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OS FILMES DA MINHA VIDA AVENTURAS 1940
OS FUGITIVOS DE GUIANA (1940)
Inspirado pela novela "N�O DEMASIADO NARROW ...N�O T�O PROFUNDO " por Richard Sale
No cora��o da Guiana Francesa, uma col�nia penitenci�ria de homens jogados l�
para o mundo esquec�-los, homens para quem o presente,
O futuro e o passado s�o um, homens sem esperan�a ...
Muito bom, Verne.
Voc� me ouviu? Eu disse: saia daqui.
Trinta dias em confinamento solit�rio n�o o tornar� mais male�vel.
N�o tente nada, Verne, ou volte l�.
Desenterr�-lo. Ele pode ter uma faca.
Sim. Talvez um dos ratos me escorregou um.
Mas eu tamb�m algumas armas escondidas aqui e ali.
Ningu�m pode tirar isso de mim. Vamos l�.
90 c�lios, 16 meses de pris�o solit�ria, sete no po�o do urso
e cinco tentativas de fuga em tr�s anos.
Voc� n�o gosta disso aqui? N�o. Como est� indo?
Sua explica��o � muito clara.
Devemos dar-lhe uma chance para fazer novos contatos,
fora.
Fora? Por que n�o?
A natureza nos cercou com um elemento mais forte do que as paredes, a selva.
Voc� sabe, n�o �?
� dif�cil. Voc� ficou entupido todos os buracos que eu poderia cavar,
Mas vou cavar os outros.
Sim, eu ouvi gente conversando assim. Como Moussenq.
Ele escapou seis vezes.
N�s o alcan�amos tr�s vezes e tr�s vezes, � a selva que conseguiu.
Voc� n�o pode ganhar, Verne.
Por que tentar? Voc� tem apenas tr�s anos.
Eu tentaria mesmo se eu n�o fizesse apenas tr�s minutos.
Je suis un voleur professionnel, Grideau, pas un condamn�.
Il n'y a rien � voler ici, � part la libert�
et c'est ce que je cherche.
Verne, tu vas travailler aux quais, hors du p�nitencier.
C'est une exp�rience. J'ai �puis� toutes les autres solutions.
Tu rentreras. Donne-moi ta parole.
Je n'ai pas de parole. Vous vous ferez avoir.
Va te laver. Pr�sente-toi ensuite � la porte principale.
Au fait, j'ai oubli� de te dire que trois ou quatre hommes,
aussi costauds que toi, s'en sont sortis dans la jungle.
Mais quand ils sont sortis, je les attendais pour les ramener.
28, 30, 32, 34, 36. 36, c'est �a?
C'est �a.
On dirait que tu en as assez, p�p�.
Douze ann�es, c'est assez. Plus qu'assez.
Debout, Moussenq. On n'est pas l� pour s'amuser.
Il t'a appel� Moussenq?
C'est mon nom. Moussenq n'est rien d'autre qu'un nom, � pr�sent.
Tu m'as appel� p�p�. Tu me donnes quel �ge?
Environ 50 ans.
J'ai 36 ans, crois-le ou non.
Dont douze ann�es dans la fosse, � l'isolement et sous le fouet.
Tu as tent� de t'�vader. Pourquoi as-tu �chou�?
Personne ne peut traverser la jungle.
Elle te d�truit avant l'�ge.
On peut tout supporter pour sa libert�. Certains ont r�ussi.
Avec de l'aide, peut-�tre, un bateau amarr� sur la c�te.
Qui sait? Ils ont r�ussi, mais pas seuls.
Non, monsieur, impossible. Mais je r�essaierai un jour.
Verne. Fais demi-tour et pose �a.
Bonjour, George. Tu es plut�t distant au caf�, ces temps-ci.
Tu sais ce que c'est, je suis un jeune mari�.
- Je me sens un peu mari�. - Alors, � dans quelques mois.
- Je peux monter? - Tu veux quoi?
J'adore les bateaux, et je n'en vois que tous les trois mois.
Tu attends un colis de chez toi?
- C'est le capitaine qui l'a. - Je te conduis � lui.
Julie, tu viens? On a peut-�tre du courrier.
Du courrier pour moi?
- Bonjour, Julie. - Du vent, Pig.
Oh, Julie, tu ne le penses pas, si?
Apr�s tout, il n'y a pas de mal � se montrer amical.
Les hommes meurent tout le temps et les porcs vivent longtemps,
alors qu'on croit que leur propre odeur pourrait les tuer.
Je vous l'ai d�j� dit!
Vous �tes un porc sournois, un mouchard
et je vous demande de me laisser tranquille.
Attention, poup�e. Faites comme si vous �tiez seule.
- Que voulez-vous? - Devinez.
Minable d�tenu. � qui croyez-vous parler?
Attendez, ch�rie. Je vous ai bien attrap�e, l�, hein?
L�chez-moi ou j'appelle le gardien.
Soyez gentille ou je vous tords la cheville. Et ils devront vous rep�cher dans la flotte.
Vous aurez des ennuis si on vous voit me parler.
Oui. On me mettra � l'isolement. On peut s'arranger pour y aller ensemble?
�a vous dirait bien, ce genre de punition, hein?
Du calme, poup�e.
�coutez, si on me voit parler � un d�tenu, on me chassera de l'�le.
Chic. On se retrouvera sur le continent et on ira � Paris ensemble.
Vous venez de Paris, n'est-ce pas? D'o� venez-vous, poup�e?
- Marseille. - Marseille.
Des nuits anim�es, de la bonne musique, rendez-vous est pris.
Un d�tenu romantique. Vous �tes l� pour quoi, vol de napperons?
Je n'ai pas de temps � perdre.
Vous �tes l'une des filles du caf�?
- Oui? - Et alors?
J'y serai, ce soir.
Mettez de la lumi�re � votre fen�tre, et dans vos yeux.
Ce soir, vous serez � votre place, dans une cellule.
Et si les murs s'�croulent et que vous sortez,
je vous d�noncerai si vite que vous aurez le vertige.
Votre haine est puissante, poup�e, votre amour doit l'�tre aussi.
Comment vous appelez-vous? Yvonne, Missy, Julie, Fifi?
Julie.
� ce soir, Julie.
La chaleur te tourne la t�te? Je jurerais t'avoir vue parler toute seule.
Tu ne parlais pas � un d�tenu?
Non. Je ne suis pas folle. Je r�citais de nouvelles r�ponses.
J'aimerais les entendre.
Passe donc, un soir, apr�s avoir rentr� les d�tenus en cellule.
Ils sont enferm�s � cl�?
Je veux dire, ils ne peuvent pas sortir le soir?
- Non, ils ne peuvent pas. Pourquoi? - Comme �a. Je me demandais.
30, 32, 34, 35. Stop.
Louis, il devrait y en avoir 36. J'en compte 35.
D�p�che-toi, rejoins les autres.
J'ai d� me laisser distancer. Il y avait tant � faire, l�-bas.
Rentre dans le rang et plus vite que �a.
C'est bon, Louis, on a les 36. Tu peux les emmener.
Marche.
CHEZ RENARD
- J'avais dit que je viendrais, poup�e. - Oui, c'est vrai.
Et vous voil�, bravo, mon petit monsieur.
Partez avant d'avoir des ennuis.
Je ne suis pas venu chercher des ennuis.
Vous avez de la classe, petite.
Ou est-ce parce que je n'ai pas vu de femme depuis longtemps?
Ne refaites pas �a.
Sinon, je vous briserai quelques os,
si vous en avez.
Voyons si vous en avez.
Ne faites pas l'idiote.
Et vous? Vous savez ce qu'ils vous feront.
Oui, mais je supporterai tout �a pour un peu de ceci.
J'ignore comment vous serez demain,
mais ce soir, poup�e, vous �tes la plus belle dame du monde.
- �a vous fait quelque chose? - Rien du tout.
Non? Et si je n'�tais pas un d�tenu?
Si je naviguais sur mon yacht, si je vendais des brosses...
Oui, et si j'�tais Blanche Neige.
M�me si je trouvais que vous n'�tes pas l'homme le plus laid du monde,
m�me si je vous disais que
vous ressemblez � quelqu'un dont j'ai b�tement �t� amoureuse,
qu'est-ce que �a m'apporterait?
Si l'on vous voit ici, on m'expulsera.
Il y a pire, comme punition.
Moi non plus, je ne suis pas au paradis, sur cette �le.
Revenons � nos suppositions.
Disons que je suis celui dont vous avez �t� amoureuse.
- Alors? - Voil�.
L�, vous voyez?
Vous seriez peut-�tre plus sympathique si vous vous y preniez en douceur.
Ce serait un beau pari si un type pouvait gagner, non?
D'accord, faisons � votre mani�re. Par o� commence-t-on?
J'ai un num�ro � pr�senter,
et un type de la prison m'attend.
Il doit d�j� �tre en bas.
Oui, je lui dirai que j'ai une migraine.
Arr�te de faire semblant, ch�rie.
Si vous voulez qu'il vous trouve ici, je m'en fiche.
D'accord.
