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"La frontière entre la vie et la mort est au mieux obscure et floue.
"Qui saurait dire où finit l'une et où commence l'autre ?" E. A. Poe
Bonjour, messieurs.
Augustus Landor ?
Oui.
Vous êtes ?
Le capitaine Hitchcock, commandant de l'Académie.
Je viens vous informer
que le directeur Thayer sollicite un entretien.
- À quel sujet ? - Je laisse le colonel le spécifier.
- Cet entretien aura lieu quand ? - Dès que possible.
Et si je décide de ne pas venir ?
C'est votre droit, vous êtes un civil.
Belle journée pour une balade.
VALLÉE DE L'HUDSON, ÉTAT DE NEW YORK 1830
D'après le gouverneur, vous êtes une légende de la police de New York.
Il vous a recommandé à moi en soulignant vos exploits, notamment…
l'arrestation des Daybreak Boys, la dissolution des redoutables Shirt Tails
et l'élucidation du meurtre sordide d'une jeune prostituée à Elysian Fields.
ACADÉMIE MILITAIRE DES ÉTATS-UNIS WEST POINT
Vous êtes expert en déchiffrement, maintien de l'ordre
et interrogatoires en douceur.
Fils de pasteur, né à Gloucester, vous êtes arrivé adolescent à New York.
Et vous êtes veuf,
M. Landor, depuis trois ans.
Voulez-vous un café ?
Une bière fera l'affaire.
Dites,
vous avez toutes ces notes cachées dans un casier de votre bureau ?
Disent-elles aussi que je ne suis pas entré dans une église
depuis longtemps ?
Mentionnent-elles que ma fille a pris la fuite il y a un moment ?
Nous sommes au courant de la disparition de votre fille.
Vous avez toute notre sympathie.
J'espère ne pas vous avoir offensé.
Pardon, je vous dois des excuses.
Veuillez m'excuser. Je vous en prie, continuez.
M. Landor, nous devons poursuivre avec la plus grande discrétion.
Nous cherchons quelqu'un,
un civil à l'efficacité et au tact établis,
pour mener une enquête au nom de l'Académie.
L'affaire est complexe et délicate,
et concerne l'un de nos élèves officiers.
Un deuxième année,
originaire du Kentucky, dénommé Fry.
- Leroy Fry. - Ne tournons pas autour du pot.
Fry s'est pendu
cette nuit.
Vous m'en voyez navré.
C'est abominable, cette histoire. Mais il faut comprendre notre position.
Ces jeunes hommes nous ont été confiés expressément
pour devenir des gentlemen
et des soldats, et c'est pourquoi nous les poussons.
Mais nous aimons penser que nous savons quand arrêter de les pousser.
Un garçon qui se pend,
c'est pour le coroner.
Hélas, ce n'est pas tout.
Le cadavre de l'élève officier a été profané cette nuit,
à l'hôpital.
Profané ?
Par qui ?
Si nous le savions, nous n'aurions pas besoin de vous.
L'Académie compte sûrement plus d'un farceur.
Ce n'était pas une farce.
Le cœur de Leroy Fry a été extirpé de sa poitrine.
Dr Marquis, comment s'y prendrait-on pour faire cela ?
Avec un scalpel.
Ou un couteau bien aiguisé.
Mais atteindre le cœur,
c'est le plus difficile.
Ces entailles sur les poumons et le foie proviennent
de l'inclinaison de la lame, pour sauver le cœur.
Et comment conserverait-on le cœur ?
Dans un récipient quelconque,
enveloppé dans de la gaze ou du papier journal,
probablement déposé dans de la glace.
Qui en serait capable ?
Un homme robuste.
Pas une femme, alors ?
Aucune femme comme celles que j'ai eu le plaisir de rencontrer.
Pourrait-il avoir une formation médicale ?
Lui faudrait-il être aussi instruit
et chevronné que vous ?
Pas nécessairement.
Il faut être bien éclairé et savoir où inciser,
mais nul besoin d'être médecin
ou chirurgien. Il faut être…
Fou !
Et il court toujours.
Présentez armes !
Veuillez me pardonner, M. Landor.
Vous nous trouvez en mauvaise posture.
De puissants sénateurs à Washington aimeraient nous voir échouer
pour nous faire fermer.
Je vous demande de nous aider
à sauver l'honneur de l'Académie militaire des États-Unis.
Je ferai de mon mieux.
Vous étiez de garde hier soir, M. Huntoon.
Oui, monsieur.
De 21h30 à minuit, quand je suis retourné au poste de garde.
- Qui se trouve où ? - Numéro quatre, au fort Clinton.
Je ne connais pas bien le terrain,
mais il me semble que l'endroit où nous sommes
n'est pas sur l'itinéraire entre le fort et les quartiers nord.
- En effet. - Pourquoi ce détour ?
J'ai entendu un bruit.
J'ai cru à un animal en train d'agoniser ou pris au piège.
J'ai voulu l'aider. J'ai un faible pour les animaux.
J'ai accouru par ici et j'ai effleuré l'élève officier Fry.
- Comment était-il ? - Pas bien.
Il ne pendait pas droit.
Presque comme s'il était assis.
Je ne vous suis pas.
Ses pieds touchaient le sol.
- Ses pieds touchaient le sol ? - Oui.
D'accord.
Qu'avez-vous fait ensuite ?
Je me suis sauvé. J'ai couru jusqu'aux quartiers nord.
Une dernière question et je vous libère.
Avez-vous vu quelqu'un d'autre ?
Non, monsieur.
M. Huntoon.
Le cou.
De prime abord,
c'est ce qui m'a frappé.
Vous voyez ?
Les marques ne sont pas nettes.
La corde l'a agrippé,
mais elle a glissé de haut en bas à la recherche d'une prise.
Comme si…
Comme s'il s'était débattu.
Veuillez regarder ses doigts.
Des ampoules récentes, à force d'empoigner la corde
pour essayer de s'en débarrasser.
Puis-je savoir ce qui se passe ici ?
Ce n'est pas très réglementaire.
Je me demandais si vous accepteriez de tâter l'arrière du crâne de M. Fry.
Vous l'avez bien examiné ?
Évidemment, je l'ai examiné,
c'est mon travail.
N'avons-nous pas déjà vu tout cela ?
Il y a une sorte de contusion,
au niveau du pariétal,
d'environ huit centimètres.
J'ai dû passer à côté.
M. Fry a été assassiné.
C'est votre hypothèse, M. Landor ?
Vous êtes peut-être sur une piste, capitaine Hitchcock.
Tout le monde aurait pu passer à côté.
M. Landor.
Puisque vous êtes engagé,
j'estime important d'établir quelques principes.
Je veux un rapport quotidien. J'informerai le colonel.
Vous ne direz pas un mot de cette affaire, ni dans ces murs ni au-dehors.
C'est tout ?
Une dernière condition.
Vous ne vous adonnerez pas à la boisson durant cette enquête.
Votre réputation vous a précédé.
Pardon.
- Êtes-vous Augustus Landor ? - Oui.
Si je ne m'abuse, vous êtes chargé
de résoudre le mystère autour de Leroy Fry.
Exact. Que puis-je pour vous ?
Il m'incombe, par respect pour cette honorable institution,
de révéler la conclusion
à laquelle j'ai abouti.
