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Original subtitles

Totò, Peppino et... la "mauvaise fille"

Une menteuse m'a quitté...

Tu baisses toujours la tête !

Je t'ai fait mal ?

Surveille ta santé !

La santé, la santé...

La voilà : ferme de Mezzacapa ("Demi-tête").

Même son nom est repoussant !

Je ne l'aime pas non plus, mais pourquoi doit-on le détester ?

Tu ne comprends jamais rien. Mezzacapa est notre voisin, vu ?

Son terrain touche le nôtre, vu ? Donc déteste-le.

Tous les voisins sont laids et détestables.

Regarde s'il est à la fenêtre.

Non.

Fais vite.

Qui c'était ? - Devine...

Toujours les mêmes : les frères Caponi. Si je les attrape...

Il t'a entendu !

"Chez les frères Caponi & leur neveu"

Bonjour, Peppino. Bonjour, Totò.

Si tu mets tes pieds sous les roues, aussi !

Tu n'es pas venu hier, je t'attendais.

Je n'ai pas pu, ma femme était malade.

Il faut être ponctuel, ou je change de métayer.

Tu me dois donc 60 000, plus 40 000 pour l'affaire d'avant.

Ça fait 100 000 tout rond, poids net.

Poids net : là, il manque 10 000.

- Désolé, ils étaient dans l'autre poche. - Je m'en doutais.

Maintenant, excusez-moi, mais vous me devez 12 000 lires...

que j'ai avancées au vétérinaire pour l'accouchement de la vache.

La vache est morte et les deux veaux avec. J'ai... j'ai tout dit !

- Mes 12 000, Peppino ! - Il a tout dit, tu peux les oublier.

- Comment ça, les oublier ? - Dis, tu me dois quoi à moi ?

Je t'ai déjà payé en avance, quoi encore ?

Oui, pour l'année en cours. Avance-moi les autres.

Antonio, je t'ai déjà payé les années 56, 57 et 58 !

- Mais pas la 59. - Ça suffit, maintenant !

Bonjour, Don Antonio. Vous avez mon cadeau ?

Bien sûr, tournez-vous.

Fermez les yeux.

Ouvrez les yeux.

- Comme c'est beau, merci ! - Tu aimes ? Avec plaisir.

À plus tard, hein ? Salut !

- Ça fait 27 000 lires. - Oui, 27 000... Plus...

Plus... plus... Donne.

- J'allais te les compter ! - Je les compte moi-même.

N'oublie pas les bottes de foin pour la semaine prochaine...

Donc on est quitte.

Madame ?

Ah, te voilà ! Je t'attends depuis deux heures !

Et sans le linge je ne peux pas fermer la valise.

- Qu'est-ce que tu regardes ? - Rien, je vous cherchais.

Je sais bien qui tu cherchais !

Mais mon fils, M. Gianni, tu dois l'oublier.

Toi et toutes les filles de la région, vu ?

Madame, je suis une fille sérieuse !

Peut-être...

... mais tu repasses très mal !

Regarde ça... c'est repassé ?

Bien repassé ?

Ma fille...

C'est avec ce manteau que mon fils doit passer ses examens

devant les plus grands scientifiques du monde !

Bien, je m'en occupe moi-même.

Monte-moi tout ça, qu'il est tard.

Gianni doit partir pour Naples. Allez, allez !

Et où sont mes frères ?

Ils vont lui faire rater son train !

- Ils sont dehors. - Et que font-ils ?

On dirait la Banque Nationale. Tu comptes, tu comptes... pour quoi ?

Andouille. Dépense ton argent, amuse-toi !

La vie est courte, la mort guette ! Fais comme moi !

Pas si l'on veut venir vieux...

- Et alors ? - J'ai tout dit, j'ai dit.

- Pardon. - D'ailleurs...

Tu me dois 40 000 lires.

Pour le bidon d'huile du mois dernier.

- Le bidon ! Quel bidon ? - Moi je m'en souviens.

Allez, dépêche-toi.

T'es pressé ? Je croyais que tu voulais venir vieux ?

Mais je peux aussi mourir tout de suite. Dépêche-toi.

Dépêche-toi... facile à dire. Ça dépend de toi.

Comment ça ? - Je veux dire...

Ces billets, que tu gardes dans tes poches...

- Je les mets de côté. - À l'endroit habituel...

Je les mets de côté.

Quand on a une bonne cachette, on la change pas.

Tu les mets à l'endroit habituel. - Je les mets de côté.

Je te dis ça en tant qu'ami. Et en tant que frère.

Et je te dis de partir, allez !

Tu les mets là-bas, hein ?

Je les mets de côté.

Va-t-en !

Tu ne changes pas d'endroit, hein ?

Allez !

Avare de plouc !

Cher frère...

Voici tes 40 000 lires.

Ah, parfait.

Il en manque un.

- Comment ça ? - Il en manque un. Regarde.

- Un moment d'égarement. - Ça arrive.

- Je ne te dois plus rien. - On est quitte.

L'affaire... est conclue.

Maintenant, j'aurais une faveur. Une nouvelle affaire s'impose.

Tu dois me prêter 80 000 lires.

80 000, non.

Je peux te prêter ces 40 000 lires.

Les voici.

L'égarement... - Ça arrive.

Donc tu me dois toujours 40 000, vu ?

Pourquoi ?

Je viens de te les donner, non ?

Je t'ai donné 40 000 lires. L'affaire est conclue.

Puis je t'en demande 80, mais tu ne m'en donnes que 40.

Combien de milliers manque-t-il pour arriver à 80 ? - 40.

Donc tu me dois 40 000 lires.

C'est clair, non ? Les maths ne mentent pas.

Tu ne sais même pas compter. Tu es un ignare !

Je me demande à quoi sert tout cet argent. Tu en dépenses des tonnes !

Je ne suis pas comme toi. Je suis un homme qui vit et qui sait vivre !

Des habits modestes,

quelques filles, du bon temps, des cadeaux, un collier...

Ces hyènes... il appelle ça des filles.

Un jour tu finiras comme ça, je te le dis.

- Ça veut dire quoi : "comme ça" ? - J'ai tout dit.

De quoi ? Qu'est-ce que tu dis ?

Tu vois, par exemple, espèce d'avare :

sur ces maigres 40 000 que tu m'as difficilement données,

20 000 iront à notre neuveu. - Mauvaise idée.

Il est jeune et tu le gâtes. - Je le gâte ?

Moi, je ne lui offre que des bonnes choses.

Un morceau de caciotta, et il est content.

Et tu le vois à Naples, en ville,

aller au théâtre avec une fille, et payer deux places

avec une tranche de caciotta sortie du porte-feuille ?

Oh, les voilà ! Ils sont là.

Antonio ! Peppino !

Gianni est prêt ! Vite, le train n'attendra pas !

- Il est encore tôt. - Tôt ? Quelle heure est-il ?

L'heure ? Oui, tout de suite.

La mienne retarde.

- La mienne avance. - Tu as quelle heure ?

- 17h15 - Et moi 16h45.

- On fait moitié-moitié ? - Alors il est 17h.

On a encore une heure.

Mon fils, n'oublie pas : étudie bien.

Honore la mémoire de ton père.

Il aurait tant voulu te voir devenir un grand docteur !

Ne t'inquiète pas, maman. Tout ira bien.

- Bon voyage, docteur. - Je ne suis pas encore docteur...

Tu le seras, tu le seras.

Avec ton... J'ai tout dit.

- De quoi ? - Je le sais.

Au revoir, Mariangela.

J'ai falli oublier le vin. Antonio, la valise.

- Je la prends. - Non, toi tu étudies.

Tes oncles sont là pour ça.

On est là pour ça !

- Ses oncles sont là pour ça. - C'est nous.

Ce garçon doit étudier. Prends ça.

Allons-y !

Une menteuse m'a quitté...

Je t'ai fait mal ?

Tu baisses toujours la tête ! Surveille ta santée.

Regarde un peu, il est à la fenêtre ?

- Non. - Tiens.

- Qu'est-ce qu'il fait ? - Il lance une pierre.

Mezzacapa, on l'aime pas. À chaque fois qu'on passe, on en lance une.

- Vous êtes de vrais gamins, hein ? - Des gamins ?

C'est lui qui jette des pierres, pas moi !

- Écris-nous ! - Écris-nous.

Écris-nous !

- Ne tire pas, tu es fou ! - Laisse-moi faire !

Tu ris ? Il aurait pu nous avoir !

Toi peut-être, pas moi.

J'ai rien fait, moi. C'est toi qui as lancé la pierre.

- Vous vous ennuyez ? - Pas mal.

Je le vois bien.

Trop de monde, trop de lumière.

Et nous ne sommes pas seuls, vous et moi.

