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Je m'appelle Pierre.
J'ai 50 ans.
J'avais choisi ma vie...
et puis qu'importe, j'ai l�ch� prise.
J'ai peur de moi.
Je rentre dans le rang.
Postes de man�uvre g�n�rale !\NPostes de man�uvre g�n�rale !
On croit r�ver.
Onoda a seulement dit :
"Je suis un soldat".
Une histoire d'honneur et de\Ndiscipline pouss�e jusqu'� l'absurde.
Rio de Janeiro.
La capitale du Br�sil\Npr�pare fi�vreusement le carnaval.
Sur les collines qui entourent\Nla ville, dans toutes les favelas...
- Larguez arri�re.\N- Arri�re largu�.
- Gouvernez au 215.\N- Gouvernez au 215.
- En route au 215.\N- Bien.
- La barre est 5 � gauche.\N- La barre est 5 � gauche.
- La barre est 5 � gauche.\N- Bien.
- 2 machines avant 1.\N- 2 machines avant 1.
- Les 2 machines sont r�gl�es avant 1.\N- Bien !
- Gouvernez au 217.\N- Gouvernez au 217.
- A gauche, 10.\N- A gauche, 10.
- Je prends !\N- Le commandant prend la man�uvre.
A gauche, 25.
Z�ro la barre !
- La barre est � z�ro.\N- Bien.
- A droite, 25.\N- A droite, 25.
- La barre est 25 � droite.\N- Bien.
- Z�ro la barre.\N- Z�ro la barre.
- La barre est � z�ro.\N- Bien, � vous le soin.
Merci, Commandant.
- Excusez-moi, Commandant.\N- Vous n'avez pas � vous excuser...
et � dire merci pour un sup�rieur.
Oui, Commandant.
- Gouvernez au 218.\N- Gouvernez au 218.
En prenant la man�uvre, on dit : "je prends".
Oui, Commandant. Je prends !
24 janvier, 17 h 05.
Le Jaur�guiberry met le cap au 270.
Cap sur les bancs de Terre-Neuve.
Docteur, il y a du caf�\Nchaud dans la chambre des cartes.
Branle-bas !\NPetit d�jeuner de l'�quipage !
- Bonjour, Commandant.\N- Bonjour, Chef.
J'ai autrefois particip�\N� une charge au clairon...
en... 48...
sur le fleuve.
On entendait brailler un bless� � la radio.
Un Fran�ais.
Les Vietnamiens, eux, meurent en\Nsilence dans leur trou, comme les chats.
Willsdorff, vous connaissez ?
On l'appelait le "Crabe-Tambour".
En vietnamien.
On ne passera pas.
Poussez !
En vietnamien.
Commandant ! La radio ne\Nmarche plus, encore une fois.
Bocheau !
J'ai bien peur qu'on ne boive\Nplus jamais son pastis d�gueulasse.
C'est bien possible.
Sonne la charge ! �a les excitera.
J'ai pas appris.
Sonne n'importe quoi, quelque chose de gai.
Le branle-bas !\NTu pouvais pas trouver autre chose ?
- C'est plus gai que l'appel des consign�s.\N- T'as raison.
- Je peux vous faire un pot-pourri.\N- Oui.
Vas-y.
T'es superbe.
Enfin, faut pas exag�rer, t'es pas mal.
Tout y est pass�.
La doubl�e � l'�quipage,\Nle branle-bas de combat...
l'extinction des feux, la soupe, tout.
On est arriv�s juste � temps.
Ils ont d�tal� quand ils\Nvous ont entendus sonner.
Vous allez me gouter\Ncelui-l�, je crois qu'il est bon.
- Toujours aussi d�gueulasse.\N- On s'y fait, hein ?
Bois, trompette.
Il est pas bon.
Si, il est bon.
Feux rouge et blanc fixes par travers b�bord.
Bien.
Mauvais clairon, mais...
dans la vie civile, Bocheau\Njouait de la trompe de chasse.
J'en ai trouv� une � Sa�gon.
Feux rouge et blanc 2 quarts b�bord.
Bien.
Le commandant n'aime pas qu'on parle\Nsur sa passerelle en dehors du service.
Vieux crabe, on ne parle pas sur ta passerelle.
Bien.
Il n'y aura plus de\NCrabe-Tambour avec son chat.
Ni de trompe de chasse sur le fleuve.
En vietnamien.
Prenez-le !
Comment tu t'es retrouv� dans la Marine, toi ?
Ben, je suis fran�ais...
r�fugi� politique.
J'ai cass� la gueule � un type chez nous.
Il est ministre maintenant.
En dialecte africain.
En dialecte africain.
Le commandant vous prie � d�jeuner...
� 12 h 30.
Entrez !
On change de route.
Il bouge un peu, trop charg�\Ndans les hauts, mais il est bon.
Je vous en prie.
J'ai vu ce matin votre...
r�fugi� politique, votre...
"N�gre de Narcisse".
Bongo Ba ?
Oui, il vidait les poubelles\Net nettoyait les trottoirs.
Naturalis� Fran�ais,\Nje ne sais par quel miracle...
il a fait son service dans la Marine.
Il a d� raconter qu'il\N�tait piroguier sur l'Ogoou�.
En tout cas, il jure de fa�on splendide.
Il est venu me voir avant l'appareillage...
il �tait content, il voulait rempiler, mais...
la Marine n'en veut plus, il est illettr�.
Laissez-nous.
Je vous ai entendu sur la passerelle.
Je connais bien votre ami.
C'est moi qui l'ai retrouv� aux iles Maldives.
Pas une �pave.
Non, il avait encore ses 2 m�ts...
mais pas de gouvernail.
Il y avait eu ce cyclone\Ndans le golfe du Bengale.
- Faites parer une embarcation.\N- D'accord.
Qu'est-ce que vous voulez ?
- Venez me chercher demain matin.\N- Bien, Commandant.
Il m'a beaucoup parl� de vous.
L'opium, c'est moi qui lui\Nai conseill� d'en embarquer...
c'est un excellent rem�de.
J'aurais d� �tre l�-bas avec lui.
Il m'avait dit : "Il faudra\Nun jour quitter l'Indochine...
pour toujours.
On ach�tera une jonque, et on\Nrentrera � la voile, 4 mois de mer.
Apr�s, �a ira mieux".
Il avait �t� invit� �\Nd�ner par le V�n�rable Luong.
Une sorte de proph�te fou.
Il s'�tait ralli� aux Fran�ais.
Willsdorff l'avait d�gag� une nuit\Npar une de ses charges au clairon.
En vietnamien.
En vietnamien.
En vietnamien.
En vietnamien.
