All language subtitles for Scandal 1950 by Akira Kurosawa (Full Movie)

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Original subtitles

Une production SHOCHIKU

SCANDALE

Producteur : KOIDE Takashi

Sc�nario : KUROSAWA Akira KIKUSHIMA Ryuzo

Cam�ra : UBUKATA Toshio

Lumi�re : KATO Masao

D�cors : HAMADA Tatsuo

Son : OMURA Saburo

Musique : HAYASAKA Fumio

Interpr�tes :

Le peintre : MIFUNE Toshiro

La chanteuse : YAMAGUCHI Yoshiko

La jeune malade : KATSURAGI Yoko

La mod�le du peintre : SENGOKU Noriko

L'�diteur : OZAWA Sakae

Son assistant : HIMORI Shin'ichi

L'avocat HIRUTA : SHIMURA Takashi Sa femme : KITABAYASHI Tanie

La m�re de Miyako : OKAMURA Fumiko

Un reporter : MASUDA Junji

L'ivrogne : HIDARI Bokuzen Un peintre : TONO YAMA Taiji

Les photographes : MITSUI Koiji - OSUGI Yoichi

Les trois b�cherons : KODO Kokuten

avec UEDA Kichijiro et AGATA Shuzuke

Mise en sc�ne : KUROSAWA Akira

Dites, Monsieur, vous �tes peintre ?

Je n'en ai pas l'air ?

Beaucoup de peintres viennent par ici,

mais moi, j'en ai jamais vu arriver � fond la caisse � moto.

Un peintre, �a ne va pas � moto ?

En fait, vous �tes un excentrique...

comme votre peinture, d'ailleurs.

On dirait que le Mont Kumotori danse.

La montagne, �a bouge.

Quoi ?

Si on regarde bien, la montagne bouge.

Vous avez raison, elle bouge !

Balivernes !

Comment pourrait-elle bouger ?

Connais-tu ce pays

Ce pays tout au sud

O� les arbres restent verts

Et les fleurs s'�panouissent

Le vent...

En tout cas, moi, j'ai jamais vu un tableau comme �a.

C'est normal ! C'est moi qui l'ai peint.

Je peins � ma mani�re.

Et toi, papi... tu consultes les gens pour c�liner ta berg�re ?

Bien parl� !

Pardon. Kaminoge, c'est par o� ?

Vous allez arriver � la grand-route.

N'avez qu'� la suivre vers le nord.

- C'est loin ? - Mais non, vous verrez.

Pour eux, �a veut dire 5 bons kilom�tres.

Pourquoi n'avez-vous pas pris le car ?

Le prochain �tait dans trois heures...

Laissez ici votre valise.

Je la mettrai sur ma moto.

Je vais dormir � Kaminoge, ce soir.

Cette montagne me pla�t.

Vous l'avez faite trop rouge !

Ce Mont Attrape-Nuages n'est pas si rouge que �a !

Tu me casses les pieds, papi !

J'ai dans le c�ur une montagne en feu.

Je m'en suis souvenu en peignant celle-ci.

Ce serait comme �a qu'on peint un tableau ?

�coutez ! Si vous patientez, je vous emm�nerai � moto.

C'est vrai ? C'est Saijo Miyako, la c�l�bre chanteuse ?

Vous m'en direz tant !

Elle d�teste les photos.

Et lui, qui est-ce ?

Ils ont pris des chambres s�par�es.

Mlle a dit qu'elle avait d�j� refus� d'�tre photographi�e, l'autre jour.

On le sait bien.

Mais on est venus jusqu'ici...

Je le lui ai dit.

Essaie encore ! On ne peut pas rentrer bredouilles !

Va lui demander � nouveau !

J'ai fait de mon mieux !

Si on s'incruste pour la nuit, on y arrivera peut-�tre ?

Comment faire sans budget ?

- Veuillez m'excuser ! - Entrez !

C'est vous ?

Je vous remercie pour tout � l'heure.

De rien. Puis-je entrer un instant ?

Je vous en prie. Veuillez excuser ma tenue.

Je sors du bain, moi aussi.

Ne vous d�rangez pas.

- Je peux fumer ? - Je vous en prie.

Vous �tes bien Mlle Saijo Miyako ?

J'ai entendu les servantes chuchoter.

Et je me suis rappel�... ces grands yeux.

Au fait, moi je m'appelle Aoe Ichiro et je suis peintre.

Mais moi aussi, je me souviens !

On parlait de vous dans une revue d'art.

On parlait de ma moto. Et on disait aussi que je copiais Vlaminck.

Comme ils ne font que copier, ils croient que tout le monde le fait.

Ce que j'aime dans la moto, c'est son c�t� insolent.

J'aimerais transposer cette insolence dans ma vie.

Mais vous, que faites-vous ici ? Vous changez d'air ?

C'est �a. J'ai un peu trop de probl�mes sur les bras.

Quand on est c�l�bre comme vous, ce ne doit pas �tre facile.

Ce doit �tre fatiguant,

tous ces regards qui vous guettent.

Ici, hors saison, on est tr�s bien.

La vie est calme.

J'y pense ! Demain, vous devriez aller voir l'�tang !

Il n'est pas loin, dans cette direction.

Son eau est d'un vert �trange...

comme on en voit dans certains jades.

Vous voyez ce petit bois ?

L�-bas...

le bois de c�dres tout sombre... L'�tang est juste derri�re.

- Vous avez entendu ? - Un appareil photo...

Il doit y avoir des jeunes mari�s.

Les chambres sont s�par�es, n'est-ce pas ?

�a, c'est un scoop !

Patron, vous nous rincez la dalle au cabaret, ce soir.

Le prix du scandale d�pend du partenaire.

Elle a beau �tre Saijo Miyako, si elle a tir� un cheval inconnu,

on se contentera de tord-boyaux.

Regardez-moi �a !

On dirait qu'ils ont pos� !

Vous avez vu les deux serviettes sur la balustrade !

Quelle mise en sc�ne impeccable !

Qu'en dites-vous, patron ?

Nom d'un chien !

Je d�teste les gens qui font leurs coups en douce,

en se donnant des airs innocents.

Mais l'homme, qui est-il donc ?

J'ai l'impression de l'avoir d�j� vu...

Abruti ! Tu ne t'es pas renseign� ?

Je sais seulement qu'il est peintre.

