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J'y vais maintenant.

C'est minable.

C'est mon chien.

On n'a qu'une vie. Ça fait 2 heures qu'on en parle.

Il devient aveugle et sourd. Il boit plus, mange plus.

Il se laisse mourir.

- Il a mon âge.

On te l'a offert pour pas que tu sois jaloux.

Moi, jaloux

de toi ?

18 ans, c'est pas vieux.

Pour les chiens, on compte pas pareil.

Maman, arrête avec ça. On n'a plus 4 ans et demi.

7 fois 18...

126.

Bon, j'y vais.

Ulysse !

Ulysse !

Monsieur Duval.

Voilà.

Adieu, mon chien.

Ulysse...

tu es parti trop tôt.

Notre famille ne sera plus la même.

- Tiens, maman.

Elle était dans le camion.

Je veux pas qu'il parte.

On va plus se voir. Voyons.

Mais si. Il part pas au bout du monde.

Al...

N'est-ce pas ?

Bon. Ils m'attendent.

On va y aller. À bientôt.

La maison est grande, et tu vas prendre une chambre

microscopique.

Tu viens dîner ?

Maman...

Bouge pas.

Ça me fera pas rester.

Sur les photos, si. Éternellement.

Souris.

L'autre jour, aux urgences,

un type vient et nous dit que sans faire exprès,

il s'est enfilé un truc dans l'anus, impossible de l'enlever.

Mon pote l'examine. Je lui demande ce qu'il voit.

Et là, il me dit :

"Je vois le Mont Saint-Michel sous la neige."

Quoi ?

Il avait un globe souvenir dans le cul.

Non ? Je te jure.

La radio de ce type, je vais l'encadrer.

Le souvenir de voyage... dans le cul !

À ce rythme-là, on arrive à Noël.

Oh là là...

Tiens.

Au fait.

C'est quoi ?

Des patches antitabac.

Tu le colles,

et t'as ta nicotine.

Ça marche ?

Sur les souris, oui.

Si elles clopent plus...

Ils testent des patients.

Je te sers de cobaye ?

Essaie. Tu risques rien.

Je vais te le mettre.

Il faut surtout pas fumer. Tu ferais une overdose.

Je dois plus fumer ? C'est contraignant.

Donne, donne.

Y a plus rien.

Je vous laisse.

Merci, Éric. De rien.

M. Duval.

Salut. Merci.

Bon.

Il faut descendre dire merci à papy

pour la chambre de bonne. Ça me saoule.

On est obligés ? Je veux dormir.

Moi aussi, ça me saoule.

- J'y vais.

À vous de voir.

En avant le sablier.

Oh !

- C'est pas long, une minute.

Oui. Ça fait 60 secondes.

C'est important, de regarder le temps en face.

Alors, Albert, ta chambre te plaît ?

Oui. Tu veux vraiment pas de loyer ?

Tu plaisantes ? Garde tes sous. J'ai bien acheté une maison

à ton père...

Tu m'as prêté de l'argent que je te rembourse tous les mois.

J'aurais jamais dû. J'aurais dû emprunter à la banque.

Avec ton salaire de taxi,

t'aurais rien eu. Je m'en fiche, de cet argent.

Je t'en parlerai plus. Merci.

Vous deux...

ça va, les études ?

Bien. Je rentre en 3e année, et je fais les urgences.

Oh, c'est bien. On a toujours besoin d'un médecin.

Ouais.

- Et toi, Raph ?

Je suis à la fac.

De quoi ?

Je sais plus.

T'es motivé...

Comme ton père. Ça me rappelle

le commentaire d'un prof

sur ton carnet.

"A touché le fond..." "Mais creuse encore".

Tu fumes ?

- Je vais arrêter.

- Bien sûr. C'est ça. Des paroles en l'air, oui.

Comme le jour où tu devais m'aider à la cave.

Il faut pas fumer avec le patch.

Voilà.

Ça m'emmerde, ton truc. Ça me fait tourner la tête.

Je sais ce qu'il te faudrait pour que tu arrêtes.

Un bon cancer.

Aïe !

Oui ?

Maman, je viens pas manger. Tout va bien.

Une omelette. Ça va ? Et arrête de m'appeler. Bisou.

Fleur, à table.

Les mains ?

Qui a mis ça ?

Il vient, Albert ?

Je dois vous dire quelque chose.

Aujourd'hui, j'ai perdu un enfant. De toute façon,

vous allez tous finir par partir, et je vais finir

seule à m'ennuyer.

Donc j'ai décidé de m'inscrire en fac.

De quoi ?

En fac.

Il est pas mort, ton fils.

Oui, et on est là, nous.

Vous, c'est pas pareil. Tu comprends ?

Ben, non.

Je peux prendre sa chambre ? Non !

C'est moi.

C'est moi qui la prends.

Ce sera mon bureau.

T'es chauffeur de taxi !

Pour mes vinyles.

Mais vous êtes monstrueux.

Notre famille se désagrège, et vous...

Ça me fait de l'air.

- Il va revenir.

Le dimanche,

pour déposer son linge sale.

Et pour ta cuisine.

Sa chaise restera pas longtemps vide.

Je parie qu'il rapplique ce soir.

- Moins fort, la musique.

Ouille.

Vous pouvez baisser la musique ? Merci !

C'est bon.

Ça suffit. Moi, j'ai besoin de calme.