La Crabe-Tambour est\Nvenu sous le ciel du Sud...
il a lav� son armure dans notre fleuve.
Nos ennemis le fixent d'un regard aveugle...
comme s'ils voyaient le soleil.
En vietnamien.
Rien que des t�tes coup�es.
La vieille leur allumait des cigarettes...
pour faire plus vivant.
C'est cette nuit-l� qu'on a\Nd�cid� : le jour o� il faudra partir...
on rentrera � la voile, 4 mois de mer.
Apr�s, �a ira.
Il voulait profiter de\Nla mousson du nord-est...
pour filer sur Singapour\Net le d�troit de la Sonde.
Mais en 53...
on a �t� s�par�s,\NWillsdorff est rest� dans le Delta...
et je suis parti pour Muong-La�,\Nsur la haute Rivi�re Noire.
Mon op�rateur radio a capt� :
"Lieutenant de Vaisseau Willsdorff...
port� disparu, pr�sum� mort".
- �a va, Commandant ?\N- Alors, Commandant ?
�a va, les enfants.\NOn va essayer de se tirer.
Capitaine, hein ?
A la fin de la guerre, quand il a\N�t� lib�r�, je suis all� le chercher.
La premi�re chose qu'il m'a dite :
"Mon vieux, c'est maintenant\Nqu'il faut trouver notre jonque".
Physiquement, il avait\Nbien support� sa captivit�.
Un peu de b�rib�ri, paludisme, dysenterie.
3 mois plus tard, il\Nsemblait avoir retrouv� sa forme...
mais il avait chang�.
En vietnamien.
C'est un ami.
Je l'ai connu en mer de Chine.
Il est peut-�tre un peu trafiquant.
Superbe !
En vietnamien.
En vietnamien.
- La voil�, notre jonque !\N- Non, pas pour moi.
Il a achet� la jonque.
- Et je ne suis pas parti.\N- Pourquoi ?
Adieu, vieille Europe,\Nque le diable t'emporte...
comme nous disions � l'�poque.
Je ne savais pas ce que j'allais faire.
Quitter la Marine, �videmment.
Mais ce que je savais, c'est que...
je ne voulais pas partir.
Vous avez quand m�me fini par rentrer.
Oui, l'ann�e derni�re.
Arriv�e en provenance de Sa�gon...
vol Air France 602...
porte 45.
Docteur !
Babourg !
C'est plus comme en 48.
On leur en a fait voir, vous vous rappelez ?
Le fleuve, putain !
Le petit midship...
vous savez, celui qui avait le chat noir...
celui-l�.
Vous savez, votre ami...
qui commandait toute la flottille.
Il avait un nom de boche.
Le Crabe-Tambour, qu'on l'appelait.
Ah, le con !
Bonjour messieurs.
Qui est de quart ?
C'est moi.
Bonjour.
Excusez-moi, Lieutenant,\Nquartier-maitre Babourg.
Je prends le commandement\Nde la flottille � midi.
En attendant, vous feriez bien de...
Nous ne sommes pas des\Nhussards de la mort, n'est-ce pas ?
Bien, Commandant.
Faites aussi barbouiller tous ces...
Nous ne sommes pas des\Nchasseurs de t�tes non plus.
Merci. A tout � l'heure, messieurs.
Vous avez entendu ?
Une bi�re !
Putain, c'est un innocent !
La fille au chinetoque, le marchand de soupe...
elle avait un ticket pour lui, putain !
Allez, remets-nous �a.
Si, si, c'est pas tous les jours.
Reste avec moi.
Comment il s'appelait, d�j�, le vieux fou ?
Ah oui ! Le V�n�rable, qu'on l'appelait.
Tu te rappelles ?
Toi, boit trop, boit beaucoup trop !
En vietnamien.
Toi, toujours casser mes couilles.
Encore casser mes couilles.
Putain !
Ici, c'est triste comme la mort.
En vietnamien.
Laisse-moi.
Y'en a marre, de toutes ces histoires.
Moi aussi, j'en ai marre.\NTout �a, c'est fini, termin�.
Barre-toi, barre-toi vite.
Sauve-toi avant qu'il soit trop tard.
Barre-toi, sinon, t'es foutu.
Et vous avez demand�\Nvotre r�int�gration � la Marine ?
Oui.
Pourtant, la client�le\Npriv�e, �a marche tr�s bien.
Tr�s bien, oui.
3 galons, � votre �ge !
Aux Maldives, Willsdorff disait\Nqu'il avait 2 amis, vous et son chat.
Sale b�te.
J'ai eu comme l'impression d'�tre abandonn�.
Ouais.
Ce fils de Satan a quitt� le bord...
juste avant qu'on tombe dans cette embuscade...
et que je sois fait prisonnier.
Pr�sum� mort.
Merci.
Attendez.
Oh ! Prenez-le.
C'est ma conscience.
Comme vous voyez, elle est toute noire.
Et pas si jolie � regarder.
Tiens !
Et comme vous voyez aussi...
elle est incorruptible.
Apr�s ma lib�ration, je l'ai retrouv�...
tranquillement install� dans\Nles cuisines de la base navale.
Vieux rat ! D�serteur !
Proph�te de malheur !
Bien.
Bien. 18 n�uds.
Pr�venez-moi quand vous l'aurez au radar.
Un yacht en difficult�s.
Il a d�j� un chalutier anglais aupr�s de lui.
Vous l'avez revu ?
Excusez-moi.
Nous serons � la verticale dans 10 mn.
Lima Novembre, bien re�u.
On pousse � 22 n�uds, le yacht a chavir�.
Les Anglais ont rep�ch�\N2 hommes et une femme...
et il y en a encore une\Nqu'ils n'ont pas retrouv�e.
Il souffre.
S'il n'y avait pas cette femme...
- Quelle femme ?\N- Celle du yacht.
On marche beaucoup trop vite\Ndans cette mer, le bateau souffre.
On risque de casser quelque chose.
Willsdorff, vous l'avez revu ?
Je vais sur la passerelle.\NLevebvre !
Ne m'attendez pas.
Vous le verrez sur les bancs.
Il est capitaine d'un chalutier.
Le "Shamrock", de F�camp.
Sur les bancs, on l'appelle l'Alsacien.
Ah, Docteur, j'oubliais :
sur la passerelle, on ne\Nparle que pour raison de service.
Venir au 130.\N110 tours seulement les 2 machines.
- Venir au 130.\N- Bien.
- Les 2 machines r�gl�es � 110.\N- Bien.
En route au 130.
De Yankee Fox, euh Yankee Zoulou sur zone...