Un peintre bizarre � moto...

Je sais !

C'est Aoe Ichiro.

C'est le tord-boyaux ou le cabaret ?

Le cabaret !

On tire d�cembre � 10 000 de plus !

Fais faire un texte !

"La princesse du chant fugue avec un peintre d�butant"

"Romance � moto"

Il faudrait enqu�ter...

Ne t'inqui�te pas !

M�me si un article est mal fond�, il est cr�dible d�s qu'il est imprim�.

Avec cette photo, il est indubitable.

Tu connais l'idole des temps modernes ?

La photo-choc et l'�crit-t�moignage.

AMOUR La revue des sens et du suspense

ROMANCE � MOTO L 'amour secret de Saijo Miyako

Lisez tous AMOUR de d�cembre La chanteuse et le peintre

ROMANCE � MOTO

Connaissez-vous les amours

passionn�es de la Voix d'or et du jeune peintre ?

R�v�lations exclusives dans AMOUR de d�cembre.

Achetez vite l'�dition sp�ciale avant qu'elle ne soit �puis�e !

- AMOUR, s'il vous pla�t. - D�sol�e, je n'en ai plus.

Viens voir !

C'est Aoe Ichiro !

All�, l'imprimerie Nisshin ? Ici, les �ditions AMOUR.

Pourriez-vous tirer 10000 exemplaires de plus pour d�cembre ?

Nous fournirons le papier. Merci d'avance.

C'est OK, patron.

Et si on f�tait la fin de l'ann�e au pied du Fuji ?

J'aimerais mieux recevoir mes trois mois de salaire en retard !

Finie la crise !

En plus des trois mois de salaire, vous aurez m�me une prime !

On peut remercier mon Leica !

Pourquoi fais-tu cette t�te-l� ?

- �a va aller, patron ? - Quoi ?

Cet article-scandale... j'esp�re qu'il est fond�.

C'est toi qui l'as �crit.

Parce que vous m'y avez forc� !

J'ai brod� � partir de la photo.

Entre un homme et une femme, c'est univoque.

S'il y a erreur dans le d�tail, ce n'est pas grave.

Et s'ils protestent ?

On passera un rectificatif en bas de page.

Et s'ils portent plainte ?

Excellente publicit�. On tirera encore � 10 000 de plus !

Tu te fais trop de bile ! Ce n'est pas notre premier scandale.

Quelqu'un a-t-il d�j� port� plainte contre nous ?

Y a-t-il m�me eu des protestations ?

C'est vrai, mais...

Ne t'en fais pas !

Nous avons la chance d'avoir affaire � des gens distingu�s.

M�me quand ils pourraient nous attaquer, ils ne portent pas plainte.

Ils se contentent de nous abreuver de leur hautain m�pris.

Montrez-moi votre num�ro de d�cembre.

Vous �tes bien Ma�tre Aoe ?

Veuillez entrer.

Pourquoi tu ne fais pas le th� ?

- Le responsable de cette revue... ? - C'est moi. Enchant�.

ROMANCE � MOTO Nouvel �pisode

Le peintre Aoe frappe l'�diteur d'AMOUR

Je m'inclinais pour le saluer quand il m'a attaqu�.

Je me battrai pour la libert� d'expression.

C'est mal d'avoir �t� violent.

Mais la violence, ce n'est pas seulement des coups de poing.

Cet article est une violence bien pire.

C'est un crime modernis�.

Aoe devrait apprendre � se r�signer.

Il r�colte ce qu'il a sem�.

Franchement, je le regrette, mais je ne suis pas l'amant de Mlle Saijo.

Cet article n'est nullement fond�.

Si j'avais une amie aussi belle, la cacherais-je ?

Ma devise a toujours �t�

de publier toute la v�rit�.

L'article est-il vrai ou non ?

Il suffit de regarder la photo.

Tout devient limpide.

5 minutes apr�s que cette photo a �t� prise,

je suis retourn� dans ma chambre, j'ai bu 2 bi�res,

et apr�s avoir d�n�, j'ai repris un bain et me suis couch�.

C'est tout. Voil� la v�rit�.

Si AMOUR ne publie pas un rectificatif,

je porterai l'affaire devant le tribunal.

Vous ne trouvez pas �a bizarre ?

Le seul � se d�mener, c'est Ma�tre Aoe.

Mlle Saijo garde le silence.

Il est vrai qu'une femme est toujours plus honn�te quant � ses sentiments.

- C'est tr�s impoli, maman ! - Miyako !

Je suis d�sol�e, M. Aoe.

En fait, maman doute de nous.

Elle croit davantage ce qui est publi� que ce que lui dit sa propre fille.

Tais-toi !

Elle a tout simplement peur du qu'en-dira-t-on !

Je voulais d�mentir...

Tu ne connais pas la cruaut� du monde.

Devant une telle catastrophe, il n'y a rien d'autre � faire qu'endurer.

D'ailleurs, que pourrais-tu faire contre ces filous,

habitu�s qu'ils sont � cr�er des ragots ?

Je vais vous dire ce que je pense.

Si ces gens font peur et semblent puissants,

c'est parce qu'ils n'ont en face d'eux que des poltrons.

Tout le monde se r�signe, alors ils se pavanent.

�coutez. Nous ne vivons pas dans la jungle.

Nous vivons dans un pays moderne.

En somme, que voulez-vous faire ?

Porter plainte.

Vous n'y pensez pas !

Je n'avais pas pens� aller jusque-l�.

En allant au tribunal, on va s'exhiber.

Mais non. Ce sont eux que nous allons exhiber.

Qu'avez-vous donc ?

Nous sommes dans notre bon droit.

Pourquoi craindre le tribunal ?

Vous aussi, vous avez peur du qu'en-dira-t-on.

Ce n'est pas cela.

Alors, pourquoi refusez-vous d'aller en justice ?

Bon, j'irai seul.

Pas plus que je ne veux tricher avec mes sentiments,

je n'accepte, ni pour moi ni pour autrui, qu'on fasse n'importe quoi.

Vous pr�parez une exposition ?

Oui, une semaine � partir du 15.

Juste avant la fin de l'ann�e...

Soldes pour les cadeaux de saison ?

Je ne pense pas que �a marchera.

Vous n'�tes vraiment pas en forme. �a ne vous ressemble pas.

