All language subtitles for Beaumarchais The Scoundrel

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-1773.

Le 18e siècle peaufine son dernier acte.

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Louis XV s'apprête à quitter la scène.

Et en coulisse, déjà, Louis XVI se prépare.

C'est le temps des grandes idées

et des mauvais sujets.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais,

fils d'horloger, horloger aussi,

trouvait avec Voltaire

que les pendules de son temps retardaient.

Il allait s'employer à les remettre à l'heure.

Musique légère et joyeuse

---

-Le théâtre français ?

-Vous y êtes, mon Prince.

-Merci.

---

M. de Beaumarchais, je vous prie.

-Il ne reçoit pas, écrivez-lui si vous voulez.

---

Voix des comédiens en fond

---

-Quand il a su que j'étais imprimé tout vif,

il prit la chose au tragique et m'ôta mon emploi.

Prétextant que les lettres

sont incompatibles avec les affaires.

-Puissamment raisonné.

Et tu ne lui fis pas représenter...

-Je me crus heureux d'en être oublié.

Un grand fait du bien, quand il ne fait pas de mal.

-Quelle redondance... Mais quelle pesanteur...

Pourquoi être si lents ?

-Ce texte mérite de s'arrêter

sur chaque mot. -Quel texte ?

Ce n'est ni Marivaux, ni Voltaire, il faut être léger.

-Qui est là ?

Laissez-nous travailler !

-Pas comme ça,

j'ai failli m'endormir.

Allons, reprenons,

je vous prie, après la chanson.

"Eh non, ce n'est pas un abbé."

-Eh non, ce n'est pas un abbé.

Cet air altier et noble... -Messieurs...

Il faut se contenter de dire les répliques.

-C'est le Comte Almaviva.

-C'est ce coquin de Figaro. -Lui-même.

-Maraud, si tu dis un mot !

-Je vous reconnais.

Voilà votre façon de m'honorer.

-Je te reconnaissais pas, t'es si gros.

-Que voulez-vous, c'est la misère.

Éclats de rire

---

-Excusez-moi, monsieur.

J'ai pas pu me retenir.

-Vous avez bien fait.

Faut pas se retenir devant l'auteur. Reprenons.

-Je me disais bien.

Le chenapan !

-J'ai une lettre pour vous ! -Donne !

-De M. de Voltaire.

-Vous le connaissez ?

-Mon père est son intendant.

-Voyons cela.

"Brillant écervelé que vous êtes...

Petits rires

"J'ai peur que vous n'ayez au fond raison contre tous.

"À travers votre procès, vous attaquez le parlement.

"Mes vœux vous accompagnent.

"Recevez ce jeune Gudin qui vous adore.

"Et qui peut vous rendre service.

"Ne m'oubliez pas puisque je pense à vous.

"Voltaire."

Voltaire...

Je suis à ses ordres.

Que puis-je faire pour vous ?

-Avoir la bonté de regarder mes textes.

-Vous écrivez, vous aussi ?

Tout le monde écrit aujourd'hui.

Même l'immonde Baculard d'Arnaud

dans ce torchon

que vous avez l'audace d'amener ici.

Il rit.

Venez...

Pardon, messieurs.

Venez ! Venez, venez.

-"L'astre brillant des nuits a fermé sa paupière.

"Et moi, je veille, hélas...

"En proie à ma chimère.

"L'astre brillant des nuits a fermé sa paupière,

"Et moi, je veille, hélas...

"L'astre brillant des nuits a fermé..."

Mlle Ménard ?

-N'entrez pas, je suis nue.

-Beaumarchais m'envoie.

-Pour quoi faire ? -Vous lire un poème.

-Il peut pas venir lui-même ?

-C'est que le poème est de moi.

-Ah...

Vous écrivez.

-Il voudrait que vous donniez votre avis.

Selon lui, vous aimez les jeunes auteurs.

-Le coquin...

Elle rit.

Bon, allez,

allez-y. On m'attend pour répéter.

-La lapliade.

C'est le titre du poème.

"L'astre brillant des nuits a fermé sa paupière.

"Et moi, je veille, hélas...

"En proie à ma chimère."

Petits rires moqueurs

-C'est tout ?

---

Venez.

Bon...

Je vous écoute.

-"L'astre brillant des nuits..."

-Où est cet écrivassier ?

-Qui ça ? -Beaumarchais,

votre amant ! -Laissez-le.

Il sait rien. -Et moi, tout.

-On avait rompu. -Comment il l'a su ?

-J'étais désespérée, il l'a compris...

-Vous le serez deux fois ! Je vais le tuer.

-Je vous en supplie, Joseph.

Joseph !

Beaumarchais risque la mort.

Courez ! -Où ?

-Chez lui, rue de Condé.

Il faut arriver avant le duc.

-Avancez, abruti. Passez-leur sur le corps.

-Pardon !

-Sa vie est en danger ?

-Je vous dis qu'on veut le tuer !

-Qui ça ?

-Un gigantesque duc. Une montagne.

-Vous le décrivez bien.

Et Mlle Ménard ? -Elle a écouté que mon 1er vers.

-Et le reste ? -Après, le duc est arrivé.

-Il vous a sauvé. -Plaît-il ?

-Vos vers sont détestables.

Ils reflètent votre érudition.

Rien de la vie véritable.

Rien de notre siècle.

Et rien de vous-même.

-Pourquoi m'envoyer là-bas ?

-Pour entendre un jugement plus doux.

Vous écrivez juste,

mais vous pensez de travers.

Voltaire a lu votre œuvre ?

-Il m'a fait cet honneur.

-Qu'en a-t-il pensé ?

-Ce que vous en pensez.

-C'est cruel.

Quelle fonction aviez-vous auprès de lui ?

-Préparer des textes, rédiger des lettres.

-Merci, Cézaire.

Montez.

Vous êtes engagé.

-Vous n'avez rien mangé.

-Je souperai deux fois.

Écrivez, je vous prie.

M. le Conseiller Goëzman...

-C'est un nouveau pamphlet ?

-Non, c'est une demande d'audience.

M. le Conseiller Goëzman,

mon procès en appel est imminent.

Mon procès en appel est imminent.

Le parlement vous a désigné

pour être mon accusateur.

-Pourquoi ne pas en finir avec ce procès ?

3 ans, c'est long.

-Vous connaissez l'affaire ?

-Ce procès est un prétexte.

-Précisez.

-Vous vous fichez de l'argent du Comte de la Blache.

Je crois que...

le parlement est une tribune pour vos idées.

Et vous préférez vos idées au théâtre.

-Ce n'est pas faux.

-C'est dangereux et peut vous valoir le pire.

-Ferdinand !

Les cloches sonnent.

La montre

de votre père.

-Vous la connaissez ?

-Il vous l'a offerte

le jour où le roi vous a fait horloger.

À 22 ans.

-Vous connaissez tout de moi ?

-Sauf ce que vous n'avez pas vécu.

Et qui mériterait un témoin.

-Vous, peut-être ?

Cris provenant de la rue

Paris est dangereux.

