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Silence. L'appel !
- Et celui-l� ? - C'est Vanderague.
- O� est-il ? - All� chercher de l'eau.
Pr�sent !
Alors, vous pouvez pas �tre pr�sent � l'appel ?
- Je suis de chambr�e, alors... - M'en fous !
Y a du bon, hein ?
C'est du 813 demain matin.
Bougre d'andouille !
Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien � signaler ? - Non, lieutenant.
Je suis pas lieutenant, je suis adjudant, je m'appelle Flick.
Je t'avais dit de faire attention et tu te casses la gueule.
- C'est pas ma faute, j'ai gliss�. - Je glisse pas, moi.
H�, l�-bas !
O� allez-vous ?
- Grouille-toi ! - Je peux pas aller plus vite.
Il y a de l'eau dessous !
Y a l'adjudant.
T'occupe donc, nom de Dieu !
Mais t'es fou ! Remonte donc, allons !
Allez, grouille !
Quoi encore ?
Portez manquants La Guillaumette et Croquebol.
Cette fois, je les tiens. Ils n'y couperont pas de Biribi !
Entrez !
Fermez votre porte !
Que voulez-vous ? On peut pas travailler tranquille.
Je voudrais un balai.
Encore ? Vous les mangez, vos balais.
Non. On m'a barbot� le mien.
Qu'est-ce que �a peut nous foutre ?
- Chef, donnez-moi un balai. - Caltez, au trot !
- Avec quoi je vais balayer ? - Mon nez.
Vous me ferez 4 jours pour l'avoir perdu.
Y a du bon.
Vous �tes encore l� ? Foutez le camp !
- Et le balai ? - Je vais vous en donner, du balai.
Foutez le camp !
Quel idiot !
Fixe !
Repos.
Les salauds !
Alors ?
La Guillaumette et Croquebol ont encore saut� le mur.
- Capitaine. - Bonjour.
Les brins de zinc, le billard, les femmes, �a va �tre joli.
Ils seront dans un propre �tat en rentrant.
Quoi ? �a a l'air de vous faire plaisir.
- Mon capitaine... - Quoi ?
Il a fait quoi ? Allez voir aux �curies si j'y suis.
Allez, rompez ! Foutez-moi le camp, vite !
Je peux pas le sentir. Il a une sale gueule.
Voyez, chef, je suis trop bon.
Tout le monde se fout de moi.
Mais �a ne se passera pas comme �a.
�a va changer. Vous entendez ?
Vous fumez ? Vous vous foutez de moi ?
Donnez-moi du feu.
Je suis trop bon ! Trop bon !
Je passe ma vie � l'empoisonner, � la g�cher,
avec des soldats qui me traitent comme une vieille carcasse, hein ?
Dire qu'il y a 2 jours, ils ont eu une permission !
Mon pied dans le...!
Et ma cravache dans le nez !
Qu'on me demande 24 heures de permission
et je fais un malheur, vous m'entendez ? Entrez !
- Tu veux quoi ? - J'ai re�u une lettre.
Mon fr�re se marie � la fin du mois.
Un cocu de plus.
Et alors ?
Alors, mon capitaine, je viens vous demander...
sens�ment, comme si c'�tait un effet de votre bont�,
de m'accorder 8 jours de permission.
Allez, tourne-toi ! Mets-toi en position !
"Une permission" ?
Je veux pas emp�cher ton fr�re de te voir,
mais tu es un cochon. Tu auras tes 8 jours de permission.
Chef, notez sa permission.
Merci, vous �tes bien bon.
Oui, je suis bon.
T�che d'�tre l� � l'expiration de ton cong�
et de ne pas revenir le nez sale.
Merci, mon capitaine.
Bon vent, bon voyage. Rompez ! Fous-moi le camp !
Vous avez vu, chef ?
Dans quel �tat vont revenir La Guillaumette et Croquebol ?
Alors, je vais te changer en tricycle � p�trole !
S'ils y coupent d'un mois de prison. Jusqu'� la gauche.
Dites-moi, chef.
Vous savez...
je dis �a, mais il ne faut pas exag�rer.
Ne pas confondre tour et alentour,
vitesse et c�l�rit�.
Vous me comprenez. Quand les deux absents rentreront,
ne faites rien sans me pr�venir.
D�fense de prendre une d�cision sans mon ordre.
Bien, mon capitaine.
- C'est vraiment un bon type. - Oui.
Un gars sorti du rang, qui a pass� sa vie au quartier
et a les soldats dans le sang comme on a une femme dans la peau.
- �a lui a co�t� cher. - Quoi ?
Son avancement.
Mais il va passer commandant.
- "Commandant" ? - Apr�s l'inspection du g�n�ral.
Quand �a ?
Si vous le savez, vous �tes malin. Le g�n�ral ne se fait pas annoncer.
Il viendra au moment o� on l'attendra pas.
�a nous pend au nez comme un sifflet.
C'est maintenant que vous venez aux patates ?
Vous ramasserez les �pluchures.
- J'ai pas de balai. - M'en fous !
C'est pas ma faute. Le fourrier...
M'en fous !
Y a du bon.
Qu'est-ce qu'il fait, cet empot� ?
Vous balayez les �pluchures avec vos mains ?
Mon lieutenant, j'ai pas de balai.
M'en fous, vous ferez 4 jours. Allez chercher un balai.
En voil�, un cochon !
Y a du bon !
Entrez !
Vous voil� revenu ? On ne voit que vous.
L'adjudant m'a donn� 4 jours et a dit que j'�tais un cochon.
- C'est la v�rit�. - Vous croyez ?
Chef, un bon conseil.
Donnez-moi un balai.
�a recommence, cette histoire ?
Je vous mets de corv�e de fourrage. Allez vous habiller.
- Comment ? - Pantalon de cheval et blouse.
"Pantalon de cheval et blouse" ?
Oui. Pantalon de cheval et blouse. Vous �tes sourd ?
"Pantalon de cheval et blouse" !
Est-il b�te, cet animal-l� !
Idiot !
Qu'est-ce que c'est que ce truc-l� ?
- Tu comprends pas ? - Quelle pochet�e !
Quand tu es prisonnier...
la corv�e la plus bath, c'est la corv�e de quartier.
Quand est-elle finie, la corv�e de quartier ?
Quand y a plus d'ordures.
Alors ?
Avec ce truc, il y en a toujours.
- T'as bonne mine. - Ben, mes salauds !
Vous en avez, de l'astuce.
Esp�ce d'enfl�, vous avez failli me flanquer par terre.
