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Original subtitles

AO�T 1955 CHICAGO, ILLINOIS

Vous cherchez quelque chose ?

Non, je fais mes achats.

Nous avons des chaussures au sous-sol.

Vous en informez tous vos clients ?

Maman.

Lequel tu pr�f�res ?

Veuillez m'excuser.

J'aime bien celui-ci.

En auras-tu vraiment besoin l�-bas ?

Maman, s'il te pla�t !

D'accord.

On paie et on s'en va.

Oui, bravo !

C'est bien, tu n'as pas du tout b�gay�.

Bo, il faut aller te coucher, maintenant.

Il faut que tu sois en forme, demain.

Viens embrasser ta grand-m�re.

� bient�t.

Viens l�.

Bonne nuit, Gene.

Ne vous mariez pas sans moi.

J'attendrai mon t�moin.

Bonne nuit.

Je dois aller me coucher aussi ?

Je crois bien.

Bonne nuit.

Je t'appelle quand Bo sera parti.

Mme Spearman.

Elle vous verra demain.

Bonne nuit.

Qu'y a-t-il, Mamie ?

On n'a jamais �t� s�par�s si longtemps.

Il va passer du temps avec ses cousins,

c'est bien, qu'il sache d'o� il vient.

Chicago est tr�s bien comme �a.

Je ne veux pas qu'il se voie comme ces gens sont vus l�-bas.

Ces gens comme moi ?

M�me toi, tu as quitt� le Mississippi.

Mamie,

Bo grandit,

il faut apprendre � le laisser partir.

Je connais cette expression :

"Maman, m�le-toi de tes affaires et rentre chez toi."

O� j'ai mis mon sac � main ?

- Ici. - Ah oui.

Va te reposer, toi aussi.

Allez.

- Je t'appelle demain. - D'accord.

- Bonne nuit, maman. - Bonne nuit, ma ch�rie.

Un beau ciel bleu � Chicago,

et avec un chewing-gum Wrigley,

on commence la journ�e d�tendu et heureux,

sous un soleil qui brille aussi dans les coeurs.

Je t'ai pr�par� �a.

Allez, tu vas rater ton train.

Bo,

l�-bas...

Arr�te, maman, j'ai d�j� �t� au Mississippi.

Une seule fois,

et tu t'�tais battu avec un petit gar�on.

Mais il

m'emb�tait.

Tu as le droit de te d�fendre, mais ce n'est pas la question.

Les r�gles sont diff�rentes pour les Noirs, l�-bas... Tu m'�coutes ?

Oui.

Fais tr�s attention, avec les Blancs, ne les regarde pas de travers.

Je sais.

Bo,

fais-toi tout petit, l�-bas.

Comme �a ?

Plut�t que la bague de ton p�re,

si tu prenais tes boutons de manchettes ?

�a te va tr�s bien.

Maman,

je veux la bague.

Merci.

Descends, je finis de me pr�parer.

Oncle Moses ! Wheeler !

- Bonjour, Mamie. - Bonjour, pasteur. Wheeler.

Mamie, Bo.

Tu n'es pas rest� � Chicago assez longtemps.

�a m'a suffi.

J'ai vu la famille, les amis.

C'est � ton tour de venir nous voir.

Je suis tr�s bien ici.

Bo, reste avec tes cousins.

Rappelez-lui de m'appeler et m'�crire tr�s souvent,

�a me rassurera.

Ne t'en fais pas, on ne le quittera pas des yeux.

Au revoir, Mamie.

Allez. Viens, Bo.

Au revoir.

- Tu ne m'as pas embrass�e. - On part.

�coute le pasteur, reste toujours avec tes cousins.

Fais tr�s attention.

Tu me l'as d�j� dit.

Au fait,

j'aurai pas besoin de l'heure, en vacances.

Remonte-la tous les jours.

Attention au d�part !

Au revoir, maman.

Vite, Bo.

EMMETT TILL

Il faut bouger.

Alors,

tu pinces la bract�e, comme �a, pour �viter de te couper les...

T'as vu la taille de cet oiseau ?

O� t'as eu cette bague ?

Elle �tait � mon p�re.

Il est mort en h�ros � la guerre.

Je peux l'essayer ?

Peut-�tre plus tard.

D'accord.

Bo ?

Du tr�fonds d'un antique tombeau

surgit un cri qui fait trembler la terre !

La momie est de sortie, Simmy !

Tu vas nous causer des ennuis.

Et alors quoi ?

J'en ai assez, de la cueillette.

Vous faites quoi, de tout ce coton ?

On le vend.

M. Frederick, le propri�taire, prend sa part,

et je vends la n�tre au march�.

C'est vraiment pas marrant.

Tu le laisses parler comme �a ?

Laisse, il sait pas d'o� viennent ses habits.

Bo, oublie le travail aux champs.

C'est pas fait pour les rats des villes.

Viens t'asseoir.

�a r�veillerait un mort, toute cette animation.

Merci, madame.

Vous ressemblez � une vedette de cin�ma.

Pardon ?

O� est Bo ?

� l'int�rieur.

Simmy.

Va voir ce que fait Bo.

Vous voyez ?

Viens.

Au revoir !

On s'en va.

Elle va prendre son arme. Vite, on s'en va !

Elle va prendre son arme.

Monte !

Vite !

Tu n'es pas au travail ?

Tout va bien ?

Le voyage qu'on pensait faire avec Bo,

faisons-le maintenant.

Maintenant ?

Mais tu te sentais mal.

En fait, Bo me manquait.

Il me manque toujours.

Il va �tre absent encore une semaine,

j'ai besoin de m'occuper l'esprit pour ne plus me sentir

comme �a.

Mais je ne peux pas partir avant quelques jours.

Promets-moi qu'on va le faire.

Bien s�r.

Quand il me regarde, je perds un peu les p�dales.

Sois toi-m�me.

Bien tent�.

Premier arriv�, premier servi.

Je te prenais pour un rapide.