Paris. Il y aurait pr�s d'un\Nmillion de ch�meurs en France...
d�s � la crise �conomique, et la\Nsituation devrait encore s'aggraver.
P�kin. Dans une interview\Ndiffus�e par l'Agence Chine Nouvelle...
monsieur Chou En Lai d�clare :\N"La guerre nucl�aire est in�vitable...
et toutes les nations du\Nmonde doivent s'y pr�parer".
Sa�gon. La pression des\NNord-Vietnamiens s'accentue...
sur les plateaux montagnards\Ndans le secteur de Ban Me Thuot.
Apr�s de durs combats,\Nl'arm�e sud-vietnamienne...
aurait �t� contrainte\Nd'�vacuer le poste cl� de Ban Ho.
Ban Ho !
Je m'y suis fait faucher\Nma montre par un singe.
Je l'avais d�pos�e sur une pierre\Npour me baigner dans le torrent.
Communication g�n�rale !
Ici le commandant.
Nous abandonnons les recherches.
La femme a �t� retrouv�e morte.
Nous remettons le cap sur les bancs.
Fin de communication.
Cap � l'ouest.
Cap sur le Crabe.
Votre Crabe-Tambour, Docteur.
Pourquoi croyez-vous qu'il\Na demand� cette mission ?
�a fait 12 ans qu'il n'a pas pris la mer.
Depuis le putsch d'Alger.
Pourquoi ? Il y a particip� lui aussi ?
Ah non, pas lui !
Tout � fait contre.
Tout � fait.
Je croyais que vous l'aviez fait expr�s...
sur la passerelle.
- Expr�s, quoi ?\N- Votre charge au clairon.
Willsdorff, vous connaissez ?
Vous connaissez ?
Le Vieux �tait tout le temps l� � �couter.
Mais, alors...
vous aussi, vous �tes un...
un innocent.
Hein ?
Vous ne savez pas qu'il\Nveut revoir l'homme qui l'a...
L'officier des p�ches\Nest demand� � la passerelle.
Ne refaites pas votre\Nnum�ro sur cette histoire, Chef.
L'homme qui l'a...
Qui l'a quoi, Chef ?
Qu'est-ce qu'il y a donc l�-haut\Npour agiter ainsi le c�ur de l'homme ?
Rien.
Bien moins que dans ce verre.
Sant� !
Pourquoi veut-il le revoir ?
Docteur, si vous m'offrez un autre\Ncognac, je vous raconterai une histoire.
L'histoire d'un homme qui,\Nlui, a vu ce qu'il voulait voir.
Je vous vois venir, Chef, encore\Nune histoire de votre recteur fou.
Non, pas fou, seulement un peu d�rang�.
La Saintet� et le gwin ru, vous savez, le...
le vin rouge d'Alg�rie � 14�.
Je le sais, parce que j'ai �t� son enfant\Nde ch�ur, chez moi, en pays Bigouden.
Le pays Bigouden, c'est le menton de la France.
Regardez cette carte.
Regardez cette t�te d'aigle\Nqui avance dans l'Atlantique.
Vous voyez les C�tes du Nord...
le Conquet...
Brest...
la presqu'ile de Crozon...
la pointe du Raz...
et alors �a, c'est le pays Bigouden.
Cassius Clay, Muhammad Ali, tous\Nles proph�tes peuvent taper dessus.
Rien, �a bouge pas.
Toutes les temp�tes de\Nl'Atlantique tapent dessus.
Il faut le voir, l'hiver, par vent d'ouest.
Un soir...
il y a 15 ans de �a...
Et voici qu'un ange du\NSeigneur m'est apparu en songe.
Il m'a dit :
"Bient�t, un signe traversera le ciel.
Ne crains pas de prendre avec toi tes brebis...
et de suivre le signe".
- All�luia !\N- All�luia ! All�luia !
Ils ont tous cru en sa vision, ces Bigoudens.
Ne riez pas.
Nous, on croit � l'Ankou.
L'Ankou, c'est l'ange de la mort...
homme de peu de foi.
Quand vous �tes pris d'un frisson...
comme �a, sans raison...
les vieux disent...
que c'est la mort qui passe.
Elle passe, elle passe...
- un jour, elle s'arr�te.\N- Amen !
J'aime mieux vos histoires de\Nfossoyeurs ou de pendus au calvaire.
Vous, le lieutenant d'infanterie, vous\Nferiez mieux d'apprendre � conduire...
proprement ce bateau,\Nau lieu de dire des �neries.
Que savez-vous des Bigoudens ?
Ils ont la t�te dure, oui, mais...
des �mes de petits enfants.
Ils ont tous cru en sa vision.
Et en v�rit�, un signe apparut.
Une grande fl�che...
une nu�e blanche qui traversa\Nle ciel, le doigt du seigneur...
tendu vers l'est.
Tous les jours de temps clair...
ils virent le signe.
Mais le Seigneur voulait\Ncertainement les �prouver...
car, si le matin, il leur d�signait l'est...
l'apr�s-midi, c'�tait l'ouest.
Et ils rebroussaient chemin.
Marches, contremarches...
en chantant des cantiques\Net en buvant du vin rouge.
Rien ne vous dess�che la gorge\Ncomme ces histoires de marche � pied.
Gardez ce cognac, Docteur !
Hein ?
Alors ?
Finissez l'histoire de votre\Nvieux fou qui voit des signes...
si vous le pouvez.
Pas un fou...
seulement un peu d�rang�.
Bravo ! Bons r�flexes !
Vous ne croyez pas aux signes, hein ?
Pauvre innocent !
Qu'est-ce que vous croyez que vous faites ici ?
Vous aussi, vous guettez\Nsur votre �cran radar un �cho...
un signe...
qui donne le cap � votre homme de barre.
Et vous aussi, vous suivez un vieux crabe...
qui passe son temps � regarder la mer.
Pas de philosophie de bistrot, Chef.
Vous ne savez plus\Ncomment terminer votre histoire.
Ils ont tous fini par arriver.
Ils sont arriv�s � Orly.
- All�luia !\N- Compl�tement idiot.
O� est le signe, Chef ?
C'�tait l'ann�e du\Npremier vol New York-Paris...
en Boeing 707.
Cap � l'est le matin, � l'ouest le soir.
Levez le nez en l'air, et vous verrez...
homme de peu de foi.
Ces jeunes gens nous mangeraient\Nbien des petits p�t�s sur la t�te.
C'est pas une histoire dr�le, Docteur.
Ils sont jamais arriv�s � Orly, bien s�r.
Mais...
ils ont march�, march�, et puis...
l'un apr�s l'autre, ils l'ont abandonn�.
Et le matin du\N7�me jour, dans un chemin creux...
ils l'ont retrouv� mort, notre vieux recteur.