Hep ! Venez ici !
O� courez-vous donc comme �a ?
Mon lieutenant, je vais � la corv�e de fourrage.
Dans cette tenue ?
Dame ! Pantalon de cheval et blouse.
Allez mettre votre veste. Vous coucherez � la bo�te ce soir.
- Le fourrier m'a dit... - Il sait pas ce qu'il dit.
Non.
On va pas au fourrage en tenue de prison. Assez !
Vous aurez 4 jours de plus.
Y a du bon.
Vanderague !
Bon Dieu de bon Dieu de bon Dieu !
Pressez ! Vous vous prenez pour des artistes ?
- Nous, "des artistes" ? - "Des artistes" ?
C'est bon, quoi, on se presse.
Gueulez pas comme un cochon qui s'est coinc� la queue.
Bougres de saligauds ! Rossards !
- On n'est pas sourds. - Vous nous cassez les esgourdes.
Foutez de l'eau dans le pot. Et vous, du coke dans le po�le.
J'ai pas �t� cr�� pour mettre de l'eau dans le pot.
�coutez-moi bien.
Ma m�re m'a pas port� pendant 9 mois pour �a.
Taisez-vous, ou je vous reconduis au chaud.
Pas la peine d'avoir �tudi� jusqu'� ma communion
pour remplir le pot � eau.
Je vous demande rien.
Vous avez pas le droit
de nous faire foutre du coke dans le po�le.
Taisez-vous !
Je vais �crire au ministre. Je le connais.
Silence, ou je vous fourre � la bo�te.
Vous n'y couperez pas de Biribi !
Qu'attendez-vous ?
Nous attendons le cavalier Vanderague.
Ah, "nous attendons le cavalier Vanderague" ?
Eh bien, c'est charmant.
Pousse-toi, bon Dieu !
Eh bien, le voil�, le cavalier Vanderague.
Venez ici, mon ami.
Ne vous pressez pas. On est � votre disposition.
Mon lieutenant...
J'ai pass� 2 ans � Saint-Cyr pour attendre votre bon plaisir ?
C'est quoi, cette tenue ?
Vous �tes en veste, maintenant ?
- C'est l'adjudant qui... - "C'est l'adjudant" ?
Vous porterez 4 jours au cavalier Vanderague.
On ne va pas au fourrage en tenue de classe.
Vanderague !
Bon Dieu de bon Dieu !
Qu'est-ce que c'est, �a ? Qu'est-ce que c'est ?
Vanderague, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
Voil�, je viens !
Esp�ce de patate ! Si c'est pas malheureux de voir �a !
C'est quand m�me pas difficile de faire �a. L� !
�a, c'est difficile � faire ?
Oui. Non, mon capitaine.
Alors, fais attention ! Si c'est pas malheureux !
Mon capitaine !
Tu peux pas faire attention ? Dis !
Entrez !
Bonjour, M. Hurluret. Je vous apporte votre linge.
Mets �a sur le lit.
J'ai recousu vos boutonni�res, mais les chaussettes ont trop de trous.
Vous allez pouvoir vous payer des chaussettes.
Ah oui ? Pourquoi ?
On dit qu'apr�s l'inspection, vous passerez commandant.
"Commandant", amiral,
g�n�ral, pr�sident de la R�publique. Oui, �a va.
- Combien je dois ? - 4,50 francs, monsieur Hurluret.
Tiens. Voil� 4,50 francs.
Et 4 francs de la derni�re note.
Bon. Alors voil� 10 francs. C'est pour toi.
Merci, monsieur Hurluret.
Tu as fini de faire l'idiot ?
Mon petit d�jeuner ?
Il est sur le coin de la chemin�e, mon capitaine.
Quel abruti, celui-l� !
Voil� comment on prend une botte. L�, comme �a.
"D�cision.
"Par ordre du capitaine commandant le 2e escadron,
"les permissions demand�es au rapport sont accord�es.
"Celles de 24 h et plus sont ajourn�es
"jusqu'au retour des cavaliers La Gui..."
Mais vous bafouillez, quoi.
"...La Guillaumette et Croquebol.
"Apr�s le pansage, les hommes se livreront dans les chambres
"et dans le quartier � des travaux de propret� coll..."
Collective.
"...collective et individuelle."
Allez. Vous avez compris, les bougres ?
Rompez !
Dites-moi, chef...
Les 2 lascars ne sont pas rentr�s ?
S'ils sont pas l� au bout de 6 jours...
- Ils seront port�s d�serteurs. - Oui !
Ah �a ! Mais vous fumez !
- Quoi ? - �teignez ces cigarettes !
Je fume, moi ?
- Non. - Et toi ?
Moi, non plus. On fume ni l'un ni l'autre.
Ah, c'est comme �a ?
Vous verrez, vous n'y couperez pas du conseil.
Il y avait longtemps, le conseil...
Je vous ferai passer au conseil !
Silence, nom de Dieu !
Je dois vous botter le train pour vous faire taire ?
C'est vous qui gueulez dans la cour du quartier ?
Je vais vous expliquer en deux mots.
Je sortais des �curies
pour aller au corps de garde faire sonner aux consign�s.
Je les pince en train de fumer, et la preuve...
Qu'est-ce qu'il y a ? Vous cherchez quelque chose ?
Les bouts de cigarette.
Je vois rien, moi.
Vous avez d� marcher dessus sans le faire expr�s.
Ah, vous avez mis les pieds dessus.
- Qui, nous ? - Vous en �tes pas capables ?
Faites-moi le plaisir de prendre l'allure militaire pour me parler.
Maintenant, je vais vous dire une bonne chose.
J'ai le respect de mon m�tier
et l'amour de mes soldats,
qui sont mes amis et mes fils.
En revanche,
je d�teste les fortes t�tes et les faiseurs de chiqu�.
La prochaine fois que je vous pince � fumer
ou � pi�tiner des bouts de cigarette,
je veux �tre chang� en tarte � la cr�me
si vous y coupez du conseil.
Compris ?
Repos.
Regardez-moi �a.
Ont-ils assez des gueules de gouapes ! Fripouilles !
Chameaux, va !
Qu'est-ce que vous avez, � b�iller comme des hu�tres ?
On b�ille comme on peut.
- Allez balayer les cabinets ! - Il y avait longtemps.
"Les cabinets." Toujours les cabinets.
- Toujours les cabinets. - Allez-vous-en !
Encore des ordures ? Vous n'y couperez pas de Biribi !
- Oui, on le sait. - Vous irez � Biribi !
Et pas par un train de plaisir, encore !
