All language subtitles for Joan.the.Maid.2.The.Prisons.1994.FRENCH.1080p.BluRay.H264.AAC-VXT.fre

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Original subtitles

Musique orchestrale

- Le lendemain matin, dimanche 8 mai 1429,

les Anglais levèrent leur siège et se mirent en bataille.

Nous sortîmes alors, à grande puissance, avec la Pucelle,

gens de guerre et habitants d'Orléans.

Nous nous rangeâmes devant eux,

en bataille ordonnée.

La Pucelle défendit de faire assaut aux Anglais

pour l'amour du Saint Dimanche.

Nous restâmes face à face, sans nous toucher, plus d'une heure.

L'heure passée, les Anglais s'en allèrent,

bien rangés,

dans leur place forte de Beaugency et de Jargeau.

Ils levèrent totalement le siège tenu devant Orléans

depuis le 12 octobre 1428 jusqu'à ce jour-là.

Alors, nous allâmes trouver le roi dans son château de Loches.

- La Normandie est mûre.

Les Anglais y sont en grande puissance, mais ils doutent.

Un coup de pied un peu fort dispersera la fourmilière.

- Un coup de pied un peu fort ?

Les peuples sont harassés de souffrances.

Ne serait-il pas plus sage d'offrir une trêve à la Bourgogne ?

- Tu me traites de fou ?

- Je suis un homme de guerre comme toi, mais la paix est parfois préférable.

- Tu en parles à ton aise.

Tu n'as ni perdu de terres, ni laissé de châteaux à l'ennemi.

Tu n'as pas langui six ans dans les prisons anglaises.

- Il y a un temps pour la colère

et un temps pour la sagesse. J'approuve Gaucourt.

Faisons paix avec la Bourgogne.

Il faut que cette page sanglante soit tournée.

- La paix avec la Bourgogne, ha !

Vous l'arracherez au bout de la lance.

- Jeune fille, vous aimez trop les armes.

- Qui va la faire taire ?

- Je n'entends pas les questions, mais je vais y répondre.

J'ai placé Jeanne à ma droite,

car elle a agi à sa façon et qu'elle est qui elle est.

Je l'ai anoblie, elle et sa famille,

de chevalerie transmissible en lignée féminine et masculine.

Et elle a le droit de parler comme vous.

Quelqu'un y trouve à redire ?

Continue.

- Je disais que tout le monde doit désirer la paix.

Car tout le monde a beaucoup à y gagner, par-dessus tout, le duc de Bourgogne.

Nous avons beaucoup à gagner d'une paix avec le duc.

- La Trémouille a raison, Sire. Le courage des Anglais est tombé.

Leur fortune commence à tourner.

Philippe ne peut plus les voir du même œil.

Sans me vanter, je suis bien placé pour savoir qu'il accepterait une trêve.

Il serait bon de la lui proposer.

- Une trêve ?

Mais dans quel but ?

Philippe me hait.

Et avec de bonnes raisons.

Des raisons de sang.

On dirait que vous l'oubliez. - Les hommes sont variables,

Sire.

Même les princes.

Peut-être qu'il ne vous aime pas, mais il vous respecte.

Il fut un temps...

- On s'égare. Il est trop tôt pour une trêve.

Et encore plus pour la paix.

L'avantage acquis est précaire.

L'Anglais est blessé, mais encore puissant.

C'est dans les villes féales de Bourgogne qu'il s'est retiré.

Là, il va s'y renforcer.

Et s'il le peut, revenir réclamer son butin.

Il faut commencer par le déloger.

- Oui, c'est bien dit.

Ainsi, je te nomme chef des armées pour la campagne de Loire.

Toi, mon cher Alençon,

car ta hargne est décuplée par les maux endurés en captivité.

Et car tu es le plus proche de mon cœur.

- Il n'est pas en France depuis 3 mois.

- Assez ! Taisez-vous ! Suis-je roi à la cour des miracles ?

- Gentil Dauphin, vous n'êtes pas roi du tout.

Et vous,

vous vous trompez tous.

Vous parlez de Normandie, de Bourgogne,

de trêve, de paix.

Vous ne pensez pas à la couronne.

Gentil Dauphin, vous serez roi quand vous aurez été sacré à Reims.

Pas avant.

- Reims...

Reims...

Vous voulez qu'on traverse la Bourgogne,

qu'on aille provoquer Philippe ?

- Je veux Reims.

- Jeanne.

Avant Reims, il faut soumettre Auxerre, Troyes et d'autres.

- Jeanne...

Que réponds-tu ?

- D'abord, la couronne.

Quand vous aurez été sacré, qui parlera d'Henri de France et d'Angleterre ?

Personne.

Qui pourra vous nuire sans offenser Dieu ?

Personne.

Ni régent d'Angleterre, ni duc de Bourgogne.

Personne.

Et leur puissance diminuera toujours.

Et la vôtre grandira toujours.

- Et la Normandie... - Non.

Elle a raison. - l'homme de guerre reprend le pas ?

- Tu n'as jamais changé de pensée ?

- Je veux y réfléchir.

- Monseigneur le duc d'Alençon avait hâte de combattre.

Car ayant été emprisonné par les Anglais à la bataille de Verneuil,

et ayant passé six ans en captivité,

il avait juré de ne pas combattre tant que sa rançon ne serait pas payée.

On m'a dit que le montant de cette rançon,

qui ne fut soldée qu'après la bataille d'Orléans,

s'élevait à 80000 saluts d'or.

- Qu'y a-t-il, Nicolas ? - J'ai rien cassé.

- Va dire à ma belle dame que Jeanne est arrivée.

Vite !

- Jeanne la Pucelle ?

- Jeanne la Pucelle, oui.

- Voilà le reste de ma vaisselle d'argent.

J'ai tout monnayé pour payer ma rançon.

C'est qu'il en faut des forêts...

des assiettes pour payer 200000 écus d'or.

Mais je suis libre.

Sans forfaire à l'honneur, je peux te suivre.

- Je m'appelle Jeanne, moi aussi. Jeanne d'Orléans.

Comme vous, on dirait.

Mon père aurait aimé vous avoir pour fille.

La nuit, parfois, il me vient à penser que je ne le verrai plus,

qu'il va mourir en captivité.

- Dans les prochaines batailles,

on emprisonnera un tas de seigneurs anglais.

Et on échangera cette cargaison contre le bon duc.

S'il le faut, j'irai moi-même le chercher en Angleterre.

- Mais d'abord, Jargeau...

Beaugency...

Notre-Dame de Cléry... Vendôme...

Vendôme...

- S'il n'était que de mon conseil, on serait déjà en route.

- Déjà ? Nous avons été séparés si longtemps.

J'ai si peur qu'il ne soit repris au combat.

Si je devais vivre encore six années sans toi, j'en mourrais.

Pourriez-vous le laisser encore avec moi ? Juste un peu.

- Dame, n'ayez crainte.

Je vous le rendrai sain et sauf, et en tel état.

Ou même, en meilleur qu'il n'est.

- Monsieur Jacques Boucher d'Orléans est là.

Il veut parler à Mme Jeanne.

- Jeanne...

Ma femme prie pour toi matin et soir.

Charlotte veut que je lui achète un cheval.

Et notre servante, Hermine...

Tu te souviens d'elle ?

Elle m'a supplié de te remettre ça.

J'ignore ce que c'est.

Quant à celui-là,

c'est de la part des habitants d'Orléans.

(Hop là !)

- Des feuilles d'ortie... L'emblème de la livrée d'Orléans.

Moi-même et tous ceux de la ville,

croyons que si tu ne nous avais pas aidés,

nous aurions vite été à la merci et au pouvoir des assiégeants.

- C'est doux.

Noble Dauphin,

ne tenez plus tant, ni si longuement conseil.

Venez le plus tôt possible à Reims pour recevoir une digne couronne.

- C'est ton conseil qui te le dit ? - Oui.

Mon conseil me tourmente avec ça. - Jeanne...

Comment fait ton conseil quand il te parle ?

Ne pourrais-tu le dire ici, devant le roi ?

En nom Dieu,

je sais à quoi vous pensez.

Je vous le dirai.

- Me le diras-tu devant eux ?

- Oui, Sire.

Quand quelque chose ne va pas,

quand on ne veut pas s'en remettre à moi de ce qui m'est dit par Dieu,

je me retire et je prie.