Trop de misère, trop d'impôts.

-On subit en silence.

-Qui veut aller à la Bastille ?

-Vous, vu vos écrits. -J'aimerais prouver

que ce conseil est corrompu.

-Vous en avez les moyens ?

-J'ai une petite idée.

-Quel est cet ornement ?

-Celui de ma fonction.

Avant d'être accusé, je joue les juges.

Je suis lieutenant des chasses.

-Vous êtes magistrat ?

-Circonstances

aggravantes,

cette charge, je l'ai payée.

Merci, bonjour.

-Rechercher ces honneurs.

-Je les veux tous.

-M. de Beaumarchais. -Merci infiniment, mon cher.

Le parlement ne m'oublie pas.

Mon procès sera la semaine prochaine.

Allons-y, venez !

-Messieurs, la Cour.

-Je vous en prie, asseyez-vous, merci beaucoup.

Bien...

Bonjour, monsieur.

Où est le plaignant ?

-Ici, Monsieur le Juge.

-Approchez, n'ayez pas peur.

On a démoli votre mur.

-Je l'avais construit de mes mains,

pour décourager les voleurs.

-Qui l'a démoli ?

Parlez, monsieur.

N'ayez pas peur.

-Le Prince de Conti.

-Le Prince de Conti ?

Pourquoi l'a-t-il démoli ?

-Pour chasser, avec sa meute et ses chevaux.

Fracas

Lieutenant des chasses !

-M. le Duc de Chaulnes, quel honneur.

-Je viens venger le mien.

M. Caron.

Préparez-vous à mourir.

-Le lieu me paraît mal choisi.

-Ça m'est égal, vous allez mourir.

-J'en suis pas si sûr.

Donnez-moi un instant,

daignez vous asseoir.

Je ne fais pas attendre un homme injustement spolié.

Merci infiniment.

Attendu qu'un homme,

fût-il de sang royal ne saurait être au-dessus des lois,

la Cour condamne Louis Bourbon, Prince de Conti,

à faire rétablir à ses frais ce mur au plus vite,

sous peine d'y être contraint.

-Vous êtes un homme de cœur.

-Condamner un Bourbon,

c'en est trop !

-Je suis à vous !

Garde, prêtez-moi votre épée, je vous prie.

Rires de la foule Merci beaucoup.

Je vous prie de m'excuser.

Merci, madame.

-Mademoiselle.

-En garde, monsieur.

---

-Oh, non ! -Pardon.

-Monsieur le Duc...

Permettez-moi...

M. Gudin, pourriez-vous me rendre un service ?

-Oui. -Merci infiniment.

Témoignez.

Me battre avec un homme si éminent

peut me valoir des ennuis.

J'ai déjà tué un homme.

-Un, mais pas deux.

-Constatez que je ne l'agresse pas.

-Certainement.

---

-M. Gudin...

-Monsieur ?

-Appelez la garde.

C'est urgent.

-À la garde !

-M. de Beaumarchais !

Je vous arrête, au nom du roi.

---

-M. le Conseiller,

combien de temps peut-on le tenir enfermé ?

-Jusqu'au procès.

-Il ne doit pas préparer sa défense.

-N'ayez crainte, M. le Comte, je veille.

-On vous paie pour ça, M. Goëzman.

-Si je peux pas préparer mon procès, je suis mort.

Parle à Sartine.

-T'appelles ça parler ?

-Tu l'as déjà fait pour moi.

-Pas avec un ministre.

-Il n'est que lieutenant de police.

Il n'est pas déplaisant.

-S'il te plaît tant, fais-le.

-J'aime pas les garçons,

et je ne peux pas sortir.

Marion...

Marion...

Si je suis blâmé, je pourrai plus écrire.

Même pas pour toi.

Tu seras condamnée au vaudeville jusqu'à la fin de ta vie.

Marion... -Tu sais ce que tu demandes ?

-De faire ce que tu fais le mieux.

-T'es ignoble. -Je veux dire jouer la comédie.

Je ne te demande pas de l'aimer,

mais de lui faire croire qu'il te plaît.

-Et de lui faire l'amour.

Gémissements de plaisir

---

-Vaut mieux attendre.

-Je peux revenir ? -C'est bientôt fini.

---

Voilà, c'est fini.

-M. Gudin.

J'attends votre poème.

-Mon ami, comment va votre tête ?

-L'intérieur est intact.

-Alors, je peux

vous charger de ceci.

-Le Barbier de Séville ?

-Je l'ai amélioré, je ne travaille bien qu'ici.

Donnez-moi votre avis.

-Vous me demandez mon avis ?

-Faites part des corrections aux comédiens.

Et remplacez-moi.

-Moi ? -Oui.

Vite, la répétition va commencer. Gardien ?

-Voilà, monsieur. -Raccompagnez-le.

-Bien, monsieur. -Merci.

-Dites à Beaumarchais qu'il se fasse discret.

Et qu'il cesse de s'en prendre au parlement.

Le roi ne pourra pas le protéger indéfiniment.

Bon, voici, il est libre.

-Puis-je faire autre chose ?

-Faudrait attendre un petit peu.

-Désolée, mais je joue en matinée.

-J'espère que vous en aurez d'autres à faire libérer.

-Mon Dieu, monsieur !

Mon Dieu, monsieur !

-Les mains sur le cœur, Rosine.

Elle se trouble.

Sur le cœur.

-Elle est mal, Seigneur Alonzo.

-Le coup m'a porté au cœur.

-Un siège !

Un siège !

-Ah, Rosine. -Quelle imprudence !

-Vous êtes trop éloignés.

Ils craignent Bartholo, mais ils sont très attirés.

Comme cela : "Quelle imprudence !"

-Quelle imprudence, en effet. -Pierre !

-Bon, allez, reprenons.

Simplement les répliques. Dites-moi...

Vous vouliez écrire ma vie, pas la vivre ?

-Je faisais de mon mieux. -C'était bien imité.

Vous voulez toujours m'aider ?

-C'est mon vœu le plus cher.

-Le parlement m'a condamné d'avance.

Je n'ai plus qu'une arme.

Celle de mes ennemis.

La corruption.

-Le pied m'a tourné. Je me suis fait mal.

-Cette fois, Beaumarchais sera blâmé.

-Tu parles ! Le roi le soutient.

-C'est ça, la corde soutient le pendule.

-S'il perd, il est ruiné. -Il a l'habitude.

-Le parlement veut juste sa tête.

-Le parlement ou le roi ?

-C'est pareil, c'est cul et chemise !

-Pardon.

Excusez-moi, pardon, monsieur.

Pardon.

Pardon, écoutez, pardon.

-Voici l'objet de cette audience.

Un papier signé avant sa mort par le banquier du Vernet.

Et qui spolie honteusement

son héritier légitime, le Comte de la Blache,

au profit du Sieur Caron,

que nous avons à juger aujourd'hui.

Or...

ni M. de la Blache,

ni les experts nommés par la Cour,

ne reconnaissent l'authenticité de la signature de ce texte.