Tu te crois dr�le ?

Pourquoi tu l'as siffl�e ?

�a fait trois jours,

et on n'a pas entendu parler de cette histoire.

Parce que personne te conna�t, ici.

�a veut pas dire qu'on nous cherche pas.

Je me suis excus�.

Il faut en parler � papa.

On �tait d'accord pour rien dire.

- Il va renvoyer Bo chez lui. - Et alors ?

Tu vois pas comment c'est, ici ?

Les Noirs se font buter pour bien moins que �a.

Te prends pas pour un Blanc.

Arr�te, Maurice.

Mme Bryant n'a peut-�tre rien dit,

il ne faut pas en parler.

Willie Mae, Ollie, vous faites vraiment expr�s de perdre.

Ou la chance est avec toi.

Et sinon, tu vas nous dire ce qui te tracasse ?

�a va.

Tante Lizzie m'a �crit,

elle dit que Bo va tr�s bien, je suis rassur�e.

Tant mieux.

Mon fils Curtis vient d'arriver l�-bas.

Mon oncle va lui dire d'aller voir Bo.

Bo sera content.

Ce sera bien qu'il ait un ami d'ici avec lui.

Il ne comprend pas � quel point c'est diff�rent, l�-bas.

Tante Lizzie raconte qu'il est all� aux champs.

J'ai du mal � imaginer

Bo sous le soleil qui tape, � cueillir le coton.

Mais tante Lizzie dit qu'il est gentil et travailleur.

Mon petit Bo.

�a fait une semaine qu'il est parti.

Avec Gene, on voulait faire un voyage,

mais je pr�f�rerais aller au Mississippi chercher mon fils.

Je voudrais qu'il puisse revenir � Chicago

et �tre heureux.

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit �a.

On dirait que la chance t'a quitt�e.

En effet.

On en refait une ?

Oui.

Mais c'est toi qui distribues.

D'accord, mais tu perdras quand m�me.

Il n'y aura pas d'inculpation

pour le meurtrier pr�sum� de George W. Lee,

ce Noir du Mississippi assassin� au volant de sa voiture.

Fondateur d'une branche de la NAACP � Belzoni,

il avait encourag� les Noirs � aller voter pour la 1re fois...

Papa ? Vous dormez pas ?

On ne dort pas quand vous �tes dehors.

Vous avez fait quoi ?

On s'est balad�s pour faire visiter � Bo.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Bo.

On se l�ve t�t demain pour aller poster la lettre � ta m�re.

D'accord.

Bonne nuit.

T'as eu peur.

Des dizaines de Noirs incit�s � aller voter.

Aucune charge n'a �t� retenue.

Pasteur !

Pasteur !

Qui est l� ?

M. Bryant. C'est � propos du gosse.

Monsieur ?

Je veux le gosse qui a parl�, � Money.

Qui a parl� ? Comment �a ?

Ouvre, pasteur.

Bo.

Ouvre, on te dit.

Bo, r�veille-toi.

Laisse-moi.

Il y a des gens !

Et alors ?

Ils te cherchent.

Qui ?

Je ne comprends pas, M. Bryant.

Je veux le gosse de Chicago.

T'aimes bien causer, le n�gre ?

Qui �tes-vous ?

Habille-toi.

M. Bryant.

S'il vous pla�t, il est jeune.

Ferme les yeux, toi.

Simmy !

T'as pas besoin de chaussettes.

C'est pour mettre mes chaussures.

Ne leur r�ponds pas.

Il a besoin d'une le�on.

Ne bouge pas, Simmy.

- Avance ! - L'emmenez pas !

Je peux le corriger s'il a fait une b�tise.

On a de l'argent.

On n'a pas besoin d'argent.

S'il vous pla�t,

il ne savait pas.

Il va apprendre !

M. Bryant !

T'as dit quoi � mon fr�re ?

Monte.

Carolyn.

C'est ce n�gre ?

C'est lui.

Laissez-moi.

Tais-toi, petit.

Allez.

Regarde-moi !

Tiens-le.

Tu vas voir !

Ta gueule !

L�ve-toi !

Tiens-le.

Il faut que j'aille � Money !

Money ? Pourquoi ?

- Ils ont pris Bo ! - Qui ?

Le pasteur dit que deux hommes l'ont emmen�, hier soir.

Il faut que j'y aille !

On va rentrer,

appeler ta m�re

et essayer d'en savoir plus avec ton oncle et ta tante.

Viens.

Nous te glorifions, Seigneur.

Gloire � Dieu !

Gloire � notre Seigneur, gloire � Dieu.

Le Seigneur te ram�nera ton fils.

Oui.

Alma.

Merci.

Mamie.

Alma.

Vous ne comptiez pas m'en parler ?

J'ai appel� ta femme.

On a des d�saccords

moi et ta m�re,

mais je reste ton p�re.

Mamie,

on va retrouver Bo.

Assieds-toi.

J'ai demand� � ton cousin de nous aider.

Tu te souviens de Rayfield ?

Rayfield Mooty.

Il venait souvent � la maison.

Il travaille avec des Noirs influents qui peuvent nous aider � retrouver Bo.

�a fait longtemps, ma tante.

Je suis contente de te revoir.

Mamie.

Pardon.

Merci d'�tre venu, M. Mooty.

J'ai contact� ma�tre William Huff,

un avocat de la NAACP � Chicago.

Il veut vous voir demain matin.

J'ai not� l'adresse de son bureau.

Tenez.

Il conna�t des responsables politiques au Mississippi,

et il est en contact avec le maire Daley,

le d�put� Dawson et le gouverneur Stratton.

Je connais l'Association d'�mancipation des gens de couleur,

et cet homme a l'air de conna�tre les gens qu'il faut

pour m'aider � retrouver Bo.

Je vous verrai demain � 9 h au bureau de ma�tre Huff.

Merci, Ray.

� bient�t.

Ma�tre Huff,

voici Mme Bradley.

Merci de nous recevoir.

