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- Stop.
Porte un fanal au bosco sur la cale 3.
- Bien, commandant.
- Angelotti, ça vient? - Voilà.
- Va accrocher ta lumière sur le taquet.
- Vous voulez les voir, commandant ?
- Merci.
- On ouvre la cale 4.
- On charge ? - Des juifs pour la Palestine.
- Ils tiennent pas en place. - Personne n'en veut, ils s'en vont.
- Bonjour. - Salut.
- Ho, Pani ! - Ciao, Bouscat !
- Merci, mon Dieu.
- N'aie pas peur.
- N'ayez pas peur. Descendez.
Allez, vite.
- Il manque quarante mille.
- Deux absents. - Ils ont annulé ?
- Clamsés. - Ils t'avaient payé avant.
- Pas moi. L'agence.
- Pouah ! Tu aimes trop le fric. - Vous crachez pas dessus.
Nous sommes du même bord.
Mais vous vous prenez pour un monsieur, et pas moi.
- En cas de coup dur, c'est pas toi qui boiras la tasse.
Fous le camp. - Sans rancune, Bouscat.
Bonne brise.
- Tu vas revoir ta maman. Descends. - Maman !
- Au suivant !
- Maman !
- N'ayez pas peur, madame.
Allez par là.
- Quoi ?
- Maman ! - Veille la môme.
- Maman !
- Qu'est-ce qu'elle a, cette petite ?
- Attention, en dessous !
- Di mashin.
- Parler Pologne ? Allemand ? - Non. Non.
- English ? - A little.
- My wife is ill, she's expecting a baby.
- One moment.
Qu'est-ce que vous foutez là ? Sortez, et vite !
Passez par là.
- Il restait du rosbif de ce soir ? - Je crois pas.
- Tu as amené de quoi lire. - Je pourrai vous les repasser.
C'est plein de pin-up. - T'as besoin de ça, à ton âge ?
- Activez. A gauche.
- Qu'est-ce que c'est ? - J'aimerais le savoir.
- D'où ils sortent? - Je les ai pêchés dans la cale 4.
- Bon Dieu ! On avait besoin de ça. Qu'est-ce que vous foutez là ?
Ton nom ? Fais voir tes papiers.
- J'en ai pas.
- Tu as bien un nom. Bravo pour vos clandestins, Pascal.
- Quand êtes-vous montés ? - La nuit.
- Bravo, M. Pascal.
Où était votre homme de coupée ?
Il ronflait, il cuvait ?
Et tous les voyous du Vieux Port embarquent !
Ça va faire bien sur le livre de bord.
Et toi, ni nom ni papiers ?
- Soyez poli avec mademoiselle. - Je t'en foutrais...
Quand je parle, on la boucle, je suis le commandant.
- Alors, posez pas de questions !
- Pas besoin de mentir.
Y a qu'à vous regarder pour comprendre.
Avec quel argent vous êtes-vous sauvés ?
Hein ?
Et vos parents ?
Vous vous en foutez qu'ils s'inquiètent ?
Mais la vie, c'est pas un roman. Ça va vous coûter cher,
votre lune de miel ! - Vous allez pas nous renvoyer ?
- On va vous ramener au port, en fanfare ! Et quoi encore ?
Par exemple.
Bon... Vous vous appelez Robert Desgrieux,
n'est-ce pas ? Et elle ?
- Manon. - Manon comment ?
- Lescaut.
- Votre canard en parle ? - Non.
- Contactez Marseille.
Notez : "Police centrale... - Non, commandant !
- Je vais me gêner. "Signale présence Desgrieux,
"embarqué clandestinement avec complice, Manon."
- Mais elle est pas dans le coup ! - Silence.
"Stop. Remettrai fugitifs à police à Alexandrie. Stop."
Signé Bouscat, etc. Avec accusé de réception.
- Monsieur, je vous en supplie.
Si vous saviez...
- Nous savons. Débarrasse-moi de lui.
- Dans le poste ? - Non, au frigo.
Il relèvera le graisseur. - En route.
- Robert, ne me laisse pas. - Ils nous auront pas !
- Vous n'avez rien à me dire ? - T'as baissé d'un degré.
Attention au boulot, ou tu feras ballon de soupe.
Entrez.
Encore vous ? Vous avez l'argent ?
- Où voulez-vous que j'en trouve ? - Alors pas de clé.
- Je vous en prie.
On va bientôt arriver. Ils vont nous séparer.
Donnez-moi encore cette nuit. - A l’œil ?
- Je le reverrai plus.
Vous avez été si gentil.
Moi aussi, je peux être gentille.
- Chérie, va...
Débine-toi, fauchée !
- Maudit temps !
- Si ça ne mollit pas, on n'arrivera pas avant le jour.
- On prévient les émigrants ? - Non.
Ils nous embêteraient pendant quatre heures.
- Trois heures. On file huit nœuds.
- Non. Sept. - Huit !
J'ai relevé moi-même le loch.
- Oui, enfin... Je vais voir ça moi-même.
- Ne reste pas là, mon amour. Tu vas prendre mal.
- Je veux rester avec toi.
- Tu es trempée. Rentre à l'abri.
- Mais je ne veux pas.
Je t'aime, Robert. Tu le sais.
- Bon Dieu ! Que vas-tu faire, toute seule, sans argent ?
Pourquoi lui as-tu tout donné ? - Pour te voir, te toucher.
J'aurais donné n'importe quoi pour cette clé.
Il voulait de l'argent.
Il m'a tout pris. - Qui ?
- Vous êtes là ?
- Qui vous a tout pris ?
- Le médecin chef. - Venez. Suivez-moi.
Allez, allez. - Non !
- Manon ! - Robert !
- Commandant ! Commandant !
- Tout y est ?
