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---
Sonnerie
---
- Votre ticket, monsieur. - Merci.
- Bonne soirée, madame. - Merci.
Des pas résonnent.
---
Exclamation de surprise
- Eva. - Je me disais bien.
Comme je suis heureuse de te voir.
- Eva.
- Je pensais que vous étiez rentrées en Amérique.
Servier t'a cherchée partout.
- Et pourtant, j'étais là.
- Je te prenais pour une intrigante.
Je me souviens.
Une calculatrice.
Attirée par Korben, le pouvoir...
Excuse-moi.
- T'excuse pas.
J'aurais bien aimé cacher une stratégie,
avoir un plan dans la vie.
Je sais que j'ai l'air dure, trop solide.
Les gens ne m'aiment pas tout de suite.
Je suis lente, à souffrir, à ressentir les choses.
Et pourtant, si tu étais dans ma tête,
tu verrais que je suis émouvante.
Et qu'il faut m'aimer.
- Tu te souviens de cette fête?
- Evidemment que je m'en souviens.
- C'était quand déjà? Je ne sais plus.
Ah oui, c'était avant ces choses horribles.
C'est fou, les gens disent maintenant "avant-guerre".
Mais au fond,
on ne sait jamais quand on est avant-guerre.
Musique douce
---
(En anglais)
- Tu crois qu'ils voient les mêmes étoiles?
- Qui ça?
- Les gens, chez nous.
- Il fait jour là-bas, en ce moment.
- Pourquoi on voit pas les étoiles, le jour?
- Parfois, il faut éteindre la lumière
pour voir les choses.
---
- Comme lorsqu'on ferme les yeux pour voir nos rêves?
- Oui... Dans un sens.
- Laura...
Quand est-ce qu'on rentre à la maison? - Bientôt.
Rapproche-toi.
Demain,
on se réveillera à Paris.
Paris.
Musique douce
---
- Bienvenue à L'oiseau de paradis.
Après Bucarest, Varsovie, Prague...
- Respire.
Respire.
- J'ai si froid. - T'as pas froid.
T'as peur, c'est tout.
- Les plus renommées des mediums américaines.
Ce soir,
ce n'est pas un spectacle que vous allez voir.
Une expérience que vous allez vivre.
Je vous demanderai alors,
pour des raisons évidentes de concentration,
de ne pas les accueillir par des applaudissements.
- Allons-y.
- Veuillez accueillir les sceurs Barlow.
Remontée mécanique
Percussions rapides
---
- Avant tout,
je vais commencer par des excuses.
Je ne veux pas vous décevoir.
Nous ne vous révélerons rien
que vous ne savez déjà.
Nous vous révélerons
ce que vous avez perdu...
La jeune femme traduit.
Vos morts.
Quand on vient des États-Unis, une nation si jeune,
l'Europe ressemble à un cimetière à ciel ouvert.
Quand on y réfléchit,
la terre sous nos pieds
est dix fois, voire cent fois, plus peuplée
par les morts que par les vivants.
Qu'ont-ils à nous dire?
Nous pouvons leur parler.
Y a-t-il quelqu'un ici
qui est prêt à me répondre?
En toute franchise?
Est-ce un esprit?
Est-ce un esprit blessé?
Et vous?
Êtes-vous prêts?
Êtes-vous prêts
à l'écouter?
Êtes-vous prêts à entendre la vérité?
Venant de deux femmes?
En toute franchise?
Percussions de suspense
---
- Ah non, non, non.
Ça me fait peur, ce genre de choses.
- Venez madame, n'ayez pas peur.
N'ayez pas peur.
N'attendez rien.
Espérez tout.
Les percussions reprennent.
Écoutez la respiration de ma sceur.
Concentrez-vous sur sa respiration.
Grande inspiration
---
Respiration rapide et saccadée
---
- Ça vient.
Je suis là.
Maman.
Exclamation de peine
- Oui.
- Maman...
Maman... - Oui.
C'est toi, mon bébé?
- Comment s'appelle-t-il?
Musique entraînante
Brouhaha
Pour les séances privées, voyez avec Juncker.
Je suis ravie que ça vous ait plu.
Si ça vous intéresse, nous tenons des séances privées.
- Ah, la merveilleuse!
- Nous nous rencontrons enfin!
- Laura Barlow, John Kitching.
- Enchantée. - Magnifique spectacle.
- Merci. - Invitez-la en Angleterre.
- J'ai des idées pour vous.
- Parfait, je vous laisse.
À plus tard, beauté.
---
- Vous devez absolument rencontrer ma sceur.
Elle va vous plaire. - Où est-elle?
- Ne bougez pas, je vais la chercher.
Ne bougez pas.
On avait dit deux verres, pas plus.
Nous n'avons pas fini. J'ai quelqu'un d'important à te présenter.
- Et les oiseaux?
- Quoi? Ils ne vont pas s'envoler, chérie.
Et les séances privées?
C'est tout?
- Les temps sont durs pour tout le monde.
- Et Kitching? Il a parlé de Londres?
- Il est parti vite.
Nous n'avons pas parlé affaires.
- Il est juste parti?
- Ce sera pas la première fois.
Je suis désolé.
Vincent, je te laisse fermer.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Rien. Rendors-toi.
Musique intrigante
---
- Entrez.
Je suis content de vous voir, je vous attendais.
- Pardon pour hier. J'ai été très impolie.
- Champagne?
- Non, merci. - Un thé?
- Non, merci.
Vous avez une maison magnifique.
- J'adore les bibelots.
Quand je voyage, j'accumule,
et quand je ne voyage pas,
j'accumule encore.
Mais je ne suis attaché à rien.
- Vous parlez bien anglais.
- C'est gentil de le remarquer.
- Je crois entendre un accent.
Pas seulement un accent français.
- Vous avez raison,
je ne suis pas né français.
- C'est quand vous voulez, nous sommes prêtes.
- OK.
- Il faut une autre chaise.
- Pourquoi?
- Quand nous convoquons un esprit,
c'est comme un invité, nous devons préparer sa venue.
- Je comprends.
Martin? On a besoin d'une autre chaise, s'il vous plaît.
- Tout de suite, monsieur.
- On commence par se prendre les mains.
Fermez les yeux.
Êtes-vous prêt à croire, André?
Êtes-vous prêt à nous laisser entrer?
- Oui.
- Placez tous vos doutes dans un cercle rouge.
Visualisez le cercle rouge.
Écoutez la respiration de ma sceur.
Le cercle rétrécit...
Puis il disparaît.
Ça vient.
Grande inspiration
---
Musique angoissante
Que voyez-vous?
- Rien.
J'entends...
des bruits de pas.
---
- Monsieur?
Monsieur?
Monsieur!
Monsieur...