Je vous attends depuis 30 siècles.

- Je suis à Naples depuis un mois. - Exact. Un siècle par jour.

Venez, filons à l'anglaise...

Allons chez moi. - Je m'y amuserai davantage ?

- Je suis le partenaire idéal. - Vous êtes noble, riche...

...hautain. - Oui, très.

Très hautain.

Hé, vous deux...

Vous prenez racine ?

Rejoins-moi dans 5 minutes.

- À mon tour. - Allez-y.

- Trop de monde à mon goût. - Ce sont tes invités.

C'est vrai. Je ne vais pas les mettre dehors...

Mais j'ai du champagne sur l'autre balcon, juste pour nous.

Qu'en dites-vous ? Vous et moi, au clair de lune...

Et...

...après ?

- On verra plus tard... - Oui...

...plus tard.

Remo, vous êtes un hôte désastreux.

Vos invités ont soif. Vous les négligeriez ?

Gabriella, tu es rabat-joie !

- Que se passe-t-il ? - Je m'ennuie. J'aimerais partir.

Pourquoi ça ?

- Toutes ces mains baladeuses... - Chérie, sois raisonnable.

La samba, c'est avec toi.

Reste près de moi

une nuit de plus.

Tu ne peux pas savoir

combien tu m'es chère.

Caresse-moi, comme le ciel caresse la lune.

Caresse-moi, comme la mer caresse le sable.

Fais-moi dormir.

- Bonsoir. - Excusez-moi, je ne voulais pas...

- D'où venez-vous comme ça ? - Puis-je entrer par là ?

Bien sûr, venez.

Merci.

- Alors vous êtes une vraie femme ? - Bien réelle, pourquoi ?

Vous êtes apparue, comme ça, et j'ai eu peur...

...que vous disparaissiez . - Raccompagnez-moi et je disparais.

Je ne vous dérangerai plus. - Pas du tout.

Mais vous jouiez...

Vous êtes musicien ?

J'étudie la médecine, en dernière année.

- Je ne vous confierais même pas mon ongle. - Pourquoi ?

Un bon docteur ne chanterait pas si bien...

Vous me montrez la sortie ? - Dites, que faites-vous ce soir ?

Vous errez sur les toits ? D'où venez-vous ?

- D'une fête sans intérêt. - Vous fuyez ?

Tout le monde va vous chercher. - Tant pis...

C'est là ? - Vous pourriez sortir par ici...

Mais il vaut mieux passer par là.

Vous avez un instant ?

- Il vous faut quelque chose, M.Gianni ? - Vous ne dormez pas ?

J'essaie depuis deux heures.

Une molaire. - Vous avez pris un somnifère ?

Prenez-en un autre. - Ça ne risque rien ?

Pas d'inquiétude. Ouvrez la bouche.

Un peu d'eau...

Maintenant, reposez-vous. J'éteins.

- Merci. - Bonne nuit.

Pourriez-vous attendre encore un peu ? - Pourquoi ?

Ce n'est pas chez moi. Je viens d'un petit village.

Je suis en pension. Une connaissance de mes oncles.

Une famille très à cheval sur les mœurs.

Et je n'ai pas le droit de recevoir...

- J'ai compromis le petit docteur ? - Oh, partez si vous voulez...

Mais le vieux ne dort pas, et il faudra traverser sa chambre.

Je dis ça pour vous. - Très bien.

Attendons.

Vous devez me prendre pour un paysan sorti de sa campagne.

Une vie misérable et sans liberté.

Moi aussi, je viens de la campagne.

Mais je pense en avoir eu trop, des libertés.

Ce sont vos oncles ? - Oui, des types extraordinaires !

Oncle Peppino. Et assis, Oncle Antonio.

Et leur neveu, Gianni. - Marisa.

Alors portons un toast à notre rencontre.

"Passito" : spécialité d'Oncle Antonio.

Merci, mais j'ai trop bu et l'estomac vide.

Avant de boire à la santé de votre oncle, je devrais manger quelque chose.

Dans ce cas...

Caciotta !

De la caciotta !

J'ai du mal à cerner quel genre de femme vous êtes.

Est-ce si difficile ?

Que pourrais-je être ? Étudiante ?

Trop raffinée.

Fille de bonne famille ?

Pas assez vulgaire.

Mannequin ?

Pas assez coquette.

Actrice.

Je ne pense pas. Vous n'êtes pas condescendante.

- Mauvaise fille ? - Non, même pas en rêve.

Alors je ne suis rien, personne ?

Au contraire: vous êtes tout !

Une femme tout entière. Vous aimez ?

Être une femme tout entière ? - La caciotta.

- Délicieuse ! - Oncle Peppino serait fier.

Oncle Antonio, Oncle Peppino... - Et Gianni.

Et quelle est la spécialité de Gianni ?

- Eh bien... - Je me porte à merveille.

- Votre cœur aussi ? - Malheureusement.

Rangez cet instrument. Je préfère celui-ci.

Ça ne va pas les réveiller ? - Ils ont l'habitude.

Qui vit ici, hormis le grand-père ?

Mlle Tina, son mari et leur fille Giulietta.

13 ans, un strabisme...

- Amoureuse de vous, bien sûr. - Vous avez deviné.

Quand elle me regarde, elle fixe le radiateur.

Allez, lancez-vous.

Une voix, une guitare et un peu de lune

Que demander de plus, pour jouer la sérénade ?

Un murmure d'amour, tout doucement

Et des mots doux, pour une bien-aimée

Je t'aime, je t'aime tellement

Je ne peux plus vivre loin de toi

Une voix, une guitare et un peu de lune

Qu'elle est douce, cette sérénade

Ta bouche approche, de plus en plus près

Et tu t'accroches à moi, passionnément

Une guitare, une petite voix

Je chante près de toi, je suis heureux...

...mon amour

Je ne peux plus t'oublier

Mon amour...

...je ne peux plus t'oublier

Vous aviez promis de me montrer la sortie.

Honorez votre promesse.

Très bien.

Allez voir si je peux sortir.

- M. Gianni ! - Oh, c'est toi.

Vous chantiez merveilleusement, ce soir.

- Merci, mais il faut dormir. - Quelle voix magnifique !

- Va te coucher. Bonne nuit. - Bonne nuit.

Quoi de mieux qu'un beau souvenir ?

Un, deux, trois, quatre...

Continuez, les filles.

- Bonjour. - Bonjour.

Où étais-tu, hier soir ? Ils t'ont cherchée partout.

Où est-ce que tu traînais ?

Bonjour, mademoiselle. On commence quand vous voulez.

Je me change et j'arrive.

J'ai rencontré un jeune homme.

Beau et irrésistible.

- Très gentil. - Riche ?

Très riche.

Il avait de la caciotta.

Un étudiant en médecine. - Marisa, ne joue pas avec mes nerfs.

- Du calme, je ne le reverrai pas. - Il vaut mieux.

Il vaut vraiment mieux.

Sinon... Qui sait ?

Et quand je suis revenu, elle avait disparu.

Joli rêve.

Peut-être un présage pour la loterie ?

Deux cafés.

Raffaele, regarde.

Tu appelles ça un rêve ?

Voilà même une preuve...

Qu'en penses-tu ?

Typiquement le genre de chose qui fait chavirer le cœur des jeunes.

Je dois à tout prix retrouver cette fille.

Passons une annonce dans le journal !

"Wanted" ! "Recherchée" !

"Votre fils,

plutôt que d'étudier,

s'oublie en compagnie de femmes

de petite vertu. Une amie."

Mon Dieu, quelle tragédie !

Mais qu'est-ce qu'on va faire ?

Peppino ! Antonio !

- Madame, ils sont sortis. - Où ?

- Dans les champs. - Va les chercher, vite !

Quelle tragédie !

Hé ! Vise un peu cette beauté.

Combien ça t'a coûté ?

2 millions et demi.

- Et avec quel argent ? - Laisse tomber.

- Comment ça ? - Laisse tomber.

Laisser tomber quoi ?

- Tu veux perdre ton temps ? - Je veux savoir qui t'a donné cet argent.

J'ai vendu trois couples de bœufs. Vu ?

- Et quels bœufs ? - Pas tes affaires.

J'ai bien peur que ce soient mes affaires ! Quels bœufs ?

- Les tiens. - Et voilà !

Bas les pattes, sinon... !

- Du calme. On est frères, non ? - Et je suis l'aîné.

Et c'est avec mon bétail que tu as acheté ce tank ?

Tu appelles ça un tank ?

Ceci est un... bijou de la mécanique !

Mais je suis tout seul à détester Mezzacapa, ou tu le détestes toi aussi ?

Je le déteste aussi, mais mes bœufs je les aimais.

Puis je ne vois pas le rapport.