- M. Mobley. - Oui, merci.

J'ai beaucoup de respect pour votre cousin.

Gr�ce � lui, le Syndicat des m�tallurgistes

est un levier puissant pour les Noirs.

Je l'ignorais.

Vous travaillez ?

- Pour l'arm�e de l'air. - Elle est la seule employ�e noire.

Mme Bradley,

vous �tes mari�s ?

Non.

Pas encore.

O� est le p�re d'Emmett ?

Louis Till est mort � l'�tranger il y a 10 ans,

pendant la guerre.

Qu'en est-il de M. Bradley ?

Vous me posez bien des questions,

et aucune n'a de rapport avec mon fils.

Votre dossier...

Bo n'est pas un "dossier".

J'ai pr�par� des t�l�grammes

pour le gouverneur White, du Mississippi,

et le gouverneur Stratton, de l'Illinois.

Ils doivent �tre inform�s.

Nous enqu�tons sur les meurtres de Lamar Smith et du r�v�rend Lee,

qui se battaient pour que les Noirs puissent voter.

Vu ce qui leur est arriv�,

la presse noire du Mississippi s'int�resse � Emmett.

Mais cela ne suffit pas

pour que les autorit�s lancent des recherches.

Il me semblerait avis�

de mobiliser la presse de Chicago,

qui est reprise dans tout le pays.

Vous devrez parler aux journalistes,

parfois devant les cam�ras.

C'est pourquoi

nous devons �tre s�rs

que la personne expos�e aura l'opinion publique avec elle.

Il vaut mieux que les questions viennent de moi

plut�t qu'un journaliste fouille de son c�t�.

Le r�v�rend et monsieur Smith ont �t� tu�s

juste avant que Bo n'aille l�-bas.

Ces conseils citoyens qu'il y a partout au Mississippi,

vous pensez qu'ils sont impliqu�s ?

Quand on r�p�te aux Blancs

qu'il faut emp�cher les Noirs de voter ou de s'�manciper

par tous les moyens non violents,

il est in�vitable qu'un jour,

certains l'emp�chent par tous les moyens.

Pensons seulement � retrouver Bo.

Pourquoi l'appelez-vous Bo ?

Quand j'�tais enceinte,

une amie de ma m�re apportait des cadeaux pour lui en disant :

"Un petit cadeau pour le petit Bo."

Apr�s sa naissance,

c'est rest�.

C'�tait un b�b� parfait.

N� par le si�ge, avec quelques soucis mais...

c'�tait un b�b� parfait.

Bonjour, nous sommes vos voisins et nous avons appris pour Emmett...

Sa photo permettra de savoir qui il est.

Le probl�me n'est pas ce que Bo a soi-disant fait dans ce magasin.

On m'a pris mon enfant, et je veux qu'il revienne.

Ma�tre Huff !

Oui, je l'appelle.

Il a une bonne voix.

Ma�tre Huff ?

Il a r�pondu ?

Le gouverneur veut lui parler de Bo.

Merci.

Merci de votre appel.

J'attends de vos nouvelles.

Un journaliste m'a appel�e.

Il ne voulait pas te le dire lui-m�me.

Le corps de Bo a �t� retrouv� dans une rivi�re.

Le pasteur l'a identifi� aupr�s du sh�rif.

Il a reconnu la bague que portait Bo.

Je suis d�sol�e, Mamie.

Il est mort.

Ceci est un bulletin sp�cial.

Une information de derni�re minute vient de nous parvenir :

le corps d'Emmett Louis Till a �t� retrouv�

dans la rivi�re Tallahatchie.

Ce Noir de Chicago avait �t� kidnapp� � Money, Mississippi.

Nous apprenons donc

qu'Emmett Till a �t� retrouv� mort au Mississippi...

et J.W. Milam sont en garde � vue apr�s avoir reconnu l'enl�vement,

ils pourraient �tre inculp�s du meurtre de Till.

Nous avons �tabli gr�ce � deux ou trois t�moins

que le corps retrouv� dans la Tallahatchie

�tait celui d'Emmett Till.

La bague qu'il portait...

le Mississippi entend maintenir la supr�matie blanche

en assassinant des enfants.

C'�tait un gar�on, voil� ce qui les a motiv�s.

Ils ont voulu affirmer leur sup�riorit�, l'affirmer

en �tant la vie � un gar�on de 14 ans.

Il faut que tu manges un peu.

Ils se sont crus libres de le lyncher car, dans cet �tat,

aucune limite n'est pos�e par la d�cence.

La haine

est un poison dans les veines du Mississippi.

C'est comme �a.

C'�tait Roy Wilkins, directeur de la NAACP,

qui r�agissait au meurtre du jeune Noir de 14 ans

Emmett Till.

Les pr�paratifs pour l'inhumation

ont commenc� dans le comt� de Tallahatchie,

o� Till a �t� retrouv� mort.

Les leaders noirs appellent les autorit�s

� ouvrir une enqu�te et � inculper J.W. Milam...

Toutes mes condol�ances...

Arr�tez.

Je ne peux pas.

Je veux que le corps de Bo soit ramen� ici.

Il ne sera pas enterr� l�-bas.

Le Mississippi refusera.

Trouvez un moyen.

Ma�tre Huff peut certainement

faire intervenir le maire ou le gouverneur.

Ils veulent jeter Bo dans un trou

comme un cadavre de plus.

C'est mon b�b�.

J'ai besoin de le voir.

Je vais parler � Me Huff.

Merci.

Voyez-vous...

votre histoire int�resse, aujourd'hui.

Les hommes politiques auront � coeur de vous aider,

en cette ann�e �lectorale.

Il faut en profiter.

Des dirigeants de la NAACP

sont en discussion avec le d�partement de la Justice

pour cr�er une loi qui ferait du lynchage un crime f�d�ral.

Le r�v�rend Lee a �t� victime d'un lynchage.

Lamar Smith

�galement.

Emmett...