Qui devons-nous croire ?

Un homme, respecté de tous,

qui depuis toujours honore sa position ?

Ou un amuseur public,

dont le métier est l'illusion ?

Dont le nom est un mensonge,

et dont la fortune fut édifiée sur la mort providentielle

de ses deux épouses.

Cet homme, messieurs...

je le déclare solennellement...

Cet homme est un faussaire.

Et un imposteur dont nous devons

purger la société !

Brouhaha de la foule

---

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

-Oui, M. le Conseiller.

-Qu'avez-vous à dire ?

-Tout.

Rires de la foule

Tout ce qui ne concerne pas cet acte

dont vous avez décidé qu'il était faux.

Comment établir ma bonne foi, je n'ai que ma parole.

Elle ne vaut rien pour ce parlement que j'abomine,

que vous représentez.

-C'est à moi que vous parlez ?

-Et à l'institution que vous incarnez.

Qui se soucie moins de la vérité, que de ses privilèges.

On en a assez des scandales révélés chaque jour au réveil,

qui tombent dans l'oubli le soir.

Assez des ministres falots qui nous gouvernent,

et qui ne savent pas

se conduire eux-mêmes.

On en a assez des lettres de cachet,

d'être enfermés arbitrairement.

De tant d'imposture,

sentez-vous que la France est lassée ?

-Laissez la France tranquille.

-Elle ne veut plus rester tranquille, écoutez-la.

---

Écoutez-la.

Et prenez garde.

-Je vous défends.

-Moi, je vous attaque !

N'étant pas du barreau, je dirai la vérité.

Acclamations de la foule

---

Elle vient, mes amis.

Elle est en route.

Une fois lancée, M. le Conseiller,

il sera périlleux de l'arrêter.

-On est pas à la Comédie française.

-Chez les comédiens, on voit souvent

une sincérité inconnue ici.

-Au fait ! Au fait, M. Caron !

-De Beaumarchais.

Ma particule est là,

je l'ai payée cher, j'y tiens.

Rires de la foule

M. Goëzman !

Avant mon enfermement, j'ai demandé à vous rencontrer.

Vous avez refusé de me voir.

-Je reçois les plaideurs ici.

-Comment se fait-il qu'enfin vous me reçûtes ?

-Les sentiments chrétiens sont parfois les plus forts.

Exclamations de la foule

-Les sentiments, plus un joli pactole.

-Qu'insinuez-vous ?

-Par enchantement, je fus reçu, sans résultat

d'ailleurs, pour 100 louis

remis à votre épouse.

Ainsi qu'une montre précieuse.

-Vous affabulez.

-J'affabule dans mon métier, pas au prétoire.

-Assez, contre le Sieur Caron,

je dépose une plainte !

-Moi, je dépose votre bilan.

-Vous mentez !

-Vous en avez menti !

Dois-je citer le nom de son complice ?

La foule acquiesce.

-Son nom ! Son nom !

---

-Le libraire Lejay, ici présent.

-Levez-vous, M. Lejay.

Connaissez-vous M. de Beaumarchais ?

-Je n'ai jamais vu cet homme.

-Voilà la preuve qu'il ment.

J'exige qu'il cesse d'exposer

de tels soupçons.

-Des soupçons...

Je vous parle de preuves.

-Lejay a édité un de mes ouvrages. Ce n'est pas un délit !

-Approchez, M. Lejay.

Venez prêter serment.

-C'est l'heure.

-M. Lejay, vous témoignez sous serment.

Vos aveux peuvent avoir de graves conséquences...

pour l'accusé.

-Je ne le connais pas.

Pas plus que l'épouse de Goëzman.

-On dirait que votre système de défense est à revoir, M. Caron.

-M. le Président, je me vois obligé de citer celui

qui a conduit la transaction avec le représentant de Goëzman.

Paul-Philippe Gudin de la Brenellerie.

-Qui êtes-vous ?

-M. Gudin de la Brenellerie.

J'ai négocié pour M. de Beaumarchais.

Avec M. Lejay et son épouse, Mariette.

Que voici...

-M. le Président,

puis-je l'interroger ?

-Qu'elle prête serment.

-Mme Lejay, levez votre main droite,

jurez de dire toute la vérité.

-Je le jure, M. le Président.

-Je suis le président.

Rires de la foule

---

-Pardon, M. le Président.

-Mme Goëzman a-t-elle, vous présente, reçu 100 louis

et une montre pour une audience de son mari ?

-Oui.

-A-t-elle, en votre présence,

sollicité votre mari de nier

ce qui s'était conclu entre eux ?

-Oui.

-Ne lui a-t-elle pas

proposé d'aller à l'étranger ?

-Si.

-Vous allez tout comprendre.

M. le Président...

Messieurs, vous allez tout comprendre.

Mme Lejay,

accusez-vous Mme Goëzman d'avoir dit en parlant

de son mari, devant des témoins,

qu'il serait impossible

de tenir honnêtement notre rang

avec ce que le roi nous donne.

-Oui, elle l'a dit.

-Qu'a-t-elle ajouté ?

-Nous plumons la poule sans la faire crier.

-Et la poule, messieurs...

La poule, c'était moi !

Musique victorieuse

---

-L'audience est levée.

---

-Ces dépravés vous acquittent,

ou je coupe les oreilles du président.

-Mais Joseph, tu l'étouffes !

Tu l'étouffes !

-Le Prince de Conti.

Il vous remercie de l'avoir condamné.

-Dans mes bras.

Homme libre.

La France doit vous traiter ainsi.

-Je suis pas sûr que le parlement vous suive.

Merci.

-Il a osé ! Il leur a dit !

Les juges sont des vendus !

Vive Beaumarchais !

-VIVE BEAUMARCHAIS !

-À bas le parlement !

-À BAS LE PARLEMENT !

-C'est des voleurs. Beaumarchais l'a proclamé.

Ils le condamneront pas.

-Dieu vous entende.

-Le peuple est avec Beaumarchais !

Ces gens-là ont peur du peuple.

-Moi aussi, j'ai peur. -Ne craignez rien.

On sonne.

-Madame ?

-M. de Beaumarchais est là ?

-Qui êtes-vous ?

-Il me connaît pas mais il m'attend.

-Veuillez me suivre.

-Tenez.

-La dame que vous attendez.

-Je ne savais pas que je vous attendais,

mais j'aurais eu tort de ne pas le faire.

Je vous reconnais...

Le tribunal des chasses...

Le duel...

-Je vous ai connu désormais.

-Vous êtes désarmante, que puis-je pour vous ?

-Je viens du parlement.

-Je dois craindre le pire ?

-Vous vous entendrez déclaré infâme devant le tribunal.

Vos biens seront séquestrés.

Vous ne pourrez exercer aucune fonction publique.

Vous ne pourrez pas publier,

ni faire jouer vos pièces.

-Je suis donc blâmé.

Vous êtes venue malgré ça ?

-Pas malgré ça, mais pour ça.

Puisque vous avez des combats à livrer,

vous aurez là mon cœur et mon intelligence.

