All language subtitles for Petite.Fille.2020

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Original subtitles

[discussions à l'écart]

Oh !

Oui, peut-être...

Non... Un autre.

Tiens ! Peut-être aussi.

[musique douce]

- [père] Ah, la vache ! - [rires]

[Vassili] C'est pas une vache, c'est de la neige.

[cris joyeux]

[mère] Aïe, aïe, aïe !

- [mère] Attention ! Attention ! - [Sasha rit]

[le père rit]

- [Soline] Merci. - [Vassili] De rien.

- [Soline] Oh ! - [Vassili rit]

[la mère rit]

[cris joyeux]

[musique majestueuse]

Sasha,

depuis longtemps maintenant, se sent...

C'est pas "Sasha se sent"... Sasha est une petite fille.

[mère] C'est une petite fille dans un corps de garçon.

[psy] Il est clair, depuis qu'il est en âge d'identifier son sexe,

il vous dit toujours : "Je suis une petite fille".

C'est pas qu'il me dit : "Je suis une petite fille".

C'est qu'au départ, Sasha me disait :

"Quand je serai grand, je serai une fille."

[psy] Oui ?

C'était au tout début.

- Depuis quel âge ? Deux-trois ans ? - Deux ans et demi.

- Deux ans et demi ? - Oui, au tout début.

Et je lui dis : "Ben non !"

Et puis, en fait, c'est resté.

Jusqu'au jour où j'ai vraiment compris que...

que c'était pas une passade.

C'est pas un passage, comme les autres enfants.

[psy] C'est quelque chose qui revient régulièrement ?

- [mère] Non, c'est que ça ne part pas. - Ça ne part pas ?

- [mère] Sasha est une fille. - D'accord.

Sasha déteste son zizi.

Sasha déteste le fait

de pas pouvoir porter un jour un bébé dans son ventre.

- [mère] Sasha m'en parle. - D'accord.

- [psy] Il l'a verbalisé devant vous. - Ah oui !

Alors, je vais vous poser des questions par rapport à la grossesse.

- C'est une grossesse désirée ? - [mère] Oui.

Oui ? Et pendant votre grossesse, vous avez évoqué,

vous avez essayé de penser au sexe de l'enfant que vous portiez ?

Est-ce que vous avez, vous, éventuellement,

inconsciemment désiré avoir une fille ? Ou pas.

[mère] Pas inconsciemment. Je voulais une fille.

Vous vouliez une fille ? D'accord.

Et quand vous avez appris que le sexe de votre enfant était un garçon,

comment vous l'avez vécu ?

Je l'ai mal pris. C'est drôle, parce qu'aujourd'hui,

là, le 21, c'est le jour où j'ai appris, en 2010, que j'attendais un garçon.

[psy] Un garçon.

- [mère] J'ai été très déçue. - Vous avez été déçue ce jour-là.

[psy] Hm...

Et c'est vrai que c'est compliqué de...

Parce qu'on se dit :

"Tout ça, c'est ma faute s'il a une vie compliquée,

si...

si mon gosse peut pas jouer comme les autres."

- [psy] Hm... - C'est...

[psy] C'est un sentiment de culpabilité que vous avez en permanence.

- [mère] Oui. - Tous les jours.

C'est une question que le papa se pose pas.

- [mère] C'est l'avantage des hommes. - Oui.

Les mamans, quand il y a un problème avec nos enfants, à la naissance,

comme j'ai pu en avoir pour Valentin par exemple...

- On se dit que c'est notre faute. - Oui, bien sûr !

"Qu'est-ce que j'ai mal fait ?

Est-ce que j'ai pensé tellement fort à un truc que...

Est-ce que j'aurais dû faire ci ?

Ou est-ce que j'ai mangé un truc ?"

Et...

- [psy] On remet tout en question. - Oui.

On se remet soi en question, parce qu'on se dit

qu'on est censés apporter que du bon à nos enfants,

et peut-être que, juste par une pensée,

juste par un désir, on leur apporte des trucs.

[elle pleure]

Et donc...

Et puis à l'école, on m'a quand même

fait comprendre

que c'était...

En gros, que c'était moi qui poussais Sasha à être une fille,

et que c'était...

- [mère] Euh... - Justement,

au niveau de l'école, on vous a proposé de rencontrer une psychologue scolaire

ou est-ce qu'on vous a conseillé de rencontrer une psychologue ?

[psy] Vous n'avez jamais consulté par rapport à ça ?

Ben, pour trouver un psychologue, un pédopsy ici,

quand on les appelle, ils disent : "Oui, oui, oui !"

Et ils rappellent jamais.

Depuis le mois d'octobre, j'attends...

[psy] Moi, je suis pas compétent en la matière.

Je pense qu'il faut effectivement vous orienter

vers quelqu'un de très spécialisé dans ce domaine.

Je pense qu'on doit trouver ça quand même,

pas forcément ici, c'est sûr, peut-être même pas sur Reims.

Il faudra peut-être migrer vers la région parisienne.

Mais bon, ça, c'est pas insurmontable pour vous.

[Sasha] Youpi !

[Sasha] Gagné !

[Vadim] Hé, Sasha !

[mère] J'osais pas en parler, au départ.

Je savais pas trop ce qui se passait.

Je...

Je découvrais, moi aussi.

Mais je pense vraiment que la chose qui m'a le plus marquée...

Sasha avait quatre ans.

Il me disait encore : "Maman, quand je serai grand, je serai une fille."

Et je lui ai dit : "Non, Sasha ! Tu seras jamais une fille."

Et là, Sasha s'est mise à pleurer. Mais c'était pas...

C'était un vrai pleur de douleur.

C'était vraiment le pleur de...

Je venais de foutre sa vie en l'air.

Je venais de briser tous ses rêves

en disant ça.

Et... on reconnaît les pleurs de douleur de nos enfants.

Et...

Et là, je me suis dit : "Mais qu'est-ce que t'as dit ?"

Et donc, j'ai essayé de rassurer Sasha,

mais le mal était fait de toute façon.

Et après, ça a été long

pour rassurer Sasha.

Je lui disais...

Je comprenais pas. Je savais pas ce que c'était que tout ça.

Donc, j'ai commencé à me renseigner un peu.

Je me suis dit : "C'est plus profond que juste une envie d'être comme maman.

C'est pas ça."

Ça, c'était... Ouais.

C'était difficile.

On était assises ici.

Enfin, moi, j'étais assisse, elle était debout.

C'était vraiment... le regard

paniqué.

Genre, "mais qu'est-ce que je vais devenir

si je peux pas être une fille ?"

[musique douce]

[professeure] Le plus léger que vous pouvez faire.

[professeure] Le deuxième rang, vous êtes prêts ?

[professeure] Allez-y.

[professeure] Comme tu veux, Sasha.

[professeure] T'es pas obligée de faire comme la copine.

[professeure] Essayez encore plus léger.

[professeure] Sarah, tu...

[professeure] Oui ! Encore tout délicat.

[professeure] Mais on peut avancer.

[professeure] Vous êtes prêtes ?

[professeure] Allez-y. Top !

Et puis un jour,

il m'a demandé une robe.

Alors, on est allés chercher une robe.

J'étais gênée.

Dans le magasin, j'étais gênée.

Je... C'est pas une fierté, hein...

J'étais gênée. J'avais peur du regard des autres. Clairement.

Et puis, Sasha a essayé sa robe.

Une petite robe avec une Minnie.

Et je l'ai vue se regarder dans le miroir, dans sa robe. Et y avait

tellement de bonheur

qu'après, le regard des autres, j'en ai plus rien eu à faire.