Une conclusion ?
Concernant feu monsieur Fry.
Je suis très intéressé.
L'homme que vous recherchez
est un poète.
Soldat Cochrane,
lorsque le corps de Leroy Fry a été transporté à l'hôpital,
vous étiez affecté à sa surveillance ?
Oui, monsieur.
Que s'est-il passé pendant votre garde ?
Rien avant 2h30 du matin.
- Quand on m'a relevé. - Qui vous a relevé ?
Soldat, qui vous a relevé ?
Je ne saurais vous le dire.
Mais c'était un officier.
- Il ne s'est pas identifié ? - Non.
Ça n'a rien d'étonnant pour un officier.
Que vous a-t-il dit ?
Il a dit : "Merci, soldat. Ce sera tout. Je vous relève de votre poste."
C'est inhabituel, non ?
Si, très inhabituel.
- Avez-vous vu son visage ? - Non.
Ma bougie éclairait très peu.
Comment saviez-vous que c'était un officier ?
Les galons sur son épaulette.
Cependant, c'était très étrange.
- Quoi donc ? - Ses galons.
Ils manquaient sur l'épaulette gauche.
Voilà notre homme.
Foi de Benny, je sais reconnaître un assoiffé.
La seule vue de ce verre me fouette le sang.
- Benny ! - Monsieur.
Buvons aux principes.
On les emmerde.
Patsy.
Pourquoi cette mine ?
Tu as su, pour ce pauvre élève ?
On dit qu'il a agonisé des heures.
"On" ?
Lui.
Vous ne devriez pas être en cours ?
Bonsoir. En cours ?
Je ne manquerai à personne.
Ils savent à peine que j'existe.
Et puis, j'apprends plus dans ce genre de lieu
que dans une salle de classe.
Je n'en doute pas.
Asseyez-vous, je vous en prie. Prenez une…
- Chaise ? - Chaise. Merci.
Élève de première année E. A. Poe.
Edgar Allan Poe.
Vous aviez très soif, je vois.
De quoi adoucir un peu la mélancolie.
Dites-moi,
comment avez-vous appris ce qui était arrivé à Leroy Fry ?
Par Huntoon, évidemment.
Il a proclamé la nouvelle, tel un crieur public.
Il va peut-être être pendu à son tour.
Vous n'insinuez pas que M. Fry aurait été pendu ?
Je n'insinue rien du tout.
Pourquoi pensez-vous que l'homme qui a extrait
le cœur de Leroy Fry
est un poète ?
Le cœur est un symbole ou il n'est rien.
Sans le symbole, que reste-t-il ?
Un muscle gros comme un poing,
sans plus d'intérêt esthétique qu'une vessie.
Retirer le cœur d'un homme, c'est manier le symbole.
Qui est mieux placé pour cela
qu'un poète ?
Un poète sacrément prosaïque, on dirait.
Ne faites pas comme si cet acte barbare
n'avait pas éveillé toutes sortes de résonances littéraires
au plus profond de votre esprit.
Le chant charmant de Lord Suckling :
"Rends-moi donc mon cœur, je te prie, puisque ne puis avoir le tien."
Ou même la Bible :
"Crée en moi un cœur pur, ô Dieu."
"Tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit."
Alors, nous ferions aussi bien de rechercher un fanatique religieux.
Non, voyez-vous, j'ai omis de vous dire que je suis moi-même poète,
enclin à penser comme tel.
Je ne lis pas tellement de poésie.
Normal, vous êtes américain.
Et vous ?
Je suis un artiste, c'est-à-dire un apatride.
Qu'y a-t-il ?
Vous m'avez bien aidé.
Examinez de plus près un élève du nom de Loughborough.
Il était le camarade de chambrée de Fry avant qu'ils n'aient un différend,
dont la nature reste indéterminée.
M. Loughborough.
Dites à M. Landor comment vous avez connu M. Fry.
Oui, mon capitaine. Nous partagions une chambre.
Avez-vous eu un différend ?
Je ne parlerais pas de différend.
Plutôt de chemins divergents.
Pourquoi ont-ils divergé ?
Rien de particulier,
c'est allé de soi.
Si vous avez la moindre information, vous êtes tenu de la communiquer.
C'est tout simple, monsieur.
Je dirais qu'il s'était mis à avoir…
de mauvaises fréquentations.
Du moins, c'est ce qu'il a dit.
Dites-moi, ces "mauvaises fréquentations",
c'étaient d'autres élèves ?
Il ne me l'a pas confirmé, mais c'était ma déduction.
Pourquoi n'avoir rien dit avant ?
Je ne voyais pas en quoi ça pouvait avoir une incidence.
C'est arrivé il y a longtemps.
Rompez.
M. Stoddard.
Vous avez été le dernier à voir M. Fry en vie.
Oui, mon capitaine.
Parlez plus fort.
Je suis un peu malade.
J'ai vu Leroy, tard dans la soirée en question.
Je l'ai croisé en rentrant à mes quartiers.
Vous lui avez parlé ?
Il m'a demandé si des officiers patrouillaient.
Comment était-il ?
Il faisait très sombre, je ne me fie pas à ma mémoire.
Avez-vous vu quelque chose sur lui, une corde peut-être ?
Je n'ai rien vu de tel.
Autre chose.
Comme il partait, je lui ai demandé où il allait, si tard.
Et ?
Il a dit : "Une besogne urgente."
Ça voulait dire quoi ?
Je n'en sais rien.
Rompez.
- Pardon, mon capitaine. - Oui.
Dieu tout-puissant.
"Une vache et un mouton ont été tués et mutilés à Cold Spring.
"La cage thoracique était ouverte et le cœur, cruellement retiré."
Aucune créature de Dieu n'échappera donc à cet homme ?
Nous ignorons s'il s'agit du même individu.
Pardon ?
Serait-ce une coïncidence ?
Dès 06h00 demain matin,
nos hommes ne se rendront plus qu'en classe, au réfectoire
et à la chapelle.
Rien de plus !
Si on vous interroge,
nous n'avons discuté que de vos liens avec Fry.
Nous n'en avions pas, je ne le connaissais pas.
Je ne l'ai pas connu.
Je vous aurai mal compris.
Vous n'êtes pas le premier.
Il ne s'agit donc pas d'une discussion ?
Je vous offre un emploi.
Non rémunéré.
Aucun de vos camarades ne doit être au courant
avant que votre mission ne soit achevée depuis longtemps.
S'ils l'apprennent, ils vous maudiront probablement.
L'offre est irrésistible.
Je vous en prie, dites-m'en plus.
Parfait. Je voudrais que vous décryptiez ce fragment de message.
Il vous faudra travailler en secret et aussi minutieusement que possible.
J'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai déchiffré votre message.
Il est manuscrit, donc de nature personnelle.
Fry le tenait au moment de sa mort.
Nous pouvons en déduire que c'est ce qui l'a attiré dehors,
la nuit en question.
Le reste de la note ayant été arraché,
nous pouvons supposer qu'elle en identifiait l'expéditeur.
Les majuscules noires grossières indiquent également
que l'auteur voulait masquer son identité.
C'était une invitation, en quelque sorte ou,
pour être plus précis, un piège.
Un piège ?
