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Au début de la Seconde Guerre Mondiale,
la Suède a voulu aider la Finlande, sa voisine déchirée par la guerre,
en offrant aux enfants finlandais
de vivre pour un temps dans des familles suédoises.
Les "enfants de la guerre" étaient plus de 70 000.
Maman, tu te rappelles encore comment tout a commencé ?
Tu te rappelles comment la guerre a commencé ?
Eero !
Maman !
LA MEILLEURE DES MÈRES
La guerre ?
Pour sûr...
je me rappelle
de la guerre.
Je tombe mal ?
C'est que...
Tuomas passe me chercher.
Qui est Tuomas ?
Tu as raté mon anniversaire,
- mais merci quand même. - Je n'étais pas en ville...
Comme toujours. Bonjour, Tuomas !
Bonjour, Kirsti. Ça va ?
Voici mon fils,
Eero.
Alors c'est vous, Eero. Tuomas, aide à domicile.
Allons-y. La liste des courses est longue.
- Vous partiez ? - C'est ça.
Quand pourra-t-on parler ?
Tu entends ? Maintenant, il veut parler de la guerre.
Tu n'as jamais voulu en parler, jusqu'à maintenant.
J'étais en Suède, à un enterrement.
Celui de Signe Jönsson.
Siv, la nièce de Signe, m'avait invité à ses obsèques.
Signe tenait à ce que j'y assiste.
J'ai pensé que c'était inutile de me rendre en Suède.
Aujourd'hui, ce sont tous des étrangers pour moi.
Mais tu y es allé.
Oui.
Maman, tu te souviens comment c'était ?
Comme tout était différent, avant que tout ça n'arrive ?
Dors, mon petit Eero.
Ne fais pas l'enfant.
Il ne m'arrivera rien.
Si je vois un Russe,
je me cache dans un buisson, comme une souris.
Je reviens vite.
Et si leurs avions
te bombardent ?
Alors les avions finlandais
réduiront en pièces ces saletés de Russes.
Prends bien soin de ta mère.
Compris ?
Je reviens bientôt,
et tout sera comme avant.
- Donne. - C'est trop lourd pour toi.
Maman ?
Maman, il faut manger.
Viens.
Maman, on va s'abriter.
Maman !
Venez, si vous osez !
Tu pleures ?
Je veux pas partir !
Écoute, Eero...
Je peux réparer la maison, Papa m'a appris.
Ne me fais pas ça.
Pourquoi ce sont elles qui décident ?
Eero Lahti.
- Date de naissance ? - 20 août 1934.
Pourquoi tu ne viens pas aussi ?
Là-bas, c'est la paix, tu seras en sécurité.
Je veux pas !
Eero, rappelle-toi.
Si je te manque là-bas,
c'est que tu me manques ici.
Je serai toujours avec toi.
C'est l'heure.
Vois ça comme des vacances.
On se retrouvera vite.
Tout sera comme avant.
Papa aussi a dit ça.
Aux filles, on avait promis des poupées,
et aux garçons des vélos.
Les jeunes et jolies filles avaient été choisies en premier.
Celles avec le plus joli sourire.
Tous craignaient les orphelinats,
et espéraient être accueillis par une famille suédoise.
Mais pas moi.
Finalement, on m'a mis dans un train,
et j'étais content.
Je croyais qu'on me ramenait en Finlande.
Mais ce train m'éloignait encore plus
de chez moi.
Bonjour, je m'appelle Eero Lahti,
- et j'arrive de Finlande. - Oui, bonjour.
Voici ma femme.
Voilà, on y est.
Souvent, je travaille ici. Tu couperas du bois.
On a un cheval.
Les cochons.
Comment tu dis "cochon" en finnois ?
Ça y est, elle est là !
Je pensais qu'ils enverraient une...
Tante Signe,
- il est arrivé ! - Une autre fois, d'accord ?
Tu ne parles pas
un mot de suédois ?
"Hyvä päivä !", c'est ça ?
La casquette...
Les chaussures.
Enlève tes chaussures.