2 f�vrier.
Premi�re prise de contact avec\Nles chalutiers sur le Grand Banc.
J'ai un gars qui s'est bless� au\Ngenou, �a n'est peut-�tre pas grave...
mais j'aimerais bien qu'il voit le docteur.
Oui, je vous envoie le dinghy.
Jaur�guyberry, j'�coute.
Maintenant, j'ai mon chalut � bord...
je me dirige vers vous, avant que\Nvous ne remontiez votre dinghy...
je pourrai vous passer mon courrier.
�a va demander 5 mn, et\Npour le temps que j'arrive...
je pense que vous aurez\Npratiquement fini avec le Vidal.
Ils sont 32 dans le golfe du Saint-Laurent...
dans un rayon de 12 nautiques.
Des Espagnols, des Allemands.
Terre-Neuve.\NSaint-Pierre-et-Miquelon.
Ici, le Jutland, sur le banc de Misaine.
Le Joseph-Brotier, sur la queue du Grand Banc.
3 ou 4 ici, sur le Trou de la Baleine.
Le "Shamrock" de votre\Nami, il est quelque part l�-bas...
� la limite des glaces, au Labrador.
Vous l'avez d�j� rencontr� ?
- Jaur�guiberry ?\N- Vous �tes o� par rapport � moi ?
Je suis tout pr�s de vous, l�, tout pr�s...
sur b�bord arri�re.
Ah, ok, ok.
- Il y a longtemps que vous le connaissez ?\N- 2 ans. Apr�s son amnistie...
il est devenu marin-p�cheur\Nsur la "Marie-de-Gr�ce".
Tout le monde connait\Nson chat noir sur les bancs.
Il l'appelle "monsieur ma conscience".
- P�cheur. Simple p�cheur.\N- Un th�, s'il vous plait.
Non.
Le commandant m'avait demand�\Nd'aller le voir au sujet de Bongo Ba.
Notre r�fugi� politique ?
A d�faut de rempiler, Bongo Ba\Nvoulait embarquer sur un chalutier.
Le commandant voulait\Nque j'en parle � l'Alsacien.
Votre ami a accept� de le prendre.
Bongo Ba ne ramassera plus les poubelles.
C'est lui qui me l'a donn�e.
Il y en avait une demi-douzaine dans\Nla chambre des cartes du "Shamrock".
Je crois qu'il les avait tous\Nfaits quand il �tait en prison.
Une bouteille pleine\Nde vin, c'est d�j� du r�ve.
Mais avec un bateau dedans...
toutes voiles dehors...
Un marin prisonnier qui ne met pas\Nun bateau en bouteille, vous savez...
Gardez-la.
Je vous la donne.
Dites � votre commandant\Nque je le prendrai, son n�gre.
Dites-lui aussi que...
rien.
Pourquoi le commandant n'a-t-il pas\N�t� voir lui-m�me le Crabe-Tambour ?
Il y a eu cette salade\Nentre eux � Mers el-K�bir...
au moment du putsch des g�n�raux, en 61.
Ensuite, il a d�pos� pour lui � son proc�s.
Et...
il y a eu un incident p�nible.
Ecoutez, Docteur, c'est pas � moi d'en parler.
D'ailleurs, tout s'est pass� � huis clos.
Depuis 15 jours, assistance � chalutiers...
courrier, vivres frais, pi�ces de rechange...
des malades, la routine.
La tourn�e du facteur.
Mais regardez-les, ils vont se\Nfaire aspirer par la rampe arri�re !
Les marins-p�cheurs m�contents bloquent...
tous les ports de l'Atlantique et de la Manche.
Phnom Penh.
Il y a cin�ma ce soir, Docteur.
Le convoi de vivres et de\Nmunitions parti du Sud-Vietnam...
n'a pas pu franchir le\Nblocus des Khmers Rouges.
Docteur ! Vos malades\Nsont d�j� dans la coursive.
Toujours pas de nouvelles des\Notages d�tenus depuis 36 heures...
� bord du Boeing japonais d�tourn�\Npar des terroristes palestiniens.
New York, les habitants de...
- C'est ton premier embarquement ?\N- Non, mais ce sera mon dernier.
Trop dur, j'ai trouv� un poste\N� terre � la SFIM de Concarneau.
Avant, j'�tais sur le "Shamrock"...
un classique.
Bouge pas.
- Compresses.\N- L'Alsacien, un fou avec un chat noir.
Il l'appelle "ma conscience".
Il a fait peindre des yeux �\Nl'avant, comme sur un bateau chinois.
Il a des soldats d'Indochine\Net d'Alg�rie dans son �quipage.
Il dit que la p�che � la morue...
c'est comme la chasse aux\Nsous-marins pendant la guerre.
Compl�tement dingue !
Le commandant vous prie � d�jeuner � 12 h 30.
Docteur, je vous ai demand� de...
de venir d�jeuner avec moi, parce que je...
j'ai pass� � travers la visite m�dicale...
mais je sais que vous, je ne\Npourrai pas vous tromper longtemps.
Je suis malade.
C'est mon dernier commandement.
Et si ce que Willsdorff m'a dit de vous\Nest vrai, je sais que vous allez m'aider.
Cancer ?
Poumon ?
Vous savez ce que �a signifie\Nsi on enraye pas les m�tastases.
L'�touffement, tr�s �prouvant � la fin.
Mais je sais tout �a. Ce que je\Nveux, c'est commander le bateau.
Nous n'avons pas � bord\Nles m�dicaments n�cessaires.
J'ai ce qu'il faut,\Nmon m�decin de famille m'a...
M�decin de famille.
Bon !
Parlez-moi de...
Willsdorff.
Je l'ai revu en Alsace en 60...
� l'enterrement de son fr�re, tu� en Alg�rie.
Je commandais la flottille du Rhin.
Son fr�re �tait adjudant-chef,\Nvous le connaissiez ?
2 s�jours en Indochine...
les Allemands l'avaient mobilis� en 42...
la retraite de Courlande, etc.
Oui, un vieux soldat.
Mort comme un soldat.
Reposez...
armes !
Seigneur, dis seulement une parole...
et ce soldat sera gu�ri.
Car moi qui suis soumis � des sup�rieurs...
j'ai des soldats sous mes ordres...
et je dis � l'un "va", et il va...
� l'autre "viens", et il vient.
J�sus r�pond :
"Va ! Et qu'il te soit fait selon ta foi".
Bonne oraison.\NQu'il nous soit fait selon notre foi.
Notre foi en la rectitude de nos choix.
Il a mis 12 heures � mourir...
le ventre d�chir�.
