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Original subtitles

Dresde 1937

De l'art moderne.

Oui, Mesdames et Messieurs.

Jusqu'� la prise de pouvoir des nationaux-socialistes,

il a exist� en Allemagne un art "moderne" de ce type.

Comme son nom l'indique,

il changeait presque tous les ans.

Mais l'Allemagne nationale-socialiste veut retrouver un art allemand,

qui doit �tre �ternel et le sera,

comme toutes les valeurs cr�atives d'un peuple.

Mais s'il cesse de repr�senter cette �ternit�

aux yeux de notre peuple, il perd d�s aujourd'hui

sa valeur sup�rieure.

On tourne la femme allemande en d�rision,

on l'assimile aux prostitu�es.

On pr�sente le soldat comme un assassin

ou comme la victime d'un sacrifice absurde,

dans l'esprit d'une lutte des classes bolchevique.

Il s'agit d'�radiquer le respect profond�ment enracin�

que le peuple �prouve envers la bravoure des soldats.

Et la folie, la maladie mentale,

est �lev�e au rang de principe.

Il existe donc bel et bien des hommes

pour consid�rer les figures actuelles de notre peuple

comme des cr�tins d�prav�s,

et qui verront les prairies bleues, le ciel vert,

les nuages jaune soufre.

Mais eux vous diront

qu'ils le ressentent ainsi.

Il n'y a que deux possibilit�s.

Ou bien ces pr�tendus artistes

voient vraiment les choses ainsi

et croient donc � ce qu'ils peignent.

Leurs d�faillances visuelles seraient alors

soit le fruit d'un accident, soit h�r�ditaires.

Dans le premier cas, c'est navrant pour ces malheureux.

Dans le deuxi�me, le minist�re de l'Int�rieur du Reich

devrait au moins �viter la transmission g�n�tique

de troubles de la vision aussi �pouvantables que ceux-l�.

Deuxi�me possibilit�, ils ne croient pas eux-m�mes

� la r�alit� de ce type d'impressions.

D'autres raisons les poussent au contraire

� faire supporter � la nation le poids de cette fumisterie,

et dans ce cas, nous avons affaire

� un d�lit qui rel�ve du droit p�nal.

Quel rapport avec l'art ?

En quoi cela �l�ve-t-il l'�me ?

Qu'est-ce que cela a � voir avec l'art ? L'art demande de la ma�trise.

M�me toi, tu pourrais produire cela.

Mais si, tu en serais capable. Essaie donc.

Et quand tu auras fini, demande � tes parents

s'ils te donnent dix pfennigs en �change.

Tu sais combien ils ont pay� M. Vassily Kandinsky pour �a ?

Deux mille marks.

Plus que le salaire annuel d'un ouvrier allemand.

Que fait ton papa ?

En ce moment, il n'a pas de travail.

Deux mille marks

pay�s par les imp�ts de la population laborieuse allemande.

Apr�s tout, peut-�tre que je ne veux pas devenir peintre.

Ne le r�p�te pas, mais moi, �a me pla�t.

Exposition "L'art d�g�n�r�" Entr�e libre

Tu as vu comment ils t'ont regard�e, tante Elisabeth ?

Lundi, personne ici n'aura d'yeux pour moi.

Ils seront tous occup�s � acclamer le F�hrer.

Je te trouve mieux qu'Hitler.

- Bonjour. - Bonjour, jeune demoiselle.

Vous avez fait une sortie avec votre neveu ?

Oui.

Merci.

Bon voyage.

Merci.

L�, c'�tait notre appartement.

Qu'est-ce qui te manque le plus, de Dresde ?

Parfois, �a aide de dire vraiment les choses.

Je sais ce qui te manque !

La petite aux tresses rouge feu.

Elle s'appelle comment, d�j� ?

Johanna ?

Johanna, c'est bien �a ? Ton amoureuse.

Non ?

Non, pas que Johanna.

Qui d'autre encore ?

Les Schr�der...

Tu sais, ce vieux couple qui vit dans notre immeuble.

Ils se tiennent toujours par la main,

comme de petits enfants.

Je les aime bien.

Et leur teckel, Thilo.

Il venait me voir � chaque fois que je l'appelais.

Voyons, Dresde n'est qu'� 45 kilom�tres.

Tu peux leur rendre visite quand tu veux.

Mais tu as raison, bien entendu... Dresde est imbattable.