Sinon Maman Signe
sera en colère.
La cuisine.
Et voilà.
On a une radio,
une horloge et Papi.
Il est malade et muet, mais il a l'ouïe très fine.
Pas vrai, le vieux ?
Tu ne manges rien, Signe ?
Il y a aussi une lettre pour lui.
Du Comité d'Aide aux Enfants Finlandais.
Il y a une liste de mots traduits.
La mère a écrit quelques lignes.
Elle dit que tu parles un peu suédois.
- C'est écrit... - Je m'appelle
Eero Lahti, et j'arrive de Finlande.
Et tu le comprends ?
Qu'il apprenne le suédois,
s'il veut rester ici.
Personne ici ne parle finnois.
Il sera d'une bonne aide pour la ferme, pas vrai ?
Un bon garçon de ferme. Parfait pour les oies.
L'oie de Skåne. Tu peux dire ça ? Des oies...
Imbécile !
Ils n'ont pas mis ce genre de mot là-dedans.
Terminé.
Père va se coucher.
Merci !
On le met
- dans la chambre d'enfant ? - Non, sur le divan de la cuisine.
Tu vas la lire, cette lettre ?
Il est dix heures passées.
Demain est un autre jour.
Salut, les oies.
Dis : "oie de Skåne".
Verse ça là-dedans.
Comme ça.
Tiens le fond.
Étale bien partout, qu'elles en aient toutes.
C'est Eero. Faudra parler finnois.
Dites bonjour.
Salut ! Hyvä !
Enlève tes bottes.
Plus vite, et viens te laver les mains.
Tes mains.
Fais voir tes mains.
L'autre côté.
Encore sales.
Recommence. Qu'elles soient propres.
Il faut te laver les mains correctement.
Ça ne suffisait pas.
Elles étaient sales.
Tiens tes mains plus haut, que je les frotte.
Rince.
On ne va pas à l'école avec les mains sales !
L'école ?
Oui, tu dois aller à l'école,
si tu restes en Suède.
Voilà ton déjeuner, Hjalmar te dépose à l'école.
Pardon ?
Tu vas à l'école. Hjalmar t'emmène. Allez !
Je ne comprends rien.
Va donc à l'école, apprendre le suédois.
Allez, sors maintenant !
Ne résiste pas !
Je ne comprends rien ! Va-t'en !
Va-t'en.
Mets tes chaussures et ta veste.
Tu retrouveras la maison ?
Salut ! À plus tard !
Stop !
Tu es certainement
l'enfant de la guerre. Viens !
Bienvenue.
Ton nom...
FILLES
Tu fais pipi assis ?
Viens, Siv !
Où t'étais ?
T'allais où ?
Tu vas rester chez Tante Signe ?
Ma mère a de la peine pour toi. Elle m'a dit
que des enfants venaient en Suède parce que leurs parents
sont morts à la guerre. Et toi ?
Tes parents sont morts ?
Est-ce que Signe va devenir ta maman ?
Tu viens chez moi ?
On a un poulain !
Laisse tomber !
Alors, la rumeur a couru
que la paix était revenue en Finlande,
et que ceux qui le voulaient et le pouvaient
allaient rentrer.
Alors les enfants ont voulu quitter cet étrange pays.
Maman, est-ce que Papa a peur des Russes ?
C'est la guerre. Tout le monde a peur.
Les étrangers et leurs gardiens rirent et dirent :
"Rentrer ?
"Chers petits innocents !
"Ne savez-vous donc pas que vous êtes
"à plus de cent lieues de chez vous ?"
"Peu importe", répondirent les enfants,
"du moment qu'on rentre chez nous".
"C'est ici, chez vous, désormais."
Maman.
Est-ce que Papa a peur de mourir ?
Je pense,
car il ne te reverrait plus.
Et toi, tu as peur ?
Tu veux partir ?
C'est ça ?
Alors !
Dis quelque chose.
Tu veux partir !
Tu veux rentrer.
Tu veux rentrer chez ta maman.
Je ne vous aime pas. Vous êtes méchante.