Il n'y a pas que vous qui soyez courageux.

Je m'appelle Marie-Thérèse Willermaulaz.

Je vous ai longtemps admiré, mais depuis ce soir, je vous aime.

Vous voulez de moi ?

-C'est la troisième demande

en mariage. -Non, épargnez-moi.

Vous avez tué vos femmes. Ne m'épousez pas.

-Vous voulez que ce soit pour la vie ?

-La vie décidera.

En attendant, je vous suivrai.

-Commençons par ma chambre.

-Nous y sommes, c'est ici !

Musique victorieuse

-On vous réclame.

---

-Vive Beaumarchais !

-VIVE BEAUMARCHAIS !

-Vive Beaumarchais !

-VIVE BEAUMARCHAIS !

-Vive la liberté !

-VIVE LA LIBERTÉ !

-Vive la liberté, Sartine.

Vive la liberté !

Pourquoi pas vive la république !

On va pas mettre la monarchie en péril,

parce que le parlement a voté le blâme de votre protégé !

-Sire, Votre Majesté connaît Beaumarchais.

C'est un sujet fidèle.

-Fidèle et remuant !

-À travers son procès,

il n'a pas atteint votre personne, ni le régime.

-Vous l'aimez ?

-C'est un homme loyal.

-C'est aussi un intrigant.

-Il aime les intrigues,

pour un dramaturge, c'est bien.

-Pas seulement pour un dramaturge.

Pensez-vous qu'il pourra faire aboutir notre affaire ?

-J'en suis sûr, il est même le seul.

-Beaumarchais...

On dit que vous étiez horloger il n'y a guère.

-On le dit, oui.

-J'ai une montre rétive à laquelle je tiens.

Voudriez-vous la regarder ?

-Je n'exerce plus, je suis devenu maladroit.

-Allons...

On n'oublie jamais sa condition première.

-Oh... Je vous avais prévenu.

-M. de Beaumarchais.

-Avancez.

Vous ne serez point mandé en chambre du conseil.

Je veux vous éviter cette humiliation.

Mais tenez-vous tranquille.

C'est pas le tout d'être blâmé.

Encore faut-il être modeste.

Asseyez-vous, messieurs.

Et maintenant...

qu'allez-vous faire ?

-Je ne peux rien faire, Sire.

Ni exercer mon métier, ni porter mon nom.

Toute fonction m'est interdite.

-Asseyez-vous.

Si vous étiez moins sûr de vous,

moins orgueilleux,

moins insolent...

-Entendez-moi... -Je n'entends

que vous !

M. de Beaumarchais !

Comment voyez-vous votre avenir ?

-Depuis hier, je l'ai perdu de vue.

-À l'écoute de la sentence,

il m'est venu une idée étonnante.

-Le contraire m'eût étonné, Sire.

-Vous ne pouvez ni exercer, ni porter votre nom.

Il vous faut donc un nom d'emprunt.

Et sous un faux nom...

que peut-on faire ?

-Je vous le demande, Sire ?

-Agent secret.

Vous ne dites rien ?

-Les mots me manquent.

-C'est bien la première fois.

-Voici un ordre de mission.

Vous embarquez pour Londres après-demain.

Un ami vous permettra

d'y rencontrer quelqu'un. -Ou quelqu'une.

Son sexe

importe peu.

Il n'est pas défini.

-Le chevalier d'Éon.

-Mais...

Vous savez donc tout.

-Je sais peu de choses.

Sinon que ce monsieur, ou cette demoiselle,

fut le meilleur de vos agents.

Intrépide...

rusé...

-Corrompu, hypocrite...

-Un saint ne ferait pas

ce métier-là. -Mais vous pouvez le faire.

Cet individu détient un document

de première importance, un document...

dangereux pour la France.

-Qu'il faut rapatrier.

À n'importe quel prix.

-Le service du roi, Sire, n'a pas de prix ?

-Nous lui en trouverons un.

Le rétablissement de vos droits.

-Et la joie de voir jouer ma pièce.

-Cela va de soi.

Sur la mission, votre nom est en blanc.

Quel sera votre nom, M. Caron ?

-Ronac.

C'est mon nom inversé.

Caron, Ronac. Le Baron de Ronac.

-Eh bien...

Bonne chance, Baron.

-Sire, Votre Majesté...

-...est un peu fatiguée.

Laissez-moi, je vous prie.

Sartine.

Donnez-lui les détails de l'affaire.

À bientôt, cher cousin.

Musique inquiétante

Des hommes parlent en anglais.

---

-Tu as froid ?

-Un peu, oui. Au cœur.

Ce pays ne nous aime pas.

-Il nous a jamais aimés.

La France et l'Angleterre se haïssent depuis toujours.

J'aurais préféré attendre.

-Le roi t'a évité les galères.

-Pas sûr qu'il m'ait évité le pire.

Des hommes parlent en anglais

---

C'est moi-même.

Il parle en anglais.

-Pierre-Augustin.

-William.

10 ans déjà, t'as pas changé.

Marie-Thérèse, la femme de ma vie.

-Depuis deux jours. Pierre est excessif.

J'espère simplement que ça durera.

-Elle a du courage.

-Il vous en faudra beaucoup. -Pourquoi ?

-Ici, vous aurez des ennemis partout.

Il parle en anglais.

Demain soir, je reçois tous les gens importants de Londres.

Dont le chevalier d'Éon.

Attention...

Mes fonctions au conseil de la Couronne

m'interdisent de vous protéger.

Musique intrigante

---

Il frappe.

-Open up !

Chevalier, votre plan est fichu.

Louis XV est mort.

-Qui le sait ?

-Le roi George le saura demain.

-Bouge pas et parle à personne.

Tu vas gagner de l'argent.

Musique légère

---

-Le Baron et la Baronne de Ronac.

Il parle en anglais.

-Cher Baron...

Madame...

Bienvenue à Londres.

La colonie anti-française est là.

Pour elle, vous avez émigré. N'oubliez pas.

Vous êtes opposés à la France.

-Le chevalier est là ? -Il danse devant vous.

-Ce jeune vieillard, c'est lui ?

-Non, sa cavalière.

-Il me faut

te laisser avec cette merveille ?

-Les risques du métier.

-Tu crois que c'est un homme ?

-Je vais me pencher sur ce mystère.

-Ne te penche pas trop.

-Le Baron de Ronac.

-M. de Beaumarchais.

-Vous savez déjà ?

-Ma police est bien faite.

-Mme la Baronne de Ronac,

le Chevalier D'Éon.

-Enchantée, Mlle de Willer.

-Puisque les pistolets sont sortis,

je dois vous protéger.

Venez danser.

-Avec joie.

-Si votre police est bien faite,

vous devez connaître les raisons de ma présence.

-Je les connais fort bien.

Mais je n'aurais jamais risqué de négocier avec un agent Louis XV,

s'il ne s'était agi de Beaumarchais lui-même.

-Je suis flatté, négocions. -Dame ! On est là pour ça.

-C'est le mot. -Un des deux possibles.

Allons...