Je me plains à lui que ceux à qui je parle

ne me croient pas facilement.

Quand j'ai fait ma prière, j'entends une voix qui me dit :

"Fille-Dieu, va...

"Va, va, va...

"Je serai à ton aide. Va."

Quand j'entends cette voix, j'ai une grande joie.

Je voudrais l'entendre toujours.

- Reims !

C'est ton conseil qui a raison.

Je vais le dire au mien.

- Le lendemain, nous allâmes vers Beaugency.

Là, une attaque fut menée contre les Anglais.

Après l'attaque, ils fuirent la ville et entrèrent dans le château.

Nous étions devant le château quand nous entendîmes dire

que le seigneur connétable Arthur de Richemont

venait de Bretagne avec des soldats.

- Alençon, prends-le comme tu veux...

J'ai décidé de secourir le roi.

- Eh bien, connétable, on ne veut pas de ton secours.

Repars comme tu es venu. Et vite,

ou tu le regretteras.

- Quand j'ai pris une décision, rien, ni personne ne peut m'arrêter.

Ni toi, ni un autre !

- Pourquoi le refuses-tu ?

- Le roi le hait. Et je le hais, car j'aime le roi.

- Le roi, j'étais son favori

quand tu étais encore dans ta coquille, oisillon !

- Et pourquoi ne l'es-tu plus ?

- Demande-le plutôt à cet intrigant, à ce courtisan,

à ce beau parleur, à cette ordure de La Trémouille.

- Pour moi, c'est terminé. - Attends.

- Connétable, êtes-vous venu seul ?

- Seul ? Je suis peut-être en disgrâce, mais j'ai encore des compagnons.

J'apporte 600 lances et 400 archers.

- Cela mérite réflexion.

Talbot et Fastolfe arrivent vers nous avec plus de mille hommes d'armes.

Il faut s'entraider.

- Pas avec lui. Viens, c'est un ordre.

Ou je te le jure, je lève le siège à l'instant.

- Déguisée.

Il fallait que je voie ça un jour.

- Connétable,

tu prétends aider le Dauphin ?

Tu es venu malgré ses ordres. Que cherches-tu ?

- Le roi... Celui que tu appelles, le Dauphin...

il m'a déjà envoyé un émissaire. Un monsieur Je-ne-sais-pas-qui

pour me dire de rentrer chez moi.

Je te donne la même réponse qu'à lui. - Je t'écoute.

- Ce que je fais, c'est pour le bien du royaume.

Et on verra qui me veut combattre.

- Pas très courtois comme réponse. - Je suis déjà

courtois de te parler.

Je ne sais même pas ce que tu es.

Les uns disent que tu es de Dieu,

les autres, du Diable.

Voilà ce que je te dis...

Si tu es de Dieu, je n'ai rien à craindre de toi

parce que Dieu sait mon bon vouloir. Et si tu es

du Diable, je te crains moins encore.

- Beau connétable... Ce n'est pas moi qui t'ai demandé de venir.

Mais parce que tu es là, sois le bienvenu.

- Mais peu de temps après, ayant appris que le roi ne souffrirait pas

sa présence à la cérémonie du sacre,

le connétable rassembla ses troupes et repartit.

Après la prise de Beaugency,

alors que nous étions devant Jargeau,

Jeanne a dit au duc d'Alençon, alors à une certaine place :

"Retire-toi de là,

"car si tu ne t'en vas pas, cette machine, dans la ville, te tuera."

Elle lui montra la machine qui était une catapulte.

Le duc se retira.

Aussitôt, je vis en cette place quelqu'un qui y fut tué.

J'entendis dire qu'il s'appelait monseigneur du Lude.

(Accent anglais) - De par mon seigneur, Sir John Talbot,

voici ce que j'ai à dire :

"Si vous avez la hardiesse de descendre vers nous,

"trois chevaliers vous combattront,

"pour votre honte et votre grand dommage."

- Allez vous coucher tranquillement, car il est tard.

Mais demain, au plaisir de Dieu et de Notre Dame,

nous vous verrons de plus près.

Demain, ayez tous de bons éperons.

- Que veux-tu dire ? Nous allons leur tourner

le dos ? - Non, nous allons leur courir après.

- Nous manquons de chevaux. Ils en ont trois fois plus que nous.

- Je dis que Dieu nous les a envoyés pour que nous les punissions.

Même s'ils étaient suspendus au ciel, ils seraient nôtres.

- Le lendemain,

dix-huitième jour de juin de l'année 1429,

l'armée anglaise, conduite par Fastolfe et Talbot,

se rassembla hors de la ville de Meung en ordonnance de bataille

et gagna les champs en direction de Patay.

Raidement, nous les suivîmes, mais à cause des hautes haies,

nous ne pouvions savoir où ils se trouvaient.

Quand nos avant-coureurs virent un cerf partir hors des bois,

qui s'en alla se jeter dans une compagnie anglaise

où il s'éleva un cri, car ils ignoraient que nous étions si près d'eux.

En entendant ce cri,

les coureurs français allèrent tout raconter à leurs capitaines.

Nous chevauchâmes tant que nous vîmes tout à plein les Anglais.

Quand ils virent les Français approcher,

ils se hâtèrent de rejoindre leur avant-garde.

Ceux-ci crurent que tout était perdu.

Aussi, le capitaine prit la fuite

et Fastolfe, connaissant que tout allait très mal,

eut l'idée de se sauver.

Les français avaient jeté à terre Talbot, l'avait capturé

et tous ses gens étaient morts.

On était déjà si avant qu'on pouvait à volonté

prendre ou tuer qui bon nous semblait.

On en tua plus de 2000.

Et nous n'eûmes à déplorer que trois morts.

Ainsi fut notre victoire au lieu de Patay

où nous passâmes la nuit,

remerciant Notre Seigneur.

- Garrau, tu veux une épée ? - Debout ! Je t'ai à l'œil.

Avance !

Avance ! C'est ton Falstofe

qui t'a appris à marcher comme ça ? Avance !

Il va y aller tout droit !

- Dieu aura pitié de toi.

Il sait pardonner.

Mon père ! Mon père !

Vite ! il faut sauver son âme.

- Je veux bien lui donner l'absolution, mais il est mort.

- Donne-lui quand même. Il faut sauver son âme.

- Non !

Celui-là, tu l'emmèneras pas. - Oh, que si !

C'est ma prise : le vivant et le mort. - En nom Dieu,

tu l'emmèneras pas.

- En quel honneur ? - Car tu as tué l'autre.

- J'ai dû me tromper d'heure. Si je l'avais tué pendant l'assaut,

j'aurais eu ma récompense. Tant pis !

Il est à moi, c'est mon bien. Pas vrai, les gars,

que je vais le prendre ? - En nom Dieu, tu le prendras pas.

Il reste avec moi.

- Je le prends et c'est tout.

- C'est moi qui le prends.

- Alors, je vais lui faire son affaire à lui aussi.

- Moi, je sais pas tuer le bétail, mais je peux te casser la gueule.

- Nous fîmes enfin chemin vers Reims.

Ceux d'Auxerre nous laissèrent passer.

Mais nous fûmes obligés de faire siège devant Troyes.

Le conseil du roi était divisé et l'on se demandait quoi faire.

Nous n'avions plus de vivres

et nos soldats étaient prêts à se retirer.

- Serai-je crue en ce que je dirai ? - Oui, selon ce que tu diras, Pucelle.

- Gentil Dauphin, ordonnez l'assaut.

Depuis quatre jours, vos hommes attendent devant la ville.

Ordonnez l'assaut.

Et je vous ferai entrer dans la ville, par amour ou par force et courage.

- Quand tu le dis, ça semble facile.

Tu sais me faire entendre ta raison. - Elle me vient de Dieu.

- Ne crains-tu jamais rien ?

- Je ne crains rien, si ce n'est la trahison.

- Jeanne, si j'étais certain qu'un seul assaut suffise à gagner la ville,

j'en donne l'ordre aussitôt. Je sais que les hommes d'armes ont faim.

- Oui. Depuis une semaine, ils arrachent le blé et le mangent en épi.

L'inaction les affame encore plus.

Il faut agir et faire bouger le peu d'artillerie qu'on a.

Il faut la déplacer, la montrer.

Il faut faire des fagots,

dresser des poutres, des échelles, des claies.

- Ainsi fut fait.

Et la ville se rendit sans combat et vint offrir ses clés au roi.