Je ne veux plus être en vacances.
Tu devrais le dire à ta maman.
Tu ne m'aimes pas...
Méchante... Tu n'arrives même pas à le prononcer.
Écris tout ça à ta mère.
Allez !
Tu n'as plus à aller à l'école ou à nourrir les oies.
Mais ne retourne plus à la plage.
Le mur de la porcherie est pourri.
J'ai besoin de bois.
Tu fais quoi ?
Je n'y comprends rien.
Il est odieux et ingrat.
Le pauvre se croit
en vacances.
Quel idiot !
Le mur
ne supportera pas une autre tempête.
- Je vais à Ystad, acheter du bois. - D'accord.
Tu as l'adresse du Comité d'Aide ?
Je vais aussi écrire une lettre.
Tu vas bien, ma douce ?
Quoi ?
Bien sûr,
tout va bien.
Pourquoi ?
- Hjalmar Jönsson. - Mme Grävnäs.
Bienvenue. Signe.
Alors, vous voulez vous débarrasser de l'enfant.
À vrai dire, oui.
Vous avez déclaré avoir de la place pour un enfant,
et être très désireux
d'apporter votre aide.
Désireux...
Les choses ne sont pas toujours comme on les espérait.
Peut-être n'a-t-on pas...
De toute façon,
il veut partir.
Les premiers jours, les enfants sont souvent difficiles.
Ils ne savent pas ce qui est bon pour eux.
Qu'en dites-vous, M. Jönsson ?
Tout est nouveau pour lui, c'est un réfugié de guerre,
dans un pays étranger,
plein de nouveaux visages.
C'est ce que je voulais dire !
Ça ne justifie
ni la fugue ni le vol.
Comment pourra-t-on l'avoir à l'œil ?
Après, ce sera quoi ?
Mais je n'en peux plus !
Comprenez-moi.
On a déjà
assez à faire avec la ferme et mon père malade.
On peut lui apporter
nourriture et logement,
mais pas contre sa volonté !
Le Comité tient particulièrement
à ce que les parents
aiment l'enfant,
- et vice versa. - Dieu merci !
Alors...
- vous le reprenez ? - À la maison !
Cher enfant, comment le pourrais-tu ?
- Où irais-tu ? - Chez moi. Maman m'attend.
Mais ta mère ne vit plus là-bas.
Au fait,
j'ai apporté une lettre
que sa mère a écrite.
Tu vois,
te renvoyer en Finlande
est hors de question.
Et où irait-il ?
Le Comité trouvera bien une solution.
Les orphelinats regorgent de place.
Les orphelinats ?
On s'en occupera mieux qu'un orphelinat.
Alors, dois-je l'emmener ?
Tiens.
L'oie de Skåne.
L'oie de Skåne.
- Dis-moi "épouvantail". - Éprouve entrailles.
Non, épouvantail.
À toi, il parle.
Oui.
Bien.
À moi, il ne dit rien.
À part "merci", à table.
Il travaille, il mange, il ne se plaint pas.
C'est bien.
C'est toi qui sais...
C'est clair que tous les deux,
vous vous entendez bien.
Ça va aller. La dame du Comité l'a dit.
Il fait de son mieux. Laisse-lui du temps.
- Ne sois pas si dure... - Dure ?
Ce n'est pas une question de temps.
C'est à cause de lui.
Je n'en peux plus !
Je suis effondrée
et tu ne t'aperçois de rien.
Pour l'amour du ciel, Signe...
Tu penses que tout va bien.
Donne un autre enfant à Signe, et tout ira bien.
Mais pas du tout.
Je ne connais pas cet enfant. Je ne sais pas qui il est.
C'est un étranger !
Comment pourrais-je être une bonne mère
pour un enfant dont je ne veux pas ?
Je n'ai déjà pas su protéger celui que j'avais.
On a déjà eu cette conversation.
Non.
Jamais.
Jamais vraiment.
Ne reste pas assis là comme un idiot !
Tu me dévisages.
Parle-moi !
Que veux-tu que je fasse ?