[musique majestueuse]

[mère] Je me suis interrogée.

Je me suis dit : "Est-ce que c'est pas ta faute

d'avoir tellement voulu une petite fille que c'est arrivé ?"

Après, je me suis dit : "Peut-être que Sasha..."

J'avais perdu des bébés avant, des petites filles.

Je me suis dit que Sasha a trouvé la méthode pour rester en vie.

"Je vais vous faire croire que je suis un petit gars, mais pas du tout."

Ses testicules étaient pas descendus. Y a plein de trucs comme ça.

Et pourquoi Sasha, c'est le seul de mes enfants qui a un prénom mixte ?

Pourquoi ? Je me dis que finalement, c'était écrit, c'était comme ça.

[père] Sasha !

[père] Sasha !

[père] Ouais, Sasha ! C'est bien.

J'étais un petit peu surpris de pas...

Et puis...

[soupir] ...comment...

pas vexé, mais étonné de pas m'être rendu compte.

C'est vrai que je suis pas tout le temps là.

Elle est plus présente avec les enfants, donc le relationnel est pas le même.

Mais non, au niveau...

par rapport à Sasha...

[soupir]

...la question se pose même pas. C'est...

C'est mon enfant. Point.

Pour moi, c'est même pas une question de tolérer.

Pour moi, c'est...

C'est Sasha. Point.

1, 2, 3, soleil !

[père] J'ai pas dit : "Non, tu seras un garçon, quoi qu'il arrive."

Moi, je veux le bien-être de Sasha.

Je veux impérativement que ça se passe au mieux,

même si pour l'instant, je me rends compte

que déjà à son âge, à huit ans, c'est pas facile.

[Soline] Vadim, tu bouges.

[Soline] Sasha l'a même pas vu.

[Sasha] Je t'ai entendue, Soline.

1, 2, 3, soleil !

1, 2, 3, soleil !

[rires]

On se tient la main ?

- On va gagner tous les deux. - OK. Ouais.

- [Soline] Prêts ? - [tous] Oui.

[Soline] 1, 2, 3, soleil !

[baiser]

[Sasha] Et toi, tu descends.

1, 2, 3, soleil !

[Sasha soupire]

[mère] Oh, mon petit cœur !

[mère] Hein ?

[Sasha gémit doucement]

- [mère] T'as bien dormi ? - Oui.

[Sasha gémit doucement]

- [mère] Tu t'es remise dans le bon sens ? - Oui.

[la mère rit]

[mère] À deux heures du matin, t'étais à l'envers.

[Sasha rit]

[discussions à l'écart]

[Soline] Salut, ma beauté ! Ça va ?

[mère] Un bras à la fois, ça ira mieux. Voilà !

[mère] Allez, je vais serrer plus.

[mère] Tu as les cheveux longs ! [rire]

[mère] Dépêche-toi, Sasha.

[brouhaha animé]

[sonnerie]

[mère] J'ai pas le sentiment que Sasha vit la vie qu'elle devrait vivre.

Déjà parce qu'à l'école, on l'empêche de vivre comme les autres enfants.

Sasha est rejetée par les garçons, parce que trop féminine,

et rejetée par les filles,

parce que trop féminine pour un garçon.

Sasha n'a jamais invité d'ami à la maison. Parce que sa chambre,

c'est une chambre de petite fille.

Parce qu'elle a peur de ce qu'on dirait derrière.

Si déjà à l'école, on...

on n'accepte pas, en tant qu'adultes, Sasha telle qu'elle est,

les enfants vont forcément suivre le chemin des enseignants

qui sont l'image...

l'image à suivre.

On leur dit : "Faites ce que je dis."

C'est ce qu'ils font.

Et puis, beaucoup de parents aussi.

Non, Sasha ne peut pas vivre...

Sasha n'a pas la vie qu'elle mérite.

Sasha n'a pas son enfance.

On la prive de son enfance. Sasha peut pas...

Les rentrées scolaires, quand il faut acheter un cartable,

Sasha n'a jamais le cartable qu'elle veut, n'a jamais la trousse qu'elle veut.

Sasha n'a pas la petite robe pour rentrer à l'école.

Sasha, non... Sasha, on lui prend tout.

Elle passe à côté de son enfance.

Pourquoi ? J'en sais rien.

Je vois pas en quoi ça dérange les gens.

Qu'est-ce que ça peut leur faire ?

Si c'était pas écrit sur un papier, là,

"sexe : garçon", qui le saurait ?

Qui le saurait ? Quand on va ailleurs,

tout le monde lui dit : "Bonjour, ma puce."

Tout le monde.

Mais ici, parce que sur un papier, c'est écrit "sexe masculin",

ma gamine passe à côté de son enfance.

Je trouve ça dégueulasse.

[voix SNCF] La région Hauts-de-France vous souhaite la bienvenue

à bord de ce TER à destination de Paris-Nord.

Il desservira Anizy-Pinon,

Villers-Cotterêts, Crépy-en-Valois...

- T'as mis du rouge à lèvres ? - Non.

Pourtant, le trait ici, c'est rose et ici, c'est beige.

Ben non, j'ai pas mis de rouge à lèvres.

[bips]

[voix SNCF] Paris-Nord...

[alarme]

[psy] Alors nous, on fait connaissance aujourd'hui

pour que tu me racontes ton histoire,

pourquoi vous venez me voir et ce que vous attendez de ce rendez-vous.

On est venues ici pour quoi, Sacha ?

- Pour quoi ? - Pour...

Ah ! Euh...

- Qu'est-ce que tu es, toi ? Tu es qui ? - Une fille.

- Voilà ! - [psy] Hm...

- Et tu es née fille ou tu es née garçon ? - Garçon.

Voilà...

- Donc, on est là pour ça. - [psy] Hm-hm...

[psy] C'est le bon endroit. [la psy rit]

[psy] Pour venir, pour ça. OK ?

Donc, pourquoi on a voulu voir le docteur ?

- Pour qu'elle nous aide. - [rire]

[psy] Alors Sasha, toi, tu es en CE1. Et comment ça se passe à l'école ?

Ben, bien. Mais des...

Ma maîtresse est pas très...

[la mère rit]

...gentille.

[psy] D'accord.

Les maîtresses de CE1 à l'école, elles sont pas très gentilles.

Parce qu'il y en a deux... Moi, c'est CP et CE1.

Mais moi, je suis dans le côté CE1.

[psy] D'accord. OK.

[psy] Et pas très gentille, c'est par rapport à toi,

ou de manière générale, c'est une maîtresse sévère

et qu'elle est un peu...

Ben, pour moi, oui.

Et pour les...

- Et pour maman aussi. - Mais c'est pas ma maîtresse.

- Non, mais tu l'aimes pas. - Oui, mais...

Ça, c'est... C'est vrai.

[la mère rit]

[mère] C'est pas faux.

[psy] D'accord. Donc, ça se passe pas super facilement. OK.

Et c'est un sujet que vous avez déjà un peu abordé avec eux ?

- [mère] Oui. - D'accord.

[mère] On a estimé que c'était moi

qui poussais Sasha,

et que Sasha finirait par, je cite, "rentrer dans le droit chemin".

[psy] Hm...

J'ai eu des soucis avec le directeur aussi.

Euh, parce qu'ils ont téléphoné à une psychologue,

la psychologue qui s'occupe de tout le département,

que personne n'a jamais vue.

- Ils ont menacé de faire un signalement. - [psy] D'accord.

Voilà. Donc non, l'ambiance est pas forcément au beau fixe.

[psy] Et avec les copains ?

Hm, ça se passe bien avec mes copains.

Mais avec ceux qui m'aiment pas, ils m'embêtent.