Et le 17 du mois de juillet, nous étions dans la ville de Reims.

Musique majestueuse

Chant liturgique

Chant liturgique

Musique orchestrale

- VIVE LE ROI !

- Messieurs de Bourgogne, qu'avez-vous pensé de la cérémonie ?

Un peu improvisée, je vous l'accorde...

mais vous connaissez les circonstances, que je regrette autant que vous.

- Jeanne... Allons, lève-toi.

- Gentil roi,

c'est fait.

La plaisir de Dieu est exécuté.

Il voulait que je lève le siège devant Orléans

et que je vous amène en la cité de Reims

pour recevoir votre saint sacre.

J'ai montré que vous êtes le vrai roi, celui du royaume de Dieu.

- Jeanne...

Relève-toi, je t'en prie.

- Puis, l'armée royale se remit en chemin vers Paris

et les bourgeois de Soissons, ceux de Laon,

apportèrent au roi leurs clés.

Et Château-Thierry, Crécy-en-Brie, Provins et plusieurs autres villes,

se remirent en son obéissance.

Cependant, l'armée anglaise se renforçait.

Et elle se mit en marche vers Senlis.

Le lundi, quinzième jour de ce mois d'août 1429,

près de Montépilloy,

la Pucelle vint frapper à la fortification des Anglais

et leur manda que s'ils voulaient sortir pour donner la bataille,

nos gens se reculeraient pour qu'ils se mettent en ordonnance.

Ils ne voulurent rien en faire.

Tout le jour, nous fûmes à portée d'une couleuvrine,

sans combattre.

La nuit vint, alors, nous rentrâmes en notre logis.

Le lendemain, nous apprîmes que l'ennemi s'en retournait vers Paris.

Nous dressâmes notre camp au lieu-dit La Chapelle.

Il en a moins perdu que moi.

- De temps ? - Non, des dents.

- Je croyais que vous parliez de Raymond. - Quand on parle du loup...

- Œil pour œil !

Tête Noire m'avait volé un écu et dix sous.

Je lui ai pris sa ceinture. - Raymond.

J'en ai assez de toi. T'es jamais là quand il faut.

T'es un méchant garçon.

C'est pas le jour pour te venger.

Louis, c'est toi qui vas m'armer.

- Jeanne...

C'est gagné.

Messieurs...

C'est gagné.

Le roi vient à nous.

Il a dîné à Compiègne, il sera ce soir à Saint-Denis.

- Pas trop tôt !

Dix jours qu'on escarmouche devant Paris en attendant son bon vouloir.

- Le roi... Elle le mettra ce soir dans Paris,

s'il ne tient qu'à lui.

- On va se battre !

J'en ai plein le cul...

Ces villes qui s'offrent comme des putes,

ces armées qui se dérobent.

- J'ai dû le voir cinq fois, notre gentil sire,

avant qu'il fasse cas de nous.

Je n'y croyais plus.

- Étrange...

On lui livre le royaume pièce à pièce

et ça semble le déranger.

Qu'est-ce qu'il a ? - Je ne sais pas.

- Trêve de question,

Paris, à nous deux !

- On sait comment est faite cette cité.

Son point faible, c'est la porte Saint-Honoré.

- Donne l'ordre, on la prend.

- Gentil duc, faites appareiller vos hommes.

Je veux voir Paris d'au plus près.

J'ai besoin de vous.

Mon père, ils veulent une vaillance d'armes.

Je veux aller plus loin. Je veux passer les fossés de Paris.

- Aujourd'hui ?

- Je le sais... Le jour de la Nativité de Notre Dame.

Dieu me pardonnera.

- Regarde-toi bien. C'est un grave péché de se battre un jour saint.

Mais un plus grave encore d'agir contre sa pensée.

- J'ai choisi.

- Tu es toute pâle.

- J'ai prié ce matin.

Terriblement.

J'ai eu mes voix. Elles m'ont pas interdit de combattre.

- Elles t'ont dit de combattre ?

- Elles m'ont dit plein de choses.

Plein de choses bonnes. Plein de choses douces.

- Pourquoi pleures-tu ? - Car je voulais pas de compliments.

Je voulais un commandement, un ordre.

Et rien... Rien.

Ni pour, ni contre.

Avant, c'était clair.

C'était simple.

Orléans, et puis Reims. Et maintenant ?

Maintenant quoi ?

- Tu veux attendre demain ?

Un mot de toi, ils s'arrêtent. - Non, je veux Paris.

C'est le cœur du royaume. On est là pour ça. Moi, la première.

- Que veux-tu de moi ?

- Ton absolution... ta bénédiction.

- Tu les as.

Ça va aller.

- Jeanne... - Oui ?

- Tu as été une bonne ouvrière du Bon Dieu.

Tu n'as pris aucun repos depuis trois mois. Penses-y maintenant.

- Après Paris.

Beau maréchal, tu as quitté le ciel des yeux.

Ce que tu as vu sur Terre t'a déplu ?

- Souci d'intendance.

On blâme ma folie.

J'ai trop de richesses.

Si je ne peux pas dilapider un peu, comment je gagnerai le paradis ?

- Ne joue pas.

Le roi vient à nous. Tu es le seul à ne pas te réjouir.

- Je ne sais pas quoi en penser.

Tout ce qui se passe, c'est l'œuvre de mon oncle,

La Trémouille.

C'est un gros tas...

Mais il a le sens des réalités et l'oreille du roi.

- Bon... Tu sais quelque chose. Dis-le.

- Notre bel archevêque Regnault a rencontré Philippe le Bon

pour signer une trêve avec Bourgogne.

- Si le roi veut faire trêve, pourquoi vient-il à Saint-Denis ?

- C'est clair...

Quoi qu'il advienne aujourd'hui, sa gloire est sauve.

- Quoi qu'il advienne ?

- Si nous prenons Paris aujourd'hui, ce que Dieu veuille,

notre sire, le Bien-Servi, sera ce soir le victorieux,

car il approche de la ville. - Attention à ce que tu dis.

- Je dis ce que je pense... et que c'est bien joué.

Si par malheur, on ne prend pas Paris...

- On le prendra. Ne doute pas.

- Je dis : si... Si par malheur, on ne prend pas Paris,

alors le roi n'est pas avec nous,

mais seulement... pas loin de nous.

Et notre échec ne sera pas le sien.

- Ce n'est pas vrai.

Il n'est pas tel que vous le dites.

- Qu'importe !

Livrons-lui Paris... et les mots seront vains.

- Je préfère te voir comme ça.

Oui. On va lui donner Paris.

Ce ne sera pas une trêve. Ce sera la paix.

Une bonne paix ferme. Armagnac et Bourgogne alliés.

Et les Anglais n'auront plus qu'à décamper.

Et moi, je me reposerai... Je me reposerai...

- Je vais rester sur la butte Saint Roch. De là, je vois la porte Montmartre,

la porte Saint-Denis et s'ils voulaient vous prendre

à revers...

- Mes hommes sont à la porte Saint-Honoré.

On donne l'assaut quand tu veux.

- Jeanne, tu te joins à lui ?

- Non. Moi, je vais par là.

Je veux défaire ces avant-postes.

Je veux passer les fossés. Je veux voir les murs de plus près.

- Les deux guérites ?

Vous vous battez bien, mais vous l'emporterez pas seule.

Et nous mîmes pied à terre,

Jeanne et quelques d'autres avec moi,

pour prendre d'assaut ces avant-postes

et aller voir la ville de près.

- Tu disais : le point faible de Paris... C'est ça ?

- Tant bat-on place qu'elle est prise, comme on dit.

- Ouais... Et tant va le pot à l'eau qu'il brise.

- La Hire !

- Rendez-vous au Roi

du Ciel !

Faites obéissance au roi Charles !

Emmenez-le. Je garde son épée.

- Viens. Voyons voir l'autre côté.

- Quel côté ?

- Marche, tu le sauras.

- Ils deviennent fous. Y en a au moins mille.

- Allez, courage ! On va voir le Louvre, mon vieux.

- Je l'aurais parié.

- On doit passer. Donne-moi mon étendard.

- On voit pas le fond. - Donne-le-moi.

- Gare, ça glisse !

- Rendez la ville au roi de France !

Ou nous entrerons par force !

- Essaie toujours, idolâtre ! - Va frire au diable !

- Rendez-vous, de par Jésus !

