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UN SPÉCIAL HUMORISTIQUE ORIGINAL DE NETFLIX
LIVE NATION PRÉSENTE TREVOR NOAH
Un tonnerre d'applaudissements pour Trevor Noah !
Ça va, Los Angeles ?
Bienvenue.
Merci d'ĂŞtre venus.
Merci d'ĂŞtre lĂ .
C'est génial.
Bienvenue.
Regardez-vous.
Ça déchire.
J'adore L.A.
J'aime tout ici.
Même ce que tout le monde déteste.
J'aime la circulation,
c'est un bonheur.
Quand on n'y habite pas, c'est top.
C'est super.
On est lié à la ville, mais pas pour toujours.
C'est comme l'enfant d'un autre.
"C'est dingue. Reprends-le."
C'est la mĂŞme chose.
J'adore.
J'adore l'ambiance.
J'adore conduire ici.
En conduisant, je peux écouter la radio.
Vos stations sont de qualité tellement vous conduisez.
Ă€ New York,
j'écoute pas trop la radio.
Je roule à vélo, je marche.
Pas de musique pour ne pas mourir.
Ici, c'est l'inverse.
J'écoute de la musique.
Ces temps-ci, le trap a la cote.
On en entend partout.
C'est la nouveauté. C'est cool.
Je comprends rien, mais j'adore.
Chaque morceau est pareil.
On dirait un gamin qui se plaint de son sort.
C'est mon unique ressenti.
Quand j'entends du trap, je pense à mon petit frère
qui va dehors et se blesse.
Ses pleurs
sont un morceau de trap.
Il revient...
"Isaac, ça va ?"
Je suis lĂ : "Doucement.
Ça s'est mal passé,
avec tes amis ?"
"Mes amis sont morts
Pousse-moi vers le bord"
"Va voir ta mère. Je comprends pas.
Va lui parler."
La Cité des Anges. J'adore.
Je m'amuse bien.
Je reviens de vacances,
je me sens bien.
Je suis encore en mode vacances.
Je suis décontracté,
détendu.
J'étais en vacances à Bali.
En Indonésie.
Si vous ne connaissez pas,
pensez-y et allez-y. C'est génial.
Je suis parti avec des amis,
je me suis parfois redécouvert.
Ma plus grande découverte,
c'est qu'il faut inventer un TripAdvisor
destiné aux Noirs.
En général,
les envies des Blancs en vacances
sont la hantise des Noirs.
C'est pas méchant.
Nos envies sont différentes.
Mes amis blancs m'invitent Ă camper.
Toujours.
Avec entrain.
"Tu veux aller camper ?"
"Pourquoi ?"
"Comment ça ?
Tu réalises pas.
Pas d'eau, pas d'électricité.
Juste nous et la nature.
On peut faire caca
dans un trou, mec."
"J'ai déjà connu ça.
Dans mon enfance.
J'ai bossé dur pour ne plus camper."
Chaque jour...
Chaque jour,
au réveil,
je suis soulagé de ne pas camper.
Si ma famille me voyait camper,
elle serait dévastée.
Si ma grand-mère me voyait :
"Qu'est-il arrivé à Trevor ?
Je croyais qu'il avait du succès.
C'est la cocaĂŻne."
Pas de camping.
J'étais avec mes amis à Bali.
Ils avaient organisé.
Avant de partir, j'ai demandé :
"Mitch, on va faire quoi ?"
"T'inquiète, Trevor.
Ce sera super."
"Oui, mais je veux savoir en quoi ce sera super."
"Ne pose pas de questions."
J'aurais dĂ».
C'était cool.
Mais il y a certains trucs
que moi, j'aurais zappés.
Par exemple, le troisième jour,
il était prévu dans notre itinéraire
une authentique expérience balinaise.
C'était décrit comme ça.
On a été réveillés à 5 h.
On a pris un bus pendant trois heures.
À l'arrivée, on sort du bus,
au milieu d'un village perdu.
Le guide était ravi,
beaucoup trop.
"Bienvenue Ă tous !
PrĂŞts Ă vous amuser ?"
Je réponds : "Oui."
"Je m'appelle Dang Basaan et je serai votre guide.
Vous allez vivre une authentique expérience balinaise.
C'est super !
Suivez-moi."
On le suit.
Il arrive Ă une petite porte.
Je me dis que c'est une temple ou une caverne.
"Bienvenue, mesdames et messieurs,
dans le vrai Bali."
Il ouvre la porte.
C'est chez un mec.
C'est pas un musée,
mais une maison.
Un mec y vit tous les jours.
Il ouvre la porte.
"Voici la maison d'un Balinais.
Il mange ici.
Il dort ici."
"Il sait qu'on est lĂ ?"
On n'a pas frappé à la porte.
C'est peut-ĂŞtre une effraction.
On est peut-ĂŞtre dans un gang.
Je m'apprĂŞte Ă poser la question, et le guide dit :
"Le propriétaire de la maison est là .
Dans le coin."
Il y avait un mec assis, qui nous regardait.
Tout raide.
"Il est d'accord ?
Je sais pas si c'est très convenable."
LĂ , le guide parle en balinais.
Genre...
"Vous pouvez tout toucher."
Moi : "C'est un peu déplacé."
J'ai à peine parlé
que le reste du groupe exulte.
"On peut toucher !
On peut tout toucher.
Waouh, il dort ici ?
Il mange ici ?
Je n'en serais pas capable.
Mon Dieu !
Excusez-moi.
Merci de nous recevoir.
Ma vie me paraît beaucoup mieux, maintenant.
Merci beaucoup.
C'est horrible. Une petite photo ?
Merci. Vous ĂŞtes sur Instagram ? #LeMec
Merci. Waouh !"
Je suis mal Ă l'aise.
Culturellement, je suis en infraction.
Étant africain, je dois pas fouiller
les affaires des autres.
Je reste dans un coin, très gêné.
Le proprio de la maison est très conciliant.
Il est gentil.
"Oui, merci. Profitez.
Merci."
