autre,

si j'avais les m�mes id�es que vous,

vous auriez vite prouv� mon innocence.

Si cette soci�t� vous d�go�te, elle me d�go�te encore plus.

C'est pour cela que j'ai d�cid� d'�tre

l'ennemi de la soci�t� !

Vous ne me dompterez jamais !

Prends garde, juge ! Demain je serai libre

et je t'an�antirai !

M. Lorenzo Santenocito inculp� pour homicide !

Je veux �tre transf�r�

en clinique psychiatrique !

Comme le maire Petrucci et le commissaire Scir�.

On est �gaux devant la loi.

La mal�diction de mon p�re m'a d�j� contamin�.

Je b�n�ficie de son marasme.

Je suis marasmis�,

schizo-logorrh�ique � niveau ph�nom�nologique.

Ph�nom�nologiser,

r�ceptionniser,

contactiser, b�n�ficieriser,

nivelpopulariser, constructionner...

Hourra !

Vive l'Italie !

On a gagn� !

On a battu l'Angleterre !

On a r�ussi !

On les a eus !

Vive l'Italie !

Les imb�ciles, on les a eus !

Les joueurs, vous l'avez grosse

et bien dure !

Hourra !

Faisons tous la ronde

L'Italie championne du monde !

Perfidum Albionem vicimus. Deo gratias !

Bravo !

L'Italie retrouve son visage mill�naire !

Vive Boninsegna !

Vive Rivera !

Vive le Duce ! Vive l'Italie !

Colonel, pas de pain

Je suis mort pour ma terre Mais la fin de l'Angleterre

Commence � Djaraboub.

Bobby Moore,

esp�ce de fils de pute !

Ma voiture !

C'est une honte !

Assassins !

Tiens ! Bobby Charlton, va te faire enculer !

Adaptation : Anna Devoto

Sous-titrage : TELETOTA

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