Quand Mezzacapa verra notre tracteur...

...il sera fou de jalousie. - En attendant, on n'a plus de bétail.

Pourquoi ça t'attriste ?

Tu es bien encore là, toi !

Tu n'y comprends rien...

C'est ça la civilisation, le progrès !

Tu es un animal, toi. Regarde cette merveille !

Touche pas. Admire.

Quoi ?

Admire cette moustiquaire !

Pour tenir les moustiques hors du tableau de bord.

- Du ? - Tableau de bord.

Qu'est-ce que t'y connais, toi, à la mécanique ?

Voici la partie mécanique permettant de créer du mouvement. Tu comprends ?

Le moteur, quoi. - Le moteur.

Ici, on met le gaz.

- Bicarbonate ? - C'est ça.

- Ça tourne au bicarbonate ? - Quel bicarbonate ?

- Le carburant ! - Oui, pour le ca-ca-carburateur.

- Et ça ? - C'est la boussole.

Pour aller au Nord, au Sud, au Sud-Ouest, à moitié-Est...

Où tu veux. - Mais tu sais le conduire ?

Moi non, mais c'est pas grave.

- Pas grave ? - Tout est écrit. Il y a les indications.

Le mode d'emploi.

Donc...

Ah, mince...

Il vient de Milan. C'est écrit en Milanais.

- Demandons à Mezzacapa. - Tu rêves !

- Il est déjà allé à Milan. - Jamais. Monte !

Mes pauvres bêtes...

Attends, c'est étriqué. - Rentre le ventre.

Tu as une jambe en trop. Enlève-la.

Bon tu le ranges, ce pied ?

C'est étroit !

Maintenant on a dû l'élargir !

Bouge pas.

Peppino ! Antonio !

Qui est-ce ?

Rentrez ! Mme Lucia veut vous parler.

Plus tard, plus tard.

Très bien...

Tiens-toi bien.

Penche-toi à babord !

À tribord !

À l'aide !

À tribord toute !

Reste droit.

Tourne !

À l'aide !

Et alors ? Vous vous déguisez en Indiens ?

C'est bien le moment de jouer !

À votre âge.

Tu parles d'Indiens ! C'est un miracle qu'on soit en vie.

- Un miracle ? Que s'est-il passé ? - Sa faute.

Il a insisté pour conduire le tracteur. Cet animal...

Tu ne sais conduire que les cochons, vu que tu es de leur famille.

- Vous êtes blessés ? - Non, des égratignures.

Tu voulais nous parler ?

Lisez. Cette lettre vient d'arriver.

Un million !

Ils me doivent un million !

- Entrez ! - Bonjour, Mme Lucia.

Du calme, qu'y a-t-il ?

Facile à dire, avec ce qu'ils m'ont fait...

...vos respectables frères.

Où sont-ils ? - Juste là.

Vous êtes blessés ?

Bien fait ! - Que s'est-il passé ?

Un séisme ! La bombe atomique !

Ces messieurs ont joué avec le tracteur...

...et ont démoli mon mur !

Soyons précis.

Nous sommes des adultes responsables. On ne joue pas avec les tracteurs.

Si cette mésaventure est arrivée, elle est arrivée parce que

ce bon à rien que j'ai pour frère

a voulu trafiquer l'embrayage... Et patatras !

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas notre faute si le mur n'a pas résisté.

Ce mur était pourri !

Mon mur était très solide.

Pourri ou pas, vous devez le rembourser.

Ça va... Ils paieront les dommages.

On paiera, c'est bon !

Les frères Caponi ont toujours payé !

Combien en vou-

Combien en vou-

Combien en- Tu me laisses parler ?

Je suis l'aîné !

Combien en voulez-vous ?

Un million. Vous me devez un million.

Un million ? Donne-lui, que j'aie plus affaire à lui.

Un million pour ce "demi-tête" ?

- Ça fait un milliard la tête complète ! - N'exagérons pas.

- On est où, là ? Au marché noir des murs ? - D'accord !

On oublie le million. Combien m'en donnez-vous ?

Fais-nous une proposition, mais correcte. Nous t'écoutons.

Une proposition ?

Alors, je dirais...

"Je dirais" ? Tu nous prends pour qui ?

C'était un mur en or ? Et nous, nous sommes idiots ?

Y'a marqué "abrutis", là ? - Mais je n'ai même pas pu parler !

Tu en as bien assez dit. Tu exagères !

- Vous vouliez une proposition correcte. - Et tu l'as faite ?

- J'allais la faire. - Donc tu ne l'as pas faite ?

Et qu'est-ce que tu attends ?

- Alors, disons... - "Disons" !

Marche, marche !

Messieurs, ce mur doit être remboursé.

Nous voulons payer. Nous l'avons toujours fait.

Si vous n'avez pas un million, trouvons un compromis.

Je parle. C'est bon ?

On fait comme ça ? - Quoi, "comme ça" ?

- Je demande si je peux parler. - Alors parle.

Ni ta parole, ni la mienne, ni celle de mon frère ni de ma sœur :

200 000... et basta !

Mais à quoi on joue, là ?

C'est une affaire à 50 000. Et encore !

QUOI ?! 50 000 ? Vous êtes fous ?

Allez, allez !

Marché conclu !

50 000... et on est quitte !

- Après tout, c'était une mésaventure ! - Une mésaventure !

La mésaventure, elle est pour moi !

50 000 lires : on donne 25 chacun ?

Paye tout en avance.

Je n'ai... pas de monnaie sur moi.

Toi, paye. - Moi ?

- Oui. - Alors tu ne bouges pas.

- Je ne bouge pas. - Tu restes là ?

- Et si je bouge ? - Alors tu payes.

Je paye. J'y vais.

Je ne le comprendrai jamais, cet ignard !

Ça vaut pour vous deux !

Et voilà.

M. Mezzacapa : vos 50 000 lires.

Toi, tu me dois 75 000. Je profite des témoins.

Les 50 que je viens d'avancer. Plus les 25 de ta participation.

- Et toi tu me dois 40 000... - L'affaire est close !

Je ne prends ces 50 000 qu'à titre de caution.

Après les travaux, nous en reparlerons. - Tout peut s'arranger.

Au revoir.

- Mais tu me dois... - Peppi ! Avec l'argent, tu es...

...infernal ! Une plaie ! Un emmerdeur !

Il a raison, ça tourne au harcèlement !

Parlons de choses plus graves.

Cette lettre arrive de Naples. Écoutez.

"Votre fils, plutôt que d'étudier,

s'oublie en compagnie de femmes de petite vertu."

"Une amie."

Une amie à toi ! Ça dit "une amie".

- Ce n'est pas signé ! - Ah, c'est homonyme.

Vous l'avez trop gâté. Toi, surtout.

Et maintenant ? - Le pauvre, envoyons-lui de l'argent.

Comme ça, quitte à traîner avec des femmes, il s'en offrira une respectable !

Toi alors...

Il te manque une case.

Que fait-on, alors ?

Il doit rentrer dans le rang.

La carrière militaire lui enseignera une discipline de fer !

Mais non ! Dans le rang... ...des valeurs familiales !

- Mais comment ? - Écrivons-lui.

Envoyons un télégramme.

- Qu'écrivons-nous ? - Réfléchissons.

Nous devrions...

Nous aimerions...

Nous pourrions...

- Hein ? - Je réfléchis !

Alors réfléchis bien.

"Tes oncles te surveillent."

Ça veut dire quoi ?

Qu'ils savent que tu es un Don Juan.

Une mystérieuse blonde débarque chez toi

alors que moi, j'ai une villa, mais déserte.

La seule chose que je croise c'est mon reflet dans le miroir, en caleçon.

Je me fais forte impression !

Dis moi, tes parents,

quand rentrent-ils ?

Pourquoi ?

Si nous parvenons à la retrouver, tu pourrais...

...me prêter la maison !

Bien sûr...

Si tu mets le prix.

Gianni, parle-moi de cette fille des toits.

Pendant que je m'en vais.

Moque-toi.

Je sais bien qu'elle t'obsède, mais je dois d'abord la retrouver...

Je ne compte pas, moi ?

Ne fais pas l'idiot.

Avec toutes ces filles dans les rues

il fallait que tu en aimes une qui se promène sur les toits !

Qu'est-elle vraiment ?

Étudiante ?

Non, pas étudiante.

- Ou mannequin ? - C'est ça !

Un chat ? Une cheminée ?

- Une fille de bonne famille. - Sur les toits ?

Oui, pas sur les toits...

Alors, actrice ? - Peut-être...

Oui, c'est possible.

Ou ma grand-mère ?

Mais oui ! Actrice ! C'est elle, je te jure !

Celle-là ?