Tout va bien?
- Oui, ça va.
Comment vous faites ça?
- Merci.
- Bonsoir, mademoiselle.
Musique douce
- J'entends des pas.
---
Brouhaha
- Nous voulons des précisions sur le cap que vous comptez suivre.
- Messieurs, nous répondrons volontiers à toutes vos questions.
Mais vous ne pouvez pas en même temps
nous reprocher nos choix de développement
et nous accuser de les avoir cachés.
- Vous avez raison. Ce sont des décisions
prises seuls alors que nous les contestions.
- Ce conseil devrait peut-être démissionner.
- Si la guerre éclate, ces belles idées partiront en fumée.
- Bien. Merci, messieurs.
Je vous ai écoutés, laissez-moi vous répondre.
Vous oubliez
un élément majeur: c'est la crise.
- C'est trop facile!
M. Korben, nous ne voulons de vos chimères comme dividendes.
- Non. Pardonnez-moi, mais c'est faux.
Vous ne touchiez pas de dividendes.
Mes prédecesseurs vous l'ont bien expliqué.
Ce n'est pas une répartition des bénéfices, c'est un capital
que nous vous remboursons.
- Vous jouez sur les mots!
- S'il vous plaît, allons à l'essentiel.
Je suis le premier à déplorer
que le cinéma français ait autant de retard sur les nouvelles techniques.
Là où les Américains n'ont cessé d'innover,
nous avons choisi de nous endormir.
Et vous voudriez persister dans le sommeil?
C'est là, votre solution?
Messieurs,
j'ai une bonne nouvelle pour vous.
Vous n'aurez pas de dividendes,
tant que nous n'aurons pas l'intuition
qu'il faut créer de nouvelles machines, de nouvelles pratiques.
Innover, développer autrement le cinéma.
- Bravo, bravo!
- Excusez-moi, je dois me sauver. Ange, je vous appelle plus tard.
- M. Korben.
Je n'ai pas voulu vous piéger, ça n'avait rien de personnel.
Mais notre société ne peut être dirigée par les rêves d'un seul.
- Je comprends très bien, M. Chaumette.
A bientôt.
- Qu'y a-t-il? - Une charette s'est renversée.
Concert de klaxons
---
- Quand est-ce qu'on va à Londres?
- Je me disais qu'on pourrait rester un peu ici.
S'installer,
ça serait pas si mal.
- Mais on n'a pas beaucoup de séances, non?
- Justement. On devrait...
faire d'autres choses.
- Comment ça?
- Je ne sais pas.
Il y a tant de choses à faire...
tant de choses à découvrir.
Musique jazz au loin
Si vous m'aviez prévenue, je me serais préparée.
Laissez-moi au moins passer quelque chose.
- Non, s'il vous plaît, restez.
Asseyez-vous.
La séance d'hier m'a donné une idée.
J'aimerais tenter une expérience inédite.
L'homme qui est apparu... - Qui est-ce?
- Mon frère.
Il avait l'air si réel.
J'aimerais le filmer.
- Le filmer?
Je ne sais pas trop...
Nous avons beaucoup d'engagements, une tournée en Angleterre...
De nombreuses séances privées sont déjà réservées...
On a un prix.
- Bien sûr.
Les séances et le spectacle, c'est une chose.
Moi, j'ai la possibilité
de vous rendre céle' bres
à une échelle que seul permet le cinéma...
Voilà ce que je fais,
c'est mon métier.
- On va vraiment faire du cinéma?
- Pour vous. - Il ne fallait pas.
Kate!
Kate, dis merci. - Merci.
Musique intrigante
---
- Parfait.
C'est formidable.
Rédigeons un contrat.
J'adore les contrats.
Vous pourriez venir habiter chez moi.
- Laura?
- Veuillez m'excuser un instant.
Qu'y a-t-il? - Rien.
- Quoi?
- Nous n'avons jamais habité chez un client.
Pourquoi on irait chez lui?
- Ce sera bien mieux qu'ici.
Tu connais les gens riches.
Leurs lubies durent une semaine ou un mois, puis ils se lassent.
Profitons-en tant que ça dure.
Nous en avons besoin.
Korben, c'est une opportunité.
Je le ponds pas, le fric.
Nous pourrions économiser
et peut-être rentrer à la maison...
---
...
Buzzer
- Je n'en ai jamais vu autant d'un coup!
Ça sent bon!
- C'est pas un peu trop?
- Il faut toujours plus, sinon on ne voit rien.
On se maquille différement, au cinema.
- Si on en met pas assez, on voit rien.
Dans la vie, si on en met trop, on voit que ça.
- C'est simple.
- Bonjour, tout le monde.
Bonjour, c'est très bien.
- Bonjour, M. Servier. - C'est bien.
- Bonjour. - Bonjour.
C'est très bien, Dimitri. J'ignorais que vous étiez si belles.
Magnifiques!
- Merci.
- Merci. - De rien.
Maquillées, pas fardées.
Plus rapidement, s'il vous plaît. Un peu plus de fumée.
Mademoiselle, c'est inutile, on lui a déjà tout expliqué. Moteur.
- La caméra est prête? - Vos lunettes, s'il vous plaît.
J'ai des reflets.
- Je préfère les garder.
- On va faire avec.
- Moteur demandé.
- Les sceurs Barlow, avant-programme, première.
- Tout va bien.
Tu dois te concentrer.
- Quoi encore?
- Il y a trop de lumière.
- Si je veux quelque chose sur la pellicule, il faut de la lumière.
Je peux pas réduire.
- Y a pas moyen de couper une source?
- Elles ont l'habitude des projecteurs. - Je sais bien,
mais il faut faire un compromis.
- Emiliano. - Oui?
- Coupez un Cremer, s'il vous plaît.
- Désolé. Si je coupe, je n'aurai pas assez de niveau.
- On doit s'y prendre autrement. - Comment ça?
- Nous devons contrôler nos performances comme lors d'une séance.
- Et qui réaliserait?
- Moi. J'ai observé Servier, ce n'est pas très compliqué.
- Et pour diriger l'équipe? Vous ne parlez pas français.
- Je parlerai français. J'apprends vite.
Je peux apprendre.
- C'est un métier, ça ne s'improvise pas.
Ça paraît facile, mais c'est beaucoup de travail.
- Je n'ai pas peur du travail.
- Je ressens votre peur.
- Je n'ai pas peur.
- Retournez-y, s'il vous plaît. Faites-le pour moi.
- Allez, on se remet en place rapidement.
Il pouffe.
Il rit.
- Je sais ce que tu vas me dire.
- Tu espérais quoi, au juste?
Que quelque chose apparaisse, se manifeste?
Un fantôme?
Il rit.
- Evidemment, ça paraît ridicule.