Tu sais quoi ?

Je trouve que ton p�re est tr�s fort de ne pas adh�rer au parti.

Une signature,

et il aurait pu garder son poste d'enseignant et l'appartement.

Il dit que c'est criminel, ce que les nazis...

Je sais.

Mais tu ne parles comme �a � personne d'autre, hein ?

Maman dit qu'elle finira par le convaincre d'adh�rer.

La carte du parti sera son Capitole.

Son capital !

- Au revoir. - Rentrez bien !

Tiens �a une minute.

Tante Elisabeth, tu as oubli� quelque chose ?

Peindre un tableau qui donne cette sensation-l�.

Voil� ce qu'ils tentent de faire, ces artistes d�g�n�r�s...

Elisabeth, tu es encore en retard.

Et ta tenue !

Toi,

au premier rang. Viens.

C'est toi qui vas lui remettre le bouquet.

Ne d�tourne pas les yeux.

Ne d�tourne jamais les yeux, Kurt.

Tout ce qui est vrai est beau.

Cette note-l�.

Il y a l�-dedans toute la force de la musique,

de la vie,

de l'univers.

Les gens cherchent la formule universelle.

Mais elle est ici.

Ici.

Tu entends �a ?

Le contre-la sur le piano Bl�thner de la famille May � Grosssch�nau.

Et maintenant que je la connais,

je peux la jouer partout.

Sur la table...

Tu entends ?

Et m�me sur ma t�te...

Tante Elisabeth,

tu saignes.

Elisabeth,

Dieu du ciel, mais que fais-tu l� ?

Un concert pour le F�hrer !

"Folie juv�nile", �a serait presque sympathique � entendre.

Schizophr�nie l�g�re,

folie juv�nile... J'entends tout !

Ce n'est rien qu'une petite p�riode de repos ne puisse soigner.

Une p�riode de repos dans...

Un �tablissement, oui.

Nous aimerions essayer avec du repos � la maison.

Elle a travaill� dur pour son baccalaur�at

et est entr�e en apprentissage juste apr�s.

Elisabeth ?

Elle est peut-�tre simplement surmen�e.

C'est votre femme ?

Vous ne la supportez pas, hein ?

Je vois �a � la mani�re dont vous vous tenez � c�t� d'elle.

Je te prie d'attendre � l'ext�rieur.

Je ne le redirai pas.

La schizophr�nie �tant h�r�ditaire, je dois vous demander.

Y a-t-il d'autres cas de maladie mentale dans votre famille ?

Oh mon Dieu, non !

Des d�pressions ?

Nous sommes tous joyeux.

Nous, m�decins, veillons sur les rives du fleuve de l'h�r�dit�.

Je dois signaler ce cas au Bureau de la Sant�.

La d�cision de l'interner ne d�pend peut-�tre pas de vous.

Docteur Michaelis...

Franz.

J'ai connu vos parents.

Et m�me vos grands-parents.

S'il vous pla�t.

Ne la signalez pas.

C'est bien parce que c'est vous, Mme May.

Mais pr�venez-moi si son �tat se d�gradait.

Au revoir.

Heil Hitler !

Oui, bien entendu. Heil Hitler !

Heil Hitler !

Passez-moi le Bureau de la Sant�.

Tu vas nous manquer.

C'est juste pour une semaine.

On se revoit bient�t.

Au revoir, Ehrenfried.

Au revoir.

Tu vas nous manquer.

Je ne veux pas, maman.

Kurt, rentre.

Kurt !

Je ne veux pas y aller !

Prenez-la par les jambes.

Sa valise !

Bien s�r.

Voil� ses affaires.

Ne jamais d�tourner les yeux !

Tr�s chers coll�gues,

je voudrais vous f�liciter.

Depuis la promulgation de la loi,

nous avons pu st�riliser la fraction la plus faible du peuple allemand.

Quatre cent mille.

Un chiffre dont on peut �tre fier.

Une contribution � la r�g�n�rescence de la race

que les g�n�rations futures appr�cieront.

J'ai d�sormais l'espoir que nous vivions un jour dans un monde

totalement d�barrass� des mongolo�des,

des malades mentaux et autres malform�s.

Mais le moment est venu

de passer � la vitesse sup�rieure.

Nous avons besoin de plus d'h�pitaux de repli,

notamment � cause des bombardements anglais.