Que je me mette à genoux et que je demande pardon ?
Que je disparaisse, moi aussi ?
- Que je fasse semblant, comme toi ? - Tais-toi !
Écoute, Signe,
c'est toi qui en fais un étranger.
Toi seule !
Je t'ai apporté du bois.
T'es un vrai chef !
Ton père devait être charpentier.
Un radeau, ça flotte bien. Mais en cas de tempête,
il sera secoué comme un bouchon de liège.
Je sais ce que c'est. Quand tu y es...
J'ai navigué en France et en Angleterre.
Regarde...
Ç'a été fait à Bordeaux.
Le Golfe de Gascogne, ça secoue, par grand vent.
Tu chopes le mal de mer.
Je partais
pour l'Amérique, et j'ai rencontré Maman Signe.
Alors, j'ai décidé de rester ici,
les pieds dans la boue.
Ton père et toi,
- vous construisiez ensemble ? - Je l'aidais à réparer la maison.
Ça m'étonne pas.
Les Russes l'ont bombardée.
Ils ont aussi bombardé Papa.
Je voulais rester chez moi. J'ai pas peur des Russes.
À la fin de la guerre, tu rentreras chez toi.
Je ferai un sac de nourriture pour ton voyage.
Quand tu mouilleras le radeau, dis-le-moi.
Pas un mot à Signe.
Pas un mot à Signe.
"Chère Signe.
"J'espère que tu réussis à t'occuper de mon fils.
"Il a besoin d'être protégé, peu importe par qui.
"Depuis la mort de mon mari, j'ai beaucoup pleuré.
"Savoir qu'Eero ne va pas bien me serait insupportable."
Comment peut-elle
écrire ça à quelqu'un qu'elle ne connaît pas ?
Me faire culpabiliser ?
Avoir de la peine pour ce gosse, ce n'est pas suffisant ?
Il faut aussi que je pleure pour elle ?
- Elle croit bien faire. - Merci.
Comme ça, vous êtes deux.
C'est bien.
Mon Dieu.
Je suis si fatiguée.
Qu'est-ce qu'elle écrit ?
Elle est partie
de chez elle.
Elle travaille
au QG allemand, à Helsinki.
Elle a loué une chambre.
Elle ne veut pas qu'Eero le sache.
Pas encore.
Bien entendu !
Une mère
ne devrait-elle pas être honnête avec son fils ?
Il y a aussi une lettre pour toi.
"Mon cher petit garçon.
"Je suis si triste d'apprendre que tu ne te plais pas là-bas.
"Pense un peu à moi. Vois comme tu es chanceux
"de pouvoir jouer et manger chaque jour à ta faim.
"Ce sera plus long que prévu avant que tu ne rentres.
"Alors,
"essaie d'être un bon garçon.
"Souviens-toi : Maman t'aime toujours."
Essaie d'être un bon garçon.
Tiens-toi bien,
et ne t'éloigne pas de la ferme.
- Tu ne rentreras pas de sitôt. - Pense à ce qui est le mieux pour toi.
Moi, je ne veux que ton bien.
Ne t'éloigne pas...
"Ces pauvres enfants, arrivés dans un sale état,
"grâce à l'hospitalité de nos familles suédoises..."
- Écoute, ça parle de toi. - La ferme.
"...retrouvent la santé que la Finlande,
"déchirée par la guerre, ne pouvait leur apporter."
"Ces enfants sont reconnaissants
"envers leurs bienfaiteurs suédois,
"pour leurs sacrifices, en ces temps difficiles."
Ça dit "reconnaissants".
Nous, on s'occupe de toi, mais tu es toujours en colère !
Ils auraient pu nous envoyer quelqu'un de gentil.
Attends !
Je sais quelque chose que je n'ai pas le droit de te dire.
Cette jolie robe, elle était pour toi.
Qu'est-ce qui se passe ?
Que faites-vous ici ?
Chez toi, tu fais ce que tu veux. Mais pas ici.
Tu n'as rien à faire ici.
Tu n'es pas chez toi !
Voilà le dîner.