Et lĂ , il me regarde.
Ce fut un moment magique.
Il souriait aux autres,
mais il a changé d'expression en me fixant.
Il était accueillant. "Oui, merci."
Avec son regard,
il a entamé
la discussion la plus profonde de ma vie.
Je sais que ça existe.
Une connexion suffit
pour parler avec les yeux.
Entre personnes de même ethnicité dans la rue,
entre mari et femme.
Les épouses sont des pros.
Elles vous explosent.
Surtout en public,
au moindre mot de travers.
"Ma femme devrait faire ça."
Son regard répond : "J'y crois pas.
T'as pas osé dire ça ?
Tu vas voir.
Tu veux me rabaisser ?
Ça va mal finir.
Profite bien de ce moment,
car c'est fini."
LĂ , tu regrettes.
Ses yeux ont suffi.
Pareil avec le mec.
Il souriait Ă tout le monde
jusqu'Ă ce qu'il me fixe.
Il me dit avec ses yeux : "Tu fais quoi ?"
Je réponds du regard :
"Je savais pas que c'était chez toi.
Je voulais juste une expérience authentique."
"Authentique pour les Blancs.
Tu connais la pauvreté. Retourne d'où tu viens."
"Désolé d'être ici. Désolé."
Je pars.
Je sors.
Quinze minutes après, la fête du pauvre est finie.
Les autres sortent.
Dang Basaan nous suit.
Il kiffe, ça se voit.
Il est là : "Vous avez aimé ?
J'en suis sûr.
Place Ă une petite surprise.
Suivez-moi à l'arrière."
On va derrière la maison.
L'espace a été aménagé.
Il va y avoir un spectacle.
Il y a une scène, des gradins.
Il nous dit de prendre place. On s'assied.
On vient tous de pays différents.
Il y a mes amis américains, des Anglais.
Un Français et son fils.
Ils sont à côté de moi, au premier rang.
Dang Basaan revient.
Il porte une énorme coiffe balinaise.
Il est très beau.
Il nous dit : "Mesdames et messieurs,
êtes-vous prêts pour une expérience authentique ?
Veuillez accueillir les serpents de Bali."
"Les quoi ?"
Il a dit "serpents".
Serpents de Bali.
Je regarde, ils sont lĂ .
Des mecs portent des serpents
vers nous.
Je suis lĂ : "Non, merci."
Étant noir, c'est dans ma culture
d'éviter la mort.
Du coup...
Je commence Ă ranger mes affaires.
Le Français me regarde :
"Où tu vas ? Ça va commencer."
"Des serpents vont arriver,
donc je bouge.
Je vais à l'arrière."
"Ă€ cause des serpents ?"
"Oui."
"Pourquoi tu bouges, mon ami ?
Tu as peur ?"
"Oui.
Exactement. J'ai peur."
"Tu as des gros muscles et tu as peur ?"
"C'est mon gros cerveau qui a peur."
Des serpents !
Tu ne me feras pas changer d'avis.
Mon ego n'est pas mal placé
au point de défier des reptiles.
Des serpents !
Le mec ne laisse pas tomber.
"Pourtant, tu es baraqué. Jean-Pierre..."
Il parle Ă son fils.
Le gamin rigole.
"Un serpent !"
"Oui, un serpent !
Tu as peur ? Un serpent !
C'est quoi ? Un serpent !
Un serpent !"
Ça continue pendant 15 secondes
entre les deux.
"Un serpent !"
"Un serpent ! Tu as peur ? Un serpent !"
Alors qu'ils ont perdu toutes leurs guerres.
Je pars au fond.
J'ai pas le temps.
J'ai pas le temps,
car il y a des serpents.
Je pars au fond avec mes affaires.
Je m'assieds tout en haut.
Je veux voir le spectacle,
pas y participer.
J'ai mes affaires.
Je monte tout en haut.
Je m'assieds, ça commence.
Dang Basaan est ravi.
"Mesdames et messieurs,
voici tout d'abord
le puissant python !"
Un mec arrive avec un python géant autour du cou.
Il présente un super tour
où le python le serre très fort.
On entend presque ses os craquer.
Puis il fait un bruit.
Et le serpent le lâche.
Puis il recommence Ă serrer,
jusqu'au...
Le serpent lâche.
Puis il recommence
jusqu'au mĂŞme son.
Le serpent lâche.
Je trouve ça cool.
C'est une relation consentante.
Ils repartent.
Un autre mec arrive.
Il est avec un mamba vert.
Dang Basaan s'exclame :
"Voici le mamba vert !"
Le mec présente un super tour.
Il ouvre le panier,
le mamba vert sort et fait un petit mouvement.
La musique résonne,
et le mec danse avec le serpent.
Synchro, comme dans un clip de Justin Timberlake.
Tous les deux.
"C'est cool."
Le serpent repart.
Dang Basaan revient une dernière fois.
"Mesdames et messieurs,
ĂŞtes-vous prĂŞts pour le final ?
Voici le roi cobra !"
Le dernier mec arrive
avec le cobra, qu'il pose.
Il sort le cobra du panier.
Je sais pas pourquoi,
mais l'énergie était différente.
Il était normal,
mais avec un air méchant.
Il avait l'air Ă cran.
Ça se sentait.
Comme s'il avait un prĂŞt immobilier.
Il nous regarde,
puis il fixe le charmeur.
Lui, il reste très calme.
Il ignore mĂŞme le cobra pour nous parler.
"Mesdames et messieurs.
On dit qu'un cobra peut frapper en un clin d’œil,
mais un homme est-il plus rapide qu'un cerveau de serpent ?"
Je me dis...
"Je comprends pas,
mais OK."
On dirait une citation débile sur Insta.
Son tour est incroyable.
Le voici.
Il s'approche du serpent,
les mains derrière le dos.
Il donne l'impression de vouloir l'embrasser.
Le serpent n'est qu'à 30 centimètres.
Le charmeur fait un bruit de bisou,
le serpent essaie de le mordre
et il s'écarte. C'est exceptionnel.