Nous ne pouvons pas admettre

qu'on refuse une place � l'h�pital � un soldat allemand bless�

parce qu'elle est utilis�e pour choyer une vie indigne de vivre.

Comment pouvons-nous y contribuer ?

Que pouvons-nous faire ?

Je te remercie d'avoir pos� cette question, Carl.

Messieurs,

d�sormais vous n'�tes plus seulement des m�decins et des SS

mais des experts aupr�s du Tribunal de la sant� h�r�ditaire.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Eh bien, un patient

que vous avez st�rilis�...

Si vous mettez un signe "moins" � l'encre bleue sur sa fiche,

il reste dans l'�tablissement.

Mais si nous trouvons un signe "plus" en rouge,

nous comprendrons qu'il s'agit d'une vie indigne.

Le patient sera alors transf�r�

dans l'un des trois �tablissements

choisis dans la partie la plus orientale du Reich,

pour y �tre d�barrass� d'une existence d�pourvue de sens.

Votre stylo -

votre �p�e.

Examen et entretien pr�liminaire. Elisabeth May. 23 ans.

St�rilisation pr�vue ce jour, 15 h 45.

Merci.

Tu peux entrer. Appelle-le Monsieur le Professeur.

Tu peux t'asseoir l�.

C'est de votre fille ?

� ton avis, pourquoi es-tu ici ?

Parce que parfois, je ne r�fl�chis pas comme il faut.

Tu sais quel genre de clinique je dirige ?

Une clinique de gyn�cologie.

Une gentille petite, votre fille.

Je vois �a au tableau.

Pas vraiment de talent artistique.

Mais �a, peut-�tre que �a vous r�jouit ?

Beaucoup de c�ur, par contre.

J'ai un neveu qui a cet �ge-l�.

Lui, h�las, est tr�s dou�.

Je l'accompagne dans des expositions pour l'encourager.

Bien.

Allonge-toi sur la table d'examen � c�t�.

Tu peux garder tes v�t...

J'exige un rendez-vous avec le professeur.

Excuse-moi.

Des semaines que j'essaie d'avoir un rendez-vous,

et on ne me r�pond m�me pas.

J'en ai le droit !

D�sol�e, M. le Professeur, je n'ai pas pu l'arr�ter.

M. Lohse-W�chtler.

Vous m'avez demand� si je voulais que la souffrance de ma fille

soit transmise � la prochaine g�n�ration.

C'est pourquoi j'ai consenti � l'op�ration.

Mais sa souffrance aujourd'hui, qu'en faites-vous ?

Vous �tes un homme allemand. Un peu de tenue !

Et ma souffrance ?

Nous ne pouvons pas continuer sur ce ton !

Je vais porter plainte contre vous, Professeur Seeband,

aupr�s de la Chambre des M�decins du Reich.

Faites donc, M. Lohse-W�chtler.

Vous �tes m�decin, vous avez pr�t� serment.

Tout cela finira par vous rattraper !

Heure de st�rilisation 15 h 45

Il aurait mieux valu que tu ne voies pas �a.

J'ai une h�r�dit� saine.

Je suis en bonne sant�.

Trois experts sont d'un autre avis.

- Non ! - Assieds-toi.

Tu vas aller en salle d'examen, puis en salle d'op�ration,

et tu vas t'y montrer coop�rative.

Sans quoi nous te ferons sangler,

ce sera plus compliqu� et plus douloureux.

S'il vous pla�t...

Monsieur Seeband...

Monsieur le Professeur... S'il vous pla�t.

Pour le F�hrer...

Je mettrai des enfants au monde,

des enfants sains, aryens.

Je les offrirai au F�hrer, comme c'est notre devoir.

Et mes enfants

offriront � leur tour leurs enfants au F�hrer.

Pour la guerre.

Voyons, vous avez besoin de soldats !

Vous avez besoin de soldats !

Qui d'autre ira se battre...

J'ai juste, parfois, l'esprit confus.

Mais c'est tr�s rare.

Il me faut des renforts !

Allons, vous �tes un p�re, aussi.

S'il vous pla�t, pour votre fille... Elle aussi, elle peint.

Elle pourrait �tre ma s�ur.

Je pourrais �tre votre fille.

S'il te pla�t, papa !

S'il te pla�t, papa !

Non !

Papa !

Papa !

S'il te pla�t, papa !

Papa, s'il te pla�t !

- Anna. - Oui, M. le Professeur ?

