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Original subtitles

Les plumes noires

Les personnages sont des hommes et des choses.

Nous ferons connaissance des hommes un peu plus tard.

Occupons nous maintenant des choses.

Un village comme il y en a tant d'autres dans la Val Carnia

Riche de prĂ©s et de forĂȘts, qui donnent du pĂąturage et du bois.

Ce sont les seules ressources de ces habitants qui sont regroupés en petits groupes,

Liés par des liens forts et d'antiques traditions,

Qui vivent dans des maisons simples et jolies.

Ces derniÚres étant protégées par le clocher de l'église.

Une route.

La seule, qui du village, vous amĂšne Ă  la frontiĂšre.

Tailler dans la roche au bord d'un précipice.

Elle passe par la digue construite par dessus le ravin.

Une digue qui n'existait pas il y a encore peu.

Tout comme le lac qui fût créé par celle-ci.

Un mont, le guia. Qui surplombe la frontiĂšre.

On le voit de loin. Pour les habitants, il est le symbole de leur patrie.

VoilĂ  pourquoi ces parois servent d'entrainement pour

l'école des grimpeurs alpins.

Presque tous des gens de cette zone.

Le chef de cordé est né au pied du Guia.

Son nom est Cossutti Antonio.

Ou plutĂŽt Tonino Cossutti, comme on l'appelle dans le village.

Il s'est fait la main depuis tout petit avec ce genre de corde.

Mais la corde de cette époque était celle du paratonnerre de l'église.

Il va y arriver. Vas-y Tonino, vas-y !

Descends Tonino !

Descends !

- Jettez lui une corde du clocher. - Je vais lui sonner les cloches !

Ne bouge pas !

Attends. Et fais attention !

Laissez-moi faire Don Angelo.

Ne lui fais pas peur Pieri. Il pourrait casser le paratonnerre.

Ne bouge pas. Ne lĂąche pas.

Tiens-toi bien avec les mains !

Monte sur mon dos.

Comme ça. Doucement.

Tiens-toi bien. Doucement.

Allez-vous-en vous en bas.

Allez-vous-en ! Allez !

- Si tu recommences encore, tu vas voir... - Laisse-le, tu lui fais mal !

- Qui es-tu ? - Et toi ? Qui es-tu ?

- He, il va me rendre cardiaque ton neveu ! - C'est un casse-cou.

Tu étais pire que lui ! - Mais meilleur, car j'étais monté jusqu'aux cloches.

Je m'en souviens ! Je m'en souviens !

Tante Giulia ? Tante Natalia ?

Qui veux-tu ?

Regarde.

Qu'as-tu fait ?

Il s'est arraché et je ne veux pas que grand-pÚre le voit.

Mets ça.

- Salut Grand-pĂšre. - OĂș Ă©tais-tu ?

- Au catĂ©chisme. - DĂ©pĂȘche-toi. Ta grand-mĂšre t'attend.

- Me voici grand-mĂšre. - Bien Tonino, je t'attendais.

- VoilĂ . - Il y aussi oncle Pieri.

Il y en a assez dedans.

- Fais vite. Papa t'attend. - Salut maman. - Tonino !

Et ne mange pas tout.

- Bonjour Giacomo. - Ah, tu es déjà là.

Nous sommes en avance. Voici les reçus pour la livraison.

- Papa, bonjour. - Gemma ! Que fais-tu ici ?

- Te saluer. - Merci ma chérie mais va maintenant, nous avons à faire.

Je ne savais pas que vous aviez une fille.

Je suis veuf. Elle était à l'internat à Udine.

Mais elle glandait. Mieux vaut qu'elle soit lĂ . L'air est meilleur.

Papa !

Tu es gentil. Merci.

Ah, je te retrouve, hein.

- Pourquoi es-tu revenu si tÎt ? - Je me suis dépéché.

Demain, il y a le bal.

Gemma ! Gemma !

Gemma, attends-moi.

Allons-y ensemble.

Qui est celui qui t'a tiré les oreilles ?

C'est oncle Pieri. Le frĂšre de papa

Il est antipathique.

Bravo Monsieur Giacomo. Prenez un verre avec nous.

SantĂ©. - Encore une goutte Don Angelo ? - OĂș est Gemma ?

Elle se fait belle Ă  la maison. Va la chercher.

- C'est prĂȘt Maria ? - VoilĂ .

- Tu me prĂȘtes tes boucles d'oreilles ? - Bien sĂ»r.