Posez-moi la question.

-Êtes-vous une femme ?

-Qu'en pensez-vous ?

-Hmm...

-Homme ? -Non, non, non.

J'ai dit : "Hmm..."

Mais... -Méfions-nous.

Une conviction absolue ne vaut pas une preuve.

Offrez-moi votre bras.

Il ne vous arrivera rien que vous ne souhaitiez.

On dit que vous aimez les femmes.

-En tant que dramaturge, je les ai étudiées.

-Vous ne voulez pas

poursuivre vos études.

-Je veux pas me tromper.

Revenons-en aux faits.

Le roi connaît votre désir de revoir la France.

-Ici, on ne nous aime pas.

Comment puis-je rentrer ?

-En négociant le rachat d'un projet de notre roi.

-Sur l'invasion de cette île ?

-Qu'il vous a imprudemment confié.

-Quel intérêt aurais-je ?

-Un intérêt sonnant et trébuchant.

-Combien ? -500 000.

-Il trébuche, en effet.

-Je ne suis pas mandaté pour aller plus loin.

-C'est dommage.

Combien coûterait une guerre avec l'Angleterre ?

Si celle-ci tombait sur ce projet ?

-Il me faut réfléchir.

-Allons dans le parc.

La nuit porte conseil, celle-ci est si belle.

J'ai fait savoir au roi ma volonté de me démunir de ce plan.

J'ai donné un prix à Sartine.

Il vous en a forcément parlé.

Ou vous espérez garder une part du magot ?

Ce serait très laid !

-550 ? -Insuffisant.

Vous aimez l'argent, presque autant que les femmes.

-600 ? -Nous approchons.

Grimpez encore et vous aurez ce que vous voulez.

Sartine avait écrit...

-700. -C'est presque ça.

Disons que c'est ça.

Je veux l'argent demain, ici, en fin de matinée.

-Si j'oublie le rendez-vous ? -Dans ce cas,

vous irez en prison.

Car le projet sera déposé sur le bureau du roi George.

-Bien...

À demain. -Monsieur...

Est-ce une habitude de quitter une femme

après avoir eu ce que vous vouliez ?

-Quand je paye, oui.

-Mais qui paye l'autre ?

Vous prenez une commission.

Prenez aussi le temps de vivre.

-C'est que notre entrevue

semble faire des jaloux.

-Arthur ?

Non, c'est pas ce que vous croyez.

Nos relations sont politiques.

C'est vous qu'il surveille.

-Pourquoi ? -Parce qu'il vous connaît.

Il est américain.

-Américain...

En liberté, ici ?

-Sous un faux nom, comme vous.

Il cherche un appui pour son peuple.

-Présentez-moi.

-Arthur ?

-J'ai toujours dit au roi de s'intéresser aux Américains.

-M. de Beaumarchais, alias Baron de Ronac.

Arthur Lee, alias Sir Weetman.

-Enchanté.

-Et moi, si vous saviez.

Venez.

L'esclavage d'un peuple par un autre me paraît étonnant.

Comme celui d'un homme par son semblable.

---

Envahir l'Angleterre.

Quelle utopie !

Vous êtes nerveux ?

-Je suis pressé.

-Voilà le salaire de votre trahison. Comptez.

-Je préfère vous faire confiance.

Je dois y aller.

-Si tôt ?

-Un voyage pour me soustraire à une vengeance.

Serviteur...

Brouhaha

---

-Vous savez, M. Lee,

j'ai suivi les efforts de l'Amérique

pour se libérer de l'Angleterre.

J'en ai parlé, mais personne ne m'a écouté.

-Nous voulons aussi affaiblir

l'Angleterre. -Que voudriez-vous de la France ?

-De la poudre, des canons...

-Il serait plus facile d'avoir son estime.

Comment comptez-vous

payer, M. Lee ?

-Vos bateaux rentreront avec nos richesses.

Musique à suspense

Sortons de là !

Ils crient en anglais.

---

-Vous ne sautez pas ?

-J'aime pas l'eau froide.

Pourquoi m'arrêter ?

-Intelligence avec l'ennemi.

-Je suis sous la protection du roi de France.

-Il est mort, M. de Beaumarchais.

Cris en anglais

---

---

-M. de Beaumarchais,

si j'avais su que vous étiez là,

je me serais fait arrêter avant.

Serviteur...

-À qui ai-je l'honneur ?

-Théveneau de Morande, écrivain.

Mais sans talent.

-Qu'écrivez-vous ? -Des horreurs.

J'abreuve cette ville de pamphlets que personne ne lit.

-De quoi vivez-vous ?

-On me paie pour que mes œuvres restent à l'imprimerie.

-C'est dangereux. -C'est pourquoi

je connais mieux cette prison que ma demeure.

Comment va votre Barbier ?

-Vous connaissez Figaro ?

-Votre procès a interrompu sa carrière.

-Je le remets au goût du jour.

-Puis-je ?

-Avec plaisir.

-"Qui t'a donné une philosophie si gaie ?"

-"L'habitude du malheur.

"Je ris de tout, de peur de devoir en pleurer."

-Je donnerais ma fortune pour avoir écrit ça.

-Merci. De quoi parle votre dernière œuvre ?

-De l'incapacité de notre roi à honorer sa femme.

-Pardon ?

-Avez-vous déjà approché Louis XVI ?

-Quand il était Dauphin.

-Il ne baise pas, monsieur.

Il ne baise pas.

J'ai menacé la cour de le dire au monde,

si le royaume ne m'offrait pas une retraite dorée.

-Quel en fut le résultat ?

-Cette incarcération.

On m'a promis le pire,

si je ne livrais pas l'original.

-On vous a promis le pire...

-Si je ne livrais pas le lieu où je l'ai imprimé.

Ils crient en anglais

---

Il parle anglais.

Rires

-Si j'étais mon cousin, le roi,

ce pamphlet, loin de me déprimer, me fouetterait le sang.

Et provoquerait

un sursaut propre à donner

un héritier à la Couronne.

Je me redresserais.

-Le roi n'a pas autant d'humour.

-Il n'en a pas.

Dieu merci.

Le roi craint beaucoup ce texte.

Si Beaumarchais peut le faire disparaître,

il le fera libérer.

-Vous allez le voir ?

-J'y vais de ce pas.

Voltaire disait de notre ami :

"Beaumarchais ne sera jamais Molière,

"parce que sa vie l'amuse beaucoup plus que son œuvre."

-Je vous remercie.

-Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

-Il m'a demandé en mariage.

-Formidable.

-Longue vie au Barbier de Séville !

La foule hue les comédiens.

---

-Venez, Pierre a besoin de nous.

-Que pourrais-je écrire ?

-Ce que vous en pensez.

C'est une farce dégoûtante qui tombera vite.

-Comment appelles-tu ça ? -La catastrophe du siècle.

-On peut survivre au blâme, mais pas au ridicule.

---

-Qu'avez-vous fait de cette comédie ?

Vous l'avez alourdie de répliques vulgaires.

Vous l'avez allongée d'un acte.