Gardons cela à l'esprit.
Puis-je ?
Concentrons nos efforts
sur la troisième ligne,
où nous avons un mot complet.
"En". Mais en quoi ?
Le mot suivant commence par un R.
"Rouge" ? "Retour" ?
Non, cela ne concorde pas avec une invitation.
"En revanche" ?
Non, trop compliqué pour un petit billet.
Si la présence de Leroy Fry était requise en un temps et un lieu donnés,
il ne peut s'agir que du mot "retard".
"En retard".
Si l'on relit la 3e ligne, le mot précédent apparaît
si facile à deviner que c'en est insultant : "pas".
Ainsi : "Ne sois pas en retard."
Regardez bien, M. Landor.
Inutile d'aller loin pour extrapoler la suite.
Si Fry se rendait dans un lieu prédéfini,
du point de vue de l'auteur, il "venait".
"Viens", Fry.
Dès lors, il est d'une simplicité extrême
de déduire le mot suivant. Ce ne peut être que "vite".
Insérons le mot, et voilà !
"Ne sois pas en retard. Viens vite."
Et voici la solution à notre petite énigme,
soumise avec tout mon respect.
Excellent travail, merci.
- Une question. - Oui ?
Quid des deux premières lignes ?
Ma foi, j'ai été forcé de déclarer forfait.
- Votre orthographe est bonne ? - Parfaite.
Si j'en crois une grande autorité, le pasteur John Bransby à Stoke Newington.
Vous ne commettez sûrement pas les mêmes erreurs que la plupart…
d'entre nous,
qui faisons des fautes aux mots qui se ressemblent.
Par exemple :
"juin", "joint" et "joins".
Un solécisme courant.
Une invitation, en effet. "Rejoins-moi."
Bien sûr, nous ne connaissons toujours pas le lieu du rendez-vous.
Quelque chose qui finit en "ère".
Le débarcadère !
- Je dirais même, sur la corniche. - Excellent choix.
Ainsi : "Je serai sur la corniche
"du débarcadère.
"Rejoins-moi à 23 h." Mettons.
"Ne sois pas en retard. Viens…"
"Me voir" est sans doute plus juste.
Cela vous inspire ?
Pourquoi retrouver un élève au débarcadère quand on peut le voir n'importe où ?
Parce que ce n'était pas un élève officier,
mais une femme.
Vous connaissiez la solution depuis le début, M. Landor.
J'avais mon idée.
Si c'est effectivement une femme que nous recherchons,
je crois pouvoir m'octroyer le mérite de l'avoir aperçue.
Le lendemain de la mort de Leroy Fry,
avant d'apprendre quoi que ce soit,
je me suis réveillé en prononçant les premiers vers d'un poème.
Il parlait d'une femme mystérieuse dans la plus profonde détresse.
Puis, devant le réfectoire, m'est apparue la plus belle créature
sur laquelle il m'ait été donné de poser les yeux.
Qui était-ce ?
Je n'en ai pas la moindre idée.
Pourquoi pensez-vous que votre poème
ou cette jeune femme soient liés à M. Fry ?
Le sentiment d'une violence dissimulée,
d'une douleur indicible.
Une femme inconnue.
Vous auriez pu composer ces vers un autre jour.
Mais je ne les ai pas composés. Ils m'ont été dictés.
Dictés ?
Par qui ?
Par ma mère.
Elle est morte.
Depuis bientôt vingt ans.
Parle-moi de ce type, Poe.
Poey…
Un garçon charmant.
Il est très bien élevé.
- Il parle beaucoup. - C'est certain.
Et il a certainement quelque chose de singulier.
Parce qu'il parle beaucoup ?
Non, parce qu'il est plein d'idées absurdes.
Il m'a parlé d'un poème.
Il prétend que ça a un rapport avec la mort de Leroy Fry
et qu'il lui a été dicté
dans son sommeil
par sa défunte mère.
Tu es bien placé
pour savoir que les êtres chers que nous avons perdus
sont toujours avec nous.
L'homme est prêt à presque tout pour tromper la mort, n'est-ce pas ?
Dans un récipient quelconque,
enveloppé dans de la gaze ou du papier journal,
probablement déposé dans de la glace.
Retrouvez-moi à la glacière. BON COURAGE
Bien, vous avez eu mon petit mot.
- On vous a suivi ? - Suivi ?
Ce ne serait pas professionnel. Non.
Qu'avons-nous là ?
Le lieu du crime.
Du deuxième crime.
Où le cœur de Fry a été transporté.
Vous disiez que ce vol vous avait remémoré la Bible.
Je l'avoue, je m'orientais déjà dans cette voie.
Pas la Bible en soi,
mais la religion.
Cela semble se rapporter à une sorte de cérémonie.
Du sang et des cierges positionnés de façon délibérée.
Un cercle.
Et un triangle.
Le cœur de Fry vraisemblablement placé
au centre.
J'ai un vieil ami qui pourrait nous aider.
Le professeur Jean Pépé est un expert en symboles,
en rituels,
en sciences occultes.
Professeur !
C'est sûrement l'homme le plus étrange…
Excusez-nous.
… que j'aie eu la chance de rencontrer.
Je vous apporte une curiosité,
j'aimerais que vous l'examiniez.
Il ne peut s'agir
que d'un cercle magique.
Je me rappelle l'avoir vu dans Le Véritable Dragon rouge.
Si je me souviens bien,
le sorcier se tient ici,
dans le triangle.
Seul ?
Il peut être accompagné d'assistants.
Avec des cierges et des lanternes partout,
un véritable festival de lumière.
Maintenant,
Gus, va prendre sur la troisième étagère,
l'avant-dernière,
le volume posé sur le dessus.
Oui.
Pierre de Lancre, redoutable chasseur de sorcières.
Vous lisez le français, M. Poe ?
Veuillez lire en silence la page centrale.
De Lancre a exécuté 600 sorcières basques
et nous a légué le remarquable ouvrage que vous parcourez.
Le livre que j'aimerais vous donner, Le Discours du Diable d'Henri Le Clerc,
qui a exterminé 700 sorcières dans sa carrière,
est réputé détruit.
Mais d'après la rumeur,
Le Clerc aurait laissé deux ou trois recueils
identiques à celui qui a été détruit.
En retrouver un est devenu l'idée fixe des amateurs d'ésotérisme.
Pourquoi ?
Le Clerc y donnerait des instructions
pour s'assurer
l'immortalité.
Seigneur Dieu.
"Il est bien connu de la fraternité des anges maléfiques
"que le contenu d'un festin de sabbat des sorcières
"se limite aux divers articles suivants :
"animaux impurs qu'un peuple chrétien ne toucherait pas,
"les cœurs d'enfants non baptisés
"et les cœurs de pendus."
Vous allez discrètement vous mêler aux élèves
pour essayer de débusquer ceux qui s'intéressent à l'occultisme.
Expliquez-vous.
Des propositions m'ont été faites, de nature obscure, voire peu chrétienne.
Peu chrétienne ?
J'ai été exhorté à douter des fondements de ma foi,
et à m'initier à des pratiques ésotériques et très anciennes.
- Ésotériques ? - La magie noire. Qui était-ce ?
- Il faut le dire. - Je suis tenu par l'honneur.
Qui était-ce ?