Quand ils m'appelleront pour que j'aille chanter...
Vous resterez chanter ici.
Oui, oui, quelle importance?
On prendra ce qu'on a. Qui s'inqui�te de l'avenir?
Qu'ils viennent. Vous �tes un dur.
- Vous �tes trop malin pour eux. - Je ne suis pas un idiot, poup�e.
Non, bien s�r, nous voil�, c'est le d�but et la fin.
Seul un idiot penserait � demain. Alors, moi, je suis une idiote.
Vous ne me servez � rien dans une cellule.
Je descends faire diversion. Attendez-moi ici.
C'est gentil de faire les choses � ma mani�re.
- Mais, monsieur, je vous assure... - Il est ici.
Il doit y avoir une erreur. Aucun prisonnier n'oserait entrer ici.
On l'a vu entrer par une fen�tre.
Vous. Nous cherchons...
Si vous cherchez un d�tenu �chapp�, venez le chercher.
Tr�s bien, Verne, tu es fait. Ne tente rien.
Vous m'avez bien eu, petite maligne.
C'est ce qui arrive quand des petits malins se rencontrent.
L'un des deux l'emporte.
J'ai perdu. Mais que se passera-t-il quand je vous retrouverai?
Car je vous retrouverai, poup�e.
Ici, la loi interdit aux d�tenus de fr�quenter des femmes.
De m�me, les femmes n'ont pas le droit de fr�quenter
les d�tenus, sous peine d'expulsion hors de la colonie.
Ne me dites pas que vous allez m'expulser de votre paradis.
Bon, d'accord, donnez-moi mon billet. Je vais m'en aller.
Nous ne donnons pas de billets.
Alors, quoi? Je dois partir sur un nuage?
Un nuage pour deux, alors, poup�e.
On n'est pas venu vous chercher. D�brouillez-vous.
Mais, ce n'�tait pas ma faute.
Il m'a parl�, au dock. Je lui ai dit de me laisser.
Je l'ai menac� d'appeler le gardien
et il a dit qu'il me jetterait � l'eau.
Qu'en dites-vous, Verne?
Certaines femmes pr�f�reraient se noyer que me parler.
- Que faisiez-vous dans sa chambre? - Je lui avais dit que je viendrais, non?
Pourquoi ne pas m'avoir d�nonc� avant?
Parce que je ne l'ai pas cru.
Il est entr� de force. J'ai appel� les gardiens.
Ils vous le diront. Dites-le-lui.
Elle est tomb�e sur eux. Elle �tait dans le p�trin.
Elle m'a d�nonc� pour se prot�ger.
Menteur. Vous n'allez pas croire
- un minable d�tenu plut�t que moi, si? - Peut-�tre.
Mais les faits sont plus convaincants que vous deux.
On l'a trouv� dans votre chambre. Je dois agir en cons�quence.
Bon, tr�s bien, alors je m'en vais.
Peu importe o� j'irai, ce � quoi je m'abaisserai,
mais vous ne valez pas mieux que moi, monsieur,
ni que les rats de votre zoo.
Vous disiez que vous me retrouveriez. Je l'esp�re.
- Et que se passera-t-il alors, poup�e? - �a!
Emmenez Verne au don'toir. Je m'occuperai de lui demain matin.
Vous avez 12 heures pour quitter la colonie.
Sinon, vous serez arr�t�e.
J'ai une id�e, Grideau.
Donnez-moi 12 heures pour partir et gardez-la, elle.
Comme �a, tout le monde sera content.
L�chez-moi. Vous l'avez entendu. Je sortirai comme je suis entr�e.
- Faites entrer M. Pig. - Oui, monsieur.
Merci, monsieur. Mais je me demande si cette fois
au lieu de me r�compenser, vous me rendriez un service?
Quel service?
Julie n'est pas une mauvaise fille. Tout ceci n'�tait pas de sa faute.
Vous voulez que je l'autorise � rester?
Vous pensez donc que je fais commerce des femmes, mis�rable...
Prenez votre argent et sortez.
Je n'aurais pas besoin de cette vermine si vous faisiez votre travail.
Avez-vous d�couvert comment Verne a r�ussi � rester dehors?
On n'a pas d'explication, monsieur.
36 hommes ont �t� compt�s � la sortie
et 36 hommes au retour, compt�s deux fois, monsieur.
Bon, si vous en �tes s�r,
c'est quand m�me �trange.
Tu lis la Bible?
En dehors de moi, cette pi�ce est pleine d'hommes qui ont oubli� Dieu.
Des blasph�mateurs, des infid�les, des ath�es. Dieu aussi les a oubli�s.
Tous, sauf moi. Je serai pardonn� pour mes p�ch�s.
Les autres br�leront en enfer, mais moi, je serai pardonn�.
- C'est pour �a que tu lis la Bible? - Quelle autre raison?
- Il pourrait y en avoir d'autres. - Ou aucune.
Regardez ce minable petit vermisseau,
soignant sa conscience douloureuse avec de l'aspirine spirituelle.
Je ne vois rien de plus pratique pour supprimer cette douleur.
Si, supprimer la conscience.
Tu n'en as aucune, Hessler.
Comment sais-tu mon nom? Je ne t'ai jamais vu.
�a ne veut pas dire que je ne t'ai jamais vu.
Et le regarder, c'est regarder l'enfant du diable, se�or.
Alors prie pour moi, Telez. Et prie aussi pour mon p�re, le diable.
Tu br�leras en enfer. C'est l� ta place.
Tu br�leras pour le mal que tu as fait, les vies que tu as prises.
Il a empoisonn� des femmes pour les voler. Il m�ritait la guillotine.
Mes femmes �taient minables, mais mon avocat �tait excellent.
Tu n'�tais pas destin� � l'�chafaud, Hessler, ni � la prison.
Tu as entendu, Telez? Je dois �tre immortel.
Du moins, si ton ami sait de quoi il parle.
Ce n'est pas mon ami.
C'est peut-�tre le tien. C'est peut-�tre le diable.
Pauvre Telez. Il me fait piti�.
Piti�? Je ne te comprends pas.
Je n'ai jamais re�u ni fait preuve de piti�, je plaide l'ignorance.
- J'ignore ce que c'est. - Tu n'as aucun sentiment?
Pour ces hommes? Qui aurait des affinit�s avec des morts?
Ils pourrissent dans leurs tombes. Ils attendent la mort de leur corps.
Peut-�tre qu'avant leur mort, ils sortiront de leurs tombes.
Pas eux.
Ils sont enterr�s trop profond�ment. Ils ne sortiront jamais.
- Trop faibles, peut-�tre? - �tre faible, c'est �tre mort.
- Alors �tre fort, c'est vivre. - �a a toujours �t� ainsi, non?
II me semble que les puissants tombent parfois.
Reparlons-en plus tard. Tu as de l'esprit. Nous sommes donc deux.
Bonjour, Superman. O� en est le poison?
II en reste toujours un peu pour les amis.
Il ne peut pas prendre cette couchette.
Excuse-moi, cette couchette est d�j� prise.
C'est vrai?
Tu ne comprends pas. C'est la couchette de Moll.
Moll, hein?
Ici, dans le m�me don'toir. �a va �tre confortable.
Pourquoi ce rat m'a pris ma couchette?
II a toujours eu cette couchette.
Il aurait d� savoir que je voudrais la r�cup�rer.
Tu es un de ses amis.
- Oui, nous sommes amis. Pourquoi pas? - Oui, pourquoi pas?
Parce que c'est une vermine. Dis-lui que j'ai dit �a.
Dis-lui que Verne le traite de vermine.
Allez, va le lui dire.
Moll. Tu parles d'un h�ros pour ce gosse. Un gorille.
Apparemment, tu ne l'aimes pas beaucoup.
Non, ni aucun de ses amis ni ses anc�tres singes.
- Tu es l'un de ses amis? - Peut-�tre.
Alors, debout, pr�pare-toi, je vais t'affronter.
Et qu'est-ce qu'on y gagnerait?
Oh, tu es du genre prudent, hein?
Prudent ou malin.
- Tu es l� depuis quand? Je te connais? - �a fait un moment.
- On ne s'est peut-�tre jamais li�s. - Peut-�tre.
C'est quoi ce livre? Montre-moi.
La Bible? Laisse tomber, mon ami, tu perds ton temps.
Tu l'as peut-�tre lu.
Lu? Je connais ce livre par coeur. Avant de venir ici, j'�tais � l'isolement
pendant six mois � Saint Miguel. Il y en avait un dans ma cage.
Faute de mieux, j'ai d� le lire.
- Et alors? - �a n'a aucun sens.
Tiens, avec �a tu vas te mettre � parler tout seul. �coute.
'"Dieu cr�a l'homme � son image."
Qu'est-ce que tu dis de �a? Regarde-moi bien.
Je ressemble � un dieu, selon toi?
Cet endroit abandonn� est plein de dieux, je suppose.
Mais ils ne font pas leur boulot.
Ce sont des dieux en vacances. R�ponds-moi.
�a para�t simple. �a signifie
que chaque homme a en lui certaines qualit�s de Dieu,
s'il les veut et s'il les cherche.
