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Original subtitles

…

Coups de Klaxon

…

Coups de sifflet

- Alerte !

Coups de feu

Coups de Klaxon et sirènes

…

…

- 8 suit. Terminé.

*- Plaza Garibaldi : rien.

*- Bien reçu.

*- 379, je vous écoute ?

- Toujours rien.

- Confirmé. Terminé.

*- Ici voiture 52. Secteur 7 contrôlé.

Demande l'horaire. - Confirmé.

- Non !

Vous oubliez l'horaire. Continuez.

Contrôlez les véhicules un par un.

…

- Patrouille 25 appelle le quartier général.

*- Quartier général. Vous me recevez ?

Quartier général à patrouille 25. Parlez.

*- Âge apparent : 50 ans. Les yeux bruns, forte corpulence.

Il doit s'agir de l'Américain Philip Michael Santore.

Les cheveux blancs sont imprégnés d'une teinture.

Il est dans une voiture signalée volée, la Cadillac 251 798.

- Anthony… - Vous l'avez trouvé ?

- Oui.

- Mort ?

- "Mort."

J'informe le gouvernement.

- Appelle-moi l'ambassadeur.

- Deuxième projectile : 9 millimètres avec chemise de cuivre.

Orifice d'entrée dans l'abdomen : côté gauche.

Trajectoire ascendante et légèrement oblique,

touchant l'intestin, l'estomac, le diaphragme,

le cœur, ventricule droit, l'aorte.

À signaler : une blessure antérieure au décès, mais très récente.

Blessure d'arme courte parfaitement soignée.

Cicatrisation avancée.

*- La Chambre a été convoquée avec la procédure d'urgence

pour examiner le projet de loi

décrétant une journée de deuil national.

Députés présents : 103.

Députés absents avec justification : 12.

Députés absents sans justification : 32.

- Le quorum étant atteint, la séance est ouverte.

Le gouvernement propose le décret suivant.

"Article premier : le deuil national est décrété pour aujourd'hui

"en raison de la mort de Philip Michael Santore,

"fonctionnaire de l'AID et citoyen des États-Unis.

"En conséquence, les services publics,

"les écoles, les banques et la Bourse

"doivent cesser toute activité.

"Article second :

"les funérailles seront célébrées aux frais de l'État."

Qui vote contre ?

Qui vote pour ?

Unanimité.

La présidence invite l'Assemblée à observer

une minute de silence en hommage à M. Philip Michael Santore.

Orgue

…

- "… quand, tout à coup, deux hommes

"vêtus de blanc se présentèrent à eux et leur dirent :

"'Gens de Galilée,

"'pourquoi restez-vous à regarder le ciel ?

"'Ce Jésus qui vient d'être enlevé du milieu de vous

"'reviendra de la même manière que vous L'avez vu partir.'"

- Mesdames, messieurs, dans la cathédrale est célébrée

une messe funéraire pour la mort

de P. M. Santore.

Écrasée par la douleur, Mme Santore est avec ses enfants les plus âgés.

Les plus jeunes ne savent pas que leur papa est mort.

Assistent à cette cérémonie le Conseil des ministres,

les chefs de toutes les forces armées du pays,

ainsi que tout le corps diplomatique.

Il est désagréable de remarquer que les places réservées au recteur

et au corps universitaire sont restées vides.

L'archevêque devait prononcer

l'oraison funèbre,

mais c'est le nonce apostolique qui le remplace.

L'archevêque n'est pas présent.

*- Nous implorons le repos éternel

pour celui qui fut un mari et un père aimant.

Nous implorons

l'éternelle récompense

pour celui qui fut une victime innocente

et sacrifiée.

Philip Michael Santore

connaissait la misère,

et il a consacré sa vie à la combattre.

Il a réussi à sauver beaucoup de jeunes,

et il en a fait des citoyens corrects.

*- L'ankylostome se nourrit de substances présentes dans le sang.

Avec ses dents,

il déchire l'intestin du malade et provoque une hémorragie.

Affaibli, le malade devient vulnérable

à toute autre maladie.

Inévitablement, il meurt.

- Inutile de paraître si inquiètes.

Il est peu probable que vous soyez

victimes de ce parasite.

La principale cause

de cette maladie est la malnutrition.

Vous vivrez dans des grandes villes,

vous consommerez des aliments sains,

de l'eau minérale, etc.

Je vous recommande surtout de vous approvisionner

aux magasins de la base.

Bref, vous serez privilégiées.

Comme nos maris,

nous devons représenter notre civilisation,

nos idéaux et notre mode de vie.

Ce n'est pas toujours facile, car ce sont des pays

difficiles, souvent hostiles.

- C'est ainsi qu'il fut victime du terrorisme et de la violence,

de ce déchaînement soudain

et meurtrier de la violence, de cette furie

aveugle et homicide

qui de nouveau, depuis lundi dernier,

s'est abattue sur notre communauté.

…

Coups de Klaxon

- Vos clés de voiture, s'il vous plaît.

- Vous venez avec nous, vite.

- Madame, s'il vous plaît ?

- Oui ?

Mais qu'est-ce que vous faites ? - Tupamaros.

- Nous avons besoin de votre voiture. Nous sommes armés.

- Ouvrez la portière.

- Une expropriation.

Allez, pousse-toi.

- Oh non ! C'est pas vrai ! Encore ?

- Ah. On vous a déjà… ?

- Oui. On m'a déjà. Pour le vol de la banque Chase Manhattan.

- L'expropriation.

- C'est pour quoi ?

- Vous le saurez par les journaux. Nous aussi, d'ailleurs.

- Police.

Il nous faut votre voiture. - Bien.

- On a besoin de la camionnette. - Fais pas d'histoires et roule.

- Tupamaros ?

Pas besoin de ce truc-là, avec moi.

Mais sachez une chose : je suis pas d'accord avec vos méthodes.

Politiquement. - Et dans la pratique ?

En ce moment ?

- Par où on va ? Par là ou par là ? - Par là.

- Bonjour.

- Nous sommes armés.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? - On va se promener une demi-heure.

Puis vous pourrez aller déclarer le vol.

- Et la camionnette ? - La police la retrouvera.

- On va faire un tour. - Oui. Je sais.

On se promène 30 minutes, puis je vous dénonce à la police.

Attention, il y a pas beaucoup de frein et la 2e passe mal.

…

Coups de Klaxon

…

- Au revoir, papa.

- Au revoir, papa.

- Au revoir, papa.

- Dépêche-toi !

…

Démarrage du moteur

…

…

…

…

- Les clés !

Coup de feu

- Merde !

…

*- Qui est là ?

- Compagnie du téléphone.

…

- Le voilà.

…

- Qu'est-ce qu'on fait ? - Va voir.

- Ils sont juste devant.

…

- Allongez-vous. - C'est inutile.

- Il le faut. - Je peux marcher.

- Nous ne préférons pas.

- C'est pour votre sécurité ? - Exactement.

…

Sirène de police

…

…

- Le voilà !

- Oui, le voilà !

- Monsieur le ministre, que pensez-vous de ce rapt ?

Quelle est la réaction des États-Unis ?

- Une déclaration sur ce qui est une honte pour le pays ?

- Demanderont-ils une rançon ?

- Ou la libération des prisonniers politiques ?

- Nous n'avons pas de prisonniers politiques.

Que des criminels de droit commun,

qui volent, tuent des policiers et enlèvent d'honnêtes gens.

- Les terroristes n'ont-ils pas bénéficié d'énormes complicités ?

- Le Brésil masse-t-il ses troupes ?

- Est-ce une coïncidence ?