Nous pouvons profiter

de ce qui est arriv� pour faire passer cette loi.

Vous pourriez obtenir une inculpation,

voire une condamnation.

Je ne peux pas y penser maintenant,

je veux juste qu'on ram�ne le corps de Bo.

Mais c'est maintenant qu'on s'int�resse � vous.

Ce n'est pas seulement Emmett...

M. Mooty, mon fils est mort !

Faites en sorte que Me Huff

s'en occupe aujourd'hui.

Oui, madame.

Rayfield

nous attend pour nous amener � la gare.

Je t'ai pr�vu un fauteuil roulant au cas o�.

Si c'est trop dur.

Le pasteur a encore appel�,

il voudrait te pr�senter ses excuses.

Tante Lizzie sera l�,

lui doit rester

pour finir le travail aux champs et parler au procureur.

Je n'arr�te pas de me demander

pourquoi tout �a arrive,

pourquoi Il m'a pris mon enfant.

Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ?

Je vais dire au revoir � maman.

Maman.

C'est moi qui lui ai dit d'aller l�-bas.

Je voulais qu'il aille l�-bas.

Je lui ai dit d'y aller.

Je lui ai dit d'y aller.

Seigneur !

Mon fils !

Mon fils, mon seul enfant !

Mon seul enfant !

Seigneur, sors-le de cette bo�te.

Sors-le de l� !

Sors-le de l�, il n'arrive pas � respirer.

Il n'arrive pas � respirer, Seigneur.

Seigneur, aie piti� !

Aide-moi !

Seigneur !

Aie piti� !

Montre-moi ce que je dois faire.

Montre-moi ce que je dois faire

et donne-moi la force de le faire.

Seigneur...

Je dois vous pr�venir...

Soulevez le drap.

Laissez-nous.

Gene, peux-tu aller chez moi

et m'apporter le costume noir d'Emmett, celui qu'il portait � No�l ?

Maman te dira o� il est.

Prends aussi ma robe noire, celle que Bo aimait bien.

Et aussi sa cravate.

Bo aimait ce costume,

c'est comme �a qu'il voudrait �tre vu.

Vu ?

On ne peut pas le montrer dans cet �tat...

Bien au contraire.

Le monde entier doit voir ce qu'on a fait � mon fils.

Mme Bradley.

Puis-je l'arranger un peu, qu'il soit plus...

Personne ne croira ce que je viens de voir.

Non, ils devront voir de leurs propres yeux.

Que voudriez-vous dire � ceux qui ont fait �a ?

C'est quoi, cette odeur ?

Cette odeur est celle du corps de mon fils.

Il m'est revenu

avec la puanteur de la haine raciale.

Il est d�figur� par les coups,

il n'a plus de dents,

on lui a tir� une balle dans la t�te.

Je veux que l'Am�rique en soit t�moin.

Venez avec moi, je vous prie.

Que souhaitez-vous dire aux coupables ?

Y aura-t-il des obs�ques ?

Gene, viens � c�t� de moi.

EMMETT TILL : LE MISSISSIPPI FERMERA-T-IL LES YEUX ?

IMAGES CHOQUANTES HISTOIRES VIOLENTES

L'annonce des fun�railles � cercueil ouvert du jeune Emmett Till

fait r�agir tout le pays.

La sauvagerie de ce meurtre a choqu�,

d'autant plus que la victime �tait un enfant.

Je compatis, je suis m�re. On est tous menac�s.

Il faut que l'Am�rique et le monde sachent ce qu'il s'est pass�.

Exposer ce pauvre gar�on comme une b�te de foire !

Elle a du courage.

Peut-on pleurer en paix !

Pour que �a s'arr�te, il faut le montrer.

Je pense que la culpabilit� est d'abord celle de Mme Bryant.

Je veux qu'elle soit punie,

de m�me que ces deux hommes

et toutes les personnes qui ont particip�.

La pression doit venir du pr�sident des �tats-Unis

et s'exercer � tous les niveaux jusqu'� Money.

Je ferai tout pour obtenir justice,

m�me si je dois aller moi-m�me � Money, Mississippi.

Vous poss�dez des preuves ?

Je sais que c'est mon fils.

Tu n'es plus seulement mon Bo, maintenant.

Mamie.

Tante Lizzie.

Simmy et Maurice sont rest�s avec leur p�re.

C'�tait trop, pour eux.

Pardonne-moi.

Quand ils sont venus,

j'ai essay�.

On a tous essay�.

Je ne retournerai pas l�-bas.

J'ai rassembl� mes affaires

et je resterai ici pour toujours.

Moses et les gar�ons me rejoindront.

Je ne peux pas regarder.

Il le faut.

Je suis d�sol�.

Bo...

2 HOMMES INCULP�S DU MEURTRE DU JEUNE DE CHICAGO

Mon enfant est mort,

et elle va s'en tirer.

Caroline Bryant va s'en tirer.

Obtenir l'inculpation de deux Blancs au Mississippi n'est pas simple.

Vous avez r�ussi, Mamie.

Bien.

Leur avocat

va insinuer que le corps n'est peut-�tre pas celui d'Emmett.

Pas de corps, donc pas de meurtre,

et Bryant et Milam ne seront jug�s que pour enl�vement.

Vous connaissez votre enfant mieux que personne.

Vous l'avez vu peu apr�s sa mort.

Rien ne vaut le t�moignage d'une m�re.

On ne va pas chez ta m�re ?

Je dois aller au Mississippi pour le proc�s,

pour t�moigner que c'�tait bien Bo, dans cette rivi�re.

Quand veux-tu qu'on parte ?

Je dois y aller sans toi.

M. Mooty m'a pr�vu des...

Je viens avec toi.

Me Huff et M. Mooty le d�conseillent.

Je m'en contrefiche !

Ils nous dictent nos faits et gestes,

et je l'accepte car j'ai perdu Bo, moi aussi.

Je ferais tout, pour lui.

Explique-moi

en quoi risquer ta vie aidera Bo.