J'ai des soucis.

L'affaire AMOUR ?

Toi, qu'en penses-tu ?

De quoi ?

De Saijo Miyako.

Elle est belle, non ?

Je ne parle pas de �a.

Tu crois que ce scandale est vrai ?

Ce n'est pas votre genre.

- Comment �a ? - Eh bien...

vous n'�tes pas homme � scandale,

� la diff�rence de Kawamura, par exemple.

Avec vous, on est tranquille.

La premi�re fois que je pose nue pour quelqu'un,

en g�n�ral, je suis un peu g�n�e. Devant vous,

ce fut tr�s facile.

Au fait, vous ne peignez plus de nus, ces derniers temps...

Je ne conviens plus ?

Non, ce n'est pas �a.

Je sais bien...

Quand une femme a eu un enfant, elle prend du ventre et perd la ligne.

Mais vous savez, si vous voulez peindre des nus, ne vous g�nez pas pour moi.

Faites-en venir une autre.

Je regretterai, bien s�r, de perdre un client comme vous,

mais je me d�brouillerai.

Mais non, il ne s'agit pas de �a.

Tu es b�te.

En fait...

ces temps-ci, je commence � douter de la conception du nu au Japon.

Ici, il n'y a pas de tradition du nu.

On manque de tonus mental pour peindre des nus imposants.

La question n'est pas la beaut� des corps, mais la pauvret� de l'esprit...

Arr�tez ! Vous �tes en train d'�laborer toute une th�orie

pour m'�viter d'�tre bless�e.

Repos !

�a ne fait rien. Vous �tes un chic type.

Rappelez-vous ce que je vais dire : Je prendrai toujours votre parti.

Si vous intentez votre proc�s, citez-moi comme t�moin.

Je le clamerai au pr�sident du tribunal :

"Je suis s�re que Ma�tre Aoe a raison.

"Croyez-en mon exp�rience.

"Quand je pose nue, le seul peintre qui n'a jamais eu de regard vicieux,

"c'est Ma�tre Aoe.

Quant aux autres, il y en a de toutes sortes, mais..."

Qu'y a-t-il ?

L�... l�-bas, on nous espionnait � travers le carreau cass�.

Plus personne !

J'en ai la chair de poule !

HIRUTA Otokichi Avocat � la cour

Ce quartier n'est pas �clair� du tout.

J'ai tremp� mon pied dans le caniveau et ce n'est pas dr�le !

Tout d'abord, ce n'est gu�re prudent !

Vous n'�tes pas inqui�te, le soir, Madame ?

�a ne me g�ne pas. Et je ne suis pas sa femme.

Veuillez m'excuser.

C'est vrai, �a ne me concerne pas...

ni qui vous �tes ni vos liens avec Ma�tre Aoe.

En effet, comment dire...

j'ai grand respect pour la vie priv�e des gens.

C'est pourquoi je suis indign�.

Ces temps-ci, une mode d�sastreuse

fait de la vie priv�e un objet de ris�e.

On s'amuse � rendre malheureux les gens heureux.

Nous vivons dans un monde sans rep�res.

Autrefois, au moins, on distinguait le bien du mal.

Maintenant, on a perdu le nord.

On ne sait plus o� est le bien, o� est le mal.

�a fait 50 ans que je suis homme

et je n'ai jamais vu pareille confusion.

Votre empoignade, Ma�tre Aoe, contre le patron des �ditions AMOUR

a �t�, pour moi, une heureuse nouvelle.

Certes, cela manquait de r�flexion,

mais je pense qu'il est bien naturel d'agir parfois sans r�flexion.

Les gens qui r�fl�chissent � tout sont souvent des m�diocres.

Quand on veut faire passer ses id�es

dans ce monde en pleine confusion,

l'irr�flexion est indispensable.

Mais le dosage est difficile.

C'est l� qu'intervient la loi.

Imaginez que le pr�sident d'AMOUR vous poursuive...

Les salauds sont ceux qui connaissent le mieux la loi.

Dangereux ! Tr�s dangereux !

Vous avez un m�decin ?

Les gens prudents ont un m�decin de famille.

Mais rares sont ceux qui ont un avocat-conseil attitr�.

Au Japon, il n'y a que 5900 avocats,

alors qu'il y en a 170000 aux �tats-Unis.

Au Japon, on cherche un avocat quand on va en justice.

Ici aussi, danger ! Ce n'est pas � moi de le dire,

mais rien n'est pire qu'un mauvais avocat.

Dangereux ! Tr�s dangereux !

Au fait, que voulez-vous ?

C'est vrai ! Excusez-moi.

- Qu'avez-vous ? - O� ai-je mis ma serviette ?

Dans l'entr�e.

J'ai lu que vous alliez porter plainte contre le pr�sident d'AMOUR.

- C'est vrai ? - C'est vrai.

�a, c'est formidable !

Il y a 15 ans environ,

un homme a fait un proc�s � un policier qui pr�tendait

l'avoir vu uriner en public.

En derni�re instance, il a fini par gagner.

Mais vous, avez-vous choisi votre avocat ?

Non, pas encore.

Alors, j'aimerais vous assister.

Vous savez, j'ai vraiment �t� furieux en lisant l'article.

C'est du harc�lement !

C'est un d�ni des droits de l'homme !

Je ne sais comment dire...

En tout cas, je souhaite vous assister m�me sans �tre pay� !

C'est trop insupportable !

� vrai dire, je ne peux m�me pas admettre

que ce type, Hori, fasse partie du genre humain !

Ce n'est qu'une punaise !

Une punaise qui pue ! Qui pue � plein tube !

Qui c'est, ce type ?

"Une punaise qui pue ! Qui pue � plein tube !"

Sa chaussette puait encore plus !

Mais il a dit des choses plut�t bien.

�a ne suffit pas pour faire de lui un type bien.

M�me son nom, Champ de sangsues, est bizarre.

Et qu'est-ce qu'il est moche !

En regardant bien, on voit qu'il a un beau regard.

Demain j'irai chez lui.

C'est en voyant son foyer qu'on conna�t l'homme.

Vous �tes vraiment contrariant !

Laissez tomber !

Je ne connais pas d'avocat.

Cette histoire est douteuse.

Dangereux ! Tr�s dangereux !

Hiruta Otokichi

M. Hiruta ! Vous �tes l� ?

Passez par derri�re !