- On se comprend pas, André.
Techniquement, nous pouvons reproduire ce que tu as vu
ou que la gamine voit, ça ne fait aucun doute.
Alors quel est le problème?
Je ne sais pas ce que je recherche,
mais nous manquons d'ambition.
Elles sont fascinantes, tu ne trouves pas?
- Mon avis?
- La petite est difficile à filmer, trop renfermée, trop boudeuse.
La grande a quelque chose.
Une présence, un grain de peau, de l'esprit.
Du caractère.
C'est elle que j'ai regardée toute la séance.
- La caméra n'est pas un instrument de justice.
C'est la plus petite qui est la plus douée.
- Comment tu le sais?
- Fais une séance, tu verras par toi-même.
Je me permets de rêver à haute voix.
Imagine qu'on prenne cette femme, Laura.
Et qu'on fasse d'elle l'héroïne d'un film
dans lequel elle jouerait une spirite, évidemment.
- Oui.
- Elle remet en contact un veuf avec son épouse disparue.
Suzanne, vous notez, ça.
Notez, j'entends pas votre crayon.
- Pas besoin, nous l'utiliserons telle quelle.
Avec le savoir qu'elle possède, ses gestes experts...
- On annoncerait dans la presse que c'est une vraie spirite.
Ça ferait une publicité étonnante.
Combien de temps pour le scénario?
- 5 à 6 semaines, 2 mois au plus.
- Formidable!
- On le tient, notre projet, non?
- Bonjour.
- Ah, Laura.
Vous êtes à l'heure.
J'avais plus l'habitude. Par ici.
Voici vos marques.
Très bien. Hop là!
N'ayez pas peur, je vous les enlève.
Vous verrez très bien. Pardon.
- Voici le texte. Vous n'êtes pas obligée de tout lire.
- Essais Laura Barlow, un sur un.
- Oubliez le texte.
Comment vous appelez-vous?
- Je m'appelle Laura Barlow.
Laura Barlow.
Where come...
D'où venez-vous?
(Fort accent français) D'où venez-vous?
Elle s'esclaffe.
---
- De Rochester, New York.
- Rochester, c'est une ville?
- Oui, c'est au nord de New York.
- C'est un fromage, ça.
Pas une ville.
Lisons un peu. Passe-moi le texte.
- La communauté de leur existence
avait établi entre ces hommes des amitiés profondes.
Musique intrigante
---
Rires
---
- Une liqueur?
- Non, merci, je ne bois pas.
Non, merci.
Vous vous demandez si je suis un excentrique, c'est ça?
Laissez-moi vous répondre tout de suite.
Je ne suis pas un excentrique.
Je ne suis pas ésotérique.
Je ne verse pas dans les messes noires, les breuvages, les potions.
Je suis on ne peut plus rationnel.
Je dirais même, banal.
Regardez-moi, Korben.
Si je suis là,
c'est que vous avez commencé à vous poser des questions.
Si, je vois bien que vous cherchez à rester calme,
mais que tout en vous bouillonne d'incompréhension,
de malaise
et d'envie.
Il faut expérimenter beaucoup, ne pas nous satisfaire d'intuition.
Il faut, scientifiquement, aborder ces événements
Et enfin seulement, nous saurons.
J'ai besoin de voir les filles.
Surtout la plus jeune.
Je l'ai rencontrée brièvement à Varsovie,
mais je n'ai pu parler avec elle ni rien expérimenter.
C'est pour ça que vous me faites venir, n'est-ce pas?
Mais je dois vous prévenir.
C'est très cher.
- L'argent n'est pas un problème.
- Pourtant ce sont les seules photos de spiritisme identifiées.
- Qui datent d'il y a 20 ans.
Des trucages grotesques.
- Ce sont toujours des trucages, plus ou moins réussis.
Je comprends pas ce que tu cherches.
- Regardons les propositions de l'équipe.
- Là, comme ça?
- Oui, là.
Allez-y, ouvrez.
- C'est une base, les trucages seront mieux réussis.
- Ne vous justifiez pas d'avance.
Je veux voir.
- On a créé des apparitions en incrustant des images
en négatif noir et blanc
afin d'obtenir des silhouettes à la fois blanches et floues.
- C'est impressionnant.
- Y a de la grâce dans ces photos, c'est indéniable.
- Oui, c'est du beau travail.
C'est même très réussi.
- Mais?
- J'ai d'autres ambitions. - Lesquelles?
- Filmer de véritables phénomènes.
- Nous devons avancer.
- Pour avancer, il faut arriver à filmer
une manifestation quelconque.
La plus infime trace d'un fantôme ou d'une présence.
Une plus-value énorme pour le film, un succès assuré.
Enfin, rendez-vous compte.
Ce serait une première mondiale.
Des images non-truquées de phénomènes paranormaux.
On n'a jamais vu ça.
- "Vous m'aviez promis d'essayer.
"Ils nous attendent, venez.
"Une heure, pas plus.
"Tendant la main vers la fenêtre..."
- Non, c'est une didascalie.
- Mais si.
- Vous mesurez pas la maturité du public.
- Magnifique!
- Je I'imaginais plutôt en noir.
- C'est une spirite, pas une veuve corse.
Je la voulais vaporeuse comme un fantôme.
Merveille!
Ne I'écoutez pas, il est de très mauvaise humeur.
- Suivez-moi. - Il a raison.
- Bonjour, tout le monde.
Bonjour, Emile. Vous allez bien?
- Georges, un peu moins.
- J'adore ta robe!
- Fernand.
Mon cher Fernand, merci d'avoir eu la gentillesse de venir.
Voici notre Laura.
- Bonjour. - Enchanté.
- Elle n'a jamais joué, il faudra l'aider.
C'est sa 1re fois.
On arrête les retouches et on se met en place.
Clément, en place.
Rapidement.
Laura, vous viendrez du fond, vous tapez fort.
- Bien.
- Clément, ici.
- D'accord.
Je m'assieds là.
- C'est Eva qui jouera le rôle, désolé.
Tout le monde en place, on est prêts.
Je resitue la scène dans son contexte.
Tu es Clément,
un jeune peintre à succès fraîchement veuf.
Tu n'arrives pas à oublier ta femme défunte.
Ton impresario, catastrophé de voir que ton inspiration s'est tarie,
t'a forcé à entrer en contact avec Maggie,
une spirite américaine mondialement célèbre.
Vos séances te bouleversent.
A son contact, tu retrouves fougue et inspiration
car elle te met en relation avec ta femme défunte.
- Tu me suis? - Bien sûr.
Vous tombez fous amoureux l'un de l'autre.
Mais Maggie est persuadée
que tu tombes amoureux de ta femme et pas d'elle.