Je n'op�rerai pas Mlle May. Mettez Blockmann dessus.

Il est affect� � la salle d'accouchement.

Eh bien r�affectez-le !

Vous �tes chics en uniforme.

�a va faire plaisir � Elisabeth.

Johann...

Tu sais...

Je sais, apr�s la guerre, ce sera mon capital.

Et n'oublie pas le salut. Heil Hitler !

Si tu n'arrives vraiment pas � le prononcer,

dis tr�s vite "� l'halt�re".

Personne ne s'en rendra compte.

Ne dis pas que tu peins tout le temps.

Et pas un mot sur les nus !

Heil Hitler !

� l'halt�re !

Nous sommes annonc�s pour une visite chez Mlle May, Elisabeth.

Je suis Johann Barnert, son beau-fr�re.

Voici ses fr�res, Ehrenfried et G�nther May.

Sa s�ur Waltraud.

Sa m�re Malvine.

Mlle Elisabeth May... a �t� transf�r�e avant-hier.

Transf�r�e ? �a n'est pas possible.

Ordre du Service Central.

Mais o� ?

K�the, il faudrait y aller.

O� a-t-elle �t� transf�r�e ?

� l'h�pital de Grossschweidnitz.

Grossschweidnitz ?

C'est � deux jours de route !

Comment lui rendre visite l�-bas ?

Nous travaillons, les gamins sont en permission.

Je ne peux rien vous dire de plus.

Il faut que j'y aille, � pr�sent. Heil Hitler !

Je vais �crire au minist�re de la Sant�.

13 f�vrier 1945

Des bandes de staniol.

J'ai lu qu'elles perturbent les �missions et r�ceptions radio.

Johanna !

Johanna ! R�veille-toi !

Je t'aime bien.

Je t'aime bien aussi.

Monsieur Seeband ?

Professeur Seeband. C'est bien moi.

Monsieur Seeband...

Professeur Seeband.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

Il aimerait qu'on lui dise "Monsieur le Professeur".

Eh bien, soit !

Monsieur le Professeur.

O� est Burghard Kroll ?

Qui ?

Burghard Kroll ?

Ton chef au sein de la... Reichsarbeitsgemeinschaft.

Nous sommes au courant pour les r�unions � Berlin.

Je ne sais pas de quoi vous parlez,

je ne connais pas cet homme.

Je ne le connais toujours pas.

Si mon enfant ne na�t pas en parfaite sant�,

il m�ritera de mourir ?

Sur cette terre, l'espace est limit�, et les ressources aussi.

Qui doit en disposer ?

Les personnes malades ou en bonne sant� ?

En tout cas, il y aura bient�t une place de libre sur cette terre.

Vous n'avez pas indiqu� si vous �tiez membre du parti nazi.

Vous �tiez membre du parti ?

Monsieur le Directeur, j'ai longtemps �t�...

Oui ou non, Monsieur Barnert.

Oui.

Je ne suis pas un nazi.

Les trois quarts des enseignants �taient au parti.

Et c'est au quart restant que nous voulons confier la jeunesse.

Bonne journ�e.

Trop chaud !

"Guerre patriotique."

"Guerre patriotique."

"Sp�cialement."

Camarade !

Camarade !

Quoi ?

Il n'y a pas de r�pit entre les contractions.

L'enfant est en mauvaise position.

Il ne peut pas sortir.

Quoi ?

Appelez l'interpr�te.

Tout de suite.

Il se m�fie.

Il demande pourquoi vous voulez aider.

Je veux aider parce que je le peux.

Tu peux y aller.

Une Tzigane me l'a pr�dit, je n'aurai pas d'enfants.

C'est le destin.

Pr�sentation transverse. Allongez-la en travers.

Elle est � quel terme ?

36 semaines.

Tension ?

11/7.

Idiote !

Pourquoi ai-je cru que je pourrais avoir des enfants ?

Bon, dites-lui qu'elle va en avoir un.

Et beaucoup d'autres si elle le veut.

L'enfant est en position transversale.

Pendant les contractions, l'ut�rus est trop dur pour �tre tourn�.

Je vais percer la poche des eaux.

Entre deux contractions, je tournerai l'enfant.

Je suis un interpr�te militaire...

Allez-y.

Gants.

Vodka.

Ne pas s�cher.

Ne pas toucher.

Nous faisons �a sans anesth�sie.