Voil� ce qu'on dit de moi, l�-bas.

Ils font de moi une mangeuse d'hommes,

ils se renseignent sur mes ex-maris

et sur toi.

Me Huff avait raison, je suis aussi sur le banc des accus�s.

Les jur�s auront lu ces articles sur moi

quand ils d�cideront du sort des assassins.

Je dois veiller � mon image

si cela peut aider Bo � obtenir justice.

Il faut que je sois avec toi.

J'ai besoin de toi d'une autre mani�re, pour l'instant.

Tu ne changeras pas d'avis ?

Tu me connais assez pour r�pondre � cette question.

Depuis la crue de la Tallahatchie il y a 20 ou 30 ans,

la ville n'avait pas connu d'�v�nement tel que ce proc�s.

Je ne comprends pas comment une femme civilis�e

a pu ainsi exposer le cadavre de son enfant

� la vue de tous.

Je crois que c'est � cause de la NAACP

qui veut faire toute une histoire

d'un crime banal qui ne regarde que le Mississippi.

Tu ne pars pas l�-bas.

C'est trop dangereux, d'aller au Mississippi.

Les sh�rifs indiquent les voitures des Noirs au Ku Klux Klan.

Me Huff et M. Mooty ont tout organis� pour que je voyage en s�curit�.

Je prendrai un vol pour Memphis

et, de l�, des gens de la NAACP me conduiront � Clarksdale.

Puis leur responsable l�-bas me d�posera chez un de leurs membres

� Mound Bayou.

Mais tu y vas seule ?

J'essaie d'�tre forte pour Bo.

Que vas-tu faire, l�-bas ?

Une chose que tu ne peux pas faire.

Si mon t�moignage peut aider,

il faut que j'y aille,

que j'y sois pour mon enfant.

Et mon enfant � moi, alors ?

Je viens avec toi.

Je sais,

ce n'est pas ce qu'on avait dit, mais je pr�f�re y aller

que la laisser seule l�-bas.

Ne t'inqui�te pas, je serai avec toi.

Je te le promets.

Je n'ai pas besoin de toi seulement quand je souffre.

Je viens avec toi.

Merci.

Maman, je sais que tu n'approuves pas...

Non.

Mais je sais que tu dois le faire.

Mound Bayou existe depuis plus de 70 ans.

C'est une ville pour les Noirs.

Ce sont nos entreprises, nos �coles.

Les Noirs qui assisteront au proc�s logeront ici,

ils y seront en s�curit�.

C'est ici que M. Howard a fond�

le Conseil r�gional pour le leadership noir.

Il est chirurgien au Taborian Hospital

et il a cr�� plusieurs soci�t�s, dont une d'assurance vie.

Je l'ai connu l�-bas,

il m'a offert mon premier boulot.

Merci, M. Evers.

Je vous en prie, appelez-moi Medgar.

Mme Bradley ?

Les photos de votre fils dans les magazines,

�a a chang� notre vie.

Ma femme

est ici avec notre fils.

On participe ensemble aux recherches pour le proc�s.

Je vous promets

que nous ferons tout pour qu'Emmett obtienne justice.

La maison de M. Howard est surnomm�e "le Q.G. noir".

Les journalistes y ont install� leur salle de presse

et ils nous aident dans nos recherches.

Que recherchez-vous, exactement ?

Des t�moins qui oseront parler au proc�s.

Rayfield.

Mme Murdoch.

Mme Bradley.

Mme Turner, M. Booker.

Enchant�.

Et voici mon fils Darrell et ma femme Myrlie.

C'est un honneur de vous rencontrer, Mme Bradley.

M. Carthan.

Et voici Amzie Moore,

le pr�sident du Conseil r�gional pour le leadership noir.

Et je suis Theodore Howard.

Bienvenue � Mound Bayou.

Mme Bradley.

M. Carthan.

Je veux vous dire

� quel point

nous sommes honor�s de votre pr�sence.

Merci.

Bien.

Que voulez-vous boire ?

Peu de gens font ainsi profiter de leur argent.

Il faut de l'argent pour financer notre combat pour la libert�.

Il faut de l'argent

pour prot�ger les Noirs

qui ne veulent qu'exercer leur droit de vote

ou s'exprimer � un proc�s.

J'avais une belle vie, � Chicago,

avant qu'ils me prennent Bo.

Je ne pensais pas au reste,

c'�tait moi et Bo,

mon travail, ma famille, mes amis.

Avez-vous r�fl�chi � ce que vous ferez apr�s le proc�s ?

Apr�s le proc�s ?

Vous envisagez s�rement de continuer � travailler avec la NAACP

ou avec notre Conseil r�gional.

Votre histoire est un plaidoyer pour les droits des Noirs,

tel que ce pays n'en a jamais entendu.

J'ai racont� mon histoire car je veux que ces hommes

paient pour ce qu'ils ont fait.

Moi aussi.

Mais je ne crois pas que la justice sera rendue

par 12 jur�s qui sont les portraits crach�s

de ces accus�s qui se disent des hommes.

Notre combat,

port� par votre histoire,

devra continuer

et ne prendra pas fin avec ce seul verdict,

Mme Bradley.

SUMNER "O� IL FAIT BON �LEVER UN FILS"

C'est la m�re.

Laissez-nous passer.

Mme Bradley, pourquoi �tes-vous venue ?

Allez ! Dites quelque chose !

�a va aller, papa.

Je suis venue confirmer...

Non.

Vous n'avez pas honte ?

C'est rien, Mamie.

Entrez.

Amzie.

Je vous pr�sente Ruby Hurley.

Elle travaille avec nous.

C'est un honneur de vous rencontrer.

Merci.

On est avec vous.

Par ici.

H�, les n�gres.

J'ai huit chaises

pour ceux de votre sorte et vos journalistes.

Les autres resteront debout.

C'est toi, Mamie ?

Qu'est-ce que c'est ?

Ta citation.