Il y en a encore qui valent le coup.
Tu te souviens de celle de la Mer Rouge?
Les eaux se s�par�rent et ils travers�rent � pied sec?
Je vais peut-�tre essayer de faire �a dans la jungle.
J'agiterai la main et il y aura un sentier,
sur lequel je traverserai jusqu'au continent.
S'il n'y a pas de sentier, j'en ferai un.
- Tu feras quoi? - Bonjour, Moll.
�te ta sale carcasse de ma couchette.
Oui, Moll. O� la veux-tu?
Moll. On ne veut pas d'ennuis.
- Je vais tuer ce satan�... - Ils vont te mettre � l'isolement, Moll.
Ouais, t'as raison, petit.
Je vais m'installer � l'autre bout, o� l'air est plus frais.
Garde cette couchette, Verne.
Tu en auras besoin pendant les ann�es qu'il te reste � tirer.
Ce n'est pas son genre de renoncer. Ce n'est pas un l�che.
- Il se trame quelque chose. - Peut-�tre, Verne,
mais �a n'ira peut-�tre pas dans ton sens.
Verne.
- Bonjour, Flaubert. - Tu dois m'aider, Verne.
Que veux-tu, que j'enl�ve quelques fant�mes de ta t�te?
Voici un autre de tes dieux, mon ami, mais celui-ci est hant�.
Ses victimes le traquent
et ceux qu'il n'a pas tu�s vont le tuer.
�a va, �a vient.
- S'il savait qu'il a un ami, peut-�tre. - Je n'en ai pas.
Pas un ami au monde. Sauf toi, Verne.
- Je ne suis pas ton ami. - Mais tu dois m'aider.
Moll veut s'�vader. Il emm�ne six hommes.
- Ah? - Il a pris mon argent.
Mille francs, pour ma part des d�penses,
et je sais qu'il va m'abandonner. Je serai le seul puni.
Ils me battront. Ils me mettront � l'isolement.
Tu dois r�cup�rer mon argent avant qu'il ne soit trop tard.
Et je pourrai dire � Grideau que je suis innocent.
Tu sais qu'il est contre moi, qu'il m'en veut.
Moll aussi. Pourquoi ils me maltraitent?
Pourquoi ils me g�chent la vie?
Toi aussi, tu es contre moi. Vous l'�tes tous.
Alors, Moll? Tu prends la fuite, est-ce que j'en suis?
Fichu cingl�.
- Rends-moi l'argent, j'ai peur de partir. - La ferme, minable.
- J'en suis, Moll? - S�rement pas.
Si tu crois que j'ai mis trois ans � trouver comment partir
pour que tu en profites, tu te trompes.
R�fl�chis, Moll, sinon je te cogne.
Et si je te cogne, ils vont nous coller � l'isolement ensemble.
Et comment tu sortiras, dans ce cas, mon grand?
- Tu ne peux pas venir. - Pourquoi �a?
II faut payer, comme nous tous. Mille francs.
- Je les aurai. - O�?
On est nombreux dans cette pi�ce.
Certains pourraient me pr�ter de l'argent.
Je vais t'en pr�ter, Verne.
Mille pour Verne et mille pour moi. Je viens aussi, si tu veux bien.
- Qui es-tu? - Je m'appelle Cambreau.
Jamais entendu parler de toi.
T'as entendu parler de 2 000 francs, non? II les a.
D'accord, vous venez, �coutez.
Demain, on va travailler sur la route.
Une fois arriv�s, je vais mettre l'argent � un endroit convenu,
et un type va venir le prendre.
�a paiera le bateau cach� sur la plage,
- � trois jours de marche dans la jungle. - Et les cartes?
On doit �viter le camp des mineurs.
Ils sont � l'aff�t et ils risquent de nous d�noncer.
Le village indien est pire.
Ils nous donneront pour 10 francs vifs ou cinq francs morts.
Ils ne veulent pas prendre de risque, alors ils pr�f�rent les cinq francs.
C'est la r�gion des chats sauvages. Il faudra qu'on reste aupr�s du feu.
Ensuite, attention aux crocos et aux serpents.
Il ne faut pas boire d'eau dans la zone de la fi�vre.
- On reconna�tra la puanteur. - Tu as des cartes? Donne-m'en une.
Il n'y en a que deux. Le petit en a une et moi l'autre.
Il prend un groupe et toi, tu viens avec moi.
Attention, les gardiens.
J'ai moins de 12 heures. Pr�tez-moi assez pour prendre le bateau.
Si je pr�tais de l'argent � chaque fille expuls�e de la colonie,
o� serais-je? Je serais ruin�, ch�rie, crois-moi...
- Renard, s'il vous pla�t. Je promets que... - Ne t'inqui�te pas, Julie.
Si je vais faire un tour sur le continent,
ce sera aussi facile d'organiser un passage pour deux que pour un.
Vous aimeriez m'acheter ainsi, n'est-ce pas, M. Pig.
Julie, si tu me connaissais mieux... Je ne suis pas un mauvais bougre.
Julie, on ira sur le continent, et quand on y sera,
si tu n'as pas meilleure opinion de moi, tu feras ce que tu voudras.
Je ferai ce que je veux d�s maintenant. Et sans vous.
�a n'est pas assez clair? Ne l'oubliez pas, Pig.
Vous �tes le seul homme au monde que je ne m'abaisserai pas � toucher.
- Partez et laissez-moi tranquille. - Bravo, Julie.
Je ne me presse pas, Julie, on dirait que tu vas devoir revoir tes crit�res.
Pourquoi cela, M. Pig?
Vous avez une meilleure proposition, M. Marfeu?
Julie peut revenir au camp des mineurs avec moi,
et quelques Indiens l'emm�neront dans un petit bateau.
Elle ne me devra rien.
Tu le crois, Julie?
Non, bien s�r que non.
Si tu pars avec lui, tu es folle.
Et si je pars avec vous, que suis-je?
- Quand partons-nous, Marfeu? - Demain matin.
Tu n'as rien vu, tu entends? Sauf si tu veux le m�me traitement.
Un seul homme peut mener cette �vasion.
C'est moi qui commande.
Quelqu'un sait quelque chose � ce sujet?
Bien s�r que non.
- Emmenez-le � l'h�pital. - D'accord.
Allez, au baraquement.
Attention.
Venez.
Les gars de la route se sont enfuis. Moll et quelques types sont partis.
Tr�s bien, Moll. Mais un de ces jours, il faudra qu'il paie.
ALLEZ!!! CAMBREAU.
Oui, chers camarades, le jour du salut est proche.
Retournez � vos places. Asseyez-vous et ne parlez pas.
Il se dirige vers le continent.
Quand il y sera, s'il y arrive, je l'attendrai pour le ramener.
On va de ce c�t�, Moll.
Quand Benet reviendra, on suivra cette piste jusqu'� la plage.
Il ne reviendra jamais. Ils vont le tuer.
Moll nous a dit de ne pas nous approcher du village indien.
On n'a rien � perdre. Si Benet revient, on pourra manger.
Ils l'ont eu, croyez-moi, et ils nous auront aussi.
- On ne s'en sortira pas vivants. - Toi peut-�tre pas, mais moi, si.
Pourquoi toi et pas nous?
Parce que j'ai pri� et que je serai sauv�.
Tu as peut-�tre aussi pri� pour moi.
Il ne compte pas sur son dieu, mais sur la nourriture qu'il a cach�e.
Et alors, si c'�tait vrai? Elle est � moi, d'accord? � moi.
Tu as pri� pour l'avoir, Telez, ou bien tu l'as vol�e?
Aucune importance. C'est la volont� de Dieu.
Benet.
- Ils l'ont eu. - Vite.
PRISON - VILLAGE INDIEN
- O� vas-tu? - Chercher � manger.
On avait dit qu'on ne s'approcherait pas du camp des mineurs.
Tu l'avais dit.
Qui commande ici, toi ou moi? Tu veux te faire prendre?
Non, mais on a besoin de nourriture.
Sans �a, on sera morts avant d'arriver au bateau.
Et alors? Les plus forts parmi nous y arriveront.
C'est nous les plus forts. On ne s'en sortira pas tous.
Tu le sais, non?
Tu as bien choisi les hommes qui t'accompagneraient.
Oui. Tu sais pourquoi?
On va passer au moins 10 jours dans ce bateau,
et il n'y a des rations que pour six. R�fl�chis � �a.
J'y ai d�j� r�fl�chi, Moll.
Et on doit faire attention � ces rations. Je reviens.
Il cherche les ennuis.
Entre les Indiens et les animaux de la jungle, il ne s'en sortira pas.
Il va revenir. J'en suis s�r. Il a dit qu'il reviendrait.
Il fait toujours ce qu'il dit?
Oui, jusqu'� pr�sent.
Il a dit qu'on serait au camp cet apr�s-midi. On y est.
Selon la carte, on devait y arriver.
On s'est perdus trois fois et il nous a toujours remis en piste.
Un coup de chance.
Quand on mourait de soif,
il a quitt� la piste et trouv� un ruisseau. T'en dis quoi?