- Un communiqué officiel répondra à ces questions.

- … matinée qui s'est achevée par l'enlèvement de MM. Fernando Campos,

consul du Brésil,

Anthony Lee, secrétaire de l'ambassade des États-Unis,

et Philip Michael Santore, citoyen des États-Unis

et fonctionnaire de l'AID dans notre pays.

M. Anthony Lee a réussi à s'échapper.

Avez-vous des questions ?

- Croyez-vous que le ministère de l'Intérieur

prendra des mesures face à une situation qui dure depuis 6 ans

et qui est devenue insupportable ?

- Pour le gouvernement. - Pour le pays !

- C'est le gouvernement, qui est insupportable pour le pays.

- La loi des pouvoirs exceptionnels a été votée par le Parlement,

en accord avec l'article 168

de la Constitution. - Elle devait durer 60 jours.

Ils sont passés depuis plus de 2 ans.

- C'est avec cette loi que le gouvernement affronte la situation

avec responsabilité !

- D'après votre communiqué, il apparaît que les Tupamaros…

- L'usage de ce mot est interdit. Ce pays vous accueille,

veuillez respecter ses lois.

- On les nomme "les Innommables". - Ce sont des terroristes !

- Excusez-moi.

Je voulais dire que, d'après votre communiqué,

près d'une centaine d'innommables auraient pris part à l'opération.

Or, tous les renseignements et les témoignages

parlent d'un maximum de 10 pour chaque enlèvement.

10 fois 3 font 30. Quel était le rôle des 70 autres ?

C'est plus qu'une question technique.

Ça concerne aussi l'ampleur,

l'incidence politique de l'organisation.

- Comment des droits communs pourraient-ils avoir

une influence politique ?

Je vous en prie.

- Ces "terroristes"…

ont tenté d'enlever le 2e secrétaire de l'ambassade américaine,

et cela a un sens.

De leur point de vue, évidemment.

De même, l'enlèvement du consul du Brésil

correspond à une certaine logique,

mais ce Mr Santore…

Philip Michael Santore.

Pourquoi ?

Ce n'est pas un personnage officiel.

Personne, en aucune façon, ne saurait lui imputer

des responsabilités directes ou indirectes.

Personne parmi nous ne connaissait son existence.

Alors qui est vraiment ce Mr Santore ?

Et que faisait-il dans notre pays ?

- M. Santore est un des fonctionnaires de notre agence.

- Quelles sont exactement ses fonctions ?

- Nos activités sont multiples.

Nous intervenons dans l'industrie, là où elle existe.

Nous nous intéressons à l'agriculture,

à l'industrie minière, à l'éducation, à l'industrie forestière

et à la recherche.

Ici, nous agissons dans le cadre de l'Alliance pour le progrès.

Nous intervenons

dans tous les pays

qui souhaitent recevoir l'assistance économique et technique américaine.

- Des techniciens de l'Amérique du Nord ?

- Oui. La majorité, car ils possèdent les qualifications nécessaires.

Mais la formation de cadres locaux fait partie de notre programme.

- Ça permet à un gouvernement étranger

d'avoir un œil dans le pays, de connaître ses ressources.

- On connaît vos problèmes

grâce aux spécialistes. On ne peut les résoudre sans les connaître.

- Moi, je dirais plutôt le contraire. - C'est-à-dire ?

- C'est un détail.

Mais ce sont les États-Unis qui ont besoin d'assistance,

plutôt que les autres pays.

C'est ainsi que je vois

les choses. - Le goût du paradoxe.

- De la précision.

Que ce soit en buvant de la bière,

en avalant de l'aspirine,

en se brossant les dents,

en cuisinant dans une casserole d'aluminium,

en utilisant un frigo ou en chauffant une pièce,

tous les jours, chaque citoyen de mon pays contribue

au développement de votre économie.

Cette contribution prend toute sa signification

quand on entre dans le domaine militaire.

Mais inutile de vous faire perdre votre temps.

Nous parlions de ce monsieur… ce "Mister" Santore.

- Cette question de l'assistance, nous y reviendrons un jour.

- Entièrement d'accord.

Alors ?

Ce Mr Santore… Quelles sont…

Quelles étaient ses fonctions à l'AID ?

Dans quel genre d'activités était-il spécialisé ?

- Dans la communication.

C'était un spécialiste, un expert.

- C'est lui ? - C'est lui.

- L'Alliance pour le progrès remettait 300 voitures à la police, non ?

- Oui.

- Comme ça, vous vous occupez aussi de notre police ?

- Il existe un accord officiel

entre nos gouvernements.

- Oui. Bien sûr.

Et Mr Santore travaillait ici, dans cet immeuble ?

- Non.

L'AID dispose d'un local à la préfecture de police.

- L'AID collabore avec notre police

pour l'amélioration de l'ordre public.

Pour la sécurité en matière de circulation…

Les communications urgentes et les problèmes administratifs.

- Et ce Mr Santore ?

Ça fait 1 an qu'il travaillait ici ?

- Oui. À peu près.

- Et avant, il est venu des États-Unis ?

- Non. Il a été dans d'autres pays d'Amérique latine.

- Toujours pour le compte de l'AID ?

- Oui. En qualité d'expert en communication.

- Vous connaissez ces pays ? - Pardon ?

- Quels sont ces pays d'Amérique latine ?

- Je crois, entre autres, Saint-Domingue et aussi le Brésil.

- Alors, comme ça, monsieur Santore,

avant d'arriver dans notre pays, vous avez été aussi au Brésil.

Pour le coup d'État militaire.

- Vous me surestimez. Je suis arrivé 2 ans avant, en 1962.

- Il faut le préparer.

- Pas en Amérique latine.

- Aux États-Unis, vous êtes plus rapides.

En quelques secondes, vous assassinez un Président.

Vous étiez conseiller au Brésil

avant, pendant et après le coup d'État.

- Exact. Sur les bases d'un accord entre nos gouvernements.

- Le gouvernement démocrate de Goulart.

En 1964, Goulart est renversé par les militaires,

qui suppriment le Parlement, les partis,

la liberté de la presse, les syndicats…

Vous êtes resté.

- Les accords n'ont pas changé. - Je sais.

Johnson a envoyé ses félicitations avant le putsch.

- Nécessité politique.

- Et côté morale, le cardinal Spellman

a envoyé sa bénédiction.

- Le Dieu américain est putschiste.

- Et vous ?

- Moi, je ne fais pas de politique.

- Un technicien de la police. - Exact.

- Et la police

doit défendre l'ordre.

- Exact.

- L'ordre démocratique ou de la dictature ?

- Je comprends ce que vous dites, et il peut y avoir contradiction.

Mettez-vous à ma place.

Je suis un technicien des communications.

Ces problèmes sont les mêmes, en démocratie ou en dictature.

- Des problèmes techniques.

- Naturellement.

- L'interrogatoire est un problème technique ?

- C'est ce que vous faites.

- Si ça n'aboutit pas…

torturer peut résoudre les problèmes posés par l'interrogatoire.

Avez-vous entendu parler de torture ?

De "pau-de-arara" ?

De "palmitate de hydráulica" ? De chocs électriques ?

Vous connaissez ?

- De quoi s'agit-il ?

- De techniques.

Mais vous savez que la torture existe au Brésil ?

- Le Brésil a de grands déséquilibres et une tradition de violence.

Alors il peut y avoir des cas isolés. C'est probable.

- Des cas isolés où l'on torture les enfants ?

- J'ai lu ça dans la presse communiste.

- Les évêques qui l'ont dénoncé

sont aussi communistes ?

- Qui sait ?