ATTENTION CHIEN M�CHANT

- Et le chien, �a ira ? - Pas de probl�me.

Je suis Aoe. M. Hiruta est l� ?

Papa est � son bureau.

Et le chien, o� est-il ?

Il est mort il y a 3 ans.

On a laiss� la pancarte par s�curit�.

Vous avez pris froid ?

Non, j'ai la tuberculose.

�a fait 5 ans que je garde le lit.

J'y suis habitu�e, maintenant.

Les gens pensent que je dois m'ennuyer,

mais j'imagine tant de choses que je suis tr�s occup�e.

Dans ce jardin de poche, il se passe plein de choses :

Les fleurs s'ouvrent, l'ombre des nuages passe,

et les oiseaux chantent.

L�, je regardais une chose ravissante.

Faites glisser la cloison.

C'est maman qui l'a cousu.

Elle doit le livrer demain.

J'en profite en attendant.

Il est splendide.

Nous sommes en hiver,

mais avec ces motifs fleuris,

la mari�e qui le portera croira s�rement �tre au printemps.

Le mariage aura lieu ce dimanche.

Pourvu qu'il ne pleuve pas !

Excusez-moi, mais le bureau de M. Hiruta est bien au 4�me ?

Il n'y a pas de 4�me ici.

Me HIRUTA AVOCAT� LA COUR

HEBDO DES COURSES

PRONOSTICS ET TUYAUX

Je vous confie

mon affaire

Rencontrons-nous pour les d�tails

Aoe Ichiro

Tu le conna�tras

Ce pays tout au sud

C'est absurde d'annuler le r�cital.

Ce scandale, c'est de la publicit�. Vous �tes toujours aussi populaire.

Lisez donc mon courrier.

Tout le monde me crache dessus.

On me traite de d�bauch�e, de libertine,

et de tra�n�e.

En tout cas, les billets se vendent tr�s bien.

Je ne veux pas d'une popularit� sans respect.

Je ne suis pas un objet de curiosit�.

Il ne s'agit pas...

Ce piano est d�traqu�.

C'est vous qui l'�tes !

Depuis votre retour, vous ne chantez plus que cette chanson.

O� les arbres restent verts

Et les fleurs s'�panouissent

Le vent y est caressant

Et les oiseaux m�lodieux

ROMANCE � MOTO Saijo Miyako et le jeune peintre

AOE ICHIRO EXPOSITION PERSONNELLE

�a suffit comme �a.

Arr�te de tra�ner par ici.

Pourquoi �a ?

Tu demandes pourquoi ? Eh bien...

peut-�tre ne le sais-tu pas, mais tu ridiculises quelqu'un.

Pourquoi �a ?

Eh bien...

ce que tu fais...

Il a trop d'amour-propre.

� le voir si exalt�, on peut se poser des questions...

S�rement pas ! Il n'est pas comme vous tous !

Toujours aussi acerbe !

En tout cas, son tableau peint l�-bas est exceptionnel.

C'est s�rement un de ses chefs-d'�uvre.

On y sent une vitalit� pr�te � exploser.

Un homme dans cet �tat est pr�t pour l'aventure.

Alors... ?

Il est encore l�, l'homme-sandwich ?

Rien � faire.

En tout cas, tu n'as jamais eu autant de succ�s dans tes expos !

C'est pourquoi j'enrage.

Une lyc�enne vient de me demander un autographe.

Avec la mention "Romance � moto" !

J'arr�te l'exposition.

Encore un coup de t�te !

C'est moi qui suis expos�.

C'est injuste pour mes tableaux.

Les gens ne viennent les voir que pour y humer le scandale.

Mais non, vous �tes bien trop nerveux.

Je sais ! Je vais m'occuper de l'exposition.

Il suffit de rester assise, non ?

C'est d�cid� ! C'est plus facile que de poser !

Mais si je vends, je voudrais un petit quelque chose.

Ben oui, c'est bient�t No�l.

Je dois acheter un cadeau pour mon fils.

�a ne se vendra pas...

Tant pis si �a ne se vend pas.

Je prendrai le tableau du Mont Kumotori. Je l'aime beaucoup.

- Pas celui-l� ! - Pourquoi ?

Parce que je l'aime, moi aussi.

D'ailleurs, il est marqu� : Pas � vendre

C'est un souvenir ?

- Mais non ! - Mais si !

C'est �crit sur votre visage !

Pas la peine de le cacher plus longtemps !

Arr�tons l� les taquineries ! Vous mangeriez l'assiette !

Idiote !

Au fait, o� en est-on pour le proc�s ?

On avance.

Vraiment ? Alors... c'est lui...

M. Dangereux... Tr�s dangereux...

C'est lui qui s'en occupe ? Il ne faut surtout pas le payer d'avance.

Soyez prudent !

Pas de probl�me !

Il n'a eu que 5000 yen pour ses frais.

Tant que �a ! Au nom de quoi ?

Il a des ennuis et sa fille est malade.

Je t'en ai parl�. Tu sais bien...

cette petite merveilleuse.

Une cr�ature de Dieu particuli�rement r�ussie.

On dirait une �toile.

Je vais aller la voir.

Attention ! L'avocat, ce n'est pas elle !

Je sais. Mais le p�re d'une telle fille ne peut �tre un salaud.

Dites... Henry Ford, vous connaissez ?

Vous savez bien... le c�l�bre roi de l'automobile !

Il est c�l�bre aussi pour autre chose.

Un journaliste l'avait d�crit comme arri�r�... une sorte de retard� mental.

Ford l'a poursuivi en diffamation et il a gagn�.

Il n'a eu que 7 cents de dommages et int�r�ts,

rien que 7 cents,

alors que le proc�s avait co�t� une fortune.

Mais il a dit que la d�fense de droits de l'homme valait bien plus encore.

En fait...

cet Aoe ressemble un peu � Ford.

Sauf qu'il a choisi la moto...

Mais il fonce sans d�vier.

C'est redoutable.

Une fois la plainte pos�e, il ira jusqu'� la Cour de cassation.

Il est comme �a... entier...

Et comme il est bizarre, ses demandes le sont aussi.

"R�cup�rer et remettre au plaignant la totalit� des exemplaires de la revue.

"Sinon, verser les dizaines de millions n�cessaires au plaignant

pour mener cette op�ration � son terme."