Il commandait une compagnie de harkis...
dans le djebel Amour.
Revenu du front de l'est\Nen 45, son fr�re lui avait dit :
"Je me suis battu comme un\Ndiable pour ces cochons de Boches.
J'ai toujours souhait�\Nla d�faite de l'Allemagne...
mais chaque fois qu'on �tait\Nengag�s contre les Russes...
j'ai fait ce que j'ai pu pour gagner...
parce que gagner, c'�tait ma survie\Net celle de mes camarades de combat.
On fait le contraire de ce qu'on veut".
Mon fr�re avait tort. Moi, je\Nne ferai que ce que je crois juste.
Balivernes !
Le choix de l'homme n'est pas\Nentre ce qu'il croit le bien et le mal...
mais entre un bien et un autre bien.
Il faut choisir.
Croyez-vous aussi\Npeut-�tre qu'il �tait un innocent ?
El Madjnoune...
comme l'avaient baptis� ces abrutis\Nde B�douins qui l'avaient captur�.
Le Conqu�rant de l'Arabie.
Voil� comment �a s'est pass�...
Laissez-la moi !
Aux Maldives, je lui ai fait refaire\Nson gouvernail par mon charpentier.
Il l'a reperdu � l'entr�e de la Mer Rouge.
Sa jonque �tait trop vieille, pourrie.
Il s'est fait capturer par des dissidents...
des Danakils...
� bord d'un boutre.
Ne faites pas �a !
�a va !
Il y a un moment pour tout.
Un temps pour enfanter\Net un temps pour mourir.
Un temps pour planter...
et un temps pour arracher les plants.
Un temps pour tuer...
et un temps pour gu�rir.
Un temps pour pleurer...
un temps pour rire, et un temps pour g�mir.
Un temps pour lancer des pierres...
et un temps pour en ramasser.
Un temps pour aimer et un temps pour ha�r.
Un temps pour la guerre...
et un temps pour la paix.
- Hein ?\N- El Madjnoune !
Il �tait leur esclave, portait l'eau\Ndans une outre en peau de bouc.
Toujours � guerroyer contre\Nles tribus voisines, ces Danakils.
Pour un oui, pour un non,\Nils tiraillent sur des cailloux.
Tr�s mauvais tireurs.
Ce jour-l�, ils visaient une pierre blanche\Nsur un rocher noir au milieu de la vall�e.
Encore loup� !
Hein ?
Ah !
El Madjnoune !
El Madjnoune !
La Marine a marchand�\Nson rachat pour 5 vieux fusils.
300 thalers d'argent...
voil� le prix de votre ami.
Vous pouvez l'imaginer\Nen chef de harka en Alg�rie.
En me quittant apr�s\Nl'enterrement de son fr�re, il a dit :
"Mon fr�re aurait pr�f�r�\N�tre enterr� l� o� il est tomb�.
Je vais aller le remplacer l�-bas".
Et puis, il y a eu le\Nputsch des g�n�raux d'Alger...
et toute la suite.
Postes de man�uvre dans la machine.
Vous voulez que je prenne la man�uvre ?
Non, il se d�brouille fort bien.
- N'ayez pas peur de forcer le bateau.\N- Bien, Commandant.
J'ai mis du monde sur l'aileron.
�a y est, j'ai largu� la bou�e postale.
Loupez pas notre courrier,\NBobonne serait pas contente.
L�, Lieutenant !\NOn voit la flamme du phoscar !
- B�bord arri�re 2.\N- B�bord arri�re 2.
- A gauche 25.\N- A gauche 25.
- B�bord r�gl� en arri�re 2.\N- Bien.
- Z�ro la barre.\N- Z�ro la barre.
- La barre est � z�ro.\N- Bien.
Stoppez !
Bou�e saisie.
Bou�e saisie.
Bou�e saisie.
Bou�e saisie.
Les 2 machines en avant 1.
- R�glez � 90 tours.\N- La route au 120.
Bien.
- Qu'est-ce que vous avez ?\N- Rien, Commandant. Non, rien.
Alors, mettez le cap sur le Bonnet Flamand.
12 noeuds. Inutile de nous\Ncouvrir de glace avec cette mer debout.
- A droite, 15.\N- A droite, 15.
- La barre est 15 � droite.\N- Bien. Venir au 120.
- Venir au 120.\N- 105 tours des 2 machines.
Hein, Docteur ?
Hein, Chef ?
Bon, c'�tait bien, mais attention !
Docteur !
J'aimerais vous voir dans un moment.
La parabole de talents, vous connaissez ?
La derni�re...
avant le baiser de Judas, le\Nreniement de Pierre et la crucifixion.
La plus terrible de toutes.
Qu'as-tu fait de ton talent ?
Docteur, faites-moi une intraveineuse.
Vous �tes en train de vous tuer.
Je vous demande\Nseulement de me faire une piq�re.
Pour �a, il y a un\Ninfirmier � bord, Commandant.
Tout �a n'a aucune importance, Docteur...
le second prendra ma place,\Nce qui compte, c'est le bateau.
- Le bateau ?\N- Le bateau.
Les hommes, vous savez...
sans un bateau, nous ne valons pas cher.
Ne restez pas plant� l�, ce que\Nvous avez d�cid� de faire, faites-le vite.
La mort n'est pas si terrible.
Je le sais, parce que\Nje suis d�j� mort une fois.
Enfin, presque.
Pourquoi avez-vous attendu si longtemps...
pour reprendre un commandement � la mer ?
Je n'avais plus l'intention\Nde naviguer, et puis, euh...
Et puis...
il y a une chose que je veux faire avant.
Qu'est-ce que vous avez\N� me regarder comme �a ?
Je regarde l'effet de l'ordonnance\Nde votre m�decin de famille.
Pas tr�s brillant.
Pas de sermon, Docteur, �a ne servirait � rien.
Et �a me mettrait de mauvaise humeur.
Alors, vous �tes d�j� mort une fois ?
Je n'aime pas parler de moi, c'est...
cette drogue.
Rel�ve de quart. La 4�me\Ndivision aux postes de navigation.
Toute ma vie, j'ai mont� la garde.
Sentinelle.
J'ai fait ce que j'ai cru �tre bien.
Une fois seulement, j'ai...
Mais dites-vous bien une chose,\NDocteur, rien n'est jamais acquis, jamais.
Pas de garde-fou.
A chaque instant, on peut tr�bucher et tomber.
M�me lui.
Souvenez-vous, au dernier moment :
"Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonn� ?".
Mais vous le savez bien, docteur,\Nc'est �crit dans tous les livres.
Et votre ami, croyez-vous\Nqu'il n'ait jamais tr�buch� ?