Il se baisse et appelle le cobra.
"T'es trop lent.
Réessaie.
Pas de bisou, mon ami.
Vas-y, petit."
On est tous fascinés.
Chacun de nous. Personne ne bouge.
Il recommence plein de fois.
Et lĂ ,
il se met Ă fermer les yeux.
Il ouvre la bouche.
Ă€ ce stade,
le serpent doit se dire :
"Je crois que j'ai pigé.
Il va faire un bruit,
puis s'écarter.
Or si je mords avant le bruit,
je change la donne."
Il applique donc son plan.
Le mec ferme les yeux, ouvre la bouche.
Avant le bruit,
le cobra le mord,
Ă la bouche.
Sa lèvre est ouverte.
Du sang gicle partout.
L'histoire s'arrĂŞte lĂ ,
au moment le plus fou ?
Non, c'est le milieu.
Le serpent le blesse.
Le sang gicle.
Le mec saute en arrière
et fait semblant de rien.
Nous, on l'a tous vu se faire mordre.
On était là ...
Il recule
et fait semblant de rien.
La même réaction que nous
quand on a la main coincée dans une portière.
Elle s'est claquée.
On fait genre...
Lui, c'est avec un serpent.
Le cobra le mord, son sang gicle,
et il ne fait que reculer.
"Ne vous en faites pas, ça va.
Pas de souci, tout va bien.
Détendez-vous, ça va."
Il mentait. Pourquoi ?
Parce que son visage fondait.
Il se liquéfie,
sa bouche est bleue
mais il continue le spectacle.
Il titube. Il fixe le cobra.
Le cobra le fixe. "Le spectacle est fini.
Bonne nuit Ă tous."
Il s'enfuit.
Tout le groupe se demande
ce qui vient de se passer.
Il fuit, je m'interroge.
Va-t-il s'en sortir ?
Sera-t-on remboursés ?
Comment ça marche ?
Et là , on réalise
qu'il a oublié le cobra.
Le pire,
c'est que le cobra l'a compris en mĂŞme temps que nous.
Il l'avait aussi regardé partir.
On se retourne, et il se dit :
"Et merde."
Désormais,
nous sommes seuls
avec le serpent.
Il n'y a aucune barrière.
Pas de béton ni de verre. Rien.
C'est une authentique expérience balinaise.
On fixe tous le serpent.
Il nous fixe.
Et lĂ ,
un génie décide que c'est le moment
de prendre une photo.
Je sais pas si c'était l'appareil ou le flash,
j'ai entendu "clic"
et le serpent a sauté.
On était là ...
C'était le chaos.
La confusion.
Étant au fond, j'ai juste sauté.
"Ma couleur de peau m'a sauvé !"
Je suis parti.
Panique totale.
Tout le monde saute, se bouscule
et se marche dessus.
Le Français, c'est mon préféré.
"Sacrebleu !"
"Allez, Jean-Pierre, allez."
Il court en poussant tout le monde.
Il se retourne.
Son fils n'a pas bougé.
Le petit Jean-Pierre est terrifié.
Il est lĂ : "Papa !"
"Jean-Pierre, allez."
Le père réalise qu'il va devoir aller le rechercher.
C'est dans ces moments-lĂ
qu'on voit la différence
entre une mère et un père.
Une mère courrait sans réfléchir.
"Je suis prĂŞte Ă mourir pour mon enfant.
Attaque-moi, serpent."
C'est une mère.
Un père veut aussi le sauver, mais il se dit :
"Je veux le sauver,
mais je veux pas mourir.
C'est pas ma faute s'il m'a pas suivi
quand j'ai couru.
S'il y a un cobra, je cours.
Pourquoi pas toi ?
Je vais devoir crever pour toi, abruti,
alors que toi, tu peux pas m'engendrer.
Moi, je te fais un frère
et on te pleure ensemble.
Inutile d'en discuter."
C'était l'état d'esprit du père,
vu sa réaction.
Il se faufile derrière son fils.
Il attrape sa capuche
et le tire d'un coup.
Jean-Pierre s'étouffe par terre.
Son père le relève.
Un charmeur de serpent accourt,
met le cobra dans un sac,
et règle la situation.
On est sauvés.
Mais terrifiés.
Certains pleurent,
d'autres sont choqués.
J'observe, un peu à l'écart.
Jean-Pierre et son père sont en larmes.
"Désolé, mon grand."
Je parle pas français,
mais il a dit : "Salaud, tu m'as abandonné.
Je vais le dire Ă maman."
Je les regarde.
Ils sentent mon regard.
Ils se taisent en mĂŞme temps.
Ils se retournent. Je les fixe.
Ă€ ce moment-lĂ ,
j'ai compris.
On est tous humains.
On a vécu la même chose,
le mĂŞme traumatisme.
Qu'importe notre vécu, on est tous humains.
J'ai revu dans leurs yeux
ce qu'on venait de vivre.
Je me suis baissé.
Je me suis approché
et j'ai dit : "Serpent !"
Voilà qui crée du racisme.
Mais ça valait le coup.
Ça valait le coup.
J'adore voyager,
découvrir des endroits,
rencontrer des gens.
Je...
Quand je pense Ă l'histoire du racisme...
Le concept du racisme me fascine.
En tant qu'acte
et que pratique également.
J'ai lu certaines histoires.
J'en ai lu une fascinante récemment,
sur un lieu fascinant.
Rochester, New York.
J'ai pris une sacrée claque.
En gros, la ville était destinée à la réhabilitation
de ceux ayant fui l'esclavage.
Les Noirs ayant fui le sud
pour gagner le nord
furent réinsérés là -bas.
Frederick Douglass y a beaucoup écrit.
Le mouvement des suffragettes y est né.
C'est un lieu très fort.
D'après ce que j'ai lu,
c'était clair.
Les esclaves fuyaient le sud.
Ils arrivaient Ă Rochester
grâce à des routes clandestines
et étaient réhabilités, mis sur des bateaux
et envoyés au Canada
pour vivre libres.
