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- Tu trouves que j'ai changé ?
J'ai changé.
Je connais l'angoisse, maintenant.
Je suis aigre, vieille.
Ici, à Paris, je suis en prison.
Tu sais pourquoi ?
- J'ai entendu dire que tu soutenais Al-Roumi.
Je pense comprendre, oui.
- C'est pour ça que je suis sortie.
Il y avait une condition, évidemment,
que je leur sois utile.
Je le soutiens,
je trahis mon pays, je trahis mes amis.
Ils me tiennent en me tapant dessus
et en faisant pression sur ma famille.
- Je peux t'aider.
- Tu dois m'aider.
C'est pas un service que tu me rends.
- Je sais.
- Je dois partir en tournée avec Al-Roumi.
C'est trop.
Je peux pas, je peux plus.
Tu dois me sortir de là.
- Tu partiras pas.
- J'ai déjà essayé d'arrêter.
Ils me menacent.
Ils sont toujours là, partout. Ma famille, j'ai peur.
- Je sais.
- Evidemment, tu sais. C'est ton métier.
Quand je repense à nos après-midis à Damas
J'ai mal au coeur, maintenant.
Je me demande combien ça va me coûter.
- Je sais.
- Tu t'es déjà retrouvé
dans une arrière-cour, à penser que tu allais être exécuté ?
T'as déjà senti le canon d'un pistolet sur ta nuque ?
Non ! Tu ne sais rien !
Sors-moi de là !
- Elle vient d'arriver. Toute neuve.
- Céline, je voudrais vous parler.
La DGSE est au courant
du rendez-vous avec Nadia El Mansour ?
- Non.
- Vous comptez en parler quand ?
- Je sais pas.
- Vous vous rendez compte de la faute ?
- Quoi ?
- Vous avez organisé une prise de contact
sans que personne ne le sache.
C'est une initiative personnelle ?
Vos supérieurs sont au courant ?
- Vous, vous le savez.
- Ca ne suffit pas, rien à voir avec votre mission.
Vous devez le dire à vos supérieurs.
Vous leur direz qu'elle voulait me voir et que j'y suis allé.
- Je pensais que c'était bien pour vous 2.
- C'est pas à vous de prendre ces décisions seule.
Y a des règles à respecter.
Vous comprenez ?
Même si votre ami est en danger.
Vous devez les respecter.
C'est pour le protéger lui, vous protéger vous.
Pour protéger la boîte.
- OK.
- Apportez-moi de la codéine.
Mon dos me tue.
Allez-y.
- Vous savez que j'ai participé au debriefing
de Nadia El Mansour avec la DGSI.
- Oui.
- Elle m'a demandé d'organiser un rendez-vous
avec Guillaume Debailly.
Ce que j'ai fait.
Elle lui a demandé de la protéger.
- Contre qui ?
- Nadim El Bachir,
un officier supérieur des renseignement syriens.
- Ce salopard est à Paris ?
Vibreur du téléphone
(En farsi)
- Et le centre de convention - Entrez.
- Ferme la porte, vite.
- On sent rien dans le couloir.
- Technique très élaborée.
- Phénomène m'a dit
que Shapur partait au Qatar,
un congrès sur l'eau.
- On sait. - On y va aussi.
- OK.
Donc, super, donc
Phénomène doit partir avec lui ?
- Surtout pas !
- Ah, d'accord !
- Non, surtout elle y va pas.
- Vous voulez le recruter là-bas.
Vous êtes sympas,
mais il se passe quoi si je dis à mon clandé de partir ?
On travaille ensemble ?
- Oui, bien sûr.
- Pourquoi vous me le dites pas ?
Vous croyez que Phénomène le voit plus ?
- Non, mais, on allait
- J'ai un agent sur le terrain !
Pas au Qatar, en Iran.
Vous pouvez vous éclater,
mais vous le mettez pas en danger, vous m'informez
de tout ce qui le concerne.
- Marie-Jeanne !
Excuse-nous.
On est en plein dedans, c'est un peu chaud.
On aurait dû t'en parler tout de suite.
- It's just business.
On se voit un de ces jours ?