Nous entrerons

avant la nuit. Vous serez tous mis à mort.

- Antéchrist !

- Antéchrist, vous-mêmes !

Renégats !

- Quelques fagots. Des claies. Des planches.

On fait un pont.

On passe.

- Un pont, tu veux rire ? C'est profond comme la mer.

- On passe, je vous dis. Jetez des charrettes.

- Jeanne !

En arrière...

- Qu'attendez-vous ? Des charrettes, vite !

- On va le faire, mais ne reste pas là !

- Que le roi se montre seulement et la ville est à nous.

Amenez-en d'autres.

- Louis, va chercher un cheval.

Et emmène-le au plus près.

Venez.

Emmenez-la.

- Le roi est venu. Il a tout vu depuis la butte Montmartre.

Il est parti en conseillant la retraite.

- Tu en veux un peu ?

C'est bon et ça donne des forces.

Tu veux le chirurgien ?

- Non, ça va.

- Tu voulais me voir ? Comment te sens-tu ?

- Assez forte pour monter en selle. Je pars pas avant d'avoir eu la ville.

- Tu es faible. Attendons demain.

- Ni demain, ni après-demain. Maintenant.

Ils ne perdent pas courage ?

- Non, ils sont furieux.

Ils ne comprennent pas l'absence du roi. - Laisse le roi tranquille.

Laissez-le.

Il prie pour nous.

Soyez-en sûrs.

- Les Bourguignons !

- Duc d'Alençon, je viens te voir.

- Montmorency,

que fais-tu ici, renégat ?

- Nous venons humblement faire pleine et entière soumission

à notre seigneur Charles le Septième,

seul roi de France.

- Messieurs, d'où venez-vous ?

- De Paris.

Demander l'oubli et le pardon des crimes,

fautes et délits que nous avons commis en soutenant

Henri de Lancastre, qui se dit roi de France et d'Angleterre.

- Le pardon, peut-être... L'oubli ? Le roi n'oublie pas.

- Parle-lui poliment.

- En témoignage de bon vouloir, nous réclamons

l'honneur d'être du prochain assaut.

- Soyez le très bienvenu.

Musique de suspense

- Messieurs, ordre du roi !

Lis.

- "À nos chers et bien-aimés princes, capitaines et hommes d'armes,

"assemblés devant Paris pour fait de guerre...

"Nous connaissons, à notre déplaisir, que certains de l'armée royale,

"ont pris sur eux d'essayer une vaillance d'armes contre Paris,

"sans considérer que ladite ville

"est soumise à notre cher et bien-aimé cousin,

"Philippe, duc de Bourgogne."

- "Cher et bien-aimé cousin ?" - Silence !

- "Ce matin, il nous a envoyé un sien héraut

"pour affermir la trêve consentie avec nous ce 28e jour du mois dernier.

"Et pour que ne soit pas faussée notre parole royale,

"nous ordonnons qu'il soit fait abstinence de toute guerre

"contre ladite ville.

"Et nous ordonnons à tous les princes, capitaines et hommes d'armes,

"qu'ils s'en reviennent vers nous avec leurs habillements de guerre.

"Faute de quoi seraient déclarés félons et traîtres envers nous.

"Donné en l'abbaye de Saint-Denis,

"le neuvième jour de ce mois de septembre

"et scellé de notre sceau royal."

- Gaucourt...

Que répond-on à ça ?

- Messieurs, vous direz à notre sire que les capitaines vous suivent.

Le temps de rassembler nos hommes.

- Jeanne...

- Tu m'as fait peur.

- Adieu, Jeanne.

Je pars avec lui... et tous ceux qui voudront.

- Où irez-vous ?

- En Normandie. Pour nous, c'est se battre ou crever.

- Et la trêve ? - Nous, on connaît pas ce mot.

- Ceux qui la font, on les met tous dans le même sac.

- Et ceux qui la respectent avec.

- Nous, on n'est pas du conseil de la cour.

On est de l'exploit des champs. - Comme il dit.

Par mon bâton... On a fait des belles batailles avec toi.

Personne avait jamais vu ça.

- Adieu, Jeanne.

- Adieu, mes bons guerriers.

Tu rentres chez toi ?

- Je repasse par Orléans.

J'y ai commandé un mystère en l'honneur de notre fait d'armes.

C'est plus cher que prévu. Tout est plus cher que prévu.

Tu n'as pas très bonne mine.

C'est vrai, tu n'es pas un ange après tout.

- Je te l'ai toujours dit. - Oui.

Oui, mais je me sens tout de même volé. Tu as changé.

- Je crois pas.

- Alors, c'est moi. Adieu.

- Toi aussi ? - Moi aussi.

Je pars.

- Tu vas pas combattre les Anglais ? - Non. Je laisse ça aux soudards.

- Viens plutôt avec nous.

- Ceux qui vont avec le roi aiment se laisser tromper.

Je ne veux pas qu'on dise du deuxième duc d'Alençon qu'il est imbécile.

Je pars seul.

Je vais retrouver l'autre Jeanne, ma femme.

- Elle verra que j'ai tenu parole.

Mon beau duc, j'ai peur de ne plus vous revoir.

De ne plus revoir personne.

- Le ciel le sait.

Adieu, Jeanne.

- Partons nous aussi.

Saint Denis,

protecteur de la France,

recevez ces armes.

Cette épée, je l'ai prise à l'ennemi.

Cette cuirasse, je l'ai portée dans tous mes combats.

Faites que ceux qui m'attendent, je les tourne en victoires.

Faites qu'on me laisse encore œuvrer.

Faites revenir mon roi vers nous, qui travaillons pour lui.

- Le 21e jour de septembre de cette année 1429,

à Gien, le roi ordonna de dissoudre la belle armée du sacre

et força les capitaines à ne plus combattre.

Ainsi,

furent le vouloir de la Pucelle et l'armée du roi...

rompus.

Jeanne demeura avec le roi au château de Sully-sur-Loire,

domaine du seigneur de la Trémouille,

qui gouvernait le conseil du roi avec messire Regnault de Chartres.

- Monseigneur,

où est le roi ? - Il se prépare pour la messe.

Nous allions le rejoindre.

Tu as quelque chose à lui dire ?

- Nous sommes son oreille et sa bouche.

Parle sans crainte.

- Je veux sa permission pour rejoindre Alençon qui combat aux marches du Maine.

- Curieux, Alençon nous a fait la même requête

il y a quelques jours.

- À nous deux, nous irons loin.

Jusqu'en Guyenne.

- N'avez-vous pas échoué devant Paris ? - Non. On a mis fin à notre assaut.

- Qui désigne ce "on" ?

Tiens ta place, Jeanne.

Celle d'un bon soldat.

Pour ce qui est de décider où et quand

il convient de se battre ou de faire trêve,

c'est à nous, le conseil du roi,

que le fardeau revient.

- La guerre est un tout.

Elle englobe des réalités que tu ignores.

C'est ainsi.

Et c'est bien ainsi.

- Messieurs, sommes-nous prêts ?

- Sire, je vous en supplie...

- Parle, Jeanne. Tu sais que je ne peux rien te refuser.

Veux-tu quelques faveurs pour ta bonne ville de Domrémy ?

Je l'ai déjà exemptée d'impôts.

- Je ne demande qu'une chose.

Pouvoir rejoindre le duc d'Alençon et combattre avec lui.

Ici, je ne sers à rien.

- Jeanne...

Tu sais combien je suis content de tout ce que tu as fait.

À présent, tu as le droit de te reposer.

Il est temps de te reposer.

Il faut te reposer.

Je le veux.

- Alençon nous déçoit.

Il n'en fait qu'à sa tête. Ne l'imite pas.

- Il n'a en tête que le salut du royaume.

Ça ne va pas ? - Ses yeux...

Je vois ses yeux.

J'y pense tout le temps. - Raymond n'a pas souffert.

Ça s'est passé si vite.

Viens...

- Jeanne...

Tu veux te battre ?

Moi, j'ai du travail pour toi.

Une de nos places fortes a été investie par un traître.

Saurais-tu reprendre la Charité-sur-Loire à ce bandit,

qui a pour nom Perrinet Gressart ?

- C'est ce que le roi attend de moi ? - Ni plus, ni moins.

- Je dois prendre conseil.

- Nous comptons sur toi.