J'ai trouvé ça fascinant
pour deux raisons. Un,
il existait plein de Blancs gentils.
Ils m'agacent souvent,
mais je me dis : "Il y en a des gentils, calme-toi."
Deux, et c'est incroyable,
ils ont convaincu des Noirs de reprendre le large.
De ma vie,
je n'ai jamais rien lu
de plus dingue.
Il faut ĂŞtre vachement persuasif
pour convaincre une personne qui fuit l'esclavage.
Réfléchissez.
Un mec a fui l'esclavage.
Il est arrivé où il voulait.
Il se réveille après une nuit de liberté.
Il sort. "HĂ©, mec.
Je voudrais te remercier
de m'avoir aidé."
"Tu sais quoi ?
Personne ne méritait une telle vie.
Ravi que tu sois libre."
"Merci beaucoup. Sincèrement."
"Merci, mon ami.
Il nous reste Ă remplir des papiers,
te laver, te mettre sur un bateau pour le Canada,
et tu seras libre.
Tout ira mieux."
"Attends deux secondes.
Tu pourrais répéter ?
Tu as dit quoi ?"
"Il y a de la paperasse,
mais c'est pour t'obtenir des papiers."
"T'as parlé d'un bateau ?"
"Un bateau pour le Canada."
"Oui, non.
Les bateaux, c'est fini.
Tu connais notre passé ?
Mon peuple a déjà fait une croisière,
ça s'est mal fini.
Trouvons une alternative
pour aller au Canada."
"Le bateau est le meilleur moyen."
"Peut-ĂŞtre pour vous.
On marchera.
On court super bien.
On peut courir, mais pas de bateau."
"Il n'y a pas le choix."
"Tu te fous de moi ?
Je suis enfin libre.
Et si le bateau me ramène là -bas ?
Ils diront quoi ?
- 'T'es revenu ?' - 'Il avait l'air sympa.'
Pas question !
Je n'irai pas."
"Tu dois prendre ce bateau.
Tu es libre, ça va aller."
"Peut-être que dans des siècles,
un descendant du nom de Kanye West osera,
mais pas moi.
Pas de bateau."
"Monte sur ce fichu bateau !"
"Hors de question !"
Ce fut le jour
où "Sérieux, frère" fut inventé.
Le Blanc s'exclama :
"Sérieux, frère ! Monte."
Cette histoire se transmit entre générations,
d'un Noir Ă l'autre,
entre hommes libres.
"Là , le Blanc s'est accroupi et a dit : 'Sérieux, frère !"
- "Sérieux, frère" ? - Oui.
Jamais entendu cette expression.
- Sérieux, frère... - Sérieux, frère !
Barack Obama a forcément utilisé cette expression
Ă la Maison Blanche.
Au moins une fois.
"Trump a-t-il gagné à cause de vous ?
- À votre avis ?" - "Sérieux, frère !"
Il l'a dit une fois.
Je le sais.
J'ai eu la chance
de rencontrer M. Obama pendant son mandat.
C'était une expérience exceptionnelle.
Oui.
C'était pas prévu.
J'étais au bureau du Daily Show.
Le gouvernement m'a téléphoné.
On m'a dit : "Salut, Trevor.
Veux-tu interviewer le président à la Maison Blanche ?
"Vous aimez les questions cons ?
Bien sûr que je veux.
Normal."
Le jour J,
j'y vais avec mon équipe de télé.
On se met dans une salle
juste en face du Bureau ovale.
On installe les caméras.
On attend l'arrivée du président.
On fixe la porte en stressant.
On la fixe,
car personne ne nous a donné d'heure,
par sécurité.
On n'a qu'une fourchette, comme pour un colis.
On attend,
on est attentifs Ă chaque pas.
Il apparaît derrière nous.
On s'est fait dessus.
L'autre porte était cachée,
par sécurité.
On regarde devant et on entend "bonjour."
J'étais là ...
L'interview se passe très bien.
Il était adorable avec tout le monde.
On éteint les caméras.
Je vous jure, il est devenu encore plus sympa.
J'ai cru qu'il allait partir,
vu son boulot.
Il est resté un peu.
On discute.
Tout va bien
jusqu'Ă ce qu'il se tourne vers moi :
"Trevor, j'ai une soirée
dans quelques semaines, un petit truc.
Tu voudrais passer
et faire un sketch ?"
"Monsieur, c'est un honneur.
J'attendrai les détails.
C'est quel genre de soirée ?"
"Un petit truc pour nos VIP RH.
Ça pourrait te plaire."
"Oui, merci.
Pour vos quoi ?"
"Nos VIP RH."
J'ai répondu :
"Votre VIH ?"
Ensuite,
il m'a expliqué
les acronymes.
Je voulais disparaître.
J'avais regardé dans les yeux le président des États-Unis
en lui demandant s'il avait le VIH.
Le pire, c'est qu'il a été gentil.
Il m'a expliqué, je m'excusais.
"J'ai mal compris.
Je ne sais pas pourquoi.
J'ai zappé des lettres."
N'empĂŞche, j'avoue,
j'ai mal entendu.
Les VIP RH, ce sont les VIP
des Ressources Humaines. J'ai compris.
Mais, d'oĂą je viens, le VIH
est pas une super ressource.
Les Africains ne fĂŞtent pas
leur VIH.
Bref...
Je suis épuisé. "Monsieur, pardon.
Vous n'avez pas le VIH.
MĂŞme si vous l'aviez,
il n'y a pas de honte Ă avoir.
Je divague, pardon."
"Trevor, calme-toi.
Du calme, Trevor."
"Pardon, je n'aurais pas dû dire ça.
Je suis l'homme le plus bĂŞte de la Terre.
Vous n'avez jamais vu plus bĂŞte que moi."
"Trevor, c'est faux.
J'ai vu Trump."
Et bim !
C'était parfait.
Ça m'arrive souvent,
maintenant que je vis aux États-Unis,
de pas tout piger.