C'�tait son jour de chance.
- Qui est Cambreau? - Je n'en sais rien.
Un d�tenu comme toi et moi.
Bien s�r. C'est s�rement vrai.
La chaleur de la jungle nous fait perdre la t�te.
Encore de la pluie.
Tu ne nous quittes pas, Julie, si?
�a ne se fait pas. J'ai pourtant �t� correct.
- Tu as un foyer agr�able, non? - Oui, vous �tes formidable.
Vous m'avez amen�e ici pour m'aider � quitter la colonie.
Et �a ne devait rien me co�ter.
- Oh, Julie. - Laissez-moi passer.
Tu crois que tu peux partir? J'ai mon mot � dire!
- Allez-y. Quoi? - Pose �a, petite...
Julie. Pas de cette mani�re, Julie.
La voix venait de l�. Je l'ai entendue.
Le sac de nourriture a disparu.
Il a laiss� de l'argent, qui que ce soit.
Cinq cents francs te permettraient d'aller sur le continent.
Mais �a n'est pas acceptable, hein?
Regarde-le dormir. Il a le ventre plein.
Tu es jeune et rapide. Regarde. Un coup suffirait.
Il n'en saurait rien.
- Vas-y. - Non. Je ne sais pas tuer.
Viens, partons d'ici.
Marfeu, j'ai peut-�tre �t� mauvaise perdante.
J'ai lutt� autant que j'ai pu et je n'ai rien obtenu.
Je ne sais pas ce que j'attendais. Ce que j'ai, peut-�tre.
- Je me suis peut-�tre tromp�e sur vous. - Tu as fait une erreur.
Ce n'�tait pas la premi�re.
Je suis ici depuis bien longtemps.
�a suffit, non? Laissez-moi une chance, Marfeu.
Laissez-moi partir.
On croirait entendre les violons, quand tu parles ainsi.
Vous avez l'argent de la nourriture.
C'est assez pour aller sur le continent.
Je vous rembourserai. Promis, le moindre sou, d�s que je les aurai.
Oui? Et qu'est-ce que j'y gagne?
Pourquoi t'aurais-je tir�e d'affaire
et amen�e ici? Pour te renvoyer dans un carrosse dor�?
Tu n'iras nulle part. Tu restes ici jusqu'� ce que je te chasse.
Tu as compris?
Ne bouge pas ou je t'assomme.
Je veux � manger, et vite. Poussez-vous.
Bonjour, poup�e. Je vous ai retrouv�e, comme pr�vu.
On va reprendre o� on s'est arr�t�s, mais je dois manger.
- Donnez-moi � manger. - Servez-vous.
Ouvrez ces bo�tes. Toi, si tu bouges, je te casse une jambe.
Mettez �a l�-dedans.
Asseyez-vous, que je puisse vous surveiller.
Immonde. Mais �a conviendra � un homme affam�.
- Vous aussi, poup�e. - Merci.
Ce n'est pas le moment de faire le difficile.
C'est bizarre de vouloir une chose inutile
et vous �tes inutile. Vous le savez, hein?
D'apr�s vous, que pens�-je de vous?
Dites-moi.
Si vous faisiez l'erreur de me tourner le dos,
- je vous... - Planterais un couteau dans le dos?
Vous n'en �tes pas capable, ch�rie.
Tenez, mais vous ne les utiliserez pas.
Pour faire ce pari, il faut un truc que n'a pas une fille facile.
Et vous en �tes une.
Si vous aviez tent� de me poignarder
dans le dos, je vous aurais ador�e,
mais vous avez mouchard�. C'est ce que font les filles faciles.
Les Indiens pourront vous avoir demain.
Je dois vous remercier? Ou faisiez-vous juste un signe?
Ne me remerciez pas. Je ne vous ai rien donn�.
Je veux juste sortir d'ici et vous allez dans la m�me direction,
alors je vous ai choisi.
Mais d�s que j'aurai trouv� plus rapide que vous...
Impossible. Allez.
- Que cherchez-vous? - Une chose qu'on a laiss�e pour moi.
Laissez tomber. Venez.
'"Que tu es belle, ma Bien-Aim�e, que tu es belle!
'"T es yeux, � travers ton voile, sont des colombes.
'"T es l�vres sont des bandelettes d'�carlate et ta voix est agr�able.
'"T es joues sous ton voile, sont des moiti�s de grenade.
'"T u es toute beaut�, ma Bien-Aim�e, tu n'as aucun d�faut."
�a vous pla�t, poup�e? C'est superbe, hein?
Je suis s�r qu'on ne vous a jamais parl� ainsi avant.
�a me donne un avantage ou pas?
�coutez: '"T u as ravi mon coeur, ma Soeur, mon �pouse.
'"T u as ravi mon coeur d'un regard.
'"Qu'il est beau ton amour, ma Soeur, mon �pouse.
'"II est meilleur que le vin, ton amour.
'"Et l'odeur de ton parfum pr�f�rable � tous les aromates.
'"T es l�vres, Bien-Aim�e, distillent le miel.
'"L e miel et le lait sont sous ta langue
"et l'odeur de ton v�tement a le parfum du Liban."
C'est de l'eau sal�e, Moll. Ne la bois pas. Tu vas devenir fou.
De l'eau sal�e. C'est cette chaleur.
O� est le bateau? II y a de l'eau et de la nourriture dedans.
- O� est-il? - Derri�re cette pointe.
Je vais le trouver. Reste ici.
On a r�ussi. Les salauds. Ils croyaient me tenir enferm� � vie.
Moll.
- Bonjour, petit. Comment vas-tu? - Cambreau a trouv� � manger et � boire.
- �a va aller. - Bien s�r. O� sont les autres?
Dunning a �t� abattu quand on quittait l'�le.
Au village indien, Benet est all� chercher � manger. Ils l'ont eu.
Et Telez, hein? Et Telez?
II n'a pas eu la force.
On n'a rien pu faire. Il est mort.
C'est vrai, Moll, on a essay� de le sauver. Je le jure.
On s'en fiche. Il est mort. Un de moins pour le bateau.
On est cinq. Il y a de la place pour sept.
Dommage pour Verne.
Il est peut-�tre mieux o� il est. Il ne cadrait pas avec mes plans.
Les plans doivent souvent changer, Moll.
Tu es si pessimiste, Cambreau. Il ne t'est jamais rien arriv� de bon?
Au contraire, Hessler.
De nombreuses choses se passent comme je les avais pr�vues.
Telez!
Je vais les tuer. Ils ont vol� mon crucifix.
Ce fant�me m'a l'air en forme, M. Dufond.
Il avait de quoi manger et ne voulait pas partager. C'�tait lui ou nous.
Qu'aurais-tu fait? On crevait de faim.
J'aurais bien fait les choses. Je l'aurais achev�.
Ils ont pris mon pain et ma croix. Ils m'ont laiss� agoniser.
Doucement, tu es bless�. Je vais regarder ta jambe.
Dufond, d�chire son pantalon. Il a �t� mordu par un serpent.
- On va t'aider, Telez. - Non, pas toi. Ne me touche pas.
Ne le laisse pas me toucher. C'est le diable. Crois-moi.
Tu crois que c'est vrai, Moll?
C'est une id�e int�ressante. Cambreau, le diable.
Il va falloir drainer la plaie.
- Tu sembles savoir ce que tu fais. - J'�tais �tudiant en m�decine, avant.
Donne-moi ton couteau, Flaubert.
- Je n'ai pas de couteau. - Moll, prends son couteau.
Moll, je...
Doucement.
- On ne peut pas drainer la plaie, sauf si... - Quoi?
Je n'y arrive pas. J'ai les l�vres gerc�es. Le poison va p�n�trer mon organisme.
Alors, ne le fais pas. Mais il faut que ce soit fait.
J'esp�re que �a t'aidera, Telez.
C'�tait un beau geste.
Mais ouvrir cette blessure et drainer le venin ne changeront rien.
- Il va mourir. - Devait-il mourir en croyant
qu'on se fichait qu'il vive ou qu'il meure?
C'est la v�rit�, non? Pourquoi le laisser mourir dans un mensonge?
II peut vivre. Il conna�tra peut-�tre la v�rit� le moment venu.
O� sont tous les autres?
Ils r�cup�rent le sloop. Ils ne partiront pas sans moi.
Tu connais mal les hommes. Le mal qui est en eux. Seul Dieu est bon.
Mais ce qui est bon en l'homme, c'est Dieu.
Seul Dieu est bon. Seul Dieu peut pardonner.
Ils ont vol� mon crucifix, Cambreau. Sans lui, je suis perdu. J'ai peur.
Un crucifix est un morceau de bois, un simple morceau de bois.
Le miracle n'est pas dans le bois, mais dans le coeur.
- Mais j'ai pri�, j'ai pri�. - Et tes pri�res n'�taient que paroles.
Comme ton crucifix, elles n'ont pas atteint ton coeur.
Telez, le pain se tenait entre elles et ton coeur.
Mais �a ne suffisait pas. Il fallait que je me d�brouille seul.