- À São Paulo,

à Belo Horizonte, à Guanabara, à Pernambuco,

on fait des cours sur la torture,

avec exercices pratiques sur des sujets vivants.

Et vous, conseiller de la police, vous n'avez jamais rien su ?

- Non.

- "Les États-Unis, en moins de 10 ans, ont aidé le Brésil

"à former plus de 100 000 policiers.

"600 officiers de police ont reçu une formation aux États-Unis."

Quasiment la totalité de la police formée par vous et vos collègues.

C'est le New York Times qui le dit, pas les communistes.

- Vous faites des amalgames. Je n'y suis pour rien.

- Vous connaissez ce type ?

- Je ne pense pas.

- Ceux-là ?

- Je ne crois pas.

Ce sont des Brésiliens ?

- Pour ce qui est de celui-ci, vous ne devriez pas hésiter.

- En effet.

- Bon. Vous y êtes, maintenant ?

- Oui. Ça fait 2 ou 3 ans.

- La montre doit être celle que vous portez.

"En souvenir de ses amis brésiliens." Ce sont eux ?

- Non. Eux représentaient le commandement militaire.

- La police militaire.

- Probablement. Ce ne sont pas mes amis.

- Ce sont des tortionnaires.

- Ah. Dénoncés par les évêques ?

- Par leurs victimes et aussi par les évêques.

Belle série de coïncidences.

- Vous y croyez ?

- Généralement pas.

Bon. Ça suffit pour aujourd'hui. Vous fumez ?

- Merci.

- Vous voulez boire quelque chose ?

- Whisky ?

- Ici, on n'a que de l'eau. - Ça ira quand même.

- Qu'est-ce qu'ils font ? - C'est l'alerte générale.

…

Sirène de police

…

- Comment va la blessure ? Ça vous fait mal ?

- Un peu.

Curieusement, c'est supportable. - C'était un accident.

- Oui.

Un peu de nervosité et pas assez d'expérience.

Peut-être un peu trop jeune.

- Respirez.

Plus fort.

- Le jeune docteur qui m'a pansé croit que le poumon est intact.

- Il faut faire des radiographies, pour en être bien sûr.

- Ne vous inquiétez pas, vous comprendrez plus tard.

- Je ne m'inquiète pas. J'ai de bonnes raisons pour ça.

Je me fie à votre intelligence. - Vous connaissez bien votre métier.

- Je n'en suis pas sûr, vu la situation.

- C'est du Dolosal.

C'est pour dormir.

- Bon. Venez.

- Attention, couvrez-vous.

…

- L'homme nouveau doit être sorti du matérialisme,

pour être ramené au spirituel.

Ça a provoqué la révolution industrielle,

qui a apporté l'ambition pour l'argent.

Sifflement de train

Je ne condamne rien.

… aux principes de l'Évangile.

Retrouvez l'amour du prochain.

Oubliez le matérialisme, l'argent…

- Nos objectifs sont presque communs.

Vous n'avez pas répondu à la question sur les policiers brésiliens

qui collaborent avec notre police en créant les Escadrons de la mort.

- J'ignore ce dont vous parlez !

- Vous appartenez à Tradition, Famille, Propriété ?

- Pas ici, au Brésil. Ici, je ne m'occupe pas de politique.

- Quand on est fasciste dans son pays, on l'est partout.

- Non… Ici, je représente seulement les intérêts de mon gouvernement.

- En fait, il n'y a pas de contradiction.

Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ? Que voulaient-ils ?

- Parler.

- Ils vous ont torturé ?

- On a parlé, c'est tout.

- Qu'est-ce qu'ils ont dit ?

Ils veulent nous tuer, n'est-ce pas ?

- Je ne pense pas.

Ce ne sont pas leurs méthodes.

Et ils prennent trop de précautions.

Vous aussi, ils vous ont transporté en civière ?

Vous voyez bien…

Des civières, des murs tapissés de journaux, des masques…

Ils veulent pas qu'on puisse les reconnaître,

ni cet endroit.

Vous avez un avenir, c'est évident.

- Ce n'est pas vrai. Je le sais.

Ils me l'ont laissé entendre.

Ils veulent me liquider. Je ne sais pas pourquoi.

J'ai jamais… rien fait de mal, moi.

C'est un crime, d'être un diplomate brésilien ?

Je m'occupe de ma famille, de mon travail.

Que me reproche-t-on ?

- Peut-être pas à vous.

- À qui, alors ? - À votre gouvernement.

- Reprocher quoi à mon gouvernement ?

- Des tortures, par exemple.

…

- Papiers, s'il vous plaît.

Ceux du malade et de la demoiselle également.

Vous êtes le Dr Sanchez ? - Oui.

- Qu'est-ce qu'il a ? - Un infarctus.

Son état est grave.

Il peut être sauvé, si nous arrivons à temps.

- Désolé. J'exécute les ordres. À quel hôpital l'emmenez-vous ?

- À Sainte-Marie.

Bonsoir. - Bonsoir, docteur Francia.

- Urgence : intoxication.

- Mesdames et messieurs, voici un communiqué

concernant les 2 diplomates séquestrés dans la matinée d'hier.

*- Communiqué du Mouvement de libération nationale,

commando Liber Arce.

"Les personnalités capturées par notre organisation,

"M. Fernando Campos, consul du Brésil,

"et M. Philip Michael Santore,

"citoyen des États-Unis et fonctionnaire de l'AID,

"que la police et l'armée continueront à chercher vainement,

"sont actuellement détenus à la prison du peuple.

"L'état de santé de M. le consul est satisfaisant.

"Le fonctionnaire a été blessé pendant l'action par une arme à feu.

"Voici le diagnostic de notre service sanitaire :

"Blessure par balle, orifice d'entrée au niveau du bord droit du sternum

"et orifice de sortie dans la région axillaire gauche.

"Appareil pleuro-pulmonaire normal.

"Pas de signe de pneumo-hémothorax.

"Pas d'atteinte cardio-vasculaire. Cœur et pouls normaux."

"D'autres communiqués seront diffusés ultérieurement.

"En attendant, l'interrogatoire des prisonniers se poursuit."

- Après le Brésil, vous êtes allé à Saint-Domingue en 1965.

- C'est exact.

- En avril 1965, les marines ont envahi l'île.

Et vous ?

- Je ne suis pas d'accord sur le terme "envahir".

Du reste, je suis arrivé après, en mai.

- Toujours pour le compte de l'AID ? - Oui.

- Communication, circulation…

- Exact.

- Monsieur Santore,

en mai 1965,

Saint-Domingue était en état de guerre civile.

D'un côté, les constitutionnalistes,

de l'autre, la junte civile et militaire financée par la CIA

et soutenue par vos 40 000 marines.

Vous vous occupiez de circulation ? - Exact.

- Quel genre de circulation ? Des chars de combat ?

- La présence de l'AID était prévue par des accords.

Notre tâche consistait à rétablir l'ordre.

- Quel type d'ordre ? - L'ordre civil !

Le contraire du chaos et des vols.

- Vous voulez parler de l'ordre de la United Fruit Company

et du rôle des autres compagnies yankees ?

- On finit inévitablement par parler politique.

- "Inévitablement."

Vous êtes resté 2 ans là-bas, n'est-ce pas ?

- Oui. De 1965 à 1967.

- C'est alors que sont morts des centaines de démocrates,

de dirigeants politiques et syndicaux.

Une commission de juristes a accusé la police de Saint-Domingue.

Vous étiez là pour la réorganiser.

- Il y avait beaucoup de commissions internationales, à Saint-Domingue.

- Coïncidence ? - Vous n'y croyez pas ?