Je ne dirai rien,
même si Dieu Lui-même menace de me foudroyer sur place.
- Pour prier avec nous… - J'ai donné ma parole.
- S'il vous fait douter… - C'est secret.
C'était Marquis ?
Hamilton, silence.
Oui, j'ai un nom, mais pas le visage associé.
Des vertiges ?
Tout tourbillonne autour de moi.
Votre fréquence cardiaque est assez élevée.
Très bien, M. Poe, restez dans vos quartiers aujourd'hui
et prenez soin de vous.
Présentez ceci
au lieutenant Locke et à son aspirant,
Artemus, mon fils.
Il vous relèvera de vos obligations.
Vous voulez être dispensé de cours sous prétexte que vous ressentez
des vertiges ?
Et un mal encore pire, mais non mentionné.
Une grave crise d'apathie.
Une crise d'apathie ?
Des plus aiguës.
Prenez garde, Poe.
Demandez au médecin en personne.
C'est vrai, lieutenant,
mon père dit qu'il n'a jamais rien vu de tel.
Très bien.
Mais je vous réprimande
pour impudence déshonorante.
Trois retenues.
Retournez immédiatement dans vos quartiers.
Et vous feriez bien d'y être au moment de la ronde.
- Poe, c'est ça ? - Oui.
Artemus Marquis.
Je dois dire que votre impudence est admirable.
Ce soir, à 23 h, au numéro 18 des quartiers nord.
Pardon pour mon retard,
vous n'avez pas trop attendu ?
C'est ravissant.
Des livres !
Mon intérêt pour vous a décuplé.
Par où commencer ?
Le lamentable Fenimore Cooper. Fatalement,
toute bibliothèque en possède un.
Quelle collection !
L'Histoire de l'Égypte et j'en passe.
Vous êtes démasqué.
Vous disiez ne pas lire de poésie.
C'est exact.
Byron !
- Un de mes préférés. - S'il vous plaît.
Et il est affreusement écorné.
C'est à ma fille.
Et votre fille ne vit plus ici ?
Non, elle s'est enfuie avec quelqu'un.
Vous le connaissiez ?
À peine.
Elle ne reviendra pas ?
C'est peu probable.
Nous sommes tous deux seuls au monde.
Mais vous avez votre mère.
Elle vous parle toujours,
en tout cas.
Oui, de temps en temps.
En outre, ce qu'il y a de bon en moi, personnellement et spirituellement,
je le tiens d'elle.
Votre fille, comment s'appelle-t-elle ? Si vous n'y voyez pas d'objection.
Mathilde.
Mattie.
Inutile d'en dire plus, M. Landor.
Alors, vous dites avoir trouvé quelque chose ?
Non, encore mieux.
Quelqu'un. Il porte le patronyme de Marquis.
Le médecin.
Non. Son fils, Artemus.
Et j'ai entrepris de m'infiltrer
dans son impénétrable cercle d'amis.
Encore un don du ciel.
Cadeau de la divine Patsy.
Tu vas nous dénoncer d'avoir bravé le couvre-feu, Poe ?
Nos minuscules transgressions t'offensent-elles ?
Non seulement je ne suis pas offensé, M. Ballinger, mais…
je demande une autre tournée.
Bois.
Cul sec, femmelette.
Ballinger, tu joues les martyriseurs ce soir.
Un autre, s'il vous plaît.
Je vous remercie.
Je boirais toute la nuit.
Doucement, Ballinger.
Je me suis donné du mal pour ce breuvage.
Poe.
On dit que tu es un poète édité.
On me prête un talent modeste.
Dans ce cas, j'exige une lecture publique.
Fais-nous ce plaisir.
Je connus une nue charnue aux Bermudes
Elle jouait l'ingénue
Je n'étais pas prude
Elle trouva saugrenu D'être nue devant un inconnu
Je l'ai vue Je l'ai vaincue et je suis venu
Bien dit, Poe.
Bravo.
La carte perdante est un sept.
La carte gagnante est un valet.
C'est ton jour de chance, Poe.
Merci.
C'est vrai que le commissaire Landor
t'a interrogé sur Fry ?
Il croyait à tort que je faisais partie du cercle intime de Fry.
C'était le cas ?
Non.
Ça lui va bien
de ne s'être distingué
qu'en allant se pendre.
Je crois qu'il s'est pendu de désespoir, éconduit par une dame.
- De quelle dame s'agirait-il, Stoddard ? - Pourquoi pas ta sœur, Artemus ?
N'avait-elle pas charmé Fry ?
Allons, Randy.
Tu étais plus proche de Fry que quiconque ici.
Je ne crois pas avoir été aussi proche de lui
que toi.
Très bien.
Où en étions-nous ?
Halte !
Le couvre-feu ne s'applique pas à vous ?
Expliquez-vous.
L'extinction des feux a sonné il y a trois heures.
Toutes mes excuses, mon capitaine.
Vos excuses m'ont toujours paru hypocrites.
Leroy Fry a été rappelé à Dieu quand il est sorti tard, lui aussi.
Retournez à vos quartiers sur-le-champ.
Estimez-vous heureux de ne pas creuser votre tombe.
Merci, mon capitaine.
Et que ça saute.
Mattie ?
"Car celui qui meurt n'a plus Ton souvenir.
"Dans le séjour des morts,
"qui Te louera ?
"Selon Ta miséricorde,
"souviens-Toi de moi, à cause de Ta bonté, ô Éternel.
"Mes yeux sont usés tant j'ai de chagrin."
Vous êtes M. Landor, n'est-ce pas ?
C'est moi.
Je suis la mère de Leroy.
J'aimerais vous confier ceci.
Le journal de Leroy.
Il le tenait depuis au moins trois ans.
Je ne me souviens pas…
Condoléances.
Une perte tragique.
Je ne me souviens pas d'un journal retrouvé dans ses effets personnels.
C'est M. Ballinger qui me l'a envoyé.
- M. Ballinger ? - Oui.
Dès qu'il a appris la nouvelle,
il s'est précipité chez Leroy pour voir ce qu'il pouvait faire.
Ce brave garçon me l'a expédié.
Je vois.
Et à l'instant,
dès qu'il m'a vue,
il m'a dit qu'il voulait que je garde le journal dans le Kentucky.
"Si vous préférez le brûler, ne vous gênez pas."
C'est fort aimable à lui.
Mais je n'y comprends rien.
Ces chiffres et ces lettres…
Comme l'armée compte sur vous,
il me semble approprié de vous le confier.
Je serai présente, avec vous, tout le temps.
Il faut que nous prenions soin d'elle, tous ensemble.
Docteur !
M. Landor,
quelle bonne surprise !
Laissez-moi vous présenter mon épouse, Julia.
J'ai beaucoup entendu parler de vous.
C'est un plaisir.
N'êtes-vous pas le gentleman qui enquête sur la mort de M. Fry ?
Tout à fait.
Nous parlions justement de lui.
De fait, mon mari m'informe que, malgré ses efforts héroïques,
la dépouille de M. Fry a été jugée
trop abîmée
pour être exposée en public.
Ses pauvres parents.
En effet.
Toute cette affaire nous a éprouvés.
Je n'aurai de répit que lorsque le coupable sera arrêté.
Ravi d'avoir fait votre connaissance.