Nous en parlerons plus tard. Vous pouvez disposer.
- Merci, commandant. - J'aime mieux ça.
Tu pourras prendre une cabine.
- Sois pas bête.
Je te quitterai pas. - Il faudra bien.
- Je me tuerai. - Allons. A votre âge.
- Avec tout ce qu'on a vu, on est déjà vieux.
- Je comprends pas. Vous avez pas l'air d'un assassin.
- Ni vous
d'un marchand de viande !
Il maquereaute les juifs ! - Non. J'ai pitié d'eux.
- Alors ayez pitié de nous. Laissez-nous partir avec eux.
- Ils n'ont rien fait, eux. - Nous non plus.
- Mais... vous vous rendez pas compte ?
C'est grave de tuer un homme. - Ça dépend quand.
J'ai fait la guerre. - A votre âge ?
- Dans le maquis. Je croyais à un tas de trucs.
J'étais pur.
Pourtant, on a été formés de bonne heure.
Au lycée, on faisait du marché noir.
- Tes parents ? - Mon père était en Angleterre.
Ma mère pleurait. Elle avait peur de tout.
Des Allemands, des filles...
Des filles... A dix-neuf ans, j'en avais déjà soupé.
J'avais envie de danger. Je suis allé me battre.
Si j'étais resté à Clermont à vendre du tabac,
j'en serais pas là !
Croyez-moi si vous voulez, je regrette rien.
Parce que sans ça, j'aurais pas connu Manon.
- Dans le maquis ? - Tais-toi, Bob.
- Quoi ? T'as honte maintenant ?
Non, commandant. Dans une petite ville de Normandie.
Un jour, on marchait avec les Américains. Ça cavalait.
Ils allaient devant,
on nettoyait les rues.
Je l'ai eu !
- Venez !
Ben, mon vieux !
Tiens. Passe ton fusil. - Merci, mon lieutenant.
- On y va.
- Laissez-moi partir.
Laissez-moi partir !
- Un coup de tondeuse, ça lui fera du bien !
Je regrette que la mère soit pas là pour lui en faire autant !
- Elle paiera pour les autres.
- Ton père serait pas fier. - Crâne tondu...
- On va te le polir. - Passe la tondeuse.
- A moi. - Ecrase.
- Vous êtes cinglés ? - De quoi tu te mêles ?
- Elle a fait quoi ?
- Elle a cavalé avec les frisés. - C'est pas vrai.
Tout le monde m'en veut.
- Silence, bon Dieu !
Vous allez la fermer, oui ? Est-ce qu'elle a vendu des Français ?
- C'est à voir.
Leur bistrot était
plein de fritz. - Où est ta mère ?
- Je sais pas.
- Et votre père ?
- Prisonnier.
- Quand il reviendra... - A la tondeuse !
- Vos gueules !
Les otages.
- Ils les ont fusillés avant de partir.
- Elle mérite une correction. - Elle en mourra pas.
C'est pas grave.
- Si. Tout est grave.
Lâchez-la. Si elle a mal fait, elle sera punie.
- Quoi ? - Elle a droit à la justice.
Garde-la à l'église jusqu'à ce soir.
- Je lâche pas les copains. - Discute pas.
- Attention, c'est une mauvaise bête, la Manon. Elle est maligne.
- Il faut que je vous remercie. - De quoi ?
- De m'avoir sauvée.
Sans vous, je serais morte. - N'exagérons rien.
- Si. Je me serais tuée.
J'aurais pas pu vivre après ça. - Fallait réfléchir.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?
Les frisés venaient tous les soirs au café.
Alors je leur causais, un peu. - Et vous alliez danser ?
- Non ! J'allais pas les emmener chez un concurrent.
On a installé un pick-up. - Vous n'avez pas honte ?
- Ils étaient pas méchants.
- C'est par amitié qu'ils ont tué dix personnes avant de partir ?
Et puis il y avait les camps. - Quels camps ?
- La BBC en a parlé.
- Oh moi, la politique...
- Vous comprenez rien ?
On vous fera comprendre.
- La guerre rend les hommes mauvais.
J'aurais préféré que les Américains arrivent en premier.
- Petite garce !
- Laissez-moi partir.
Salaud. Salaud !
Vous me faites mal.
- Bien fait.
Vous resterez tranquille ? - Bien sûr.
- Tu me paieras ça, toi.
- Ça va. Je me rends.
- Recommencez
et je vous attache.
- Ça y est, ma robe est déchirée. Espèce de lâche.
Je vous ai griffé ?
Je l'ai pas fait exprès. - Vous faites rien exprès.
- Comment vous appelez-vous ? - Ça vous regarde ?
- Oh, non.
Moi, c'est Manon. - Je m'en fiche.
Arrêtez de me parler. Vous êtes ma prisonnière !
- Tu l'as vue, la tondue !
Tu l'as vue, la tondue !
- Regardez pas. C'est pas beau à voir.
Vivement qu'on quitte ce bled. - C'est partout pareil.
Laissez-moi partir. - Ça va pas ?
- Je recommencerai pas.
- Vous ne pourrez pas. C'est réglé.
Ils sont partis, vos copains.
- J'irai en prison ? - Sûrement.
- Ça me fera rien comprendre ! Ça me rendra laide et méchante.
Vous me trouvez jolie ? - Oui. Et alors ?
- Laissez-moi partir. - Je vois pas le rapport.
- Où m'emmènerez-vous ? - Au chef-lieu, sûrement.
- Ça nous fera une petite balade ensemble.
La première.
Et... on ne se reverra plus.
Jamais. - Planquez-vous.
- Section, halte !
- Tout est nettoyé. En route.
Où est la petite ?
- Partie. - Tu l'as pas empêchée ?