Tu rêveras de moi

Je rêverai de toi

Et dans ce rêve un millier d'étoiles brilleront dans le ciel

Tu me regarderas

Puis tu m'embrasseras

Je rêverai de toi

Tu rêveras de moi

Elle est douée, hein ?

Très douée...

Sa mère devait être douée, aussi !

Et nous vivrons la plus belle des réalités

Et nous vivrons la plus belle...

...des réalités !

Superbe !

- Cours à la villa et prépare tout. - Tu te fais des idées.

Dis-moi, si tu ne veux pas pour la villa...

J'espère juste qu'elle ne te servira pas qu'à papoter.

T'inquiète. Laisse les clés au portail et va dormir chez moi.

Grande soirée en perspective...

Demain, je veux un cours d'anatomie.

Superbe ! Extraordinaire !

Comme vous êtes belle !

Plus ravissante que jamais. - Vraiment ?

Oh, vous êtes là aussi ! Le spectacle vous a plu ?

Surtout vous... Dînerez-vous avec moi ?

Excusez-moi, nous avions convenu...

- J'étais le premier ! - Ce soir, je suis déjà prise.

Nous avons un dîner diplomatique avec l'impresario de Milan.

Oh, j'avais oublié... Désolée, mais je ne pourrai pas.

- Mais nous ferons mauvaise impression ! - Pas moi, juste toi.

Pour un manager, un de plus, un de moins...

- Que dois-je dire ? - Ce que tu veux.

Maintenant, dehors ! Je dois me changer et je suis pressée.

Maria

Aide-moi, je ne dois pas être en retard à mon rendez-vous.

"Quoi de mieux qu'un beau souvenir ?

- Une pizza tous les deux, ce soir."

C'était la plus belle semaine de ma vie.

Et ce n'est pas fini ! Je t'accompagne à Milan.

Quelle bonne nouvelle !

C'est magnifique ! Et tes études, l'université ?

J'apporterai mes livres à Milan et je rentrerai à Naples pour les examens.

Encore une chose, Gianni.

Je suis une femme sophistiquée, et tu n'es pas très riche...

Louer cette villa a dû te coûter cher.

Un arrangement avec un ami.

Me voilà, je suis là...

Qui c'est, ce type sur la barque ?

Il passe ici tous les jours. On dirait qu'il nous espionne.

Non, ce n'est qu'un vagabond des mers...

Le pauvre...

Donnons-lui quelque chose. - Si tu veux.

Ah, ça y est. L'appel quotidien de Gabriella.

Excuse-moi, trésor.

Hé !

Allô ?

Oui, c'est moi.

Je vais très bien.

Évidemment que j'y suis toujours !

Mêle-toi de tes affaires !

Je fais mon travail ? Oui ! Alors laisse-moi tranquille.

Si tu veux, préviens le manager !

Je n'aurais jamais dû de donner cette clé !

Qui d'autre rentre chez soi par la mer ?

Oh, abrège !

Je pars lundi prochain. - Bien. Où iras-tu ?

À Milan, avec elle.

À Milan ? Et avec quel argent ?

Un ami... enfin un ennemi de la famille m'a prêté 300 000 lires.

Veinard ! Tu as mes vêtements ?

Ils sont là.

Attrape !

130, 140... 150.

Voilà ma part. Mon frère apporte la sienne.

Le voici. - Me voici.

Voilà mes 150 000.

Et 150, ça fait 300. Voici la facture.

Quelle honte !

Tu t'attendais à quoi ? J'ai toujours dit que c'était un...

Un... J'ai tout dit.

Tu me rends fou avec tes "J'ai tout dit" !

Tu parles mais tu ne dis rien. - C'est rien pour toi, ça ?

Tu appelles ça "rien" ? - Ça suffit ! Laisse-moi m'asseoir.

Mezzacapa, où as-tu vu mon fils ?

Madame, je vous l'ai dit : à Naples.

Par pur hasard.

Je marchais le soir Rue Caracciolo, quand j'ai entendu mon nom.

Je me suis retourné, et c'était votre fils.

Il sortait d'un restaurant de luxe, aux bras d'une très jolie fille.

Je me suis rapproché et il me l'a présentée.

"Mezzacapa, je te présente ma fiancée."

- Fiancée ? - Oui, fiancée.

On a pris un café.

Puis à un moment, il m'a pris à partie

et m'a demandé un prêt de 300 000 lires.

Que pouvais-je faire ? Refuser ? Non...

Je vous connais depuis longtemps

et je sais que vous êtes d'honnêtes gens.

- Pardon. - Pas de problème.

Bref, j'ai fait mon devoir.

Pour garantie, il m'a signé une reconnaissance de dette.

Je vais à Naples. C'est décidé !

Où crois-tu aller ? Naples n'est pas au bout de la rue !

Comment ça, à Naples ? Tu crois que...

J'ai tout dit.

- Non, pas besoin d'aller à Naples. - Pourquoi ?

Parce que... Il n'y a plus personne, à Naples.

- Ils ont évacué ? - Ça a été vidé ?

Je parlais de votre neveu. Il n'est plus à Naples. Il est parti.

Avec "La caravelle des femmes perdues".

À Naples, les femmes ont perdu leurs caramels.

Non, vous n'avez pas compris.

"La caravelle des femmes perdues" est le nom d'une troupe.

Pigé ? À Naples, les femmes se déplacent en troupeaux.

À Naples, les femmes perdent leurs caramels en formant des troupeaux.

Mais vous ne comprenez rien !

M. Mezzacapa, soyez objectif !

Nous ne sommes pas doués pour les sémaphores. Soyez clair !

- Je ne peux pas être plus clair. - Qui a perdu ses caramels ?

Personne n'a perdu de caramels !

- Expliquez-moi. - "La caravelle" est une troupe.

Dont la fiancée de Gianni est la chanteuse.

Et je vous dis ça...

Pardonnez-moi, car cette fille

est une femme ravissante.

Grande, blonde, plantureuse !

Et des jambes ! - Vous avez vu ses jambes ?

- La moitié de Naples les a vues ! - Ses jambes ?

Sur scène. On achète un ticket, on s'asseoit et on regarde ses jambes.

Oh mon Dieu !

- Des jambes sur commande ? - Du calme.

Non, soyons objectifs.

Du calme, Mme Lucia.

Tu as dit qu'ils étaient partis.

Où sont-ils ? - À Milan.

Alors, partons tout de suite pour Milan. - Tu es folle ?

Tu vas à Milan comme ça, toi ?

Pour aller à Milan, il faut au moins quatre jours en mer.

En mer ?

Ça suffit ! Et... bon... j'ai...

- Il a tout dit ! - Vous délirez...

Quelle mer ? On va à Milan par la terre.

- À pieds ? - À pieds...

Mais d'où est-ce que tu sors, toi ?

Tu le sais toi, où c'est. - En Calabre ! Heu, Sardaigne.

Qu'est-ce que tu racontes ? Milan est la capitale du Nord.

Imagine que ça, c'est la botte : le Nord en haut ; le Sud en bas.

Bien sûr. Et nous on est sous la botte : des Sudistes !

Nord, Sud, par la mer ou par la terre, j'ai dit que j'allais à Milan : j'y vais !

Soit vous venez, soit j'y vais seule. Mais mon fils doit étudier !

Et il doit quitter cette femme, vu ?

Compris... compris.

Nous devons l'accompagner à Milan. Elle ne peut pas y aller seule.

D'accord, accompagnons-la.

Il nous faudra quelqu'un. Aller à Milan n'est pas si simple.

Quelqu'un ?

Vous l'avez devant vous. Ici, on m'appelle "le Milanais" !

Mezzacapa, honnêtement : tu es déjà allé à Milan ?

Tu veux rire ? J'y suis allé avec l'armée, en '31.

Mezzacapa...

Les Milanais, quand ils te voient, que disent-ils ?

Quand tu marches dans la rue...

Tu es un étranger...

Mais qui me remarquerait, à Milan ?

Vous ne savez pas ce que c'est, Milan !

- Les gens parlent... - Ils parlent ?

Milan est une ville immense ! - Ils marchent, comme nous...

Ils marchent ? Il y a un trafic énorme !

D'ailleurs, soyez prudents. Traverser la rue est très dangereux.

Qui parle de traverser ? On ne bougera pas.

Ce n'est pas une ville avec un climat comme ici.

Là-bas, c'est plus rude.

Le vent, la neige... - Le froid.

Le froid... Les cyclones !

- Les cigognes. - Il y en a ? Des cigognes ?

Dans la rue ? - Eh bien, partout.

Dans les bâtiments, les escaliers...

La pluie, le vent... Et la brume !

Beaucoup de brume ! - Tout, mais la brume !

Quand il y a de la brume, on ne voit pas...