- Et ça aussi. - Merci.

- Eh bien ! - Eh bien quoi ?

Eh bien, comme tu es belle !

Je descends. Attends-moi.

- Musique moderne... - Tu parles. - Papa, va dancer. - Moi ? Non.

- Je te fais jouer une furlana. - Une furlana ?! ça oui alors !

Papa, je danse avec toi. - Non, tu ne sais pas danser ces trucs lĂ . Va avec lui.

Je vais y aller avec toi. Viens !

- Mais non ! Je ne suis pas folle moi ! - Allez Marta !

- C'est pas grave, j'y vais avec toi. - Ah je veux voir ça !

La furlana ! Allez, la furlana !

Grand-pĂšre danse aussi !

- Comment s'appelle cette danse ? - La furlana.

- Tu sais la danser ? - Ce n'est pas compliqué.

- Allons-y ! - Non, j'ai honte.

Allez, idiot.

- Eh, il se débrouille pas mal le mari. - Pourquoi ne pas essayer Don Angelo ?

Et pourquoi pas, la furlana était la danse de Pio X. Il la dansait aussi.

Rigole avec les bidasses et laisse tranquille les saints.

Tu as perdu ta dame, pas vrai ?

- Bonjour. - Bonjour.

- C'est lourd ? - Tu veux essayer ?

Salut Pieri !

- Au revoir. - A demain, salut.

- Ciao Linda. - Ciao. - Tu veux un coup de main ?

Merci. - Alors ? Tu as décidé ?

Ça fait un bout de temps que j'ai dĂ©cidĂ©. Je partirais mĂȘme demain.

Pourquoi partir ? La ville te ferait du mal.

Tu ne vois pas le bien que te fait l'air de la montagne ?

- Tu deviens chaque jour plus belle. - ArrĂȘte.

Toujours pas de mariage en vue ?

On se mariera quand il aura fini son service militaire.

- Il ne reviendra pas, tu verras ! - Mais si !

Ça ne serait pas judicieux. Il n'est pas dans la 7iùme ? - Si.

Alors 7 amoureuses !

- C'est écrit dans le réglement. - Quel est ton régiment ?

Le huitiĂšme.

Alors selon le rĂšglement, tu aurais huit amoureuses ? - Et toutes belles !

Belle histoire. - Ouais, voilĂ  pourquoi je dĂ©plore de ne pas ĂȘtre Ă  la 64iĂšme d'infanterie.

Envoie-moi ce rĂšglement. J'ai envie de le lire.

Il interdit les filles loin car ça distrait du service.

- Au secours ! Au secours ! - Attends, donne-moi la main.

Doucement. Comme ça.

- Elle s'est fait mal ? - Non.

- Au revoir. Bonsoir Pieri. - Salut.

Tu lui disais quoi Ă  celle-lĂ  ?

Mieux vaut rentrer, sinon tu vas prendre une pulmonie.

Merci.

Salut Gemma.

- C'est à ton oncle Pieri, donne-le lui. - Ok. - Je ne veux pas déranger.

- Il est Ă  la maison ton oncle Pieri ? - Il vient de rentrer.

Alors, dis-lui que je le remercie.

- Et dis-lui que je suis ici ! - D'accord.

Oncle Pieri dit qu'il manque un bouton Ă  sa veste.

Dis-lui que je n'ai pas pris son bouton.

Dis-lui que je ne veux plus le voir.

Que je ne veux plus entendre parler de lui.

On les a appelés en avance car il y a la guerre.

Mais il n'y a pas la guerre ?

Elle est partout ! Elle arrivera ici aussi.

Et ton pĂšre partira aussi ?

Non, mon pĂšre est vieux.

Oncle Pieri n'ira pas non plus.

Les voilĂ  qui arrivent !

- Soyez bénis. - Tu nous offres à boire ? - Mais bien sûr ! A boire pour tous !

Seulement aux bidasses. - Et ouais, sinon ça va mal finir, hein Don Angelo.

- A boire pour tout le village. - Eh non mon cher. Il ne faut pas pousser.

- Qui sait si il y aura la guerre ? - C'est dans les mains de Dieu.

Peut ĂȘtre dans les mains de Dieu...

Mais le problĂšme, c'est que c'est aussi dans les mains de l'homme.

Et la guerre vint.

AprÚs les premiÚres recrues, ce fût au tour des réservistes.

Ils partirent joyeux car il n'y avait rien Ă  faire.

Et il ne fallait pas rendre triste ceux qui restaient.