Quand on change de pays,
on apprend la langue locale.
Je croyais pouvoir éviter ça,
car je parle anglais.
Mais l'anglais d'Amérique
est un peu différent.
Il y a des petites variantes.
Prenez la prononciation.
De l'eau, pour moi, c'est "water".
"Water". Ici, ils prononcent "wadder".
Pas vrai ? "Wadder".
Pour moi, il y a un "t" au milieu.
Un miroir, pour moi,
c'est "a mirror".
Les Américains disent "ameer".
"Ameer". Ça change le sens.
"A mirror", c'est un miroir. "Ameer", c'est Amir.
Rien Ă voir.
Rien du tout.
Et c'est que la prononciation.
Il faut aussi réapprendre le sens de certains mots,
quand on déménage.
D'oĂą je viens,
les hommes portent un débardeur sous leur chemise.
Blanc, sans manches.
Pour moi, c'est un "maillot de corps".
D'accord ?
J'ai découvert
qu'on disait aussi "marcel".
Oui. Ça me perturbe.
Mon meilleur et pire quiproquo de ce genre
a eu lieu à mon arrivée en Amérique.
J'habitais Ă Pasadena,
quand je suis arrivé.
J'ai choisi cette ville
pour rejoindre mon premier ami américain,
David Meyer.
Il était en Afrique du Sud pour un docu.
On s'est liés d'amitié.
Un jour, on était à son appartement.
Il était sur son pouf.
Il m'a regardé et m'a dit :
"Trevor, mec,
je sais pas toi,
mais je crève la dalle."
J'ai répondu :
"Ça veut dire que t'as faim ?"
"Quoi ?"
"Rien. Tu veux manger quoi ?"
"Tu sais ce qui me fait envie ?
Des tacos."
"D'accord, allons-y.
Allons chez Détacos."
"Quoi ?"
C'est le resto qui te fait envie, non ?"
"T'es sérieux ?
T'as jamais mangé de tacos ?"
"Non, je sais pas ce que c'est."
"Jamais de ta vie ?"
"Ma réponse ne va pas changer, Dave."
- "Jamais de ma vie." - "Jamais ?"
En plus, je déteste ça,
quand un interlocuteur répète sa question.
La différence de vécu le choque,
et il radote.
"T'as entendu le nouveau Beyonce ?"
- "Non." - "T'as pas entendu Beyonce ?"
- "Non, je..." - "T'as pas entendu..."
Maintenant, si.
J'avais jamais mangé de tacos.
En Afrique du Sud,
on mange pas mexicain.
Parce qu'on n'a pas de Mexicains.
Ils sont pas venus. J'y peux rien.
Dave l'a pris personnellement.
Je n'oublierai jamais sa réaction.
"Après tout ce temps en Amérique,
t'as jamais mangé de tacos ?"
"En quoi c'est un souci ?"
"Trevor, les tacos, c'est notre emblème."
"Sérieux ?
Votre emblème, c'est la bouffe mexicaine ?"
Vous savez quoi ? À ce moment-là ,
Dave était sérieux.
Il n'a même pas réalisé à quel point
sa phrase était profonde.
"Les tacos, c'est notre emblème."
J'ai eu la chance de voyager partout dans ce beau pays.
Je suis allé
à Érié en Pennsylvanie,
El Paso au Texas, Honolulu Ă HawaĂŻ.
Si j'ai appris une chose,
c'est que partout,
les Américains aiment les tacos.
Partout,
les Américains aiment les tacos.
Ils adorent.
Tous sans exception.
Je regardais le JT.
Ă€ un rassemblement,
un mec parlait d'immigration,
de séparation de familles...
Peu importe sa mouvance politique,
il était très méchant, xénophobe et raciste.
Un vrai président.
Le journaliste l'interroge.
Il lui parle des enfants.
Le mec répond direct : "Tu sais quoi ?
J'en ai rien Ă battre de ces fichus Mexicains.
C'est eux qui sont venus. Qu'ils repartent.
C'est notre pays.
Retournez d'oĂą vous venez.
Vous faites rien de bien.
Vous nous apportez rien.
Vous ĂŞtes inutiles.
Yo, mec !
On se bouffe des tacos ?"
Dégagez, mais laissez la recette.
J'aimerais qu'il y ait une loi
qui autorise à détester les immigrants
mais interdise de manger leur bouffe.
D'accord ?
C'est un bon compromis.
Tu hais les immigrants,
tu renonces Ă leurs plats.
Ă€ tous leurs plats sans exception.
Ni mexicains, ni caribéens,
ni dominicains.
Ni asiatiques. Rien. Que des patates.
Sans aucun assaisonnement.
Des patates sans rien.
Sans épices.
Pas d'immigrants, pas d'épices.
La vie perdrait littéralement tout son piquant.
Je sais, certains se réjouiraient.
Certains me diraient :
"Prends tes immigrants et tes épices
et fiche le camp."
Ils regretteront.
Ils n'ont jamais vécu sans épices.
N'oubliez jamais.
La vie sans épices était si dure,
si difficile,
que les Blancs ont navigué partout pour en trouver.
En plus...
Ce n'était pas vraiment une croisière Disney.
Les navigateurs, à l'époque,
croyaient qu'en allant par lĂ ,
ils tomberaient de la Terre et mourraient.
Et pourtant,
un mec,
en plein repas de Blanc,
s'est dit : "J'en peux plus.
Je pars par lĂ ."
"Et si vous mourez ?"
"Ça me changera."
Pas d'immigrants,
pas d'épices.
Et encore moins de tacos.
Mon ami Dave serait furieux.
C'est sa passion.
Il m'a fait un discours dessus,
tel l'héritier des Tacos.
Il s'est tourné vers moi : "Je suis ton ami américain,
et je t'en ferai goûter,
mĂŞme si je dois en mourir !"
"Si on y allait, Dave ?"
"D'accord."
J'adore, dans une conversation,
quand l'autre est prêt à débattre
mais qu'en fait, on est d'accord.
Il ne change pas de ton.