[psy] D'accord. Et ils t'embêtent comment ?

Ben, ils disent des bêtises.

[Sasha] Des trucs qu'ils croient que j'ai faits,

alors que j'ai même pas faits.

[psy] Et parfois, ils peuvent se moquer ?

Ou ils peuvent même t'embêter physiquement ?

Comme te taper ou te pousser ?

Est-ce qu'il y a des choses comme ça parfois ?

- Hm... Taper et pousser, non. - D'accord.

- C'est jamais arrivé qu'on te pousse ? - Quoi ?

C'est jamais arrivé qu'on te pousse ?

- Ça veut dire quoi ? - On t'a jamais poussée ?

- Et quand je suis intervenue ? - Ah si !

C'est bien ce qu'il me semblait.

[psy] D'accord. OK.

Mais Sasha a du mal à...

- Elle le dit pas, en fait. - [psy] Hm...

Même la fois où tu étais aux toilettes et où on est venu t'embêter.

- Hm... - Ouais, voilà !

|psy] Hm...

[psy] D'accord.

Est-ce que vous, y avait des choses que vous teniez à dire aujourd'hui

ou qui vous paraissent importantes ?

[mère] Quand j'attendais Sasha,

je voulais vraiment une fille. Voilà !

[psy] OK.

Je me suis toujours demandé si ça avait pas une...

[psy] Non. Ça, on peut y répondre tout de suite.

À l'heure actuelle, alors...

Le terme qui est utilisé, c'est la dysphorie de genre.

[mère] Oui.

C'est le terme actuel pour en parler.

On sait pas à quoi est due la dysphorie de genre.

Mais on sait quoi elle n'est pas due.

On sait que c'est pas un souhait des parents,

du papa ou de la maman, d'avoir un enfant de l'autre genre.

C'est une des craintes que les parents rapportent souvent.

Et ça, on sait que ça n'a pas d'incidence.

Ensuite, sur l'apparition d'une dysphorie de genre,

on sait aussi que c'est pas des erreurs que vous auriez faites

ou quelque chose que vous auriez pas bien fait.

On peut tout de suite vous dire que c'est pas ça.

Le pourquoi, on le connaît pas.

Les choses sont comme ça.

Pour une raison qu'on ignore, les choses sont comme ça.

Et tu n'es pas la seule pour qui c'est comme ça.

On en voit d'autres,

des enfants dans cette situation.

[mère] Mais est-ce que j'ai eu raison de laisser Sasha

s'habiller en fille,

ou de lui dire "elle" ?

Est-ce que j'ai...

[psy] Alors, c'est pas parce que vous l'avez laissée

que la dysphorie de genre est là.

[psy] Et je crois que face à une situation comme ça,

on fait aussi comme on sent intuitivement que c'est le mieux de faire

et que c'est pas la décision que vous avez prise

de la laisser expérimenter, de s'habiller en fille

qui a fait qu'il y avait une dysphorie de genre.

Vous avez pas fait une erreur en faisant ce choix-là.

Vous avez fait votre choix avec vous,

ce que vous êtes en tant que parents,

et la seule limite que ça, ça pourrait avoir,

c'est si en effet, vous étiez dans une attitude très rigide

de dire : "Si t'es pas garçon, t'es forcément une fille.

Et on va s'en tenir là." Mais vous avez pas ce discours-là.

Vous avez le discours de :

"T'expérimentes ça parce que toi, tu te sens fille."

Et on peut se sentir fille et être habillé en fille,

et puis, on verra.

[baiser]

Qu'as-tu envie d'ajouter par rapport à tout ça ?

Comment ?

As-tu envie d'ajouter des choses par rapport à ça ?

Je sais pas.

Quand tu serres très fort la main de maman, c'est pour lui dire :

"Maman, t'as fait le bon choix ?

Heureusement que t'as fait ce choix-là." C'est ça ?

Tu la rassures un peu ?

[la mère rit]

[frottements]

Y a quelque chose qui te rend triste ?

Est-ce que t'as envie de le partager ?

[psy] Non ?

[mère] J'ai l'impression que le fait que je sois là la dérange pour parler.

[psy] Y aura plein de fois où on se verra que toutes les deux.

Mais c'est vrai que là, on fait connaissance donc...

T'avais envie qu'on se voit que toutes les deux aujourd'hui ?

- Ou t'avais pas très envie ? - Pas très.

- Pas très envie. Souvent, c'est comme ça. - [la mère rit]

Tu veux un mouchoir aussi ?

[psy] Y en a si tu veux.

[psy] Tiens.

[psy] Est-ce que toi, parfois, tout ça te fait un peu peur ?

Est-ce que ça te fait un peu peur ?

Euh, pas trop.

[psy] Pas trop ? D'accord.

Je voudrais savoir, par exemple,

quelque chose de très pratique, très concret :

est-ce que pour l'école, là,

est-ce que vous pourriez me faire un papier

qui leur prouve que ni Sasha ni moi ne sommes folles ?

[rire]

Et qu'on nous laisse un peu en paix,

parce que c'est épuisant de devoir aller à l'école

et se battre tout le temps.

- [psy] Oui, bien sûr. - Merci.

[rire]

Et puis, je sais pas, le suivi...

Je pense que Sasha aura besoin de parler, mais sans moi,

parce qu'elle est toujours dans la peur de me faire du mal.

Je pense qu'elle a peur de dire des choses qui pourraient me faire de la peine.

Hein ?

Faut pas.

Y a rien qui me fait de la peine.

Si tu veux, je fais le certificat. Comme ça, tu peux réfléchir

à si t'as d'autres questions pendant ce temps-là.

Non ?

Les larmes aux yeux, c'est quand tu penses à l'école ?

[psy] Est-ce que vous, vous avez le sentiment

qu'avec l'appui ici du service,

ça pourrait changer à l'école de Sasha. À l'école actuelle.

[Sasha pleure]

[la mère soupire]

J'espère. Je ne sais pas.

Pendant un moment, j'étais persuadée que ça changerait tout.

Avec les derniers événements, j'ai plus de doutes.

Mais en même temps, je me dis que,

puisqu'ils arrêtent pas de dire

que quand ils auront les preuves, les choses changeront,

j'ai envie de leur laisser la chance de me prouver que...

Je pense que le retour à l'école,

avec un papier, je verrai tout de suite si...

- [psy] Hm... - [mère] ...si ça peut changer ou pas.

[mère] Mais il est clair que si ça ne change pas,

ce sera pas possible de continuer.

Et les deux-trois copines auxquelles tu tiens beaucoup,

elles t'appellent Sasha au féminin ? Comment elles font avec toi ?

[mère] Est-ce qu'elles... Ma puce ?

[psy] Elles te disent "elle" quand elle te parle ?

[psy] Non ?

[psy] Est-ce que tu aimerais qu'elles le fassent ?

[soupir]

[elle tape au clavier]

[roulement du train]

- T'es fatiguée, ma puce. - [Sasha] Quoi ?

T'es fatiguée, hein ?

[Sasha] Toi aussi ?

C'est un traitement qui va être mis en place ?

Pas tout de suite.

Il va falloir rencontrer l'endocrinologue qui travaille avec elle.

[père] Ouais.

Qui va nous expliquer un peu justement tous les signes de...

- De puberté. - Oui.

Pour pouvoir ensuite bloquer la puberté.

Ça veut pas dire que...

- C'est pas irréversible. - Hm...

Si jamais Sasha venait à se dire à l'adolescence :

- "Je me sens mieux en mec..." - Ouais.

- Ben, hop ! C'est pas grave. - D'accord.