J'ai d�j� une jambe...

J'attends la contraction suivante.

J'introduis l'index dans la bouche de l'enfant.

J'appuie le menton sur sa cage thoracique...

et je sors la t�te.

Un gar�on. En bonne sant� !

Et une m�re splendide et en bonne sant�.

Je vous f�licite, commandant.

Qui sauve une vie sauve le monde entier.

Tu as sauv� mon monde,

Herr Professor.

Personne ne touchera un cheveu de ta t�te.

Tu es sous ma protection personnelle.

Pr�parez la chambre d'amis pour le professeur

et donnez-lui des v�tements d�cents.

Papa !

Tu n'as plus de soucis � te faire.

J'ai compris.

J'ai compris !

Qu'est-ce que tu as compris ?

Tout...

Comment tout est li�, que tout est li�...

Tout.

La formule de l'univers...

Je n'aurai plus jamais de souci � me faire,

je n'aurai plus � avoir peur.

Je suis intouchable.

C'est bien.

Non, papa, tu ne comprends pas...

Tu n'as plus de souci � te faire non plus. Vraiment.

Je n'ai m�me plus � devenir artiste,

je peux choisir n'importe quelle profession,

je trouverai le juste, le vrai !

Je suis heureux pour toi, r�ellement.

Il faut que je fixe ce moment !

Il faut que je fixe ce moment.

J'ai compris.

Je sais � qui tu penses.

Mais il est diff�rent.

ATELIERS DE PANNEAUX DE DRESDE

Bonjour, papa.

Bonjour, mon gar�on.

Veille � l'alignement, coll�gue.

Tu fais �a pour te sentir sup�rieur � nous ?

Quoi ?

�a.

Dessiner � main lev�e, tandis qu'on s'escrime

avec des pochoirs.

Tu veux nous faire passer pour des billes ?

Pourquoi tu fais �a ?

Je le fais parce que je le peux.

Tu peux emporter les crayons, si tu les rapportes.

En janvier, c'est le d�p�t des candidatures aux Beaux-Arts.

Ce travail me convient.

Qu'est-ce que c'est que �a ?

Tu penses que �a aide l'ouvrier ?

�a donne � ton p�re la force de nettoyer les escaliers ?

Tu veux l'aider, non ?

C'est m�me toi qui lui as trouv� la place.

Tu en as vu des saloperies, hein ?

Mais �a t'aide, de te vautrer l�-dedans ?

�a aide � construire un monde

o� tes enfants auront une vie meilleure ?

Le communisme, c'est �a.

J'appuierai ta candidature.

Aux Beaux-Arts, les filles sont plus jolies qu'ici.

Pouvez-vous voir qu'ici, quelqu'un a mis toute vanit� de c�t�

pour se mettre au service de la cause ?

Au service du peuple ?

Travaillez votre attitude,

travaillez votre artisanat,

et l'art qui convient na�tra comme de lui-m�me � travers vous.

Je vous citerai comme exemple tragique Pablo Picasso,

dont il existe des tableaux forts et r�alistes

qui expriment une solidarit� authentique avec la classe ouvri�re.

Il a toutefois tr�s vite

d�rap� dans un formalisme d�cadent et obsc�ne.

Pourquoi ?

Pour passer pour un innovateur

et pas pour un traditionnaliste.

Innovation, ind�pendance cr�ative, libert� artistique -

des mots qui, pour un artiste, paraissent d'abord s�duisants.

"Moi. Moi. Moi."

Mais un artiste moderne ne peut conqu�rir la libert� r�elle

que s'il se met au service des int�r�ts du peuple.

"Moi. Moi. Moi.", cela ne m�ne qu'au malheur.

Au mieux, cela permet de se faire entretenir

par des collectionneurs riches et d�cadents,

des exploiteurs de travailleurs qui se d�lectent

de ne rien avoir en commun avec le peuple,

pas m�me le go�t de l'art.

D�cadence,

mysticisme,

pornographie.

Formes vides, constructions artificielles,

taches, lignes,

sph�re, c�ne.

Tout cela dans le seul but de passer pour des "novateurs" ?

Oui, c'est nouveau.

Mais c'est aussi fallacieux.

Et vaniteux.

Et b�te.

Antid�mocratique.

D�cadent.

Soyez diff�rents, Messieurs.

Soyez diff�rents.

Tu tenais le marteau un peu plus haut, avant.