Très chère.
J'ai entendu dire que vous étiez veuf, M. Landor.
C'est exact.
Toute ma compassion.
Votre femme a rejoint sa dernière demeure récemment ?
Ça fait deux ans.
Quelques mois seulement après notre arrivée dans les Highlands.
Une maladie soudaine, alors ?
Pas soudaine,
pas assez.
Vos sacrifices ne me laissent pas insensible.
- Mes condoléances. - Merci.
Brava.
Edgar, je te l'avais dit, ma sœur est un prodige.
Merveilleux, ma chérie. J'en ai eu la larme à l'œil.
Superbe exécution, Mlle Marquis.
- Sincèrement. - Oui.
Votre immortalité est assurée.
Aucune femme ne souhaite être immortelle, Randy.
Vous me remettez en mémoire le poème de Sir Thomas Gray.
Plus d'une fleur naît sans être jamais vue
Et épanche son doux parfum dans le désert
L'un de mes favoris.
Que penses-tu de mon petit protégé ?
M. Poe n'a besoin d'être le protégé de personne.
Ni surtout d'être corrompu par toi.
Bien, Lea. Cela suffit.
Va te reposer avant le dîner.
- Excusez-moi, messieurs. - Merci, Lea.
Randy, les chaises.
Stoddard, l'échiquier.
Ça y est, je m'ennuie.
Je m'en fiche !
Elle est malade.
Dans son état, elle n'a pas à divertir les invités.
Mlle Marquis.
Pardonnez-moi.
Rien ne pourrait me procurer plus de plaisir
qu'une entrevue avec vous, samedi.
C'est certainement vrai, mais je crains d'être déjà engagée samedi.
Je vois.
Et avec un accent qui impressionnerait n'importe quel Parisien.
Vous suggérez donc ce samedi ?
Ou dimanche, si vous préférez.
Ou lundi.
Et où proposez-vous cette entrevue ?
Je devine : Gee's Point ? La promenade galante ?
Non.
Ni l'un ni l'autre.
Je pensais plutôt au cimetière.
Au cimetière ?
Fort intéressant.
C'est aussi mon avis.
Je vous souhaite une bonne soirée.
C'est très dépouillé.
Pour admirer les Highlands dans toute leur splendeur,
il faut les voir tout de suite après la chute des feuilles.
Pourquoi ?
La végétation n'améliore en rien
le dessein originel du Seigneur, elle le dissimule.
Un romantique.
Vous aimez discourir sur Dieu et la mort, n'est-ce pas ?
Je considère la mort comme le thème suprême de la poésie.
Je vous en prie.
- Joli point de vue. - C'est mon préféré.
Cela vous sied bien, la morbidité.
Mieux que l'uniforme.
Vous n'avez d'égal qu'Artemus.
Je ne l'ai jamais vu se morfondre au pays de la mélancolie.
Il consent à de longs séjours dans nos contrées.
L'on peut danser sur des bris de verre un certain temps,
mais pas indéfiniment.
Vous avez décidément beaucoup en commun.
Vous n'avez pas froid, j'espère ?
La rigueur de l'hiver s'est installée.
Je vous en prie.
Je ne suis pas venue parler du temps. Trop prosaïque.
Pardon, je ne me souciais que de votre santé.
Je vous en prie,
déclarez votre flamme éternelle et nous rentrerons chez nous.
- Je voulais simplement dire… - Pardon.
Je deviens odieuse et j'ignore pourquoi.
Vous avez froid.
Mlle Marquis, voulez-vous ma cape ?
- Je vais bien. - Ce n'est pas…
Je vous dis…
Mlle Marquis. Lea !
Que se passe-t-il ?
Seigneur, Lea.
Vous allez bien ?
- Lea ? - Oui, je vais bien.
Êtes-vous sûre d'aller bien ?
Vous m'avez fait très peur.
Cela m'arrive. Ne vous inquiétez pas.
Votre…
Votre courage m'enhardit tant
que je me sens libre de confesser
que ma mère a en quelque sorte une présence dans ma vie.
Dans mon sommeil et au réveil.
Oui.
Parfois, je crois
que les morts nous hantent quand nous les aimons trop peu.
Nous les oublions. C'est involontaire, mais c'est ainsi.
Je pense qu'ils se sentent cruellement abandonnés,
alors ils nous réclament.
Peut-être vaudrait-il mieux ne pas trop y songer.
Je tiens à vous dire toute ma gratitude.
Quand j'ai ouvert les yeux, vous étiez là.
Au plus profond de vous, j'ai découvert quelque chose
auquel je ne m'attendais pas.
Pas le moins du monde.
Merci.
Arrêtez !
Petit merdeux, tu devrais rester à ta place !
T'approche pas de Lea.
Lâchez-le !
Lâchez-le, Ballinger,
ou vous passerez en cour martiale !
Sale face de rat.
Ça va ?
Cette brute a clairement compris que Lea me préférait à lui.
- S'il compte m'effrayer… - Vous effrayer ?
- Il avait l'air prêt à vous tuer. - Moi ?
S'il tente de s'interposer entre l'élue de mon cœur et moi,
c'est moi qui le tuerai !
Ce n'est pas nouveau. Les gens m'ont toujours sous-estimé.
Mes amis, mes camarades, même mon bienfaiteur.
Tout le monde.
Tout le monde…
à part ma chère mère.
Au fait, je vous remercie pour votre assistance.
Cela ne me ressemble pas de me laisser surprendre.
Vous n'êtes pas sans surprise non plus, Landor.
Sans vouloir vous offenser, vous êtes bien plus…
sophistiqué que vous n'en avez l'air.
Est-il vrai qu'un jour, vous avez obtenu des aveux
simplement grâce à votre regard perçant ?
Faites preuve de patience
et le suspect finit souvent par s'interroger tout seul.
Votre compagnie est des plus agréables, Landor.
J'écrirai un poème un jour
pour faire passer votre nom à la postérité.
Après cette agression, tu ne soupçonnes pas Randy Ballinger ?
Alors, où en es-tu ?
De ton enquête.
Je m'intéresse à Artemus Marquis.
Tu le connais ?
Qui ne le connaît pas ?
Très beau garçon.
Il vaudrait presque mieux qu'il meure jeune, dans un sens.
Mais je ne l'aurais pas imaginé du genre violent.
Il est toujours très calme.
Ce n'est peut-être pas lui.
Il y a quelque chose…
chez lui, chez toute sa famille.
Ils se comportent comme des coupables.
Toutes les familles ne sont-elles pas coupables ?
- Capitaine. - C'est M. Ballinger.
J'ai bien peur qu'il ait disparu.
Mon capitaine, par ici !
Seigneur.
M. Ballinger…
n'a pas été disséqué aussi proprement que M. Fry.
Cela suggère qu'un autre individu est intervenu.
Quant à la castration…
La castration ?
Seigneur, Landor.
Nous ne sommes pas plus près de trouver le coupable qu'il y a un mois !
Nous progressons.
- Question de temps. - Dites.
D'autres preuves de pratiques satanistes ?
Qu'en est-il du prétendu officier qui a persuadé Cochrane
d'abandonner le corps ?
Et le journal de Fry,
y avez-vous trouvé le moindre indice utile ?