La lettre qu'on a reçue était de ta maman.
Elle t'envoie tout son amour.
Pour Maman.
C'est gentil.
Qu'as-tu écrit ?
"J'aide Papa Hjalmar pour les oies,
"Tante Signe cuisine bien,
"et je me sens bien ici."
Tu pourras voir Siv après...
Tu fais travailler le petit ?
Tu te débarrasses du sale boulot.
Tu voudrais bien aider
tous les enfants de la guerre !
C'est bientôt Noël.
Tu vas lui laisser
un peu de repos ?
- Je m'occupe de l'électricité. - Et de l'oie aussi.
Pas maintenant. Assieds-toi.
C'est le téléphone.
Oui, c'est moi.
Oui, il est là.
Joyeux Noël à vous aussi.
C'est pour toi.
Allez, dépêche-toi.
Plus vite.
- Eero, chéri, c'est Maman. - Maman !
Tu me manques tellement. Tout va bien ?
Joyeux Noël ! Tu as eu des cadeaux ?
Maman, tu vas venir ?
Je ne peux pas parler longtemps. Je suis au QG, tout va bien.
La guerre est presque terminée, tu pourras bientôt rentrer.
À bientôt.
Maman !
Maman ?
Remonte tes manches.
- Quoi ? - Koi-koi ?
Et maintenant... Koi-koi.
Les Russes
ont bombardé Helsinki !
Les Russes ont bombardé Helsinki.
La ville a beaucoup souffert...
Ça dit quoi ?
...explosions et incendies.
- Les fenêtres ont volé en éclats... - Ça dit quoi ?
Les Russes ont tout bombardé.
Tout Helsinki ?
Les Russes ont envahi la Finlande ?
Le nombre de pertes humaines est important
car personne n'a cherché d'abri.
- Les blessés et les morts... - Maman...
Ça va aller.
Maman...
Tu te rends compte ?
Qu'aurait dit ta mère,
si tu t'étais noyé ?
Comment aurait-elle survécu à ça ?
Grands Dieux ! Naviguer jusqu'en Finlande !
Es-tu devenu complètement fou ?
Je veux pas que Maman meure.
Tu as survécu.
Mais je n'avais
aucune importance à tes yeux.
Tu cherches encore
- à me faire culpabiliser ? - Non, Maman.
C'est exactement le contraire.
Tu n'en as jamais parlé.
J'ai essayé, souvent. Mais tu n'écoutais pas.
C'est faux. J'aurais écouté.
- Je suis ta mère. - Tu voulais juste que tout aille bien.
C'est ce que tu m'as écrit,
et je n'ai jamais su
comment tu allais.
Tu étais un enfant. Tu peux comprendre ça.
Je ne pouvais pas t'accabler avec mes soucis.
Pourquoi n'as-tu pas parlé,
de retour à la maison ?
- À qui ? - À qui d'autre ?
Tu ne comprends pas.
Tu n'étais plus ma mère.
Rends-moi mon vélo ! C'est pas marrant !
Rends-le-moi !
C'est pas drôle, arrête !
Merci.
C'est ta maman ?
Elle est très jolie.
Signe !
Arrête de me tourner autour.
Va jouer ailleurs !
Montre-moi la lettre. Je veux savoir.
Eero, arrête ! C'est pas drôle.
Arrête ! Laisse-les tranquille !
Stop ! Dehors !
Ça ne va pas ? Dehors !
Eero, calme-toi. Je veux te parler.
Qu'est-ce que tu fais ?
Ne me crie pas dessus !
Nous savons maintenant
que la Russie va gagner, ce qui nous remplit de terreur.
Hans-Jürgen, un homme pacifique, pas un guerrier,
rentre en Allemagne et m'a demandé de venir avec lui,
et sans Eero, j'aurais immédiatement dit oui.
Emmener Eero là-bas serait égoïste et idiot,
car la situation en Allemagne
est loin d'être sûre.
Si je me refuse à mon amour,
et que je reste ici,
je crains de perdre tout espoir.
Cela ferait-il de moi une meilleure mère ?