De quoi mettre en faillite n'importe qui.

La loi est faite pour prot�ger les gens.

Mais elle peut aussi les �craser.

Dangereux, tr�s dangereux !

Montrez-moi �a.

C'est bizarre !

On nous accuse de diffamation et on r�clame d�dommagement,

mais l'article concerne Mlle Saijo.

Tant qu'elle garde le silence, Aoe n'est que le troisi�me larron.

Si la plainte n'est pas conjointe, �a ne tient pas.

Vous �tes bien jeune !

�coutez ! S'il porte plainte seul, c'est apr�s m�re r�flexion.

Dans ce proc�s, le t�moignage de Mlle Saijo est capital.

Si elle t�moigne en tant que plaignante,

l'impact est beaucoup moins grand.

Vous voyez qu'il a m�rement r�fl�chi.

Imaginez Mlle Saijo � la barre des t�moins,

ses grands yeux pleins de larmes...

Mettez-vous � la place du juge ! Comment ne pas pleurer de compassion ?

Asai ! T�l�phone donc � Me Kataoka !

Demande-lui de passer nous voir.

V-v-ous connaissez le b�tonnier ?

C'est notre conseiller juridique.

Dans notre m�tier, on rencontre souvent des ma�tres-chanteurs.

En tout cas, j'esp�re que vous nous ferez une belle plaidoirie.

Nous sortirons une �dition sp�ciale. �a marche toujours.

Rien ne vaut un proc�s pour la publicit�.

�coutez, Ma�tre...

c'�tait vraiment tr�s aimable � vous de vous d�placer jusqu'ici.

Laissez-moi vous offrir un verre.

Te voil� donc ! Tu es encore compl�tement saoul !

Masako !

Ne fais pas de bruit ! Elle vient de s'endormir !

�coute...

elle avait encore 38�5 ce soir !

C'est pour toi... des cadeaux.

Regarde comme il est grand, cet ours.

�a fait longtemps que je voulais te l'offrir.

Et puis, je t'ai achet� tout �a...

toutes ces jolies choses que tu aimes.

Papa...

M. Aoe est venu tout � l'heure.

Ces pommes, c'est lui qui les a apport�es.

Il n'a cess� de r�p�ter que tu �tais un homme tr�s bien.

Mais aussi, qu'au fond de son c�ur,

il craignait que tu ne fasses quelque chose de mal.

Je le comprends tr�s bien.

Quand j'ai de la fi�vre, comme ce soir,

je vois dans le c�ur des gens, au point d'en avoir peur.

Et toi, papa, ce soir,

tu as fait quelque chose de mal.

Tu sais, je le vois tr�s clairement.

Ce soir, tu es particuli�rement tendre.

Tu es aussi tr�s malheureux.

Tu voudrais �tre gentil avec tout le monde,

au point d'en avoir le c�ur serr�.

Quand tu as fait quelque chose de mal, tu es toujours comme �a.

Masako !

�a ne fait rien.

Tu sais, ta tendresse pour moi me fait plaisir.

Et cet ours est magnifique.

Masako...

je suis un salaud, un sc�l�rat.

Mais non, tu es bon.

Non... je suis un salaud.

Peut-�tre pas un grand salaud,

mais une vraie larve.

Depuis quand le suis-je devenu ?

En fait,

dans le temps, on n'a fait que me tromper.

On se moquait de moi.

On se moquait et on me trompait.

� force d'�tre tromp�,

j'en ai eu assez

et j'ai d�cid�

de tromper autrui pour ne plus qu'on me trompe.

�a suffit comme �a.

Masako va �tre �puis�e.

Laisse-le, maman !

�a le soulage de pouvoir vider son c�ur.

C'est vrai.

Elle a raison.

Tu sais, Yasu,

les hommes ont besoin de se confier.

Sinon, �a p�se sur le c�ur et on ne peut continuer de vivre.

Ta m�re...

elle ne dit mot.

Elle ne livre le fond de son c�ur � personne.

Au lieu de parler,

elle fait courir son aiguille.

Tout ce qu'elle a sur le c�ur,

elle le confie � son aiguille.

Mais moi,

si je ne vide pas mon sac, je suis foutu.

Au fait, Masako... o� en �tais-je ?

Pour ne pas �tre tromp�, tu as appris � tromper autrui.

Ah oui ! J'y suis !

C'est �a, le drame des humains !

Ils sont faibles. Comme ils sont faibles, ils feignent la force.

C'est �a qui est dangereux !

Tr�s dangereux !

Moi... quand j'ai lu l'article,

j'ai eu de la compassion pour cet homme, Aoe.

J'ai �t� furieux comme si mon propre fils avait re�u un coup.

C'est vrai. L�, je ne mens pas.

Je n'ai pas song� � profiter de lui.

C'est l� qu'intervient ce Hori, un vrai salaud.

C'est le salaud � l'�tat pur.

Tout ce qu'il a gagn�, c'est l'argent le plus sale du monde.

Il faudrait qu'on lui fasse recracher cet argent...

C'est, du moins, ce que je pensais.

Et je me suis mis dans la gueule du loup.

Vraiment, ce type... ce Hori...

c'est le salaud absolu.

Un salaud de g�nie !

Si j'avais su, comme lui,

mener ma barque envers et contre tous,

j'aurais s�rement connu un succ�s �clatant.

C'est un homme pour qui la fin justifie les moyens.

C'est vraiment un type d�testable.

Un type pestilentiel.

� cette abjection,

cette abjection absolue,

j'ai fini...

j'ai fini par succomber.

J'ai perdu.

Quand j'ai compris, c'�tait trop tard.

M. Hiruta !

T�l�phone ! De la part des �ditions AMOUR !

Je ne suis pas l� !

Tu te prends pour qui ? Je ne suis pas aux ordres !

Ce n'�tait qu'un message !

On vous attend � Kawasaki, au v�lodrome.

M. Aoe est l� ?

Non, il n'est pas l�. Il ne vient pas ici.

Le tableau du Mont Kumotori n'est pas � vendre, semble-t-il,

mais je voudrais l'acqu�rir.

� mon grand regret, c'est impossible.

M. Aoe semble tr�s attach� � ce tableau.

Mais vous �tes Mlle Saijo Miyako !

Non, arr�tons l� ! Je ne dois pas !