Un détraqué
rôde en liberté dans nos collines et éventre mes hommes.
Ils n'arrivent plus à remplir leur devoir, quitter leur chambrée ni dormir.
Même quand ils dorment, c'est avec leur fusil !
Je commence à croire que vous doutez de mes compétences
à mener cette enquête.
Merci, docteur.
Nous ne doutons pas de vos compétences, mais de votre loyauté.
Y a-t-il la moindre possibilité que ce soit l'œuvre de M. Poe ?
Hier, il régalait ses camarades à table du récit homérique
de son empoignade épique avec M. Ballinger
et déclarait qu'il avait la ferme intention de le tuer
s'il se frottait encore à lui.
Vous avez vu Poe.
Pouvez-vous réellement affirmer qu'il aurait maîtrisé M. Ballinger ?
Il n'en aurait pas eu besoin, s'il avait eu une arme à feu.
Quel que soit son rapport à Ballinger,
il n'y a pas de lien quelconque entre Poe et Fry.
- Ils ne se connaissaient pas. - Mais si.
Ils ont aussi eu une altercation l'été dernier.
J'imagine qu'il ne vous a pas confié cette petite information ?
Alors, arrêtez-le.
Arrêtez-le, si vous êtes sûrs de vous.
Nous n'avons que le mobile. Nous comptions sur vous pour les preuves !
M. Landor, nourrissez-vous une hostilité latente envers l'Académie ?
Est-ce là le problème ?
Je risque ma vie
pour votre précieuse institution.
Mais oui.
Je crois que l'Académie sape la volonté de ces jeunes hommes,
qu'elle les étouffe avec ses principes et ses règlements,
qu'elle les prive de la raison.
Elle les déshumanise.
Voulez-vous insinuer
que l'Académie est responsable de ces morts ?
Quelqu'un en lien avec l'Académie, oui, et donc l'Académie elle-même.
C'est absurde.
Si l'on vous suit,
tout crime commis par un chrétien porte atteinte au Christ.
Et c'est le cas.
Quand je vous ai demandé
d'accepter cette mission,
vous m'avez dit que vous n'aviez jamais rencontré
Leroy Fry.
Commençons par là. Alors ?
- Ce n'est pas tout à fait exact. - Tiens !
Pourquoi rien n'est simple avec vous ?
Quels sont les faits purs et simples ?
Oui ou non ?
La vérité !
Connaissiez-vous Leroy Fry ?
Vous êtes-vous disputé avec Leroy Fry ?
Oui, en effet.
Avez-vous tué Leroy Fry ?
Avez-vous tué Randolph Ballinger ?
Êtes-vous impliqué
dans la profanation de leur cadavre ?
Non, qu'on me foudroie…
Mais vous ne niez pas avoir menacé
ces deux hommes ?
En ce qui concerne Ballinger, c'était…
Je ne le pensais pas.
- Et Fry ? - Je ne l'ai jamais menacé, seulement…
Il y a là
de quoi être troublé, Poe.
Les hommes qui vous froissent finissent au bout d'une corde,
amputés d'organes essentiels.
M. Landor.
Si je devais tuer chaque élève
qui m'a malmené au cours de mon bref séjour,
je crains que vous ne trouviez les effectifs
réduits à une petite dizaine.
Si vous tenez à le savoir,
je suis la risée de tous
depuis mon premier jour.
Mes manières, mon âge, ma personnalité…
mon apparence.
Même en mille vies,
je ne pourrais pas réparer toutes les injures qui m'ont été faites.
Oui, je suis coupable
de bien des choses, mais je n'aurais jamais fait cela.
Un meurtre, jamais.
Maintenant, me croyez-vous ?
Je crois que vous devriez faire plus attention
à vos paroles et à vos actes.
Pour le moment,
je peux sûrement tenir Hitchcock à distance.
Mais si vous me mentez encore une fois,
ils pourront vous mettre les fers et je ne lèverai pas le petit doigt.
Vous m'avez bien compris ?
Si vous voulez bien m'excuser,
on m'attend pour dîner.
Merci de vous joindre à nous
pour pleurer le décès prématuré de Randolph.
Ce cher garçon faisait partie de la famille.
Ne trouvez-vous pas mon fils
exceptionnellement beau, M. Landor ?
Je dirais
que vos deux enfants ont été bénis dans ce domaine.
Oui, notre lignée est bénie.
Mais je dois dire que vous me faites l'effet d'un être rare.
Une personne d'une intelligence exceptionnelle.
Cette qualité est scandaleusement peu courante par ici.
Avec une telle intelligence, M. Landor,
lorsque votre enquête officielle sera terminée,
j'espère que vous m'aiderez
à élucider une autre énigme.
- Une énigme ? - Une affaire bien étrange.
J'étais en cours, lundi,
lorsqu'apparemment, quelqu'un a fouillé mes effets personnels.
Ma foi…
- Il y a des gens abjects partout. - Pensez-vous, père ?
Je penchais plutôt pour un homme indélicat,
même si bien sûr, j'ignore qui c'est.
Dans tous les cas, tu dois rester prudent, Artemus.
Je t'en prie.
Mère, ce n'était sûrement qu'un vieux fâcheux
qui n'a rien de mieux à faire
parce qu'il n'a pas de vie à lui.
Un rustre
qui vit dans un cottage. Vous ne croyez pas, M. Landor ?
Vous avez un cottage, n'est-ce pas ?
Vous pourriez avoir un proche répondant à ces critères.
Peut-être un ami qui aime s'enivrer à la taverne.
Arrête ! Je t'en supplie, c'est détestable.
Je déteste quand tu t'enflammes ainsi.
- Je ne vous suis pas. - J'en suis sûre.
Si j'étais emportée par l'Hudson, personne ne me suivrait !
N'est-ce pas, Daniel ?
Artemus, s'il te plaît.
Veuillez pardonner à mon épouse.
La mort de M. Ballinger
a jeté un voile sur notre petit clan bienheureux.
Voulez-vous bien m'accompagner dans mon bureau, M. Landor ?
Volontiers.
Je vous dois des excuses, commissaire.
Nous vivons sur des charbons ardents, ce n'est pas sans conséquence.
Inutile de vous excuser.
Et à cette époque de l'année,
rester confinés…
C'est tout à fait compréhensible.
Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer, docteur…
Votre fille est-elle souffrante ?
Vous êtes perspicace.
Oui.
Oui, elle…
Elle n'a pas eu la vie facile, cette petite.
Depuis qu'elle est toute gamine,
un mal épouvantable
s'empare d'elle, à l'abri des regards,
paralyse son cerveau et la secoue comme un flacon.
Une belle enfant,
destinée au mariage,
au confort, aux enfants.
Et en même temps,
à la maladie.
C'est effroyable.
Messieurs, Lea excelle, si vous voulez vous joindre à nous.
Merci, mon fils.
Allons-y ?
Si vous permettez, je vais sortir prendre l'air un instant.
Naturellement.
Père, faites une partie avec moi.
Je tente encore le mat du berger, ou un coup plus difficile cette fois ?
Absolument remarquable.
Loin de là.
Passable, peut-être.
Vous n'imaginez pas l'effet que votre musique produit sur moi.
Sur nous tous, en vérité…
Oui ?