- Si, quand elles se répètent. Nous les analysons objectivement.

Vous voulez boire quelque chose ?

- Oui. Un peu d'eau. - Il y a aussi du lait.

- Je tiens à exprimer mon indignation de citoyen et de parlementaire !

Je demande que le gouvernement nous dise

qui a sollicité les services de ce fonctionnaire étranger.

- Très bien ! Bravo !

- Qui le paie ?

Qui l'a autorisé à exercer des fonctions

au sein de notre police ?

Et en quoi consistent exactement ses fonctions ?

- Ainsi, vous vous indignez, monsieur Martinez ?

Il faut croire que les méthodes de ces Innommables ont une utilité.

Cette violence qui indigne ici tout le monde

est plus utile que la démocratie que vous dites défendre,

et a permis de vous poser le problème de l'indépendance de notre pays.

- Ce n'est pas à vous

de me donner des leçons d'indépendance, ni de sens civique.

- Sûrement pas.

Mais puisque vous avez saisi le problème, alors menez une enquête

sur ces Américains généreux et désintéressés,

spécialistes, techniciens, conseillers,

qui arrivent chaque jour sous des signes divers :

International Monetary Fund, US Information Service,

Inter-American Development Bank, American Health Organization,

American Institute for Free Labor Development…

- Assez !

- Agriculture Development Assistance, Peace Corps…

- Assez !

- Cette nuée qui peuple notre pays !

- Ça suffit !

- Cette nuée qui peuple notre pays

et l'Amérique latine tout entière,

avec votre accord.

- Qui fait marcher les usines ? - Les ouvriers !

- Demandez-leur s'ils préfèrent le chômage.

Brouhaha

…

- Les Américains feraient ça pour rien ?

- Monsieur Fabbri, parlez-nous plutôt de vos amis les Russes !

Applaudissements

- Je ne vous demande pas de comprendre les idéologies mais la géographie.

L'Union soviétique est loin. Les Yankees sont partout,

même à la préfecture.

Brouhaha

À la préfecture !

À la préfecture ! Ils font leur apparition en 1962.

On ne savait ni qui ils étaient, ni ce qu'ils faisaient,

mais ils avaient déjà un bureau, sans plaque sur la porte,

et des contacts avec des officiers supérieurs.

En 1966, leur présence devient officielle.

Et c'est alors qu'arrive leur chef :

Robert Bain, lieutenant-colonel des forces spéciales.

Notre préfecture met à sa disposition

un certain agent, Bardez,

qui doit être plus qu'un chauffeur, qu'un garde du corps, qu'un policier,

puisqu'il fréquente un endroit où les policiers ne sont pas admis :

je parle de l'ambassade des États-Unis.

- Comment savez-vous tout cela ?

- Nous sommes moins distraits que vous,

ou nous n'avons aucun intérêt, nous, à être distraits.

Donc, en 1966, ce Robert Bain arrive.

Lui aussi est un expert de l'Agence pour le développement international.

En quoi peut être expert

un lieutenant-colonel des forces spéciales ?

Et quel genre de développement peut-il apporter ?

Si ce lieutenant-colonel est venu faire ici ce que je sais

et que vous savez également,

alors je ne pense pas qu'il ait fait du bon travail.

Nous existons encore.

Nous sommes mieux qu'avant. Désolé pour vous.

Ils continuent d'exister et de se développer,

ceux dont on ne peut prononcer le nom.

Ils représentent néanmoins

- bien que nous n'approuvions pas leurs méthodes,

une force révolutionnaire.

Une force révolutionnaire !

Brouhaha

Et une riposte à l'oppression,

à la corruption, aux privilèges !

*- Silence !

Silence ! - Monsieur le président !

Cloche

…

- Bain n'a pas fait du bon travail.

C'est pourquoi on l'a remplacé par Philip Michael Santore,

celui dont parlait précisément M. Martinez.

M. Santore était chef de police dans son pays.

Puis il a voyagé beaucoup en Amérique latine, avant d'arriver

dans notre pays.

…

- C'était en 1969. Vous êtes arrivé ici.

- Oui. En juillet.

- Vous avez un bureau à la préfecture.

- Oui. Le bureau de l'assistance technique de l'AID.

- Et un autre bureau à l'ambassade.

- Exact.

Exact. En fait, je ne travaille que là.

Je passe à la préfecture tous les 15 jours.

Je ne m'immisce pas exagérément dans les affaires de la police.

- Vous la dirigiez.

- Je ne suis pas si important. - Si.

Vous étiez souvent à la préfecture.

Une place vous est réservée à côté des chefs de la police.

Vous y arriviez tous les jours entre 8 h 45 et 9 h.

Votre bureau est au même étage que les leurs.

Connaissez-vous les capitaines Lopez et Romero ?

- Ils sont proches du bureau de l'Assistance technique.

- Depuis quand les connaissez-vous ?

- Depuis mon arrivée ici, il y a 1 an. - Non !

Vous les avez connus en 1967,

à Washington, à l'Académie internationale de police.

- Les progrès techniques

ont permis à l'homme d'atteindre la Lune.

En dépit de ces progrès,

les autorités n'ont pas réussi, dans le domaine de la prévention

et de l'investigation criminelle,

à demeurer à la hauteur des activités antisociales

qui menacent le monde libre.

Des actions scélérates sont le fait d'éléments irresponsables

qui se font passer pour des révolutionnaires.

Leurs activités subversives,

leurs objectifs insurrectionnels sont teintés

des principes du nationalisme.

Du fait de cet effroyable manque de respect

à l'égard de l'humanité, les nations responsables

ont pris conscience de la nécessité de mettre fin

au terrorisme,

afin que règnent de nouveau l'ordre et la loi.

Les fonctionnaires de police, faisant partie de la 1re ligne de défense,

se doivent de mieux connaître les problèmes,

afin de pouvoir les résoudre ou les combattre.

C'est surtout dans ce but qu'a été constituée notre académie.

Pour que les meilleurs représentants

de toutes les polices du monde libre puissent se réunir,

échanger leurs idées, leurs expériences,

et parvenir ainsi à une vue plus globale

des graves problèmes auxquels la société se trouve confrontée.

- Peut-être que Lopez et Romero sont allés à l'Académie.

C'est possible. Beaucoup rentrent à l'Académie.

Une trentaine de votre pays.

- 67 en 4 ans.

Vous dites ne pas avoir connu Lopez et Romero à Washington.

Pourtant, ils étaient vos élèves dans votre classe.

*- Ton point de vue, tes expériences.

N'essaie pas d'être trop intelligent.

Fais exactement comme si tu parlais à des amis ou à ta femme.

- Je ne suis pas marié.

Rires

…

*- C'est déjà un renseignement, ça.

Sincérité et pas d'inhibitions.

Entre nous, nous ne devons avoir aucun secret.

Il faut tout se dire,

même nos avis politiques.

*- D'autant plus que les gouvernements passent,

la police reste.

Rires

…

Bien.

Voici les thèmes traités,

ceux que tu connais bien :

situation politique, situation économique,

parti communiste, syndicats,

mouvements étudiants, guérilla.

Guérilla urbaine, chez toi.

- Mon pays…

c'est un tout petit pays avec de grands problèmes.

- Votre réseau de communication est un réseau de renseignements.

- Les spécialistes du renseignement, c'est vous.

Même pour un policier, c'est dur, d'entrer à l'Académie.

- Il est possible qu'un policier devienne un révolutionnaire.

- Pas un vrai.

- Vous appartenez à une espèce particulière ?

- En quelque sorte, oui.

Comme mes collègues soviétiques ou chinois.