Laissez-vous faire. Ce n'est rien.

J'ai d'ailleurs un service � vous demander.

Mais je suis l'avocat du plaignant,

non pas celui de l'accus�.

Ne vous trompez pas l�-dessus.

Ne dites pas de b�tises !

Vous et moi avons int�r�t � un r�glement � l'amiable.

Moi, �a m'�vite de perdre mon temps.

Et M. Aoe �vitera de se d�shonorer davantage.

Tout s'arrangerait donc au mieux pour nous trois.

Faites tra�ner, en invoquant la n�cessit� d'une plainte conjointe...

Allez, encore un tour !

M. Hiruta ! Encore � espionner !

Vous ne pouvez pas entrer ?

Et si on avait un chien ?

Quel froid, dehors !

Normal ! C'est l'hiver.

Vous avez lanc� la proc�dure ?

Eh bien, justement...

c'est-�-dire...

Pas encore ? Tant mieux !

En fait, apr�s avoir consult� plusieurs confr�res, j'ai compris que...

sans le d�p�t d'une plainte conjointe,

ce ne serait pas int�ressant, et donc...

Nous y voil� ! Je vous pr�sente...

Mlle Saijo Miyako.

Me Hiruta, notre avocat.

� vrai dire, Mlle Saijo est venue me donner son accord

pour porter plainte conjointe avec moi.

Elle m'a ainsi soulag� d'un grand poids

et nous sommes en train de f�ter �a.

Joignez-vous � nous.

Je vous en prie.

PLAINTE CONJOINTE D'AOE ET SAIJO

LIBERT� D'EXPRESSION OU ABUS DE LA PRESSE ?

Le peintre et la princesse du chant EN COL�RE !

LA PRESSE � SENSATION D�NONC�E

C'est que...

�a ne part pas du tout dans le bon sens.

Quand on inspire confiance, on est comme ligot�...

En tout cas, cet Aoe, il est...

Ces excuses ne servent � rien, maintenant qu'il y a proc�s !

Je vous ai donn� un ch�que. � vous de jouer, au tribunal.

N'oubliez jamais que vous �tes l'avocat des plaignants et de l'accus�.

Vous croyez que �a ira, patron ?

Idiot ! Ne fais pas cette t�te-l� !

Appelle tout de suite Me Kataoka.

Le b�tonnier ? Vous n'aviez pas dit �a pour l'intimider ?

Qu'attends-tu ?

Comment faire sans pr�sentation ?

On va le supplier.

C'est notre seule chance.

En tant qu'avocat, c'est une question de principe.

Moi-m�me, j'accepte de plaider pour tout un chacun.

Mais je refuse les mauvaises causes.

Ma�tre, la mauvaise cause, c'est la leur.

Je suis s�r de gagner.

Il y va de l'honneur des �ditions Amour.

Le fond de cette affaire,

c'est le bien-fond� de cet article.

Est-il vrai, ou pas ?

Si vous �tes s�r de vous, il faut �tre tr�s ferme.

Dans le cas contraire...

Merry Christmas !

M. Aoe !

Erreur ! Je suis le P�re No�l !

Je suis un chien, une merde !

Une larve !

Masako est bien � plaindre !

Que se passe-t-il ?

Inutile ! Vous ne pouvez comprendre !

Allons boire. On parlera.

Je suis foutu ! Un chien ! Une larve !

Je le suis ! Ne vous inqui�tez pas, Madame.

Allez papa ! On danse !

Prends quelque chose ! Sinon, notre chiffre d'affaires sera nul.

Pardon ! Sers-nous quelque chose !

De la dinde ?

Du poulet suffira.

C'est No�l. Prenons de la dinde.

Vous �tes bien jeune !

Dans cette sorte d'endroit,

dinde ou poulet, c'est la m�me chose.

Il n'y a que l'addition qui change.

Dis, je t'ai d�j� vu quelque part...

�coutez-moi !

L'ann�e se termine dans une semaine.

Dans une semaine,

on sera en 1950.

Chaque ann�e,

les hommes, tous les hommes,

se fichent du pr�sent.

Ils se fichent de l'ann�e en cours

et ils remettent tout � l'ann�e qui vient.

S'il n'y avait pas l'an prochain, ils ne pourraient pas vivre.

Vous savez bien...

l'an prochain, on y va !

L'ann�e prochaine, je le fais ! Je me d�fonce !

L'ann�e prochaine s�rement !

L'an prochain sans faute !

On se construira une maison, m�me petite.

On sera gentil avec sa femme.

On fera tout �a, c'est s�r !

L'an prochain, vous verrez !

Sans faute !

Vive l'ann�e prochaine !

� bas cette ann�e !

Allez ! On chante tous ! Tous ensemble !

Et puis, l'an prochain,

on se d�fonce tous !

C'est vrai !

C'est vrai ce qu'il dit !

Moi aussi, je le ferai !

L'an prochain, je me d�foncerai !

Cette ann�e, j'ai �t� une larve.

L'an prochain, je serai un homme digne de ce nom.

Cette ann�e, j'ai �t� un salaud.

L'an prochain, �a changera.

Ne te fais pas de soucis !

J'ai une fille unique.

Elle est formidable.

Beaucoup trop bien pour moi !

Elle a de si beaux yeux !

Quand elle me regarde avec ces yeux-l�,

je voudrais me cacher dans un trou.

Mais l'an prochain,

je serai digne de ces yeux-l�.

Je serai un homme qui n'a plus honte.

Chantons !

M. Aoe !

Chantez avec moi !

Pour le vieux salaud que je suis !

Je vous en prie !

Vous tous !

Chantons tous en ch�ur !

Je vous en prie !

Merry Christmas !

Regarde, vieux ! Un miracle !

Merry Christmas !

Regarde-moi �a !

Une �toile est tomb�e dans cette mare pleine de boue.

C'est formidable, vieux !

La vie est pleine d'�motions !

M�me dans ce quartier mis�rable,

on trouve des �toiles.

M�me un minable salopard comme toi peut avoir une fille comme une �toile.

Masako est devenue une �toile !

Merci !

C'est vrai... c'est vraiment une �toile.

Et moi... je suis le dernier des chiens.

Tais-toi ! Tu es peut-�tre toi aussi une �toile.

Le jour viendra peut-�tre o� tu scintilleras.