Bon sang !

Et qui la voit ? - De quoi ?

Cette brume.

Personne.

Mais si avec la brume, on ne voit pas...

Comment sait-on qu'il y a de la brume ?

Mais ce n'est pas quelque chose que l'on peut toucher...

- C'est pas palpable ? - Non, ça pénètre...

Hormis cette brume... que je ne toucherai pas, je le jure !

Si nous devons retrouver notre neveu et cette chanteuse...

Où et comment les chercher ? - C'est vrai. Je n'y avais pas pensé.

C'est simple. La chanteuse a son nom sur les affiches.

Pigé ? À Milan, à cause de la brume, ils mettent les noms sur des affiches.

"Si vous me cherchez, je suis ici." - Une sorte de signalisation ?

Vous verrez son nom sur l'affiche, puis vous irez au théâtre.

- Et comment elle s'appelle ? - Attendez, je l'ai noté.

De la part de la Direction, avec nos meilleurs vœux.

Merci !

Es-tu heureuse, ma chérie ? - Si heureuse... mais tu n'aurais pas dû.

Comment ça ? J'étudie toute la journée. Et ce soir, c'est ton anniversaire.

Pour vous, mademoiselle.

Merci.

Mais qui les envoie ? - Le monsieur, là-bas.

- Qui est-ce ? - Jamais vu...

Et il t'envoie des fleurs, hein ?

Chéri, tu oublies trop souvent que je fais du théâtre.

- Mais tu prends soin de me le rappeler. - Gianni, je t'en prie !

Ah, voilà nos tourtereaux !

Manquait plus qu'eux ! Tu les as invités ?

Moi ? Tu es fou ?

Venez. Suivez-moi.

Vous jouez à cache-cache ? - Mais vous ne nous échapperez pas !

Alors nous nous invitons nous-mêmes.

- Comment vas-tu, Marisa ? - Bien.

22 ans ! Deux ans de suite ?

C'est sûr que pour toi, un seul gâteau ne suffirait plus.

Moi aussi, j'ai un cadeau. Une invitation en Amérique du Sud !

Ne gâche pas ma soirée avec tes invitations !

Manquerait plus que l'Amérique du Sud...

Manquerait plus qu'elle ruine nos plans !

Je ne viendrais que s'il me poussait à bout.

Alors on a de l'espoir !

- Docteur, vous poussez la chansonnette ? - Passez-moi la guitare.

J'en ai une adaptée à la situation.

Cet amour me tenait enchaîné

Mais j'ai dit : "Assez !" et m'en suis libéré

Le ciel est devenu plus bleu, le soleil plus brillant

et mon cœur chante de bonheur !

Celle-là, celle-là

s'en va disant qu'elle veut me quitter...

Si elle croit que je vais me faire du mauvais sang !

Que je deviendrai fou et que je me tuerai...

Celle-là, celle-là

Elle ne sait pas quel plaisir ça me fait !

J'en trouverai une plus belle, et elle restera vieille fille !

Celle-là, celle-là, celle-là !

Hier, j'ai reçu une de ses lettres

par l'intermédiaire de la fille du portier

avouant qu'elle n'était pas heureuse, qu'elle voulait faire la paix...

Mais moi je savoure ma liberté !

Qu'est-ce que tu fais ?

Je prends l'air ! Ça se voit pas ?

D'ailleurs...

Emporte un bon paquet d'argent.

À Milan, on risque de dépenser :

hôtels, voyages, trains, repas... Tu comprends ?

Je prends tout.

Toi aussi, prends ta part.

"Prends ta part"...

Pour ma part, j'ai trop tardé.

- Avec la banque ? - Avec ma banque à moi.

Tu me feras une avance, d'accord ?

Je dois te parler de quelque chose.

Je ne sais pas...

Il me manque des sous, là ! Il m'en manque !

Pas possible ! Pourtant... Où est-ce que tu les gardes ?

Je sais où ! Mais il en manque.

J'avais un million.

Tu sais combien il manque ? - 700 000.

- Comment tu sais ? - Ça se voit !

Ceci est une liasse de 700 000.

Donc il me manque 300 000.

C'est logique... Pure conséquence logique.

Comment ça ?

Tu n'es pas à jour. Regarde l'actualité, le marché des bourses.

Une monnaie, ça se dévalue !

La tienne vient de perdre 30%.

C'est clair ?

Dévaluation monnétaire.

L'inflation !

Qu'est-ce qu'ils ont à rire ?

Qui ?

- Ils rient. - Évidemment !

Tu t'es déjà regardé dans un miroir ?

Cher Peppino, toi, habillé en Milanais...

...tu es ridicule ! - Et toi non ?

Moi ? Je suis civilisé.

Mezzacapa avait dit qu'il ferait froid, qu'il y aurait de la brume.

Où est la brume ? - Souviens-toi ce qu'il a dit.

Quand il y a de la brume, on ne voit pas !

Elle est là mais on ne la voit pas. - Et on ne la touche pas. Mais on a chaud !

Mais non ! À Milan : il fait froid.

- Moi, j'ai chaud. - C'est une froideur chaude, disons.

Allons à l'hôtel, je meurs de chaud.

Je ne la sens pas moi, votre chaleur.

- Tu ne la sens pas ? - Non. À Milan, il fait froid.

- Voilà le vin. - Et l'huile.

Les sous-vêtements !

Et le pain.

Peppi'

Accroche la caciotta.

Voilà les pâtes.

Des pâtes au blé.

Ça tiendra trois jours ? - Espérons !

Il y a 4 kg.

Peppino ?

Donne-moi la valise avec le linge.

Je m'en suis déjà occupé.

Où est le portrait de mon mari ? - Ici, ici.

Et là-dedans ?

Nos sous-vêtements.

Quels sous-vêtements ? Dehors !

Ouste, ouste. Allez prendre l'air !

Je crois qu'on est bon...

Dites... Maintenant que nous sommes à Milan...

Et si on allait visiter ce fameux Colisée ?

Quel Colisée ?

Tu dois t'occuper de mon garçon !

Comme prévu, je m'en occuperai.

J'irai modestement parler à la fille. Deux mots suffiront...

...J'ai tout dit.

C'est quoi ce "J'ai tout dit" qui ne veut jamais rien dire ?

Tu penses régler l'affaire en deux mots ? Tu rêves ?

Tu penses que c'est une femme... comme ça ?

C'est une femme de la haute !

Ça va demander beaucoup d'argent.

Heureusement, on a pris de l'argent.

- Je l'ai pris. - Tu l'as pris.

As-tu pensé au panier ?

Faisons ça : dans le panier...

...on met tout l'argent.

Puis on y joint une jolie lettre, et on le lui apporte.

- Je viens avec vous. - Non.

Toi, tu te reposes. - Repose-toi, Lucia.

Laisse faire les hommes.

On est des hommes ou pas ?

Sinon on sert à quoi ?

Papier, encrier et stylo. Vite !

Tu as écrit ? - Un instant !

Allez, dépêche-toi !

"Mademoiselle...

"Mademoiselle !

- Où est-elle ? - Qui ?

- La demoiselle. - Quelle demoiselle ?

- Tu as dit "mademoiselle". - Elle est ici ?

Entrez !

Animal ! "Mademoiselle" !

C'est l'en-tête anonyme...

de la lettre !

"Mademoiselle...

Qu'est-ce qu'il y a encore ?

"Mademoiselle.

"Nous venons

"Nous venons

"nous

"avec cette lettre, pour vous avertir

"Nous venons nous avec cette lettre pour vous avertir

En un seul mot : "zavertir"

"pour vous zavertir d'un seul mot...

- "de - de

- Un seul ? Combien ? - De ?

De "de" ?

Un seul "de" !

"de - de

"nous excuser si cela fait peu

"de - de

"nous excuser si cela fait peu

"mais 700 000 lires

point virgule, "pour nous

- "pour nous - "c'est con...

"...sidérable, cette année

En un seul mot :

"cétannée"

"avec la hausse de la mortalité des vaches

"comme vous... le savez bien"

Point !

Deux points !

Il faut aller dans son sens.

"Abbondandisit adbondandum"

"Cet argent serviront

"Cet argent serviront à titre de consolation

Écris plus vite !

"de consolation

Oh, j'avais compris "consommation" !

Ne m'interrompts pas, que je garde le fil.

J'avais compris "consommation"...

"pour les nombreux chagrins

"pour les nombreux chagrins que vous endurerez

"endureré" ?

"endurerée" ?

C'est une femme, donc on accorde.

"que vous endurerée parce que

"parce que

Je sais pas !

Quoi ?

- Parce que quoi ? - Quoi, parce que ?

Les chagrins que vous endurerée "parce que"

C'est l'adjectif qualificatif !