OK.

Voilà.

Oh...

Pour quelles raisons quelqu'un comme vous

est venu se fourrer ici ? Pourquoi ?

- Je ne sais pas.

C'est comme ce gars

qui s'est jeté nu dans les cactus.

"Je lui ai demandé aussi pourquoi."

- Et alors ? - Il m'a dit...

"Que l'idée l'avait tenté."

- "Oh, la barbe."

"Je vais le conduire, votre corbillard."

Là, il y a Steve McQueen qui vient l'aider.

"Je suis jamais monté sur un corbillard."

Va te coucher, toi.

Je reste, ou je crie.

Viens là. Continue.

Vous alliez enterrer l'lndien. Ah oui.

"On arrive au cimetière. Mais faudrait pas y rester."

"Chris !"

"Oui, Harry."

Il y avait un truc là-dessous.

"Tu m'as jamais cru."

"Je savais. C'était quoi ?"

"De l'or. Une pleine brassée."

"Ah ! Ça, c'est magnifique."

Bonsoir.

Bonsoir.

Je voulais m'excuser pour tout à l'heure.

Toute cette énergie gâchée alors qu'on dépouille

la nature...

Pour de l'énergie.

Ah !

Tu es le petit-fils

de M. Duval ? Tu le connais ?

Oui. Le vieux monsieur du 4e.

Je l'aime beaucoup.

J'ai purifié sa cave des mauvaises ondes sur ses bouteilles.

Maintenant, je crois que c'est inondé.

Oh, il est... Il a un goût bizarre, ce thé.

Les feuilles ont été prémâchées par les moines.

Prémâchées ? Légèrement.

En fait, la salive provoque une fermentation.

Et c'est ça qui donne ce goût amer.

Hum...

Je dois m'y remettre. Faut pas rater les partiels.

On va se revoir souvent, alors ?

Oui.

Excuse-moi. T'as un fil qui dépasse de ta chemise.

Je peux l'enlever ?

Ça me démange.

Oui, oui.

Il s'accroche comme un arapède. Quoi ?

Un arapède.

Un coquillage. Il faut de la dynamite pour l'enlever.

Si tu peux éviter la dynamite...

Voilà.

Tu veux le garder ?

Oh...

Salut. Salut.

Quelle tenue !

On dirait que tu t'es fait attaquer par un tigre.

Ah !

Maman, c'est grunge.

Explique-nous : c'est quoi, le grunge ?

Trop compliqué.

S'habiller en clochard ?

Ça veut dire quoi ?

J'ai lu dans le dico.

T'as rien à foutre. Hé !

C'est un terme qui désigne les mycoses entre les orteils.

N'importe quoi. Charmant.

Allez.

Ton père vient dîner ce soir.

Prends du vin.

Déjà qu'on lui prête notre cave,

il pourrait en déboucher une à lui.

Il verra que tu penses à lui.

Lui, il pense à moi ? Sauf quand sa cave est inondée.

Si j'en achète une,

il va la goûter, et dire...

"Moyen."

Papa, attends. Tu peux me déposer ?

Bonne journée aussi.

Fleur ! Ton écharpe.

Et toi ? T'as rien oublié ?

Je sais pas. Quoi ? Laisse tomber.

Bonne journée.

Papa...

Tu sais, ma fille,

je ferais jamais le faux avec toi par rapport au fait que tu fumes,

mais je me dois de te dire que fumer...

Comment dire... c'est mal.

Merci, papa. Je m'en souviendrai.

Tu devrais venir dans ma classe sensibiliser les élèves.

T'as des arguments convaincants.

C'est tout ce que t'as à me dire ?

Oui. Pourquoi ?

Pour rien.

Le cœur de bœuf ressemble

étrangement au cœur humain.

Mettez vos gants, s'il vous plaît.

Alors, tu l'as fait ?

Non. Pas avant mes 16 ans.

Avec Sacha ?

Oui. Et le pote de ton frère ?

Éric ? Non. Il me regarde comme si j'étais une gamine.

T'as 16 ans quand ?

Aujourd'hui.

J'avais oublié. C'est pas grave.

T'inquiète. Tout le monde a oublié.

Joyeux anniversaire.

C'est le grand jour.

Je sais pas.

Ça fait 2 mois, et ça devient hyper chaud.

Je peux plus le faire attendre.

Il m'a invitée chez lui.

On a passé l'après-midi à se câliner

etc.

Et là, je sais pas ce qui m'a pris,

je l'ai sucé.

Pour voir.

À peine je l'ai effleuré, paf...

Oh... Oh, je suis désolé.

Ça va ?

Au fond du couloir.

Bonsoir. Hmm.

Vous devez être Fleur, c'est ça ?

Quand les chats sont pas là...

Pas bavarde ?

Hmm... Ça ne va pas ?

Vous avez perdu

votre langue.

Ça va, ma puce ?

Je te présente

mes copains de fac. Olivia, Marco.

Daphnée. Ça venait pas.

Ma fille, Fleur. Sa copine, Clara.

Des nuggets ?

On va manger dans ma chambre.

OK. Donc ma fille, Fleur.

Ta mère, elle est en fac de quoi ?

En arts plastiques. Très drôle !

C'est pathétique.

En plus, elle suit les mêmes cours que Raph.

Il doit être dégoûté.

Raph, il s'en fout. Ça l'arrange. Il peut sécher peinard.