- Oui, mais je t'ai dit, là, c'est
Avec le recrutement, c'est chaud,
mais je t'appelle. - OK.
- Allez.
(En arabe)
Il soupire.
La voiture démarre.
- C'est la préparation de l'attentat
de Jérusalem en mai dernier.
- Y a pas eu d'attentat en mai à Jérusalem.
- Non, et ceci pour 2 raisons :
parce que le Shin Bet était sur le coup,
mais aussi parce que le kamikaze est angoissé.
Il est pas sûr de lui.
Le lendemain de cette leçon, il a disparu.
Pas de kamikaze, pas d'attentat.
- Il nous faut un bon recruteur.
- Pour convaincre un islamiste
de se faire sauter contre un autre islamiste,
il nous faut un pro de l'islam radical.
- Un imam.
Mais on va pas recruter un imam.
Si ? On en connaît ?
Musique de suspense
- Vous n'êtes pas très bavard aujourd'hui.
Qu'est-ce qui vous arrête ?
- J'ai plus grand-chose à dire.
On a fini, non ?
- Ca arrive d'avoir du mal à entamer une séance.
C'est courant.
Ca veut pas dire qu'il y a plus rien à dire.
- Ma fille a besoin d'un psy.
- Prune ?
Comment va-t-elle ?
- Elle, personnellement, ça va.
Mais son ami va très mal.
Il lui mène la vie dure.
- La pauvre.
- Il aurait besoin
d'une bonne psy.
Rien que pour lui.
- Je m'occupe pas des adolescents.
- Il est plus âgé que Prune.
Il est ingérable.
On l'a amené chez des psys
sur recommandation des parents, sans succès.
Il lui faut quelqu'un comme vous
avec d'autres méthodes.
Je peux lui donner votre numéro ?
- Je vais voir ce que je peux faire.
On commence ?
- J'ai quelque chose que j'ai jamais dit.
Ni à vous ni à personne.
Et qui me pèse.
Je suis rentré depuis bientôt un an.
Un an que je suis à Paris.
J'ai toujours pas prévenu mon père.
Il croit que je suis en mission.
Ca fait un an que je suis à Paris
et qu'il n'est pas au courant.
- Votre fille ne lui parle pas ?
- Si.
Je lui ai demandé de mentir.
- Prune doit mentir à votre père ?
- Par omission.
Il vit dans le Sud,
il a plus de contact avec mon ex,
Prune le voit juste à Noël.
Ce n'est pas élégant de la mêler à ça
- Pourquoi vous ne voulez pas qu'il sache ?
- Parce que je veux pas le voir.
Y a quelques mois,
j'ai dit à Henri Duflot
que j'allais le voir dans le Sud,
mais j'ai menti.
J'ai pas pu y aller.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il me méprise.
C'est un militaire de carrière
et les gradés méprisent ceux qui font mon métier.
Mais c'est pas que ça.
* Il pense que je suis un égoïste,
que je pense qu'à moi.
Que probablement, je suis lâche et menteur.
Il disait tout le temps que je gâchais tout.
Il disait "T'es pas un salopard, mais un salopeur."
Un jour, j'ai demandé pourquoi il pensait ça,
il m'a dit :
"Tu es laid.
"Moralement et physiquement."
* Vous comprenez pourquoi j'ai pas la force de le voir ?
(En anglais)
Hum !
Elle soupire.
- Il y a des machines infernales.
Quand elles sont enclenchées,
on ne peut pas les arrêter.
Inutile de résister.
On a alors 3 options :
se battre inutilement,
fuir,
ou attendre que ça vous rattrape.
Attendre, tranquillement.
Et faire de son mieux
pendant le temps qui reste.
Faire les choses qu'il faut.
Dire les choses qu'il faut.
On frappe à la porte.
Bonjour. - Bonjour.
- Vous voulez un café ? - Oui.
Le dégât des eaux, c'est bon.
Le plombier va passer réparer ça.
Donnez-moi juste le papier des assurances.
- Très bien.
Conversations indistinctes
- Je peux vous parler ?
Je m'excuse, l'autre jour j'ai été un peu vite,
au sujet de la technologie spéciale pour le téléphone.