J'écris.

"parce que

"vous devez relâcher

"notre neveu

"car ses oncles, c'est-à-dire nous, personnifiés

Tu es fatigué maintenant, à t'essuyer le front ?

"c'est-à-dire nous, personnifiés

"vous envoient ceci

"...ceci.

"Parce que ce jeune homme

"est étudiant et doit étudier

"pour réussir son exéma

- "...exéma - exéma

"et doit garder la tête à l'endroit habituel

"c'est-à-dire

"sur les épaules"

Point, point-virgule...

Point, et point-virgule.

- Ça fait trop. - Fais-moi confiance.

Ne lui montrons pas que nous sommes des provinciaux.

"Salutations indistinctes

"Salutations indistinctes

Dépêche-toi. "Salutations indistinctes

"Les Frères Caponi

"c'est-à-dire nous

Pour ça, ouvre une parentée.

Une parentée qui dit que c'est nous, les Frères Caponi.

Tu as ouvert la parentée ?

Ferme-la.

Et voilà !

On rajoute quelque chose ?

"Sans l'attente de votre réponse" ?

- Ajoute la date journalière. - Pas besoin, on comprend.

Plie-la en deux.

Allez !

Vite !

Allons-y.

Lucia, on y va ! - Nous sortons !

Prends soin de toi !

Mon amour, tu sors ?

Oui, je dois essayer un costume au théâtre.

Tu reviens, avant la représentation ?

- J'ai bien peur que non. - Alors je t'accompagne.

Non, tu vas perdre ton temps.

Aurais-tu une raison de m'empêcher de venir ?

Je repasse après le spectacle et nous irons dîner.

Mon amour...

Tu ne me mentirais pas ?

Moi... à toi ?

Jamais !

Au revoir.

- Grandiose ! - C'est la mairie ?

Tu plaisantes ? C'est La Scala [L'échelle] de Milan.

Et où est-elle ?

- De quoi ? - L'échelle.

Sûrement à l'intérieur.

- On dirait une vraie. - Elle est vraie ! Style étrusque...

- ...mi-elliptique. - Miel optique.

Tu as vu ? Ce village est si grand qu'on pourrait s'y perdre.

Et comment on fait ?

Trouvons quelqu'un qui connaisse l'adresse de cette Marisa Florian.

Demandons au soldat, là.

Lui ? Tu es fou ? On dirait un général autrichien.

Alors c'est un allié !

Ah oui, c'est vrai... C'est un allié.

- Aïe ! - Bouge, aussi.

Excusez-moi, vous êtes d'ici ? - Parlez.

- Vous êtes d'ici ? - Pourquoi, j'ai une tête d'Allemand ?

Vous êtes Allemand ? Je te l'avais dit !

- Alors, on fait quoi ? - Je lui parle.

- Pourquoi toi ? - J'avais un ami prisonnier en Allemagne.

Ne m'interrompts pas, que je garde le fil.

Donc, excusez-moi.

Bitteschön. "Nousse

Hein ?

Il a compris !

- Qu'est-ce qu'il dit ? - Je t'explique après.

"voule... voulevam...

"voulevons

"savoir

"Nousse voulevons savoir la tresse

Ja ?

Parlez Italien, bon sang ! Sinon je ne comprends pas.

Vous parlez Italien ? Il parle Italien !

Félicitations ! Bravo ! - Excusez-moi...

- C'est Milan ici, vous savez ? - Je le sais.

Nous voulons savoir...

pour aller où nous devons aller...

par où nous devons aller ! Voilà, une simple information !

Écoutez...

Si vous cherchez l'asile psychiatrique...

Je vous accompagne volontiers ! - Oui, monsieur.

Regardez-moi ça...

Mais d'où vous sortez ? De la cambrousse ?

Il n'a pas compris le moindre mot.

Écoute. On est sur la place principale, non ?

Asseyons-nous et attendons qu'elle passe.

Tu es fou ? C'est pas un village, c'est la ville !

Viens avec moi, j'ai une idée.

C'est quoi, ça ?

Sûrement l'Arc de Titus.

- C'est pas dangereux ? C'est si grand... - Balivernes !

"Entrée des artistes"

- Vous cherchez quelqu'un ? - Mademoiselle Florian.

Enfin ! Tiens, le repassage. Loge n°10.

Entrez.

Puis-je ?

Te voilà ! Viens, entre.

Tu as ce qu'il faut là-bas.

Et tu sais quoi ?

Libre à chacun.

Oui, mais à la fin une seule chose compte : l'argent.

Parce que tu n'as rien de mieux à offrir.

Pour toi, tomber amoureuse doit être une tragédie.

Je pense que c'est une chance.

Excusez-moi, qui est Mlle Florian?

C'est moi.

Pourquoi ?

Non, rien.

- Le fer doit être chaud. - Oui, en effet.

Marisa, un télégramme de New York.

Les producteurs seront là ce soir.

Je m'en remets à toi.

- Je n'irai pas en Amérique du Sud. - Oui, nous verrons.

Tu ne vas pas tout gâcher ?

Sois gentille. Incite-les à signer.

Je les cuisinerai moi-même.

S'il te plaît. Tout dépend de toi.

Ça va !

Les jupons doivent être très raides.

À votre service, Mademoiselle.

Bel accent milanais, hein ?

Nous les Napolitains, nous avons l'oreille.

Quelques heures sur place et nous avons l'accent.

- J'adore les Napolitains. - Mais je viens de la campagne.

D'autant plus.

J'ai une raison personnelle...

Vous êtes fiancée à un garçon de là-bas ?

J'ai deviné ?

Un beau jeune homme, riche, généreux...

Le meilleur garçon du monde. Mais pas riche. Un étudiant.

Un étudiant ? Est-ce possible ?

Pardonnez-moi... Je suis une femme à l'ancienne.

Je pourrais être votre mère.

Pourquoi épouser un étudiant sans le sou ?

Moi, j'en gagne assez.

Ce serait offenser ce pauvre garçon.

Accepter de vivre à votre crochet ?

Alors nous vivrons avec le peu qu'il a.

Facile à dire...

Tu me prêtes ton maquillage ?

- Il te manque toujours quelque chose. - Que veux-tu... Merci !

Alors vous seriez prête à tout abandonner ?

Le théâtre, le luxe...

Quand on aime, Madame...

Vous vous mettez dans l'embarras.

Soit vous vous ruinez, soit vous le ruinez lui.

Pardon, mais... C'est le cœur qui parle.

Mais pourquoi ça intéresse tant de monde ?

N'ai-je pas le droit d'aimer et de me marier, comme les autres ?

Vous m'êtes sympathique. Mais il y a une raison...

Par exemple, savez-vous faire des pâtes ?

Eh bien, non.

Si votre mari tache son manteau

sauriez-vous le nettoyer ?

Non.

- Avez-vous déjà fait une lessive ? - Non, jamais.

Mais j'apprendrai. Ça et le reste !

Il n'y a qu'une chose qui ne s'apprend pas :

l'amour véritable.

Vous n'avez pas idée !

J'aime cet homme plus que ma vie.

Pour lui, je me ferais esclave ! - D'accord, ne vous énervez pas.

Je dis ça... en tant que mère.

Puis-je ?

Ce jeune homme attend. Je le fais entrer ?

Je t'ai dit de ne faire entrer personne.

- Mais c'est un comte. - J'ai dit : personne.

Seulement M. Gianni, mais il ne viendra pas ce soir.

Très bien.

Vous êtes mariée, n'est-ce pas ?

Je suis veuve.

Quand vous vous êtes mariée, vous saviez déjà tout ?

Mais nous étions du même milieu social...

Et pour qui me prenez-vous ?

Mon père était vétérinaire de campagne. Lui sera bientôt docteur.

Seulement s'il peut étudier !

Et que fait-il, d'après vous ? Il étudie !

C'est la condition pour me voir.

Vous la voulez maintenant ?

Ma robe ! Oui.

Ça va, comme ça ?

Oui, très bien.

Comme vous êtes belle !

Je comprends qu'un étudiant perde la tête...

Je l'ai perdue, moi aussi !

Je sacrifierais tout pour le bonheur de Gianni.

Il s'appelle Gianni.

Bonsoir, Mademoiselle.

- Combien je vous dois ? - Rien.

Bonsoir.

Bonsoir...

"La caravelle des femmes perdues" "avec Marisa Florian"

Anto' !

Peppin' !

Viens, c'est ici.

Enfin ! - Je n'en peux plus.

Oui, c'est bien le théâtre.

Espérons la trouver.

Messieurs, vous ne pouvez pas rester ici.

- Navrés. - Ça commence bien !

Là non plus.

Et on ne fume pas !

Et on n'entre pas !

- C'est une prison... - Ni parler.