Tu ne pourras jamais aimer que ta chère disparue à travers elle.
Que tu la trompes en étant avec elle.
- D'accord.
- Et plus tard,
troublé,
tu ne sais pas si c'est de Maggie dont tu tombes amoureux,
ou si tu retombes amoureux, à travers elle,
tu retombes dans les filets d'une autre histoire.
- Je peux te poser une question? - Non.
Garde le trouble, garde I'incompréhension, c'est très bien.
- D'accord.
On y va, on a perdu assez de temps.
La caméra est en place?
- Moteur.
Sonnerie
- Apparition fatale, essais filmés, première.
Rires
- Action!
Elle frappe à la porte.
- Clément, où êtes-vous? Je ne vous vois pas.
Il fait si sombre.
- Moins fort, Laura.
- Clément.
Où êtes-vous? Je ne vous vois pas.
Il chuchote.
- Il fait si sombre.
- Je ne vais pas sortir.
- Vous êtes encore devant elle.
Vous m'aviez promis.
Promis d'essayer.
- Ils nous attendent. - Non.
Je ne tiendrai pas ma promesse et ce ne sera pas la première.
- Une heure. C'est juste là. - Vous ne comprenez pas, Maggie.
- Je veux vous voir dans la lumière, Clément.
Je veux entendre votre voix s'adresser aux vivants.
- Avancer, sortir, c'est lui tourner le dos.
Alors que ce que nous vivons,
elle le voit.
Elle nous donne sa bénédiction, vous comprenez?
- Ce qu'on vit?
- Ne me forcez pas à mettre des mots sur nos sentiments, Maggie.
- Vous parlez trop.
- Tournez, tournez!
- Je n'en dis pas la moitié.
Ici, je ne me cache de rien.
- Mais lui cacher quoi?
- Mon attachement.
- Tournez encore.
- Le besoin que j'ai de vous voir tout le temps.
- Votre besoin de lui parler. - Non.
- Tournez encore, encore.
- Ma peur quand vous arrivez, ma terreur quand vous partez.
- Je vous en supplie.
- Mon trouble.
- Rien n'est pire que de tromper un défunt.
Je vais partir, Clément.
Cet atelier, c'est un mausolée.
Clément, adieu.
- Je vais vous embrasser, Maggie.
Il est encore temps de m'arrêter.
- Vous m'embrassez pour ne pas la perdre.
- Quand je vous embrasse, nous sommes trois.
C'est une bacchanale.
- Coupez.
- Vous ne m'avez pas caché, au moment où je suis à la table?
- C'était très bien.
- On en refait une. Remettez-vous en place très vite.
Musique mélancolique
---
- Pourquoi vous êtes si inquiète? C'était très bien.
- Je sais pas.
J'ai eu l'impression de ne plus être là et de me montrer complètement.
J'ai eu honte.
- On a tous honte.
C'est pour ça que vous étiez belle.
C'est d'abandon dont vous avez besoin, de renoncement.
- Renoncer à quoi? - A comprendre.
A penser qu'il faut connaître les émotions pour les jouer.
On n'a pas besoin de les avoir vécues.
C'est pour ça qu'on joue.
Parce qu'on aurait aimé vivre certaines choses plus intensément,
mais qu'on l'a pas fait.
Alors on s'en veut.
Et on fait des films.
---
Vous comprenez?
- Je sais pas.
- Mais je vais réussir. - Soyez pas orgueilleuse.
- C'est pas de l'orgueil.
J'ai trop besoin que ça marche.
C'est tout, c'est pour ça que j'ai peur.
J'ai envie que tout marche, tout de suite.
J'ai envie de tout vivre.
- Calmez-vous.
Jusque là, ça marche.
Pour l'instant, Laura, votre vie, ce sera ça.
Votre chambre et un plateau de cinéma.
Et c'est en jouant que vous commencerez à ressentir.
N'ayez pas peur.
- Vous rêvez? - Quoi?
Vous faites beaucoup de rêves? Vous vous en souvenez?
- Je sais pas.
- Regardez-vous dans le miroir, on va essayer quelque chose.
Basculez la tête en arrière.
Doucement.
Encore.
Encore.
Encore, encore...
Encore.
Voilà.
C'est bien.
C'est juste ça, Laura.
Renoncez à vous, arrêtez de vous méfier.
Disparaissez.
Musique intrigante
---
- Allez, dépêche-toi!
Rires et brouhaha
---
Chanson entraînante au piano
---
- Laura!
- Bonsoir.
T'es con!
Jean, Jean!
Arrête!
- Magnifiques, toutes les deux.
- Je vous présente mes meilleurs amis. Ils sont affreux.
- J'ai envie de fumer. - Et moi de boire.
"Nous sommes de ceux dont le sort est une poison.
"Nous explorons sans répit...
"Ethiopie..."
Applaudissements
---
- J'avais pas vu qu'il y avait un miroir.
---
- L'homme qui reste patiemment derrière les canons domine le monde.
C'est pour ça que je préfère Mussolini malgré le mépris...
- Comme vous y allez!
- Eh oui... A tous nos bras cassés d'ici.
La politique de Mussolini...
Piano entraînant
- Des essais?
Justement, ce sont les meilleurs moments.
On a l'impression de ne pas travailler et de faire les choses sans réfléchir.
Comme je vous envie. Vous me rappelez mes débuts.
Et vous n'avez rien à prouver.
Vous n'avez pas été embauchée pour vos dons d'actrice,
mais pour vos dons tout court.
- C'est surtout ma petite sceur qui a le don.
On s'en fiche. Les malentendus sont bons à prendre.
De toute façon, je ne crois pas à toutes ces choses.
Je suis une indécrottable sceptique.
Désolée d'être un peu franche.
- Vous savez d'où vient le mot "scepticisme"?
- Non, je ne sais pas.
- Du grec skeptikos, qui examine.
- Qui est cet homme?
- Pardon, je ne vous ai pas présentés.
Professeur, Eva Saïd. Le professeur Ulé,
spécialiste en métapsychologie.
- Méta... quoi?
- Ulé?
J'ai connu une personne de ce nom-là.
- Un certain Hank, je crois. - Hank Ulé!
Rires
- Vous voyez, mademoiselle.
Votre si joli rire qui vient de résonner dans cette pièce,
peut-être pourra-t-il, à l'avenir, être enregistré
par une machine capable de saisir des échos très lointains du passé.
Comme on retrouve des fossiles dans la terre.
Vous êtes, d'une certaine manière...
Nous sommes tous les fantômes de demain.
- Mon Dieu! Pourtant, on passait une si belle soirée.
Pardon, professeur. Excusez-moi.
Continuez, pardon.
- Qui aurait pu imaginer
qu'il existerait un jour des caméras capables
de restituer votre visage,
votre démarche, votre voix?