Le destin a voulu que mon fils chéri vous soit confié,
à vous qui lui apportez tout l'amour dont il a besoin.
C'est pourquoi je vous demande, la mort dans l'âme,
de garder Eero avec vous.
Je vous en prie, pensez-y, mais n'en dites rien à Eero.
Transmettez-lui mon amour, et dites-lui que tout va bien.
Viens.
On en a discuté,
et il y a quelque chose qu'on voudrait te dire.
Allons marcher, toi et moi.
Nous avons eu
une petite fille, Hjalmar et moi.
Elle s'appelait Elin.
Elin était si...
pleine de vie.
Tout le monde disait : "Comme Signe."
"Toutes les deux pareilles,
"toujours heureuses."
Elin, elle s'est...
noyée.
Elle avait six ans.
Certains y ont vu...
la volonté de Dieu.
Mais c'était ma faute.
Tu vois...
Elin adorait nager.
Elle courait si vite, si vite,
qu'elle était à peine déshabillée, au moment de plonger.
Elle n'y était pas autorisée, par vent trop fort.
Je lui disais toujours :
"Elin, n'y va pas si le vent est trop fort."
Et puis,
il y a eu cette tempête.
Il y a deux ans.
Elin voulait aller voir.
Je lui ai dit que j'étais occupée.
Elle continuait à réclamer, à réclamer sans cesse.
Finalement, je l'ai laissée y aller toute seule.
Comment ai-je pu être aussi bête ?
Mon papa aussi
est mort.
Pourquoi les gens meurent ?
Pourquoi les gens changent tout le temps ?
On est comme on est, à mon avis.
Le Seigneur donne et le Seigneur reprend.
Tu vois, la vie n'est pas toujours comme on l'imaginait.
On ne sait pas toujours
pourquoi on fait les choses.
Comme ta maman.
Rappelle-toi, le jour de ton arrivée,
par le bus.
J'espérais accueillir une petite fille.
Comme si ç'allait être
plus facile.
Et je t'ai vu.
Je ne voulais pas de toi.
Le Seigneur reprend,
mais Il donne aussi.
On pendra tes vêtements ici.
Viens.
Rapprochez-vous un peu.
Parfait.
Enlevez votre main
de son épaule.
Souriez.
Ce n'est pas un enterrement. Merci.
Le voilà !
Regarde-moi.
Ferme les yeux.
Ne regarde pas.
Regarde !
On s'est dit que tu en aurais besoin.
Pour rentrer encore plus vite à la maison.
"Chère Kirsti.
"Nous avons beaucoup réfléchi
"à votre proposition.
"Si votre amour pour cet Allemand
"est si fort,
"alors je vous souhaite beaucoup de bonheur.
"Je vous garantis que le petit
"est comme notre fils, maintenant.
"Je ne suis sûrement pas une meilleure mère
"que vous le seriez vous-même,
"mais je ferai de mon mieux
"pour être la meilleure des mères.
Accepter cette proposition de la Finlande
semble être aussi dans l'intérêt de l'Allemagne.
Si les Allemands venaient à l'accepter,
nous les considérerions à jamais
comme nos frères d'armes...
Ces salauds d'Allemands vont rester...
Chut !
- Les Russes vont prendre le pays. - Tais-toi !
Citoyens ! Nous avons fait
les premiers pas pour retrouver
des relations pacifiques avec notre grand voisin de l'Est.
C'est un pas vers...
Je vais devoir faire ton sac, Eero.
Mon sac ?
Finis, les jours heureux.
Ne dis pas ça.
Personne n'a rien dit de tel.
Eero ne va-t-il pas repartir,
comme tous les enfants de la guerre ?
J'imagine qu'ils disent vrai...
Les enfants doivent être chez eux.
Je croyais que Hjalmar m'aimait bien.
Oh oui, il t'aime.
Beaucoup.
Mais il aime aussi
que tout soit fait selon les règles.
Et ces règles disent que je dois partir ?
Seulement ceux qui le peuvent.
Et moi, je peux pas ?