De toute façon, toutes leurs décisions, ils en parlent à plusieurs, etcetera.

- Mais c'est pas... voilà ! - D'accord.

Y a rien d'irréversible. Sasha...

Si elle veut vivre en tant que fille pendant dix ans,

elle vit en tant que fille pendant dix ans, point barre.

Et par rapport à sa morphologie, tout ça ?

Justement ! Ça va bloquer.

Oui, mais c'est un petit bout, Sasha.

Mais attends, ils sont médecins, ils doivent savoir.

- Non, mais je dis... - Y aura une...

Ils vont demander les antécédents familiaux, des choses comme ça.

Y aura sûrement, je sais pas...

Franchement, j'ai pas pensé à demander si y aurait des examens médicaux.

- J'en sais rien, mais... - Ouais ?

Mais une fois qu'il y aura ça,

déjà, ça évitera la pilosité, la pomme d'Adam...

[père] Hm, ouais...

La musculature un petit peu trop...

Ce que je retiens, c'est que c'est bon, on a un papier.

J'ai hâte d'aller voir le directeur.

Comme ça, s'il refuse, je pourrai lui dire merde.

C'est clair.

Lui, vu les arguments qu'il nous a avancés,

en tant que professionnel de l'éducation...

La dernière fois, il m'avait justement avancé le fait que

tant qu'il avait pas de papier qui stipulait que... il pouvait rien faire.

- Donc, on verra. - Il pouvait rien faire.

Et ça avait l'air surtout de le défriser par rapport à l'image de marque de leur...

Je vais te dire : s'ils acceptent pas Sasha, je vais m'en charger.

[père] Bien sûr !

[coup de klaxon]

[brouhaha de cris d'enfants]

[sonnerie]

[grondement de la voiture]

- Donc, Lola, elle sait ? - Oui.

Alors, comment elle l'a pris ?

- Bah, bien. - Bien ?

- Elle s'en fiche, en fait ? - Oui.

Elle t'aime, toi. Voilà. C'est bien.

- Ça, c'est une vraie copine. - Oui.

Maintenant, elle dit "elle"... des trucs comme ça.

[mère] C'est vrai ?

- [mère] C'est bien, ça. Hein ? - Hm.

Et ça te dirait qu'on invite Lola un de ces jours à la maison ?

- Oui. - T'aimerais bien ?

Vu qu'elle comprend tout ça, je pourrais lui montrer ma chambre.

Bien sûr !

Déjà que Théo, il a compris. Là, je pourrais montrer ma chambre.

[mère] Ben oui !

- Ce serait bien, non ? - Hm !

- On lui proposera ? - Oui.

Elle m'a déjà demandé, Lola, si elle pouvait venir.

- Mais je voulais voir avec toi d'abord. - Hm...

- Ça te ferait plaisir ? - Oui.

[inspiration] Cool !

[Sasha soupire]

Je verrai ça avec sa maman.

- T'as mal aux fesses ? - Oui.

T'as des petites fesses osseuses, c'est pour ça.

[Sasha rit]

Ça sera cool déjà si t'as une copine qui peut venir.

Ouais.

Mais pour...

Mais pourquoi la semaine prochaine, quand je serai en CE2...

[mère] La semaine prochaine !

Oui, vas-y. L'année prochaine ?

On sera plus dans cette école ?

Je sais pas encore, Sasha, si tu seras dans cette école.

Ça dépend de comment va réagir le directeur.

S'il te laisse être toi ou pas.

[mère] Oui ?

Toi, t'as vraiment envie d'y rester.

Parce que t'as tes amis.

Non, pleure pas, ma puce. Je vais faire ce que je peux.

Regarde-moi. Regarde-moi.

Je vais faire ce que je peux, hein ?

Hé !

T'inquiète pas. Je vais faire tout ce que je peux.

- [Sasha pleure] - Tout ce que je peux.

Pour que t'aies pas à bouger. D'accord ?

Hein ?

Je te promets, tu sais bien.

[Sasha pleure]

Allez !

Mon bébé, chut...

Tu les perdras pas, tes amis, de toute façon.

D'accord ?

- [mère] Tu le sais. - Oui.

Te rends pas malade avec ça.

- [Sacha pleure] - D'accord ?

Bonsoir, c'est madame Kovac. J'aurais voulu parler au directeur.

S'il pouvait me contacter dès qu'il sera disponible.

Merci, au revoir.

Hm...

Bonsoir. C'est encore madame Kovac. J'aurais voulu parler au directeur.

Bon ! Écoutez, j'attends votre appel.

Merci, au revoir.

[professeure] On va essayer les costumes avec tout cette fois.

Donc, je vais les donner un par un.

On les met par-dessus les vêtements. C'est pas gênant.

Alors ! Sasha.

Tiens, bonhomme.

Puis, Angélina.

[danseuses] Angélina !

[professeure] Lily !

[danseuse 1] Il est bien à la taille de Lily ?

[danseuse 2] Oui, on l'a essayé.

[professeure] Qui se souvient de ses couleurs ?

[les danseuses disent "violet" et "rose"]

[professeur] Alors ! Les roses de ce côté, les violets de l'autre.

[danseuse1] Moi, je prends le violet.

[danseuse 2] Solenne, t'étais rose.

[brouhaha de conversations]

[professeure] Ça va, Sasha ? Pas trop chaud ?

[danseuse 1] Je suis une danseuse étoile.

[danseuse 2] Oui, mais si tes parents sont d'accord.

[musique mélancolique]

C'est une violette ?

- [Sasha] Prête de voir. - Oui.

- Ah, c'est cool ! - Tu l'aimes bien ?

[mère] Elle tourne celle-ci quand tu danses ?

[Sasha] Je sais pas.

- [mère] Elle est un peu grande, non ? - Non.

[Sasha rit]

- [Sasha] J'adore aussi les robes. - Hm !

Aussi, j'en porte jamais à l'école, c'est un peu normal.

[mère] Ça viendra.

- Même à la danse. - De quoi ?

- Même à la danse, ça viendra. - Oui, ça viendra.

Hm ? Déjà, tu peux en porter à la maison, quand on se promène...

- C'est déjà... Hein ? - Oui.

D'accord ?

- Et puis, à l'école, on va y arriver. - Hm...

J'ai un certificat médical

qui dit qu'il serait préférable

que ce soit en famille, en milieu extrascolaire ou scolaire

de considérer Sasha comme une fille.

Voilà. Donc...

Voilà, j'ai le certificat qui...

Comme vous m'aviez demandé une preuve, finalement,

ben, je l'ai.

[souffle]

[mère] J'espère. Oui, oui...

Parce que Sasha a très peur de devoir changer d'école.

Elle en a très...

Elle a trouvé des amis.

Elle se sent bien.

J'aimerais qu'elle puisse continuer.

En fait, il y a des enfants qui l'acceptent parfaitement comme ça,

j'aimerais bien que les adultes aussi.

Oui, je comprends que vous ayez besoin de rencontrer la pédopsychiatre,

d'être informé. Y a pas de souci.

On va voir ce qu'on peut faire avec le docteur,

voir ce qui est possible pour elle.

Et puis, voilà.

Bonjour à tous. Merci d'êtres venus ce matin

pour assister à la réunion.

Donc, on va parler de la dysphorie de genre.

Vous savez que ça me concerne particulièrement,

parce que ça touche Sasha.

[mère] La plupart d'entre vous,

vous connaissez Sasha.

[mère] Mais j'imagine que vous avez des questions.

[mère] Donc, le Dr Bargiacchi nous fait le plaisir de venir ici.

Au départ, c'était pour rencontrer les enseignants de l'école.