Il faut pas qu'on tarde.

Sacha joue avec ses potes. Je peux y aller.

Tu vas y aller ?

Ben, ouais.

T'as vu son fute ?

En peau de lézard. Sexy.

Ça fait mal ?

Je sais pas.

Vous avez pas cours ?

Tu pourrais frapper avant d'entrer. Sa mère frappe.

Ah bah... La mère de Clara est merveilleuse.

Elle joue pas à avoir 20 ans.

Ne m'énerve pas.

Quoi ? T'as tes règles ?

Oui. Je suis ta mère mais pas moins femme.

Vivement la ménopause.

Ça sent quoi ?

Fleur...

C'est quoi ?

S'il te plaît.

Où t'as eu ça ? - C'est moi.

C'est ma faute.

Ta mère te laisse fumer de la drogue.

C'est pas de la drogue.

T'expliqueras ça à papa.

Et mon joint ? Confisqué.

C'est abusé !

Je joue pas avec des bons musicos.

Sympa pour eux. Tu verras quand je serai produit.

Tes parents vont pas débarquer ? T'inquiète.

T'aimes les Doors ?

Mon père a leurs albums.

Sérieux ?

Mon père, c'est Moustaki.

Ton pantalon, c'est en hommage au roi lézard ?

Ouais. C'est du gecko

à queue feuillue.

Ça s'appelle le taha-fisaka, "démon".

Jim Morrison avait tout pigé. Pour ça qu'il s'est foutu en l'air.

Je vais le prier au Père-Lachaise.

Tu m'emmèneras ? Euh...

Non.

Le recueillement,

c'est introspectif.

Vous faites quoi ?

On fume, on vide des bières,

on pisse sur les autres tombes. Super introspectif.

Il est mort

le 3 juillet 71.

Moi, je suis né

le 3 avril 72.

9 mois après sa mort.

Je suis sa réincarnation.

T'as 21 ans, et t'es encore en terminale ?

Mon frère était en 4e année de médecine.

Je m'en fous. Tu viens ?

Salut, c'est Sacha. Laisse un message.

Salut, Sacha. C'est Fleur. Euh...

Je voulais te dire que j'ai oublié mon écharpe chez toi,

et c'est ma mère qui me l'a tricotée, donc...

si je la récupère pas, elle va me tuer. Euh...

Voilà. Tu me rappelles ?

Personne touche au téléphone. J'attends un coup de fil.

Salut, c'est Sacha. Laisse-moi un message.

Salut, Sacha. C'est encore Fleur.

Je veux pas te mettre la pression, mais...

Tu me lâches, avec ton écharpe ? T'as quel âge ?

Maintenant tu m'oublies, OK ? Ciao.

Je suis Richard Jouir et voici Sandrine Trop Forte.

Nous animons le fan club

de Richard Gere et Cindy Crawford.

Fleur, à table.

Et Raph ?

Ça va le faire venir. Comme d'habitude.

Ma petite Fleur, quand arrêteras-tu de grandir ?

Pas aujourd'hui.

Tes mains ?

Ta cave a une excellente

inertie thermique.

15 degrés.

J'avais 13. Ce qui veut dire ?

- Mes bouteilles vieilliront mieux.

Et si je m'installe

dans ta cave ?

Pas terrible.

Tu t'ennuierais. Je serais tranquille.

- Je garde

la clé.

De ma cave ? Je préfère.

Tes fils pourraient prendre des cuites avec mes pétrus.

Et je suis chez moi, ici.

Je suis encore propriétaire de la moitié.

- Sans lui,

on dînerait au fond d'une caravane.

- Salut.

Salut. Salut.

Tiens, m'man.

Pose-le là-bas.

- Y a pas une laverie

en bas de chez toi ? Si. C'est pas pareil.

Question d'odeur.

Pour la cave de papy, tu devais pas m'aider ?

J'ai eu un empêchement. La neige.

C'est la neige ? Ouais, ouais.

Je me suis tout farci.

Bon, ça suffit.

- Oh !

Lafitte Rothschild 87.

T'as cassé ta tirelire pour ton père.

Moyen.

Et voilà.

Très bon.

T'y connais rien.

- Il a un côté...

épluchures de crayon-papier.

Tu t'intéresses

au vin ?

Oui, pourquoi ? Tu m'apprendrais ?

Je suis pas pédagogue.

J'ai essayé avec ton père. Il croyait que le rosé,

c'était du rouge et du blanc.

C'est dégueulasse, de dire ça.

T'as jamais essayé

de m'apprendre quoi que ce soit.

À la mort de maman, t'as vendu le domaine sans me demander

si ça m'intéressait.

Pourquoi me le transmettre ? Je valais la peine de rien.

C'est faux.

C'est faux ? Je suis ton fils unique.

Y a pas une photo de moi chez toi !

Tout le monde en a.

Sauf toi.

Tous les samedis, à la cave,

tu choisiras une de mes bouteilles.

Puis tu viendras à la maison. Si tu viens pas un samedi

on arrête tout. Compris ? Oui.

Je peux ?

T'es trop jeune.

Arrête de dire que je suis trop jeune ! J'ai 16 ans !

Aujourd'hui. Oui, c'est mon anniversaire.

Vous faites chier !

C'est pas à moi d'y penser !

Si. Je suis pas votre secrétaire !