Dors.
Tu as école, demain.
Hjalmar m'a dit qu'il partait pour l'Amérique,
mais que ses bottes sont restées collées dans ta boue.
Il a dit ça ?
C'est insensé.
Moi aussi, je veux faire ça.
Tu resteras ici, avec Hjalmar et moi.
Personne ne t'emmènera loin de nous.
Jamais ?
Jamais.
Promis.
Mais pas un mot à Hjalmar.
Tu lui as expliqué ?
Expliqué ?
Expliqué quoi ?
Que l'Allemand l'a quittée,
et que finalement,
elle reprend son gamin. C'est ça que je dois expliquer ?
Seigneur !
On ne sait même pas
si elle est à Helsinki !
- Tu es injuste. - Injuste ?
Moi, je suis injuste ?
Qu'est-ce qui est juste, alors ?
Qu'on lui pardonne et qu'on l'appelle Maman ?
Une femme qui a volontairement abandonné son fils !
Et je dois accepter ça sans rien dire ?
D'abord,
je perds un enfant, et maintenant un autre.
C'est juste, ça ?
C'est comme ça.
Il n'en est pas question.
Pas question...
Je ne pourrai pas...
lui rendre son enfant.
Ce n'est pas notre enfant.
Ne lui fais pas croire ça.
J'ai tant fait pour lui,
il a besoin de moi...
Et si Elin
était partie et ne pouvait plus revenir ?
Elin...
Hjalmar, je t'en prie. Elin...
n'est plus.
Elle ne nous reviendra pas.
Elle ne reviendra
plus jamais.
Il faut que tu y ailles, Eero.
Maman ! Maman Signe !
Maman Signe !
Eero, mon chéri.
Comme tu as grandi.
Et ton voyage ?
Rentrons.
Ils m'ont rappelée, au bureau.
Je vais sûrement
avoir ce travail.
Tu crois pas ?
Kirsti Lahti vit ici ?
Expéditeur : Signe Jönsson Suède
Non.
Sûr ?
C'était qui ?
Toutes ces vilaines choses,
c'est fini.
Maman est là, avec toi.
Je n'arrivais pas à y croire.
Je pensais que tu pouvais...
disparaître à tout moment.
J'avais l'impression...
que je pouvais tout perdre.
À tout moment.
Cette lettre...
Enfin, ces lettres.
Signe voulait me les donner.
Elle a toujours espéré que je les aurais, moi...
ou nous.
Elles étaient
avec l'invitation.
Je n'ai pas pu les ouvrir.
Pas avant d'être là-bas.
"Chère Kirsti. La vie à la ferme est bien vide sans Eero.
"Vous le rendre fut bien difficile
"et je vous maudis pour ça.
"À vrai dire, je ne crois pas que vous l'aimiez.
"Eero n'a jamais su que vous vouliez le reprendre.
"Je réalise aujourd'hui que c'était mal de ma part.
"Je vous en prie, Kirsti,
"lisez-lui cette lettre, afin qu'il sache.
"Il faut qu'il sache.
"Signe."
"Chère Signe.
"La Finlande est enfin en paix.
"C'est un grand soulagement pour nous tous.
"Hans-Jürgen est reparti en Allemagne, sans moi.
"Il m'aime plus que tout, et je l'aime aussi.
"Mais je sais aussi
"qui j'aime le plus.
"Il a fallu que je sois aveugle et folle.
"Comment ai-je pu penser abandonner mon enfant ?
"Je m'en sentirai coupable toute ma vie.
"Mais toute reconnaissante de l'amour que vous lui avez porté,
"je vous demande de me rendre mon fils adoré le plus vite possible.
"Kirsti."
Soixante ans, une vie.
Ça semble ridicule, mais...
d'une certaine façon, il me semble...
qu'une part de nous
est restée là-bas.
En Suède.
Le jour où j'ai décidé...
que tu ne me manquerais plus jamais.
Mais je t'ai manqué.
Oui, Maman. Maintenant, je le comprends.
Sous-titres : Zakouski French TeAm
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