- On ne les connaît pas. Vous, vous travaillez ici.

- Nous avons la vocation de l'ordre.

Nous n'aimons guère les changements.

Nous sommes des conservateurs.

- Ici, les gens deviennent flic car ils ont faim, pas par vocation.

- Oui. Mais ils deviennent des policiers.

Alors que d'autres deviennent des voleurs.

- Vous croyez que la faim permet de choisir ?

- Je crois qu'un homme, un vrai,

choisit toujours.

Pas vous ? - Non.

Nous ne croyons pas aux "vrais hommes".

Nous croyons aux hommes.

À leur droit à l'égalité.

À leur possibilité de s'organiser en une société plus juste.

- Mais moi aussi, je crois à ça. - Non, vous n'y croyez pas.

Vous acceptez l'inégalité et défendez les privilèges.

Au fond, vous croyez à la propriété,

à l'exploitation d'une majorité par une minorité.

- "L'exploitation" ! Le grand mot.

Pourquoi ? Qu'est-ce que j'y gagne ?

- L'illusion d'être un patron et non ce que vous êtes,

c'est-à-dire un larbin.

*- Communiqué numéro 2.

"Mouvement de libération nationale,

"commando Liber Arce.

"Premièrement :

"l'état de santé de Fernando Campos continue d'être satisfaisant

"et M. Philip Michael Santore guérit rapidement des suites de sa blessure.

"Deuxièmement : les interrogatoires se poursuivent,

"afin de confirmer la culpabilité des deux prisonniers.

"Troisièmement,

"le Mouvement de libération nationale se déclare disposé à libérer

"le consul du Brésil et le fonctionnaire des États-Unis

"en échange de la libération de tous les détenus

"inculpés ou condamnés pour délits politiques

"ou liés à des délits politiques,

"retenus dans les prisons de la capitale et d'ailleurs.

"Quatrièmement :

"les pays auxquels seront remis les prisonniers peuvent être

"le Mexique, le Pérou ou l'Algérie."

- "Le texte du communiqué porté à la connaissance du public

"concernant les séquestrations survenues constitue,

"de la part des auteurs des délits, une nouvelle atteinte à l'ordre,

"aggravée d'une tentative d'extorsion à l'égard du pouvoir légitime.

"Deuxièmement :

"les auteurs de ce texte prétendent exiger du pouvoir exécutif

"qu'il soustraie des accusés et des condamnés aux procédures légales.

"Autrement dit, ils voudraient que la Constitution soit violée

"par le pouvoir même qui a le devoir de la faire respecter."

- Que pensez-vous du communiqué du ministre de l'Intérieur ?

- Que c'est un communiqué de l'Intérieur.

- Votre position n'est pas la même ? - Mon ministère n'en a pas.

- En l'absence d'autre point de référence,

le communiqué de l'Intérieur donne la position du gouvernement.

- On ne pourra parler de sa position

qu'une fois que les consultations auront eu lieu entre les ministères.

Il me semble que c'est la façon de procéder dans une démocratie.

Ce n'est pas votre avis ?

- Oui. "Dans une démocratie."

LES TYRANS SE VENDENT. LE PEUPLE, JAMAIS !

- Laissez passer.

Bonjour. Le recteur vous attend.

Vous aussi, messieurs.

Ils veulent perquisitionner l'université.

Le recteur a refusé, mais ils le feront.

Vous êtes venu pour ça ?

- Le gouvernement a des problèmes constitutionnels.

- Sans blague !

- Ils ont mis 3 mouvements politiques hors la loi,

ils ont contraint 9 journaux à fermer,

ils ont arrêté des milliers de citoyens grévistes,

ils ont réquisitionné des employés, des ouvriers,

pour les obliger à reprendre leur travail.

Et voilà que vous êtes ici pour me parler de la Constitution.

- Si j'ai bien compris, selon la Constitution, ni le président,

ni le gouvernement n'ont le droit de libérer des détenus.

- C'est ça.

- Mais les États-Unis, le Brésil, l'Église,

l'opinion publique nationale et internationale

obligent objectivement

le président et le gouvernement à accepter l'échange

et libérer tous les prisonniers politiques.

Et alors, que peut faire le président ?

- L'unique possibilité

est de présenter un décret d'amnistie

au Parlement qui, constitutionnellement,

est seul habilité

à annuler une condamnation.

- Très bien.

Mais pour des motifs et des intérêts différents à droite et à gauche,

tout le monde veut en finir avec ce président.

À mon avis, la majorité du Parlement en profitera

et votera contre le décret d'amnistie.

Et alors, qu'est-ce qui se passe ?

- L'échange ne pourra plus avoir lieu.

- Mais si le président est obligé…

- Il doit démissionner.

- Ah, voilà ! Tu vois ?

De toute cette affaire, c'est l'essentiel.

- Et tu crois cela possible ?

- Toutes les contradictions favorables sont réunies.

Et celui qui le remplacera acceptera forcément l'échange.

Cris

…

*Carlos Puebla : "Hasta siempre"

…

- Pourquoi s'obstinent-ils ?

- Ils défendent l'autonomie universitaire.

…

La musique s'arrête.

La musique reprend.

…

Alarme

…

- Restez assis ! Alfredo !

Où sont-ils ? Va voir.

Où ils sont ? - Ils ont investi le quartier.

Cris

Ils sont tout près.

- Préparez le consul.

- Vous avez une belle voiture.

- Elle n'est pas jeune, mais elle marche bien.

Vous en avez vu d'autres, ces jours derniers.

- Pas d'aussi jolies. Pourtant, on en a vu, des garages.

- Vous en avez fouillé beaucoup ? - Des garages…

- Sergent, venez voir par ici.

*On dirait que c'est vide, derrière. Écoutez. Ça sonne creux.

Et avec ces étagères devant, ça a l'air muré.

*- Bon. Si c'est muré, c'est muré.

*- C'est pas un peu monotone, de fouiller comme ça ?

*- Au début, c'est rigolo, mais à force,

grimper, descendre les étages, on finit par en avoir assez.

*- Sûrement. Mais c'est encore pire d'être fouillé.

*- Bon. On a tout vu. On s'en va.

- Attendez.

On reste.

Ferme.

- Ils étaient au-dessus de nous ? - Tout près.

- Quelle bande d'incapables. - Manque de renseignements.

- Exact.

- Ils auraient les moyens de les obtenir.

Une technique appropriée,

un matériel approprié.

- Aïe !

Ça va pas, non ?

- L'usage répété d'instruments de torture est prouvé

par la commission d'enquête.

Cette commission est composée de représentants

de tous les partis politiques siégeant au Parlement.

Ses conclusions, votées à l'unanimité,

sont les suivantes.

"Premièrement :

"il a été prouvé que dans notre pays,

"la torture est devenue un système fréquent, habituel.

"Deuxièmement :

"ont été torturées des personnes qui, du fait de leur innocence,

"n'ont pas été soumises à un jugement légal,

"et des personnes qui, soumises à un jugement légal,

"ont été reconnues innocentes.

"Troisièmement :

"les victimes privilégiées de ces méthodes

"sont les étudiants et les dirigeants syndicaux.

"Quatrièmement :

"les explications des autorités,

"qui nient ces faits ou déclarent ne pas en avoir connaissance,

"sont inacceptables. Si on les acceptait,

"ce serait admettre qu'il existe au sein de notre police

"des organisations parallèles, autonomes et incontrôlables."

Voilà, monsieur le président. Messieurs…

tout cela est arrivé dans notre pays.

Tout cela arrive chaque jour dans notre pays.

Tout cela doit cesser dans notre pays.