D'ailleurs, cette réunion devait se faire à l'école.

Comme vous le voyez, ça n'a pas été possible.

Et personne de l'école n'est venu.

Personne ne m'a prévenu.

Voilà ! Donc, j'espère qu'au moins, ça servira ici

à certains d'entre vous

peut-être à l'expliquer à d'autres personnes,

et peut-être aussi à ouvrir un peu les mentalités,

à les faire changer.

Parce que mon but, en tant que maman,

c'est que Sasha puisse vivre une enfance normale.

[mère] Même si elle est prisonnière de son corps de garçon,

c'est une petite fille.

[mère] Et je voudrais que Sasha puisse être

aussi épanouie à l'école qu'elle l'est à la maison,

ou avec vous, quand elle vous rencontre.

Vous, qui pour la plupart, l'acceptez telle qu'elle est

et l'aimez telle qu'elle est

et qui participez à son épanouissement.

[mère] Donc, la pédopsy est venue.

Il y avait aussi des amis, des parents d'élèves,

mais personne de l'école n'est venu et personne n'a prévenu.

Deux-trois jours après, l'école m'annonce qu'ils veulent faire une réunion

avec le docteur Bargiacchi pour étudier la possibilité

que Sasha rentre l'année prochaine en tant que fille.

Sauf que là, le rendez-vous est dans trois mois,

le 13 septembre, soit dix jours après la rentrée.

Si je fais rentrer Sasha en tant que petit garçon

et que dix jours après, elle arrive en petite fille,

les gosses qui sont en cours avec elle ne vont rien comprendre.

[souffle]

[père] Oui, je pense aussi.

Ce sont des choses qui pourraient être très simples.

Ils se font vraiment

des nœuds au citron.

Ça devient pathétique.

[mère] Mais attends, c'est pas simple pour eux !

Ils sont dans leur petit monde étriqué.

- Mais ça pourrait être quelqu'un... - [mère] C'est pas simple.

- Ils sont super fermés. - [mère] Ben oui !

Toi, t'as rencontré deux instits.

T'as vu, y en a qui sont ouverts. "OK, pas de souci."

- Ils sont pas dans cette école, mais... - [mère] Ben non.

Oui, mais comme quoi, c'est quand même une question de personnes.

C'est un truc... On leur demande pas de se jeter d'une falaise.

- Et ça peut être tout bénef pour eux. - [mère] Plus ils font ça,

plus ça fout la haine, donc...

Plus ça donne envie de les faire plier.

[Soline] Quand je vois à l'école

qu'on lui dit : "Non ! T'as pas à être comme ça,

parce que t'es pas né comme ça.

T'es né en tant que garçon, t'es pas né en tant que fille.

Donc, tu es un garçon."

Et ça, je comprends pas.

Je comprends pas pourquoi on la juge,

alors qu'elle est juste pas née dans le bon corps,

et c'est pas elle qui l'a choisi.

[Soline] Vas-y.

[Soline] Même dans les magasins,

y a des fois où elle a peur d'être habillée en fille.

Par peur de croiser quelqu'un de l'école.

- Tu l'as, ça ? - Oui.

[Soline] Même à la piscine, elle y est allée, y a pas longtemps,

elle avait peur d'être en maillot de bain de fille.

- [Vadim] T'as joué. - [Soline] Ben, tiens !

[Sasha rit]

[Soline] T'as une façon de faire, toi.

[Soline] Je veux être un modèle pour elle.

Je veux lui montrer que sa grand sœur est forte.

En fait, j'ai envie d'être son bras droit.

J'ai envie d'être là pour elle

et que si elle a besoin, elle m'appelle et je serai là direct.

[mère] On va faire ce qu'on peut.

Tu le sais, je vous l'ai dit.

[mère] Cette année, c'est une année où on voit

comment ça se passe, où on voit si on reste dans cette école.

D'accord ?

Parce que si c'est vraiment ce que tu veux,

être considérée et acceptée telle que tu es,

si là-bas, ils le font pas,

s'ils le font pas là, je suis pas sûre qu'ils le fassent après.

[mère] Tu le sais que ce sera pas facile

pour que les gens, ils comprennent.

On le savait. On en parle souvent.

[Vadim pousse des cris joyeux]

[Soline] Oua-tcha !

- Hou-hou ! - [Soline] C'est ça.

[cri joyeux]

[Vadim] L'épée !

L'épée !

Ou le bâton !

Ouais, le bâton. C'est moi, l'épée.

Regarde, Soline.

[Vadim] Regarde les grosses.

- Je peux essayer ? - [Soline] Oui, attends.

[brouhaha joyeux à l'écart]

Et tu penses qu'on fait bien ?

Ben oui, faut pas se laisser faire.

Faut pas se laisser faire par des imbéciles.

Le meilleur truc, c'est de se défendre.

Il faut pas se laisser faire, ça sert à rien.

C'est clair.

Tu m'en veux pas trop ?

Je pourrais pas t'en vouloir.

Même si je suis pas très présente.

T'as des raisons.

[musique douce]

Hé, regarde là !

Là. Hop-là ! Ça y est, avec ta tête.

[Vadim crie]

[Soline] Tiens, regarde ça. Pof !

[rire]

[Vadim] Y en a encore une autre, une grosse.

[Soline rit]

[télévision]

Hop ! Short de garçon, c'est fini. Ensuite ?

- [Sasha] Ça aussi. - Ça aussi. On enlève.

Vas-y, mets-le.

Donne-les-moi, je vais les mettre bien.

- [mère] Vas-y, continue. - Ça et ça.

[mère] Ça et ça ? Direct.

Ça... et ça.

[Sasha] Non.

[Sasha rit] Non.

- C'est du rose, en plus. - [mère] Ah oui !

- Non. Ça, je m'en fiche un peu. - [la mère rit]

- [mère] Les trucs de l'école, t'en veux pas, c'est ça ?

- [Sasha] Non. - Non ?

- [Sasha] Euh, si... Oui. - Non, mais si tu veux.

[Sasha] Oui, oui !

[Sasha] Oui !

[Sasha] Oui.

[Sasha] Oui.

[Sasha] Non.

[Sasha] Non.

- Jamais mis, celui-là. - [Sasha] C'est quoi ?

[Sasha] C'est écrit quoi ?

[Sasha rit]

[mère] Ça fait rien, ce sera pour Vadim.

[Sasha] Hm !

Ben, écoute... Voilà, mademoiselle.

Bon, ben voilà... J'ai pris ma décision.

[mère] Voilà ! Y a plus que des trucs de fille.

Tu sais que les filles peuvent mettre du bleu aussi. Regarde.

- [Sasha] Ben, je sais. - Et les garçons, du rose.

Je sais pas, parce que tu vires tout ce qui est bleu.

[Sasha rit]

[mère] Allez !

Je sais que c'est embêtant, mais je peux pas m'en empêcher.

[le père rit]

[Sasha chantonne à voix basse]

[Sasha chantonne l'air de La Panthère Rose]

[rire d'enfant]

[la porte claque]

[mère] Y a pas de mot dans les cahiers ?

Moi, j'ai un truc pour...

Tu sais, le sport...

[Vassili] Le truc où on va courir.

[Vassili] Je sais plus le nom. Demi-fond ? Non.

- [mère] Oui, un cross. - |Vassili] Oui, voilà.

Et c'est quand ?

[Vassili] Euh, le dix... En...

- [Vassili] Je sais plus. - Oui, tu me montreras.

- [mère] Vadim ! - Quoi, maman ?

[mère] Je sais pas. Tu crois que c'est comme ça qu'on mange ?

- [Vadim] Oui. - [mère] Ah oui ?