- Je l'ai laissé partir. - Exprès ?
T'as fait ça, toi ? Pourquoi ? T'es devenu fou ?
- Peut-être. - Ça se passera pas comme ça.
Allez. Rends-moi ta pétoire.
Allez, allez.
- On la repincera. Salut. - Ménard ? Je fais quoi ?
- Je m'en fous. Tu verras ça avec le commandant.
- Merci.
- Je vous en prie.
- Pourquoi avez-vous fait ça ? - Je sais pas.
- Que va-t-il vous arriver ?
- Soyez tranquille, on me fusillera pas.
Je ferai de la taule, sûrement.
Mais j'ai perdu un copain.
- Vous avez gagné une amie. C'est pas mieux ?
Comment vous appelez-vous ? - Robert Desgrieux.
- Robert...
Si je vous dégoûte pas trop...
Embrasse-moi.
Je crois que je t'aime.
- Moi aussi.
- Ça alors !
- Ben oui.
- C'est formidable.
- On va être heureux, tu sais.
On se quittera plus. - Si c'était possible...
- Qu'est-ce qui nous en empêche ? - Tout, chéri.
On va partir chacun de son côté. - Tu vas t'en aller ?
- A Paris.
J'ai mon frère là-bas, il m'aidera.
Je vais tâcher de le rejoindre, cette nuit.
- Toute seule ? Non ! - Je resterai pas ici.
- Je te laisse pas partir. Attends. - Robert !
Où vas-tu ? Reste. - Je reviens, mon chéri.
Attends-moi.
- Robert !
- Bob ? Ménard te cherche partout. - Je sais. Je l'ai vu.
- Je crois que voilà notre affaire.
Je crève de faim. Pas toi ? - Je sais pas.
J'ai trop sommeil.
- Y a quelqu'un ?
Y a quelqu'un ?
- On n'entend rien.
Comme si y avait plus de guerre.
Y a plus personne. Rien que nous deux.
- Ouvrez !
Ils sont partis.
- Y a plus de courant.
Allons voir à la cuisine. - J'ai plus faim.
Tu veux t'allonger ? - J'ai plus sommeil.
- C'est drôle. Ce matin, on s'était jamais vus,
et nous voilà,
ensemble dans une chambre.
- Comme de jeunes mariés. - Blague pas, Manon.
On se mariera. - Avec un voile blanc ?
- Bien sûr. - Chic, alors !
Dis donc, Robert...
Je voudrais te dire...
Tu sais, c'est la première fois.
- Première fois ?
- Que je suis avec un garçon, seule dans une chambre.
Tu me crois ?
Dis-le-moi, dis vite. - Je te crois.
- Les autres auraient bien voulu.
Ils me tripotaient, ils savaient rien dire.
Toi, tu sais.
Dis-moi encore une fois que tu m'aimes.
- C'est plus fort que les mots.
Si tu savais...
- Je sais, va.
Moi aussi, j'ai envie de toi.
- Tu es à moi.
- Puisque je suis ta femme.
- Il fait beau là-haut ? - Y en a marre, trois jours sur le toit.
- Ils ont plus que le Luxembourg. - Ça barde au Bois de Boulogne.
- On manque de monde.
- On les aura, les fritz. - Tu viens, mon pote ?
- Pas aujourd'hui.
- C'est bien, ici. C'est riche.
- Ton frère y habite bien ? - Je sais plus. Demande.
- Monsieur Lescaut, s'il-vous-plaît ? - Appartement 17, au troisième.
Prenez l'ascenseur, il remarche.
Attendez une seconde. Je vous annonce.
Allô ?
- Allô, oui. Quoi ?
Bien sûr. Tout de suite.
C'est marrant, ça. - Quoi ?
- Ma sœur se pointe. - Ta sœur ?
- Et elle est bath. Ferme ton peignoir.
Ah ! Pour une surprise...
- Bonjour, Léon. - Ça fait plaisir.
Aie pas peur, c'est des amis.
- Je suis pas seule. - C'est pas maman ?
- Non. C'est mon fiancé.
- Quoi ? - Il est bien. Je te raconterai.
- Entrez donc, Monsieur Manon ! - Bonjour, monsieur.
- Entrez. On était en train de boire une bouteille.
C'est un beau jour.
Ça ne s'arrose jamais assez. - C'est ça.
On en reparlera dans six mois.
- Toujours à voir le mauvais côté. - C'est pas bon pour les affaires.
Espère un peu. - Les affaires...
Les gens vont quand même bouffer.
- On verra bien. A la santé des tourtereaux.
- Vous allez vous marier ? - J'espère bien.
Je laisserais pas ma sœur avec un gigolo.
Où irez-vous ?
- Je sais pas. On est pas riches. - On a trente mille francs.
- Vous êtes pas fauchés !
Ils feront quinze jours, vos trente sacs.
Et en faisant gaffe. - Et alors ?
On n'est pas pour rester, hein ? - Non, bien sûr.
- Je préviens papa et on part à Clermont.
- Habitez donc ici. - On n'est pas assez riches.
- On serait si bien, ici. - Je m'en occupe.
Venez avec moi. Je connais les tauliers.
C'est encombré par la FFI, mais ça durera pas.
- Elle est chouette, sa frangine. - T'as pas honte ? Vieux cochon.
- Ma petite, toutes les femmes se couchent,
si on a le matelas.
- Il lui faut des habits. - Je n'ai rien à me mettre.
J'ai besoin de tout. - Sois raisonnable.
On est justes.
- Regardez ça si c'est joli.
- Ça ne te plaît pas ?
Ne pense pas qu'à l'argent. - Et ça se trouve.
- Y a qu'à se baisser.
Faut en gagner mais faut aussi savoir le dépenser.