Messieurs du gouvernement,

je ne sais pas si vous étiez ou non au courant de tout ça,

mais dans les deux cas,

vous n'avez plus le droit de gouverner notre pays.

- Ils veulent en tirer un profit électoral.

- Exactement. C'est leur intention !

- Les tortures se sont poursuivies. Vous le savez,

monsieur Santore, puisque vous conseillez la police.

- Vous m'impliquez à tort dans des affaires

que j'ignore absolument.

- Il n'empêche que vos élèves sont dénoncés comme tortionnaires.

- Ça ne prouve rien.

- Oui.

Simple coïncidence. Une de plus.

Combien en avez-vous envoyé à l'Académie ?

- Dernièrement, 8, je crois.

C'est votre gouvernement qui les envoie.

- 37 exactement, sélectionnés et recommandés par vous.

Voici le programme de l'Académie.

En 5 semaines, on parle à peine de communication et de circulation.

Inutile, désormais, de parler communication et circulation,

n'est-ce pas ?

- Bon. N'en parlons plus.

- Mais il est beaucoup question de guerre révolutionnaire,

d'Algérie, de Cuba, du Viêt Nam…

Il est beaucoup question de grèves, de manifestations,

de syndicalisme, d'explosifs…

Vous voulez voir ?

- Je le connais.

- Quant aux explosifs, après le stage à l'Académie,

il y a une spécialisation

au Texas, dans un village abandonné, près de la frontière mexicaine.

8 policiers y sont allés se spécialiser en explosifs.

Commissaire adjoint Fontana.

Capitaine Piñatores.

Commissaire adjoint Suarez.

Commissaire Garcia.

Commissaire adjoint Panizolo.

Commissaire Torresi.

Capitaine Bordez.

Attentat de provocation. La foule réagit,

la police intervient.

Commissaire Benites.

Attentat de provocation et d'intimidation.

Voilà à peu près le programme de cette spécialisation.

- Oui. Je le connais.

- Pourquoi cette prédilection pour les explosifs ?

- Ce sont les armes des terroristes. Il faut les connaître.

- Vous n'apprenez pas à s'en défendre mais à s'en servir.

C'est vous qui avez besoin de terroristes. Pourquoi ?

Que voulez-vous en faire ?

- Bonjour, monsieur le recteur.

C'est grave ?

- Vous connaissez Enrique Macchi ?

Vous le connaissez. Vous vous rencontriez chaque semaine

dans une de ses boîtes de nuit.

Vous le connaissez parfaitement, et nous aussi.

Ancien étudiant en sciences économiques.

Il n'a jamais passé sa licence,

mais il avait organisé le premier groupe fasciste à l'université.

Il ouvre trois boîtes de nuit.

Il a une liaison avec une certaine Joanna,

qui a une Volkswagen rouge et qui est la secrétaire de l'attaché culturel

de l'ambassade américaine. - Vous en savez plus que moi.

- C'est pas possible.

À l'ambassade, vous avez un fichier très complet.

- C'est de la mythologie. - Mais vous savez qu'il est fasciste.

- Nous ne parlons pas politique. - Tiens !

De quoi parliez-vous, chaque semaine ? De femmes ?

- Pourquoi pas ?

- C'est pour ça que vous le payez ?

- C'est pas très gentil, pour un homme qui vieillit.

Je ne l'ai jamais payé.

- Enrique Macchi et son organisation fasciste coûtent cher.

Ses membres sont des frappes, des truands,

des professionnels de la violence. Leurs services coûtent cher.

- Peut-être. Je ne les ai jamais payés.

- M. Macchi s'occupe de l'achat des voitures

de l'ambassade et des autres missions américaines.

- On n'écrit pas un roman sur l'achat de voitures !

- C'est un moyen de financer un provocateur.

Pourquoi, monsieur Santore ? À quoi vous servent ces gens-là ?

- Qu'un policier fréquente une boîte de nuit ne prouve rien.

Et que je l'aie fréquenté

ne prouve rien non plus. - Naturellement.

Pas plus que de fréquenter un photographe.

Vous connaissez Bardez ?

Vous le connaissez très bien, et nous aussi.

L'ex-agent Bardez, expulsé de la police pour vol.

Tous les journaux en ont parlé. Bardez,

devenu photographe, peut continuer ses activités,

toujours avec l'appui de la police, mais sans plus la compromettre.

C'est le principe de l'Escadron de la mort :

l'élimination des adversaires sans problèmes de Constitution, de lois,

de tribunaux.

Le capitaine Lopez, pour la police, est assisté de Fontana,

le capitaine Rigi, marine,

le colonel Gonzales, armée,

le commandant Piñatores, aviation,

et Bardez, l'homme de confiance de votre prédécesseur, Robert Bain.

À quoi sert, M. Santore, cet état-major clandestin ?

Cette organisation de tueurs en dehors du service ?

Que voulez-vous en faire ?

Que vont-ils faire, à l'avenir ?

- Votre fils est là ?

- Qu'est-ce que vous voulez ? - Police. Venez.

- Il n'a rien fait. Il ne s'occupe plus de politique.

On vient juste de le libérer de prison.

- Justement. Nous ne sommes pas d'accord.

…

- Alors, tu le connais ? - Non, je ne le connais pas.

- Tu ne le connais pas ? - Non.

- Mais tu te reconnais ?

- Non !

- Tu ne le connais pas, hein ? - Non !

Non !

Non !

Non !

Non !

Non !

Non !

Non !

…

- Ceux-là,

ce sont des Tupamaros.

Vas-y.

- C'est vous, les Martiera ? - Oui.

*- Sortez tous. C'est une simple vérification.

Que tout le monde sorte, s'il vous plaît.

Attention. Je répète.

Quiconque se trouve à l'intérieur du Seccional n° 20

est invité à sortir immédiatement.

- Vous n'êtes pas un fonctionnaire quelconque.

Vous n'êtes ni un petit employé, ni un simple spécialiste.

Vous êtes un dirigeant.

Vous avez dirigé la police de Belo Horizonte, au Brésil,

la police de Saint-Domingue et la nôtre.

Vous faites cela directement,

et par les hommes que vous envoyez à Washington,

où ils apprennent entre autres à trahir leur pays.

Vous déclarez défendre la liberté et la démocratie.

Vos méthodes sont la guerre, le fascisme, la torture.

Vous êtes bien d'accord ?

- Vous êtes des subversifs, des communistes.

Vous voulez détruire les fondements de notre civilisation chrétienne,

l'existence même du monde libre.

Vous êtes un ennemi qu'il faut combattre à tout prix.

- Nous n'avons plus rien à nous dire. - En effet.

Je voudrais savoir.

Pour quel type de civilisation croyez-vous combattre ?

- Vraiment ?

C'est une faiblesse.

Une civilisation où les gens comme vous n'auraient pas lieu d'être.

*- Communiqué numéro 3.

"M. Fernando Campos,

"consul du Brésil,

"est et s'est révélé être le digne représentant

"de la dictature carnassière du Brésil.

"M. Philip Michael Santore,

"citoyen des États-Unis et fonctionnaire de l'AID,

"est et s'est révélé être, au cours des interrogatoires,

"responsable, dans notre pays et dans d'autres pays d'Amérique latine,

"d'une organisation qui,

"parallèlement à la police et sous la couverture de celle-ci,

"se livre à des activités d'espionnage et de répression,

"faisant appel à des méthodes qui prévoient l'assassinat politique

"et la torture.

"Au cas où le gouvernement déciderait de décliner notre proposition

"de libérer tous les prisonniers politiques,

"tant détenus que prévenus,

"justice sera faite."