Il reste énervé pendant un temps
pour avoir l'air moins fou.
C'est fréquent en couple,
dans les disputes qui n'en sont pas.
"Bordel, Karen,
tu ne me soutiens jamais,
ça me blesse."
"Bob, excuse-moi."
"N'essaie pas... Merci beaucoup."
Je m'attendais pas à des excuses donc j'ai crié.
Je me sens bĂŞte.
Je vais changer de ton."
Je voulais pas de cris, mais des tacos.
Allons-y, Dave.
On se jette dans la voiture.
On roule
pendant 20 minutes.
Je pensais
arriver Ă un restaurant.
Au lieu de ça,
Dave se gare
sur un parking abandonné.
Il coupe le moteur et me regarde : "C'est bon.
On y est."
"Je vais me faire tuer ?"
"Non, on va chercher des tacos. LĂ -bas."
Il me montre un camion dans le coin.
Un camion-restaurant.
Je sais maintenant que ça existe.
La nourriture y est même réputée.
Mais à l'époque, excusez-moi,
j'étais un peu inquiet.
D'accord ?
J'étais pas convaincu de payer un resto
qui disparaîtrait le lendemain.
Il y a un niveau de confiance
lié à la constance.
Dave était ferme : "Le camion,
c'est signe de qualité."
"Finissons-en, allons-y."
Je sors, j'arrive au camion.
Il vendait bien des tacos.
Ça se voyait à son enseigne lumineuse.
Tacos.
Tacos.
D'ailleurs, petite info sur moi,
je hais les mots clignotants
qui ne changent pas.
Un mot
ne devrait pas clignoter
sauf s'il se transforme en une autre info.
Sinon, c'est un faux suspens.
C'est un crime.
Mon regard est attiré
et j'attends la nouvelle info. Tacos.
Quoi d'autre ? Tacos.
Mais encore ? Tacos.
Que du Tacos !
Je m'emporte.
J'arrive au camion.
Un petit gars apparaît.
Il était bien plus enjoué que moi.
Il lève la tête : "Ça va, mec ?
Tu veux des tacos ?"
"Ce serait bizarre que non."
"Quoi ? Ah, ouais.
C'est sûr, mais on sait jamais.
Tu veux peut-ĂŞtre autre chose."
"Vous avez quoi d'autre ?"
"Rien, je fais des tacos."
"Merci.
J'ai perdu dix secondes de ma vie. Merci."
"Non !
Calma-te, mec.
Ne gaspillons pas ton temps.
Faisons des tacos.
Tu en veux combien ?"
"Je ne sais pas, monsieur.
Je n'en ai jamais mangé."
"T'en as jamais mangé ?"
- "Non, jamais." - "Jamais de ta vie ?"
"Je vous présenterai Dave."
Je commande pas des plats que je connais pas.
Je connais pas les quantités.
Je connais pas les tacos,
c'est tout. Je fais quoi ?
J'en prends combien ? "Cinq !"
Et si un taco est un cochon ?
Si je dis : "Cinq !",
je rentre comment ?
"C'est ainsi que ma ferme est née."
J'ai aucune idée
de ce que c'est.
Je dis : "Je veux juste goûter.
Donnez-m'en assez pour goûter."
"Pour goûter, deux, ça suffit."
"OK, deux tacos."
"Deux tacos !"
Il part au fond,
il va les préparer.
Je sais pas ce qui va sortir.
Il revient. "Mon ami !
C'est prĂŞt."
"Merci beaucoup."
"Un lange ?"
- "Pardon ?" - "Un lange ?"
Los Angeles,
là , je galère.
Vous voyez,
d'oĂą je viens,
un lange, c'est le tissu où les bébés
font caca.
Pour la bouche, c'est une "serviette".
Je pigeais pas.
Le mec me regardait,
me proposait Ă manger et finissait par :
"Un lange ?"
"Je ne comprends pas.
Pourquoi un lange ?"
"Les tacos, ça salit."
"Ça salit ?
C'est si rapide ?"
"On sait jamais, avec les tacos.
Quand t'en manges un,
il peut retomber."
"J'ai jamais rien entendu de plus dégoûtant."
"Non, ça fait partie du jeu.
C'est normal.
Tu te salis, tu nettoies, tu reviens et tu réessaies."
"Ça me donne pas trop envie de tenter."
Je renonce. "Tu goûtes même pas ?"
"OK, je tente,
mais sans le lange."
"Comment tu vas faire ?"
"Si c'est si terrible,
je vais les manger sur la route."
"Tu en es sûr ?
Tu vas conduire,
éviter quelqu'un, freiner fort et paf !
Ne joue pas les héros.
Prends un lange."
"Je ne joue pas les héros,
je suis un adulte.
Au pire, je serrerai très fort
jusqu'Ă l'appart."
"Mauvaise technique.
Si tu serres trop fort,
le liquide sort encore plus.
Tu en auras sur ton pantalon, ta chemise..."
"Ma chemise ?"
"Comment ça peut finir là ?
Ça rebondit et fait un ricochet ?
Quels sont vos ingrédients ?"
"Un lange ou pas ?"
"J'hésite à prendre les tacos."
Quel stress !
J'adore les tacos.
J'aime les tacos,
la bouffe mexicaine,
les Mexicains.
Je sais pas pourquoi.
Je sens un lien.
Sud-Africains et Mexicains.
Un pays de merde, ça rapproche.
Les mots de Donald Trump me dépassent.
Il est...
Pour moi, il est un paradoxe émotionnel.
Je vous jure.
Logiquement, l'info passe. Nerveusement, je souffre.
D'un côté,
je me réveille souvent terrifié à l'idée
qu'il soit Ă la tĂŞte du plus puissant pays du monde.
Mais, j'avoue, souvent,
je sais qu'il va me faire rire.
Entre peur et joie,
je suis confus.
C'est comme si
se dirigeait vers la Terre un astéroïde
en forme de pénis.
Je vais mourir,
mais en riant.