Un n�gre savant, �a devrait savoir lire.

Ne fais pas attention.

Viens.

Je vois James Hicks.

On va s'asseoir avec lui et les autres journalistes.

Vous avez parl� � l'accusation ?

Une seule fois, au t�l�phone, �a a �t� bref.

On va exp�dier l'affaire.

M. Smith.

Mme Bradley.

Mamie.

Venez.

Veuillez vous lever.

L'honorable juge Curtis Swango pr�sidera les d�bats.

Vous pouvez vous asseoir.

Pas de photos pendant les audiences.

Huissier,

faites entrer les jur�s.

Et,

apportez-moi un Coca.

Monsieur le juge,

le minist�re public vient d'apprendre

qu'un autre t�moin aurait vu le meurtre d'Emmett Till.

Nous demandons un report d'audience

afin de le faire venir.

Objection.

Cela ralentirait inutilement la proc�dure.

Objection rejet�e.

La demande me semble raisonnable.

Merci, M. le juge.

Vous avez jusqu'� demain matin pour retrouver ce t�moin.

L'audience est report�e.

Nous reprendrons demain � 9 h.

L'audience est lev�e.

Medgar,

amenez-moi � Money.

D'accord.

C'est ici que c'est arriv� ?

Oui, c'est ici.

C'est ferm� depuis qu'ils ont �t� arr�t�s.

Les clients �taient surtout des Noirs.

Salut, maman, �a va ?

Tu me manques.

Oncle Moses nous fait travailler dur.

Votre m�re m'a dit que vous alliez vivre dans le Nord, apr�s le proc�s.

Papa pense qu'on n'est plus en s�curit�.

Merci.

On vous demande pardon.

Pardonnez-nous.

Vous ne pouviez pas savoir ce qui allait arriver.

Venez.

O� est votre p�re ?

Tu veux t'asseoir ?

J'ai vu tes gar�ons.

�a n'a pas d� �tre �vident pour eux.

Tu ne veux pas t'asseoir ?

Avais-tu un fusil chez toi la nuit o� ils ont emmen� Bo ?

Je voulais t'expliquer

ce qui s'est pass�...

Tu l'as fait en partie.

- Des Blancs sont venus... - Je sais.

Ils �taient arm�s.

Toi aussi, tu �tais arm� !

Combien de temps

es-tu rest� sans r�agir pendant qu'ils prenaient mon fils ?

Si j'avais tir�, ils nous auraient tous tu�s,

ils auraient traqu� tous les Noirs de Money !

On vit ici, nous.

Bo �tait avec mes fils quand il a parl� � cette Blanche,

tu sais ce que �a veut dire ?

Ne le rends pas responsable !

Je ne le rends pas responsable !

J'ai d� faire un choix, cette nuit-l�,

j'ai �t� oblig� de choisir.

Et tu as choisi les tiens.

Il n'y avait pas que deux Blancs arm�s, cette nuit-l�,

il y avait tous les Blancs qui pr�f�reraient tuer un n�gre

que respirer le m�me air que lui.

Tous les sh�rifs, tous les juges de la ville,

�taient � ma porte.

Face � moi, il y avait bien plus que deux hommes arm�s.

C'�tait mon seul enfant.

Je sais.

Tu d�m�nages apr�s le proc�s

parce que tu vas t�moigner ?

Aucun Noir de Money n'a jamais mis un Blanc en cause

et gard� la vie sauve.

C'est ici.

Surtout, on le laisse pas s'�chapper.

Mets-toi l�-bas.

Moins fort, tu vas lui faire peur.

Laissez Willie tranquille.

On veut lui parler.

Il a rien vu.

Soit vous sortez, soit on entre.

Vous allez le faire tuer.

Vite !

Il pourrait r�essayer de s'enfuir.

Je m'enfuirai pas,

je vais dire ce que j'ai vu.

Et tes grands-parents ?

Ils ont aussi entendu des bruits dans la grange ?

Je leur ai promis de pas les m�ler � �a.

On prendra en charge la s�curit� de ta famille, s'ils t�moignent,

ne t'inqui�te pas.

D'accord ?

Il s'appelle Willie Reed, il travaille pour le fr�re de J.W.

Il vit � la ferme,

pr�s de l� o� il a vu

J.W. Milam, Roy Bryant et d'autres hommes amener Emmett.

Ils sont plusieurs dans sa famille � avoir entendu des choses.

Il y avait d'autres hommes ?

Je suis navr� d'avoir � vous le dire,

mais il y avait aussi des hommes de couleur.

Des hommes de couleur ont fait �a � mon fils ?

Des ouvriers de Milam et Bryant qui ont �t� pay�s pour quitter la ville.

Je vais le faire.

C'est tr�s important,

ce que tu fais.

Je te remercie.

Merci.

C'est ce qu'il faut faire.

Tiens, mets �a.

Je n'arrive jamais � dormir tant que Medgar n'est pas rentr�.

Je voulais vous rencontrer.

Ce que vous avez fait avec les photos,

ce que vous faites aujourd'hui...

Toutes les m�res en feraient autant.

Quel �ge a votre fils ?

2 ans.

On a pens� � les laisser � Jackson, lui et sa soeur,

mais je pr�f�re qu'on reste ensemble, en ce moment.

Vous avez entendu parler de Lamar Smith et du r�v�rend Lee ?

Oui, j'en ai entendu parler.

On travaillait beaucoup avec eux.

�a marchait bien.

On avait convaincu plein de Noirs d'aller voter pour la 1re fois,

et �a a fait de nous des cibles � abattre.

Je crois � ce qu'on fait pour les n�tres,

profond�ment,

mais je refuse que mes enfants vivent dans la peur.

J'ai assez peur pour tout le monde quand Medgar tarde � rentrer.

Emmett �tait content de partir en vacances chez ses cousins.

Il n'imaginait pas qu'il risquait quelque chose.

Il savait que c'�tait tr�s diff�rent, ici,

mais je ne l'ai pas �lev� dans la peur.