- Salut blonde. - Salut.

Papa ! Papa !

Quoi ? Ah, tu as bien fait de me réveiller.

Il est temps de faire le tour de garde Ă  la cabine.

Papa. J'ai vu Enio partir Ă  la guerre.

Vous devrez y aller vous autres aussi ?

Mais non. Soit tranquille. Je suis déjà un soldat ici.

Mais alors, les autres aussi sont comme des soldats ?

Non. Si la guerre continue, ils devront tous partir.

Il ne restera plus que moi et Tonino.

La guerre d'avant, il y avait la mobilisation générale,

Pas besoin d'attendre cette foutue lettre.

Si il y avait eu la mobilisation, on serait déjà avec les armes à la main.

- Salut. - A demain.

Pieri !

Pieri, écoute. Maintenant il y a la guerre.

Et tous les hommes s'en vont.

C'est moche de les voir tous partir.

Et les femmes restent seules.

Et moi aussi je reste seule.

Ils ont appelé ton pÚre ?

Ils ne vont pas l'appeler. c'est presque un soldat.

Alors tu n'es pas seule.

Non mais tous les autres doivent partir.

Et un jour, ça sera ton tour.

Et tu devras aller loin. Et moi...

Epouse-moi Pieri.

- Tu as dit quoi ? - Epouse-moi

Mais qu'est-ce qui te passe par la tĂȘte ?

- C'était toi ? - Moi ?

Oui. Lorsque tu m'as donné ta veste quand j'étais tombée dans l'eau.

Et que tu m'as sauvé.

Ça sous-entendait que tu m'aimais, non ?

Et sinon ? J'aurais dĂ» te laisser te noyer ?!

Fais comme je t'ai dit.

Bois, bois. Goûte comme c'est bon.

Tu ne crois pas qu'il est trouble cette année.

Oui mais ça fait du bien par oĂș ça passe tout de mĂȘme.

Et alors ?

Tu dois te présenter quand ?

AprĂšs-demain.

Melania, tord le cou aux deux poules les plus grasses.

Il faut fĂȘter le dĂ©part du petit.

- Et pour moi, rien ? - Toi aussi ? - Moi aussi

C'est la levée.

- Tu vas emmener quoi avec toi ? - Rien. L'état s'en charge.

Natalia, ce n'est pas de ma faute s'ils m'ont convoqué.

- En attendant, tu es content de partir. - Que dois-je faire ? Pleurer ?

Maman.

Ça devait arriver à un moment ou à un autre.

- Mieux Ă  moi qu'Ă  toi. - Pourquoi ?

Tu as femme et enfant. Moi je n'ai personne.

Personne ?

Je laisse vous autres, maman...

Non. Je pensais que...

Pour ça, j'ai reçu une demande de mariage.

De... Mais c'est encore une enfant.

Jolie cependant. On va s'occuper d'elle.

Courage Maman

Ne sois pas triste.

Je vais bientĂŽt revenir.

- Au revoir Pieri. - Au revoir Catina.

Courage. Allons.

Allez ce n'est rien. Un peu de joie. Oh bravo Pieri !

- Salut Donato - Salut

- Regarde les colombi ! - Oh Cioccolo. - Salut.

- Toi aussi ?! - Toi, tu n'as pas d'amoureux qui part.

Ça veut dire que nous allons nous faire compagnie. C'est une question de temps.

Espérons. Moi ce fût 4 ans la derniÚre fois.

Ah bon, et moi non ?...

- Allons courage ! - Pieri, viens !

Ecris-nous. Souviens-toi.

Ciao Pieri. Ciao

La guerre devra bien finir Ă  un moment ou Ă  un autre.

Ne le prends pas comme ça.

Regarde qui est lĂ  ?

- Je voulais te donner ça ? - C'est quoi ?

Une Ă©charpe. Je l'ai faite moi-mĂȘme.

Merci ma chĂšre.

Et ce bouton ?

C'est moi qui te l'avait pris.

Mais ce n'Ă©tait pas pour t'embĂȘter.

- Je peux le garder ? - Si tu veux.

Je vois bien que tu regrettes de ne pas m'avoir épousé.

Mais tu es incroyable.

Tu crois que je suis trop jeune ?

J'ai seize ans tu sais.

Ma cousine Maria s'est mariée à mon ùge.

Et ma soeur Natalia fait l'amour avec cet homme depuis deux ans.

Et elle a seulement vingt mois de plus que moi.