Faut pas essayer de discuter, y'a rien � dire.
Seulement : non.
C'�tait 3 mois apr�s sa\Nlib�ration, il m'avait dit :
"Je me suis fait peur.
J'ai d�couvert en moi tout ce que je d�teste.
Un chien qui veut vivre � tout prix.
L'ignoble salive du chien de Pavlov.
Ils voulaient qu'on\Nsigne contre la sale guerre...
injuste et criminelle, comme ils disaient.
"Un soldat prisonnier n'a qu'�\Nfermer sa gueule, un point, c'est tout".
M�me...
m�me si tous leurs\Narguments n'�taient pas idiots".
Le jour de leur lib�ration,\Nson chef de camp leur avait dit :
"Adieu, et bonne chance � tous".
C'�tait certainement pas dans son manuel.
Il �tait tout droit.
Il me regardait.
J'ai cru lire une �motion dans ses yeux.
Comme une sorte...
d'humidit�.
Que peut-on lire dans des yeux noirs ?
Puis...
il a fait 2 pas en avant.
Voil� comment �a s'est pass�.
Tr�s difficile de dire non...
de refuser une main tendue.
Pour bien comprendre ce que je\Nviens de faire, il faut que tu saches.
Beaucoup de camarades sont morts.
De faim, de maladie...
de d�sespoir, par la faute de ce chef de camp.
Beaucoup.
Chef, avez-vous une Bible ?
Quoi ?
Pourquoi, vous avez tu� un de vos clients ?
Je voudrais relire la parabole des talents...
le commandant m'en a parl� tout � l'heure...
je ne m'en souviens plus.
Parabole des talents ?
A coups de marteau, il nous\Na enfonc� �a, notre vieux recteur.
Celui qui ne fait pas fructifier...
ce qu'il a re�u du Seigneur...
sera jet� dans les t�n�bres.
Sant� !
Et...
qu'est-ce qu'il vous en a dit, le commandant ?
Rien.
Lui, bien s�r, il ne parle pas.
Qu'as-tu fait de ton talent ?
Vous croyez qu'il se pose la question ?
Tout le monde se la pose un jour ou l'autre.
Oui, sans doute.
Son affaire avec votre\NCrabe-Tambour lui reste sur l'estomac.
Quoi...
m�me l�-bas au Sud-Vietnam,\Nvous avez entendu parler du putsch ?
Et de ce qui a suivi ?
Bon.
Votre ami y �tait jusqu'au cou.
Beaucoup h�sitaient.
Pour notre Vieux, pas de probl�me, discipline.
Vous pouvez l'imaginer...
la Marine est, et reste fid�le � la R�publique.
Point.
Moi, j'�tais � Mers el-K�bir\Navec lui au moment du putsch.
Le premier jour...
j'ai vu arriver un grand escogriffe...
avec un chat noir.
Conduisez-moi au chef d'�tat-major.
Ils sont rest�s plus\Nd'une heure en t�te-�-t�te.
Personne ne sait ce qu'ils se sont dit, mais...
votre ami a d� �branler les\Ncertitudes du Vieux, parce que...
Il m'a bien fait rire, le vieux crabe.
Il l'a laiss� repartir au lieu de l'arr�ter...
comme il en avait eu l'intention.
Quand est-ce que Willsdorff a �t� arr�t� ?
Un an plus tard...
� cause de son chat.
Oui, sa fiche de recherche mentionnait :
"souvent accompagn� d'un chat noir".
Mais, qu'est-ce qui s'est\Npass� v�ritablement au proc�s ?
Un huis-clos, mais...
tout finit par se savoir quand m�me.
Un des 2 gendarmes, un breton...
il tient un bistrot � Saint-Pierre,\Nmaintenant, "la Morue Joyeuse"...
il �tait dans le box � c�t� de l'accus�.
A la fin du plaidoyer du Vieux...
... en Indochine et en Alg�rie,\No� il a a servi sous mes ordres.
Le Lieutenant de Vaisseau\NWillsdorff est all� remplacer...
son fr�re, tu� en Alg�rie.
Je l'avais rencontr�, et il m'a dit alors :
"Je ferai ce que je crois juste".
Commandant...
� Mers el-K�bir...
vous m'aviez donn� votre parole...
que quelle que soit l'issue du putsch...
vous donneriez vous aussi\Nvotre d�mission de la Marine...
quand tout serait fini.
J'ai d�missionn�.
M'avez-vous donn� votre parole d'officier ?
Oui.
Il n'a rien ajout�.
Votre ami non plus.
Il a peut-�tre compris\Nqu'il venait de tuer le Vieux.
10 mn plus tard, il �copait de ses 20 ans.
Je croyais que vous saviez tout �a,\Nen racontant votre charge au clairon.
Willsdorff, vous connaissez ?
Mouais.
Mais pourquoi le\Ncommandant n'a pas d�missionn� ?
Mais il a donn� sa d�mission, je le sais.
Mais la Marine l'a refus�e, ils\Nlui sont tous tomb�s sur le dos.
Les amiraux, les anciens des\NForces Navales Fran�aises Libres...
le ministre...
m�me Dieu le P�re, l�-haut, le G�n�ral :
- "Retirez votre d�mission, c'est un ordre".\N- Mais pourquoi ?
Raison d'�tat.
Pas question que des officiers d�missionnent...
pour des �tats d'�me, et\Nsurtout pas notre commandant.
Surtout pas lui.
Ne le jugez pas, Docteur.
Ne le jugez pas, qui �tes-vous pour le juger ?
C'est comme �a que notre vieux\Ncrabe s'est fait voler son talent.
3 mars...
le Jaur�guiberry entre dans les\Npasses de Saint-Pierre-et Miquelon.
Il fait froid, moins 10 degr�s centigrades.
- Je prends.\N- Le commandant prend la man�uvre.
Postes de man�uvre g�n�rale.
Postes de man�uvre g�n�rale.
Les 2 machines avant 2.
Stoppez !
Les 2 machines arri�re 2.
Stoppez !
- La barre est 15 � gauche.\N- Bien.
Machines stopp�es.
Bien.
B�bord arri�re 1.
- B�bord est parti en arri�re.\N- Bien.
Stoppez !
Termin� pour la machine.
Vous avez entendu ?
6 !
6 ordres, pas un de plus, je les ai compt�s.
�a, c'est le Vieux.
Y'a que le Vieux pour man�uvrer comme �a.
6 !
C'est dr�le.
D'habitude, les m�decins de\Nl'assistance � la p�che sont tr�s jeunes.
Docteur, si vous voulez\Nvenir voir vos malades...
Tr�s bien.
Tu es en de bonnes mains.