Je ne sais pas comment le formuler autrement,
mais j'ai pris conscience
que je ferais n'importe quoi pour vous.
Edgar.
Puis-je vous aider à trouver quelque chose, M. Landor ?
Vous êtes remise.
Ce fut bref.
Pardonnez-moi, j'ai cru être la proie
d'une de mes horribles migraines,
mais il semble qu'un peu de repos
était tout ce qu'il me fallait.
Je me sens parfaitement rétablie.
Mettons de côté cette affreuse tunique, voulez-vous ?
Je suis sûre qu'elle ne vous ira pas.
Ce cher docteur et moi la cherchions.
Et je l'ai trouvée.
Regardez ce que le commissaire a retrouvé dans notre armoire, très cher.
Rappelez-vous quand Artemus la portait,
tout petit, à la maison ?
- Tu t'en souviens, mon chéri ? - Oui, mère.
- C'est la tunique de mon frère. - Votre frère ?
C'est tout ce qu'il nous reste de lui.
Pourquoi l'avoir prise ?
Artemus a peut-être la réponse.
Ethan.
Qu'est-ce qui vous amène ?
Un autre élève a disparu.
J'ai organisé une battue, elle partira dans une heure.
Nous remuerons ciel et terre.
Dieu nous préserve d'un autre…
Messieurs !
J'ai inspecté les quartiers de M. Stoddard.
Sa malle est vide, ses vêtements civils sont introuvables.
Je crois qu'il a pris la fuite.
La fuite ?
D'après le journal de Fry,
Stoddard et Ballinger étaient deux très bons amis à lui.
Il a dû avoir peur d'être le prochain.
Peut-être. Et pour Artemus et la tunique d'officier ?
S'il est impliqué, il faut l'arrêter sans délai.
Il est trop sûr de lui. Il lui suffira de tout nier.
Il y a une dernière piste que je veux explorer.
Deux de ses compagnons sont morts,
je dois annoncer au président que nous avons notre homme.
Nous avons notre homme, oui ou non ?
Edgar.
Professeur !
Pépé !
La dernière fois, vous avez mentionné un chasseur de sorcières et son livre.
Oui, Le Discours du Diable.
Henri Le Clerc.
Le Clerc était-il prêtre ?
Brûlé sur le bûcher.
Ça m'est venu pendant mon sommeil.
Fort, fort, fort
Dans une fiévreuse frénésie
Le cœur serré, la hâtant, je lui dis
"Lenore"
Silence encore, abyssal
Elle disparut dans la nuit infinie
N'émergeait que son œil bleu pâle
Dans des ténèbres d'une infernale furie
Ne restait visible
Que ce funeste œil bleu pâle
Voyez-vous ?
Lenore.
Lea.
Il évoque vos tourments indescriptibles.
Il offre une conclusion à ce qui vous accable.
Ce poème…
s'adresse à nous.
Tu te rappelles quand tu as dit que tu ferais n'importe quoi pour moi ?
Ton adorateur du diable.
Merci, Pépé.
M. Landor.
Votre famille.
Votre famille…
s'est avérée
un vrai casse-tête.
Je n'arrivais pas à comprendre
qui menait la danse.
L'un après l'autre, je vous ai tous soupçonnés.
Je n'avais pas imaginé
que la personne en question n'était plus en vie.
Pardon ?
Le père Henri Le Clerc.
Le plus grand chasseur de sorcières,
avant d'être traqué à son tour.
De quoi parlez-vous ?
Votre fille souffre du haut mal, n'est-ce pas ?
Pour faire face, elle entre en contact avec quelqu'un
qui lui donne des instructions.
Lui.
Vous me ferez douter de votre santé mentale, M. Landor.
Où voulez-vous en venir ?
Le Clerc a écrit
cet ouvrage extrêmement rare, Le Discours du Diable.
Communiquer avec le diable
n'est pas un passe-temps auquel je m'adonne, M. Landor.
Je n'ai jamais lu une seule page de ce livre.
Votre fille parle-t-elle aux morts ?
Avec les années, ses crises se sont profondément aggravées.
J'ai tenté tous les traitements médicaux auxquels j'ai pu penser.
On lui a prédit une mort prochaine.
Vous savez ce que c'est,
de vous endormir sans savoir si votre fille survivra jusqu'à l'aube ?
Et puis,
un jour, elle est venue me voir
et elle m'a dit
qu'elle avait rencontré quelqu'un.
Son arrière-arrière-grand-père.
Le Clerc ?
Il n'était pas maléfique.
Il était incompris.
Ils m'ont juré que M. Fry était déjà mort,
qu'ils ne pourraient jamais tuer personne.
Et vous les avez crus.
Je n'ai pas eu le choix.
Vous êtes un médecin, un homme de science.
Comment avez-vous pu ajouter foi à cette folie ?
Parce que…
Parce que je n'ai pas réussi à la sauver moi-même.
Ma science s'est révélée impuissante.
J'ai tout sacrifié pour ma Lea.
Comment lui refuser le remède qu'elle avait trouvé ?
Docteur.
Communiquer avec les morts,
c'est anormal, mais le meurtre…
le massacre de vies innocentes,
c'est inhumain.
Les coupables méritent la potence.
J'ai seulement accepté parce que,
par miracle,
son état semblait s'améliorer.
Docteur, où est votre famille ?
Où sont vos enfants ?
M. Poe était ici, tout à l'heure.
Il est parti
avec Artemus.
Pourquoi sa cape est toujours dans l'entrée ?
Docteur, où est Lea ?
Où est votre famille ?
Il reprend conscience.
Lea.
Continue.
Que se passe-t-il ?
Ce ne sera plus long.
Je ne me sens pas
très bien.
- Je croyais… - Non.
Dans quelques minutes, je serai libre.
Libre ?
Oui.
Pitié, Lea, je…
C'est nécessaire,
tu comprends.
Le sacrifice est la preuve d'amour ultime.
J'ai su dès le moment où je t'ai vu que tu étais l'élu.
Je t'aime.
Cessez !
- Sortez ! - Vous serez pendus.
Sortez immédiatement.
Lea, finis !
Mme Marquis, voulez-vous voir vos enfants au gibet ?
- Ne l'écoutez pas, il bluffe. - Continue.
C'est le cœur de Fry ?
Lea, continue !
Ballinger était prêt à tout pour vous, même au meurtre.
Artemus, vous l'avez tué.
Pitié, laissez-nous. C'est presque terminé.
- Finis ! - C'est terminé !
C'est vous.
C'est vous qui avez attiré Fry avec un mot…
C'était mon idée, pas la sienne !
- C'était moi. - Non, Artemus !
Je vous en prie, arrêtez !
Arrêtez !
Lea !
Artemus, aide-la !
Mère, reculez !
Lea…
Lâchez-moi, non !
Artemus !
Il n'a pas perdu plus de sang qu'on n'en aurait prélevé
pour une saignée ordinaire.
C'est peut-être mieux pour lui.
La vie nous réserve bien des surprises,
je le reconnais.
Tout à fait d'accord.
Que va-t-il advenir de Mme Marquis ?
Livrée à son chagrin de mère.
Le juge estime qu'elle a assez souffert.
Vous serez heureux d'apprendre que notre bon médecin
a présenté sa démission.