Hein ? - Je veux bien apprendre.
- Avec moi, t'iras loin.
Si on me plaît, on regrette pas, hein ?
- Oh, ça va. - Fais-moi un sourire.
Elle te plaît ? Vendue, mademoiselle.
- "Sirène", dix-huit mille francs. - Le prix, je m'en fous.
Comment trouvez-vous ces pelures ? - Oh, ça me plaît.
- Votre préférée ? - Toutes.
Si j'étais riche... - Celle-là vous moulerait gentiment.
Je la prends aussi. Enlevez, c'est pesé.
- C'est trop beau ! - Voyons, Monsieur Paul...
- Faites pas le gamin.
Les femmes, il leur faut des nippes et de la rigolade.
- Manon ! Tiens-toi un peu.
Tu exagères !
- Laissez-la donc. Vous la rasez. Si j'étais à votre place...
- Vous y êtes pas. - Dommage pour moi, et pour elle.
- Vous vous êtes vu ? - Merci pour moi.
- J'ai pas reçu votre éducation, mais je sais me tenir
quand on m'invite. - Tu fais quoi ?
- Nous nous retirons. Viens, cocotte, on les met.
C'est payé. - Comme d'habitude.
- Paul part ? Pourquoi ?
- Monsieur est grossier avec mon ami.
Le roi du pinard du Midi ! - Tu sais pas vivre.
- Pas comme ça.
Ça va pas durer longtemps.
Ça y est. - Tu as le mandat ?
- Oui. De quoi régler ici et prendre le train.
- C'est tout ? - Ça suffit.
On a assez fait de folies. Papa marche plus.
Il a été gentil. Mais il veut nous voir.
- Moi aussi.
- Il a bien vu que sans toi y avait rien de fait. Ecoute.
"Ta mère
"et moi ne comprenons rien à ce retard.
"Tu devrais nous présenter celle que tu as choisie."
- Il se méfie. - Non.
"Nous sommes sûrs que tu n'épouserais pas
"une jeune fille dont ta mère
"aurait honte." - Pour qui elle se prend ?
- Elle est gentille, tu verras. - Non.
- Comment ? - Je veux rester à Paris.
- Et notre mariage ? - Eh bien quoi?
On s'aimera pas plus. Hein, Gilbert ?
- Certainement. - Hé !
On peut pas rester ici. - A cause de l'argent?
T'en fais pas, je vais en avoir. On m'a promis une place.
- Une place ? Qui ça ?
- Monsieur Paul.
- Je connais ce genre de place. C'est loupé.
Je l'emmène à Clermont-Ferrand. Compris ?
- Encore une fois, poliment: fous-moi le camp.
- Vous et votre sale fric !
- T'en as croqué un peu. - Salaud !
- Et alors ?
- Bien fait.
- Mon pauvre chéri.
- Je le rattraperai.
- Tiens-toi peinard.
Tu sais combien me coûte ta jalousie ? Tu t'en fous ?
Y a le fric de papa.
Moi je vis de mon travail. Et Paul m'a envoyé bouillir !
Tu me fais paumer cinq cents billets ! - Sois pas injuste.
- Et ça, c'est juste ?
Vous m'emmerdez tous !
Et toi aussi !
Entrez !
- Papa...
- Robert ne le saura pas. - Paul me dégoûte.
- Raison de plus pour le plumer. Ensemble, on en piquerait plein.
De quoi s'établir. T'as pas envie de sécurité ?
Je me sens une âme de bourgeois, pas de combinard.
- Arrête de me tanner, je ne veux pas.
- J'insiste pas, mais c'est dommage.
On m'avait signalé une affaire épatante.
Une petite salle de cinéma, que des habitués qui se pelotent.
Ils regardent pas le film, on passe ce qu'on veut.
Bizness tranquille. Et honorable !
On ferait fifty-fifty.
- Je t'ai dit non. - T'as bien réfléchi ?
- Oui. T'es un dégoûtant. - Parfait.
Qu'allez-vous faire ? Le père de Robert a coupé les vivres.
- Il cherche du travail.
- Depuis cinq semaines. Il en trouvera.
Six billets par mois, huit jours de congé dans un an.
Si tu préfères ça...
- Tais-toi, Léon. Il est là.
- Il faudrait penser à me régler. - J'y pense.
- Ça fait un mois
que j'attends, votre femme se prive pas.
- J'ai du travail. - C'est vrai ?
- Tu vois bien. - Tant mieux.
- Qu'est-ce que vous foutez là ? - On est parents, faisons la paix.
- Allez, un bon mouvement.
- Sans rancune ? - Pour elle.
- Ça s'arrose. C'est bien, ton boulot ?
- Pour un début, oui. - Dix mille ?
- Non, tout de même. Huit.
Et huit jours de congé dans un an. - Trop beau !
Y a sûrement un mais. - C'est pas un inconvénient.
- Quoi ? - C'est à Issoudun.
- En province ? - Dame ! Garçon, trois martinis.
Tu vois ? Dans un an, tu pourras venir huit jours ici.
Oh, merde, la coupure.
- Encore.
- J'ai ce qu'il faut. - Merci.
- La vie n'est pas chère là-bas.
Et il y a peu de tentations. - Bien sûr, à Issoudun !
- On sera ensemble.
On se trouvera une chambre.
On sera serrés l'un contre l'autre. - Quand tu seras là.
La journée, je m'embêterai. - Mais non. Tu t'occuperas de tout.
Du linge, du marché. Tu joueras la ménagère.
- "Jouer" ? - Ce sera bon quand je rentrerai.
On sera ensemble, tout seuls. Loin de tout.
- Et ton travail ? - Chez un notaire.
Il veut quelqu'un d'actif. - Pour quoi faire ?
- Un peu de tout.