Tu ne m'aimes pas.

Sinon, tu m'aurais épousé.

Et maintenant, nous nous quittons ainsi. Qui sait pendant combien de temps ?

Pieri, tu veux repartir en arriĂšre ?

Je t'attendrai et je penserai toujours Ă  toi.

Ne dis pas ça.

Tu n'es pas comme nous.

Tu as bien vu comme nos femmes se fatiguent matin et soir.

C'est une vie dure que la leur.

Travailler dans les champs, s'occuper des bĂȘtes...

Moi aussi, je peux le faire. Si c'est pour toi.

Et puis... Il y a la guerre. Je ne sais pas combien de temps je vais la faire.

Aucune importance. Je t'attends. Je t'attendrai toujours.

Oui. C'est facile Ă  dire.

Mais toi. Tu es si jeune, si belle...

Va savoir combien de fois tu vas changer.

Non.

C'Ă©tait Ă  ma mĂšre. Ça te protĂšgera.

Bravo, le métier rentre.

Gentille, Gentille Mariute

Bois, bois. Comme ça tu deviendras grasse.

Mais qui t'a donnĂ© ma bĂȘte ?

- Qui te l'a donné ? - Tonino

Tonino ? Et oĂș est-il allĂ© ?

Il était ici... Il y a peu.

Et il a laissĂ© la bĂȘte toute seule ?!

Non. Il me l'a laissé à moi. Je lui donnais à boire. - Quoi ?

Pardon. Et au revoir.

Regarde, regarde. Tu oublies tes sabots.

Tonino !

Tonino !

C'est toi qui toi t'occuper de la bĂȘte.

- Mais c'est la Gemma qui a voulu. - Mais la Gemma n'y comprend rien.

Et elle ne doit pas le faire.

- Mais la Gemma... - Et la Gemma, Gemma... Gemma... Et alors ?

La Gemma est la fiancée d'oncle Pieri.

Mais ne dit pas de bĂȘtise. Allez, allez !

- Des nouvelles de Pieri. - Femmes, venez ! - Pieri nous a écrit ?

- Oui, ils nous a écrit une lettre. - Lis-là !

Tiens ma jolie, ça c'est de Pieri.

Chers Parents, nous sommes arrivés hier et avant de partir au front,

Je vous informe que je vais bien.

Je n'ai besoin de rien. Je vous salue. Votre trĂšs cher fils, Pieri.

Saluez aussi chaleureusement Gemma, la fille du gardien de la cabine.

Tu as entendu ? Il la salue aussi !

Et qu'est-ce que ça veut dire qu'il la salue ? Ça ne veut rien dire !

La fiancée de Pieri ! Celle-là ?! Celle-là !

- Mais laissez-moi passer, bon sang ! - Mais calme-toi.

- La poste est arrivée ? - Maintenant.

- Il n'y a rien pour moi ? - Non, juste du courrier de rappel.

Désormais, tous nos hommes partent.

Salut papa. - Fais en sorte d'ĂȘtre avec Pieri. Comme ça, vous serez ensemble.

Oui. Je ferai tout de suite la demande pour le rejoindre en GrĂšce.

Ciao mon petit

Non, non. Comme ça, ça ne va pas.

Tu dois sourire.

Papa aussi est parti à la guerre à son époque.

Et comme tu peux voir, il est revenu.

Et écris-moi souvent.

Donne moi des nouvelles, de ce jeune garçon...

Qui maintenant va prendre ma place.

Il y a l'alarme Don Angelo !

Quoi ? Ah, oui.

Sainte Madone, ils vont nous balancer les bombes sur nous aussi.

Espérons qu'ils ne touchent pas la digue sinon l'eau nous recouvrira tous !

On donne l'alarme nous aussi ?

J'ai bien peur que cette fois, ils viennent droit sur nous.

Gemma, Gemma ! Il y a l'alarme ! Ecoute !

- ArrĂȘte ! OĂș vas-tu ? - Voir papa lĂ -haut, Ă  la cabine.

- ArrĂȘte ! C'est l'enfer lĂ -haut ! - Papa !

Ecoute ma chĂšrie, essaye de te reposer un peu.

- Je viendrai te voir plus tard. - Oui.

Gemma.

Je suis venu te chercher.

Nous attendrons Pieri ensemble.

Pieri et Olinto étaient ensemble en Albanie.

Là. Ils furent aux premiÚres loges de la tragédie du 8 septembre.

- Pieri ! - Olinto ! - Pieri !