C'est une manie, de sortir de table.

Ouvre, Fleur.

Laisse-moi tranquille.

Fleur...

Y a une fête chez Éric, on t'emmène.

Ça te dit ? Papa est OK. T'as la permission.

Fleur...

Qu'est-ce qui t'arrive ?

On prend mon écharpe, et on se casse.

T'inquiète.

C'est lui ?

Arrête.

C'est quoi ?

T'es qui, toi ?

T'es Sacha ?

Barre-toi de chez moi.

S'il te plaît.

Aujourd'hui, t'as fait pleurer ma sœur.

À partir de maintenant, tu penses plus à elle.

Penser à elle, c'est penser à moi.

Si c'est le cas, je te démonte.

T'as compris ?

Bouh !

Grand nain.

T'as pas Abba ? Non, j'ai pas.

"Barananama ?" Non, j'ai pas.

T'as pas Eagles ?

Ta gueule.

Deneb Alpha quoi ?

Deneb Alpha Centauri.

Une étoile à 1 600 années-lumière de la Terre.

T'as froid ?

Il est en train de draguer Fleur !

Laisse-la vivre un peu.

Il a une heure de retard !

Déstresse.

Si on nous observe depuis Deneb Alpha,

alors il nous verra toi et moi. Dans cette cour.

Vas-y, ou je vais m'énerver.

Mais t'es lourd !

- Ben alors !

T'avais dit minuit, il est plus d'1 h.

Je suis pas une gamine.

T'arrêtes. Ta gueule.

Tu vas te calmer.

C'est toi qui déconnes.

Je te rappelle que je suis ton père.

Lâche-moi, petit con.

Hé ho ! Espèce de raté, va !

Tu vois, papa :

c'est ça, être grunge.

Vendredi 3 décembre 93.

Le 1er jour du reste de ma vie.

Vous êtes chez Raph. Je suis pas là.

- C'est maman.

C'est le mariage de ton frère, aujourd'hui. Sois à l'heure. Merci.

J'ai pas pris de bouteille, aujourd'hui.

Entre. J'ai fait des tripes.

Réserve très personnelle.

Je t'écoute.

Robe pourpre... reflets orangés.

1er nez.

Fruits confiturés.

À l'aération, les notes deviennent plus...

Comment dire ? Plus végétales.

Typique du Saint-émilion, non ?

En 2e bouche, on retrouve ces fruits bien mûrs, accueillants.

Des notes d'épices, aussi : poivre, piment doux.

Et de terre mouillée.

Eh oui. Ce vin, je l'ai bu tous les jours

pendant plus d'un an. Ton père

te l'a jamais dit ?

Non. J'ai fait un peu de résistance.

Pas grand-chose, mais assez pour être arrêté par la Gestapo.

Je me suis enfui dans le Bordelais

où une famille de viticulteurs m'a caché.

Je suis resté dans leur cave jusqu'à la Libération.

La cave où ils ont stocké ce vin ?

Château Sainte-Claudine.

Du prénom de leur fille.

Ta grand-mère.

J'ai jamais osé ouvrir une de ces bouteilles.

Même les meilleures odeurs sont douloureuses.

C'est si douloureux de se souvenir d'elle ?

Tu sais...

Tout ici me rappelle ta grand-mère. Tout.

Ces bibelots, ces meubles.

Ce fauteuil, son préféré. Je la vois encore

s'installer dedans. Croiser ses jambes.

Me sourire.

Cet appartement, c'est comme une machine à voyager dans le temps.

Un peu.

Fleur, viens voir. Viens, ma chérie.

Je te demande de m'aider, tu fais n'importe quoi.

T'as mis tante Anna à côté de cousin Jean.

Et alors ?

Ils se parlent plus depuis 25 ans.

C'est l'occasion.

Non. On ne les met pas ensemble.

AC/DC. Angus Young, c'est le plus grand

quand il fait ses solos...

Angus Young ! Il connaît 3 accords.

Il a piqué son "duck-walk" à Chuck Berry.

Hendrix alors. "Voodoo Child."

C'est mieux, mais pas le plus grand solo.

C'est Pink Floyd, Van Halen ?

Allez. Je sais pas.

Led Zep, Black Sabbath... Pas Bon Jovi ?

Lynyrd Skynyrd, Freebird, Allan Collins.

Ça, c'est du solo qui dépote. 5 min de folie.

T'as plus qu'à serrer les dents.

C'est le 3e mec déguisé en Angus Young que je croise.

Angus Young ! Le mec, il connaît 3 accords.

"Duck-walk" l'a rendu célèbre

mais même ça, il l'a volé à Chuck Berry.

Tu joues de la guitare ? Vraiment ?

Non, c'est l'étui de ma guitare invisible.

Je plaisante.

Je donne des cours.

Tu joues aussi ? Un peu.

Tu me donnerais des cours ?

C'est quoi, ce plan drague ?

C'est pas un plan drague.

Dommage.

Laisse-moi deviner... Tu dois être du style romantique.

Du genre à être encore amoureux

de la plus belle fille de ton école.

Hmm... Sarah Chevalier.

J'ai fait une croix sur elle. J'en étais sûre.

T'es du style à tomber amoureux d'une fille

à qui t'oserais jamais parler.

Non. Je te parle, là.

Baby Stardust,

en piste dans 5 min.

Baby Stardust ! Quoi ?