Regardez ce qu'il fait,
et ce qu'il a fait de notre monde.
On vit un moment historique.
Un moment qui ne se reproduira plus.
On vit à une époque
où on découvre le rôle du président
en même temps que le président.
C'est inédit.
C'est fou, comme concept.
Tu lis ton journal du matin :
"Je savais pas."
Et, au mĂŞme moment,
il lit le mĂŞme journal : "Moi non plus."
Personne ne sait oĂą on va,
ni ce qu'il fera.
Juste qu'il veut son mur.
Il y tient.
Donald Trump veut son mur.
Il a besoin de 25 milliards.
Des poches des Américains,
car le Mexique est malin.
C'est vite tombé à plat.
Souvenez-vous de ses meetings.
Il était ovationné.
"Les gars,
on va construire
un mur.
On va construire un mur.
Et qui va payer ?
Le Mexique."
Le Mexique : "Tu rĂŞves, mec.
Le construire, oui, mais pas le payer."
J'ignore si vous avez suivi cette histoire,
mais on dirait une comédie.
Pas vrai ?
Ils ont commencé
à créer des prototypes du mur,
car Donald Trump veut le tester.
J'ignore comment.
"Réessayez !"
Ce sont des prototypes,
donc Trump décide des spécifications.
Il veut un mur qui soit en béton
tout en étant transparent.
D'accord ?
Le président veut un mur transparent
parce qu'il a peur
que des dealers mexicains
balancent des sacs par-dessus
et blessent des promeneurs américains.
Il a besoin d'un mur transparent
pour que les Américains voient la drogue
et l'attrapent.
Je sais pas ce qu'est un mur transparent,
mais j'ai peur
qu'un entrepreneur arnaque Trump.
Il l'emmènera à la frontière. "Et voilà .
Le mur invisible."
Pour appuyer son propos,
il paiera des mimes mexicains.
"Ce mur est infranchissable."
"Ça marche !"
Sacré Donald Trump...
Il avait eu une autre idée.
Bâtir le mur avec des panneaux solaires.
Il l'a dit.
Il voulait construire le mur avec des panneaux solaires,
pour qu'il produise de l'électricité
et se rentabilise.
J'avoue,
c'est une bonne idée.
J'avoue.
Sauf si on a quelques notions sur le soleil ou les murs.
Le souci, c'est que le soleil est haut.
On est d'accord ?
Vous suivez ?
Le soleil est lĂ -haut.
Un mur de panneaux est inutile
car il est comme ça.
Vers le bas.
À moins d'avoir un soleil stylé
qui brille super bas,
ça ne marchera pas.
La seule solution avec les panneaux,
ce serait de les incliner.
Mais ça ferait une rampe géante
d'oĂą les Mexicains pourraient tirer.
"Ora le..."
Sacré Donald J. Trump...
J, c'est pour Jésus.
Beaucoup le savent pas.
Je me déteste.
Il a toujours une cible.
Toujours.
Les Mexicains, les musulmans,
les Africains des "pays de merde".
C'était mon attaque préférée,
étant un Africain
qui fait de la merde.
Des gens sont mĂŞme venus
m'interroger.
Notamment après un spectacle.
Un mec très inquiet. "Trevor.
J'ai une question."
"Je t'écoute, mon ami."
"Je voulais savoir...
Quand Trump dit des trucs horriblement racistes,
ça te donne pas envie
de quitter l'Amérique
et de fuir le racisme en Afrique du Sud ?"
"Mon ami,
lĂ -bas, on ne fuit pas le racisme.
On en fait le plein."
Tu rigoles ?
Ça me rappelle mon enfance.
Le racisme.
Le racisme est omniprésent en Afrique du Sud.
C'est vrai, ça s'est amélioré.
Quand j'étais petit,
il y avait l'Apartheid.
Ça, c'était
le meilleur des racismes.
Je devrais pas dire ça.
Vous allez vous vexer.
"Notre racisme était meilleur". Non.
Peut mieux faire.
J'ai subi beaucoup de racisme,
comme tout le monde.
Je ne l'ai jamais mal vécu, grâce à ma famille.
Ma mère est noire, c'est une Xhosa.
Mon père est suisse.
Leur relation étant illégale,
on ne pouvait pas vivre ensemble.
On a subi beaucoup de racisme.
Et oui, effectivement,
la langue xhosa est pleine de clics.
Mais pas comme dans les films américains,
vous savez.
Dans ces films, les Africains
parlent comme ça.
C'est pas une langue.
Les Xhosas regardent ces films
et ne pigent rien.
"Ils sont d'oĂą ?"
"Cleveland, je crois."
Les clics sont des consonnes,
mais les voyelles existent.
Mes parents ne pouvaient pas vivre ensemble.
J'étais avec ma mère, mais mon père
n'avait pas le droit.
Le racisme était omniprésent.
Mais j'ai eu la chance
d'avoir la mère qui déchire le plus
au monde.
Rien ne l'a arrêtée.
Rien ne l'a troublée.
Je me souviens, une fois,
on marchait ensemble.
Un mec en face nous a insultés.
J'avais à peu près cinq ans.
J'ai regardé ma mère : "Maman,
on fait quoi contre les gens racistes ?"
"Tu sais ce qu'on fait ?
On leur prend leur racisme,
on le mélange avec de l'amour de Jésus
et on leur renvoie."
"Quoi ?
Elle est folle."
Elle l'était,
mais elle avait raison.
Je l'ai surtout compris des décennies après.
C'est comme ça pour nous tous.
On atteint l'âge de nos parents et on se dit...
"J'ai compris."
J'ai compris les préceptes de ma mère
à l'âge adulte.
Je me promenais Ă Chicago,
tranquillement.
Un mec est passé en pick-up
et m'a traité de nègre.
Franchement,
j'ai été déçu.
Il roulait en pick-up.
J'aurais préféré qu'il ne soit pas
un cliché sur pattes.
Si tu veux ĂŞtre raciste, distingue-toi.
Sois original.
Roule en Prius.
Oui.