Les desseins de Dieu sont imp�n�trables.

Ils sont inimaginables.

Merry Christmas everybody !

L 'affaire AMOUR au tribunal Premi�re audience aujourd'hui

Aoe, o� est ton avocat ?

�a, c'est dur !

Qui oserait encore se d�guiser comme �a ?

Premi�re audience du proc�s AMOUR

Aujourd'hui 15 janvier, le proc�s tant attendu de l'affaire AMOUR

s'est ouvert � Tokyo, au tribunal de premi�re instance.

"Qui suis-je ?"

Celui dont la tenue a d�clench� les rires est l'avocat des plaignants,

Me Hiruta Otokichi.

L 'AVOCAT DES PLAIGNANTS PATAUGE

RAISONNEMENTS PU�RILS DES PLAIGNANTS

O� SONT DONC LES T�MOINS DES PLAIGNANTS ?

Je les ai rencontr�s par hasard. J'ignore leurs noms et leurs adresses.

Mais on les cherche.

Silence !

Monsieur l'avocat des plaignants,

n'en avez-vous pas parl� ensemble ?

NOMBREUX T�MOINS EN FAVEUR DE LA D�FENSE

Oui, ils sont venus � moto tous les deux.

La dame �tait assise derri�re, l� o� on met les bagages.

Oui, ils ont pris des chambres s�par�es.

Mais ceux qui veulent se cacher font souvent comme �a.

Elle n'a m�me pas voulu me voir,

alors que je m'�tais d�plac�.

Ils �taient l�, tout joyeux, � se parler sur la v�randa.

Il semble qu'ils venaient de prendre un bain,

� en juger par les deux serviettes mouill�es sur la balustrade.

On les voit sur la photo.

Des questions au t�moin ?

Aucune.

M. Le Pr�sident ! C'en est trop !

Je veux t�moigner ! M. Aoe n'est pas comme �a !

- Silence ! - Eh, l'avocat ! Secoue-toi !

Silence !

L 'AVOCAT DES PLAIGNANTS

SUSCITE LA COL�RE DE LEURS AMIS

L 'AVOCAT DES PLAIGNANTS R�PROUV� PAR SES CONFR�RES

Je n'en veux pas.

Que dis-tu ?

Je vous en prie, pardonnez-lui.

Elle a de la fi�vre.

Non, je n'ai pas de fi�vre.

Allez-vous-en, tous les deux !

Qu'as-tu donc ? Tu m'en veux de n'�tre pas venu te voir ?

Excuse-moi. C'est ce proc�s qui m'a pris tout mon temps.

Laissez-moi.

Je suis d�sol�e.

Je vous prie de ne plus revenir.

Pourquoi ?

En fait... elle craint que son p�re ne vous trompe.

Elle est tortur�e par cette pens�e.

Pour elle, si votre proc�s prend mauvaise tournure,

c'est enti�rement la faute de son p�re, qui est en train de vous tromper.

Voil� pourquoi la pauvre enfant

ressent votre pr�cieuse gentillesse

comme un fardeau douloureux trop lourd � porter.

Je la connais bien.

D�s que vous serez parti,

elle ramassera vos fleurs qu'elle vient de jeter

et, les prenant une � une,

elle les caressera en pleurant toutes les larmes de son corps.

Masako ne saurait �tre autrement.

Je vais parler franchement.

Je n'essaierai pas de te m�nager.

Tu sais,

j'ai bien compris que ton p�re me trompe d'une fa�on ou d'une autre.

Cependant...

il ne le fait pas par m�chancet�.

Il le fait par faiblesse.

Il ne me trompera pas jusqu'au bout.

J'en suis convaincu.

Tu dois t'en convaincre, toi aussi.

Je te le promets.

Je l'emp�cherai de faire le mal.

Sinon, je ne lui aurais pas confi� mon affaire.

�a va aller ! Ne t'inqui�te pas !

Et puis d'abord, nous avons raison.

Nous ne pouvons pas perdre.

Et puis, tu sais...

on a retrouv� nos t�moins.

On est tir�s d'affaire.

Ne pleure plus.

LES PLAIGNANTS PRODUISENT LEURS T�MOINS RETROUV�S

Un tournant dans le proc�s ?

Vous r�pondrez � tour de r�le.

L'un d'entre vous pr�tera serment au nom de tous les trois.

Levez-vous !

Allez-y, pr�tez serment.

Qu'est-ce que je dois... pr�ter ?

Silence !

Vous devez promettre de r�pondre aux questions sans mentir.

�a va pas ?

Je n'ai jamais menti une seule fois dans ma vie !

Dites-moi, vous les connaissez ?

Bien s�r que oui !

C'est m�me pour �a que vous nous avez convoqu�s.

Alors, o� les avez-vous rencontr�s ?

� Kappazawa.

Il �tait venu l� pour peindre le Mont Kumotori.

On n'avait jamais vu un tableau pareil ! Le Kumotori n'est pas si rouge !

Silence !

Seul le t�moin cit� parle.

Bon, je demande au t�moin

si ces deux personnes �taient ensemble ?

La dame est arriv�e plus tard.

N'est-ce pas ?

C'est bien �a ?

C'est �a.

Alors, pouvez-vous nous dire pourquoi...

ils se sont retrouv�s ensemble sur la moto ?

Voil�.

Je vais vous dire.

La dame est venue � pied sans prendre le car.

Elle �tait terriblement fatigu�e.

Il a eu piti� d'elle.

Il lui a propos� de prendre son bagage.

N'est-ce pas ?

Et apr�s... � la fin,

il lui a propos� de monter derri�re.

N'est-ce pas ?

Je n'ai pas d'autres questions.

La d�fense a-t-elle des questions ?

Non, aucune.

Par contre, j'aimerais demander des explications sur ce t�moignage

� l'avocat des plaignants.

Faites.

Pouvez-vous me dire pourquoi des t�moins si importants

et qui plus est, vos seuls t�moins,

n'ont-ils pas �t� cit�s d�s le d�but ?

Vous avez dit ne pas les conna�tre, donc ignorer leurs noms et adresses.

Malgr� cela, vous avez engag� la proc�dure !

En tant qu'avocat de la d�fense,

il m'est difficile de vous comprendre.

Est-ce vraiment la meilleure mani�re pour se faire rendre justice ?