Je voulais le laisser grandir,

qu'on ne lui vole pas son enfance.

Mais �a n'a rien emp�ch�.

Nous faisons

ce que nous pouvons.

Connaissez-vous M. Bryant ?

C'est le propri�taire de l'�picerie.

Vous connaissez aussi M. Milam ?

Pas de nom,

mais je le connais.

De quelle mani�re ?

Il est venu chez moi

avec une lampe torche dans une main et un pistolet dans l'autre.

Que s'est-il pass� ensuite ?

Il a menac� toute ma famille de son arme,

il a enlev� mon neveu et il est parti.

Bamboula.

Reconna�triez-vous M. Milam

si vous le revoyiez ?

Oui.

Je le reconna�trais.

C'est lui.

Le minist�re public a termin�.

Le t�moin peut quitter la barre.

L'audience est suspendue.

Que croyez-vous avoir entendu ?

J'ai entendu des hurlements et des bruits de coup

qui venaient du cabanon.

C'�tait la voix d'un gar�on.

J'ai vu

J.W. Milam

et un pick-up vert � toit blanc.

Quand ils sont partis,

il y avait deux Blancs � l'avant

et trois hommes de couleur � l'arri�re

assis � c�t� d'un corps.

Vous �tes s�r de vous ?

Oui.

Dans ce cas,

pourquoi n'avez-vous pas appel� � l'aide ?

Je pouvais pas.

Pas d'autre question.

Vous pouvez partir.

Avez-vous pu identifier formellement Emmett Till ?

Non,

moi, j'ai dit que c'�tait un cadavre.

On savait m�me pas s'il �tait blanc ou noir.

Merci, sh�rif Strider, vous pouvez disposer.

� mon avis,

la m�re du gosse et la NAACP ont mont� ce coup ensemble.

Merci, sh�rif Strider.

Le gosse est s�rement encore en vie.

Mamie.

Aviez-vous un fils qui s'appelait Emmett Till ?

Oui.

Quel �ge avait-il ?

14 ans.

Son p�re est-il encore en vie ?

Non, il est mort � la guerre.

Quand votre mari, le p�re d'Emmett Till, a �t� tu� � l'�tranger,

vous a-t-on envoy� ses affaires ?

Oui.

Je vous montre

une bague

sur laquelle est grav� :

"25 mai 1943".

Et les initiales "LT".

�tait-ce bien � votre mari ?

Oui.

Est-ce la bague que portait Emmett en partant au Mississippi ?

Oui.

Mamie,

pouvez-vous dire � la cour

et aux jur�s

si vous avez pu identifier le corps

que vous avez vu aux pompes fun�bres

comme �tant celui de votre fils ?

J'ai pu l'identifier.

Il est difficile de d�crire ce qu'une m�re sait.

Je vous en prie.

La premi�re chose que j'ai remarqu�e en devenant m�re,

c'est que j'avais les mains prises

tout le temps.

Bercer, porter, dorloter, j'avais toujours les mains prises.

Une main pour lui,

une pour ce dont il avait besoin.

Quand il a �t� en �ge d'�tre pos� et de se d�placer seul,

j'ai touch� chaque centim�tre de son corps,

chaque courbe.

Je le connaissais avec les mains, les yeux ferm�s,

je reconnaissais son rire dans une pi�ce bond�e.

C'est comme �a, quand on conna�t quelqu'un par coeur.

J'ai d'abord pos� les mains sur un pied,

puis

j'ai trouv� ses genoux.

Je l'avais en m�moire

pendant que mes doigts

suivaient la courbe de son front

et descendaient au creux de sa paupi�re.

C'�tait un corps d�form� et gonfl�,

mais c'�tait celui du gar�on que j'ai �lev� et aim�.

Rien ni personne n'aurait pu me le cacher.

Une m�re sait.

Votre m�re saurait.

Et j'ai su

que c'�tait mon fils,

Emmett Till,

je n'ai pas dout�.

Merci.

Merci, Mme Bradley.

Nous ne vous en demanderons pas plus.

Mamie,

savez-vous quel jour le p�re d'Emmett est mort ?

Oui, le 2 juillet 1945.

O� se trouvait-il ?

En Europe.

Aviez-vous pris une assurance vie pour Emmett ?

Oui.

De combien ?

De 10 cents et 15 cents par semaine, pour 2 contrats,

qui s'�levaient � 400 dollars.

400 dollars ?

Qui �taient les b�n�ficiaires ?

Objection, M. le juge.

Rejet�e.

Le t�moin peut r�pondre.

Moi pour l'un,

ma m�re pour l'autre.

Emmett n'a jamais eu d'ennuis, � Chicago ?

Pas plus qu'un autre.

- A-t-il �t� en maison de correction ? - Pourquoi ? Non.

Vous avez d�clar� � la presse de couleur :

"Je lui ai dit qu'au Mississippi,

il devrait demander pardon � genoux

s'il offensait un Blanc."

Je n'ai pas employ� ces termes.

Vous lui avez dit de ne pas offenser les Blanches ?

J'ai parl� des Blancs en g�n�ral.

Avez-vous dit � votre fils

comment il devrait se conduire au Mississippi ?

Plusieurs fois.

Dites-nous en quels termes.

Voici ce que je lui ai dit tr�s pr�cis�ment :

qu'une fois ici,

il devrait s'adapter � un autre mode de vie,

faire tr�s attention � ce qu'il dirait et � qui,

toujours penser � dire "oui, monsieur" et "non, madame".

Je lui ai dit qu'au moindre incident,

au moindre probl�me avec un Blanc,

si les choses en venaient � ce qu'il doive se mettre � genoux,

il ne devait pas h�siter � le faire.

Si par exemple, il bousculait un passant

et que le ton commen�ait � monter,

je lui ai dit de baisser la t�te

pour �viter d'avoir des ennuis.

Mais...

Mais ?