Ils nous ont mis en piĂšces. Il n y a plus rien Ă  faire. Partons.

- Alors Tosi, qu'est ce qu'ils ont décidé ? - On n'y comprend rien.

Il n'y a pas Ă  tergiverser. - Prisonnier, jamais ! - Ah non !

- Cigarettes ? - Merci.

Vous avez perdu le lien avec votre régiment ?

Oui. Notre capitaine est mort et les autres gradés sont morts ou prisonniers.

Quelle est votre conseil, Major ?

Ce n'est pas simple de vous donner des conseils les gars.

Je peux seulement vous dire qu'aprés ce qui vient d'arriver

c'est maintenant chacun pour soi.

Nous étions un bataillon armé et maintenant nous ne le sommes plus.

Il n'y a pas de honte Ă  cela.

Tous ! Vous, nous, ces pauvres blessés là-dedans, les autres.

Nous avont tous fait notre devoir.

Maintenant, c'est comme si nous vivions dans un monde

OĂș les hommes auraient dĂ©jĂ  appris Ă  ne plus vouloir la guerre.

Je ne sais pas si j'ai réussi à m'expliquer.

Mais qu'allez-vous faire ?

Pour moi c'est simple, il n'y a pas d'alternative.

Je suis un médecin qui doit soigner des blessés, sauver des moribonds. Ma place est ici.

MĂȘme si je suis sĂ»r de finir prisonnier.

Moi, je veux rentrer Ă  la maison.

A la maison. Tout le monde voudrait y retourner. Mais ce n'est pas facile.

Vous entendez ?!

Et puis il y a la population qui nous hait et la mer Ă  traverser.

- Nous irons Ă  pieds. - C'est de la folie !

De l'autre cÎté des montagnes, il y a la Yougoslavie.

Elle est aussi longue que l'Italie.

Vous seriez capturés en moins de deux, comme des vagabonds.

Nous resterons ensemble. - Et nous ne descendrons pas dans la vallée.

Vous vous rendez compte de ce que vous dites ?

Des chaines de montagnes qui n'en finissent plus.

Et l'hiver qui arrive.

Major, nous avons tout conservé : cordes, crochets et chaussures de montagne.

Nous sommes nés dans la montagne.

Et les vivres ? - Nous avons les mousquets pour chasser. On s'arrangera.

- C'est de la folie. - On va essayer Major.

Alors voici mon conseil que je peux vous donner :

Partez avant l'aube.

- Major. - J'arrive.

Bonne chance les gars. Si il n'y avait pas ces blessés ici

je serais venu moi aussi.

Malgré mes cinquante ans.

Et que Dieu vous protĂšge.

Et en rĂȘvant leurs maisons si loin

Ils commencÚrent leur dure montée sur le flanc de la montagne.

Ce n'était plus un bataillon, ils n'avaient plus de discipline.

C'Ă©tait un groupe d'hommes unis par le mĂȘme destin.

Olinto, qui considérait comme ses petits frÚres,

pas seulement Pieri, mais aussi tout ses amis de cette grande aventure.

Zoltan, l'habile braconnier.

Zuan, rigide garde-chasse

Carnié, toujours préoccupé par les vivres.

Gardin, encore trop jeune pour savoir gérer ses forces.

Biazu, qui pense toujours à ce bébé qui est né et qu'il n'a jamais vu.

Berto, qui faisait le berger dans les montagnes et qui est habitué à la solitude.

Et tous les autres, des hommes simples, des montagnards sans grandes idées.

Et pourtant, cette décision de ne pas se résigner

Ă  ce destin plus facile et plus triste,

Et d'affronter un voyage desespéré pour rentrer à la maison.

Il y avait tout ce que l'on pouvait sauver de la patrie Ă  ce moment lĂ  :

Le sens de la diginité humaine et la volonté de s'unir à la famille

Refuge que nous souhaitons atteindre dans la bonne ou mauvaise fortune.

Il y en a beaucoup, pas vrai ?

- Tellement de montagnes ! - Il y en a surement encore d'autres.

En cette saison, nos femmes vont chez les vachers chercher les bĂȘtes.

Allez avance, on va Ă  la maison.

Avance !

Tu vas voir, le village est plein de soldats allemands.

Allez, en avant.

Le petit a bien grandit mais on ne sait rien encore au sujet de son pĂšre.

On ne sait rien non plus de Pieri et Olinto.

Pas mĂȘme de Nicolo.