C'est plus écolo et silencieux.
Tu peux me faire sursauter.
Mais non, il était en pick-up
et il m'a insulté.
Pour tout vous dire,
j'ai traversé en dehors des clous.
Je n'essaie pas de le défendre,
mais sachez que j'ai déconné.
D'accord ?
J'ai traversé,
le feu est passé au rouge.
J'ai continué car les couleurs ne me gênent pas.
Et ce mec...
Mon incivilité l'a tellement agacé
qu'il m'a contourné,
a baissé sa fenêtre et m'a fixé
pour me dire : "Dégage, nègre."
Il me voulait vraiment du mal.
J'ai vu dans ses yeux
qu'il voulait que je fasse...
Ce qu'il ignorait,
c'est d'oĂą je venais.
Et surtout,
il ignorait qui
était ma mère.
Il a cru à une journée raciste
comme une autre.
Il pensait arriver,
m'insulter et continuer sa vie.
Il n'a pas réalisé que j'étais le fils de Patricia.
Ce bref instant
parut une éternité.
J'ai pas réfléchi. Il m'a insulté,
et mon corps a fait...
J'étais là : "Merde !"
Et je vais vous dire,
c'était beau et spontané.
J'ai pas réfléchi. J'ai traversé,
il a tourné, baissé la vitre,
et m'a fixé.
"Dégage, nègre !"
Et moi : "Yo, mon négro !"
Il a failli décéder.
J'ai jamais vu quelqu'un
se questionner aussi rapidement.
Je souriais,
et je voyais qu'il se disait : "On se connaît ?"
On s'est déjà vus ?"
Et je sais pas pourquoi, mais c'est inoubliable.
Il a regardé ses mains.
Comme si, par magie,
elles étaient devenues noires.
Comme si je l'avais maudit.
J'ai pas compris.
Il m'a fait de la peine.
Je suis habitué à ce mot,
mais lui, pas.
On n'oublie pas sa première fois.
Désolé, mais...
C'est son but ?
Gâcher ma journée avec ce mot ?
Il me dit : "Nègre !"
et je suis censé pleurer ?
Pas le temps.
Ma mère disait :
"On ne contrĂ´le pas les autres,
mais on contrôle nos réactions."
Je me suis donc juré
de ne jamais montrer ma douleur Ă un raciste.
Même si ça fait mal,
je ne lui fais pas ce plaisir.
Un mec m'insulte ?
Je prends son racisme, le mélange avec Jésus
et lui renvoie.
C'est pas toujours facile.
On réagit comme on peut et comme on veut.
D'autant plus que, pour moi, c'est différent.
J'ai la chance de venir d'un pays
où le mot "nègre" n'était pas pesant.
On avait un autre mot,
faut pas déconner non plus,
mais pas celui-lĂ .
Chez nous, c'était "cafre".
MĂŞme concept.
C'est dingue.
Même racisme, mot différent.
Ici, ça veut rien dire. Cafre ?
Rien.
"C'est un probiotique ?
C'est ça ?"
Le probiotique de ma douleur.
J'en ai jamais vu en Afrique.
Logique.
Ici, personne m'a prévenu.
Je suis au rayon lait.
"Yaourts, glaces...
Ce lactose est intolérant."
Bref, c'est différent.
Je comprends.
J'ai la chance que le mot "nègre" ne m'atteigne pas.
Chez moi, c'était pas une insulte.
Personne en Afrique n'a été opprimé avec ce mot.
Il n'a donc aucun pouvoir.
Où que j'aille. "Nègre..." Rien.
Alors que lĂ , je sens une tension.
Je la sens.
Certains sont lĂ : "Sept fois ?
Ça suffit.
C'est mon quota pour l'année."
Je comprends.
Peut-ĂŞtre qu'on peut se servir
de cette différence pour s'aider
et créer un programme.
Vous enverriez vos racistes en Afrique
une fois par an.
Les Africains leur feront la misère.
En Afrique, pas besoin d'attendre.
Dès l'aéroport, il y a des Noirs.
C'est vite fait. "Nègre !"
L'Afrique étant dirigée par des Noirs,
ils ont pas peur des Blancs.
Ils sont lĂ : "Jimbo est revenu.
M'sieur Négro !
Ça va, négro ?"
"Bordel, c'est toi, le nègre."
"C'est celui qui dit qui l'est, négro !
Négro !
N'oublie pas ta crème solaire.
Allons faire la fĂŞte."
Ce serait différent.
C'est toujours bizarre pour moi,
car mĂŞme s'il n'est pas une insulte,
le mot "nègre" existe en Afrique du Sud.
Techniquement.
En langue xhosa,
il signifie "donner".
C'est sa signification.
Son sens.
Ce mot ne me blesse pas.
Quand on me le dit,
j'ai une tendre pensée pour mon enfance.
Des souvenirs reviennent.
Les petites voitures de mon cousin.
Je lui volais car j'en avais pas.
Il criait.
Ma mère accourait.
"Les garçons,
qu'est-ce qu'il y a ?"
Mon cousin répondait :
"Tata..."
"HĂ© !
Parle clairement.
Qu'est-ce qu'il y a ?"
"Trevor a volé mes jouets."
"Trevor, tu as volé ses jouets ?"
"Non, j'ai rien volé.
- Promis." - "Trevor...
Ne mens pas. Tu les as volés ?"
"J'ai rien volé.
Ses voitures étaient garées illégalement.
J'ai dĂ» les saisir,
car une société a besoin de lois.
Je ne suis qu'un humble citoyen,
maman.
Sans lois, c'est l'anarchie.
La loi est notre seul garde-fou.
C'est ce qui nous maintient en..."
"HĂ© !
Ne me sors pas tes jolis mots.
Rends les jouets."
"Je veux juste jouer..."
"Donne-les."
Et mon cousin : "Sérieux, frère !"
L.A., c'était super.
Merci d'ĂŞtre venus me voir.
Ça me touche.
Bonne nuit.
Sous-titres : AnaĂŻs Bertrand
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