Qui?
Bref, tout ce qui nous paraît aujourd'hui si banal
semblait, avant d'exister, sortir de I'imaginaire d'un fou.
- Merci.
Cela ne prouve qu'une chose, professeur,
c'est que personne ne peut prédire l'avenir, ni vous ni moi.
- Je crois que vous ne convaincrez pas Eva.
Mais nous n'avons pas dit notre dernier mot, on verra.
- Vous êtes un vrai mégalomane.
- Un vrai quoi?
Depuis que madame fait une psychanalyse,
elle nous sort des mots extravagants,
me gratifie de noms d'oiseaux.
- Il neige.
- C'est vrai.
C'est vrai qu'il neige.
- Il neige! Mesdames, messieurs, tout le monde dehors!
Rires
- Non, y a pas de méthode, là! Un peu de méthode!
Pas de plaisir sans méthode!
Soyez sans pitié!
- J'en ai pas trop?
Merci. On se voit vendredi, comme d'habitude.
- C'est plus une habitude depuis longtemps.
- Arrête de monter sur moi. Tu es trop grande.
- J'ai la tête qui tourne. - Tu as trop bu, c'est tout.
- Viens! - Non, j'ai pas envie.
- Eva!
Un chien aboie.
Chérie!
- Tu t'en sors bien, salaud!
- C'est un vilain mot dans une très jolie bouche.
- Les hommes à gauche, les femmes à droite.
- Où sont tes chaussures? Non, mais...
Musique enivrante
---
- Elle est vraiment belle, cette femme, non?
- Qui?
- Eva.
- Evidemment qu'elle est très belle.
Musique douce
---
Encore une marche.
- Merci.
Bonne nuit.
- C'est drôle, je suis jamais venu ici, moi.
C'est bien.
C'est chaleureux, c'est rassurant.
Et vous avez
la vue sur le jardin et sur les plantes.
Vous voyez les gens... Leurs jambes, quoi.
Vous êtes bien, ici.
Merci.
- Oui?
Depuis que vous êtes entrée dans ma vie,
les choses sont si différentes.
C'est une grande rencontre pour moi.
Voilà.
Pour vous, ça doit être affreusement banal d'entendre ça.
- Non.
- C'es comme si vous aviez ouvert une porte
que je ne peux plus refermer.
- Laura? - Oui?
- J'aimerais qu'on fasse une séance.
- Là?
- Maintenant? - Oui.
- Je pensais que vous ne vouliez plus.
En plus, Kate, elle dort.
Elle est très fatiguée et moi aussi.
- J'ai pas sommeil.
- J'en ai très envie.
Musique inquiétante
---
- Kate?
Comment c'était?
- C'était bien.
Non?
- Si.
Si, c'était bien.
- Tu sais...
C'est pas son frère.
- Vous installerez mesdemoiselles Barlow à l'étage des invités.
- Bien, monsieur.
- Celui-ci, c'est pour la chambre rose.
- "Ils reportaient sur un compagnon
"leur besoin de tendresse
"et l'on s'endormait côte à côte
"sous le même manteau
"à la clarté des étoiles.
"Puis dans ce vagabondage perpétuel..."
- Ça sent bon! Tu as mis du parfum?
- Non.
Pourquoi?
Musique douce au piano
---
- Il vient juste de partir.
---
- Au revoir. - A la prochaine.
---
- Tu ne vas rien manger?
- Je n'ai pas faim.
- Tu es sûre? La soupe te réchauffera.
- Que disais-tu?
- La soupe... - Répète.
- Bonsoir.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Elle va m'apprendre la recette, si elle a le temps.
Merci.
- Ça vous a plu?
C'était délicieux, merci.
Tu sais pourquoi je ne me suis jamais marié?
- Non.
Parce que je n'aime pas rendre de comptes, à personne.
J'ai déjà mes collaborateurs, mes actionnaires.
Alors, chez moi, non.
Tu comprends, Laura?
- Kate, finis de manger.
- Pardon? - Termine et on s'en va.
- Pardon?
- C'est toi qui viens nous chercher.
On dérange, on s'en va. On peut vivre toutes seules.
Kate.
- J'ai pas fini. - Il faut qu'on se sente libres.
Parfois, je sens qu'on est tes employées, pas plus.
Je déteste cette impression.
- Tu te trompes.
- Mais qu'est-ce que tu attends de nous?
Hein?
Qu'est-ce que tu veux?
- Qu'est-ce que je veux?
Que vous restiez.
Maintenant, j'ai besoin de vous.
Laura.
J'ai besoin de vous.
- Bon.
Bon.
Excuse-moi.
- Je peux terminer?
Elle rit.
- On repart dans 20 minutes, s'il vous plaît.
- Il lui fait la cour et elle lui fait le jardin.
- Bon appétit!
- Juncker. - Quelle robe!
- Pas mal, hein?
- T'as faim? - Merci.
- Ça te dérange? - Non.
- Alors?
- Dis-moi. - Quoi?
Tu viens pas me dire que j'ai une jolie robe.
- Je vais fermer I'Oiseau de paradis.
- Pourquoi? - Trop de nuages.
J'ai trouvé mieux ailleurs.
- A Paris? - Non.
Je monte ma propre troupe avec mes propres numéros.
Venez, avec Kate.
- Comment ça?
- Y a des choses à faire, là-bas.
Y a un public.
C'est l'occasion de changer.
C'est le moment de partir.
- Où tu vas?
Tu rentres à Berlin?
- Avec ce qui s'y passe?
Certainement pas.
- Même si je voulais, je pourrais pas.
J'ai une équipe.
J'ai un tournage qui va commencer dans le sud.
J'ai tout.
J'ai un film.
Les cloches sonnent.
Kate?
Gémissements au loin
---
---
Kate.
Viens.
Qu'est-ce que ça veut dire?
Combien de séances tu as faites toute seule? Combien?
Regarde-moi quand je te parle!
Combien?
- Tu es jalouse.
- Laura?
- Quoi?
Je veux plus que tu I'approches!
Tu m'entends?
T'as besoin de nous, hein?
Je sais de quoi t'as besoin.
C'est répugnant!
- Qu'est-ce que tu insinues?
C'est pas vrai.
T'as rien compris.
Rien.
- Ça va?
- Je suis contente de partir.
J'ai envie de voir la mer.
- Le Français Antonin Magne est à quelques me' tres...
Commentaires sportifs à la radio
C'est un duel entre Magne et Weber...
Ils sont à quelques me' tres de I'arrivée...
- Allez, allez!
Cris de joie
- C'est ma tournée, aujourd'hui.
- Le podium est trouvé.
- Qu'y a-t-il? - Rien.
- Nous allons chanter La Marseillaise.