Oui, nettement plus haut, m�me.

Encore un peu.

Comme �a ?

Et la main gauche plus au milieu.

Exact. Et ta main droite bien plus en avant.

- Encore plus. - Plus, plus, plus.

Encore un peu.

Comme �a ?

Plus, plus, plus... Carr�ment en avant.

C'est �a.

- C'est � peu pr�s �a, non ? - Oui, � peu pr�s.

Non, c'�tait pas comme �a.

Arr�tez vos conneries.

Tu le tenais un peu plus haut.

Non...

Plus bas, en fait.

Non, plus haut.

Plus haut.

Plus bas. Plus haut.

Plus bas. Plus haut.

Camarade professeur !

Ils ne me prennent pas au s�rieux.

Je porte une lourde responsabilit�, quand m�me !

On est � la maternelle, ou quoi ?

Apparemment oui.

Une �tudiante en mode offre des crayons de l'Ouest !

Pardon !

Pardon !

Merci, Elisabeth.

Ne te fais aucune illusion. Elle est � moi.

Regarde bien et prends-en de la graine !

2B ou 4B ?

Alors ?

2B, merci.

Mais j'aimerais encore mieux sortir avec toi.

Restons-en au crayon, d'accord ?

S�re ?

Et certaine.

Tu t'appelles Elisabeth ?

Tu en veux un, toi aussi ?

Il n'y a plus que...

du 4B.

Merci.

Un faisan dor� ne met pas ses cendres dans une bo�te de conserve.

Faisan dor� ?

Oui.

Je ne peux pas laisser passer cela.

C'est aussi mon avis.

Une promenade ?

Dans le parc ?

Pour que je puisse corriger mon erreur de jugement ?

Tu voulais discuter avec moi, non ?

� vrai dire, je voulais me promener avec toi.

Eh bien d'accord,

dans ce cas c'est moi qui ferai la conversation.

Le r�alisme socialiste...

C'est ton truc ?

Sans doute autant que, pour toi,

la mode de Lotte Ulbricht.

Pourquoi tu n'arr�tes pas de me regarder ?

Tu me rappelles quelqu'un.

Tu aimerais bien peindre un portrait de moi ?

Je ne sais pas.

Tu aimerais bien me tailler un costume ?

Il faut que je rentre chez moi.

Je peux t'accompagner ?

Jusqu'� la porte, pas plus ?

Tu prends des cours de danse ?

J'habite ici.

La maison nous appartient.

�a ne r�fute pas vraiment cette histoire de faisan dor�.

Nous avons eu de la chance, c'est tout, pas un seul impact.

Avant la guerre, toute la rue �tait comme �a.

Au revoir, Kurt.

Au revoir...

Elisabeth.

Je peux t'appeler autrement ?

Tu as peut-�tre un surnom ?

En fait, tout le monde m'appelle Elisabeth.

"En fait", �a veut toujours dire que c'est le contraire qui est vrai.

Bon, d'accord.

Mon p�re m'appelle Ellie.

Au revoir, Ellie.

Elisabeth...

Tu aurais pu prendre un peu plus de temps pour toi, Kurt.

Bien.

�a suffit pour aujourd'hui.

Ah oui, d'accord.

Bonne nuit.

� demain.

Tiens, un faisan dor� en ouvri�re ?

Tu es le sujet de mon m�moire, maintenant.

Un costume.

Pour toi.

Je ne l'enl�verai plus jamais.

Tu es si belle, c'en est presque antiromantique.

C'est beaucoup trop facile de t'aimer.

Tu m'aimes ?

Tu m'aimes ?

Sinon, je ne peux pas...

Sinon, je ne peux pas.

Je t'aime.

Vraiment ?

Je t'aime !

Je t'aime, je t'aime.

Mes parents !

Je croyais qu'ils habitaient � Chemnitz.

C'est exact.

Mon p�re !

Qu'est-ce qu'on fait ?

Elisabeth ?

Elle dort � poings ferm�s.

Elle avait laiss� une bougie allum�e.

Quand deviendra-t-elle enfin adulte ?

Eh oui, la jeunesse...

D'o� viennent ces �raflures ? Parle !

Puisque je vous le dis. Je me suis fait �a en jardinant.

En jardinant...

Tu sembles vraiment avoir la main verte.

Le voil�, le jardinage.

On se bouge.

Et vous, comment �a va, c�t� jardin ?