Vous l'avez salie.

-Vous avez raison.

J'ai voulu faire rire à n'importe quel prix.

J'ai trahi mon propos.

Sans doute ne suis-je pas un auteur véritable.

Je vais retourner aux affaires.

Mes dons y sont plus affirmés.

-N'ajoutez pas la lâcheté à la paresse.

Barrez les répliques racoleuses.

Reprenez la 1re version de la pièce.

-Faites-le vous-même, M. le biographe.

Puisque vous savez ce qu'il faut faire.

Moi, je ne touche plus à ce torchon.

-Le roi.

-M. de Beaumarchais,

j'ai dû écrire au roi George,

qui n'est pas notre ami !

Quelle mouche vous a piqué ?

-Le service du roi, Sire.

Je ne pouvais pas rentrer sans étouffer cet écrit infamant.

En voici l'original, Sire.

-Merci de vous intéresser à l'honneur de ma famille.

Pourquoi ce contact avec les Américains ?

-Notre défunt roi s'intéressait à la guerre d'indépendance.

-Vous en êtes sûr ?

-En m'envoyant à Londres,

Louis XV souhaitait surtout

me voir rencontrer Benjamin Franklin.

Hélas, il avait quitté le pays.

Votre aïeul s'est toujours

beaucoup méfié des Anglais.

D'où ce plan d'invasion.

-Un projet dangereux.

Et ruineux.

-La victoire des Anglais signifierait

la perte des terres d'outre-mer,

et le renforcement de leur puissance.

Ce qui serait autrement ruineux.

Il nous faut l'empêcher.

-Ça coûterait trop cher.

-3 millions, j'ai compté. Vous permettez ?

-Au point où vous en êtes.

-Je suis prêt à avancer

le premier million.

J'obtiendrai le 2e du roi d'Espagne.

Reste 1 million à payer.

-Voilà pourquoi on vous reproche,

tout le temps, de vous mettre en avant.

-Vous nous voyez reculer quand la patrie est menacée ?

-Qu'entendez-vous par nous ?

-Par nous ?

La France.

-Quand la France réussit quelque chose,

vous dites "nous" ?

-Non, là, je dis le roi, Sire.

-Voilà qui n'est pas bête.

Asseyez-vous.

Pourquoi faire tout ça ?

-Pour la France et puis...

parce que je traduis un texte inoubliable.

-Quel texte ?

-La déclaration d'indépendance

des États-Unis d'Amérique.

-Que dit ce texte ?

-Il parle du droit sacré du peuple.

-Quel est ce droit ?

-Le droit au bonheur, Sire.

-Au revoir, M. le Ministre.

-Louis XV et les Américains ? Tu l'as inventé.

-S'il épouse la cause américaine,

il entrera dans l'histoire.

C'est son intérêt.

-C'est le tien ? -C'est pas incompatible.

Comment le trouves-tu ? -Le roi ?

Il est trop tôt. -Il me plaît,

je le sens volontaire.

-Prêt à faire tes volontés plutôt.

-Au fond, nous aimons le même homme.

C'est un homme qui n'existe pas.

Je l'ai imaginé constant, vous, rigoureux.

Il n'est ni l'un, ni l'autre.

On entre.

-Alors, mon Gudin ?

Vous avez écrit votre Barbier ?

-Il n'y a pas un mot de vous.

-Qu'est-ce qu'il a ?

Il est fâché ?

-Il est déçu.

Ovation du public

---

-Bravo ! -C'est affreux.

J'ai envoyé ma critique.

-Refaites-la, il a refait sa pièce.

---

-Où est Pierre ? -Il est pas venu.

---

-Notre auteur préféré.

-Monseigneur.

Mon père.

-Vous n'étiez pas au théâtre pour le Barbier ?

-La panique.

-Injustifiée, c'est une grande pièce.

-Une pièce gaie tout au plus.

-C'est la même chose.

À quand la suivante ?

-Je n'ai pas de sujet.

-Vous en avez un.

J'ai lu la lettre à la critique.

Figaro ne demande qu'à revenir.

-Si je mettais cet effronté sur la scène,

il serait plus âgé et la censure n'aimerait pas ses propos.

-On vous protégera des bégueules.

La construction de mon théâtre va commencer.

Je serais flatté de l'inaugurer

avec Figaro.

-Mon cher Pierre...

Le frère du roi le demande,

il faut relever le défi.

-Je le fais avec joie.

Quel luxe !

T'es monté en grade ?

-Tu crois pas si bien dire.

Depuis hier, je suis ministre de la Marine.

J'aimerais plus de considération.

-Commander des coquilles de noix ne te confère pas plus de pouvoir.

-Assez pour t'apporter la grande nouvelle.

De la part du roi.

-Je n'en vois qu'une.

-Depuis les victoires des Américains sur l'Angleterre,

le roi vient de découvrir...

qu'il faut aider nos amis insurgés.

-Il a pris le temps de réfléchir. Et ?

-Mais cette assistance doit rester officieuse.

Tu t'en chargeras seul.

-Avec quel argent ? -Le tien.

Tu l'avais proposé, si je me souviens bien.

Fais du commerce avec leurs produits.

-En somme, je prends tous les risques,

et le gouvernement aucun.

-N'éveillons pas la méfiance des Anglais.

Si ça arrivait,

le gouvernement serait obligé de te désavouer.

Voire de te condamner.

-Ça, j'ai l'habitude.

Musique victorieuse

Bonjour, messieurs.

-Qui est Rodrigue Hortales ? -Le chef de cette société.

-Que font ces gens ? -Ils aménagent les bureaux.

-À quelle fin ?

-À quelle fin ?

Échanger avec l'Amérique, assurer sa défense,

préparer l'avenir.

Bonjour. -Bonjour.

-Une signature, je vous prie.

-Allez-y.

-Hortales, c'est vous ?

Évidemment.

-Ah !

Tu es là, mon amour.

Il te plaît, cet étage ?

Je vais le garder pour nous.

-On vous demande en bas.

Que fait-on du miroir ?

-J'arrive.

J'arrive.

Dis-moi, Émile !

-Et voilà...

Oublié, Le mariage de Figaro et la promesse au Prince de Conti.

Il se lance dans le commerce.

J'ai été stupide.

Il n'écrira jamais cette pièce.

-Ne croyez pas ça.

Il tient toujours ses promesses.

-Je suis heureux pour vous.

-Tu embrasses ma femme.

-Vous ne la méritez pas.

-Où tu vas ?

-Votre biographie s'appellera :

"Les tribulations d'un marchand de canons."

-Gudin a raison, je vends la mort.

-Qui est Gudin ? -Ma mauvaise conscience.

-Vous en avez une ?

-Chacun ses faiblesses.

-Faites la guerre, c'est plus simple.

-Vous pensez ?

Pardonnez. Vite, messieurs.

Nous sommes en retard.

Voilà, tout est prêt pour la douane.

-Comment ?

Rien n'a été arrangé ?

-La visite doit avoir lieu, elle aura lieu.

Le roi...