Ils entonnent La Marseillaise.
---
Musique mélancolique
---
- Vous pourrez I'encaisser un peu plus tard?
Simple question de trésorerie.
- Pas de problème.
- Merci.
---
- Tenez.
- C'est quoi?
- Des laxatifs et diurétiques. Aucun danger.
Allez, y, buvez.
Parfait.
- Tête en dedans.
- Oui.
- Enfoncez-vous le plus possible.
- Comme ça? - Oui.
Est-ce que vous pouvez enlever votre montre?
- Bien sûr.
- Détendez-vous.
Très bien.
- Tenez-vous prêts.
On va commencer dans deux minutes.
Allez-y, Korben.
- Ça va?
...
Musique douce à la guitare
---
- Laura?
Ça va?
Vous devez être épuisée, non?
- J'ai l'habitude de voyager.
- Une cigarette?
- Oui.
- Vous vous êtes pressée pour rien. Ils ont voté une grève.
Dès demain.
Ça risque de durer deux, trois jours.
- Deux, trois jours? Une grève?
- Oh, oui.
D'autant que ça commence à jaser sur Korben.
- "Jaser"?
- C'est quand il y a des rumeurs ou des on-dits.
- Quels types de rumeurs?
- Regardez le pauvre mec, là.
Ils sont tous en train de lui tomber dessus.
Et là, ça fonctionne pas,
parce qu'il parle à la famille,
tous les soirs, au téléphone.
Sois un peu plus généreux.
J'ai toujours aimé la poésie.
Les gens disent: "Je fais de la poésie."
Mais c'est faux.
La poésie, avant tout, nous fait.
Tu vois, c'est ça.
T'as mal, des fois? Hein, t'as mal?
Des fois, il me mord un peu.
Il a de l'asthme.
Il est difficile en ce moment.
Peut-être, il est un peu déprimé.
- Laura?
- C'est gentil de m'avoir sauvée.
Je me serais jamais débarrassée de lui.
- Sauvée?
- Ouais.
- Il a carrément perdu la main.
- Il commandait verre après verre. Ça s'arrêtait jamais.
- Il est peut-être alcoolique.
Ça arrive beaucoup dans le métier.
Regarde, moi, par exemple.
- Il est gentil, mais un peu...
gentil, non?
- Je t'imaginais pas comme ça. - Ah bon?
- Tu m'imaginais comment?
- Et tu vis chez Korben, c'est ça?
- Oui.
- Mais tu vis...
chez lui
ou avec lui?
- Avec.
- C'est quand même bizarre d'habiter chez lui, non?
- Je sais pas, c'est comme ça.
Rends-moi mon script!
- On travaille pas quand il y a du soleil.
- Attends.
J'ai rien pris.
- On s'en fout.
Allez, viens, elle est bonne!
- J'arrive!
- Je te rafraîchis un peu.
Elle rit.
On entend le ressac et les grillons.
---
Air de flamenco
- C'est la gre' ve!
---
- Viens.
- Louis? - Oui.
- C'est quoi, ces rumeurs?
- Sur? - Korben.
- Que fais-tu? - Attends, tu vas voir.
Avec les transparents, on a toute sa bijoute sur soi.
- Bijoute? - Oui, sa bijoute.
Son matériel.
Son matos, quoi?
Elle rit.
---
- Pourquoi tu me montres ça?
Pourquoi tu me montres ça?
- Tu le reconnais pas? - Qui?
- Regarde bien.
- J'ai pas envie.
- Regarde, c'est Korben.
- Tu vois bien
que c'est pas lui.
Pourquoi?
Pourquoi tu fais ça?
Pourquoi tu cherches à lui faire du mal?
- Oh, ça va, t'es prude!
- Attention au matériel. - Va-t'en!
- C'est bon. - Dégage!
- Tout de suite! - C'est bon.
La porte claque.
- Un, deux, trois, quatre, cinq...
Un, deux, trois, quatre, cinq...
On frappe.
C'est qui?
- Ça va?
Tiens.
Cadeau.
Pépiements
Kate, je sais que ce qu'on fait, c'est très fatigant pour toi.
Je veux surtout pas forcer.
Tu es contente?
- Oui, je suis contente.
- Dis-moi la vérité.
- Vraiment.
- Tant mieux.
- Tu sais toujours pas qui est cet homme?
- Non.
Je sais pas qui c'est, je sais pas ce qu'il veut.
Je cherche, mais... rien.
Je peux pas m'empêcher d'attendre la prochaine séance.
- Tu sais,
on pense qu'on fait revenir des gens qui ont compté pour nous,
mais c'est I'opposé.
Les fantômes, c'est souvent des gens pour qui on a compté
et qu'on n'a jamais regardés.
Parfois, ça veut rien dire du tout.
Ils reviennent parce qu'ils ont pas fini avec nous.
Pépiements
- Pour le moment, on ne peut pas I'activer longtemps.
L'éclairage émet des radiations qui peuvent être nocives.
Si elle marche comme on l'espère,
elle pourrait capturer, sous forme de taches,
les changements et les amplitudes thermiques dans la pièce.
- C'est prodigieux.
- Je veux pas non plus susciter de faux espoirs.
Allez-y, Korben.
...
Musique dramatique
---
- C'est mon père.
---
Enfant,
il m'emmenait voir les lapins,
puis disparaissait.
---
- C'est là que tu es maintenant?
Tu as l'air d'un vagabond.
C'est tes amis, eux?
Ta nouvelle famille?
Tu n'as plus de famille.
La prière était pour ta mère.
C'est sale ici.
Aide-moi!
Tu n'es jamais là quand on a besoin de toi.
Je rentre à la maison.
On se reverra.
---
- Non, reste.
Papa.
Explosion
---
---
---
---
Brouhaha apeuré
---
- De l'eau!
- Enlevez-lui ce machin, là!
- Vite, enlevez-lui le casque.
Apportez de l'eau, s'il vous plaît.
Ça ira.
Ça ira.
- Ça va?
- Ça va.
Ça va.
- Tout va bien.
- Ça va.
- Tu viens?
Je suis prête.
- J'ai demandé qu'on raccourcisse ton pantalon.
On n'est pas des géantes.
C'était un peu trop grand.
Mais on s'arrangera.
Malheureusement, pour les chaussures, j'ai trouvé que du 37.
On te mettra des petites...
On te mettra des petites semelles, d'accord?
Comme ça, elles seront moins grandes,
tu les perdras pas.
Et puis tu tomberas pas. Ça, c'est mieux.
Ça sera mieux pour toi.
Musique intrigante
---
- Silence!
Action!
Allez, partez!
Musique entraînante
---
- Coupez!
Coupez, s'il vous plaît.
Lefebvre? Où elle est, Lefebvre?