Bois, bois.
C'est les r�servistes.
Un, deux, un, deux...
Colonne, halte !
Tu peux pas faire attention ?
Cavaliers � droite ! Droite !
� droite ! Alignement !
Appui � droite !
Et vous, o� allez-vous ? Voulez-vous rester l� ?
Pompier, va !
- Qu'est-ce qui nous arrive l� ? - Les r�servistes.
"Les r�servistes" ?
Trompette, sonnez au chef, au trot !
Tas d'andouilles ! � droite, je vous dis !
Voulez-vous appuyer � droite ?
- C'est quoi ? - Les r�servistes, parbleu.
"Les r�servistes" ?
Bernot !
- Chef ? - Les r�servistes.
Comment �a ?
Il s'am�ne sans rien dire.
Vous n'avez pas t�l�graphi� ?
J'ai t�l�graphi� � l'officier de semaine.
C'est moi que vous deviez avertir.
O� va-t-on les coucher ?
- J'en sais rien. - Moi, non plus.
Pas un lit, pas une fourniture.
Et puis je m'en fous ! Le lieutenant de garde se d�brouillera.
Ah, voil� nos pensionnaires.
Comme vous le voyez.
N'ayant pas �t� pr�venu, je ne sais pas o� les mettre.
Autour de votre cou comme cache-nez !
Mais vous avez re�u une d�p�che.
- Moi ? - Dupont.
- Je vous ai t�l�graphi� ce matin. - Je n'ai rien re�u.
- Pourtant... - Rien re�u !
Parce que vous n'avez rien envoy�.
Taisez-vous donc ! Tous les m�mes !
Occupez-vous un peu moins de vos amours
et �a n'arrivera pas. Suffit !
- Faites l'appel. - Bien.
Garde � vous !
- Lecardonnel. - Pr�sent.
- Pied. - Pr�sent.
Potiron.
Potiron ?
Il n'est pas ici, Potiron ?
Que fait-il dans le civil, votre cucurbitac�e ?
C'est un gar�on boucher.
Pas de gar�on boucher ici ? Pas de Potiron ?
Bien vu, bien entendu ? Adjug� !
Portez manquant le l�gume, avec 4 jours de prison.
Conduisez-les au magasin d'habillement.
Cavaliers � droite ! Droite !
Mon lieutenant !
Ce sont les r�servistes ?
Dites-moi, monsieur, c'est une plaisanterie ?
Pourquoi ne m'a-t-on pas pr�venu de leur arriv�e ?
O� va-t-on les loger ?
Si vous permettez, on les couchera dans les �curies.
- Vous �tes de semaine ? - Oui.
Arrangez-vous comme vous voudrez.
Mais si ce soir, � 8 heures, ces gens ne sont pas dans leur lit au chaud,
vous prendrez les arr�ts 8 jours.
Non, mais on se fout de moi.
Menez-les au magasin d'habillement.
Cavaliers � droite ! Droite !
En avant, marche !
Un, deux, un, deux...
Brigadier de semaine !
Favret !
Mon lieutenant ?
J'ai vu le capitaine pour le couchage des r�servistes.
- Eh bien ? - Voil�.
Si ce soir, ils ne sont pas tous dans leur lit,
vous serez consign� 8 jours.
Vous pensiez que je les emm�nerais coucher chez moi ?
Bernot !
- C'est arrang�, pour les lits. - Tant mieux. Comment ?
Trouvez-en 16 pour ce soir ou vous �coperez de 4 jours.
O� voulez-vous que je les prenne ?
Vous voil� !
Vous aimez coucher � la salle de police ? Non.
Vous y coucherez si dans un quart d'heure,
je n'ai pas 16 lits.
- Pour vous tout seul ? - Mais non, pour les r�servistes.
- Il faut 4 lits par chambr�e. - "4 lits" ?
Allez, rompez !
Vanderague !
Vous balayez la cour avec le balai de l'�curie ?
Vous coucherez � la bo�te ce soir.
Taisez-vous, ou je vous mets deux jours !
- Que faites-vous l�, vous ? - Moi ? Rien.
Deux jours ! �a vous apprendra � �tre impertinent.
Bernard !
Je te mets un jour de bo�te. Motif :
"A pris le soleil dans une glace et a aveugl� son sup�rieur."
Robin ! Faudra vous mettre en tenue pour descendre � la bo�te.
Pourquoi ?
Pour avoir pr�sent� les armes � l'�v�que en croassant.
- Quand ? - Il y a un mois.
Vous �tiez de garde. L'�v�que est pass�
et vous avez pr�sent� les armes en faisant coin-coin !
"Conform�ment � la d�cision du commandant du 51e chasseur,
"les journaux de la Meuse annon�ant la venue d'une...
"...com�te, le colonel a song�..."
Qu'est-ce que c'est, une com�te ?
"Une com�te" ?
D'abord, m'interrompez pas !
"...d'une com�te, le colonel a song� qu'� cette occasion,
"il devait faire faire aux hommes
"un petit cours de cos...
"cosmo... cosmographie...
"traitant de la nature des com�tes,
"de leur marche � travers l'espace,
"de leur p�riodicit�, et ceteri, et cetera..."
H�, brigadier ! O� est-ce que je campe ?
J'en sais rien.
En voil� une fa�on d'entrer ! Qui vous �tes ?
- Je suis louch�bem. - Quoi ?
Boucher � la Villetouse !
Je viens tirer mes 28 jours.
Votre nom ?
Potiron, qui a le nez rond comme un marron !
Ah, c'est vous, Potiron ! Eh ben, mon vieux !
Allez voir le chef. Vous �coperez de quatre jours.
"Quatre jours" ? Eh ben, mon vieux,
s'il y a que �a pour me tomber sur les yeux,
je crains pas un orgelet.
Faites pas d'�pate. Vous ferez vos 4 jours.
En attendant, je vais causer au chef.
Mon lieutenant, Potiron vient d'arriver. Il est � la chambr�e.
Il s'est enfin d�cid� ! Merci.
Je vais de ce pas le retrouver.
Et je vais lui inculquer quelques notions de cette exactitude
qui est la politesse des rois.
C'est bon, faut pas vous frapper.
Faut pas me frapper ? Quatre jours de plus.
- �a m'en fera 8. - Et 4 autres, �a fera 12.
Je sais compter.
Vous verrez, si les cochons vous mangent pas.
Je vais pas tra�ner ici, moi. Je vais � l'habillement.
"Les cavaliers..."
Repos. Il est l�, Potiron ?