Moi, je passe quand ? Ton nom ?

Bah... Magic Fingers.

Magic Fingers. Juste après.

Allez, on y va.

Bon. Ben, à tout à l'heure, Magic Fingers.

Ça va être à moi. Ah !

Très bien. T'es prêt ?

Montre-moi comment tu tiens ta guitare invisible.

Éloigne un peu ta main. C'est pas une Fender stratocaster.

Tu peux la tenir légèrement de travers, à la Frank Zappa.

Aie le visage expressif.

Hendrix, par exemple, il faisait des grimaces dans les aigus.

Comme ça.

Oui, oui.

Oui. C'est ça. Voilà, voilà.

Comme ça aussi.

Il faisait...

Voilà, comme ça.

Comme si ses doigts

touchaient des piranhas.

Nouveau morceau de rock.

- C'est comme si tu tenais vraiment la guitare.

Je sentais les vibrations des cordes, c'était fabuleux.

Dis donc...

tu remettras le manteau léopard de ta mère à sa place.

Si elle l'apprend,

ça va couiner.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Cette fille,

elle a filé sans dire au revoir.

C'est mal parti, non ?

Quand j'ai rencontré ta mère,

c'était pas très bien parti non plus.

Pourtant...

C'est quoi ?

Bah... Elle m'a laissé son numéro.

Pas si mal parti que ça.

Oh merde ! Merde !

Arrête, arrête. Oui.

Merde !

Où t'es ?

On ne le trouvera plus.

Coucou. Laissez-moi un message.

Bonjour, Moïra. C'est Raphaël Duval.

On s'est rencontrés il y a 6 ou 7 ans

à un concours de guitare.

Un concours de guitare sans guitare.

Ben voilà, je viens de retrouver ton numéro.

Et euh... Écoute, si tu veux me rappeler :

01 43 54 92 17.

Raphaël Duval.

Oh... Enfin... Magic Fingers.

Oui.

Déjà !

T'es gonflé.

Il a pas dit "oui".

Si justement. À l'instant.

M. le maire.

Ça m'embête de vous demander ça,

mais pourrait-on revenir en arrière ?

Quand mon frère dit "oui" ou "non".

Ça m'arrange.

Parce que je peux mieux faire.

Bon.

Nous allons reprendre

l'échange de consentements.

T'as vu ton grand-père ?

On a déjeuné ensemble, oui.

Il t'a dit qu'il serait là ? Oui.

Qu'est-ce qu'il fout, encore ?

Tu veux que j'aille voir ?

- Oui.

Acclamations.

Je vous déclare unis par les liens du mariage.

Papa, c'est moi.

Viens, s'il te plaît.

Vous n'avez pas annulé ?

S'il te plaît,

c'est déjà compliqué.

On peut pas tout annuler.

Je suis très peinée,

mais je pense que votre père...

Ne pense pas à sa place.

Vous avez le cœur à faire la fête ?

C'est leur mariage. À eux de décider.

C'est terrible, il est mort,

mais c'est le mariage de ton fils.

Pense à lui.

Tu t'en fous ?

Grand-père est mort.

On se calme. D'accord.

On pleurera demain. Mais je te trouve très égoïste.

C'est ça.

Tu me connais même pas.

Tu m'as jamais regardé.

Jamais un encouragement, un compliment.

Je te vois, là. Je te reconnais pas.

T'es comme ton père, incapable de me voir.

Mon père ne me trouvait pas à la hauteur.

Moi non plus, je ne serai jamais à la hauteur.

J'ai fait la connerie

de te placer trop haut.

Tu veux qu'on casse tout. Cassons tout.

Albert, arrête.

Vous avez un message.

Aujourd'hui à 16 h 12.

- Bonjour, vous m'avez laissé un message,

mais c'est une erreur. Il n'y a pas de Moïra à ce numéro.

- Allô ?

Bonjour, monsieur. Je voudrais parler à Antoine.

Antoine, il dort. Il est 4 h du matin...

Qu'est-ce que vous lui voulez ?

Je suis la maman de Fleur, une amie...

Quoi encore ?

Désolée de vous avoir réveillé,

mais on ne raccroche pas

au nez des gens.

T'as vu l'heure ?

Viens te coucher. Appelons la police.

Le FBI, aussi.

Pour dire que ta fille de 20 ans a découché ?

Elle est majeure. Laisse-la vivre.

2 jours sans nouvelles.

C'est pas la 1re fois.

Tant qu'elle habite ici, le minimum, c'est de nous prévenir.

Ça, c'est...

Hier encore, c'était un petit bébé.

- Il y a des gens

qui essaient de dormir.

Allez.

Viens te coucher. J'arrive.

- Vendredi 2 décembre 88.

J'ai reçu ce journal pour mon anniversaire.

J'avais aimé Le Journal d'Anne Frank.

Elle avait mon âge. Espérons que ma vie soit moins tragique.

Samedi 4 février 89. Aucun garçon ne m'a fait danser à la boum.

Je me trouve petite et moche. On m'appelle "le microbe".

Mes parents, "ma puce". C'est lequel, le plus petit ?

19 août 90.

Ça y est, Mathieu m'a embrassée.

Je sais pas si j'ai bien tourné ma langue.

3 décembre 93. Le 1er jour du reste de ma vie.

J'aurais préféré que ce soit avec Éric plutôt que Sacha.