Vas-tu te d�brouiller seul, alors, pour toute l'�ternit�?
- Je sais, Dieu m'a abandonn�. - Tu l'as abandonn�.
Je mourrai maudit dans les t�n�bres. Je ne trouverai ni la paix ni le pardon.
Cambreau, aide-moi, aide-moi � trouver Dieu.
Cherche-le, Telez. Cherche dans ton coeur.
Tu as aspir� le poison de mon corps dans le tien.
J'avais du pain et je refusais de le partager.
'"Quel est d'entre vous l'homme,
"auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre?"
II n'est pas trop tard?
II n'est jamais trop tard.
Il y a un instant, il y avait tant de t�n�bres. J'avais peur.
Il fait plus clair � pr�sent. Ma peur a disparu.
Tu m'as apport� la paix et le repos, Cambreau.
Et si, parfois, des choses sont dites contre moi,
tu parleras en mon nom?
Je parlerai en ton nom, Telez.
Pourquoi pr�f�rerait-il un tas de poussi�re
au ventre d'un requin?
II m�rite peut-�tre une tombe. Il a pay� pour en avoir une.
- Tiens, voil� ta part. - Je n'en veux pas, Verne.
Oh! Je suis un salaud d'avoir vol� un mort?
Si j'avais assez pour aller jusqu'au continent,
tu ne viendrais pas.
Voil� ton livre de r�gles. Tu peux peut-�tre lui demander des ailes.
Je peux essayer.
'"Ne savez-vous pas que vous �tes le temple de Dieu,
"et que l"Esprit de Dieu habite en vous?
'"Si quelqu'un d�truit le temple de Dieu, Dieu le d�truira
'"car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous �tes."
Jolie musique, mais �a veut dire quoi?
Vous avez entendu ce qu'il a dit sur le temple de Dieu?
Vous savez de qui il parle, non? De moi.
Vous n'�tes pas oblig�e de me croire.
Si vous cherchez un, comment �a s'appelle, Cambreau, un sanctuaire.
Si vous cherchez un sanctuaire, poup�e, vous le trouverez ici.
Ici, dans ce bon vieux temple.
Attention, vous allez vous casser le doigt.
Si vous �tes un sanctuaire, je prends tout ce qu'il y a autour.
Oui? Pr�parez-vous � le prendre, parce que le voil�.
Alors, Verne a r�ussi, c'est �a?
Donne-moi ton couteau, Flaubert.
Et il a emmen� une femme avec lui.
C'est tr�s gentil.
Bonjour. Tu as r�ussi, hein?
Je serais arriv� avant sans cette chaussure qu'on a l�ch�e
et qui est tomb�e sur ma t�te.
Tu devrais renvoyer ton valet pour son incomp�tence.
Tu as amen� une amie.
Il y a toujours de la place pour un de plus.
Sinon, vous pouvez rester ici.
On partagera nos rations avec vous, ainsi que notre eau. D'accord?
- Quel grand coeur, Moll. - On est ensemble, maintenant, non?
On partage tout.
On partage tout avec tout le monde, hein?
C'est �a, tout ce qui est � toi, pas ce qui est � moi.
C'est compris, Moll? Vous avez compris, bande de cr�tins?
Regardez-la bien, parce que vous n'aurez rien de plus.
D'autres id�es?
- J'en ai. - Attendez un peu.
Donne ton couteau, Flaubert. O� est-il?
Je l'ai donn� � Moll.
Rien ne vaut un petit avantage, hein?
Je n'en ai pas besoin, avec toi. J'avais oubli� le couteau.
Mettez-le dans le bateau et partons d'ici.
C'est moi qui commande.
- Vous cherchez quelque chose, Moll? - Oui, un truc que j'ai perdu.
- O� l'avez-vous perdu? - Sur la plage.
Quelqu'un a eu de la chance avec un coup de poing.
Vous aurez peut-�tre de la chance un jour. Si vous ne foncez pas t�te baiss�e.
�a fait quoi d'�tre la seule femme au monde, Julie?
Je ne prends pas au s�rieux les romances de croisi�re.
- Mais �a pr�sente des avantages. - Et aussi des inconv�nients, peut-�tre.
On pourrait d�cider qu'on ne veut pas de femme dans ce monde.
Et c'est vous qui vous chargeriez de �a, Hessler?
Mais je pense �tre en s�curit�.
Vous �pousiez vos femmes avant de les empoisonner, non?
Je ne pense pas que le capitaine nous marierait.
Allez, lisez-nous quelque chose
que je saute du bateau.
Ne me faites pas ce regard '"ma soeur, choisissez le salut'". Je ne suis pas dupe.
Je connais le topo. �a commence par une pri�re,
et �a finit avec la Bible dans une main et moi dans l'autre.
H�, poup�e.
Arr�tez d'emb�ter l'�quipage et revenez ici.
Votre place est � la table du capitaine, ne l'oubliez pas.
- Et en quel honneur? - Pour m'amuser.
On s'amuse, c'est �a? D'accord, � quoi on joue, aux amoureux?
Pourquoi pas? On est plut�t bons � ce jeu.
Alors, redonnez-m'en un, vite.
Encore.
Encore?
Tr�s mignon. Si joli, si touchant et �coeurant.
Qu'est-ce qu'un tel homme peut apporter de bon?
Ou une telle femme?
Ce genre de chose s'est d�j� produite. Pourquoi pas une nouvelle fois?
On atteindra le continent dans quelques jours, si le vent se maintient.
- Et ensuite? - C'est la question que je me posais.
Je pense que toi et moi, on pourrait rester ensemble.
Tu ne veux pas de moi � tes c�t�s.
Je te g�nerais, je ne suis pas un bon voleur.
Pas � cause de ma conscience,
mais je n'ai pas ce qu'il faut pour me pousser � voler.
Mais tu n'en aurais pas besoin.
J'ai toujours agi seul, parce que je pensais
que c'�tait plus s�r ainsi.
Mais je t'aime bien, petit, tu sais?
Comme un petit fr�re. Qu'est-ce que tu en penses?
Pourquoi ne t'aimerais-je pas, Moll? Tu as tout ce que je n'ai pas.
Du courage, d'abord. Et tu es correct avec moi.
Je ne m'en serais jamais sorti sans toi.
Et tu peux compter sur moi, maintenant.
On ira loin et vite. On est d'accord, alors?
- Qui est ton ami, petit? - C'est toi, Moll.
Bien. On chante encore ta chanson, tu veux bien?
On devrait peut-�tre tous chanter. Mais chanter pour quoi?
On est vivants et le pass� est derri�re nous.
Il y a toujours un espoir de vie meilleure devant nous,
si le vent se maintient.
Un, deux, trois, quatre, cinq.
Cinq jours.
On va mourir ici. On va tous mourir.
Moll. J'ai besoin d'eau.
Accroche-toi, petit.
Si tu bois ton eau, tu auras soif ce soir.
Le soleil va t'ass�cher aussi vite que tu l'auras bue.
Mais il fait si chaud.
Pourquoi le vent ne vient-il pas?
Cambreau, pourquoi le vent ne vient pas?
Le vent devrait revenir bient�t. Mais avant cela, certains mourront.
Vous avez entendu, Verne? Avant que le vent ne revienne...
C'est ce qu'il dit, et il se trompe. J'en sais autant que lui sur la question.
Mais il savait que le vent allait tomber.
Il nous a dit d'�conomiser l'eau en pr�vision des jours sans vent.
- Il sait tout. - Oui, il sait.
Il va encore nous sortir un miracle de son livre et il pleuvra du lait.
Allez, Cambreau, fais ton miracle.
Ne sois pas stupide, Verne. Je ne suis pas plus croyant que toi,
mais est-ce vraiment le moment de blasph�mer?
Ce serait une erreur tactique, mon ami.
Comment sais-tu que certains vont mourir, Cambreau?
Peut-�tre parce qu'il n'y a pas de vent,
et s'il ne souffle pas,
ce sera une question d'endurance, non?
Certains n'auront pas la force de tenir.
C'est simple, quand on y r�fl�chit.
Navr�e de vous d�cevoir, grands gorilles costauds, mais je me sens bien.
Vous �tes le deuxi�me homme le plus fort du bateau, poup�e.
Je ne tiens plus. Moll, il me faut de l'eau.
- D'accord, petit. - Non, il n'en aura pas.
- Recule. - Ne lui en donne pas.
- Et nous alors? - Il peut avoir ma part!
�Ioigne-toi, Flaubert. � ta place, Moll.
�Ioigne-toi du baril ou je te jette dans l'eau.
Tout de suite.
- Va le chercher. - Imb�cile.
- On n'a plus d'eau. - On n'a plus d'espoir.
Vous pensez que c'est ma faute. Allez, dites-le!
Tais-toi. C'est fait, un point c'est tout.
Pourquoi personne ne fait rien pour le r�cup�rer?
Les requins.
- Vous n'allez rien me faire? - Pourquoi?
Mais j'ai jet� votre eau et vous allez mourir.
Tu mourras toi aussi, alors. On sait que tu ne voulais pas faire �a.