- Comment �a va ?\N- �a va bien, Docteur.
Ne me regardez pas comme �a.
C'est fini, Commandant.
Ne me d�barquez pas � Saint-Pierre.
Je devrais.
J'aurais d�, avec les autres.
Si vous mourez � bord,\Nj'aurai un tas d'emb�tements.
Ne faites pas cette t�te,\NDocteur, vous n'�tes que le messager.
Avant d'�tre tu�, Archim�de\Ndessinait des cercles sur le sable.
Quand le soldat est venu le chercher...
il a seulement dit :
"Ne d�range pas mes cercles".
Et vous aussi, un jour,\Nvous viendrez pour me livrer.
Ne protestez pas, je le sais.
Vous n'�tes que le messager...
mais en attendant, ne d�rangez pas mes cercles.
Vous allez voir, leur\Nwhisky irlandais est fabuleux.
Bonsoir.
- Vous avez toujours votre whisky irlandais ?\N- Oui.
Dites...
on aimerait bien que\Nvous nous parliez de votre...
votre accus�.
- Accus� ?\N- Oui.
Ah, le...
je l'ai revu il y a 2 ans.
Il est arriv� un soir ici avec une bande.
Au d�but, j'ai pens� � une erreur.
Mais c'�tait bien lui.
- De la glace ?\N- Oui, merci.
J'avais fait ma petite enqu�te.
Il a dans� avec madame.
Rien que des valses.
Il la serrait d'un peu trop pr�s � mon gout.
Je le surveillais.
J'�tais pas tr�s s�r...
qu'il m'ait reconnu, mais j'avais\Nl'impression qu'il se fichait de moi.
Dans notre profession, faut se m�fier.
Et le chat en a profit� pour faire sur le bar.
Eh oui, monsieur, il a piss� sur le\Ntorchon qui me sert � essuyer les verres.
- Sale b�te !\N- Ah !
Mais, le proc�s ?
C'�tait tr�s digne, monsieur.
Sauf lui qui avait toujours l'air de rigoler.
- J'�tais s�r qu'il serait guillotin�.\N- Fusill� ?
Non, guillotin�, il �tait civil.
Il avait d�missionn� apr�s l'�chec du putsch.
Ils l'ont bien dit dans le r�quisitoire.
Lui aussi s'y attendait.
Vous avez d�j� assist�\N� une ex�cution capitale ?
T�chez de vider votre vessie avant.
Merci.
Je m'en souviendrai.
C'est juste...
tr�s juste, non ?
Les journalistes attendaient le verdict dehors.
Ils ont pris des photos quand\Nil est mont� dans le fourgon...
pour aller � la Sant�.
J'ai gard� l'article.
On le voit tr�s bien dessus.
C'est une femme qui l'a �crit.
"Il est pass� devant moi\Navec son froid sourire de tueur".
Elle disait qu'il aurait d� �tre guillotin�.
Et tout le monde le pensait.
C'est permis de vous inviter � danser ?
Il sait parler aux femmes.
J'ai vu qu'il avait un sentiment pour moi.
L'ann�e derni�re,\Nil n'est pas revenu nous voir.
Si vous le rencontrez en mer, dites-lui...
que j'ai toujours la cl�, il comprendra.
�a suffit, monsieur Ernest !
3 !
J'en ai coul� 3 avant.
- Grand-Amiral D�nitz, battu !\N- Grand-Amiral D�nitz, oui !
Ils refont la bataille de l'Atlantique.
1941...
ann�e sombre.
Triomphe du Grand-Amiral D�nitz.
La corvette "Mimosa" a coul�.
Pas en 41.
- En 41.\N- C'est pas en 41.
On en avait coul� 3 avant.
Convoi SC, num�ro 78...
8 d�cembre 42...
19 h.
Un cargo am�ricain charg� de munitions...
le "Donald Sutherland".
Le... le...
j'ai oubli� le nom.
P�trolier.
- �a suffit, monsieur Ernest.\N- Laissez-moi !
"Lady Collins", un Anglais.
Pas de survivants.
Le cargo am�ricain bourr� de munitions.
Pas de survivants.
On le suivait � l'ASDIC.
On s'entend plus !
Le "Sea Corona", 12 000 tonnes.
- Et lui aussi avait �t� tent� par le gwin ru.\N- Encore ce recteur fou.
Pas fou, seulement un peu d�rang�.
Devant le calvaire...
un des 3 m�cr�ants a une id�e d'ivrogne.
Planquez-vous, les gars, on va bien rigoler.
Y'a pas de Sauveur...
pas de Christ, pas de p�ch�, pas de paradis...
y'a rien, tout �a n'est que mensonge !
Farceur !
Les gars !
J'ai froid ! J'ai froid !
Au secours !
Mais les 2 autres m�cr�ants\Navaient d�tal� dans la nuit...
remplis de terreur devant le\Nblasph�me de leur camarade.
Oui.
L'innocent, le matin, a pr�venu les gendarmes.
Prends-le.
Vous allez recevoir un client, ce soir.
Larguez !
Tirez, tirez derri�re !
Tirez derri�re !
- Bonsoir Commandant.\N- Bonsoir Wagner.
Passerelle de CO. "La Belle\NNormande" signale un disparu.
Il aurait gliss� par la rampe arri�re.
La "Belle Normande" est\Ndans le 163, � 120 nautiques.
Bien.
- Mettez le cap dessus.\N- Nous sommes � 60 nautiques du "Shamrock".
- Mettez le cap sur la "Belle Normande".\N- Bien, Commandant.
Gouvernez au 160.
Encore un sursis, Docteur.
Il a gliss� comme �a.
J'ai vu ses yeux, il me regardait, et puis...
- Il buvait ?\N- Oui, c'est vrai.
Il �tait un peu fou.
Des fois, il nous faisait le coup du fakir,\Nun truc qu'il avait appris en Hollande...
quand il faisait son service dans la Marine.
Ouais.
Une histoire d'alcoolique.\NIls sont �puis�s.
Un temps de chien, mais un\Nbanc qui rendait bien, alors...
en virant leur dernier trait, un\Ncertain Yorick, un cracheur de feu...
a perdu l'�quilibre et il a gliss�.
Postes de man�uvre g�n�rale.\NPostes de man�uvre g�n�rale.
26 mars, escale � Saint-Jean de Terre-Neuve.
R�cup�ration du courrier...
et embarquement de\Nvivres frais pour les chalutiers.
Je d�barque mes malades.
Pas de sermon, Docteur, pas de sermon.
Vous n'�tes que le messager.
Eh bien, voil� le message :\N3 - 4 mois, pas plus.