[les enfants rient]

Mets ta serviette.

Vu que t'as de la sauce... Toi, je te connais.

- [mère] Y a rien sur ta fourchette. - [Vassili rit]

[mère] Ce serait bien de mettre quelque chose dessus.

[Vadim] Je t'aime.

[mère] Moi aussi, mais j'aimerais bien que tu manges !

- [Vadim] Quoi ? - Mange !

- [Vadim] Quoi ? - Mange.

Non, toi, mange.

[discussions à l'écart]

[elle souffle]

[discussions à l'écart]

[brouhaha animé]

[père] T'es contente que Lola vienne à la maison ?

[Sasha] Ben oui !

- Tu vas pouvoir lui montrer ta chambre. - Ben oui !

[père] Ben oui ! Attention aux voitures.

[père] Holà ! Attention, attention, attention.

Non, non. Dans les grosses poches. Ils...

Cette chaussure... Bon, attends. Les chaussures, on va les mettre là.

[Sasha] Les lunettes étaient là tout à l'heure.

Non, non. Elles étaient là.

[Sasha] On s'en fiche.

[Sasha] Moi, je suis la plus belle des princesses du monde.

[Lola] Avec moi, bien sûr !

[Lola] Et avec ces chaussures !

[Lola] Après, j'ai des grandes robes, mais je les ai pas ramenées.

[Lola] Sinon, tu...

Regarde !

[Sasha] T'as vu comment je suis belle, avec mon truc ?

[Sasha] Han ! Je suis plus belle que toi.

Parce que toi, t'es plus moche.

[rires]

[Lola] Attends, attends.

[Sasha] Moi, je suis en talons, ça va mieux.

[Lola] Mais ceux-là, je t'aiderai à les enlever.

[Lola] Parce qu'elles sont un peu dures.

Je vais dans mon château. On se rejoint dans mon château ?

- On dit que toi, t'étais ma mère. - Non !

- [Sasha] Si. - Non, je suis ta sœur.

- [Lola] Et toi, t'es la plus petite. - [Sasha rit]

[Lola] Un !

[rires]

[Lola] Deux !

[Vassili] Oh, t'as perdu !

[Vassili] Un, deux, trois !

[Vassili] J'ai pas dit "go!"

Toi, t'es un trich... T'es une tricheuse.

[Vassili] Un !

[ensemble] Deux !

[ensemble] Trois !

[Vassili] Go!

[rires]

- [Lola] C'est toi qui as gagné ! - [Vassili] Encore une fois de plus !

[Vadim] On a gagné !

- [musique douce] - [cris joyeux]

[Vassili] Vas-y ! Tu vas le mettre.

- [Vassili] Oui ! - [Lola] Non !

- [Lola] Oh non ! - [Vassili] 1-0 pour moi.

[Vassili] Allez, on remet la balle au milieu.

[Sasha court]

[musique majestueuse]

[psy] Est-ce que tu veux me raconter comment tu vas, Sasha ?

Bah, bien !

- [psy] Quel mois on s'était vues ? - Juin. Le 12...

- [psy] Le mois de mai ? - Non.

[psy] Ah oui ! On s'était revues en juin.

[psy] Au mois de mai, on s'était vues ici, dans mon bureau.

[psy] Est-ce qu'il y a eu des choses particulières depuis le mois de mai ?

- Pas vraiment. - [psy] Pas vraiment.

[psy] Là, t'es en vacances ? Oui !

[psy] Comment s'est terminée l'année scolaire ?

- Bien. - [psy] Oui !

[psy] T'as eu des bonnes notes ? Des bonnes appréciations ?

Hm... Je pense, oui.

[psy] Et vous, comment vous avez trouvé Sasha ces dernières semaines ?

- Épanouie. - [psy] D'accord.

Ça veut dire quoi, "épanouie" ?

Comme une fleur, tu éclos. Tu vois ?

[père] Disons qu'elle se libère un peu plus.

[mère] Elle y va sans crainte, ou tout du moins, en surmontant

- le coup des craintes. - [psy] D'accord.

- Hein, c'est vrai, ma puce ? - [Sasha rit]

Ma petite guerrière.

[psy] Toi, tu sais si c'est parce que tu t'es dit quelque chose dans ta tête

qui t'a aidée à faire ça ? Tu sais pourquoi ça a changé,

pourquoi t'as moins peur ? Non.

Je sais pas. C'est comme ça, je...

[psy] Comment t'as raconté aux copines, à celles à qui t'en as parlé, alors ?

Ben, je leur ai dit que...

- Ben, qu'en fait, j'étais une fille. - [psy] D'accord.

Voilà ! Simple.

- [Sasha rit] - [psy] Tout simple.

[psy] Et elles ont compris tout de suite ?

- Hm... Non. - [psy] Non. Comment elles ont réagi ?

Pas une certaine fille...

- C'est une autre... - [psy] Ouais ?

[psy] Comment elle a réagi ?

Ben, elle a dit :

"Non, t'as pas de..."

[la psy rit]

[psy] OK.

[psy] Peu importe ! On a compris ce que tu voulais dire.

Je veux pas dire parce que c'est un peu...

- [psy] C'est un peu gênant. - Oui !

[psy] D'accord.

[psy] Tu sais, je suis docteur. T'as le droit de dire tous les mots.

[psy] Quand on parle du corps, ça va.

[père] C'est un peu...

[la mère rit]

[psy] D'accord.

[psy] Qu'est-ce que t'as répondu ?

Ben, j'ai dit : "Si ! Je suis une fille."

[psy] Parfait.

[père] Là-dessus, Sasha a très bien géré vis-à-vis de sa copine.

- [psy] Oui, c'est super. - En lui expliquant que, voilà...

Elle est née dans un corps de garçon, mais c'est une fille.

C'est ce que tu lui as dit ?

[psy] Et ton corps, ça regarde que toi.

[psy] Ça reste ton corps, ton intimité.

[psy] Et toi, Vassili, est-ce que t'as des questions ? Non ?

[mère] Tu dis comment à tes copains ?

Je leur dis...

C'est un...

C'est une fille un peu coincée dans le corps d'un garçon.

Je leur dis ça pour qu'ils comprennent.

Dans sa tête, c'est une fille, même si elle a peut-être pas le bon corps.

Ça, c'est ce que je leur dis pour qu'ils comprennent.

Et puis après, ils comprennent. Et voilà !

[psy] Oui, et si y a des copains

qui la connaissent depuis tout récemment, tu peux leur dire d'emblée :

"C'est ma sœur, c'est une fille."

T'as même pas forcément à justifier ou à expliquer,

parce que quand on fait la connaissance de Sasha maintenant,

je crois que personne ne se pose la question.

- Il me semble. - [père] C'est clair.

[psy] Tu te souviens qu'on avait parlé de rencontrer ma collègue,

le docteur Martineri, qui est endocrinologue ?

[psy] C'est elle qui s'occupe des hormones. Les hormones,

c'est ce que notre corps fabrique, et qui va

donner à notre corps un aspect plutôt féminin ou plutôt masculin,

en particulier à partir de ce qu'on appelle la puberté.

[psy] On s'était dit avec maman que ce serait important que tu la voies,

même si c'est pas tout de suite la puberté pour toi, pour savoir

à quel moment il faudrait envisager de bloquer la puberté

pour pas que les signes que t'as pas envie de voir apparaître

apparaissent.

[psy] Pour ce qui est

de la préservation de fertilité, je vous propose

de vous donner quelques infos, et que vous en rediscutiez

tous les deux, éventuellement avec Sasha,

mais peut-être que pour Sasha, c'est difficile de se projeter là-dedans

parce qu'on va maintenant avoir des options un peu différentes.