J'ai lu des articles de geeks,
et en fait, ça peut être un bug.
Un bug spécial, mais un bug.
- Ah bon ? - Pour vérifier,
faut fouiller le téléphone.
- Si vous avez un problème de loyauté, dites-le.
- Je me vois mal chourer son téléphone.
- Vous pouvez pas fouiller à distance ?
- Si.
- Alors ?
Sylvain ?
Merci.
Trouvez-moi ce bug.
Mélodie à la guitare
- L'imam voudrait entre 500 000 et un million de dollars ?
S'il demande 2 millions ?
- C'est qu'il est pas motivé.
- 700 000, max.
Le dernier versement
si c'est un succès. - OK.
- Comment vous l'avez trouvé
cet imam ?
- Ca fait beaucoup de questions pour ne pas autoriser l'opération.
- Hum !
Brouhaha de la foule
Sonnerie du téléphone
- Allô. *- Bonjour,
j'appelle de la part d'Abdallak.
- Oui ?
*- J'aimerais parler à Alger du financement de votre mosquée
dont on me dit le plus grand bien.
- Bien.
*- Après-demain, 18h, au Jardin d'essai ?
- Si vous appelez de la part d'Abdallak,
vous savez ce qu'il faudra dire ?
*- Je sais, oui.
- Bien.
- Il est rapide.
Aucune chance de localiser l'appel ?
- Aucune chance.
- Comment ça s'est passé avec Nadia El Mansour ?
- Elle est inquiète. Elle a raison.
Elle demande notre protection.
- El Bachir, on est sûr de l'avoir ?
- On fait tout pour.
- Un défecteur des services syriens,
ça vaut de l'or.
- Hum hum.
- C'est quoi l'idée ?
Ca me coûtera moins cher que l'imam ?
- L'idée, c'est de le discréditer.
Imaginez que les Syriens apprennent
qu'il a déposé une demande d'asile politique à la France.
Ils penseront inévitablement qu'il s'est servi de sa mission
pour faire défection.
Qu'il a peut-être imaginé la mission uniquement pour ça.
Nadim El Bachir sera l'homme à abattre.
Il aura besoin de protection.
On lui fera comprendre qu'il peut se tourner vers nous.
- Et comment les Syriens
seront informés de sa demande d'asile ?
- La DGSI prévient parfois
certains leaders de l'opposition en exil,
en cas de défection dans le camp adverse.
Certains de ces leaders
sont écoutés par les services secrets syriens.
- Vous auriez fait fureur pendant la Guerre froide.
(En arabe)
- Vous allez où ?
- Roissy, s'il vous plaît.
On prend pas la sortie Roissy ?
- Non.
- On va où ?
- Loin. En sécurité.
Musique mélancolique
Il me faut votre téléphone,
Mme El Mansour.
On vous rendra vos contacts et votre appareil plus tard.
- D'accord.
- Bon alors, voilà.
Va falloir vous occuper.
C'est très, très tranquille par ici.
- Bonjour. - Bonjour.
- Quelqu'un est passé
mettre le chauffage, normalement.
Je vais vous faire visiter.
- Ca ira, merci.
Vous allez rester ici quelque temps, au calme.
On va s'occuper des gens qui font pression sur vous.
- Merci.
Pourquoi vous faites ça ?
Lui, je sais.
Mais qu'est-ce que la DGSE a à gagner ?
Vous avez quelque chose à gagner.
- Pensez pas à tout ça.
Reposez-vous.
Sonnerie de téléphone
- Allô ?
(En arabe)
*- Bonjour, Nadia El Mansour, laissez-moi un message.
La voiture démarre.
Allô ?
Tonalité
*- Nadim ?
- Préviens Debailly.
- Allô ? Ca s'affole.
Oui, on suit.
T'es marrant, aujourd'hui.
(En arabe)
Il marmonne.
- Et sa famille ?
- A Damas, il reste sa mère.
A Alep, sa tante et ses deux nièces, mineures.
- Arrêtez ça tout de suite.
N'essayez pas de m'attendrir.
4 personnes à sortir ?
- Au plus vite.
C'est une martyre du régime de Bachar el-Assad,
respectée,
en exil, non compromise.