J'ai vu pleurer Catina et Natalia.

Et j'ai toujours envie de pleurer moi aussi.

Mais Pieri reviendra tu sais. Oui, il reviendra car ma Madone le protĂšge.

Allez Mariute.

Allez, nous sommes arrivées. Courage

Laisse-la moi et cours à l'église. Toutes les femmes sont là-bas.

- Mais qui sont-ils ? - Les cosaques !

Fais attention, ils sont méchants.

Malheureusement, ce n'est pas la premiĂšre fois que des soldats envahissent notre village.

C'est le triste sort de ces régions proches de la frontiÚre.

Nous avons maintenant les cosaques qui viennent de la Russie

Ils ont avec eux les allemands Ă  qui ils ont promis nos terres.

Cela n'arrivera pas avec l'aide de Dieu.

Peut ĂȘtre qu'ils ne sont pas mĂ©chants mais la guerre

et les invasions rendent les gens mauvais.

Nous devons nous défendre.

Surtout, il ne faut pas avoir peur.

Ce sont des sauvages. Malheur Ă  vous si vous faites voir que vous avez peur.

Il faut se faire respecter.

Le commandement allemand m'a assuré que l'ordre sera respecté

Et qu'aucun mal ne sera fait Ă  la population.

Mais vous devez ĂȘtre prudentes.

Aucune femme ne doit se promener seule, surtout les jeunes.

Si un de ces hommes veut entrer chez vous, mĂȘme avec de bonnes intentions,

N'ouvrez pas ! Ne répondez pas !

Tous nos soldats sont loin.

Prions pour eux.

Demandons au Seigneur la force de résister et qu'ils puissent rentrer vite.

Le Moro n'y arrive plus.

Courage Moro ! - Non, je n'en peux plus, je n'en peux plus !

Laisse-moi ici. - Allez, on va retrouver les autres. - Non.

- Laisse-moi ici. - Allez.

Pieri, Pieri, debout. Il ne pleut plus. Mieux vaut reprendre la route.

Et Berto ?

Tu t'es reposé ?

Je ne sens plus mes pieds.

Mieux vaut marcher.

- Colo, debout. Sonne le reveil. - Oui

Debout les gars. Debout. Debout. On y va !

- Oh, on mange ? - Non, il joue car il a le ventre vide.

Eh, tu te souviens quand tu ronchonnais car tu disais qu'il était méchant.

- ArrĂȘte. - Et pourquoi ?

Tu m'emmerdes et quand je te dis de t'arrĂȘter, tu dois cesser.

Voilà le général de l'armée. Nous sommes tous égaux ici mon vieux.

- Et chacun fait ce qu'il veut. - Mais ne t'en occupe pas.

Restons calme. Ne nous énervons pas !

Ça suffit, ça suffit. Nous n'y arriverons jamais ! Nous crùverons tous !

Comme Moro, comme Biazu, comme Berto. Stop, je ne veux plus faire la guerre !

Il ne s'agit pas de faire la guerre mais de rentrer Ă  la maison.

Pour moi, seule compte ma famille

Ma femme, ma fille et tous mes proches.

Et je veux retourner auprĂšs d'eux. VoilĂ  ce que je pense.

Si nous avions suivi la vallée et les villages, nous serions déjà fait prisonniers.

Ou bien pendus Ă  un arbre.

Mais ici, chacun est libre de penser ou faire ce qu'il veut.

Moi je m'en vais !

Et si mon frĂšre Pieri vient avec moi,

Nous serons deux.

- Attends, je viens aussi. - Et moi aussi.

Gardi. On y va.

- Giulia ! Gemma ! Au secours ! - C'est Natalia !

Au secours ! Au secours !

Nos Montagnes ! L'Italie !

Le Guia ! Nos maisons !

Pieri !

Tu ne l'as pas encore apprise par coeur ?

Ça fait des mois que tu la lis !

Oui mais qu'est-ce qui s'est passé depuis ?

Nous le serons bientĂŽt.

Tu as vu nos monts ?

Pense un peu quand nous arriverons devant la porte de la maison.

Ça sera merveilleux.

Pieri, il y a un torrent en bas. Viens

- J'arrive. - Prends le mousquet, c'est mieux.

Allez les gars, on y va nous aussi. Il y a de l'eau.

Olinto ! Olinto ! Viens en bas !

Des coups de feu. Allons voir ce qui s'est passé.

Bougez-vous !

Grouillons-nous !

Olinto !