Y a de l'avenir. - Comment donc !
Tu finiras par bêcher le jardin et balayer.
Pour rendre service.
T'es pas fou de t'enterrer ?
- T'as mieux ?
- Peut-être.
Manon n'était pas d'accord.
- Dis toujours, Léon. Au fond, c'est à Robert de décider.
- C'est quoi ?
- Une histoire de pinard. - Paul est pas dans le coup ?
- C'est son secteur. - Non, merci.
- T'as tort. Tu t'es gouré sur lui.
- Il cavalait après Manon ! - C'est un homme. Il a des remords.
- Si tu préfères Issoudun... - Parfaitement !
C'est quoi, ton travail ? - Un truc confidentiel.
Mais y a des risques.
- Tu me traites de dégonflé ? - Mais non.
- C'est bien payé ?
- Trente mille.
- Par mois ?
- T'es fou, non ? A chaque voyage.
- Et y aura beaucoup de voyages ?
- Faut l'espérer.
- Vous connaissez bien Léon ? - C'est mon beau-frère.
- Voilà.
- Je fais quoi ? - Vous repartez après-demain.
- C'est tout ?
- Oui, c'est tout.
C'est ça, le bizness.
T'as gagné trente billets à te balader.
Et autant à chaque voyage. - Je repars quand ?
- La semaine prochaine. Puis l'autre,
et l'autre après. Toutes les semaines !
Encore une !
- C'est toi, chéri ?
J'ai eu peur.
- C'est tout l'effet que je te fais ?
- J'étais éreintée.
Je me suis endormie dans le noir.
- Réveille-toi.
Embrasse-moi.
- J'ai le cafard.
- Le cafard ? Quand tout s'arrange ?
Regarde. Et c'est pas fini.
- Non. Laisse ça.
Serre-moi dans tes bras, fort, très fort.
Dis-moi que tu m'aimes.
Dis-moi que tu m'aimes toujours.
J'étais si malheureuse.
Tu peux pas savoir. - Pour deux jours ?
- Oui. Faudra plus repartir. Jamais.
J'ai peur quand tu n'es pas là.
Viens.
- Me regarde pas comme ça, Robert, tu vas comprendre.
Je t'aimais tant, Robert.
Nous étions si malheureux. - Quelle preuve d'amour !
Ah, la jeunesse ! - Qu'auriez-vous fait ?
C'était un mauvais moment à passer. Et puis...
Je croyais qu'il saurait jamais. - Tu aurais dû la remercier !
A ta place... - Vous l'auriez tuée ?
- J'aurais foutu le camp.
- J'ai pleuré. Elle aussi.
- Et tu as pardonné. - Commandant.
- Quoi ? - Y a du brouillage.
Deux torpilleurs font de la phonie avec un zinc.
- Que disent-ils ? - C'est codé. Ça se rapproche.
- Phare par trois-quarts bâbord. - Tant mieux.
Camouflez les feux, on a encore une heure.
- On est arrivés ?
- Eux, pas vous.
Et après ?
Tu y as été, à Issoudun ? - Non. La place était prise.
- Mais on a été raisonnables. On a déménagé.
C'était pas le rêve. La vie n'était pas bien jolie.
- Y avait le gaz.
- J'ai demandé de l'aide à Léon.
Mais il avait déjà du mal à finir de payer son cinéma.
Alors je me suis mise mannequin. Et c'était pas drôle.
Les clientes grincheuses, toujours debout...
Tourner... Virer...
Et les vendeuses jalouses, qui m'engueulaient.
- J'avais un travail pas plus gai.
- Et le soir, je renfilais ma vieille robe.
- Tu l'as pas gardée longtemps. Ça payait bien.
Hein, Manon ? Elle a vite gagné plus que moi.
Beaucoup plus. Beaucoup trop. Et moi, je m'étonnais de rien.
Je voyais rien. Comme elle m'a menti.
- Ça, c'est Suzette qui me l'a prêté.
Tu sais bien, la petite brune.
Et ça, c'est le modèle qui a fait la collection.
Je l'ai eu pour rien. - Et ça ? Suzette te l'a prêtée ?
- Ça ? C'est du toc.
Si c'était vrai, y en aurait pour...
- Environ deuix cent cinquante mille. Vous vendez ? - Non. Merci.
- A votre service. - Au revoir.
- Au revoir.
- Mademoiselle Manon, s'il vous plaît. - Manon ? Elle nous a quittés.
- Il y a longtemps ? - Deux mois.
- Tu ne travailles pas ? - Pas avant trois heures.
Tu pars en avance.
- On présente la nouvelle collection.
- Je t'accompagne ? - Tu n'es pas prêt.
- Alors à tout à l'heure.
- Au revoir.
- Monsieur désire ?
- Parler à la dame qui vient d'entrer.
- Pour cela, il faut d'abord consulter madame.
- Madame ?
- Si monsieur veut bien me suivre.
- Eh bien ? Ce n'est pas un moulin ! Bravo pour la discrétion.
Ceci ne vous vise pas.
Mais ces rencontres inopinées
sont fort désagréables.
Je ne vous en salue pas moins.
- Jamais contents, ces vieux.
Entrez, monsieur.
- Avant tout, madame...
- Avant tout, monsieur, à qui ai-je l'honneur
de parler ?
- Je m'appelle
André Germain.
- Ça m'étonnerait.
Quand nous serons de vieux amis, vous regretterez cette défiance.
Votre jeunesse est une excuse.
J'aime la jeunesse.
Je comprends ses folies.
Voyons. Quelle folie vous amène ?
- Une jeune dame que j'ai croisée dehors
et qui vient d'entrer.
- Le coup de foudre ! Charmant et très romantique.
Malheureusement, cette dame est... espérée.