Non. Je croyais qu'ils voulaient me prendre quelque chose,
mais ce n'est pas vrai, hein?
Toutes ces ann�es, j'ai eu peur de choses qui n'existaient pas.
J'ai cherch� des ennemis l� o� j'aurais pu trouver des amis.
J'ai tent� de fuir une vie pour laquelle j'aurais pu �tre pardonn�.
Flaubert!
Non, laisse-le, petit.
Moll pense que j'ai peur, mais c'est faux.
Tu sais que je n'ai pas peur, hein, Cambreau?
Tu n'as pas peur, Dufond.
Verne.
Reviens.
- Reviens. - L�che-moi.
Je ne voulais pas te faire mal, mais c'�tait du suicide.
- Tu voulais le sauver, c'est �a, Moll? - Oui, c'est tout.
- Dans une minute, il ira mieux. - J'ai bien peur que non.
- Pourquoi? Que veux-tu dire? - Il est mort.
Mais c'est impossible. Pourquoi?
Petit.
�a fait deux morts.
Emp�chez-moi d'avoir peur, Verne. Emp�chez-moi d'avoir peur.
Pourquoi avoir peur? Des hommes meurent chaque jour.
Hessler, r�veille-toi et tire le baril de l'eau.
Le soleil se couche, Verne.
Et l'eau?
D'accord, Cambreau, donne-nous notre part.
Si le baril est perc�, il peut contenir de l'eau sal�.
Donne-le-moi, je vais en go�ter un peu.
On ferait mieux de tirer au sort. Si tu prends une gorg�e d'eau sal�e,
ta soif sera mille fois plus forte.
�a voudrait dire... Dis-lui, Hessler.
La langue gonfle jusqu'� sortir de la bouche.
Ce n'est pas une fa�on tr�s agr�able de mourir.
On peut go�ter l'eau sans l'avaler.
Nos palais ne peuvent plus go�ter quoi que ce soit.
Tu ne pourrais pas faire la diff�rence sans avaler l'eau.
Un seul homme devra le faire. Comment tirons-nous au sort?
Voici quatre bandes.
Celui qui tire la plus longue boit l'eau.
Pourquoi quatre bandes? Nous sommes cinq sur le bateau.
Il n'y a que quatre hommes, Julie.
Mais nous buvons tous les cinq. Je ne veux pas de traitement de faveur.
Tenez, ajoutez �a � votre collection.
Choisissez.
Il ne reste que vous et moi, hein, poup�e?
Et l'une de celles-ci est la longue bande.
Pas de chance, Verne, je pr�f�re les blagues les plus courtes.
Tenez, si je perds, �a vous conduira � Marseille. Saluez les filles pour moi.
Donc, la langue gonfle jusqu'� ce qu'on �touffe.
- �a te dit, Moll? - Qu'est-ce que tu attends?
- Tu n'as pas peur? - Peut-�tre. On n'aime pas mourir.
Vous non plus, hein, poup�e?
Prenez-en une.
- Allez, Moll, prends la barre. - Attends un peu, reste assis.
On ne va pas te demander d'aller la chercher toi-m�me.
Reste assis, je te l'apporte.
Un peu d'eau. Peut-�tre bonne et peut-�tre mauvaise.
Jusqu'� pr�sent, tu as eu de la chance.
- Tu te trouves chanceux, � pr�sent? - Donne-moi �a.
T'es press�? Impatient de la sentir couler dans ta gorge?
Elle sera peut-�tre fra�che ou peut-�tre sal�e,
elle te piquera et te br�lera, puis tu resteras l�,
� attendre le vieil homme � la barbe.
Tu connais le vieil homme � la barbe, hein, Verne?
II a toujours �t� sur le bateau avec nous.
Il a pris Flaubert et le petit.
Il aurait pu attendre un peu, pour le petit, par contre,
mais je pense que c'est normal.
Peu de gens s'int�ressaient � lui, � part moi.
Il n'avait pas ce dont un homme a besoin dans ce monde, ce que tu as, Verne.
Il n'�tait pas aussi fort. Il n'avait pas tes tripes.
Il n'avait pas grand-chose. C'�tait un gentil petit gars, c'est tout.
Je lui aurais manqu�, si j'�tais mort avant lui,
comme tu manqueras � la fille, une fois parti.
Pourquoi devrait-on lui faire subir �a?
Tu n'en auras plus besoin.
Cambreau, je veux �tre m�ritant,
mais toute ma vie, j'ai fait le mal.
�a servirait � quelque chose de l'admettre maintenant?
Si un homme venait te dire qu'il a eu tort et que tu voyais qu'il regrette,
que ferais-tu?
�a me suffit.
J'ai �t� le plus grand imb�cile du monde, jusqu'� aujourd'hui, non?
Comment �a va, Julie?
Rien de mieux qu'un voyage en bateau pour avoir de belles boucles.
Je dois �tre affreuse.
Cambreau, dites-moi. Comment faites-vous pour tout savoir?
C'est comme si vous regardiez dans une boule de cristal,
et que vous saviez tout sur le vent, l'eau et les hommes.
Et vous avez r�ussi � tous les toucher, avant qu'ils ne meurent.
Non, c'est eux qui ont touch� leur propre coeur.
Et maintenant, je risque de mourir
et vous voulez que je vous croie, moi aussi?
Je ne pense pas que vous allez mourir avant longtemps.
Alors pourquoi me tourner autour?
Vous m'avez demand� de venir.
Et vous avez saut� sur l'occasion.
Vous avez pens� que mon coeur noir �tait peut-�tre devenu blanc pendant la nuit,
et que je voulais �tre pardonn�e.
Que je me mettrais � parler des ann�es pass�es
� me malmener jusqu'� ce que je sois totalement perdue,
et que je dirais: '"Cambreau, venez me trouver
"et aidez-moi � tout recommencer de z�ro."
Mais je ne suis pas stupide.
Vous me voyez peut-�tre avec un travail,
et une chambre pour moi toute seule?
Vous voyez un homme qui me salue parce que je suis assez bien pour cela?
J'ai v�cu � ma mani�re, laissez-moi mourir � ma mani�re.
Si vous m'aviez dit tout �a, vous m'auriez dit quelle place a Verne.
Votre boule de cristal dit tout, hein?
Je devrais vous mentir et dire: '"On se fiche de ce qui arrive � Verne."
Mais vous sauriez la v�rit�.
Vous sauriez que j'aurais envie de plein de choses si Verne �tait l�.
Mais il faudrait qu'il veuille les m�mes choses.
Je ne peux pas parler � sa place.
Personne ne peut rien pour cet homme, � part prier,
et je ne sais pas prier.
C'est �tonnant que vous disiez cela.
C'est pourtant ce que vous faites depuis tout � l'heure.
Cambreau, pourquoi faites-vous cela?
Verne. Verne, il affale les voiles.
Cambreau, hisse les voiles. Qu'essaies-tu de faire?
On approche du continent. Ils nous attendent s�rement.
On devrait mettre en panne et accoster discr�tement ce soir.
Quoi?
On est pr�s du continent?
H�, poup�e. Poup�e, on a r�ussi.
On les a eus!
Les chiens, on les a eus.
Bon, abandonnez le bateau.
Et Moll? On ne peut pas le laisser ici.
Pourquoi �a?
Ils vont voir le bateau et le trouver.
C'est ce que Verne veut qu'ils fassent.
- N'est-ce pas, Verne? - Oui.
- Qui est-ce? - Un ami. Ouvrez la porte.
J'en veux.
Tenez. Doucement, petite. Ne buvez pas tout d'un coup.
Voil�. �a suffit pour l'instant.
O� croyez-vous aller?
- Pourquoi? Je croyais... - Vous vous trompez.
Mettez � manger sur la table.
Vous avez entendu? Toute la nourriture que vous pourrez prendre.
On s'en est sortis. On est arriv�s en vie.
On est arriv�s,
ensuite on ira � Marseille, � Paris, o� vous voudrez, poup�e.
Parce que j'ai tout pr�vu pour nous.
Votre rago�t �tait vraiment d�licieux.
Que savez-vous faire d'autre? Vous savez naviguer?
Oui, monsieur, mais je n'ai pas de bateau.
Non?
Hessler. O� as-tu mis le rasoir?
Ici.
Mon bateau est tout petit, seulement 18 m�tres.
C'est No�I ou quoi?
De la nourriture, des v�tements, un bateau et un capitaine. Que demander de plus?
Nous vous paierons pour le bateau et pour vos services.
Rien ne vaut l'honn�tet�, hein, Cambreau?
Qui �tes-vous donc, monsieur? Si vous avez des ennuis, je...
Comme les lys des champs, on ne travaille ni ne file.
Le moment me semble venu de partir.
M�me en pleine nuit, dans cette ville, une femme doit m'attendre,
une femme seule et fortun�e.
Tu vas de nouveau faire des tiennes, mon ami?
'"P lais-toi au pauvre m�tier que tu as appris, et sache t'en contenter."
Marc-Aur�le, Verne, un homme sage, lui aussi.
Cambreau, j'esp�re que tu auras plus de chance avec Verne qu'avec moi.