Cher monsieur, vous exagérez !

Pas entrer, pas fumer, pas parler... Vous dépassez les bornes.

Vous nous donnez des ordres.

Je veux savoir qui vous êtes, ce que vous voulez et qui vous cherchez.

Mais c'est un barrage ? Une frontière ? Une douane ?

Pardon, tu es toujours derrière...

Chez nous il y a des libertés, inconditionnelles !

Alors c'est vous qui venez de...

- De dehors. - Du Sud.

Je suis terriblement désolé.

Mlle Florian vous attend.

Vraiment, je n'avais pas compris.

Où est la demoiselle Florian ?

Au fond du couloir, à droite.

Loge n°10. - À droite.

La prochaine fois...

Si tu mets les pieds par chez moi... - Laisse, on ne va pas se disputer.

- C'est eux, les producteurs américains ? - Oui...

Du calme. Ne faisons pas de vagues.

- Ils exagèrent ! - Loge n°7... 8...

Bonsoir messieurs.

Vous me remettez ? La danseuse sur pointes ?

- Où ça ? - Sur pointes.

Elle dit qu'elle danse sur des pointes. Dieu les garde !

- Moi je fais l'arbre droit ! - Vous faites l'arbre ?

Ça veut dire quoi ?

- Good evening. How do you do ? - Hein ?

Deux et deux... font ? - Quatre !

Quatre et quatre, huit. C'est mathématique.

When are you leaving ?

- Elle demande si tu veux une olive. - Non, merci.

Bon appétit.

Bonsoir señor. Auriez-vous une cigarette ?

Pas de cigarettes. Si vous voulez une bouffée...

Ris encore au nez de cette pipe !

Vous ne me verrez pas beaucoup ce soir...

Ils ont coupé mes parties.

- Ils ont coupé quoi ? - Mes parties.

- Lesquelles ? - Les meilleures.

- Si jeune... - Je suis navré !

Mais il faut vivre avec...

- Ils sont là. - Qui ?

Les producteurs sud-américains. De sacrés ploucs !

- Fais-les entrer. - S'il vous plaît, entrez.

Je vous en prie. Adelante, adelante.

Adelaïde !

- La demoiselle est partie. - Entrez, je vous prie.

Muy encantada. Asseyez-vous.

Pardonnez le désordre. Le travail, vous savez...

Excusez mon Espagnol. Je n'étais à Barcelone que peu de tiempo.

Vous parlez un peu Italien, n'est-ce pas ?

Parfois oui, parfois non.

Le Latin, non !

- Alors, Mademoiselle... - Alors...

Attends : c'est moi qui parle. Je suis l'aîné.

Mademoiselle, nous sommes

modestement, sauf votre respect, des gens sérieux.

Des gens qui... Bref, nous voilà.

Je sais. Le vice-chancelier du Paraguay m'a dit du bien de vous.

- Paraguay ? - Tu connais ce type ?

On a dû le rencontrer par hasard...

Qui parlerait mal de nous ? Ils parlent bien avec la bouche, non ?

Nous vous attendions. Nous avons reçu votre télégramme.

Tu as envoyé un télégramme ? C'est moi qui pose les questions.

Si c'est pas toi, c'est qui ?

- Pas moi ! - Moi non plus ! Qui ?

Quelqu'un, à votre place.

- Qui ça ? - Mezzacapa !

De quoi il se mêle ? - Celui-là !

Vous ne connaissez pas Mezzacapa !

- Et pour les conditions ? - Quelles conditions ?

Les conditions financières.

- Là ! Nous avons dû... - C'est pas le moment.

- Je peux parl... - C'est pas le moment !

Dites. - J'ai des dépenses : vêtements, costumes.

Un certain train de vie... - Un train ?

- Il y a aussi un train ? - D'accord, on achètera le train...

Tu as de la monnaie ? - Je négocierai avec le vendeur.

Je me demandais :

c'est calme, le Sud ? Pas de révolution en cours ?

Vous plaisantez ? Une révolution ? Dans le Sud ?

J'ai cru lire que ça grondait pas mal là bas, non ?

- Ils sont au courant ! Ces journalistes... - Des bagatelles...

C'est... à cause de notre adversaire.

Mezzacapa.

Ainsi, vous êtes dans la politique ?

- On casse souvent ses vitres. - Enfin... c'est pour rire !

- Puis il nous tire dessus. - Il est chasseur, c'est normal...

Et puis Gianni...

Gianni ?

Quel rapport ? - Eh bien, c'est notre neveu.

Mais ? Alors vous êtes...

Les neveux de Gianni.

Les Gianni de neveu.

Les neveux... Nous sommes les nev...

Gianni a un neveu... et qui est ce neveu ?

- Dis-le ! - Dis-le !

Excusez-moi.

Il me perturbe.

Nous sommes les oncles de Gianni.

Gianni est notre neveu. - À moi.

Aux Caponi.

Les oncles de Gianni !

Bien sûr ! J'aurais dû vous reconnaître !

C'est normal, nous sommes déguisés...

En bourgeois...

Imaginez sa réaction quand il l'apprendra !

Donc toi, tu es Oncle Peppino !

Et toi Oncle Antonio !

Et comment va Mme Lucia ? - Bien, merci.

- Donc, là-dedans... - Oh, c'est pour moi ?

"FIGUES D'IRIS"

C'est vraiment adorable !

En scène !

J'arrive !

Excusez-moi, je dois vous laisser.

Attendez ici. Je dois vraiment m'enfuir.

Tu as entendu ? Elle doit s'enfuir.

Qui sait ce qu'elle a fait, encore...

- Où va-t-elle ? - Qu'est-ce que j'en sais.

Si t'étais pas mon frère, je te giflerais. - Pourquoi ?

Je n'ai pas pu en placer une.

- C'est elle qui n'a fait que parler ! - C'est ça, c'est elle...

- Et maintenant ? - Eh bien, on s'en va.

L'argent et la lettre sont là.

Quand elle reviendra de... sa fuite, elle l'ouvrira et lira...

Tu m'as compris. - Et nous, on fait quoi ?

On est à Milan, tu ne veux pas t'amuser un peu ?

- Et Lucia ? - Juste une demi-heure. Après on rentre.

Tout à l'heure, j'ai vu...

J'ai vu cette blonde qui m'a fait... qui m'a fait...

Oh ! Un peu de sérieux.

Elle nous a enfermés. - Comment, enfermés ?

Ce que tu es bête. Un peu de jugeote !

Tu sais ce qu'on va faire ?

Toutes ces jolies filles, invitons-les à dîner avec nous.

- Toutes ? - Toutes ! Ne sois pas radin.

C'est comme ça ici, il faut être magnanime !

Dans tes poches, combien avons-nous ?

- Il faut prévoir le retour, aussi. - On rentrera bien...

Avec elles, tu me laisses parler. - C'est toujours toi qui parles !

- Quoi de prévu ce soir, caballeros ? - Eh bien, nous amuser.

Après le spectacle, nous dînons au Grand Milan.

Venez vous amuser avec nous !

On va bien s'amuser !

- Allez nous réserver un bon repas. - Après le spectacle, on vous rejoint.

Vendu !

S'il vous plaît.

Qu'est-ce que c'est ?

- Mon chapeau ! - Lâche-le.

C'est l'usage !

- Ça va l'user ? - Elle t'a donné ça.

- Pour ma tête ? - Pour ton chapeau.

- Elle me l'a pris ! - Mais elle t'a donné ça.

- Et je le mets où ? - Dans ta poche.

Et le chapeau dans la veste... le vest... Regarde.

Vous permettez ? C'est l'usure.

C'est le ticket pour le vestiaire.

- Bonsoir, messieurs. - Bonsoir.

Tu le connais ?

- Il t'a salué. - Les Milanais sont polis, c'est tout.

Bonsoir monsieur.

Combien de personnes ?

Nous ne savons pas combien il y a de personnes à Milan...

- Je veux dire vous. - Combien nous sommes ? Deux !

Nous sommes les Frères Caponi.

- Je suis le premier né, lui le second. - Le second premier né.

- Une table pour deux ? - En fait, nous attendons ces filles du...

De la troupe, là ! - Celles en costumes.

Alors suivez-moi au salon supérieur.

Ces messieurs attendent ?

- Ils attendent. - Ils attendent.

Bonne nuit.

Salut !

Tu as vu le comte dans la salle ?

Il est venu à Milan rien que pour nous.

Oui, je l'ai vu.

Si tu avais un peu de jugeote, tu viendrais avec nous au dîner.

Tu sais qu'il est fou de toi !

Écoute, et si tu changeais de disque, un peu ?

Sais-tu qui est venu, ce soir ? Les oncles de Gianni.