Mon lieutenant, il est chez le chef.
- O� est le responsable ? - Il est l� derri�re.
Dis, mon poteau, je viens pour me fringuer.
Votre nom ?
Potiron, qui a le nez rond.
Pas vu Potiron ?
Si. Il est all� � l'habillement.
- Qu'avez-vous sur la t�te ? - Un shako.
Vous voyez pas qu'il est trop petit ? Imb�cile !
C'est le plus grand qu'on a trouv�.
Si je vous revois avec �a, c'est huit jours.
"Huit jours" ? Pourquoi pas une berge ?
�a fait pas avec les louch�bems, ces comptes-l�.
- Potiron ? - Il est � l'habillement.
Fixe !
Repos !
Potiron est l� ?
Il vient de descendre � la chambr�e.
Bonjour, les copains !
Alors, mon gars, qu'est-ce qu'il y a � bouffer ?
Du boeuf aux haricots ? Je vais te dire une bonne chose.
Pour moi,
c'est peau de balle, balai de crin et vari�t�s diverses.
Je vais bouffer � la cantine.
Bonjour, les poteaux !
Sers-leur � boire, c'est ma tourn�e.
Fixe !
Repos. Personne n'a vu Potiron ?
- Si, mon lieutenant. - O� est-il ?
Il vient de sortir, il est � la cantine.
Quoi ? Du boeuf � l'oseille ?
Y a rien de fait. Je vais manger en ville.
Croise pas l'officier de semaine.
Merci. Avec mes 8 jours de prison, il y aurait erreur.
- Chasseur ! - Mon lieutenant ?
Connaissez-vous Potiron ?
"Potiron" ?
Mais oui. Je le cherche depuis une heure.
On �tait ensemble � la cantine.
Parfait. Merci.
Potiron !
Mon lieutenant, il sort d'ici.
Nom de Dieu ! Finie la plaisanterie !
Mar�chal des logis !
Coffrez-moi le r�serviste Potiron.
Bien. O� est-il ?
Vous serez consign� 2 jours pour vos questions idiotes.
4 de plus si Potiron n'est pas l� dans 10 min.
D�brouillez-vous, cherchez-le. Moi, j'y renonce.
Bonjour, madame Bijou.
- J'apporte votre fromage de t�te. - Merci.
- Combien je vous dois ? - 12 francs.
- C'est cher ! - Tout augmente.
Donnez-moi pour 2 sous de votre fromage.
C'est pas pour vous, c'est pour les sous-officiers.
Mme Bijou, mettez-le au frais, on vient de le faire.
Je vais le mettre sur la fen�tre.
Dis donc...
Tu as une opinion sur le fromage de cochon ?
C'est meilleur qu'un coup de pied dans le...
Oui, mon adjudant, je vous en donne une tranche.
Il est encore tout chaud. Vous m'en direz des nouvelles.
Ah, ben vrai !
C'est trop fort !
Mon lieutenant !
Quoi ?
On m'a barbot� un fromage de t�te.
Que voulez-vous que �a me fasse ? Vous voulez rire ?
Regardez-moi cette folle avec son fromage de t�te !
Va donc, blanc-bec, pierrot !
Si j'�tais ta m�re, je te ficherais une fess�e !
C'est du propre !
� cause ?
� cause qu'il y a des voleurs � l'escadron.
Pas possible.
On vient de me chiper un fromage de t�te,
destin� aux sous-officiers.
C'est vilain, �a.
Si je connaissais le coupable...
Oui, cherchez-le donc !
Vous voulez pas le trouver.
Ne dites pas de b�tises, madame Bijou.
Vous �tes l� comme une souche !
Vous feriez mieux de sonner l'appel,
fouiller les hommes, visiter les paquetages.
Fourrez-les au bloc jusqu'� ce que le voleur se d�clare.
Quel malheur d'�tre une femme, bon Dieu !
Je vais en faire, moi, du chichi.
- "Du chichi" ? - Oui, du chichi !
Je vais �crire au colonel, pour lui dire les choses.
Y a pas de jour qu'on ne barbote dans mon bien.
C'est des chandelles, c'est du tabac, c'est du pain blanc.
Avant-hier, deux saucisses. Aujourd'hui, un fromage de t�te.
J'en ai assez !
C'est s�rement Fricot et Laplotte.
Je les ferai passer au conseil, croyez-moi.
- Pas de blague, voyons. - Je vais me g�ner.
Non. R�fl�chissez.
Cinq ans de travaux publics � des rigolos
pour un fromage de cochon ?
Parfaitement.
Vous ne ferez pas �a.
Edmond, veux-tu que je te dise ?
Tu vois donc pas qu'ils se paient ta physionomie ?
Tu es trop faible et trop bon.
Tu m'emb�tes, madame Bijou.
Tu disais pas �a, il y a 20 ans,
quand on s'est rencontr�s � Lun�ville.
Tu �tais chien de quartier,
je chantais la romance aux beuglants.
Tu chantais faux.
Tu �tais bien content de me trouver.
Et je ne t'emb�tais pas, alors.
Pas vrai, ce que je te dis ?
C'est vrai, oui ou non ?
Pas la peine de hurler, bon Dieu !
C'est pas parce qu'on a eu jadis des histoires avantageuses
qu'il faut le raconter � tout le monde.
Combien pour me foutre la paix ?
Mon fromage ou mes 12 francs.
Si �a fait pas piti� !
Voir un honn�te homme payer pour de la crapule
et donner sa bonne galette comme s'il en avait de trop.
Allez, il n'y en a pas beaucoup, mais enfin. Tiens.
Voil�, tiens. Je te dois un sou.
- Je veux pas de cet argent. - Pourquoi ?
Mon affaire.
Tu es encore plus t�te de cochon que ton fromage.
Une vieille casquette qui me traite d'imb�cile
et qui est plus b�te que moi.
Je dis pas non.
- Coupons la poire en deux. - Coupons-la.
Et puis alors...
pas d'erreur, hein ? Pas d'erreur !
Pas de p�tard au colonel.
- Eh ben, on n'en fera pas. - Eh ben, voil�.
- Eh ben, c'est bon. - Eh ben, au revoir.
Adieu, la vieille.
Bravo !
Dis donc, Mimi !
Tu vas nous endormir !
Attache-toi ! Tu vas t'envoler !
Assez !
� la porte !
Allez, d�gage !
Attrape !
Bravo !
Les potes !
Que le Bon Dieu vous b�nisse,
vous fasse le nez comme une saucisse
et le menton comme j'ai le croupion !
Je reviens de suite, mon lieutenant.