Merci d'avoir risqu� ta vie pour ma r�putation.

Mais s'il te pla�t, ne refais plus une folie pareille.

Tes parents ont...

Ils n'ont rien remarqu�.

Strictement rien.

Ils reviennent � Dresde.

Mon p�re retrouve son ancien poste de directeur de la clinique.

Il doit d'abord mettre une chambre en location,

sinon il va se faire rep�rer par la Gestion de l'Espace r�sidentiel.

Il compte mettre une pancarte demain.

Tu aurais peut-�tre envie

d'�tre le premier � d�couvrir la pancarte,

tout � fait par hasard ?

Ils ne peuvent pas m'en vouloir

si je tombe amoureuse d'un locataire qu'ils ont choisi eux-m�mes.

Et... ta m�re ?

Elle ne va pas se douter de quelque chose ?

Ah, ma petite maman !

Un esprit tellement innocent.

Ne t'inqui�te pas pour elle. Elle ne comprend rien � ce qui se passe.

Rien � rien.

C'est � propos de l'�criteau.

La chambre est encore � louer ?

Le panneau est accroch� depuis un quart d'heure.

�a veut dire oui ?

Madame Seeband !

Il y a une personne int�ress�e par la chambre.

�a n'a pas tra�n� !

Barnert, Kurt.

Quel genre de m�tier fais-tu ?

Je suis �tudiant.

En mode.

- En peinture. - En peinture ?

Madame Hellthaler. Montez, je vous prie.

Carl, il y a un locataire pour la chambre. Descends voir.

Mais tu as une par�sie faciale.

Une paralysie partielle du visage.

La commissure de la l�vre qui pend.

Tu as eu un accident ou une borr�liose ?

Soyez gentille de monter �a,

pour que mon mari parle un peu avec le locataire.

Mon mari est m�decin, par passion.

Il arrive qu'on ait un diagnostic gratuit.

Tu devrais faire examiner �a.

Kurt a de tr�s bonnes recommandations.

Il est �tudiant, non-fumeur...

Nous nous sommes d�j� mis d'accord sur le loyer.

Bien entendu, c'est � toi de d�cider

si nous lui louons la chambre.

Kurt veut devenir peintre.

Je suis peintre.

Notre fa�ade commence � s'�cailler.

Nous pourrions d�duire quelque chose du loyer.

Je ne suis pas ce genre de peintre-l�.

Tu es quel genre de peintre ?

Je peins des tableaux.

R�alisme socialiste ?

Il y a quelque chose d'autre ?

Je n'esp�re pas.

Bien, tu as la chambre quand m�me.

Merci, M. Seeband.

Professeur Seeband, s'il te pla�t.

Beau costume.

Que fais-tu debout � une heure pareille ?

Je... j'�tais sorti.

De l'alcool ?

�a ne doit pas vraiment favoriser ton travail.

Va te coucher.

Ce Kurt ne me pla�t pas.

Il faut veiller � ce qu'Ellie ne soit pas trop aimable avec lui.

Pourquoi ?

Pour qu'elle puisse trouver un bon parti, �videmment.

Tout comme toi, tu as trouv� un bon parti.

Professeur Seeband, pour hier, bien entendu, je ne dirai � personne...

Tu as un nouveau sujet.

Moi.

Pour la galerie des directeurs.

Dans ce genre-l�, � peu pr�s.

Nous commen�ons demain � 16 h, dans mon bureau � la clinique.

Le peuple de la RDA souhaitant unanimement

la paix et l'unit� de l'Allemagne,

le Ministre-Pr�sident Grotewohl a fait au gouvernement de Bonn...

M. le Professeur va arriver. Installez-vous.

... en vue d'�lections libres dans toute l'Allemagne.

Ces propositions ont �t� rejet�es parles puissances occidentales

et le gouvernement Adenauer,

dans la logique de leur politique belliciste.

Poursuivant dans cette logique belliciste,

le gouvernement de Bonn

et les puissances d'occupation occidentales

ont introduit sur la ligne de d�marcation

un contr�le frontalier...

Kurt.

J'ai pens� que tu installerais ton chevalet

ici.

L'absence de protection appropri�e en RDA

est utilis�e parles puissances occidentales

afin de faire passer dans notre secteur toujours plus d'espions,

de terroristes et de trafiquants.