Tu sais que tes chances de me ramener au troupeau �taient limit�es,
parce que je n'ai rien d'un mouton.
Et toi, ce sont les moutons qui t'int�ressent, hein?
Nous nous reverrons peut-�tre.
Non, Hessler. Je crains que nous ne nous revoyions jamais.
Sois en reconnaissant.
Sans une d�faite de temps en temps, les victoires sont vides de sens.
Messieurs.
Non.
Pr�parez le bateau, le boiteux. On part bient�t.
D'accord, monsieur, mais une temp�te se pr�pare.
Quelle temp�te? Ce n'est qu'un bon coup de vent.
- Il nous fera avancer. Allez-y. - Oui, monsieur.
- Comment s'appelle votre bateau? - Le Dauphin.
Il est ancr� dans la crique.
Comment savoir s'il ne va pas nous d�noncer?
- Je peux le suivre. - Et qui te suivra?
Je reviendrai, Verne.
- Sortez de l�, je veux vous parler. - Je suis occup�e.
J'ai dit, sortez de l�.
C'est ici que l'on va faire des choix, hein, poup�e?
H�, c'est mieux comme �a, non?
- Vous �tes divin. - Venez ici.
- Qui est un rat, poup�e? - C'est vous.
Mais je vous conviens quand m�me? Ici.
Il faut �tre toqu�e pour me suivre, non?
Qu'avez-vous � y gagner? Ce serait choisir une vie difficile.
Vous ne pouvez pas voyager comme �a, si?
C'est peut-�tre vrai.
Mais vous me rendrez service en me tra�nant partout avec vous?
- D'�gout en �gout. - Mais sur de beaux coussins.
Si je veux quelque chose, je le demanderai et vous me le volerez.
Mais rien de ce que je veux ne peut �tre vol�.
Alors, nous y voil�.
Si je disais: '"Ch�rie, d�s qu'on sera � Cuba,
"on se mariera et on vivra une vie honn�te."
�a vous dirait bien, hein?
Pas venant de vous, parce que vous ne le diriez pas.
Mais si je le disais? Si je vantais la petite maison au bord de la route
- avec les enfants jouant au soleil? - Vous plaisantez.
Je plaisante. D'o� sortez-vous �a, c'est une id�e de Cambreau?
J'ai peut-�tre trouv� �a toute seule.
Maintenant, tout va changer.
Oui. Et vous savez pourquoi?
Parce que j'ai vu mourir des voleurs, comme vous, corrompus comme moi,
mais quand leur heure a sonn�, ils ont re�u une chose
qu'ils n'avaient jamais eue, quelque chose de pr�cieux.
Quoi que ce soit, je ne veux pas attendre pour l'avoir. Je la veux maintenant.
Super, tant que �a correspond � ce que j'ai en t�te.
Quand on voyage, on voyage � ma fa�on.
Qu'est-ce qui vous fait croire que je vais vous suivre?
Parce que vous �tes coinc�e, petite.
Menteur. Je ne veux plus vous voir. Je d�teste tout ce que vous repr�sentez.
Et m�me si je vous aimais � en mourir,
si je savais que vous me hanteriez � vie,
je ne voudrais pas de vous.
J'esp�re qu'ils vous remettront � votre place, en prison.
Vous serez mieux l�-bas que libre, � faire ce que vous voulez.
Le monde entier se portera mieux sans vous
C'est comme �a, poup�e, qu'y pouvons-nous?
- J'ai du mal � y croire. - C'est assez clair.
Le baril �tait plein d'eau de mer, ils sont morts de soif.
Et ce Moll a �t� le dernier � mourir.
J'aurais pari� que Verne aurait surv�cu aux autres.
Sauf s'il est mort poignard� dans le dos.
C'est possible, et c'est dommage.
C'�tait le seul qui valait la peine d'�tre sauv�.
Nous ferions mieux de retourner � la colonie.
- Le bateau, l�-bas, vous y travaillez? - Non.
Personne ne peut en d�barquer ce soir.
Il part pour l'A m�rique � l'aube.
Vous croyez qu'ils prendraient une passag�re?
- Comment puis-je y embarquer? - Dans un coup de vent ascendant?
Vous pouvez engager quelqu'un pour vous aider, mais pas moi.
Bonsoir, Julie.
- Que faites-vous ici? - Je peux te poser la m�me question.
O� devrais-je �tre?
Je pars en Am�rique. Le bateau part demain matin.
- L'A m�rique est si loin. - Loin de quoi?
Qui sait?
Peut-�tre que si tu retournais � la colonie, tu serais tr�s heureuse,
si on pouvait arranger �a, et je crois qu'on peut.
Depuis qu'on a discut�, certains changements pourraient...
Pourraient augmenter mon influence sur certaines personnes.
Vous pouvez d�guiser vos paroles, votre proposition reste la m�me.
Tu pourrais plus mal tomber, avec un homme comme Verne, par exemple.
Quoi, Verne?
II s'est enfui avec d'autres d�tenus. Grideau et moi sommes venus le chercher
quand il est arriv� ici.
- Vous l'avez pris? - Non. Il semble �tre mort en mer,
c'est ce que croit Grideau, en tout cas.
Mais pas vous.
Verne est un malin.
Il a quelque chose que j'aimerais avoir.
C'est joli, hein, Julie?
Oui, tr�s. Vous seriez mignon tout plein dans la noire.
Y a-t-il une autre issue que cette porte?
La ruelle, au coin, l�-bas.
Le monde est petit, hein? Apr�s quoi courez-vous?
On le sait tous les deux. Et il est temps d'en venir aux faits.
Il y a pire que de fr�quenter un porc comme moi, Julie.
Par exemple, tu pourrais regarder un homme qui te pla�t
�tre traqu� et ramen� au bout d'une cha�ne.
Vous l'avez traqu�, d'accord. Voyons si vous le ram�nerez. Allez-y.
Je suis malin. J'ai une autre solution. Grideau ne le laissera pas repartir.
Mais si je repars avec vous, vous ne direz rien � Grideau? C'est moi ou Verne?
Alors, prenez-le. Allez pr�venir Grideau.
Quant � aller o� que ce soit avec vous, je choisis encore mes caniveaux.
Attendez. Pig, attendez.
Donnez-moi juste cinq minutes.
Cinq minutes pour m'assurer qu'il est sauf, et d�s qu'il sera parti, je vous suivrai.
Ce serait plus simple qu'on parte ensemble maintenant.
Non, je veux le voir partir, je veux �tre s�re.
Tu ne me fais pas confiance?
Quand vous l'aurez vu partir, venez me chercher. Je vous attendrai.
Vous revoil�, poup�e. Content de vous revoir.
Je suis revenue vous dire de partir.
- Grideau est ici. - Grideau? Un type sympa.
Q'avait-il � dire?
Je ne lui ai pas parl�.
Je ne l'ai m�me pas vu.
Non? Comment savez-vous qu'il est ici? Vous avez parl� � quelqu'un d'autre.
Ne posez pas toutes ces questions. Partez, c'est tout.
Une temp�te approche, on ne sait jamais.
Vous avez raison, on ne sait jamais.
- Allons-y. - Je ne viens pas avec vous, Verne.
Je vous l'ai d�j� dit et j'�tais s�rieuse.
Je croyais que vous aviez chang� d'avis.
Un cargo part pour l'A m�rique demain matin, et je vais le prendre.
D'accord, si c'est ce que vous voulez.
Oui. Oui, c'est ce que je veux.
Ne restez pas plus longtemps ici. Chaque minute compte. Partez.
Oui. Vous avez raison, petite. Je vais me d�p�cher.
Grideau est un malin. Il ne veut pas me rater, cette fois.
Je ne serais pas �tonn� s'il offrait une r�compense.
Une grosse r�compense.
Assez grosse pour acheter votre voyage en Am�rique sur un cargo.
Mais on peut vous faire confiance.
Au revoir, poup�e.
- Verne. - Oui?
Embrassez-moi.
�a attendra qu'on se revoie.
Julie.
Je t'ach�terai un nouveau manteau demain matin.
Un manteau en peau de porc. Ainsi, Grideau aura deux porcs.
Je ne lui ai rien dit. Je vous le jure.
Menteuse. Vous l'avez amen� ici.
Vous m'avez vendu comme vous l'avez fait sur l'�le
pour vous �viter des ennuis.
Croyez ce que vous voulez. Mais partez.
Partez avant qu'il soit trop tard. Je pense � vous.
Oui, tr�s mignon. Vous avez un sacr� don d'actrice.
Je vous ai fait confiance, jusqu'� ce que
je vous voie par la fen�tre.
Je n'allais pas te d�noncer, Verne.
Bien jou� de la part d'une dame d'amener un homme
� ne plus rien voir d'autre au monde qu'elle.
J'aurais fait n'importe quoi pour vous.
J'aurais continu� � voler ou je serais devenu honn�te,
si c'�tait ce que vous vouliez. Qu'en pensez-vous?
C'est tout ce que je voulais entendre.
Pourquoi avoir attendu pour me le dire,
alors que vous devez partir?