Simplets, mais très gentils. Ils étaient là, mais ils ont dû partir...

Ils avaient l'air si perdus !

Ils m'ont apporté un panier.

Regarde, il doit être par là.

Pourquoi ris-tu ?

Que se passe-t-il ?

Mais où sont-elles ? Elles ont été retardées ?

"Retardées"... Tu les as prises pour des trains ?

Écoute-toi !

C'est une salle à manger de luxe.

Je te dis que ça va nous ruiner. Nous ruiner...

- Je vais m'arracher les cheveux ! - Vas-y, je t'en prie.

Grippe-sou !

Ça coûtera ce que ça coûtera. Et s'il faut danser, on dansera.

Un petit souper à 6 ou 7... Mettons que ne soyons 7...

Combien ça coûte ? 2 ou 300 000 ?

300 000 lires ? Tu es fou ? Qui les a ?

Comment ça ? Combien tu as ?

- J'ai 20 000 lires. - 20 000 ?

Malheureux ! Pourquoi tu n'as rien dit ?

Appelons le serveur,

et arrangeons nous pour un repas pas trop cher, vu ?

Quel frère je fais !

- Arrangeons-nous d'abord... - Laisse-moi faire.

Garçon !

Idiots...

Il arrive.

- Bonsoir messieurs. - Monsieur le commandant...

- Vous désirez ? - Nous cherchons le serveur.

Je suis le maître d'hôtel.

- Hein ? - Il fait un mètre.

Il ne fait pas sa taille !

Asseyez-vous. Ne restez pas debout.

- C'est impossible... - Comment ça ?

- Il dit qu'il ne peut pas. - Eh bien, s'il ne peut pas...

Nous, on s'asseoit. On est un peu fatigués.

Vous désiriez ?

- Pouvons-nous parler franchement ? - Je vous en prie.

Nous avons rendez-vous avec des demoiselles.

Et nous voulions organiser un dîner... - Je comprends.

Je suis là pour conseiller nos clients.

Je suis un conseiller.

Un membre du Conseil ? Ravi de vous rencontrer !

Vous permettez ? Très honoré !

Mon frère.

Nous sommes les Frères Caponi.

- Asseyez-vous. - Ça nous embête de vous voir debout...

Nous disions : repas chaud ou froid ?

Chaud, chaud !

Tiède...

Chaud ! Ne l'écoutez pas.

- Pour combien ? - Eh bien, nous sommes...

Deux hommes... - Et cinq femmes.

Ce qui fait donc 7 couverts.

Tiède, on n'aurait pas eu besoin d'être couverts !

Il ne fait pas si froid que ça, à Milan.

On peut manger sans être couverts. À l'air libre, au frais.

Ces messieurs sont des comiques. On ne mange pas sans couverts.

C'est obligatoire ?

- Si c'est la loi... - Les Milanais sont comme ça...

En entrée, je recommande la soupe de tortue.

Oui !

- Attends un peu... - Soupe de tortue, oui.

- Et le prix ? - Mon frère collectionne... les prix.

Il est obsédé par ces choses-là... Combien, alors ?

1 300 fois 7...

9 100 !

- Un peu chère. - Non, oublions la soupe.

On commence toujours par une soupe.

Soupe pour soupe, prenons la soupe aux haricots.

Grande idée ! Soupe aux haricots ! Plat unique !

Faites-moi confiance.

Je vous promets un service que vous n'êtes pas prêts d'oublier.

Vous nous promettez ?

Un service que vous n'êtes pas prêts d'oublier.

Bien, monsieur.

Il veut nous rendre service...

Quelle tête à claques ! - Il nous a clairement menacés !

- Laisse-moi voir ces 20 000 lires ! - Les voici.

Lâche !

Voyons voir ces billets, au cas où.

- Il n'y a en a que deux. - Tu sais, parfois...

Des fois, ils restent collés.

Bon. Il n'y en a que deux.

Pas de miracle...

Il nous faudrait un miracle.

Saint Antoine...

Mon beau Saint Antoine...

Toi qui es si miraculeux...

Toi qui accordes tant de grâces...

Accorde-m'en une. Fais qu'elles ne viennent pas.

Nous voilà !

Saint Anto' !

Je te dis pas merci !

Nous vous avions pris pour les Sud-Américains !

- Je pourrais manger un lion. - J'ai soif de champagne !

- De la soupe à la tortue ! - Lâche ça !

- De la part de Marisa. - Elle nous rend la boîte.

Et l'argent avec !

Elle ne veut plus entendre parler ni de votre neveu ni de votre sale argent !

Pas toucher ! Cet argent est sale...

À table ! Mangeons ! Commandant !

Conseiller ! Garçon !

Soupe de légumes ! Soupe de tortue !

Canapés de poissons ! Poissons d'Afrique !

Champagne !

Le Nouveau Théâtre, s'il vous plaît. Les coulisses.

Nouveau Théâtre, bonjour.

- Mlle Florian est encore là ? - Elle est partie, monsieur.

- Partie ? Quand le spectacle a-t-il fini ? - Il y a plus d'une heure.

- Merci. - Je vous en prie.

Entrez.

Merci.

"Ne me demande pas d'explication,

mais il est nécessaire, pour nous deux, que nos chemins se séparent.

Adieu, Marisa."

- Tu te joins à nous ? - Tu vas bien ?

Mon crétin de frère...

...planque son argent sous le carrelage !

Je vais dans l'autre pièce...

...et je lui vole tout !

Espèce de voleur !

- Sans toi, Naples est sans soleil. - Sans lune, sans mer, sans tout !

Tais-toi, je suis jalouse.

Tu en tires, une tête !

Si tu avais fait à un autre

Ce que tu m'as fait, à moi

Cet homme t'aurais tuée.

Tu veux savoir pourquoi ?

Parce que dans ce bas-monde

Des femmes comme toi

Ça ne devrait pas exister

Pour d'honnêtes hommes comme moi...

Tu le connais, ce type ?

Non.

Je ne l'ai jamais vu.

Tu as fait tomber de ces yeux

Les larmes de ta perfidie.

Femme...

Tu es pire qu'une vipère.

Tu as empoisonné mon âme

Et je ne peux plus vivre.

Femme...

Tu es douce comme le sucre

Mais ce visage angélique

Ne sert que tes tromperies.

Femme...

Tu es la plus belle des femmes.

Je t'aime... et je te hais.

Je ne peux pas t'oublier.

Femme...

Tu es la plus belle des femmes.

Je t'aime... et je te hais.

Je ne peux pas...

...t'oublier.

C'est Gianni !

C'est un disque !

Non, c'est Gianni !

Gianni !

"Repose-toi, le voyage t'a fatiguée..."

"Nous sommes des hommes..."

"On s'occupera d'elle..."

Comme une idiote, je vous ai crus.

Regarde un peu. Dans quel état ils sont !

Vous êtes venus à Milan pour sauver votre neveu !

Lucia, ne crie pas. Je t'en suplie...

J'ai des coliques "apathiques".

Avec les coliques apathiques, il ne faut pas crier.

Finalement, nous l'avons bien sauvé, notre neveu !

Le reste n'a plus d'importance.

C'était notre tactique.

C'était une sorte de...

...de manœuvre stratégique.

On a fait un petit écart...

Après tout, nous sommes des hommes. Et...

...et j'ai tout dit.

Honte à vous !

Pourquoi honte ?

Comment je pouvais savoir qu'à Milan...

...je serais tant sollicité...

Très sollicité.

Vous êtes de vrais gamins.

Dit-elle, la benjamine !

Peppi'...

Mon foie...

C'est tout ce...

Cet arcool qu'on a bu...

...alcool.

Curaçao, Bernocchi...

Allez au Diable !

Et puis... Nous avons atteint l'objectif.

La fille est hors d'état de nuire.

De nuire ?

Les seuls mots que cette fille méritait...

...vous n'avez pas su les lui dire.

Tu es vraiment une gentille fille.

Et ça : c'est sa mère tout craché !

Et son père aussi !

Viens voir papa.

- Nos vacances touchent encore à leur fin. - Ça t'ennuie ?

À Naples, avec ta clinique, tu n'as jamais de temps pour moi.

Une fois de temps en temps...

...une pizza tous les deux.

Et Gianni Jr. ? Il a disparu il y a une heure.

Les deux écervelés l'ont embarqué avec eux...

- Que font-ils avec à mon fils ? - Un petit tour...

Ils ont dit qu'ils devaient lui apprendre les traditions familiales.

Une menteuse m'a quitté...

- Je t'ai fait mal ? - Non.

Est-ce possible ?

Jette un œil. Il est à sa fenêtre ?

Tiens, lance cette pierre !

Lance-la fort, vas-y !

Sous-titrage : Jules Chambry

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