Ah �a, mais... Mais nom de nom, ils dorment !
Debout, les rossards !
- Fricot ! - Pr�sent.
- Laplotte ! - Il est dans le seau, il trempe.
Attendez, je vais vous apprendre � faire l'homme d'esprit.
Levez-vous ! Vous vous foutez de moi ?
- Faut nous lever ? - Oui.
- Pour quoi faire ? - Je vous le commande.
Qui m'a b�ti deux rossards pareils
qui ne pensent qu'� manger
et � dormir comme des propri�taires ?
"Des propri�taires" ?
- Ils sont frais, les propri�taires. - Assez !
Vous en avez de bonnes, vous.
�a suffit !
Pourquoi vous dites qu'on est des propri�taires ?
Levez-vous, plus vite que �a !
Pour quoi donc faire ?
Aller casser la glace aux abreuvoirs.
- Non. - Plut�t crever.
- Barchetti ! - Mon lieutenant ?
Ces deux hommes m'ont gravement outrag�.
Vous en t�moignerez devant le conseil de guerre.
Pardon, mais je ne t�moignerai pas sous la foi du serment
d'un fait que je n'ai pas constat�.
Vous attesterez qu'ils m'ont refus� l'ob�issance.
Quoi ?
- Que dites-vous ? - "Refus� l'ob�issance" ?
- Quand ? - O� ?
- � propos de quoi ? - Tu as refus� d'ob�ir ?
- Jamais. - Moi, non plus.
Bougres de menteurs !
L�, vous faites erreur. On ne ment pas.
Pour la derni�re fois, vous refusez de vous lever ?
Nous, mon lieutenant ? Mais pas du tout.
On se l�ve avec empressement, au contraire.
Le mar�chal des logis peut le constater.
Vous nous avez dit qu'on pouvait rester couch�s
parce qu'on �tait un peu souffreteux.
Il a pas l'air de faire chaud, maintenant.
Mar�chal des logis, vous pouvez disposer.
- D�p�chez-vous, rossards ! - Avec plaisir, lieutenant.
D�cid�ment, il fait trop froid. On rentre se coucher.
On y va, Laplotte.
C'est bon, allez toujours !
Vous vous �tes foutus de moi, mais �a vous co�tera cher.
Bougres de cochons, vous ne l'emporterez pas au paradis !
Bonsoir, Pujol.
Dites-moi...
Pas de nouvelles de La Guillaumette et Croquebol ?
Non, mon capitaine.
Les chameaux !
Regarde ce qu'on a � manger !
Donner de la carne pareille � la classe !
C'est de la bidoche, �a ? C'en est, �a ?
Dis que c'en est
et je te la colle sur le museau.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Regardez ce qu'on nous donne. Cette soupe est immangeable.
Je m'en fous, je suis de la classe.
Je la jette.
Voil� !
�a va me recaler l'estomac. J'en avais bien besoin.
Et moi ? Tu crois que je suis mieux servi que toi ?
Tu te plains tout le temps.
La soupe vaut pas un clou.
Le fourrier est un fricoteur.
Le cuisinier aussi.
Quatre hommes pour lui casser la figure !
Pas tant de foin. Vous avez raison,
mais vous n'avez qu'� vous plaindre.
� qui ?
Au g�n�ral, quand il viendra passer l'inspection.
�a serait pas ordinaire, ce coup-l�.
Oui, mais qui lui dira ?
Toi, tu lui diras.
Pourquoi moi ?
Eh bien, je lui dirai, moi, au g�n�ral.
Tu n'oserais pas.
J'oserais pas ?
Et pourquoi j'oserais pas ?
Le g�n�ral, c'est pas le Bon Dieu.
Et m�me si c'�tait le Bon Dieu,
�a me fermerait pas ma bo�te.
Cause toujours, tu m'int�resses.
Ah, je t'int�resse, hein ?
Eh bien, justement, je lui dirai, au g�n�ral.
- "Au g�n�ral" ? - Au g�n�ral.
Qui me soutient, ici ?
Moi, je te soutiens.
Moi aussi.
Moi aussi.
Si je manque � ma parole, aussi vrai qu'il y a qu'un Dieu,
je ne suis plus digne d'�tre un cavalier.
Eh ben, mon salaud, on sera deux.
Mon salaud, on sera trois.
Mon salaud, on sera quatre.
Mon salaud, on sera cinq.
Mon salaud, on sera six !
Je sais pas pour quoi, mais on sera six tout de m�me.
Ce qu'on a rigol�, hier soir, au beuglant !
Tourn�e g�n�rale.
Venez commander !
Voulez-vous descendre de l� !
C'est Potiron ! Pourquoi n'�tes-vous pas � la bo�te ?
Je suis malade.
"Malade" ?
Alors, allez � la visite.
Si vous n'�tes pas reconnu, vous �coperez de 4 jours.
Eh l�, pas tant de z�le !
C'est pas notre faute.
L'adjudant nous a dit de balayer.
- On balaie. - Contentez-vous de faire semblant.
Voil� un motif de punition qui n'est pas dans une musette.
Si Potiron y coupe de ses 8 jours de prison avec �a,
je veux �tre chang� en chaufferette.
Il est peut-�tre � la cantine.
C'est possible.
Mais comme il suffit que j'y sois pour qu'il en parte,
j'aime autant le croire que d'y aller voir.
Comprenez que j'en ai assez.
Si un jour, plus tard,
dans l'avenir,
la Providence m'admet enfin � l'honneur
de contempler les traits de Potiron,
je lui dirai deux mots touchant son affaire.
Il me d�go�te, avec son k�pi en gamelle
et son pantalon en soufflet.
C'est gros comme 2 noix de beurre
et �a fait du pet comme 36. Quelle piti� !
Le voil� !
Gratte-papier, marque-moi pour l'infirmerie.
Tu es malade ?
Qu'est-ce que �a peut te foutre ?
- Oui, je suis malade. - Tu as quoi ?
Le sang m'est descendu
� force d'avoir les pieds par terre.
Mon cochon !
C'est pas une blague. Et j'ai la peau trop courte.
Je peux pas ouvrir un oeil sans fermer l'autre.
Tire voir ta menteuse.
Fais voir.
Elle est bath.
J'ai fum� une pipe de paille.
Sans blague ?
- T'as une cibiche ? - Bien s�r.
File-m'en une.
Tiens, mon petit pote.
Merci, gros plein de vent.
J'ai compris.
Salut, la compagnie.
Attends, c'est trop lourd.