Et surtout, si on bloque la puberté très tôt,

elle aura pas spermatozoïdes fonctionnels

au moment où on va bloquer la puberté.

[psy] Donc, y aura des options qui sont

soit qu'à un moment donné, elle suspende son traitement hormonal

et que la puberté fasse,

au moins quelques mois de développement,

mais avec une interrogation sur à quel point ça peut redémarrer

et à quel point ça peut donner des spermatozoïdes fonctionnels.

Soit de se servir des testicules qui seront immatures,

et de les faire maturer in vitro.

[psy] Ça veut dire qu'il faut discuter du moment où ce sera fait,

en sachant qu'après, il y a d'autres méthodes pour être parent.

[psy] Mais si y a un désir de garder cette porte ouverte

de pouvoir être parent biologique, il faut assez tôt

avoir les informations sur les différentes possibilités.

[mère] D'accord.

Ça va être la galère. Pour elle.

Pas pour moi.

Pour elle. Elle va souffrir.

Et là, tu penses à l'adolescence, tu penses aux premières amours,

tu penses à...

à tout ce qu'elle va se prendre dans la tête,

aux insultes, aux menaces, aux risques de coups.

Y a tout qui vient. Tout.

Comme quand on a un gosse qui a un handicap,

on se dit : "Ah là là ! Il va pas pouvoir faire ci, pas pouvoir faire ça.

Il va pas pouvoir vivre comme les autres."

Donc, forcément, en tant que parents,

la première chose qui vient à l'esprit, c'est :

"Han ! Comment je peux faire

pour que mon enfant souffre le moins possible ?"

Les petits maillots de bain, ça se trouve en haut.

- D'accord. - Je vous laisser jeter un coup d'œil.

Merci.

Tu voudrais essayer un maillot de bain ?

Ben oui, mais il faut un petit truc.

[mère] Tu peux mettre la petite robe au-dessus quand tu te promènes.

[Sasha] Oui.

[mère] Une petite jupette. Non ?

- [Sasha] Oui, elle est belle. - Après, le petit haut.

[Sasha] Oui.

[Sasha] Non, j'aime pas trop.

[mère] En plus, t'es compliquée. T'es pas une nana pour rien.

Du huit ans.

[mère] Faut trouver un petit haut avec. On va regarder.

[mère] On pourrait demander à la dame si elle a des trucs papillons.

- Vassili. - [Vassili] Oui ?

[rires]

[Vassili] Ça fait bizarre.

[mère] Tourne.

[la mère rit]

- [mère] De quoi qui fait bizarre ? - [Vassili] De voir en maillot de bain.

[Vassili] Un comme ça. D'habitude, c'est une pièce.

[mère] Oui, c'est une pièce. Essaye la petite jupe

au-dessus pour voir.

[Sasha] Oui.

[musique majestueuse]

[Vadim] Oh ! Là, y a plein de coquillages.

[Vadim] Y a plein de coquillages.

[musique mélancolique]

[télévision]

[mère] Vous avez passé une bonne journée ?

[les enfants] Oui !

[cris joyeux]

Ouh !

- Attention ! - Prêt ?

[cris joyeux]

[Vadim] Je veux descendre !

- [Vadim] Je veux descendre ! - [la mère rit]

[brouhaha animé]

[Vassili] Oh, tes yeux !

[Vassili] Tu vois tes cheveux ?

[Sasha rit]

[Vassili] T'as un crâne d'œuf. Moi, je te vois en crâne d'œuf.

[rires]

[Vadim] Je suis tout petit.

[mère] Je sais qu'à un moment ou à un autre, Sasha va être attaquée.

Pour sa différence.

Tous ces gens qui vont cracher sur Sasha, qui vont lui vouloir du mal,

vont arriver. Ils vont arriver à un moment ou à un autre.

Son caractère va l'aider,

mais c'est pas ce qui va la protéger le plus.

Mais comme je lui dis, c'est son combat, mais c'est le mien aussi.

Je sais que ce sera le combat de ma vie.

[musique majestueuse]

[mère] Ma puce.

[baiser]

[baiser]

[mère] Bonjour, ma beauté.

[Sasha gémit doucement]

[la mère l'embrasse] Ça va ?

[mère] C'est la rentrée des classes.

[bips]

[claquement]

[musique majestueuse]

Oh, Éric !

[Grimsby] Quelle charmante apparition !

Oh !

[Éric] Vous êtes très belle.

[Grimsby] Venez, ma mie. Vous devez être affamée.

[Grimsby] Laissez-moi vous installer.

[Grimsby] Tenez, là. Asseyez-vous.

[Grimsby] Voilà, parfait !

[Grimsby] Vous êtes moins intimidée ?

[discussions à l'écart]

[mère] Qu'est-ce que tu fais ? Tu prends ça pour aller à l'école ?

[mère] Oui, quand Sasha aura fini.

[le chat ronronne]

Regarde ses pattes.

[rires]

[Vassili] J'ai eu l'impression de faire une nuit blanche.

- Mais pas du tout. - Ah ouais ?

Ce matin, je me suis réveillé...

"Depuis quand... Depuis quand je suis réveillé ?"

J'ai l'impression que je suis réveillé depuis hier.

Je te jure, c'est trop bizarre. Mais là, je suis pas fatigué.

[Sasha] Hm !

[sèche-cheveux]

[rire]

Hop !

[mère] Euh... Merci.

Sa veste, elle est là.

[discussions à l'écart]

Bon, ça va aller.

J'espère.

Sasha se fait une joie de pouvoir aller à l'école

et de vivre normalement, habillée en fille.

Tu vois, c'est...

Pour elle, c'est humain.

La question se pose même pas.

Mais elle sent qu'il y a des barrières.

Barrières au niveau de ses différents profess...

de l'institutrice qu'elle a eue l'année dernière.

Barrières aussi vis-à-vis du directeur de l'école qui, lui...

Je vais pas rentrer dans les détails. De toute manière,

lui, il prêche pour sa paroisse,

sans jeu de mots pourri, mais...

C'est le côté : "Tout va bien, mais surtout pas de vagues."

Tu vois, faut pas ébruiter la chose.

Parce que c'est...

Sasha n'est pas un animal de foire.

Mais il faut pas que ça dérange son petit système.

[mère] Si cette super équipe éducative s'était déplacée au mois de juin

quand le docteur Bargiacchi est venue,

les choses seraient claires et nettes pour la rentrée.

Mais voilà !

On en est toujours à peu près au même point,

parce que c'est toujours des blablas et puis, y a jamais rien derrière.

Depuis le départ, c'est quand même eux qui gâchent tout.

[le père souffle]

[mère] Si c'est encore comme la dernière fois,

on se lève, on part et puis, on fait ce qu'on a à faire à côté.

- [mère] Hein ? - [père] Hm !

[père] Hors de question que le directeur nous raconte encore la messe.

- [mère] Essaye de pas être trop agressif. - Je vais pas être agressif.

- [père] Faut qu'il comprenne les choses. - Oui.

- [père] Soit il accepte, soit il refuse. - [mère] Voilà.

[père] C'est tout ! Pas besoin de tergiverser pendant 15 ans.

[brouhaha de cris d'enfants]

- Est-ce que tu sais où on était, Sasha ? - [Sasha] Quand ?

- Là, ce matin, avec papa. - [Vadim] À l'école.

Oui, on était à l'école.

[père] Y avait aussi la pédopsychiatre, Anne Bargiacchi,

qui était au téléphone avec nous.

Pourtant, je l'ai pas vue.

- [mère] Non, elle était au téléphone. - Ah oui !