� ce jour, une fois leurs missions criminelles accomplies,

ceux-ci ont encore la possibilit� de franchir facilement

la ligne de d�marcation pour rentrer en Allemagne occidentale.

C'est la raison pour laquelle nous nous voyons contraints

de prendre des mesures...

C'est comme �a que je voyais les choses. Tr�s bien.

Nous reprenons demain � 16 h.

Deux s�ances devraient suffire ?

Pourquoi regardes-tu de nouveau ces vieilles photos ?

Pourquoi la plus banale des photos d'amateur

a plus de r�alit� que mon tableau ?

Il pla�t � papa.

C'est bien cela.

Presque personne n'aime les photos de soi.

Alors qu'un tableau, normalement, on l'aime.

C'est forc�ment que la photo doit �tre plus vraie.

Pourquoi ton p�re est parti � Chemnitz ?

Pourtant, il �tait d�j� directeur.

Il ne veut pas que nous en parlions.

Papa a soign� les femmes de G�ring et Goebbels...

parce que c'est le meilleur des gyn�cologues.

Ils ont fait le voyage depuis Berlin, � 200 km d'ici.

Comme si personne ne savait y faire un frottis...

Il faut s'imaginer �a.

�a explique qu'ils l'aient nomm� membre d'honneur de la SS.

Il ne pouvait pas refuser.

Apr�s la guerre, il a �t� difficile d'expliquer aux Russes

qu'il n'avait aucun autre rapport avec les nazis.

Ils ont pass� les archives au peigne fin

sans rien trouver contre lui.

Aujourd'hui, le professeur a dit que j'�tais

un "artiste du genre de Willi Sitte".

Mais c'est bien. Il a du succ�s, quand m�me.

"Du genre de Willi Sitte."

Je crois qu'il faut que je fiche le camp d'ici.

D'o� �a ?

Tu ne parles pas s�rieusement...

Tout se passe tellement bien pour nous...

Je ne pourrais pas quitter ma petite maman.

Kurt !

Ton dossier de fin d'�tudes a convaincu la d�l�gation.

Ils t'ont choisi pour la fresque murale

du nouveau mus�e de l'Histoire.

Le sujet : "L'Unit� de la classe ouvri�re".

Une mission que bien des professeurs auraient aim� se voir confier.

- Une fresque murale ? - Oui.

Je ne suis pas un peintre mural.

Kurt, nous savons tous les deux que tu en es capable.

Je suis d�sol�. �a n'est pas pour moi.

C'est de la d�coration pure.

Tu aurais du travail, d'un seul coup.

Et m�me de l'argent.

�a n'est pas moi, �a.

Moi. Moi. Moi.

Non, ne bouge pas... S'il te pla�t.

Je peux imaginer que nous ne formons qu'un seul corps.

Je suis enceinte.

Alors tu m'appartiens enti�rement, maintenant.

Nous nous appartenons enti�rement, je veux dire.

Il faut que nous le leur disions, Ellie.

Commen�ons par leur dire que nous sommes ensemble.

Pour att�nuer le choc ?

Je crois que ta m�re se doute d�j� de quelque chose...

�a n'est pas maman qui m'inqui�te.

Mais papa va tomber de l'armoire.

Pour lui, j'aurai toujours douze ans.

Je crois qu'Ellie est enceinte.

Quoi ?

La temp�rature de sa main a l�g�rement augment�,

mais sans sympt�mes grippaux.

Hier, elle a quitt� la table deux fois de suite au d�ner,

n'a pas touch� sa bouillie au petit d�jeuner

et s'est retenue � sa chaise au moment de se lever...

Je dirais : troisi�me mois.

Peut-�tre quatri�me.

Mon Dieu, mais elle-m�me n'est encore qu'une enfant !

Le probl�me, ce n'est pas son �ge, c'est l'homme.

Mais qui est-ce ?

Leptosome, m�lancolique,

p�re suicidaire d�pressif

parce qu'il devait nettoyer les escaliers.

Mon p�re aurait parl� de "tir d'�limination".

Je ne souhaite pas ce patrimoine g�n�tique

pour nos descendants.

Nous devons l'emp�cher.

Mais comment ?

Apr�s trente ans en gyn�cologie, il y a une chose que je sais :

un avortement peut mettre fin � n'importe quelle amourette.

FIN DE LA PARTIE 1

L'�UVRE SANS AUTEUR

Sous-titrage : HIVENTY

Adaptation : Olivier Mannoni

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