Elle a raison. Si tu pars, ils ne te retrouveront pas.
Dis-moi, Pig, o� est Grideau?
II arrive? Ou est-ce qu'il m'attend � la crique?
Verne, je n'ai parl� � personne. Pour quoi faire?
Verne, c'est la v�rit�. Il n'a rien dit � personne.
Si je le laisse partir, que croyez-vous qu'il fera?
Tu as fait une erreur.
Cette fois encore, tu aurais d� me balancer.
Partez maintenant, et vous pourrez prendre ce cargo.
- C'est ce que je vais faire. - Mais restez et vous le sauverez.
- Pig, pour quoi faire? - Non, pas Pig. Verne.
Verne, idiot. L�chez-le.
Vous m'avez entendue? L�chez-le.
C'est comme �a, alors?
Quand une femme provoque une bagarre, elle se met du c�t� de son homme.
Donnez-moi �a.
Soudain, les choses semblent diff�rentes.
Allez pr�s de lui, que je voie � quoi vous ressemblez.
Allez-y. Il est l�, Julie. Prenez-le. Il est � vous.
C'est ce que vous voulez, non? Oui ou non?
Oui, c'est �a.
Alors, vous l'avez. Maintenant, partez, tous les deux.
Allez, du balai.
- Au revoir, Cambreau. - On se reverra, Julie.
Bien s�r, elle a toujours d�test� Pig.
Elle a suivi Marfeu plut�t que de le suivre.
Et elle pr�f�re partir avec lui qu'avec moi.
Qu'est-ce que tu en penses, toi?
C'est ce que ferait une femme amoureuse.
Je comprends. Tu as tout compris gr�ce � ton livre.
Elle a jou� la com�die avec Cochon pour moi,
pour que je ne le cogne pas.
Maintenant elle va rentrer, l'�pouser
pour qu'il ne me d�nonce pas? Magnifique.
Mets de la musique, je vais chanter.
�a me semble possible.
Et si tu avais raison? Que puis-je faire?
Retourner dans des fosses � ours pour la sortir g�n�reusement du p�trin?
J'ai fait du chemin jusqu'ici. Je sors et je pars,
et si tu viens, c'est maintenant.
- Allez, montez dans le canot. - Mais la temp�te va souffler.
On devrait peut-�tre attendre demain matin.
Montez. Allez, Cambreau.
Descendez et d�marrez le moteur.
Pas mal. Suffisant pour emmener un homme o� il veut.
Partout dans le monde.
- Tu es un homme libre, on dirait. - Aussi libre qu'un autre.
Dans une semaine au plus, je serai � Cuba.
Je n'aurai pas besoin de me faire discret.
Tant que l'on me croit mort.
Pour Pig et Hessler, tu es en vie.
Hessler ne dira rien. Pig non plus. Julie l'en emp�chera.
Comment le sais-tu?
Elle t'a d�j� trahie.
Mais je sais que je peux compter sur elle pour ce genre de choses.
- Je ne vais pas m'inqui�ter. - Tu t'inqui�tes.
Toute ta vie, tu vas t'inqui�ter.
Jusqu'� ta mort, tu vas regretter de l'avoir donn�e � Pig.
Une autre de tes proph�ties minables?
Garde-les pour toi.
Je suis libre, crois-moi, et aucune femme ne peut s'en m�ler.
Je vais � Cuba et rien ne peut m'arr�ter.
Tu es solide, Verne, plus solide que Moll,
plus solide que la prison dont tu t'es �vad�,
plus solide que les chances qui �taient contre toi.
Qu'est-ce que tu veux dire?
Tu as tout ce que tu voulais.
Tu peux faire ce que tu veux, aller o� tu veux.
Tu te suffis � toi-m�me. Tu n'as besoin de rien.
Tu n'as pas besoin de moi. Je ne sers � rien.
Il y a quelque chose que je peux faire pour quelqu'un d'autre, si je reste.
Tu ne ferais pas quelque chose pour toi?
Comme par exemple, parler � Grideau?
Je ne veux rien de Grideau. Et il y a d'autres personnes � qui parler,
comme � Telez, Flaubert et Dufond.
Tu les as envoy�s au ciel avec un sourire et une pri�re.
Tu crois toujours qu'il est utile de prier?
�a peut aider un peu.
Alors, tu ferais bien de prier tout de suite.
L�ve les mains, ferme les yeux et mets-y tout ton coeur.
Est-ce que c'est assez clair?
Un seul homme sait que je suis vivant,
et pourrait le dire, � part toi.
Je compte sur une femme pour l'obliger � se taire,
- mais qui va te faire taire? - Toi, on dirait.
Mais que feras-tu, quand je serai parti?
Tu auras jet� tout ce qui est pr�cieux,
ta chance de vivre comme les autres,
une femme qui t'aime et ton dernier ami.
- Que te restera-t-il? - Ce que j'ai toujours eu.
Ce dont un homme a besoin pour rester debout sans qu'on l'aide.
- C'est quoi, Verne? - Peu importe, je l'ai.
Et c'est gr�ce � �a que je vais partir.
Tu peux venir ou tu peux rester ici.
Je reste ici. Je ne peux pas venir avec toi.
Qu'attends-tu, alors? �a ne devrait pas �tre difficile.
Jette-moi � la mer et tout sera fini.
- C'est assez simple, si tu peux le faire. - Si je peux le faire?
- De quoi aurais-je peur? - De toi-m�me, peut-�tre,
ou de ce qui arrive � un homme apr�s en avoir tu� un autre.
- Tu me cherches. - Alors vas-y, tue-moi.
O� n'as-tu pas ce qu'il faut pour me tuer?
Que crois-tu que j'ai, Cambreau? C'est toi qui l'as cherch�!
Tu l'as cherch� et tu l'as trouv�.
Vous ne pouvez pas le laisser se noyer. Sauvez-le.
Pourquoi? Allez remonter l'ancre.
- Puis prenez la barre et allez vers le nord. - Verne!
Je ne tiens plus!
Je ne t'entends pas me supplier.
Tu as raison d'�conomiser ton souffle. Tu n'attends rien de moi.
Qu'ai-je � donner? Verne, le rebut du genre humain.
C'est de l�-haut que tu obtiendras de l'aide.
Tu n'as pas � t'inqui�ter.
Chante des pri�res, d�tends-toi, et attends que l'eau s'ass�che.
Accomplis un miracle, Cambreau.
Personne ne peut le sauver, � part vous.
Tu as entendu?
Tu l'as entendu, Cambreau? Au Ciel ou sur Terre,
dans tout le monde, personne ne peut te sauver, sauf moi.
Alors c'est � moi que tu dois adresser tes pri�res.
Je suis le seul dieu auquel tu peux avoir recours, je suis le temple.
Tu avais raison en disant que Dieu �tait en moi. Il est en chacun de nous.
Le boiteux est Dieu. Je suis Dieu. Tu es...
Tu es...
Cambreau!
Cambreau!
Cambreau. Cambreau.
C'est inutile, il est mort.
Il l'avait pr�vu.
Je comprends tout, maintenant. Tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a dit,
il avait tout pr�vu jusqu'� la fin.
Tu es un cr�tin de faire ce genre de choses pour des rats tels que moi.
Monsieur.
Vous �tes fou. Grideau est sur ce bateau. Il va vous voir.
S'il me voit, il me prendra, n'est-ce pas?
Je vous croyais en route pour Cuba.
�a ne me plaisait pas que vous partiez avec Pig.
Pourquoi donc?
On va se marier et je suis s�re qu'on sera tr�s heureux.
Ou peut-�tre que vous ne le serez pas.
Votre punition serait trop grande pour un type comme moi.
- Cambreau vous a parl�. - Cambreau ne marche pas comme �a.
Mais j'ai tout bien regard� et le r�sultat est l�.
- Poup�e, c'est moi, hein? - �a a toujours �t� vous.
Je m'en doutais.
Verne, vous en �tes s�r? C'est ce que vous voulez?
- C'est la meilleure mani�re, non? - Je le sais.
Le meilleur sera toujours assez bon pour nous.
Bonjour, Verne.
- Quand partons-nous? - D'un instant � l'autre, maintenant.
Tu as trouv� quelque chose de plus fort que toi, finalement.
Oui, on dirait bien. O� avez-vous trouv� cette robe?
Je l'ai achet�e avec ce que vous m'avez donn�.
- Qu'est-ce que �a peut vous faire? - C'est bon.
Voil� ce qu'il faut pour me garder sur l'�le.
La jungle ou l'oc�an, c'est trop facile
- il faut un truc difficile, comme elle. - Mais qui vaut le coup d'attendre?
- Tant qu'il le faudra. - Il ne vous parlait pas.
Et c'est moi qui vais attendre, pas vous.
- On peut rester libres sur le bateau? - D'accord. Je me fais encore avoir?
D'apr�s vous?
- Il ne va pas le regretter? - Non, p�cheur.
Et tout ira bien pour eux, un jour?
Tout va bien, maintenant.
Au revoir, mon ami.
Au revoir, monsieur.
Fin
French
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