Il ne veut pas d'histoires avec les Anglais, la preuve.

-M. Hortales.

Officier des douanes.

J'ai ordre d'inspecter votre bateau.

-Allez-y, je vous en prie.

-Vous, à l'avant, les autres avec moi.

-Allez-y.

Allez-y, je vous en prie.

Après vous, cher Arthur.

Allez-y.

Allez-y.

-Allez, poussez !

-Alors ? -Rien, la cale est vide.

-Rien, monsieur.

-On vous a mal renseigné.

-Sous le plancher ?

Il y a la coque, du moins, je l'espère.

-Messieurs...

-Vous êtes pâle, venez prendre l'air.

Votre cargaison.

On respire mieux ?

-Beaumarchais est là, M. l'Ambassadeur.

-Bien, faites entrer.

-Le Docteur Franklin

vous attend.

-M. l'Ambassadeur.

-Venez, approchez.

Alors, M. de Beaumarchais...

On me dit que vous n'êtes pas satisfait

de vos amis américains ?

-Je vous ai envoyé plus de 30 bateaux

chargés de matériel de guerre, et je n'ai rien reçu en échange.

Ma société est au bord de la ruine.

-Mais pourquoi avez-vous fait ça, M. de Beaumarchais ?

-Par amour de la liberté.

-Eh bien...

Soyez heureux.

Je viens de recevoir un message...

qui vous est destiné.

Là, sur la table.

Lisez-le, je vous prie.

Ouais.

-"M. de Beaumarchais...

"Le congrès des États-Unis d'Amérique,

"reconnaissant les efforts que vous avez faits en sa faveur..."

-Le congrès, M. de Beaumarchais !

Vous êtes le héros du Nouveau Monde !

Vous vous rendez compte ?

Vous vous rendez compte ?

-Hélas, oui. Il rit.

-Comment est-ce arrivé ?

-Il était avec ces demoiselles.

Il a prolongé l'entretien de façon déraisonnable.

-Monseigneur.

-Mon petit Gudin.

Beaumarchais est là ? -Il arrive.

Il me suit.

-Qu'il fasse vite.

-Rappelez-lui sa promesse.

Il vous doit une comédie.

-Ah oui.

Figaro. -Oui.

-Je vais essayer de pas mourir trop vite.

-Monseigneur...

Vous ne croyez toujours pas en Dieu ?

-Il m'a jamais rendu visite.

Maintenant, c'est trop tard.

-Acceptez les sacrements.

Ça change rien pour vous

et ça fera plaisir à ceux qui vous aiment.

-J'accepte à une condition.

Rendez-nous Figaro.

---

-Il vous réclame.

-Un macaron, monsieur ?

-Elle ferait un joli Cherubin.

-Oui.

---

-Je sais que tu ne dors pas.

Et je sais pourquoi.

Mais ce qui se passe ailleurs n'a pas d'importance.

Aussi longtemps que tu me supporteras,

je te prie de rester auprès de moi.

---

On sonne.

-Qui réclame ? -Votre propriétaire.

-Il est bien assez riche.

-Prenez sa fille en Chérubin.

-Il me faut finir le 5.

Il faudra affronter la censure et les comédiens.

-Parlons-en, ils se moquent de vous.

Vous avez vu les comptes ?

Ils vous ont rien versé depuis la première du Barbier.

-Vous l'avez perdue.

-Elle est mineure.

-Elle s'est émancipée. -Vous aussi, semble-t-il.

-M. de Beaumarchais ?

-Messieurs.

De quel droit jouez-vous le Barbier ?

-Cette comédie nous appartient.

-C'est intéressant, expliquez-moi.

-La pièce ne donnait aucune recette,

elle revenait aux comédiens.

-Je l'ai refaite, elle a eu du succès.

Vous me devez le 9e

de la recette, 3 225 livres.

-Vous perdez la tête ?

-Et vous, un procès. Les auteurs

ne veulent plus de vos aumônes.

La société vous obligera à reconnaître nos droits d'auteur.

Au revoir, messieurs.

-Droits d'auteur.

Où allons-nous ?

-Maman !

Maman.

---

-Pierre ?

-Il est allé voir les comédiens.

Avec une copie du Mariage.

Il a sans doute fait une lecture.

Il faut l'aimer comme il est.

-C'est difficile.

Que pensez-vous de la pièce ?

-C'est la plus brillante.

La plus insolente.

C'est une bombe.

-Il va se retrouver en prison.

-La censure nous le dira.

---

-Chut...

Ça n'a pas d'importance.

(-Ça n'a aucune importance.)

Fais pas cette tête.

T'inquiète pas, c'est ma pièce qu'on va juger.

Je risque pas les galères. -Non, la Bastille.

-J'y serai logé, nourri, et tu t'occuperas de ma femme.

---

-Vous connaissez tout le monde.

-Je n'ai pas ce plaisir.

-Mme Vigée Lebrun représentera la reine.

-C'est un honneur.

Avant tout, j'aimerais que vous sachiez,

mesdames, messieurs,

que je me soumettrai à toutes les corrections

que vous souhaiterez apporter.

La folle journée ou le mariage de Figaro.

Figaro :

"J'étais né pour être courtisan."

Suzanne :

"On dit que c'est un métier si difficile !"

Figaro :

"Recevoir, prendre et demander, le secret en trois mots."

-Ne craignez-vous pas, Pierre,

de heurter certains de nos amis ?

-Baron, s'ils se sentent visés,

ils ne sont pas dignes d'être nos amis.

Figaro : "En prendre ainsi sans besoin ?"

Antonio : "Boire sans soif,

"et faire l'amour en tout temps nous distingue des autres bêtes."

-N'y aurait-il pas là une apologie de la débauche ?

-M. Desfontaines...

vous écrivez vous-même.

Et fort bien.

Vous savez qu'il faut des personnages repoussoirs,

pour exalter les vertus de ceux qu'on donne en exemple.

Dieu a toujours besoin du diable, M. Desfontaines.

"Noblesse, fortune, un rang, des places,

"tout cela rend si fier.

"Qu'avez-vous fait pour tant de biens ?

"Vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus."

(-C'est un peu raide, quand même.)

(-Attendons la fin.)

-"Les cœurs vont en revenir."

Figaro :

"Ma femme et mon bien mis à part,

"tous me feront honneur et plaisir."

Je vous fais grâce des couplets chantés,

car ma voix vous inciterait à la sévérité.

-Vous m'écrasez les pieds !

-Je ne vois plus les miens.

-Inutile d'aplatir les gens.

-De quoi parle-t-il ?

-Du Mariage de Figaro.

-Je ne vais pas au théâtre !

J'ai horreur du théâtre !

Je rentre chez moi, c'est tout !

-Ah, mon ami, j'étouffe !

-C'est à quelle heure ?

-À 6h, le lever du rideau.

-À 6h, trop tard, je serai déjà morte !

-Le carrosse de Monseigneur le Comte de Provence.

Le carrosse de Monsieur le Duc de Chaulnes.

-Venez, venez ma toute belle.

Allons, de l'air, messieurs.