Mieux, elle a refusé de se compromettre.
Elle a le profil d'une leader.
Dans 6 mois, 1 an, 2 ans max,
elle est une des voix qui comptent en Syrie.
Peut-être même "la" voix qui compte.
On a envie d'être proche d'elle, non ?
- Je m'en occupe.
(En anglais)
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Nadim te tournera plus autour.
C'est terminé, ils vont t'oublier.
Ta famille sera en sécurité dans quelques jours.
- Tu es sûr ?
- Tu restes ici
juste le temps que les Syriens tamponnent un dossier
pour dire qu'ils abandonnent l'opération.
- Tu es sûr de tout ce que tu dis ?
- Oui.
Je les connais.
- Je sais, tu es comme eux.
Tu as voulu me le dire toi-même.
Tu voudrais que je te remercie ?
- Je te laisse les courses.
- Allons-y.
- Garde-moi ça.
Allahou Akbar.
- Allahou Akbar.
Vous avez pas fait l'erreur
de prendre votre téléphone ?
- Pas de téléphone, pas de micro.
- Dites-moi ce que vous voulez.
- J'ai besoin d'un kamikaze.
- Les occidentaux,
vous êtes toujours plein de surprises.
- Contre un musulman.
- Quel genre de musulman ?
- Un soldat de Daech.
- Je croyais que vous aviez des drones.
Des robots tueurs.
Des téléphones qui explosent à distance.
- Toutes les options ont été explorées.
- Je n'aime pas Daech.
- Vous préférez Al-Qaïda ?
- Ils sont moins sur Twitter,
ils lisent plus le Coran.
Oui.
Musique palpitante
Ma mosquée a besoin de rénovations.
Les fidèles donnent moins
depuis que Daech les sollicite.
J'ai des mosaïques qui tombent,
de l'eau qui s'infiltre
- 500 000.
- Euros ? - Dollars.
- Vous n'êtes pas Américain.
- C'est vrai.
- Sur le compte de Brunei.
La Suisse, c'est devenu n'importe quoi.
- 10% maintenant,
20 quand vous présenterez un candidat viable,
le reste en cas de succès de l'opération.
- 20,
30,
50.
Quelque soit l'issue de l'opération.
- 20, 20, 40 et encore 20,
en cas de succès.
A l'aéroport !
La voiture démarre.
- Alors ?
- J'ignore si c'est une bonne
ou une mauvaise nouvelle.
- Ne faites pas de mystère.
- Pas de bug.
J'ai cherché, j'ai rien trouvé.
- Il a pu être réparé ?
- Peu probable.
- Mauvaise nouvelle.
- Désolé. - Allez !
On tape à la porte.
(En arabe)
- Shoukran.
(En anglais)
- Non.
- No.
Shapur Zamani.
- Y a un coup de chaud, faut que tu viennes.
Applaudissements
(En anglais)
- Chut !
Applaudissements
- Tu as reçu ?
- Non, pas encore.
Je te présente Shapur Zamani.
- Faut qu'on y retourne.
On frappe à la porte.
- Bonjour.
- Bonjour.
Il est pas là, Clément ? Il répond pas.
- Ben non, il est parti.
- Il est parti ?
- Avec Caro, ils sont partis hier soir.
- A Doha ?
- Quelques jours à l'étranger.
Il vous l'a pas dit ?
- Marie-Jeanne.
Ca n'a pas l'air d'aller.
- Je me suis fait des films.
- Ca, je sais ce que c'est.
- Je me dis que je les cherche.
Que je dois aimer ça, les enculeries.
- Si on n'aimait pas ça,
on ferait pas ce métier.
- C'est comme si on disait que les flics adorent les crimes.
- Vous voulez boire un verre ?
- Pas de refus. - Je vous attends.
(En anglais)
- So
Il soupire.
Pourquoi il a refusé ?
"Je suis marié",
qu'est-ce que ça veut dire ?
- Il travaille déjà pour quelqu'un d'autre ?
- Donne-moi ton sac.
Musique palpitante
Envoie ça à la boîte.
Sonnerie de téléphone
"Human" (Goldfrapp)
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