- Ce nommé Perrinet Gressart,

qui vendait ses services aussi bien aux Anglais qu'aux Bourguignons,

et qui, d'après ce qu'on m'a dit, était l'ennemi de messire la Trémouille,

tenait à la fois La Charité-sur-Loire et Saint-Pierre-le-Moûtier.

Nous attaquâmes d'abord Saint-Pierre. Nous étions en petit nombre.

Au cours de l'assaut, Jean d'Aulon, l'intendant de la Pucelle,

fut blessé au pied, tant qu'il eut besoin de béquilles.

- Jeanne était seule avec ses soldats. Et ceux de Saint-Pierre nous visaient.

Je lui dis : "Partons. À quatre ou cinq, on peut rien faire."

Là, elle ôte son casque et me dit : "Comment ça, quatre ou cinq ?

"On est 50000."

Et je t'assure, je recompte. Si on était six, c'était le diable.

Elle se met à gueuler : "Tous aux fagots pour faire le pont !"

Ça a été comme la foudre. En une heure, la place était prise.

- Amen.

Amen.

Amen.

- Pourquoi tu fais ça ?

- Je contre les sortilèges d'une maléficière.

Quand je frappe, ses maléfices se retournent contre elle.

Et elle est paralysée.

- Elle est comme toi, Jeanne. Elle a des visions merveilleuses.

Chaque soir, une Dame blanche vient voir Catherine

et lui annonce des prodiges.

- Une Dame Blanche ? - Oui.

Toute de drap d'or vêtue.

Elle m'a visitée et m'a dit que j'aille par les bonnes villes

et que le roi me donnerait hérauts et trompettes

pour proclamer que tout or, argent et trésor caché me soient apportés.

Et ceux qui ne veulent pas, je découvrirai quand même leurs trésors.

Et je te les donnerai et je paierai tes hommes avec.

- Oui.

Retourne plutôt vers ton mari,

faire le travail de ta maison et t'occuper de tes enfants.

- Mais Jeanne...

Écoute-la.

- Cette Dame blanche, elle vient souvent te voir ?

- Toutes les nuits.

Tu veux la voir ?

- Oui, Catherine.

Je veux bien la voir.

- Tu vas dormir avec elle ? - Dormir ? Non.

Pourtant, j'en ai drôlement besoin.

Elle arrive plutôt de bonne heure ou plutôt tard dans la nuit ?

- Ça dépend.

- Elle t'a dit quelque chose sur ce qui se passe en ce moment ?

Cette trêve avec la Bourgogne... - Oui...

C'est une très bonne chose. Il faut faire la paix avec la Bourgogne.

- Elle arrive bientôt, ta Dame blanche ? - Oui.

Bientôt. - Tu es nerveuse ?

- Pourquoi ? - Tu as l'air nerveuse.

- J'ai des fourmis.

- Arrête de remuer comme ça.

Ou plutôt, n'arrête pas : ça m'empêche de dormir.

La Trémouille m'envoie prendre la Charité-sur-Loire, qu'en penses-tu ?

- J'en pense rien.

- Ta Dame blanche non plus ?

- Et tes saintes, qu'en disent-elles ? - Ça, je le garde pour moi.

Je veux savoir ce que tu en dis.

- N'y vas pas. Moi, en tout cas, je n'irais pas.

Il y fait trop froid et vous n'y ferez rien de bon.

- On prendra pas la ville ? - Non.

- Avec l'aide de Dieu, on la prendra. - Sans moi.

- Je crois que je me suis endormie.

Alors, elle est venue ta Dame blanche ?

- Oui, elle est venue.

- C'est pas vrai. Je me suis pas endormie.

Je voulais voir ce que tu dirais.

- Je sais. C'est pour ça que je l'ai dit.

- Alors, elle va venir ou pas ? - Oui, bientôt.

- Folie et néant, voilà ce que tu es.

- Folie et néant...

- Nous fûmes environ un mois devant La Charité-sur-Loire,

au plus fort de l'hiver.

Et comme l'avait dit Catherine de la Rochelle,

faute de vivres et d'argent pour entretenir la compagnie,

la Pucelle dut lever le siège et s'en départir à grande déplaisance.

Nous quittâmes la place honteusement sans porter secours à ceux de la ville.

Nous y perdîmes bombardes et artillerie.

- Bonjour, Jeanne.

- Monseigneur, le temps nous rattrape.

La trêve avec la Bourgogne est sur le point de prendre fin.

Le duc en a profité pour s'installer sur l'Oise,

à grande puissance.

Que fait-on ?

- On dit aussi que 2000 Anglais ont débarqué à Calais.

Et ce froid de loup,

ça n'arrange rien.

- Le duc vous a distrait avec ses promesses de paix.

Et maintenant, les plus durs combats nous attendent.

- Tu ne sais voir les choses que d'un seul angle.

Il existe pourtant une autre issue à cette trêve

que la reprise des combats.

- Quelle autre issue ? - La prolongation de la trêve.

Ne sois pas surprise.

Nous recherchons la même chose.

La même chose, mais par des moyens différents.

Et cette chose...

Cette chose se nomme...

se nomme comment ?

Se nomme...

la paix.

Il se peut que le moment soit venu.

- Maintenant ? Alors qu'ils assiègent Compiègne ?

- Un mot suffit parfois, là où les armes ne peuvent rien,

pour désassiéger une ville.

J'ai rencontré hier Hugues de Lannoy,

le négociateur du duc.

Je l'ai trouvé très bien disposé.

- Je voudrais penser comme vous.

Le protocole était glacial.

- Il m'a salué très civilement. - Il ne vous a pas embrassé.

- Il aurait dû, c'est vrai. Ça viendra.

Nous faisons de petits pas.

Jeanne... Tu le sais... ou plutôt, tu ne le sais pas :

la diplomatie est une science, autant que l'héraldique.

Chaque geste dans notre métier possède un sens exquis.

- Monseigneur, pardonnez-moi. Je n'ai pas le temps d'apprendre.

Ce que je sais,

c'est qu'en ce moment, des soldats sont prêts à reprendre le combat.

Il faut les soutenir.

- J'avais peur que tu sois déjà parti. - Sans te voir ?

À quoi tu penses ?

Montre-moi ta figure.

Tu as du souci. Mais ce n'est pas à cause de moi.

- Un peu, tout de même.

Maintenant, qui va me confesser ?

- Nul n'est éternel, ni indispensable.

Au fait, signe ma lettre aux Hussites. - Aux quoi ?

- Hussites.

Une hérésie épouvantable qui ravage la Bohème.

Pourquoi tu crois que je pars ?

J'ai rédigé une monition à soumettre au Pape.

Ils s'attaquent à l'Église militante.

Ils veulent avoir affaire à Dieu par eux-mêmes. Une horreur !

Je te lis...

"Aux disciples de Jean Hus, adversaires de la foi.

"Moi, Jeanne la Pucelle..."

- "Moi, Jeanne la Pucelle" ?

- Oui... ça sonne mieux que "Moi, frère Jean Pasquerel."

"Moi, Jeanne la Pucelle, j'ai appris par les bruits de la renommée

"que vous avez remplacé la vraie religion et son culte

"par une ignominieuse et criminelle superstition."

- il y a rien de mal dans ta monition ? - Jeanne...

Souhaite-moi bonne route. Le chemin est long jusqu'à Rome.

- Adieu. Je vais me sentir bien seule.

- Je suis là, moi.

- Toi, que Dieu te garde en vie.

On va pas rester longtemps ici.

- Le dernier jour du mois de mars 1430,

La Pucelle apprit que ceux de Compiègne

avaient préféré se perdre avec femmes et enfants

plutôt que de se rendre aux Bourguignons.

Mais on disait aussi

que des soldats s'étaient rejoints à Lagny-sur-Marne

et faisaient bonne guerre aux Anglais de Paris et d'ailleurs.

- Et t'es partie comme ça ? - Ils m'auraient pas donné la permission.

J'ai dit que j'allais fêter Pâques dans un village du coin. Et me voilà !

Mais il faut pas le dire.

- La Trémouille aime pas qu'on lui fausse compagnie.

- J'en pouvais plus, j'étouffais. Ici, on respire.

- Par mon bâton, comme dirait La Hire, ça fait plaisir !

Je pensais jamais te revoir, sauf au ciel.

- Et lui,

pourquoi il n'est plus là ? - La Hire ?

Ne m'en parle pas.