- C'est cette maison-là. - Vous êtes sûre ?

- M. le président, il faudrait recommencer à partir de la phrase :

"Je voudrais que mon peuple comprenne…"

- Très bien.

Nous en reparlerons.

Je voudrais que mon peuple

comprenne la responsabilité qui pèse sur mes épaules.

J'espère ardemment

que cette situation angoissante n'aura pas d'issue tragique.

Mais l'affaire, en dépit de ses implications internationales,

puisque les victimes sont des ressortissants étrangers,

est strictement du ressort de la police.

En tant que président de la République,

j'ai le suprême devoir de défendre le droit,

de défendre les institutions,

de défendre la justice légitime,

qui est la seule à pouvoir juger et condamner.

- Que dois-je faire ?

Attendre dans la voiture ?

- Revenez pour le déjeuner.

Bonjour, Elspeth.

- Mr Snow, s'il vous plaît ?

Police.

- Pardon ? - Police.

- M. Marquez ? - Oui. Qu'est-ce qui se passe ?

M. Snow ne connaît pas notre langue.

- Nous sommes de la police. - Il s'agit de M. Snow.

Il doit nous accompagner au commissariat. Simple formalité.

- J'appelle sa secrétaire. Elle servira d'interprète.

- Il vaut mieux n'appeler personne. Obéissez !

Les clés.

Tenez-vous tranquille pendant 10 min si vous ne voulez pas d'ennuis.

- Tout ça ne prête même plus à rire.

C'est seulement affligeant. Le gouvernement ne gouverne plus.

À une société en crise, il répond par la violence.

Mais l'autre violence, celle qu'il a lui-même déchaînée,

est bien plus intelligente.

Ce matin,

quand le ministre de l'Agriculture l'a informé d'un nouvel enlèvement,

le président de la République a convoqué d'urgence ses ministres,

des députés, des gros propriétaires.

Le ministre de l'Économie : député, banquier

et président de 4 sociétés dont 2 américaines.

Le ministre des Affaires étrangères : député, banquier,

contrôle 70 sociétés,

représente le groupe Rockefeller chez nous.

Ses sociétés possèdent 200 000 hectares.

L'ambassadeur au Vatican :

chef d'un groupe qui contrôle 85 sociétés,

dont 19 étrangères.

Ministre, propriétaire de 2 journaux.

Ancien ministre, député,

2 banques, 6 sociétés, dont 2 américaines.

Le clan Herbert, banquiers,

contrôle 300 000 hectares,

7 sociétés, dont 3 américaines.

Un député, un ministre, un ancien ministre.

D'autres banquiers,

d'autres industriels qui ont été ministres,

des ministres banquiers ou industriels,

des banquiers industriels qui seront ministres.

Et, enfin, le ministre de l'Intérieur,

le seul qui ne soit ni banquier, ni simplement riche,

et dont le rôle est de défendre les riches et les banquiers.

Pour réunir tous ces messieurs,

il s'agit de prendre une décision importante,

très importante.

Et, au point où en sont les choses, la seule et unique possible :

la démission du président

et l'échange négocié par le nouveau président.

Celle-ci pour la couverture.

- Formidable ! C'est le président. Où l'avez-vous trouvée ?

- La légende.

- Il était boxeur ?

- C'était un boxeur médiocre, catégorie poids moyen.

Il est devenu un médiocre journaliste,

puis un médiocre parlementaire.

Qui aurait pu imaginer

qu'il aurait été un président médiocre ?

- Tout le monde !

- C'est en effet une formule de pure rhétorique.

Sa biographie est prête ? - Elle est ici.

- Il n'y a qu'à attendre le communiqué officiel de la démission.

…

- C'est toi, Hugo ? - Oui.

- Qui est-ce ?

…

- Inspecteur Raballo, vous habitez toujours

avenue du 8 Octobre

avec la famille de votre frère ?

Nous sommes vos prisonniers. Soyez corrects !

- Il paraît qu'on n'a pas réussi à enlever cette balle de votre nuque.

- Les menottes.

Et maintenant, nous allons attendre Hugo.

…

- Comment ils ont fait pour trouver ?

C'est un très bon coup pour vous, ça, Lopez.

- Qui êtes-vous ?

Nous attendons les autres pour la réunion.

- Lui, c'est un vieux de la vieille, capitaine.

- Je crois bien.

Venez avec nous. Nous allons bavarder.

En attendant les autres.

…

- C'est la police. - Recule.

…

- Si on nous dit rien, comment écrire un article ?

- Qu'est-ce qui est le mieux ? Écrire ou essayer de comprendre ?

- Mesdames et messieurs, je suis à côté du commandant de la police

et du capitaine Lopez, qui a obtenu l'arrestation des séditieux.

Je vais leur poser quelques questions pour vous.

Cette capture

aura-t-elle des incidences sur le sort des hommes séquestrés ?

- Eh bien, je l'espère.

- Et de quelle façon ?

- Il est un peu tôt pour le savoir.

Évidemment, je ne crois pas

qu'ils auront l'amabilité de nous faire connaître

l'endroit ou les endroits où ils les cachent.

De toute manière, nous le leur demanderons.

- Mais je voulais vous dire…

Pensez-vous qu'ils sont censés connaître ces endroits ?

- Nous pensons qu'il s'agit du groupe qui dirige l'organisation.

- Comment vous y êtes-vous pris pour réussir ce coup de filet ?

- Comment avons-nous réussi, capitaine ?

- Avec de la patience.

- Et aussi avec un peu de chance ? - Non.

*Absolument pas.

*- Et pour obtenir des renseignements

sur les lieux de séquestration, comment procéderez-vous ?

- Préparez-vous. On part d'ici.

Ça suffit, avec ça ! Dépêchons-nous.

Préparez-vous. On s'en va, monsieur Snow.

- On s'en va. - Très bien.

- Ils sont là ? - Oui, ils sont là.

- C'est vous, Santore ? - Oui.

- Préparez-vous. On part.

- Qu'est-ce qui se passe ? - Vous aussi.

*- Communiqué numéro 4.

"Premièrement :

"en cas de délation, d'aveux extorqués, de torture

"ou de mort de nos compagnons retenus prisonniers,

"de sévères mesures de représailles seront prises.

"Les responsables des forces de répression et de l'oligarchie

"répondront de l'intégrité physique de nos compagnons.

"Deuxièmement : le délai imparti a expiré

"sans que le gouvernement ait répondu à notre offre d'échange.

"Le Mouvement de libération national a, en conséquence,

"décidé d'exécuter M. Philip Michael Santore.

"Troisièmement :

"l'exécution aura lieu 24 heures après la diffusion de ce communiqué

"et si aucune suite n'est donnée par le gouvernement à notre proposition.

*- Vous déclarez défendre la liberté.

Vos méthodes sont la guerre, le fascisme, la torture.

Vous êtes bien d'accord, monsieur Santore ?

*- Vous êtes des subversifs, des communistes.

Vous voulez détruire les fondements de notre civilisation,

l'existence même du monde libre.

Vous êtes un ennemi qu'il faut combattre à tout prix.

*- Nous n'avons plus rien à nous dire. *- En effet.

- Vous avez eu froid, cette nuit ?

- Un peu.

- Et cette blessure ?

- Ça va mieux.

- On part dans 2 heures.

- On change encore ?

- Oui.

- Et votre collègue ?

- Maintenant, c'est moi qui m'occupe de vous.

Vous pouvez écrire à votre famille.

- Je veux bien.

Vous avez des nouvelles ?

- Ils vont bien.

Attendez.

Victor, une petite table, s'il te plaît.