Olinto, ils t'ont touché !

Ce n'est rien. Ce n'est rien. Ils sont partis chercher des renforts.

Dépéchez-vous. Allez vous réfugier dans les montagnes.

Dans les montagnes, vite !

Nous ne pouvons le transporter. Il perd trop de sang. Posons-le

Barrez-vous !

Pieri, va-t-en.

Il faut qu'au moins un de nous deux rentre.

La maison est lĂ -bas.

Je vais t'emmener en bas. Je trouverai un hĂŽpital.

Je préfÚre mourir dans ce lit de montagnes.

Non Olinto, non !

La blessure n'est pas grave.

Elle n'est pas profonde comme un ravin...

Mais ça suffit...

Va Pieri.

Partez.

Je ne veux pas rendre tout cela inutile par ma faute.

RamĂšne-le Ă  Tonino.

Ferme et viens ici !

Grand-pĂšre, ce sont les cosaques.

Et alors ?! Tu n'en as pas vu assez ?!

VoilĂ  ce qui arrive quand on va Ă  la fenĂȘtre.

Pieri !

Pieri ! Papa !

- Tu es revenu. Comment vas-tu ? - Maman. - Mon fils.

- Oncle Pieri. - Ciao - Tu sais que Gemma est ici ?

Gemma est ici ?

Oui, aprÚs cette tragédie...

- Elle dort en haut - Va la réveiller !

Catina.

D'oĂș viens-tu ?

Nous sommes sur le Guia. Un berger nous a dit que nous ne pouvions pas venir ici.

Et qu'il y avait lĂ -haut d'autres chasseurs alpins. Nous sommes une quarantaine.

Olinto est avec vous ?

DĂ©pĂȘche-toi Gemma. - Oui, oui. Quand est-il arrivĂ© ? OĂș est-il ?

- Il est en bas. - En bas ? Et il va bien ? - Oui, mais fais vite.

- Je ne pensais pas te voir. - Ça fait si longtemps.

Oui. Trop. Te voir dans cette maison me donne l'impression d'ĂȘtre dans un rĂȘve.

Toi, Ă  m'attendre avec mes parents.

Pourquoi Catina pleure ?

Olinto !

Non, Non. Tu ne dois pas pleurer.

Tu es grande désormais. Tu dois donner du courage aux autres.

Il a dit que désormais c'est à toi.

Je dois faire vite. Le jour va arriver.

Et ils m'attendent Ă  la croix de San Oslvado.

On est d'accord : on descendra Ă  tour de rĂŽle pour prendre la marchandise.

Soit tranquille. Ce seront les femmes qui viendront pour éviter les soupçons.

Tu pourrais rester caché ici.

Et les autres ? Ils ont faim eux aussi.

Et puis nous devons rester unis.

- Au revoir. - Salut et bonne chance.

Fais attention.

Elle m'a toujours protégé.

Dis Ă  Don Angelo de faire les publications.

Et défiant la surveillance des cosaques,

depuis ce jour,

les femmes commencĂšrent Ă  tour de rĂŽle

Ă  ramener les vivres et les vĂȘtements au lieu prĂ©vu.

Afin que les quarante chasseurs alpins puissent survivre sur le sommet du Guia.

- Voici la bouffe. On va pouvoir manger. - Encore une fois, elles ont réussi.

On l'a bien mérité ce morceau de Polenta. - Il y en a, ça aussi.

Regarde le nombre de soldats sur la passerelle de la digue.

Ils travaillent avec la foreuse.

Qu'est-ce qu'ils font ?

- Les cosaques. - Mon dieu. Les hottes.

Et vous ! Libérez le passage. Allez !

Gemma ! Natalia !

Hourra, Hourra ! Dieu soit loué, c'est fini !

Les cosaques nous ont arrĂȘtĂ©es. Nous avons encore les hottes Ă  la maison

Peu importe désormais. Ils rentrent chez eux.

Allons-y, allons-y !

Eh grand-mÚre, on va la danser ensemble cette fois la Furlana ! - Tu m'étonnes.

Demain, il n'y aura pas mĂȘme une poule dans le village.

Je m'occupe de lui tordre le cou. Oh, ils s'en vont !

Ils préparent les mines ! Les mines pour la digue.

- Comment tu sais ça ? - Je les ai vus ! Non !

Vite, sauvez ce que vous pouvez. Ils vont faire sauter la digue !

Ils ont une division cuirassée qui passe par le village pour rejoindre la frontiÚre et puis

ils feront sauter la digue et le village sera englouti.