Dans 2 mois, nous serons rentr�s � Lorient.
Pourquoi l'appelez-vous le Crabe-Tambour ?
Le Crabe-Tambour !
Quand on �tait sur le fleuve,\Nil avait un tic que je lui ai pris...
il appelait tout le monde des crabes.
Les vieux crabes, les pauvres\Ncrabes, les bons, les mauvais crabes...
rien que des crabes.
Quand il �tait petit, son p�re\Nles appelait, son fr�re et lui...
"crabele" - petit crabe.
Il avait un ventre tout rond,\Net quand il avait bien mang�...
alors son p�re l'appelait "Crabe-Tambour".
On va finir par le rencontrer dans le nord.
- Qu'allez-vous...\N- J'ai � faire avant l'appareillage.
Dans 1/4 d'h, pri�re dominicale.
Notre p�re qui es aux cieux...
que ton nom soit sanctifi�...
que ton r�gne vienne,\Nque ta volont� soit faite...
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd�hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses...
comme nous pardonnons\Naussi � ceux qui nous ont offens�s.
Et ne nous soumets pas � la tentation...
mais d�livre-nous du mal.
Amen.
Qu'il fait froid, l�-haut.\NLe barom�tre continue � descendre.
J'ai eu l'Alsacien � la radio, on sera\Nsur lui dans une trentaine d'heures.
Pauvre docteur !
Qu'est-ce qui vous prend ?
Rien.
Je vous regarde.
Ici, nous �tions...
bien tranquilles, au chaud...
et voil� que l'homme au chat noir...
Qu'as-tu fait de ton talent ?
Vous rab�chez.
Vous buvez trop,\Nje devrais examiner votre foie.
Lui, le commandant, y'a\Nqu'un seul homme qui l'int�resse.
Le reste...
Dites...
il est tr�s malade ?
Oui, bien s�r.
Je suis pr�t � parier que\Nl'autre, l�-bas, dans le nord...
votre ami...
il a plus rien � en foutre de tout �a.
Arr�tez, Chef.
Je pr�f�re encore vos histoires de\Nrecteur bigouden ou de fossoyeurs.
Des histoires ?
Ben justement, y'en a une que\Nvous ne connaissez pas, Gwen.
Gwena�l de son vrai nom, un pays � moi.
Lui aussi croyait plus � ce qu'il\Navait dans la t�te qu'� ce qui est.
Tu as peur de ton ombre !\NTu as peur de ton ombre !
Tu as peur de ton ombre !
Une d�pression 980\Nmillibars centr�e sur le cap Ras.
Mer grosse, devenant tr�s\Ngrosse, vents de force 7 � 8...
de secteur est et nord-est.\NVisibilit� 5 nautiques.
Le "Shamrock" n'est plus qu'� 8 nautiques.
- 8 nautiques 1/2, Commandant.\N- Ah.
Ce gros �cho, l�, en bas, dans le 220.
Vu le temps, pr�voyons le\Ntransfert du courrier par bou�e postale.
Ok, j'arrange �a.
Je vous passe quelqu'un qui veut vous parler.
Allo.
Allo.
C'est Pierre.
Pierre ? Qui �a, Pierre ?
Attends !
Attends, ne quitte pas.
Joue le branle-bas.
Pierre ! Mon vieux Pierre !
Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?
Je suis le m�decin du bord.
�a va ?
Adieu, vieille Europe,\Nque le diable t'emporte !
Dis donc, j'ai l'impression que tu les\Nabandonnes un peu, nos petits viets.
C'est maintenant qu'ils ont besoin de m�decins.
J'ai �t� expuls�.
Ah.
Et Ma� Li ?
Tu l'as ramen�e avec toi, tu l'as �pous�e ?
Elle est morte.
Ils l'ont assassin�e...
l'ann�e derni�re.
Excuse-moi.
A bient�t, Pierre.
Repasse-moi l'officier des p�ches.
Larguez !
Je remonte vers le Groenland.
Au revoir, messieurs, merci, bonne route.
Salut, Pierre, salut.
Shamrock de Jaur�guiberry, bien re�u...
bonne continuation, au revoir.
Adieu, Capitaine.
C'est vous, Commandant ?
Je m'y attendais un peu.
Je me demandais si...
Je voulais seulement vous dire adieu.
C'est tout.
Je n'ai rien d'autre � dire.
Je sais que...
Non.
Vous avez raison. Il n'y a rien � dire.
Messieurs, nous rentrons.
Commandant, il nous fait des appels en Scott.
Dieu. Adieu. Commandant,\Nil r�p�te toujours le m�me mot, adieu.
Qu'est-ce qu'on lui r�pond, Commandant ?
Envoyez "aper�u", c'est tout.
Timonier, faites "aper�u".
Trop de monde sur cette passerelle.
Je vous attendais.
Je crois que vous pouvez\Nvous reposer, maintenant.
Vous avez fait ce que vous vouliez faire.
Qu'est-ce que je veux faire ?
Vous savez tr�s bien ce\Nque je veux dire. Vous savez.
Vous �tes plein d'orgueil.
Willsdorff, vous vous �tes\Nplant� devant lui, tout droit...
comme au tribunal.
Vous n'avez repris la mer que pour �a.
Etendez-vous, commandant.
Je veux ramener ce bateau � Lorient.
14 avril, 9 h 30.
Nous rentrons.
Faites fermer cette porte au vent.
Faites fermer cette porte !
C'est fini, Docteur.
Vous avez peur ?
�a vous aide ?
Je ne peux plus rien lire d'autre.
Je suis fatigu�.
Phnom Penh est une ville morte.
Sa�gon. Les r�fugi�s\Ncontinuent � affluer dans la ville...
des unit�s parachutistes se battent toujours...
Communication g�n�rale.
Ici, le commandant.
Conform�ment �\Nl'article 21, portant r�glement...
dans les Force Maritimes Fran�aises...
le commandant en second assurera d�sormais...
le commandement du "Jaur�guiberry".
Vous lui ob�irez en tout\Nce qu'il vous commandera...
pour le bien du service...
l'ex�cution des r�glements militaires...
l'observation des lois...
et pour le succ�s des armes de la France.
Fin de communication.
Putain !
15 !
15 ans sous ses ordres.
Bonsoir, Commandant.
Bonsoir, Wagner.
Docteur !
Sa�gon est tomb�e ce matin,\Nla radio vient de l'annoncer.
Z�ro la barre.
Le train de Paris.
Il a 3 mn de retard.
Garde-�-vous !
Sur le bord !
Garde-�-vous tribord !
La berloque tribord !
Reposez...
armes !
A gauche...
gauche !
Permissionnaires, rompez vos rangs.
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