Par quelqu'un de très bien, un lord, un lord anglais.
- Non! - Calmez-vous.
Ce n'est que partie remise.
Thé pour deux.
Nous allons remplacer votre inconnue.
Par une autre encore plus belle.
Attendez.
Celle-là.
Elle a une garde-robe amusante. Un peu spéciale.
- Ce n'est pas la question. - Vous êtes encore gamin.
Une Italienne ? - Mais...
- Voilà !
La dame de vos rêves.
Vous pouvez être tranquille. C'est une enfant...
Une charmante enfant. Et elle vient ici
pour le plaisir. Son mari est richissime.
Vous ne vous ennuierez pas.
Entrez.
- Sa Hauteur a envoyé un chasseur prévenir qu'il est empêché.
Il rappellera. - Eh bien ! Un miracle !
Daisy, une tasse de thé de plus. Vous servirez à côté.
Vous êtes né coiffé. Un vrai roman d'amour.
Ce sera le thé le plus délicieux de votre vie.
Vous connaissez nos conditions ? - A votre aise.
- Vous êtes un homme du monde.
Installez-vous.
Je vais chercher notre benjamine.
- Robert !
- Vous vous connaissez ? - Un peu.
Laissez-nous. Foutez le camp. - Mais...
- Un instant, madame.
C'est mon ami. - J'avais compris.
Je me retire.
De mon temps, ils étaient mieux éduqués.
Quel petit con. Vous pouviez pas faire attention ?
Merde alors, quel bordel !
- Maintenant, réponds.
N'aie pas peur, je ne crierai pas.
Je souffre trop.
Mais explique-toi.
Défends-toi, invente.
Que fais-tu ici ?
- Et toi, Robert? - Moi ?
Je t'ai suivie.
Pendant que tu attendais le bus,
j'ai trouvé un taxi. - J'en trouve jamais !
- C'est tout ce que tu trouves ?
Tu es folle, inconsciente !
Toi ici, dans cette maison !
- Je suis trop malheureuse. - Bien sûr.
Si je n'avais rien su, tu serais rentrée ce soir,
avec un bijou et un mensonge.
Tu m'aurais embrassé. Tu te serais couchée...
Je te déteste ! Tu es ignoble, tu sens l'homme.
Tu le sentiras toujours.
Sois tranquille, je pars.
Mais avant de partir,
je veux te regarder une dernière fois.
Regarde-moi en face.
N'aie pas peur.
Le voilà, ton p'tit cadeau !
- Merci, Robert.
Tu es généreux. - Saleté !
J'aurais mieux fait de les laisser te raser.
Voilà ce que je fais
des putains comme toi ! - Robert !
- J'étais fou, pardonne-moi.
Ne pleure pas. Je t'en supplie, ne pleure pas.
Je me suis conduit en brute, mais j'ai si mal.
Ne me crois pas. J'ai dit n'importe quoi.
Dis-moi que tu me pardonnes.
- Mais oui, je te pardonne.
- Je t'aime tant. J'ai tellement pitié de toi.
De nous deux.
Mais pourquoi as-tu fait ça, hein ?
Pourquoi ?
Tu n'étais pas heureuse à la maison ?
- Non.
Je ne le savais pas bien quand je t'ai rencontré,
mais je ne peux pas vivre mal.
Je déteste la misère. Si tu avais connu chez nous,
tu comprendrais.
Je ne veux pas vivre comme ma mère. Je veux m'amuser, briller !
Faudrait me couper les jambes pour m'empêcher de danser !
Je suis une mauvaise fille, Robert. - Mais non.
Pour les autres, mais pas pour moi.
Tu es la petite Manon du premier jour.
- Oh non. Et pourtant, je t'aime toujours autant.
Peut-être plus.
Mais je te rendrai jamais heureux, alors quittons-nous.
Pars, tu emporteras l'image d'une sale grue,
pleine de mensonges !
Ça t'aidera pour m'oublier. - Je pourrai pas. Je te sauverai.
- Ce sera une Manon qui vieillira entre les gosses et la cuisine,
les mains abîmées. C'est pas cette Manon que tu aimes !
- Tu pourrais vivre sans moi ?
- Pas sans argent. - J'en gagnerai.
- Tu sais pas, mon amour. C'est pas ton genre.
Tu crois qu'il faut travailler.
Ça aussi, c'est changé.
Regarde Léon. Il se crève pas et se prive de rien !
- Je ferai comme lui. Tu auras tout.
- Vrai ?
Ce que ce serait beau !
- Seulement tu m'aimeras, tu me quitteras plus jamais.
- Pourquoi ? C'est toi que j'aime.
Je suis bien qu'avec toi.
Embrasse-moi.
- Non. Pas ici.
- Ici ou ailleurs, qu'est-ce que ça change ?
- Cet endroit me dégoûte.
- Rien n'est dégoûtant quand on s'aime.
- Pour garder Manon, je me lançais dans d'étranges entreprises.
Dans la foire d'empoigne de l'après-guerre,
je prélevais ma part. Part bien modeste, hélas.
Je persévérais. Je fréquentais de drôles de gens.
De drôles d'endroits. L'argent rentrait vite.
Et repartait plus vite.
Il nous fallut un appartement. On en trouvait,
moyennant une honnête reprise.
Restait à le rendre habitable.
Tenez.
Vous êtes content ? - Le prochain versement ?
- On verra ça dans un mois.
- Dis, Robert ? - Quoi ?
- Et un chauffage électrique ? - C'est cher.
- T'en fais pas, on se débrouillera.
Mesure pour la moquette.
- Je sais pas ce qu'on va faire.
Les cigarettes, c'est foutu.
Le vin sera bientôt en vente libre.
Et je connais personne dans les bons d'essence.