J'en consomme beaucoup.

Brouhaha de la foule

---

Messieurs, je vous en prie.

Pardon, pardon.

Merci, parfait.

-La Duchesse !

-Monseigneur, votre théâtre est grandiose.

-Je le trouve déjà petit.

-Pour Beaumarchais.

Vous inquiétez pas, il écrit peu.

Je vous présente la Duchesse de Chaulnes.

-Madame.

-Ah ! Bonjour !

-Une aile de poulet ?

C'est très léger.

-J'ai pas faim.

-Alors un peu de ce vin ?

Hein ?

À la santé de Figaro.

-J'ai la gorge serrée.

Si vous priiez pour moi.

-Vous n'avez jamais cru en Dieu.

Comme notre pauvre Prince.

-Je ne sais plus.

Coups martelés

---

-Allez, courage.

Premier coup

Votre vie ne dépend pas de cette pièce.

Deuxième coup

-Vous avez raison. C'est plus que ça.

Troisième coup

Musique vive

---

-19 pieds sur 26.

-Figaro, voilà mon chapeau.

Suis-je mieux ainsi ? -Sans comparaison.

-Monsieur, s'il vous plaît.

Excusez-moi, monsieur.

-C'est Beaumarchais !

Acclamations de la foule

---

-Avec de l'esprit, tu pourrais t'avancer dans les bureaux.

-De l'esprit pour s'avancer ?

Monseigneur se rit du mien.

Médiocre et rampant, on arrive à tout.

-Étudiez sous moi la politique.

-Je la sais.

Mais feindre d'ignorer ce qu'on sait,

de savoir ce qu'on ignore,

d'entendre ce qu'on ne comprend pas ;

avoir pour secret

de cacher qu'il n'y en a pas.

Tailler des plumes pour paraître profond,

quand on est creux.

Jouer bien

au malin personnage.

Pensionner des traîtres.

-"Amollir des cachets,

"intercepter des lettres,

"ennoblir les moyens par l'importance des objets :

"voilà la politique, ou je meure."

Le Comte :

"Tu définis l'intrigue !"

Figaro :

"La politique, l'intrigue.

"Comme elles sont germaines, en fasse que voudra."

-Quoi ? Il a écrit ça ?

-Lui seul en a le talent.

-Continuez.

-Contre Anonyme Figaro...

Qualités ? -Gentilhomme.

-Vous êtes gentilhomme ?

-Si le Ciel l'eût voulu, je serais Prince.

Éclats de rire

---

-Je soutiens, moi,

que la conjonction copulative ET

lie les membres de la phrase :

Je paierai la demoiselle ET

je l'épouserai.

-Je soutiens que c'est la conjonction alternative OU

qui sépare les membres.

Je la paierai OU je l'épouserai.

À pédant, pédant et demi.

S'il parle latin, je suis grec.

Je l'extermine !

Éclats de rire

---

-Tiens...

Le courage est revenu.

-Je n'en ai plus besoin.

Écoutez.

---

-Dire que vous ne vouliez pas l'écrire.

-On dirait que Conti est mort

pour m'obliger à tenir ma promesse.

-Ne croyez pas ça.

Conti n'y est pour rien.

-Comment ça ?

-Dans l'état où il était,

il n'aurait pas pensé à vous le rappeler.

Il a fallu qu'on l'aide.

-Et on l'a aidé ?

-Dieu a placé tout près de vous

le meilleur des amis.

-Que je voudrais

bien tenir un puissant de 4 jours.

Si léger sur le mal ordonné

quand une disgrâce a cuvé son orgueil.

Je lui dirais...

Que les sottises ont de l'importance

là où on en gêne le cours.

Sans la liberté de blâmer,

il n'y a point d'éloge flatteur.

Ce sont les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

-Veuillez relire cette réplique.

-"Sans la liberté de blâmer,

"il n'est point d'éloge flatteur.

"Les petits hommes redoutent les petits écrits."

-Assez, je vous prie.

Labordes. -Sire...

-Vous remettrez ça à l'officier de garde.

-Forcé de prendre la route prise sans le savoir.

Comme j'en sortirai, sans le vouloir.

Je l'ai jonchée d'autant de fleurs que ma gaieté me l'a permis.

Encore, je dis ma gaieté,

sans savoir si elle est à moi.

Ni même quel est ce Moi.

Il dit les répliques. Un assemblage informe.

Un animal folâtre, un jeune homme

ayant tous les goûts pour jouir.

Faisant tous les métiers,

maître ici, valet là,

selon la fortune.

Ambitieux par vanité, laborieux par nécessité,

paresseux, avec délices.

-On a martyrisé un mourant ?

-Je l'ai aidé, au contraire.

Il trouvait sa mort inutile.

-Chacun sait la tendre mère

Dont il a reçu le jour

Tout le reste est un mystère

C'est le secret de l'amour

-Ce secret met en lumière

Comment le fils

d'un butor (bis)

Vaut souvent son pesant d'or

(bis)

Par le sort de la naissance

L'un est roi, l'autre est berger

Le hasard fit

Leur distance

L'esprit seul peut tout changer

De vingt rois que l'on encense

Le trépas brise

L'autel (bis)

Et Voltaire est immortel (bis)

-Ce gai, ce fol ouvrage

Renfermait quelques leçons

En faveur du badinage

Faites grâce à la raison

Ainsi la nature sage

Nous conduit dans nos désirs

(bis)

À son but par les plaisirs (bis)

-Or, messieurs, la comédie

Que l'on juge en cet instant

Sauf erreur nous peint la vie

Du beau peuple qui l'entend

Qu'on l'opprime, il peste

Il crie

Il s'agite en cent façons Tout finit par des chansons

(bis)

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Ils chantent en chœur

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-Dégagez la place. Monseigneur va sortir.

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Ovation du public

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Faites place.

Allons, faites place.

Reculez.

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-M. de Beaumarchais.

-Qu'y a-t-il ?

-Je vous arrête.

Sur ordre du roi.

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-J'ai retrouvé ma cellule.

Les gens de la maison sont pleins d'attention.

Cette sollicitude ne me serait d'aucun secours,

si la prison ne sanctionnait la justesse de mon combat.

Voltaire me reprochait d'avoir raison contre tous.

Comme j'aimerais qu'il soit encore là pour constater

qu'enfin, contre un seul homme,

j'ai peut-être raison avec tous les autres.

-M. de Sartine.

-Prépare tes affaires.

Le roi trouve que la punition a assez duré.

-Ainsi le roi punit...

Ainsi le roi lève la punition.

Quand bon lui semble. -Allez, on y va.

-Si je veux. -Pardon ?

-Je ne sortirai qu'à une condition.

Que le roi ordonne la reprise du Mariage.

Et que le conseil assiste à cette représentation.

-Et s'il dit non ?

-Le roi n'a pas dit non.

Et les grands de ce monde

purent applaudir Figaro, sans se douter une seconde,

qu'ils applaudissaient

l'un des actes de naissance de la Révolution française.

Sous-titrage : Vdm

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