OK, s'il vous plaît, on démarre.
Doucement, allez-y. Un, deux...
Musique inquiétante
---
- Laura?
T'es toute pâle.
- C'est rien, j'ai un peu froid.
- Non, t'as pas froid, t'as un peu peur.
C'est normal.
On fait un drôle de métier.
Ce que tu fais, tu le fais très bien.
Alors, si t'as trop peur, tu me regardes.
Si tu sais plus à quoi te tenir, tu me regardes aussi, d'accord?
- Allez, viens. - Fernand.
Merci.
- On reprend. - On arrive. Viens.
Musique entraînante
Brouhaha
---
- Mlle Barlow Kate,
vous avez un appel de Mlle Barlow Laura, depuis Eze, dans le Var.
- Kate?
- Oui, c'est moi.
- Dis à André de faire attention.
- Attention à quoi?
- A tout.
- D'accord.
- Continue de parler.
Dis-moi comment tu vas.
- Bien.
C'est vrai, je vais bien.
- C'est fou.
On ne s'est jamais parlées au téléphone avant.
On n'a jamais été séparées.
J'entends ta voix pour la première fois.
- Oui, je sais.
C'est une sensation étrange.
- Tu fais quoi, là?
Musique intrigante
---
- Professeur.
- Alors?
---
- Comme un aveu terrible.
C'est le deuil de toute votre vie.
- D'accord.
"Vous avez toujours voulu notre bien, enfin, son bien..."
- Vous n'y êtes plus, Sylvette!
- Je fais au mieux, je suis un peu déconcentrée.
- Eh bien, reprenons du début.
Musique mélancolique
---
- Regardez bien parce que c'est très furtif.
...
Attention, attention... Ça vient.
Ça!
Là!
Ça!
Voilà, ça!
Ça, là!
Voilà.
...
Extraordinaire, non?
- Je retourne dans ma chambre.
- André.
C'est très sous-exposé.
On va rien en faire.
Servier aurait fait mieux avec des effets spéciaux.
Je sais pas. Que voulez-vous que je vous dise?
Vous avez dépensé le budget pour cette caméra.
- Arrêtez avec ça.
- Tu m'avais promis d'arrêter.
- Comment on va les appeler? - Laisse ces oiseaux.
Viens t'asseoir.
Tu sais combien je t'aime, n'est-ce pas?
- Oui, moi aussi.
- Je suis désolée.
- Désolée pour quoi?
- De ne pas t'en avoir parlé avant.
- Parlé de quoi? Je ne comprends pas.
- Tu sais bien.
- Non, je ne sais pas.
- Si, tu sais.
- Tu m'avais dit que tu voyais aussi des choses.
- Ce n'était pas pareil.
- On ne fait plus de séances?
- Non.
C'est terminé.
- Mlle Barlow est dans la chambre 14.
- André?
Je rentre à Paris.
- Qu'est-ce que tu racontes?
Tu vas pas abandonner l'équipe au milieu du film?
- T'es devenu fou, André.
- Non, j'ai tenté quelque chose.
Les images sont pas exploitables telles quelles.
C'est une formidable base.
- J'ai l'impression de me réveiller d'un long cauchemar.
Je me fous que t'aies dépensé tout le fric.
- Pas le fric, mon fric.
- Ce qui me dérange,
ce qui m'accable,
c'est que j'ai plus confiance en toi.
Y a rien sur ces images, André, rien.
Tu dérailles complètement.
Le pire, c'est que tu t'en rends pas compte.
Réveille-toi, André.
Ecoute-moi bien.
Réveille-toi.
Allez.
- Rien?
Non, t'exagères.
S'il te plaît.
Reste.
- Je ne te crois pas!
Pourquoi tu t'énerves?
Nous n'avons plus besoin de ça pour vivre.
Tu as remarqué combien notre vie a changé?
Je fais des films maintenant.
Bientôt, on n'aura plus besoin de personne.
Comme avant.
Nous n'aurons plus besoin d'André.
- J'aime bien André.
- Je sais. Moi aussi, je l'aime bien.
Mais c'est mon rôle de prendre soin de toi,
mon rôle de te rendre heureuse.
Tu dois aller à l'école, rencontrer des gens de ton âge...
Tu dois rire.
- Je ris tout le temps.
- C'est faux. Je ne me rappelle pas la dernière fois que tu as ri.
Kate.
Tu es tellement pâle. Tu te sens bien?
Kate.
Kate, Kate!
A l'aide! J'ai besoin d'aide!
Un médecin!
- Allez chercher un médecin!
- Elle a eu une absence et j'ai vu du sang couler de l'oreille.
- Elle est pubère?
- Non, je crois pas.
- Elle a souvent des vertiges? - Un peu.
Vomissements?
- Avant de monter sur scène.
- Des insomnies? - Oui.
- A l'école, c'est déjà arrivé?
- Elle va pas à l'école.
- Pourquoi?
- Parce qu'on fait des séances.
- C'est-à-dire?
- Elle met en contact des vivants avec...
des morts.
- Je n'ai pas de très bonnes nouvelles.
C'est peut-être une leucémie.
Pépiements
- Taisez-vous!
Taisez-vous!
- Qu'est-ce que tu fais?
Allonge-toi.
Voilà.
Ça va, ça va allez.
Elle gémit.
Chut.
Ça va aller.
Voilà.
Je connais un poème sur les oiseaux
que j'aime beaucoup.
Tu veux que je te le dise?
Tu veux?
J'ai toujours de l'amour pour les choses ailées
Lorsque j'étais enfant, j'allais sous les feuillées
J'y prenais dans les nids de tous petits oiseaux
D'abord, je leur faisais des cages de roseaux
Où je les élevais
Parmi des mousses vertes
Plus tard, je leur laissais les fenêtres ouvertes
Ils ne s'envolaient pas
- Je ne veux pas mourir.
- Tu ne vas pas mourir.
- Si.
Mais ne sois pas triste.
Tu sais,
je ne vais pas mourir à cause des séances.
C'est parce que
je vais mourir
que je l'ai eu.
Le don.
J'ai rendez-vous avec les fantômes.
J'ai rendez-vous avec les fantômes.
Tu me crois, Laura?
- Je te crois.
Musique mélancolique
---
Je te crois.
Je sais pas comment elle fait.
J'ai jamais su.
- De quoi tu parles?
- Tu parles de son don? - Oui, André.
Le don.
De faire voir aux gens ce qu'ils veulent voir le plus au monde.
A des hommes comme toi
et même des plus sceptiques que toi.
Ils ont fini par croire toutes ces choses.
Ils savaient très bien qu'elles sont fausses.
Tout le reste,
c'est des histoires.
- Ça, c'est ce que toi, tu crois.