- Merci.

- Il est possible

qu'on vous exécute.

Nous ne comptions pas le faire et nous préférerions nous en passer.

Vous méritez la mort, mais nous préférerions une autre solution.

- Vous vouliez faire un échange ?

- Et nous le voulons toujours.

- Attendez. Ne partez pas.

Si on parlait ? Je pourrais vous être utile.

- Comment ça ?

- Non. Pas de la façon dont vous pensez.

Je connais la façon de penser des autres, leurs réactions.

C'est vital, dans une transaction.

- Si vous pouvez exercer une influence, écrivez.

Vous pouvez écrire à votre ambassadeur.

- Je vais le faire, mais expliquez-moi où vous en êtes

et ce qui est arrivé.

Il est arrivé quelque chose ?

Asseyez-vous, je vous en prie.

- Jusqu'à hier, la situation était plus ou moins équilibrée.

Hier, nous avons capturé

un autre fonctionnaire de l'AID.

- Qui ? - Un agronome.

La situation a tourné à notre avantage.

Le gouvernement devait accepter l'échange ou se démettre.

En fait, il était sur le point de se démettre.

Mais au même moment, la police a arrêté

certains de nos camarades.

- Combien ? - Quelques-uns.

- Importants ?

- Tous nos camarades sont importants. La police affirme

qu'ils sont les plus importants.

- Et c'est vrai ?

- Dans un certain sens.

- Le gouvernement ne démissionnera pas.

- Non. Il ne démissionne plus.

Il a interrompu les pourparlers qu'il a engagés avec nous.

Le ministre de l'Intérieur jubile.

- Et vous, vous avez fixé un ultimatum ?

- Oui.

- Ça ne concerne que moi ? - Vous êtes le plus responsable.

Il nous reste encore 24 heures. Vous pouvez faire quelque chose ?

- Non. Je ne crois pas.

- Votre gouvernement n'interviendra pas ?

- Étant donné la situation, non.

- Vous leur êtes plus utile mort que vivant ?

- Oui.

Je crois que oui.

Vous êtes en crise et ils en profitent.

Ils voudront vous donner le coup de grâce.

Ils vont mettre à profit ce que vous ferez.

- Ils ne le savent pas.

- J'ignore ce que vous ferez en définitive,

mais je sais ce qu'ils feront.

Ils feront exactement ce que je ferais à leur place.

C'est-à-dire rien.

- Ils ont fait venir 100 agents

du FBI des États-Unis.

- Sûrement pour protéger l'ambassade et les Américains.

Votre police n'inspire plus confiance.

Et vous, vous n'avez pas le choix.

Si vous me tuez, ce sera un geste de cruauté et d'impuissance.

Si vous ne me tuez pas, ce sera une preuve de faiblesse.

Donc d'impuissance.

- Le temps est compté. Si vous voulez écrire…

- Oui. Je vais écrire.

Pas à l'ambassadeur.

J'écris à ma femme.

- Monsieur l'ambassadeur, accordez-nous l'exclusivité.

- Qu'a décidé votre gouvernement ?

- Avez-vous reçu le message du pape ?

- Depuis 24 heures, c'est le black-out total.

- Pourquoi avez-vous vu le ministre des Affaires étrangères ?

Brouhaha

…

- Il y a quelque espoir, en ce qui concerne M. Santore ?

- Une déclaration !

- Messieurs, je vous en prie.

Le gouvernement est en train de délibérer.

Je me suis absenté pour m'entretenir avec M. l'ambassadeur des États-Unis.

Attendez. Un peu de patience, messieurs.

Après, à l'issue de la réunion,

il y aura probablement une conférence de presse.

- Depuis 24 heures…

- Monsieur le ministre, voulez-vous vraiment le sauver ?

- C'est une affaire sérieuse.

…

- Les voilà !

…

- Messieurs, vous le voyez, je tiens mes promesses.

Si vous le voulez bien, essayons de ne pas être inutilement longs.

Je tiens à vous dire tout de suite

que le gouvernement n'a pas modifié sa position.

- Voulez-vous dire

que le communiqué du ministre de l'Intérieur de l'autre jour

est toujours valable ? - Exactement.

Le communiqué du ministre

reflète toujours le point de vue de l'exécutif.

- Comme dans toute démocratie qui se respecte.

- C'est bien cela.

- Et votre point de vue personnel ?

- Je pense que le gouvernement a adopté l'unique position possible

pour défendre le principe de sa souveraineté, comme celle

des autres pays.

- Avez-vous parlé avec l'ambassadeur de l'ultimatum des séditieux ?

- À votre avis ?

- Je crois que oui. Quelle a été la réaction de l'ambassadeur ?

- Vous auriez dû mieux formuler votre question.

En tout état de cause, l'attitude de l'ambassadeur des États-Unis,

comme celle de l'ambassadeur du Brésil,

a été une attitude de compréhension et de respect

à l'égard de notre souveraineté.

Et je rappelle que la décision du pouvoir exécutif

est la seule possible.

- Monsieur, l'ultimatum expire dans environ 12 heures.

D'après les termes de cet ultimatum,

Philip Michael Santore sera exécuté.

- Quelle est la question ?

- Rien. Il n'y a pas de question.

- J'ai reçu le rapport.

- Tu es donc au courant de la situation.

Ce n'est pas un problème d'ordre sentimental.

Il n'en a jamais eu, lui. C'est un problème d'ordre politique.

C'est oui ou non ?

- Ah, je sais pas trop. Le bonhomme, je m'en fous.

Mais je sais pas trop ce qu'il vaut mieux pour nous autres.

- Il n'y a pas que nous, en Amérique latine. Tu comprends ?

Si on l'exécute, toute la presse, toutes les télévisions,

toutes les radios parleront de ses 7 gosses.

Si on le tue pas, ça renforcera les gouvernements

et ça affaiblira les révolutionnaires.

Nous avons mis en marche un mécanisme révolutionnaire,

sans être capables ni de le faire respecter,

ni de le respecter nous-mêmes jusqu'au bout.

- Il aurait fallu y penser avant.

- C'est parce que nous y avons pensé que nous vous consultons tous.

C'est oui ou non ?

- C'est oui.

…

- J'ai reçu le rapport. - Tu es au courant de la situation.

Ce n'est pas un problème d'ordre sentimental. Il n'en a jamais eu.

Il s'agit d'un problème politique.

C'est oui ou non ?

- Oui.

- J'ai reçu le rapport.

- Tu es au courant de la situation.

Ce n'est pas un problème d'ordre sentimental. Il n'en a jamais eu.

Il s'agit d'un problème politique.

C'est oui ou non ?

- J'avais pensé qu'on… - C'est expliqué dans le rapport.

Oui ou non ? - Oui.

- J'ai reçu le rapport.

- Tu es au courant de la situation.

Ce n'est pas un problème d'ordre sentimental. Il n'en a jamais eu.

Il s'agit d'un problème politique. C'est oui ou non ?

- Non.

- J'ai reçu le rapport.

- Tu es donc au courant.

Ce n'est pas un problème d'ordre sentimental. Il n'en a jamais eu.

C'est un problème d'ordre politique.

C'est oui ou non ? - C'est oui.

Et les deux autres prisonniers ?

- Ils n'ont pas une responsabilité directe.

L'agronome est un brave type.

Nous les libérerons dans quelque temps.

Une majorité de oui.

- Chez nous aussi.

- Chez nous aussi.

- Unanimité de oui.

- Et chez vous ?

- Une majorité.

- Bon. Dépêchons-nous. On a peu de temps.

Orgue

…

…

Sous-titrage : Éclair Media

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