Alors, l'ami,
vous �tes content d'�tre au r�giment ?
Vous avez l'air nerveux comme un plat de nouilles.
On est bien, ici. Vous avez retrouv� vos camarades.
Le grand air, la nourriture saine et abondante.
Capitaine, c'est vrai.
Seulement, moi, j'ai ma femme.
Vous avez peur d'�tre cocu.
Y a pas de danger.
Pourquoi ?
Avec une gueule comme la v�tre...
- J'en suis s�r. - Ne dites donc pas de b�tises.
Et puis vous n'�tes pas le seul.
Mieux vaut �tre cocu que ministre. �a dure plus longtemps.
Y a des chances.
- Rien de nouveau ? - Non, mon capitaine.
- Les 2 lascars ? - Manquants.
Les chameaux !
Dites donc, P�plat,
qu'on nous apporte 3 absinthes.
Bien, capitaine.
Ils vont �tre port�s d�serteurs ?
Les deux lascars.
- C'est fait. - Comment ?
Sans doute, ils sont d�serteurs d'hier soir.
Soyez tranquille, ils prendront deux ans.
Vous �tes bien press�, monsieur.
Quoi ? Il faut pas pousser les choses � l'extr�me.
On n'est pas � une demi-journ�e pr�s.
L'essentiel est qu'ils rejoignent.
Que ce soit maintenant ou demain matin,
la question est sans importance.
- Quand sont-ils partis ? - Il y a 6 jours pleins.
Ils sont d�serteurs depuis hier. C'est sur la d�cision.
Qu'est-ce qu'elle dit, la d�cision ?
Qu'est-ce qu'elle dit, la d�cision ?
Elle ne dit rien.
On ne peut pas lire, il y a de l'encre dessus.
Je vous rappelle quelqu'un ?
Non. Pourquoi ?
Vous me regardez comme une poule qui aurait trouv� un couteau.
- Pourtant, mon capitaine... - Taisez-vous.
Taisez-vous !
Vous prenez avec moi certaines familiarit�s
un tant soit peu d�plac�es.
Vous avez une fa�on de me jeter des regards de biais
pour des m�gots qu'on ne retrouve plus,
ou des pages macul�es d'encre
au cahier de d�cisions, qui me d�plaisent souverainement.
Rappelez-vous devant qui vous �tes.
J'ai bien l'honneur de vous saluer.
Je peux pas le sentir, ce type-l�. C'est vrai.
Il m'a rien fait, mais je peux pas le sentir.
C'est vrai, �a.
Chef, est-ce que j'ai une t�te � faire le Jacques
� r�pandre de l'encre sur le cahier pour sauver deux gouapes ?
Tiens, c'est donc vous ?
Oui, c'est moi.
On peut pas envoyer deux idiots � Biribi.
Vous faites l'absinthe comme un pied.
�a n'a pas d'importance.
- � votre sant�. - � votre sant�, capitaine.
Ben, mon petit, prends un verre avec nous.
Avec plaisir, mon capitaine.
- Sant� ! - � la v�tre, capitaine.
Bonjour, messieurs.
� vos rangs, fixe ! Le g�n�ral !
Repos.
T�chons de ne pas nous �trangler.
- Je vous demande pardon. - De quoi, mon Dieu ?
Ma vue vous a fait avaler de travers ?
Mon cher capitaine, nous sommes de vieux camarades.
Oui, mon g�n�ral.
Asseyez-vous, chef.
Je vous en prie.
Vous aussi, mon enfant.
J'entends ne d�ranger personne.
Vous �tiez en train de...
prendre votre ap�ritif.
Oui, mon g�n�ral.
C'est tout naturel.
Pardon, je suis un peu myope.
Mais...
c'est de l'absinthe.
Une goutte, une �vaporation.
Tr�s bien.
L'absinthe n'a rien de tr�s malfaisant.
Rien du tout.
� la condition qu'on en use avec discr�tion.
Prise en abondance, elle tape sur le syst�me nerveux.
Bien s�r.
Et cause des troubles c�r�braux.
Vous savez, mon g�n�ral, c'est une exception.
C'est �a.
De temps en temps.
Et puis, autant que possible,
�vitez de boire avec des inf�rieurs.
�a n'a aucune importance,
mais des hommes pourraient entrer.
L'effet serait d�plorable.
En effet, mais vous savez, c'est une exception.
C'est tr�s rare.
J'en suis persuad�.
Voyons. Nous allons nous conformer tout simplement
au programme de la journ�e. Donnez-moi...
le cahier des d�cisions.
Voici, mon g�n�ral.
Parfait, parfait.
- Belle �criture. - Mon g�n�ral...
C'est un officier d'�lite.
Je vois, je vois.
Tr�s bien, mon ami.
Dites-moi...
Quand vous aurez une minute,
faites-vous faire une coupe r�glementaire.
Bien, mon g�n�ral.
Mon g�n�ral, je suis confus, je suis navr�.
Mes excuses.
Je vous dis, mon cher, que �a n'a aucune importance.
Voyons.
Voyons, nous disons...
Voyons �a.
D�cisions...
Mardi 16.
Mercredi...
...17.
Jeudi 18.
Same...
Samedi 20. Mais...
Il n'y a pas de...
Il n'y a pas de vendredi 19. Comment �a ?
�a a d� �tre port�, mon g�n�ral.
Je ne vois rien. Mes mauvais yeux, sans doute.
Ah, mais...
Sapristi !
Mais, mais...
On a renvers� dessus tout le contenu d'un encrier.
- C'est pas possible. - Voyez vous-m�me.
Mais c'est curieux, �a.
En effet, c'est de l'encre.
- Qui a fait �a, Favret ? - Je ne sais pas.
P�plat, il est rentr� quelqu'un ?
Personne, mon capitaine.
Mon g�n�ral, je ne sais comment vous exprimer...
C'est une fatalit�.
C'est de l'encre, en effet.
Je suis navr�, mon g�n�ral.
Aucune importance.
Veillez seulement � ce que �a ne se renouvelle plus.
Oui, mon g�n�ral.
Dites-moi, vous avez...
des prisonniers, ici ?
Quelques-uns. Vous savez, des mauvaises t�tes,
des fricoteurs, des tire-au-fl... Comme dans tout r�giment.
On est oblig� quelquefois d'avoir la dent dure.
Certainement. Eh bien, si nous allions les voir ?
Vous avez... revue des hommes
dans la cour � midi.
Il est...
11 heures et demie. On a une demi-heure � tuer.
� vos ordres, mon g�n�ral.