Éric, je l'ai toujours aimé.

Vendredi 25 mars 94.

Éric ne répond plus à mes appels.

C'est fini, je le sens. Il en a une autre.

Je tomberai plus amoureuse.

Plus jamais !.

Dimanche 5 avril 94.

Kurt Cobain est mort. Son arme dans la bouche.

Le doigt sur la gâchette.

"I don't have a gun", qu'il chantait.

Jeudi 30 janvier 95.

J'ai couché avec un inconnu.

On s'est pas dit un mot, pas même échangé nos numéros.

C'est peut-être la solution pour pas souffrir.

Ne jamais se revoir.

Vendredi 23 février 96.

Clara m'a accompagnée à la clinique. C'était rapide.

J'ai juste eu le temps de me demander :

"Où ils le mettent, le fœtus ?"

À la poubelle ?

Dimanche 27 avril 97.

Un an qu'Al ne vient plus, depuis son mariage apocalyptique.

Il me manque. Il a peut-être raison.

La famille est une machine à broyer les sentiments.

Merde !

Mardi 10 février 98.

Maman me fait de plus en plus chier. J'étouffe ici.

Elle est tellement pénible. Elle est mal baisée, ou quoi ?

Depuis combien de temps papa l'a pas touchée ?

Tu faisais quoi ? Où t'étais ?

Tu pourrais prévenir.

Touche plus à mes affaires. Ne rentre plus dans ma chambre.

Fleur...

Fallait prendre à gauche.

Est-ce que tu me désires toujours ?

Oui. Pourquoi ?

On fait plus l'amour.

Ben si. Non ?

Mon corps te dégoûte ?

Bien sûr que non.

Quelle idée ! Qu'est-ce qui te prend ?

Je suis vieille et moche.

Et t'as plus envie de moi.

Mal baisée. Je me sens mal baisée.

Je descends là. Je prends un taxi.

Ben, tu es dans un taxi.

Mais reste là.

C'est ta 1re fois ?

4e.

Ah ouais ! Respect.

Les 2 premières, je méritais pas le permis.

La 3e fois, c'était pas ma faute.

Un écureuil débarque sous mes roues, je pile d'un coup sec.

Vous auriez fait quoi ?

Un petit écureuil. Petit. Tout petit.

Tout petit ?

Freiner comme ça pouvait provoquer un carambolage.

En fait, il fallait l'écraser, l'écureuil.

C'est dégueulasse, hein ?

Oui, c'est dégueulasse.

Fume ça, ça va te déstresser.

Vous me trouvez stressée ?

Fume.

Elle déchire ?

Grave.

J'ai une question.

Pas de langue de bois,

on se reverra pas, sois franc.

Oui.

Tu me trouves comment, physiquement ?

Franchement ?

Oui.

Franchement, vu ton âge, je trouve que t'es...

super bonne.

Mais... Tu me donnes quel âge ?

55.

Ou 54. 54.

53.

Pauvre con.

Pourquoi ?

Madame Duval.

Vous pouvez revenir au départ.

Parfait. Parcours sans faute.

Félicitations.

Merci.

Vous l'aviez pas vu ?

Rocky... Le chien gémit.

Rocky... Ah !'.

Ne vous en faites pas. Il va s'en sortir.

C'est pas votre faute.

Rocky a toujours été foufou.

Je lui avais appris à traverser dans les clous.

Mais il est si jeune. 10 ans. Un bébé.

Non, parce que pour les chiens, on compte pas pareil.

Euh... Il faut multiplier par 7.

Donc Rocky avait... "A."

"A".

Rocky a... 10 fois 7 : 70 ans.

70 ans. Plus tout jeune.

Ah non.

J'ai 70 ans.

Je dois y aller.

Tenez, voici mon numéro.

Vous me tenez au courant,

pour le chien.

Au revoir.

Mais vous faites jeune.

C'est quoi, votre élixir de jouvence ?

L'amour.

Non. La chirurgie esthétique. J'ai tout refait.

Là, là, là.

Là. Quand j'ai montré mes seins

à mon mari, il s'est jeté dessus.

Ah ah... C'est bien, hein ?

Les hommes voudraient

qu'on ne vieillisse pas.

- Non. Je te l'ai déjà dit.

Non, oui... je sais...

On va pas encore s'engueuler.

Oui ?

Non, non, mais...

Pff... Hmm.

Hmm.

Mais maman...

On se voit ce soir. Je te rappelle.

Maman. Arrête, s'il te plaît.

Vas-y, dis-moi.

Comment exciter son mari avec ça ?

Opère-moi, je t'en prie.

Rhabille-toi.

Ça te gêne ?

La dernière fois que j'ai vu tes seins, tu me nourrissais.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Je vieillis.

Moi aussi. Comme tout le monde.

Tout va de travers.

Fleur dit que je suis une mal baisée.

En effet. Ton père me touche plus.

Et Raph, il est en telle régression

que bientôt, il va falloir lui donner le biberon.

J'aimerais que ce soit différent.

Que tout redevienne comme avant.

Quand ton père m'aimait, et que j'étais tout pour vous.

C'est à chaque fois la même chose.

Ici, les gens pensent trouver la machine à remonter le temps.

Mais rien ne redevient comme avant.

Et pour mes rides ?

Maman !

Tu peux pas continuer comme ça.

On dirait...

un fantôme.

Tu veux pas hanter une autre maison ?