Je demande � l'avocat des plaignants

de bien vouloir m'�clairer sur ce point.

C'est tr�s juste, ce qu'il dit.

Retourn�s !

L'avocat des plaignants n'a rien � dire ?

Sa r�ponse va �tre d�terminante.

Effet z�ro.

Tu es trop bon ! Moins que z�ro !

L'avocat des plaignants ne r�pond pas.

Dans ce cas, l'audience est ajourn�e.

La prochaine...

Je l'avais bien dit !

Il ne fallait pas faire confiance � ce blaireau.

Pour vous, ce n'est pas grave. Vous en avez fait � votre t�te.

Mais pour elle, c'est d�sagr�able.

�a m'est �gal.

Ce n'est pas vrai !

Qu'y a-t-il ?

Qu'est-ce qui vous prend ?

Vous n'�tes pas fou ? Vous pouviez me dire de me taire.

Pas la peine de faire ce vacarme !

J'avais perdu confiance en moi et j'ai eu besoin de ce bruit.

Pardon si je t'ai bless�e.

Mais je suis vraiment d�sol� pour vous.

On verra bien, si on perd.

On ira en appel... et m�me en cassation !

Fermez la porte ! La porte ! On g�le !

M. Hiruta ! Vous �tes vraiment impossible !

Que se passe-t-il ?

Masako...

Masako est morte.

"Papa...

"M. Aoe a gagn� !

Il a gagn� son proc�s !" Elle a hurl� ces mots...

et puis, elle a rendu l'�me.

VERDICTAUJOURD'HUI

AUCUN ESPOIR POUR LES PLAIGNANTS

Au cours des audiences pr�c�dentes,

la Cour a entendu les t�moins cit�s par les deux parties en pr�sence.

Aujourd'hui, selon la proc�dure habituelle,

nous entendrons une derni�re fois

les arguments de chacune des parties

afin d'�clairer le fond de cette affaire

pour pouvoir rendre un jugement �quitable.

La parole est � l'avocat des plaignants.

Vous n'avez rien � dire ?

Vous ne demandez pas au plaignant de d�poser ?

M. Le Pr�sident, je voudrais prendre la parole.

Faites.

Il est clair que le cours des d�bats nous a �t� d�favorable.

Les journaux disent que nous allons perdre ce proc�s.

Mais je ne peux pas croire que nous allons perdre.

Parce que nous avons raison.

Cet article mentait !

Lors de la derni�re audience,

notre adversaire a utilis� nos seuls t�moins

pour dire que nous aurions pris la proc�dure � la l�g�re.

Si j'ai commis une erreur,

c'est celle d'avoir accord� trop de confiance � la loi.

J'ai raison.

Je le sais mieux que quiconque.

C'est pourquoi je suis venu les mains vides.

Pour le moment, nous n'avons pas r�ussi,

malheureusement,

� produire des preuves suffisamment convaincantes.

Tout ce que nous pouvons produire, ce sont nos propres personnes.

M. Le Pr�sident, regardez-moi bien.

Ai-je le visage de quelqu'un qui falsifie la v�rit� ?

Silence !

Vous n'avez rien � ajouter ?

Rien.

La plaignante Saijo n'a rien � ajouter ?

La parole est � la d�fense.

J'ai �t� �mu par ce que nous venons d'entendre.

Le plaignant s'est exprim� en artiste avec franchise et sinc�rit�.

Cependant,

malgr� sa sinc�rit� �vidente, il semble

qu'il se m�prenne

quant � la fonction de cette Cour.

Mais laissons �a de c�t�.

En tant qu'avocat de la d�fense,

je souhaiterais m'interroger devant vous

sur le r�le jou� dans ce proc�s par mon adversaire,

l'avocat des plaignants.

En effet,

quand un avocat accepte de repr�senter un client,

il prend des responsabilit�s quant au respect de la proc�dure.

Quant � moi,

j'ai demand� � l'avocat des plaignants

des �claircissements sur ce point.

� mon grand regret, je n'ai pas obtenu de r�ponse.

Par ailleurs, le plaignant en personne a pris la parole

pour dire qu'il �tait dans son bon droit et qu'il le savait mieux que quiconque.

Ce raisonnement ne m�ne � rien.

Mon client aussi est convaincu d'avoir raison.

Lui aussi croit �tre dans son bon droit.

Quelqu'un veut-il ajouter quelque chose ?

Moi !

� l'instant,

Me Kataoka nous a assur� que son client �tait convaincu d'avoir raison.

C'est faux !

J'ai ici une preuve

qui est indubitable.

M. Le Pr�sident,

veuillez me permettre de d�poser

en tant que t�moin des plaignants.

La d�fense a-t-elle des objections ?

Qu'en pensez-vous ?

Pour quel motif ?

Les objections doivent �tre motiv�es.

Vous n'avez pas d'objections ?

Venez � la barre pour d�poser.

Ceci...

m'a �t� remis par l'accus� avant le proc�s.

C'est un ch�que de 100 000 yen �tabli � mon nom.

Vous le pr�sentez comme pi�ce � conviction ?

Oui.

Je demande au t�moin d'expliquer

comment ce ch�que serait une preuve en faveur des plaignants.

Eh bien,

lors d'une audience pr�c�dente,

si je n'ai pu r�pondre � Me Kataoka,

c'est � cause de ce ch�que.

� cause de ce ch�que,

pour n'avoir pas cit� nos t�moins,

pour avoir profan� ce tribunal,

M. Le Pr�sident,

Me Kataoka,

et vous, mes clients,

je vous pr�sente mes excuses.

En reconnaissant devant vous

ma malhonn�tet�,

je prouve aussi la culpabilit� de l'accus�.

L'avocat de la d�fense accepte-t-il cette conclusion ?

J'accepte cette conclusion.

- Quel effet cela fait ? - Vos impressions ?

Heureux, bien s�r.

Mais plus que �a...

Plus que �a, quoi ?

�a ne vous servira pas.

Dites quand m�me !

Nous avons assist� � la naissance d'une �toile.

- Expliquez. - Impossible. Je ne peux dire autrement.

- Vous pensez � Me Hiruta ? - En effet.

Elle est bien terne, votre �toile !

En tout cas, c'est la premi�re fois que nous avons vu na�tre une �toile.

� l'aune de cette �motion, la joie de la victoire a peu d'importance.

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