On a été coupé à Dourdan par les Bourguignons.

Depuis, plus de nouvelles : j'en dors plus.

- S'il était mort, ça se saurait.

Il a dû se faire prendre, ce traînard. - Ça m'étonnerait.

- Le ciel t'entende.

Surtout qu'il me doit toujours vingt livres... Grâce à toi.

- Non, grâce à Raymond.

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Il veut rien comprendre.

Ou on paye le soufre et le salpêtre, ou les hommes de Baretta,

mais pas les deux.

- Tu payes les deux ! Pour la fougasse, il faut farine et œufs.

- Paye-les. - Mais...

- D'autres villes paieront la poudre. - Toi, tu sais parler.

- T'aurais jamais dû l'enrôler. Il nous ruine.

- On libérera Compiègne avec des bons guerriers. C'en est un.

- Ça fait quoi d'être chef de bande ?

Qu'en dis-tu ? - Au plaisir de Dieu, voilà tout.

- Et suivant la volonté de Jeanne,

nous partîmes secourir Compiègne,

d'où nous fîmes plusieurs tentatives contre les Bourguignons

qui voulaient l'assiéger.

Le 23e jour du moi de mai,

on décida d'une attaque contre le fort de Margny,

au nord de la ville.

Trois fois, on crut vaincre l'ennemi, repoussé sur ses positions.

Mais avec l'arrivée de renforts bourguignons,

au déplaisir de la Pucelle, nous dûmes nous replier sur Compiègne.

Le capitaine de la ville,

voyant tous ces Bourguignons et ces Anglais près d'entrer,

par crainte de perdre la place, fit lever le pont et fermer la porte.

Ainsi demeura la Pucelle, enfermée dehors.

Et peu de ces gens avec elle.

- Suivez-moi !

Par ici !

Par ici !

Suivez-moi !

- Rends-toi, Pucelle ! Donne-moi ta foi !

- À toi... Jamais !

- Moi, je recevrai

ta foi. - Qui êtes-vous ?

- Le lieutenant de Jean de Luxembourg, le Bâtard de Wandonne.

- Je vous donne ma foi.

- Il n'y a pas de doute, ce n'est pas une chimère.

C'est une femme.

Il est vrai que, selon mon chapelain, toute femme est une chimère :

belle de visage, de contact fétide et de compagnie mortelle.

Le brave homme n'y connaît rien.

Vous n'allez pas lui délier les mains ? Elles sont violettes.

- Elle est dangereuse.

- Défaites ses liens.

Veux-tu un peu de pain et de vin ? - Je n'ai envie de rien.

- Sais-tu à qui tu parles ? - Elle le sait.

As-tu une requête, une demande que je puisse satisfaire ?

- Monseigneur, désalliez-vous d'avec l'Angleterre.

- Prends les choses de moins haut :

une requête pour toi-même.

- Ne me livrez pas aux Anglais. - Ce n'est pas en mon pouvoir.

- N'êtes-vous pas Philippe, le grand duc d'Occident ?

- Oui... Et l'ami du roi de France et d'Angleterre.

- Ce titre n'existe pas. Il n'y a que le roi de France,

par la grâce de Dieu,

Charles septième du nom.

- Je ne connais pas celui dont tu parles. Je ne connais qu'un Dauphin déshérité :

Charles le Mal Avisé.

- On le nomme Charles le Victorieux.

Monseigneur,

je vous ai naguère mandé par lettre, en vous priant à jointes mains,

de ne plus renier le nom de France et de faire paix avec mon roi.

N'attendez pas qu'il soit trop tard.

- Dans ta position, tu me menaces ?

Je ne ferai jamais paix avec ton roi,

à moins qu'il n'ait le pouvoir d'inverser le temps

et de faire sortir de sa tombe mon père assassiné.

De déforger la hache qui a tranché la main,

l'épée qui a fendu le crâne de celui qu'on nommait Jean Sans Peur,

il y a dix ans au pont de Montereau,

sur ordre et sous les yeux de celui que tu nommes Charles le Victorieux.

A-t-il ce pouvoir ?

Ou bien toi, l'aurais-tu ?

Toi, qu'on dit magicienne... - Personne ne l'a.

Mais vous, vous avez le pouvoir de pardonner.

- Et ton roi, a-t-il le pouvoir de se repentir ?

- Dieu l'a donné à tous.

- Eh bien, qu'il se repente. Et publiquement.

Qu'il érige une croix d'or sur le lieu du meurtre

et qu'il l'arrose chaque jour de ses larmes.

Je verrai bien alors s'il convient de faire paix.

- N'attendez pas.

Le temps joue pour mon roi, contre vous et l'Anglais.

- Elle est possédée de la folie d'orgueil.

- Mais non... Elle parle comme une enfant.

C'est une enfant.

- Vous avez perdu beaucoup de villes. - Oui, par ta faute.

- Non, c'est par la grâce de Dieu.

- Insolente !

- Si vous ne faites paix avec mon roi,

une bonne paix ferme et sans traîtrise,

vous perdrez tout.

- Elle a cessé de m'amuser.

Ôtez-la de ma vue.

- Dame de Béthune demande à vous voir.

- Bonjour, Jeanne.

Il doit faire froid là-haut.

Montre-lui l'étoffe.

- C'est du drap de laine. Il vient du pays des Flandres.

- Ce serait bien pour une robe.

Il vous faudrait quitter cet habit d'homme.

- Madame, je suis votre prisonnière parce que je suis soldat.

Je dois rester soldat.

Si je voulais porter robe de femme, je saurais la coudre.

Mais ma tâche n'est pas finie.

- Vous n'avez pas tardé pour user de ma permission.

Je vous en prie, madame, n'en abusez pas.

Cette fille est notre prisonnière. Elle va prendre de mauvaises habitudes.

- Et vos cheveux ? Vous en avez à peine plus que mon époux.

- Ils vont avec mes habits.

- Mon enfant,

je sais par mon neveu que votre habit vous sera durement reproché.

- Il y a si longtemps que je le porte.

J'ai tant fait et vu de choses avec. Je ne saurai le quitter.

- Tant que vous serez ici avec nous, ne craignez rien.

C'est pour après.

Une robe serait moins périlleuse.

- Nous voulions adoucir votre captivité.

Autrefois, chez vos parents, quand vous n'étiez pas encore soldat...

- C'est loin.

Mon Dieu,

je vous prie avec toutes mes forces, comme ma mère me l'a appris,

comme mes Saintes me l'ont enseigné.

Oh, mes Saintes ! Vous me dites de garder toujours confiance

et de ne pas perdre courage.

Vous me parlez de délivrance, de liberté, de joie...

et que je serai sauve.

Mais cette délivrance, quand viendra-t-elle ?

Qui me l'apportera ?

Qui me délivrera ?

- Elle prie souvent ? - Plus souvent qu'à son tour.

- Je m'en doutais. Elle est maligne.

Vous avez pensé à ma proposition ?

- Ne me tentez pas : 13000 écus d'or, c'est une jolie somme.

- Je peux aller jusqu'à l'augmenter de moitié. Je la veux.

Elle a été prise dans mon diocèse.

- Parlez-en aux autorités anglaises.

- Cette femme est le virus qui infecte la chrétienté.

J'espère que vous le comprenez.

- Je comprends la douleur des inquisiteurs de la foi,

tout en tenant compte de celle du trône d'Angleterre.

Une douleur qui vaut son poids d'or pur.

- Je l'imaginais plus grande.

- Reste à genoux, Jeanne.

Fais dévotion au révérendissime père en Dieu,

le seigneur évêque de Beauvais.

- Vous êtes de Beauvais ?

Beauvais a bien rendu ses clés au roi ? - Oui...

Malheureusement.

Je n'y étais pas. Je viens de Paris.

- Evêque, m'apportez-vous des paroles de consolation ?

- Laissez-nous.

La consolation est au ciel, Jeanne.

Et nous sommes sur la Terre,

où il n'existe que croix, soucis et chagrins.

Je représente l'Université de Paris.

Nous avons sommé le prince de Bourgogne de te livrer,

au nom de la Sainte Inquisition de France,

pour ester à droit en matière de foi.

- Un examen en matière de foi ? J'en ai déjà eu un à Poitiers.

- Ces docteurs se sont déshonorés

en se laissant abuser par tes méfaits innumérables,

tes erreurs...

et ton idolâtrie.