Et nos maisons disparaitront sans pouvoir rien faire pour les sauver.

Seuls les chasseurs alpins qui sont sur le Guia peuvent les sauver.

Comment ? - En leur tombant dessus comme des faucons !

Non. Ils se feraient tous massacrer.

Comment peuvent faire ces quarante lĂ  contre une division entiĂšre ?

Ils doivent leur tomber dessus quand le gros de la troupe est passé

et qu'il ne reste que les mineurs. Mais comment les informer ?

- J'y vais moi ! - J'étais sûr de ta réponse.

Mais fais bien attention, personne ne doit le savoir.

Grand-pĂšre !

- Grand-pĂšre ! - Tonino !

Mais pourquoi es-tu venu ? Qu'est-ce que tu es venu faire ici ?

J'ai entendu ce que tu as dit Ă  Don Angelo et je suis venu t'aider,

j'irai moi lĂ -haut voir oncle Pieri et les autres. Sur le Guia.

- Toi ? Mais tu es trop petit. - Je suis un chasseur alpin comme papa

Que Dieu te bénisse. Tu as compris que j'étais vieux et que mon coeur n'aurait pas suivi.

Bravo Tonino. Va.

A droite.

Oui, oui. Bravo, comme ça.

Il n'y a plus rien Ă  faire. Nous devons partir avant que le village soit englouti.

Non, non. Je n'abandonnerai pas ma maison.

Tu ne veux pas mourir ici ?! Regarde.

Dans un quart d'heure, la digue aura sauté.

Voici le mineur avec les explosifs.

- Grand-pĂšre ! - Vas-y ! Vas-y !

Oncle Pieri ! Colo !

Oncle Pieri !

Hey, descends, descends ! Je dois te parler. Je n'arrive pas Ă  monter.

Attends, j'arrive. - C'est mon grand-pĂšre qui m'envoit chercher Pieri.

Fais vite. C'est urgent

Ne bouge pas. J'arrive.

Retourne sur la route. On va leur tomber dessus sur la digue par la paroi ouest.

Brave gamin !

Colo, place toi sur la passerelle avec dix hommes. A peine tu jetteras la

premiere bombe que nous leur tomberons dessus. Va !

Vous autres avec moi.

A l'attaque ! A l'attaque !

Zoltan, faisons écrouler cette galerie. Comme ça, ils resteront bloqués.

La digue vient de sauter !

Maman. OĂș se trouve Tonino ?

Regardez. La digue est intacte.

Dieu soit loué. Intacte.

Pieri !

Maintenant que la galerie s'est écroulée, ils ne reviendront plus.

Ils se sont enfuis. Nous avons réussi. - Hourra !

Bravo les gars ! Soyez bénis.

Marco, Zoltan ! Ces deux lĂ  !

Gemma, Ă  terre ! A Terre !

Gemma !

Gemma, Gemma ! Pieri. Je me sens mourir.

Non, non !

J'entends les cloches. EmmÚne-moi à l'église.

Oui mon amour. Oui.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Maman, Gemma est en train de mourir.

Pieri. Pieri, mon fils. Courage.

Vite. Porte-lĂ  Ă  l'autel.

Je veux l'épouser.

Pietro Cossutti, veux-tu prendre comme légitime épouse

selon le rite de la sainte église romaine

la présente Gemma Vianello ?

Oui.

Gemma Vianello

veux-tu prendre comme légitime époux

selon le rite de la sainte église romaine

le présent Pietro Cossutti ?

Oui

Je vous déclare mari et femme. Au nom du Pére, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

Sauve-la. Sauve-la.

Et la Madone fit le miracle.

Et pour égayer le mariage de Gemma et Pieri,

vint le petit Olinto.

- Alors, 53, 57... - Grand-pĂšre. - VoilĂ  le petit Olinto. Viens mon petit.

Ciao mon chéri. Qui aurait pu dire que ce mariage aurait fini in extremis ?

Bon sang ne saurait mentir.

- Le portrait craché de son grand-pÚre. - Tous en forme chez nous !

Ah Gemma ! - Depuis qu'il marche, il se sauve toujours.

Ainsi finit notre histoire des hommes et des choses.

Il y a une légende dans ces contrées

Qui dit que quand nait un enfant

un aigle descend dans son nid

et y laisse tomber une plume noire

qui sera ensuite ramenée vers le ciel

sur le chapeau d'un chasseur alpin.

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