Quatre mètres cinquante. - Ne te désole pas.
Tout ça, c'est des trucs minables. Y a mieux
à faire.
- T'as une idée ? - Peut-être.
Tu sais tout ce qui sort des camps américains.
Les pneus, les couvertures... la pénicilline.
Ça ne te dit rien ? - Si.
Seulement, il faudrait se faire des amis dans la place.
On ne peut pas entrer. - Ça peut s'arranger.
- Tu as l'air bien renseignée. - Plutôt.
- Tu connais quelqu'un ? - Un Américain. Un vrai.
Un major, Ralph, il commande un camp de surplus.
Où l'as-tu rencontré ? - Au George V.
C'est l'ami de l'ami d'une copine.
- Et il te fait la cour ? - Naturellement.
N'aie pas peur, cette gourde me croit vierge.
Et dans le civil, il était professeur de psychologie !
Alors, si tu veux m'écouter, on va l'inviter
à pendre la crémaillère. Mais faudra pas dire qui tu es.
- Il s'en doutera bien. - Penses-tu.
J'ai mon plan.
Cher ami, je vous présente mon grand frère.
Léon Lescaut. - Delighted. How do you do ?
- Very pleased.
- J'aurais deviné. Vous êtes pareils tous les deux.
- Comment ?
Ah, oui... On se ressemble.
Forcément.
- Je suis heureux de vous connaître. - Moi aussi, major.
- J'aime beaucoup Manon. Elle est très jolie.
- Oui.
- Assez de sottises, parlons affaires.
N'est-ce pas ? - Certainly.
Mademoiselle Manon a demandé pour vous l'autorisation de visiter le camp.
Difficile.
- Même pour un journaliste en reportage sur les surplus ?
- Oui, je sais. Mais, entrée off-limits
strictement défendue. - Ça peut pas s'arranger ?
- Impossible.
How silly !
J'avais oublié.
Invité doit apporter souvenir.
- Pour moi ? Oh, major... - Permettez ?
- Vous êtes fou. Une jeune fille
ne reçoit pas de cadeau.
- Vraiment ? Je serais triste.
Aidez-moi, Monsieur Lescaut. - Ma sœur est libre.
- Vous pas jaloux de votre sœur ? - Non, mais je me questionne.
- Sois gentil. Va voir où en est le rosbif.
Surveille-le. Vas-y, mon p'tit frérot.
J'ai la flemme.
- Vous aussi bon cuisinier ?
Tous les Français bons cuisiniers.
Vous êtes fâchée ? - Pas fâchée.
Déçue. Je croyais que vous étiez mon ami.
C'est pas ce que je vous avais demandé.
Je ne peux pas accepter.
- Ben, vous gênez plus !
- Grogne pas, Léon, tout est arrangé.
- Cent. Deux cents.
- Trois, quatre...
- Mama... papa.
- Ça va. - Ça va.
- Grouillez-vous, quoi !
C'est formidable !
Il part sans prévenir ! - Il est démobilisé.
- J'ai cinq cents billets de pénicilline à livrer.
- Il la vendait pas. Combien ? - Il était commode. Deux morceaux.
Quand part-il ? - Demain.
Tu devineras jamais ce qu'il m'a demandé.
- Quoi ? - De l'épouser.
- Elle est bonne, celle-là. Il doute de rien.
T'as dû rigoler.
- Pas très, non.
Autant te le dire tout de suite, j'ai accepté.
- Que dis-tu ? - J'ai accepté.
- Je dois rêver.
Tu veux me quitter ? - Ça me fait de la peine.
Seulement, il faut.
Mais je reviendrai. - Mariée !
- Une bague, ça compte ?
- T'as arrangé ça toute seule. Tu me laisses,
et tu vas dire que tu m'aimes. - Je t'aime, Bob. Je n'aime que toi.
J'ai besoin de lui. On en a besoin tous les deux.
On fera quoi sans lui ? - Je me débrouillerai.
- Toi, sans lui ? Dis pas de bêtises.
Laisse-moi partir. T'auras plus besoin de travailler.
Lui, c'est des dollars.
J'en ai assez des aventures. Ralph c'est du sérieux, du solide.
J'ai vu la photo de ses usines, c'est grand.
- Je m'en fous. Je te garde !
- C'est aimer, ça ? - T'es folle !
- Je partirai ! - Non.
- Tu vas me retenir
de force ? - Au besoin.
Je vais dire à Ralph que t'es pas ma sœur
et qu'on couche ensemble. - Tu ferais ça ?
- Je me défends.
- On sera malheureux. - Tant pis.
Déchire ton billet d'avion. - Tu partiras pas !
Je me tuerai, tu m'entends ?
Qu'est-ce que je t'ai fait pour être martyrisée comme ça ?
- Tu pouvais pas la boucler, non ?
- Je suis pas assez punie ? - Tu es égoïste. Et mes échéances ?
On peut compter sur toi. - J'y peux rien.
- Il y a six mois que t'aurais dû lâcher Robert.
Madame avait peur de faire de la peine à son chouchou.
On peut pas tout avoir, le fric et la romance !
Tu es dans la mélasse et moi avec.
Que fais-tu là ? Secoue-toi !
Va chez Ralph ! - Si Bob me voit pas, c'est là
qu'il viendra me chercher. - Il nous foutra jamais la paix,
celui-là, même une nuit. Une nuit, tu peux te tirer.
Ne recommence pas à chialer. Attends-moi.
Tiens.
Appelle Auteuil 39-05. - Chez moi ?
Tu veux parler à Bob ? - C'est pas moi qui lui parlerai.
C'est toi.
- Plus vite. - Si je peux.
Il y a de la circulation. - Prenez le plus court.