[père] Elle était au téléphone parce qu'elle a pas pu venir.

[mère] Donc, on a discuté avec plein de gens.

- [Vadim] Maman ! - Deux secondes !

[Sasha] C'est pour ça que la maîtresse était pas là ?

Voilà.

[Sasha] C'est pour ça que c'était aussi long.

- [père] Oui. - [mère] Voilà.

C'était nous qui étions...

[mère] Et donc, maintenant,

tu es une petite fille pour l'école maintenant.

Tu vas pouvoir t'habiller comme tu veux.

[père] Donc, l'école ne voit aucun souci

à ce que tu puisses venir habillée comme tu l'entends.

- [Vadim] Papa ! - C'est cool ?

[Vadim, en riant] Papa !

[Vadim] Il est à moi, ce truc !

[Vadim] Il est à moi, ce truc. Regarde.

[mère] Voilà.

[père] Et même pour tout ce qui est piscine,

sorties, tout ça, ça posera aucun souci.

[mère] Il y a peut-être des enfants qui vont se demander

pourquoi tu t'habilles en fille, tout ça...

Qu'est-ce que tu vas dire ?

- [Sasha] Que je suis une fille. - Ben, voilà !

[père] C'est ça.

[Vadim] Moi, je vais dire que je suis un garçon.

[rire]

[mère] Tu vois qu'on y arrive.

[musique douce]

Merci.

[mère] Tu veux ta petite veste tout de suite ou pas ?

- Je vais te prendre en photo après. - OK.

Oui, faut serrer. Faut souffrir pour être belle, il paraît.

[mère] Si, si, tiens !

Parce qu'il fait pas chaud-chaud.

- [mère] Bonjour. - [psy] Bonjour, Sasha.

[Sasha] Bonjour.

- [père] Vous allez bien ? - [psy] Oui. Allez-y, je vous en prie.

[psy] Alors, c'est comment pour toi d'aller en jupe à l'école ?

- C'est cool. - [psy] C'est cool. OK !

[psy] Super ! Ça t'a rendue heureuse.

[psy] Et ça a été comment pour les copains et les copines

de te voir arriver en jupe ?

Bah, ma copine...

Bah, elle s'en fichait un peu parce qu'elle m'a déjà vue une fois.

[psy] Hm-hm...

Euh...

L'autre, bah, elle a rien dit.

- [Sasha rit] - [la mère rit]

[psy] Peut-être parce que ça leur a paru normal à elles ?

- Hm ! - [psy] Ouais ?

Et les autres, ils s'en fichaient.

[psy] D'accord. Y a personne qui a posé des questions bizarres ?

[psy] Bon ! Donc ça, c'est chouette. Est-ce que tu avais pensé

à des choses que tu voulais qu'on voie aujourd'hui ?

[psy] Où tu t'étais dit : "Ça, on en parlera au rendez-vous

avec le docteur Bargiacchi."

Oui, mais j'ai pas très envie de le dire, en fait.

[psy] D'accord.

Est-ce que c'est parce que tu te dis que c'est pas le bon moment

ou est-ce que tu veux qu'on se voie un peu toutes les deux après ?

- Non. - [psy] Non !

OK. T'en avais parlé avec maman ou papa

de ce que tu voulais qu'on discute aujourd'hui ?

- C'est la danse ? - [psy] Je peux leur demander ?

- C'est la danse ? - [psy] Le conservatoire ?

Qu'est-ce qui s'est passé exactement au conservatoire ?

[psy] C'est toi qui me racontes ou c'est maman ?

- Pas moi. - [psy] C'est maman ?

[psy] Papa ?

C'est moi qui y étais donc...

J'ai emmené Sasha pour un cours de danse.

C'était le second cette année.

J'avais déjà, au premier rendez-vous,

expliqué à la nouvelle professeure de danse

la situation de Sasha.

Elle l'avait pas très, très bien pris.

Peu importe ! La deuxième fois, je reviens.

Elle me dit : "Oui, j'ai discuté avec mes supérieurs, etcetera."

En gros, Sasha pouvait pas venir en fille.

Et je lui dis : "Mais pourquoi ?"

Elle, c'est comme ça. C'est une dame russe,

qui m'a dit qu'en Russie, ils avaient pas ce genre de situation

et qu'en gros, elle la comprenait pas du tout.

Et...

Elle a littéralement poussé Sasha hors de la salle.

Sasha s'est mise à pleurer.

Il y avait tout le monde. En plus, la prof m'a appelée.

Elle m'a dit ça devant les parents, devant les enfants,

devant tout le monde.

Elle a littéralement poussé Sasha hors de la salle.

Donc, Sasha pleurait

de douleur, clairement.

Et elle a repoussé la porte comme ça sur Sasha,

en faisant un petit sourire.

[mère] Ça a été un coup d'une rare violence,

parce que c'était méchant et humiliant,

et devant tout le monde,

et sans nous laisser la moindre chance.

[mère] J'ai l'impression de l'avoir énormément déçue, en fait.

[mère] Sasha.

[mère] Parce qu'elle s'attendait...

[mère] Je pense pas qu'elle s'attendait à ce que...

[mère] Elle a eu l'impression que je laissais tomber, je pense.

[psy] Qu'est-ce que tu crois qu'elle aurait pu faire de plus, maman ?

[psy] Parfois, on est obligé de se laisser un peu de temps.

Et surtout quand on est face à quelqu'un qui ne comprend pas du tout,

voire, a des propos répréhensibles.

Transphobes.

Donc, en effet, probablement,

qu'il y avait pas grand-chose à faire, malheureusement.

[psy] Qu'est-ce que tu te dis, là, quand tu y repenses ?

[psy] Quand je vois ton visage, on dirait de la tristesse.

[psy] Est-ce qu'il y a autre chose ? Est-ce que t'es un peu fâchée aussi ?

[psy] Est-ce que...

[psy] Ou en colère ?

Tu peux dire. T'as le droit d'être en colère, Sasha.

Moi, je suis en colère. T'es en colère, toi ?

- Les deux. - Hm ?

- Les deux. - Les deux.

[psy] Triste et en colère ?

[psy] D'accord.

[psy] C'est inadmissible, ce qu'il s'est passé.

[psy] En effet,

ça vaut le coup de pas laisser ça impuni.

[mère] Oui.

[mère] Et Sacha m'a dit quelque chose, après la danse,

quand elle pleurait dans sa chambre.

Elle m'a dit : "Je me demande

si ça sert à quelque chose qu'on se batte."

C'est quelque chose...

Tu te souviens quand tu m'as dit ça ?

Tu pleurais, tu m'as dit :

"Ça sert à rien. À quoi ça sert qu'on se batte ?"

C'est quelque chose qui m'a...

Tu te souviens pas, ça ?

Tu pleurais, tu me disais ça.

[mère] Ça sert à quelque chose, non ?

[Sasha chantonne à voix basse]

[elle gémit]

Ça, c'était quand j'avais...

cinq, quatre ans...

Cinq, quatre ans, trois...

Trois, quatre ou cinq.

Trois, quatre ou cinq.

T'as vu, j'ai changé, hein ?

Encore dans la poussette.

[musique triste]

Je suis persuadée qu'on a tous

quelque chose... un rôle à jouer dans la vie.

À un âge ou à un autre, à un moment ou à un autre,

je suis persuadée qu'on a tous une mission,

quelque chose à accomplir. Et je me dis que Sasha,

Sasha, elle est là

peut-être pour aider à faire changer les mentalités

et que moi, je suis là pour l'aider, elle.

[rire]

Voilà.

Peut-être.

[musique majestueuse]

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