On n'a pas peur.

Bouh... T'as envoyé tes CV ?

Demain. Tu connais

le mot "procrastination" ?

"Procra..." quoi ?

Procrastination : tendance pathologique à tout remettre

au lendemain.

Tu peux pas continuer comme ça.

Un jour tu auras tant à faire que le reste de ta vie n'y suffira pas.

Voilà. Je viens de me faire bouffer par un loup.

Merci, maman.

Reviens.

J'ai un petit service à te demander.

Bonsoir.

Bonsoir.

Ah.

Ah. C'est pas un peu hors la loi ?

On va pas se formaliser pour un chien de 70 ans.

C'est gentil, mais je préfère pas.

Je me vois pas conduire.

Je vais prendre une coupe.

Vous venez ?

Quand Monica Lewinski déballe son linge sale,

la Maison Blanche devient blême. Sur sa robe, on aurait décelé

une tache de sperme appartenant au président Clinton,

selon les confidences de Monica, enregistrées

à son insu par une amie.

"Cette robe, je ne la laverai jamais."

L'objet du délit a été remis au procureur Kenneth Star.

Il est entre les mains du FBI.

Hillary Clinton n'a fait aucun commentaire.

J'étais inquiet. J'allais appeler la police.

Où tu étais ?

Envie de prendre l'air.

C'est pour toi.

Elles sont belles.

T'as dîné ?

Je me suis gavé de ça.

C'est bon.

Ce sont des graines de courge. Ça se mange grillé.

J'espère que ça va pas me germer dans l'estomac.

Après tout, ça ressortira par le cul.

Ils rient.

Excuse-moi, pour ce matin.

C'est rien.

Ton permis, c'est bon ?

Pas d'écureuil ? Pas d'écureuil.

C'est quoi, ça ?

T'as fouillé.

Écoute... Je te le pardonnerai pas.

J'étais inquiète... Je te déteste.

Parle autrement. Lâche-moi.

Je me barre.

Vous me verrez plus.

Fleur !

Elle me gonfle.

Fleur, où tu vas ? Attends. Fleur !

Où tu vas ? Reviens.

Fleur !

Maman !

Klaxon bloqué.

Maman !

Aidez-moi !

Aidez-moi ! Appelez les secours !

Ah !

Cloche.

Papa, je suis à la bourre...

Elle rit.

Salut.

T'es pas à la bourre ?

Pas grave.

Y a cours toute la journée.

Je peux pas te déposer à la fac.

Je vais chez le médecin.

Ah bon. Qu'est-ce que t'as ?

Mal au dos.

Ce matin,

t'étais en forme.

Son dos, c'est les 30 ans de taxi derrière lui.

- Et la retraite ?

Tu vas le lâcher quand, ton taxi ? T'as assez travaillé.

Profite de la vie.

Je vais arrêter bientôt.

Entrez, monsieur.

Asseyez-vous.

Monsieur Duval ?

Robert Duval.

Comme l'acteur ?

Ah oui.

Kilgore dans Apocalypse Now.

Moi, c'est avec un seul L.

Il imite l'hélicoptère.

Il imite La Chevauchée des walkyries.

"Je vous dis

"que c'est sans danger, de surfer sur cette plage.

"Soldat, vous préférez vous battre ou surfer ?"

Euh...

"Tu sens ça ? Tu sens ça ?"

Il renifle.

"Rien dans le monde n'a pareille odeur : le napalm."

Et Tom Hagen

dans Le Parrain... Docteur,

j'aime beaucoup Robert Duvall aussi.

Mais pour en revenir à moi,

mon médecin, le docteur Lehmann,

m'a conseillé de vous consulter sans tarder.

C'était pressé. C'est pas bon signe. Hein, docteur ?

Un professeur comme vous, c'est jamais bon signe.

On va voir ça, monsieur Duval.

- Bonjour. 23, rue de l'Oratoire.

Je vais pas tarder.

Après, c'est bon. Où tu veux.

Tu rigoles ? Après la nuit qu'on a passée.

C'est le 1er ?

Oui. Et vous, vous avez des enfants ?

J'en ai 3. Ils sont bien grands déjà.

Regarde, il conduit.

C'est super. On ira plus vite.

T'as vu ?

Merci. Au revoir, monsieur. Au revoir, madame.

Bonjour. Rue Évariste Galois, s'il vous plaît.

Vous savez qui c'était ?

Euh... "Qui c'était" qui ?

Évariste Galois. C'était un mathématicien.

La fonction arithmétique.

Exactement.

Mort à 20 ans dans un duel.

La veille, il avait rédigé

des théories qui ont marqué l'histoire des maths.

Oui, oui.

Il aurait mieux fait de dormir, il aurait gagné son duel,

et il aurait eu la vie

pour les écrire.

Peut-être.

Vous savez où c'est ? Ne vous inquiétez pas.

Vous vous trompez jamais ?

De suivre un mauvais chemin ?

Vous êtes paumé, seul sur la route.

À espérer qu'un taxi passe.

On s'entend pas. On s'entend plus.

En fait...

on s'est jamais entendus. Comment je l'ai rencontrée ?

Je faisais trop de bruit, ça la dérangeait.

Ça a pas changé. Plus mon métier à la con.

Devine ce qu'on m'a demandé.

Une folle voulait que je refasse le nez de son bouledogue.