- Mon père, si je suis déjà jugée, épargnez-vous le mal d'un procès.

Condamnez-moi tout de suite, ça ira plus vite.

- Je vois.

Je te connais.

Malgré ce costume, tu ne peux déguiser ton sexe véritable.

Tu es subtile,

de cette subtilité qui est propre aux femmes.

Nous dépouillerons un à un tes arguments spécieux

pour la honte et la confusion de ton âme égarée.

- Je savais, dès que je vous ai vu, que vous étiez mon ennemi.

- Parce que, par profession, je suis l'ennemi du mal.

- Car votre âme est à l'ennemi.

- Je te reverrai.

- Tiens, regarde. Prends-les. Moi, j'ai mal au dos.

Celle-là est la plus grande, et...

celle-là est la plus chaude.

Si j'étais toi, je prendrais la plus chaude.

- Non. Je choisis la plus grande.

- Puis-je vous dire, ma tante, que je trouve malséant

que vous traitiez cette prisonnière en invitée.

- C'est ainsi qu'on traite une prisonnière de marque.

- Monseigneur,

savez-vous si mon roi a réuni l'argent pour ma rançon ?

- J'ignore ce qui se passe de ce côté-là de la France.

- Charles est mon filleul. Vous n'avez que trop tendance à l'ignorer.

- Je ne l'ignore pas.

Mais ce n'est pas à lui que j'ai prêté allégeance.

- Je le sais.

C'est pourquoi je vous demande instamment, ici, devant elle

et quelles que soient les offres que l'on vous fait,

de ne jamais livrer Jeanne aux Anglais.

- Je suis un soldat.

Un soldat dispose comme il l'entend de son butin de guerre.

- Un soldat n'est pas un marchand. Son honneur prévaut à ses intérêts.

Je vous interdis, au nom du ciel, de la vendre aux Anglais.

Vous sortiriez de ma foi et de ma loi.

- Je tiens la place qui est la mienne. Je n'outrepasse rien.

- Puisqu'il faut mettre les points sur les i,

si cela devait arriver, je vous déshériterais !

- Vous feriez cela ?

- Sans hésiter, croyez-moi.

- Faites ce que vous croyez devoir faire.

Et moi, je ferai ce que je sais être mon devoir.

- Je crois que j'ai touché le nerf le plus sensible.

- Je ne serai pas vendue ? - Pas tant que je vivrai.

- Encore des gâteaux ? - Non, regarde.

- On voit tout rond ici.

Même la fenêtre est ronde.

Ça va faire une boule si je me coupe les cheveux avec ça.

- Je te les coupe si tu veux.

- Non. Tu vas le tenir. Et moi, je prends les ciseaux.

- Tu le fais souvent ?

- Parfois, quand j'ai trop l'air d'une fille.

- Laissez-nous seules.

Jeanne...

Viens.

- Vous partez ? - Oui.

Viens avec moi.

Écoute, Jeanne.

J'avais un frère, plus jeune.

Son nom était Pierre. - Moi aussi, mon frère s'appelle Pierre.

- Il n'est pas mort... - Non.

Il est sans doute en prison, lui aussi.

- Mon frère à moi, Pierre de Luxembourg, est mort jeune.

C'était un saint.

Nous étions orphelins. Je l'avais élevé comme un fils.

Mais depuis qu'il est mort, chaque année, je fais le pèlerinage

jusqu'à sa dernière demeure : l'église des Célestins en Avignon.

Je suis maintenant une vieille demoiselle fatiguée.

Et pourtant, rien ne saurait me retenir d'y aller cette année encore.

Je pars tout à l'heure.

- C'est un long voyage.

- Mille lieues.

Au bout de la Terre, j'irai. Comme toi, je le sais.

C'est mon chemin de prières.

Tu seras dans toutes celles que je ferai,

je prierai pour toi.

Puissent-elles te donner le réconfort.

Prie pour moi en retour.

Qui sait combien de temps Dieu me prêtera vie ?

Adieu, Jeanne.

Tant que je vivrai, je croirai en toi.

- Ne cours pas si vite !

Tu as dit aux gardes de la mener ici ? - Oui.

Mais j'ai dû les empêcher de la déranger pendant sa prière.

Je crois qu'elle m'a entendue leur parler.

Aïe ! Vous me tirez les cheveux.

- On dirait du foin. Ils sont tout entremêlés.

Depuis quand n'as-tu passé le peigne ? - La voilà.

- Vous avez des nouvelles ?

- Bonjour, Jeanne.

De tristes nouvelles.

Emporte ton ouvrage.

On dit que Compiègne va être prise,

mise à feu et à sang, que tous ses gens seront passés au fil de l'épée.

- Comment Dieu laisserait-il mourir ces bonnes gens de Compiègne ?

Eux, si loyaux à leur Seigneur !

- Je montais pour vous voir.

Mais... puisque vous êtes là,

je vous parlerai ici, devant mon épouse.

- Ce que vous allez dire,

l'auriez-vous dit de la même façon devant votre tante,

Jeanne de Luxembourg ? - Oubliez ma tante...

Elle n'est plus.

Le Prince Philippe, auquel, moi, j'ai juré fidélité...

Ce Prince, mon devoir est de vous le dire,

a décidé de vous confier aux Anglais. - Vous l'avez fait !

Vous l'avez fait !

- C'est ainsi, Jeanne. il le fallait.

Vous ne faites guère de progrès. - Je n'aime pas faire ça.

- On doit apprendre à faire ce qu'on aime pas.

Reconduisez la prisonnière.

- Où partez-vous ? - Veille bien sur ta mère.

- Mon Dieu, pardonnez-moi si je me sens si lasse à rester seule.

Ces Anglais me feront mourir.

Saint Michel, Sainte Catherine, Sainte Marguerite.

Pourquoi me laissez-vous seule ici, sans conseil ?

Ceux de Compiègne sont en grand danger. Je veux y aller.

Dites-moi si je le dois. Répondez-moi.

Au nom du père, du fils et du Saint Esprit.

- Est ce qu'elle vit ? - Oui, elle est vivante.

- Le ciel soit loué.

Et elle vivra, n'est-ce pas ? - Sauf si elle a l'échine brisée.

- Faites votre possible pour la remettre sur pied.

Les Anglais la prendront dans cinq jours.

Au prix qu'ils paient, je veux qu'elle tienne debout.

- Cinq jours... Vous me demandez un miracle.

- Faites-le.

- Saint Jean le dit :

"Le sarment ne peut porter de fruits par lui-même,

"s'il ne demeure attaché à la vigne."

Ô maison de France !

Tu n'avais jamais connu tel monstre que celle qui est ici,

magicienne,

hérétique,

schismatique !

Et Charles, qui se dit roi,

en s'associant aux paroles et aux actes de cette femme,

vaine,

diffamée,

pleine de tout déshonneur,

s'est fait lui-même hérétique

et schismatique !

C'est à toi, Jeanne, à qui je parle,

et te dis que ton roi est hérétique et schismatique !

- Ne parlez pas de mon roi.

Il n'y a pas plus chrétien.

Il aime le mieux la foi et l'Eglise.

Vous mentez.

- Tais-toi !

Tu es coupable de blasphème,

de vaine jactance,

d'idolâtrie,

de détestation de ton sexe et des vêtements qui lui sont propres.

Repens-toi !

Abjure tes fautes !

- Ce que j'ai fait, je l'ai fait de par Dieu.

Je n'en charge personne.

Ni mon roi, ni aucun autre.

S'il y a quelque faute, c'est de moi et non des autres.

- Fais-la taire.

- Veux-tu révoquer

certains de ces faits réprouvés ?

- Je m'en rapporte à Dieu et à Notre Saint-Père le pape.

- Il est impossible d'aller chercher le pape.

Il est trop loin.

- Tu dois révoquer ici

certains dits et faits que l'Église

réprouve.

- Tu dois abjurer.

Abjure !

- Je ne sais pas ce que ça veut dire. - Cela veut dire :

renonce à tes dits et faits.

- Si je dois les abjurer ou non,

je m'en rapporte à l'Église.

- Abjure aujourd'hui même.

Ou tu seras brûlée. - Je n'ai rien fait de mal.

Je crois aux dix commandements de Dieu. - Fais ce qu'on te conseille.

Veux-tu te faire mourir ?

- Reconnais tout et reprends l'habit de femme.

Répète après moi les mots que je vais proférer.