Je l'ai �lev� avec amour pendant quatorze ans,

il n'a pas compris que je lui parle soudain de haine.

Veuillez confirmer que c'est une photo de votre fils.

Elle a �t� prise chez moi deux jours apr�s No�l.

Dites � la cour ce que vous voyez � pr�sent.

C'est une photo de mon fils,

apr�s que le Mississippi l'a renvoy� mort � Chicago.

Pas d'autre question.

Monsieur le procureur ?

Pas de question.

L'audience est suspendue.

Ils ont tu� mon fils encore une fois.

Le jury peut se retirer.

Le t�moignage suivant

sur l'incident survenu � l'�picerie de Money

n'est pas pertinent.

M. le juge,

peut-on n�anmoins entendre ce t�moignage

pour le proc�s-verbal ?

M. le juge...

Asseyez-vous.

Je ne vois pas d'inconv�nient � ce que Mme Bryant

expose sa version des faits si elle le souhaite.

Tout le monde l'a fait.

�a va aller, ma ch�re ?

Mme Bryant,

y avait-il quelqu'un avec vous

le mercredi soir du 24 ao�t 1955 ?

J'�tais seule,

mais les enfants �taient derri�re,

dans l'appartement.

Quel moment de la journ�e �tait-ce ?

C'�tait la nuit.

Seule, la nuit, avec vos enfants.

Pouvez-vous dire � la cour ce qu'il s'est pass� ?

Ce n�gre est entr� dans le magasin

et s'est plant� devant les confiseries.

O� �tiez-vous ?

Derri�re la caisse.

Je lui ai demand� ce qu'il voulait.

Et l'avez-vous servi ?

Oui.

Et ensuite ?

J'ai tendu la main pour �tre pay�e.

Pouvez-vous montrer comment � la cour ?

Comme �a.

Vous a-t-il pay�e ?

Non, il m'a attrap� la main.

Pouvez-vous nous montrer comment ?

Vous tenait-il doucement ou fermement la main ?

Fermement.

Montrez-nous ce que vous avez fait.

Comment vous �tes-vous lib�r�e ?

J'ai fait un mouvement sec, comme �a.

Qu'a-t-il dit en vous attrapant la main ?

"On se file rencard, b�b� ?"

Vous vous �tes lib�r�e,

et ensuite ?

Je suis all�e vers l'arri�re-boutique.

Et il est parti ?

Non.

Il m'a suivie.

Il m'a attrap�e pr�s de la caisse.

Mme Bryant, pouvez-vous

nous montrer comment ?

Allez-y.

Il vous a tenu les mains dans le dos ?

Oui.

Sa main droite sur votre hanche droite ?

Ici.

Et qu'a-t-il dit ?

Il a dit :

"Faut pas avoir peur de moi,

j'ai d�j� �t� avec des Blanches."

Que s'est-il pass� ensuite ?

Un autre n�gre est arriv�...

Je peux partir.

Je vous ram�ne pour le verdict ?

Non, je peux partir du Mississippi, tout de suite.

Et le verdict ?

Je le connais d�j�.

Apr�s une heure de d�lib�ration,

le jury vient de d�clarer les accus�s

non coupables.

Messieurs Milam et Bryant sont des hommes libres.

Ils sont repartis satisfaits, leur �pouse � leur c�t�...

Ce qu'elle a v�cu a chang� le monde,

car elle a eu le courage de faire de son histoire

notre histoire � tous.

Mamie, c'est un honneur de partager cette tribune avec vous,

de partager cette lutte avec vous.

Je vous prie d'accueillir

Mme Mamie Till Bradley.

Ce n'est que le d�but.

Je souhaite

rendre gr�ce � Dieu

qui me donne la force et une raison de vivre.

Je remercie M. Mooty et la NAACP

de m'avoir invit�e pour vous parler,

ici � Harlem, � New York.

Le corps supplici� de mon fils n'�tait rien

pour la justice p�nale du Mississippi.

Alors qu'on accablait la victime, comme toujours,

le gouvernement f�d�ral n'a pas boug�.

Si ce pays n'est pas capable de prot�ger les Noirs de la haine,

l'Am�rique manque � sa promesse.

Sans libert� pour tous, il n'y a pas de libert�.

Il y a un mois, j'avais un joli appartement � Chicago,

j'avais un bon travail,

j'avais un fils.

Quand on s'en prenait aux Noirs dans le Sud,

je pensais que c'�tait leur probl�me, pas le mien.

J'ai compris � quel point j'avais tort.

Le lynchage de mon fils m'a montr�

que le sort de chacun d'entre nous, partout dans le monde,

est notre probl�me � tous.

Gr�ce � son engagement, Mamie a galvanis� un mouvement

qui a men� � l'adoption du Civil Rights Act de 1957.

Elle a consacr� sa vie � l'�ducation des enfants

et au combat pour les droits civiques aux �tats-Unis.

Medgar Evers est devenu un leader �minent du mouvement des droits civiques.

Huit ans apr�s le proc�s, il a �t� assassin� devant chez lui,

sous les yeux de Myrlie et de leurs enfants.

Moins d'un an apr�s le proc�s,

J.W. Milam et Roy Bryant ont avou� le meurtre d'Emmett Till

dans une interview au magazine Look.

Ils ont �t� pay�s 4000 dollars et n'ont jamais �t� inqui�t�s par la justice.

Carolyn Bryant Donham n'a jamais �t� poursuivie pour son implication

dans le meurtre d'Emmett Till.

Mamie et Gene Mobley se sont mari�s en 1957 et sont rest�s unis

jusqu'� la mort de Gene en 2000.

Mamie s'est �teinte en 2003.

Le projet de loi Emmett Till faisant du lynchage un crime f�d�ral

a �t� d�finitivement adopt� le 29 mars 2022,

67 ans apr�s le meurtre d'Emmett.

Nous d�dions ce film � la m�moire

de la vie et de l'h�ritage de Mme Mamie Till-Mobley.

Sous-titres : Chlo� Leleu

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