- Courez pr�venir l'adjudant. - Bien, capitaine.
Restez ici, chef. Je veux ne d�ranger personne.
Bien, mon g�n�ral. Si vous voulez me faire l'honneur...
Qu'est-ce que c'est que �a ?
Des ordures ?
Eh bien, oui, �a en est.
Je ne pourrais pas vous dire...
- Qui a fait �a ? - Je ne sais pas.
Il faut enlever �a, ce n'est pas propre.
Si on prend le bureau du chef pour une �curie...
�a n'a aucune importance, d'ailleurs.
�a porte bonheur, mais tout de m�me !
Dites-moi, Flick, rien ne cloche, � la prison ?
Vous pouvez �tre tranquille. C'est tenu, je vous le dis.
Si le g�n�ral n'est pas content, il est difficile.
Ils chantent, quoi.
Par ici, mon g�n�ral.
Tout �a me para�t tr�s bien tenu. C'est propre.
C'est parf...
Ce sont vos prisonniers, qui chantent ?
Oui, une petite chansonnette. Ils s'ennuient tellement.
�a se voit.
Voulez-vous avoir la complaisance de...?
Voulez-vous bien m'introduire aupr�s de cette bruyante jeunesse ?
Bien s�r, mon g�n�ral. Flick, allons !
� vos rangs, fixe !
�a sent un peu le tabac.
Entrez donc.
Je vous demande pardon, mon cher,
c'est vraiment intenable.
- Ils ont la permission de fumer ? - Non, mais ils la prennent.
- Comme dans tous les r�giments. - Oui...
Vous allez voir comment je les m�ne.
� vos rangs, fixe !
Alors, les dr�les !
Le g�n�ral vous fait l'honneur de venir vous voir.
Allez, avancez !
Voici nos mauvaises t�tes.
L'�cume de l'arm�e, va !
Bons � rien, chenapans, vauriens !
Pourquoi �tes-vous l� ?
Mon g�n�ral, j'ai tir� une bord�e.
"Tir� une bord�e" ?
En voil� une fa�on de parler ! Soyez poli, nom de Dieu !
C'est vrai, mon g�n�ral.
Vous croyez parler � un camarade ?
Chameau !
Oui. Ils sont un peu longs.
Pas de coiffeur, � l'escadron ?
J'ai pas le temps, mon g�n�ral.
Pourquoi ?
Je suis toujours en prison, je peux pas y aller.
Que cachez-vous derri�re votre dos, mon ami ?
Allons, montrez-moi votre main, que diable !
Je ne suis pas un croquemitaine.
Qu'est-ce que c'est que �a ?
Du fromage de cochon, mon g�n�ral.
Et c'est moi qui l'ai pay�.
Ils se mettent bien, vos prisonniers.
Oui. Les hommes en prison n'ont droit qu'� leur gamelle,
sans pain ni viande, mais il faut faire attention.
Ils ont des estomacs de 20 ans.
Naturellement. Il est d�j� bien assez dur
de n'avoir � boire que de l'eau claire.
�a, je ne pourrais pas vous l'affirmer.
Un camarade peut toujours faire passer un litre de vin.
Bourrique !
Soulevez donc votre blouse, mon ami.
Voil�.
Oui, c'est du vin.
Mon Dieu...
Je sais bien, �a n'a aucune importance.
Il n'y en a pas moins ici
une autre infraction �vidente au r�glement.
Il est peut-�tre d'une s�v�rit� excessive.
Enfin, �a n'est pas moi qui l'ai fait.
Et nous sommes officiers pour en appliquer les rigueurs
sans en discuter le bien-fond�.
- Mais �videmment. - N'est-ce pas ?
Et vous, mon brave ?
Pourquoi �tes-vous l� ?
Moi, mon g�n�ral, j'ai rien fait.
Celui-ci, c'est la crapulerie en personne.
Le salaud.
Celui-l� ne vaut pas mieux.
Mon g�n�ral, n'�coutez pas ce que dit l'adjudant.
�a va ! Qu'est-ce que c'est que ce tas de fripouilles ?
Qui vous a permis d'�lever la voix devant le g�n�ral ?
Allons, allons.
Je vous demanderai, mon cher,
de faire gr�ce � ces coupables et de les renvoyer � leur service.
Tout de suite, mon g�n�ral.
� tout p�ch�, mis�ricorde.
Curieuse, cette prison. Je vous fais mes compliments.
Merci.
� retenir.
Curieuse, en effet. On rentre ici,
les soldats gueulent comme des putois, fument comme des Suisses.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Vous avez entendu, vous autres ?
Le g�n�ral a piti� de vous. Retournez � vos chambr�es !
Allez ramasser vos gamelles !
C'est moi.
Effa�ons.
Effacez !
Quel conneau, qui nous fait sortir ! On �tait si bien, ici !
Grouillez-vous ! Dans 5 min, le g�n�ral passe dans les chambres.
- O� est l'homme de chambre ? - C'est moi.
Un coup de balai sous les lits !
Bien.
- La cruche est vide. - L'homme de chambre, � l'eau !
Que fait cette gamelle ici ? L'homme de chambre consign� 4 jours.
- Homme de chambre ! - Oui ?
Au cirage !
O� est l'homme de chambre ? C'est quoi, ces fa�ons ?
Eh bien, vous pourriez faire attention !
O� il est pass�, ce pierrot-l� ?
Tiens, un lit qui n'est pas encore fait.
- Qui couche ici ? - C'est moi.
Vous ? Deux jours de salle de police !
Bien.
Vous appelez �a un paquetage ? Deux jours de salle de police !
Et arrangez-moi ce fourbi-l� !
Eh bien, ce coup de balai sous les lits ?
Bien.
Bon sang !
La classe !
Allons, ouvrez-moi les fen�tres toutes grandes !
Non, alors ! Y a plus d'eau dans la cruche !
Bon sang, fermez les fen�tres ! On se p�le, ici.
Toujours les m�mes qui viennent me taper.
Qu'est-ce que c'est que ces fa�ons-l� ?
� vos rangs, fixe !
Tr�s bien, mes enfants. Tr�s bien.
Je vous fais mes compliments. � vous aussi, messieurs.
Excellente r�union d'hommes, satisfaisante � tous points de vue.
Mon g�n�ral...
Du tout. Ils m�ritent des �loges.
- Ne les leur marchandons pas. - Vous �tes trop bon.
Eh bien ?
Bonjour, mon g�n�ral.
Vous voyez, il n'est pas fier.
Bonjour, mon ami. Bonjour.