- Vous vous éreintez bien à me séduire.

"Toi, Jeanne, dite vulgairement la Pucelle,

"déférée devant nous, Pierre, par la miséricorde divine,

"évêque de Beauvais.

"Tu as très gravement péché par imposture

"en feignant des apparitions et révélations divines,

"en blasphémant Dieu et ses saints,

"et en avançant des erreurs multiples contraires à la foi.

"Cependant, comme à la suite de charitables avertissements,

"tu as ouvertement abjuré tes erreurs,

"nous t'absolvons des liens d'excommunication."

- Vous la sauvez ! Vous nous avez trahis !

- Par profession, je cherche le salut de l'âme et du corps de cette femme.

- Vous êtes un traître !

- Vous me ferez réparation de cette injure.

Faites-moi réparation ou je ne vais pas plus loin !

- Mais, je...

Continuez.

-"Néanmoins,

"puisque tu as témérairement,

"à bouche ouverte délinqué,

"nous te condamnons finalement et définitivement

"afin que tu fasses pénitence salutaire à la prison perpétuelle,

"avec pain de douleur et eau de tristesse,

"et que là, tu pleures tes péchés

"et que tu n'en commettes plus.

"Nous réservant toutefois

"le droit de grâce et de modération de ta peine,

"si tu le mérites."

- J'obéirai.

- Répète après moi : "Je ne porterai plus les armes.

-"Je ne porterai plus les armes.

- "Ni l'habit d'homme, ni les cheveux coupés courts.

- "Ni l'habit d'homme, ni les cheveux coupés courts.

- "Je suis coupable d'hérésie. Je m'en remets de mes faits à l'Église.

- "Je suis coupable d'hérésie. Je m'en remets de mes faits à l'Église."

- Signe.

- C'est ce que je viens de dire ?

- Tu veux être brûlée ?

Signe...

Tu as fait une bonne journée, Jeanne. Tu as sauvé ton corps et ton âme.

- Évêque, le roi a bien mal dépensé son argent.

À cause de vous, la Pucelle nous échappe.

- N'ayez crainte, Monseigneur : nous la rattraperons.

- Gens d'Église, menez-moi dans vos prisons,

hors de la main anglaise. - Menez-la où vous l'avez prise.

- Tiens, de la part de Saint Michel !

- Et ça, c'est Sainte Catherine.

- On te baisera quand on voudra, putain !

- Et après, on te fera crever.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Aller aux latrines.

- Pour faire quoi ? - Pisser.

Vas-y.

Pisse sur toi.

- J'ai peur.

Mon Dieu...

J'ai peur.

J'ai tellement peur.

Délivrez-moi de cette peur.

Elle est pire que tout.

Ôtez-la de mon âme...

De mon corps.

Je vous en prie...

Donnez-moi la lumière, je vous en prie, Mon Dieu.

Notre Père qui es aux cieux,

que votre volonté soit faite.

- Je suis le premier à te voir en femme.

J'ai payé pour ça. J'y ai mis le prix.

Je ne le regrette pas.

- Qui êtes-vous ?

- Quand on me parle, on dit : Milord.

- Qui vous a envoyé ? - Personne. Moi-même.

Viens !

- Quand as-tu repris cet habit ?

- Il y a peu de temps.

- Pourquoi ? Qui te l'a fait reprendre ?

- Personne ne m'a obligée. C'est moi qui l'ai voulu.

- Pour quelle cause l'as-tu repris ?

- Je suis parmi les hommes.

Tant que je serai avec eux, je porterai cet habit.

- Tu avais pourtant juré

de le délaisser.

- Je n'ai jamais juré cela.

J'ai repris cet habit car la promesse faite n'a pas été tenue.

On m'avait promis que je pourrai aller à la messe

et recevoir le corps du Christ.

Et que je serai mise hors des fers.

- N'as-tu pas abjuré ?

Abjuré de ne pas reprendre l'habit d'homme.

- Plutôt mourir que de rester aux fers.

Mais si on me promet qu'on me laissera aller à la messe,

qu'on me retirera les fers et que je serai gardée par des femmes,

je ferai ce que l'Église voudra.

- Depuis ce jour où tu as abjuré, as-tu entendu tes voix ?

- Oui.

- Qu'ont-elles dit ?

- Dieu m'a mandé par elles qu'il avait grande pitié.

Que je risquais de me perdre en abjurant.

Que je me damnais pour sauver ma vie.

- Quand j'étais devant les juges,

mes voix m'ont dit de répondre hardiment.

C'était un faux prêcheur.

Il a dit des choses fausses à mon sujet.

Si je disais que Dieu ne m'a pas envoyée, je me damnerais.

C'est vrai...

Dieu m'a envoyée.

Tout ce que j'ai révoqué, je l'ai fait par peur du feu.

- Ces voix, crois-tu toujours que ce sont Sainte Catherine et Sainte Marguerite ?

- Oui... Je crois qu'elles sont de Dieu.

Tout ce que je vous ai dit, c'est la vérité.

Je l'ai dit de mon mieux.

- Ce jour-là, tu as confessé

que c'était un mensonge.

- Je n'ai pas dit ça. Je n'ai pas voulu révoquer mes voix.

Je l'ai fait par peur du feu.

J'aime mieux faire ma peine en une fois, mourir plutôt que de rester en prison.

- Sais-tu bien

ce que tu dis ?

- Je n'ai jamais rien fait contre Dieu et contre la foi.

On m'a commandé d'abjurer des choses que j'ignorais.

Si les juges le veulent, je reprendrai l'habit de femme.

Pour le reste, je n'en ferai rien.

- Tout est dit.

- Dites ce que vous avez à me dire. - Jeanne...

Monseigneur l'évêque de Beauvais m'envoie pour t'induire

à vraie contrition et pénitence.

Les juges t'ont déclarée relapse. Tu es retombée dans tes fautes.

Tu dois mourir aujourd'hui.

- Mourir ?

Aujourd'hui ?

- Avant midi.

Tu seras conduite sur le bûcher pour être brûlée.

Ainsi en ont ordonné les juges.

- Brûlée...

Brûlée ?

- Jeanne ! Allons, Jeanne... Du courage !

Courage.

- Pitié...

Pitié...

Enlevez-moi plutôt la tête.

Les juges n'ont pas voulu ça.

Mettre mon corps en cendres...

Mon corps qui n'a jamais été corrompu...

Laissez-le intact.

Je vous en supplie. Ayez pitié de moi.

- Sois forte, Jeanne.

- Si on m'avait mise en prison d'église, et non ici...

- Je peux t'entendre en confession.

- Évêque, je meurs par vous.

- Jeanne...

Prends ce qui t'advient en patience,

tu meurs car tu as rompu ta promesse.

Parce que tu es retournée à ton premier maléfice.

- Si j'avais été mise en prison d'église,

si j'avais eu des femmes autour de moi, ça ne serait pas arrivé.

Vous le savez... Vous le saviez dès le début.

Pour cela, j'en appelle à vous devant Dieu.

Vous en répondrez devant lui.

- Monseigneur, elle demande à recevoir le corps du Christ.

- Qu'on le lui donne. - Mais elle est relapse... excommuniée.

- Donnez-lui ce qu'elle veut.

Et alors ?

Où est l'étole ? Où est la lumière ?

- On m'a dit : "Le pain, seulement."

- Mais elle doit communier.

Je veux l'étole et la lumière tout de suite.

Crois-tu que ce soit là le corps du Christ ?

- Oui... je le crois.

Et le seul qui peut me délivrer. Je demande qu'il me soit donné.

- Seigneur Jésus,

Saint Michel,

Sainte Catherine,

Sainte Marguerite,

Où serai-je ce soir ?

Je demande pardon à tous,

les Français, les Anglais, les autres...

Pardonnez-moi le mal que je vous ai fait

en servant mon roi et le Roi du Ciel.

Je vous pardonne

tout le mal que vous m'avez fait, que vous me faites.

Je voudrais une croix...

Puis-je avoir une croix ?

Gens d'église, faites dire chacun une messe pour moi,

que je sois sauvée dans la vie éternelle.

Apportez-moi une autre croix. Une grande...

Que je puisse la voir jusqu'à la fin. Je veux voir la croix.

Jésus...

Jésus...

Jésus...

Jésus...

Jésus...

Jésus !

Musique liturgique douce

Sous-titrage : HIVENTY

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