- Est-ce une hallucination collective, monsieur?
Est-ce que tout le monde est aveugle?
Toutes les rumeurs sont infondées?
J'ai une assemblée d'actionnaires à laquelle je dois rendre des comptes.
Je leur apprendrai, M. Korben, votre résignation.
- Pardon? - Vous m'avez entendu.
- Mais...
vous avez les comptes sous les yeux.
Vous savez que tous les investissements sont justifiés.
C'est un transfert de trésorerie d'une banalité consternante.
Vous vous laissez abuser par des calomnies de bas étages.
Quant au film sur lequel nous travaillons...
- Parlons-en, du film...
Le réalisateur a quitté le navire.
- Oui, parlons-en tant que vous voudrez.
Ange.
- Démissionnez sans histoires, André.
La question est de savoir
comment vous éviter un procès.
- Je vois.
C'est assez difficile, messieurs, de diriger votre affaire.
Vous voulez ma tête? Soit.
Faites-moi un procès. Je vous attends.
Pas un sou qui a transité ne m'est revenu en fond propre.
Pas un franc qui ait été investi dans le film, pas un!
Et vous le savez.
- L'argent français, peut-être.
Mais l'argent étranger?
- Quel argent?
Je comprends pas votre insinuation.
Vous revenez sur le technicien anglo-saxon?
Quelle mauvaise foi!
- A quoi bon vous justifier?
M. Korbinski?
Pardonnez-moi de vous appeler par votre vrai nom.
Comment faire confiance, en ces temps troublés, à un étranger?
Je crains que vous ne commettiez une erreur.
J'ai l'honneur de penser que je suis français au même titre que vous.
- C'est une honte.
Musique inquiétante
---
---
---
On sonne à la porte.
On frappe à la porte.
- Bonjour, messieurs.
Je vous attendais pas si tôt.
Je veux dire si matinaux.
Un café, tout de même?
- C'est pas de refus.
Je peux?
- Je vous en prie.
- Merci.
- Laura?
- Non, merci.
- Eh bien...
Que fais-tu là?
Tu devrais te reposer.
- Il est bon, ce café.
- Ça fait du bien.
Il tousse.
Elle pouffe de rire.
- Ça va?
Que t'arrive-t-il?
Rires
---
- Bon, messieurs.
Ça va, ça va.
Ça va aller.
Ça va aller.
Hé, regarde-moi.
Tu vas te reposer, tu vas faire tout ce qu'il faut.
Hein?
- Oui.
- Il faut y aller, monsieur. - Oui.
Ne vous inquiétez pas, mes chéries.
Une porte métallique s'ouvre.
La porte se referme.
Grincement de chaise
Comment va-t-elle?
- Ça va.
On m'a parlé d'un institut à Biarritz.
Ça va être bien.
Ils vont bien s'occuper d'elle.
- Oui, bien sûr.
- Tu as reçu mon mandat? - Oui.
Sois tranquille, Laura. C'est un malentendu.
- Tu lis un peu les journaux, ici?
- Je me fous de ce que pensent les gens.
Leurs petites médisances.
- Des médisances?
André, comment tu peux être aveugle à ce point?
C'est pas des médisances.
C'est de la haine.
- J'ai une lettre pour le ministre de la justice où je lui explique tout.
Ce sera fini bientôt.
On m'a déchu de la nationalité française.
C'est réversible, mais en tant que prisonnier étranger,
je n'ai pas le droit d'écrire au ministre.
Toi, prends-la et fonce la lui remettre.
C'est un ami, on se connaît bien.
Allez, prends-la.
- T'en fais pas.
- Je ne m'en fais pas.
Il faut croire en la justice.
Laura, regarde-moi.
C'est drôle.
Hier, j'ai fait un rêve absurde.
Tu étais dedans.
- Vas-y.
- C'était un mariage.
- Le tien?
- Le nôtre.
Kate était là aussi.
Mais les invités n'étaient pas venus.
Personne.
Alors, j'avais payé des figurants.
Il rit.
On nous portait, tous les trois, sur des chaises.
Et on riait.
Et même...
on s'embrassait, tous les deux.
Et l'orchestre jouait un air de mon enfance.
- Et ensuite?
- Et ensuite...
c'est tout.
- Tu veux dire que je suis la femme de tes rêves, c'est ça?
- Peut-être.
- Peut-être.
Musique inquiétante
---
- M. Korbinski, André.
Né le 21 avril 1887, à Dantzig, Pologne.
Nationalité: polonaise.
Veuillez vous asseoir, s'il vous plaît.
- Quelle question? Je réponds à aucune question.
C'est quoi, ça?
Vous filmez pas.
Vous ne filmez pas, monsieur.
Non, non!
Je suis pas en train de jouer, c'est pas de la comédie!
C'est de la tragédie.
Vous ne filmez pas!
Vous ne filmez pas! Vous ne me filmez pas!
Arrêter de filmer. Arrêtez de me filmer!
Arrêtez!
Ne me filmez pas.
S'il vous plaît, ne me filmez pas.
- Tu as de ses nouvelles?
- Il y a deux mois, on l'a transféré dans l'est.
- Et depuis?
- Rien.
- On entend des choses terribles sur ceux qui sont partis.
- Les gens disent beaucoup de choses.
- Peut-être.
C'est triste à dire, mais je crois qu'il vaut mieux ne croire en rien.
- Rien attendre.
Tout espérer.
- Comment va-t-elle?
Air mélancolique à la guitare
---
- Kate nous a quittés cet hiver.
---
- Ecoute-moi.
Servier a peut-être un rôle pour toi.
C'est pas grand-chose,
mais il suffit de mettre un pied et il y a pas mal de travail.
Tu vas aller là de ma part.
- Merci, Eva.
- Le nourrisson, s'il vous plaît.
---
- On va commencer à tourner.
Je vous demande le silence.
S'il vous plaît!
On va tourner. Silence, s'il vous plaît.
Le bébé pleure.
Moteur.
- Pleure pas.
- Action, Laura!
- Nanny?
Nanny?
Nanny, réveillez-vous.
Réveillez les enfants, il faut qu'ils voient ça.
- Qu'y a-t-il? Tout va bien?
- Oui, tout va bien, mieux que bien.
L'orphelinat est sauvé!
Réveillez-vous, les enfants.
Il faut que vous voyiez ça.
Regardez.
Des étoiles filantes.
Regardez comme c'est beau.
Ce soir, on va remercier notre bonne étoile.
Chantez.
Chantez, les enfants.
Les enfants chantent une chanson douce.
---
- Le ciel est tellement clair.
Demain va être une journée magnifique.
Absolument magnifique.
Musique douce
---
Adaptation: Carole Benyamin
Sous-titrage TITRAFILM
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