Rien de tout cela ne me rend heureux, je vous assure.
Landor.
Vous et moi ne pourrions pas être plus différents
dans nos manières et notre état d'esprit.
Mais je tiens à vous dire
que si je me suis montré dans cette affaire…
Autrement dit, si j'ai eu l'impertinence de mettre en question…
vos compétences,
j'en suis navré.
Merci, capitaine.
Comment ai-je pu dîner et fraterniser
avec cet homme pendant des années,
connaître sa famille presque autant que la mienne,
sans prendre la mesure de leur détresse ?
C'était délibéré, colonel.
Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.
Je gage qu'Artemus a assassiné M. Ballinger
pour l'empêcher d'alerter les autorités,
et que M. Stoddard a fui pour ne pas devenir la prochaine victime.
On peut le supposer, oui.
Eh bien, Landor…
je déclare vos obligations
acquittées à la lettre.
Je vous libère de votre contrat.
Vous n'en serez pas fâché, j'espère. Tout au moins,
veuillez accepter nos remerciements.
Les chacals de Washington battront bientôt en retraite,
j'espère.
Je crois que nous avons obtenu un sursis.
Non. Colonel.
Vous avez l'air en pleine forme.
Je sais, pour votre fille.
D'accord.
Qu'est-ce que Mattie a à voir là-dedans ?
Elle a tout à voir.
Vous le savez parfaitement.
Ça m'est venu pendant mon sommeil.
Le billet
retrouvé dans la main de Leroy Fry,
celui qui avait attiré le pauvre bougre loin de ses quartiers.
Vous avez eu la négligence de me le laisser.
Voici l'autre note que vous avez laissée.
Vous vous rappelez ?
En particulier,
c'est la forme de vos lettres qui m'a frappé.
Vous le savez, les majuscules condamnent comme les minuscules.
Le A, le R, le G et le E
sont quasiment identiques à ceux sur le message adressé à Leroy Fry.
Vous imaginez ma stupéfaction !
Le même homme aurait-il pu écrire les deux notes ?
Et pour quelle raison Landor aurait-il correspondu avec Leroy Fry ?
Il se trouve que j'ai croisé la route de la divine Patsy.
Elle m'a raconté toute l'histoire.
Au retour du bal de l'Académie…
Attrape-la !
- Tenez-la. - Non !
Votre Mattie a été violentée
et laissée pour morte par trois brutes anonymes.
Tais-toi.
Julius, ses jambes !
Tenez-lui les jambes !
À terre !
- Pitié ! - Immobilisez-la.
De mauvaises fréquentations,
comme l'avait dit Leroy Fry.
Mattie ?
Seigneur !
Mon Dieu. Viens dans mes bras.
Je te demande pardon !
- Pardon. - Ça va aller.
Tout va bien se passer.
Tout va s'arranger.
Mattie, Il ne peut pas t'aider.
Je t'en prie, mon trésor. Laisse-moi t'aider.
Elle ne s'est pas enfuie,
n'est-ce pas ?
Mattie, je t'en prie, viens là.
S'il te plaît, viens.
S'il te plaît.
Arrête.
Tout va bien se passer.
Je t'en supplie, reviens.
Tout va s'arranger.
Non.
Je t'aime.
Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?
Ce n'est pas un récit
que j'ai plaisir à raconter.
J'aurais pu vous réconforter,
vous aider
comme vous m'avez aidé.
Je ne crois pas possible
de me réconforter sur ce point précis.
Qu'ai-je fait ensuite ?
Exactement ce que vous auriez fait.
J'ai examiné toutes les hypothèses, en commençant par :
quelle est la probabilité que deux parties
veuillent s'en prendre au même élève dans la même soirée ?
Elle est mince !
Très mince.
À moins de considérer qu'une partie soit subordonnée à l'autre.
Mettons que l'une des deux,
disons Artemus et Lea, ait simplement été à l'affût d'un cadavre.
Comme par magie, l'occasion se présente.
Peu importe à qui appartient le corps, il contient un cœur.
La seule chose qu'ils refusent de faire, c'est tuer.
Non, c'est l'autre partie qui est prête et disposée à tuer.
Et à tuer cet homme en particulier.
Pourquoi ?
Serait-ce pour se venger, Landor ?
Patsy ?
- À l'aide ! - Qui était avec toi ?
Il y a quelqu'un ?
Notre homme est interrompu,
non sans avoir obtenu satisfaction.
Il rentre à son cottage de Buttermilk Falls
et s'y réfugie ni vu ni connu.
Mais il a le choc d'être convoqué à West Point dès le lendemain matin
pour apprendre
qu'entretemps, le cadavre a été mutilé d'une façon absolument horrible.
C'est une formidable couverture pour son crime.
Il doit penser que Dieu est de son côté
lorsqu'il est engagé pour résoudre le meurtre qu'il a lui-même commis.
La conséquence en est qu'Artemus et Lea
seront pour toujours considérés comme des meurtriers.
Toujours, certainement pas.
Ils seront oubliés, comme chacun d'entre nous.
Moi, je ne les oublierai pas !
Surtout ma Lea.
Elle devait devenir une épouse et une mère.
Je n'oublierai pas non plus que vous nous avez pris pour des idiots.
Des idiots.
Moi le premier.
- N'est-ce pas vrai ? - Non.
Vous êtes celui à qui je comptais me livrer depuis le début.
Je l'ai su dès l'instant
où je vous ai rencontré, et nous y voilà.
Si vous voulez des excuses,
je m'exécuterai.
Je ne veux pas de vos excuses.
Je veux des réponses.
Comment saviez-vous que Fry avait violé Mattie ?
Le mouton et la vache, c'était vous ?
Évidemment.
Et Ballinger ?
Ballinger.
J'ai dû lui retirer le cœur,
faire croire à l'œuvre de satanistes.
Ce n'est pas tâche facile pour un homme de mon âge.
Comment avez-vous su que Ballinger était impliqué ?
Le journal de Fry.
Est-il passé aux aveux ?
Oui, sous la contrainte.
Non, pitié.
Qui d'autre était avec vous ?
Julius Stoddard.
Julius.
Pardon.
L'un comme l'autre…
ils se souvenaient de son prénom.
Je me suis assuré qu'il se remémore ce qu'elle portait,
le moindre détail de sa robe.
Seul Stoddard, apparemment, a échappé à votre châtiment.
Je n'ai…
ni la force ni la volonté de me mettre à sa poursuite.
J'espère seulement…
qu'il passera le restant…
de sa misérable vie sur ses gardes.
Ils ont commis
un acte barbare et abominable.
Mais vous auriez pu aller voir Thayer pour obtenir des aveux.
Je ne voulais pas qu'ils avouent.
Je voulais qu'ils meurent.
Et maintenant ?
Maintenant,
tout dépend de vous.
J'ai deux messages
qui vous enverront à la potence.
Très bien.
Vous savez, Edgar,
je regrette souvent
que ma Mattie ne soit pas tombée sur vous,
ce soir-là,
au bal.
Qui sait ?
Nous aurions pu devenir une famille.
Je chérirai…
ce que nous…
Adieu, Landor.
Repose en paix, mon trésor.
D'APRÈS LE ROMAN DE LOUIS BAYARD
Sous-titres : Sabine de Andria
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