Un nez à la Nicole Kidman.

Quelle conne ! Ah...

En fait, je fais tout à l'envers.

Alors remets

tout à l'endroit.

- Voilà, messieurs.

Loupiac-gaudiet 98.

Merci, jeune homme.

C'est parfait.

(C'est un château-yquem 79.)

Fais gaffe. On n'a qu'une vie.

Ouah !

À 15 ans, j'étais amoureux de Delphine Martin.

Un jour, je lui ai envoyé des poils.

"Des poils" ?

Oui, des poils.

Pubiens ?

Voilà. Par la poste.

J'étais nul en lettres d'amour.

Donc des poils pubiens.

Bah...

Ça devait m'exciter de penser qu'elle les avait touchés

ou qu'en ouvrant l'enveloppe,

un poil était tombé

dans son lit.

C'est pas fini.

Delphine, traumatisée par cette lettre,

avait dit que si le mec recommençait,

elle en parlerait à son père, flic.

Alors, moi...

Je l'ai mise sur une fausse piste. Après le cours de gym,

pendant que tout le monde était à la douche, j'ai pris

des poils du slip de Mathias Moreau, la tête de Turc.

Et je les ai envoyés à Delphine Martin. Il a été viré.

Comment ils ont su ?

Il était roux. Mais roux ! Le seul rouquin

du bahut.

À cause de toi, il a peut-être raté sa scolarité.

- Oui.

Il est devenu délinquant. Ou toxico.

Transsexuel.

- Communiste.

Forain.

Ouais.

Mathias Moreau.

Oui ?

Robert Duval. Tu te souviens de moi ?

Le lycée Chateaubriand. Robert Duval. Bobby.

Robert Duval ?

Il va le défoncer.

Je vois pas.

On était ensemble, l'année de l'affaire des poils pubiens.

L'affaire des poils. Oui.

Robert Duval.

Oui.

Je me souviens de toi, maintenant. Mais oui. Bobby.

Ah ouais.

Ça alors... Qu'est-ce que tu fais là ?

Je voulais te parler.

Attends...

Mais alors, tu connais ma femme.

Delphine ?

Delphine !

Delphine Martin. Je l'ai reconnue tout de suite.

On était tous amoureux d'elle.

C'est Mathias Moreau qui l'a eue ! Je le crois pas.

Après la lettre des poils, elle était folle de lui.

Non ? Si.

35 ans de mariage et 4 enfants.

Les enfants sont au courant de l'histoire ?

Attendez-moi.

Tu vas où ?

Papa ?

Qu'est-ce qu'il fout ?

Putain, mes Berlutti !

Ouah !

Une bouteille de mon année de naissance.

C'est vieux. Ça va être du vinaigre.

Oh là là...

La forme, Albert.

Hou là ! C'est une bombe, ça.

Ah oui.

Pas mal.

Haut-Brion 1945.

Pas mal.

Ouais.

- Tu viens de boire cul sec

un des 10 meilleurs vins au monde. Quelle classe !

Très original.

- Quand même.

Papa. Tiens, au fait.

Merci.

C'est un petit truc.

- C'est joli.

C'est quoi ?

Un petit anorak.

C'est pour ton dos quand tu conduis.

C'est hyper efficace.

- Ça suffit !

- C'est vrai.

J'en veux un.

Aux USA, tous les taxis ont ça.

Alors, dans ce cas,

merci, ma fille.

Je vais chercher un appart.

Vous aurez la maison à vous. Bon, on en reparlera.

Ça peut attendre demain ?

Je te proposerais bien une colocation, mais Éric squatte.

Comment il va, lui ? Ça fait une éternité.

Pas très bien.

Il s'est fait jeter par Caroline.

Il voulait un enfant,

elle a préféré un amant.

Et vous, les enfants ?

- Oh non.

Faudrait y penser.

Personne t'a dit ?

Quoi ?

On a décidé de sauter

une génération.

Ne plaisantez pas. C'est important, une famille.

Vous regarder grandir, c'est le plus beau spectacle de ma vie.

Avoir des enfants,

c'est une chance merveilleuse.

J'ai trop bu. Qu'est-ce que tu fabriques ?

J'essaie mon cadeau.

Ça peut attendre. Tu viens ?

Gamin, j'allais souvent jouer avec mes copains

dans une forêt à côté de chez mes grands-parents.

Il y avait un fossé énorme,

on voulait tous sauter par-dessus. "T'es pas cap", on disait.

Et personne n'a jamais osé sauter par-dessus le fossé de la mort.

Tu sais, quand on est môme,

on dit "le saut de la mort",

"le ravin, le plongeon de la mort".

Pourquoi tu me racontes ça ?

Aujourd'hui, je suis retourné voir le fossé de la mort,

pour le franchir.

Tu sais quoi ?

Une fois devant,

c'était le même fossé.

Aussi profond, aussi impressionnant.

J'ai toujours pas osé

le sauter.

J'ai pas été cap.

J'ai arrêté

de fumer.

Oui, bien sûr.

Non, non. Pour de bon.

Je t'aime.

Il faut que je te parle, mon amour.

Maman ?

Oui.

Oui. OK.

D'accord.

Téléphone.

Vous êtes chez Éric et Fleur, laissez un message.

- Chérie, c'est maman. Rappelle-moi, s'il te plaît.

Maman ?

Oui, oui.

Oui.

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