- Vous plaisez-vous au r�giment ? - Oui, mon g�n�ral.
Tr�s bien.
Pas de r�clamation... � formuler ?
Non.
Moi, j'en ai une, mon g�n�ral.
- Qui vient d'�lever la voix ? - Moi, mon g�n�ral.
Cheveux.
Jamais deux sans trois.
Qu'avez-vous � me dire ?
Je voulais vous dire que la soupe ne vaut pas un clou.
- La soupe n'est pas bonne. - Elle est m�me mauvaise.
Il n'y a que du d�chet, du suif et de l'os.
Le cuisinier est un fricoteur.
Voil� ce que j'avais � dire.
Vous entendez, mon capitaine ?
Mon g�n�ral, �a para�t un fait expr�s.
Voil� un homme qui ne bouffe plus que des os.
Si c'est mauvais, vous auriez d� le dire avant.
- Je me suis plaint. - � qui ?
Au chef.
"Au chef" ? Et qu'est-ce qu'il a dit ?
"Je m'en fous, je suis de la classe."
Cet homme est un imposteur !
Pas de gros mots, chef.
Et alors ?
La soupe ne vaut rien ?
- Si, mon g�n�ral. - Comment, "si" ?
Ne vous troublez pas, mon ami.
Que pensez-vous de la gamelle ?
Mais, mon g�n�ral... elle est bonne.
Vous la trouvez bonne.
R�ellement.
- Et vous ? - Mon g�n�ral...
Moi aussi.
Et ce gros rouge,
qui a une figure si honn�te, quel est son avis ?
R�pondez. Vous voyez bien que le g�n�ral vous interroge.
Mon g�n�ral, la soupe est excellente.
C'est net.
Menteurs. Ils devaient me soutenir...
Et allez donc. Petit complot.
- �coutez... - Plus un mot !
Je n'entends pas donner � cet incident
plus d'importance qu'il n'en m�rite,
mais bien que je r�pugne
� marquer mon passage par des punitions, je vous demande
de porter 8 jours de prison �...
- Son nom ? - Vanderague.
Au cavalier Vanderague.
De cette fa�on, la gamelle
qui ne vaut rien lui aura valu quelque chose.
Bien fait.
Garde � vous !
� cheval !
Qu'est-ce que vous foutez l� ?
On nous a dit de venir � la revue.
Foutez le camp !
Pour aller o� ?
O� vous voudrez, tant que je vous vois pas.
Bon. On va boire un coup ?
Allez, � la cantine.
Garde � vous !
Sabres !
Vers la gauche pour d�filer !
Escadron, en avant !
Marche !
Vous avez l� tout votre monde ?
Pas de permissionnaires ?
Non.
En cadence !
Pas d'hommes en bord�e ?
Oh, mon g�n�ral !
Souvent, les officiers r�pugnent � un aveu p�nible.
Dans le sens qu'il trahit chez eux une absence de surveillance,
et chez les hommes, de l'indiscipline.
Ce n'est le cas ni chez mes hommes, ni chez mes officiers.
Mais alors...
qui sont ces gens-l� ?
La Guillaumette et Croquebol.
Nous allons rire.
Je ne sais comment vous exprimer
une pudeur bien naturelle, un sentiment,
une sorte de...
de solidarit�.
Oui, de solidarit�, si je peux employer ce mot.
Mon g�n�ral, je ne sais pas quoi vous dire.
Je vous pr�sente toutes mes excuses.
Je les accepte.
Cependant, ces rentr�es sensationnelles
avec menottes,
gendarmes, tout le diable et son train,
sont d'un effet d�plorable
sur l'esprit des populations provinciales.
Je sais, mais les soldats ne sont pas des hannetons.
On peut pas leur fiche un fil � la patte.
- Ne vous emportez pas. - Je vous demande pardon.
Je dis �a dans votre int�r�t.
Je n'oublie pas que nous avons d�but� ensemble.
Vous �tiez mon lieutenant en 70.
J'�tais mar�chal des logis chef.
Nous avons �t� cit�s ensemble � l'ordre du jour.
Nous promettions.
Vous avez mieux march� que moi, mon g�n�ral.
Quant � moi, si vous voulez parler de mon avancement,
j'en ai fait mon deuil.
Pourquoi donc ?
Voyons. Vous n'�tes pas sans savoir
que ces gaillards-l�
ne vous craignent gu�re.
Mais je m'en fais une gloire d'en �tre convaincu.
C'est faire bon march�, je vous le dis,
du respect d� � vos galons.
Je confesse volontiers mes torts, mon g�n�ral.
Mais peu m'importe de n'occuper qu'une mince place
dans le respect de mes camarades
si j'ai pu me faire un petit coin dans leur coeur
et leurs souvenirs.
J'ai 50 ans. Depuis longtemps, je vous le r�p�te,
j'ai renonc� � toute ambition et je ne vois pas sans �pouvante
venir la minute prochaine
o� ma vie, d�j� sur son d�clin,
s'en ira sombrer je ne sais o�,
dans la tristesse
et dans la solitude.
Loin des chambr�es qui me furent si famili�res
et des soldats que j'ai tant aim�s.
Un rayon de soleil m'�claire pourtant dans la nuit.
La pens�e que peut-�tre un de ceux
qui n'a pas aujourd'hui, pour mon �ge
ni pour mes galons,
tout le respect qui leur est d�,
en remuant avec m�lancolie les pages du lointain pass�,
dira de moi, �mu et souriant :
"Quand j'�tais simple cavalier de 2e classe
"au 51e chasseur,
"nous avions comme capitaine une vieille b�te
"nomm�e Hurluret.
"C'�tait un braillard, un brouillon.
"Un buveur.
"Mais ce n'�tait pas un m�chant homme."
Vous avez une �me de grisette.
Et vous parlez, mon cher, avec beaucoup d'�loquence.
Malheureusement,
ce n'est pas avec ce syst�me qu'un officier m�ne ses hommes.
Mon g�n�ral, je m�nerai les miens o� je voudrai,
quand je voudrai.
Et c'est d�j� quelque chose.
Si vous voulez.
Sapristi ! Voici l'heure de mon train.
Je suis tr�s satisfait, mon cher capitaine.
Et je vous prie de transmettre
aux sous-officiers l'expression de mon contentement.
Pr�sentez sabres !
Si vous avez des hommes
punis de salle de police, de consigne,
je vous demanderai de lever les punitions.
� vos ordres.
Mon cher capitaine...
vous �tes un brave homme.
Mon g�n�ral, je suis votre humble serviteur.
Chameaux!
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