- Je connais le chemin. - C'est arrivé à la porte Saint-Denis.
- C'est grave ? - Je sais pas. Ma femme se sent mal.
Vous m'attendez. - Non. Il faut que je rentre dîner.
- Ça va.
- Monsieur Desgrieux ? - C'est grave ?
- Un malaise. Elle est à la direction.
Par ici, monsieur.
- C'est à Henri IV,
la Place Royale...
- Je vous en prie, monsieur.
Ça y est.
Calmez-le. On pourrait l'entendre. - D'ac.
T'attends quoi? File.
T'es libre.
- Libre ? - Ben oui, libre.
Fais pas de sentiment. Embrasse ton frère.
P'tit chou.
Allez, tire-toi.
N'oublie pas
tout ce que j'ai fait pour toi.
- Dis, Léon ? - Quoi encore ?
- Explique-lui ça gentiment. - Je lui ferai pas de mal.
- Dis lui que je pense toujours à lui.
- Mais oui.
- Dis-lui...
Dis-lui que je reviendrai. - Il t'attendra.
- Taxi !
- Léon ! Où est Manon ?
- Partie. - Elle est guérie ?
- Elle va très bien.
Elle voulait être tranquille. Elle préfère te savoir ici.
Avec les copains.
- Où est-elle allée ?
- Faire ses bagages. - Ouvre-moi.
Ouvre-moi ! - Gueule, c'est fermé.
- Tu as tout arrangé.
- Pour ma sœur. - Salaud.
La clé !
- Calme-toi. Tu me remercieras.
- La clé !
- Calme-toi, tu vas faire une connerie.
Elle veut pas de toi.
- A cause de qui ? Qui lui a toujours donné
de mauvais conseils ?
- Manon, besoin de conseils ?
T'étais un boulet dans sa vie.
Ça pouvait pas durer.
Je la connais mieux que toi.
Elle ne pouvait te faire que du mal. C'est fini, voilà.
C'est bien mieux comme ça. Crois-moi.
- Je te crois. Ouvre la porte.
- Pourquoi ? - Tu vas me garder longtemps ?
- Si je te lâche, tu vas filer te jeter à ses pieds.
Tu lui demanderas pardon.
- T'en fais pas.
Ce coup-ci, j'ai compris.
- Vrai ?
J'aime mieux ça.
T'as rien à regretter.
Manon a une nature de putain. - T'as un peu poussé à la roue.
- Ne me reproche pas ça.
Vous étiez dans la mélasse.
Le voyage d'Oran vous a bien dépannés.
Il a été chic, Paul. - Et sur les autres,
tu touchais ta commission ? - Je ne les connaissais pas tous.
- Il y en a eu tant que ça ? - L'argent filait avec Manon.
T'en as aussi profité.
Une de perdue, dix de retrouvées. On dit qu'au lit,
t'es un coq. Ça intéresse les poules. J'en connais.
Tu es plutôt bien parti.
Laisse-toi aller.
- T'as raison. - Un mauvais moment à passer.
Dans six mois, tu n'y penseras plus.
Ne la revois plus.
- Ça fait mal.
- Tu vas tourner de l’œil? - On étouffe chez toi.
- Je mets le ventilo.
- Allô ?
Comment, c'est toi ?
Où es-tu ?
- Gare de Lyon. Ne raccroche pas.
Ce sera pas long. Tu peux partir tranquille.
Avec moi, tout est foutu.
T'as gagné, je suis un assassin. Je viens de descendre Léon.
Je fous le camp.
- C'est pas possible. Où vas-tu ?
- A Marseille.
C'est là qu'on se cache, il paraît.
Ou au commissariat, je sais pas.
Tu verras ça dans les journaux. Adieu.
- Allô ?
Allô...
- Allez, allez !
- Une seconde.
- Avancez !
- Vous en prenez de la place.
- C'est complet.
- Léon, tu me chatouilles. - Je fais ce que je peux.
- Passe-moi la valise.
- Vise la belle pépée !
- J'ai une place, là.
- Laissez-moi passer. - Laissez passer la mignonne.
- Qu'est-ce que ça serait sans les fiches d'admission !
- Ce wagon est interdit aux Français.
- Je vais en tête, en première. - Ne restez pas dans le couloir.
- Faites attention !
- C'est abominable !
- Poussez-vous ! - Mes pieds !
- C'est complet partout. - Pas rêver ma petite chatte.
- Pardon !
- Foutez-nous la paix ! - Laissez passer !
- Merde ! Restez à votre place !
- Laissez passer. - Je me mets où, sur le toit?
- Laissez passer !
Laissez passer !
- Faites attention au petit !
- Quelqu'un du bord vous a fait monter ?
- On est montés quand l'homme de coupée faisait sa ronde.
- Ouais.
- Alors ?
- Alors quoi ?
- Je sais pas.
- Moi non plus.
- Le jour se lève. - J'arrive.
- Commandant ?
Et nous ?
- J'ai pas le choix. J'ai reçu des ordres.
Tu seras après-demain à Alexandrie.
- Qu'attendez-vous ?
Cause toujours, tu m'instruis.
Allez, hop.
Allez.
- Ne vous engueulez pas ici. Un avion peut nous tomber dessus.
Vous vous réveillez, vous ?
- Plus vite ! Activez.
Activez un peu.
- Aïe !
- Monsieur Pascal !
Pressons !
- C'est fini. - Fini ?
- Ouais.
- Et ces deux voyous ?
Balancez-moi ça par-dessus bord. On reste entre gens comme il faut.
- Qu'attendez-vous ? Galapiats ! - Merci.
Merci, commandant.
- Ça va. Demain, les politesses.
Foutez-moi le camp.
- Vous êtes un brave type.
- Un vieux con, oui.
Je vais avoir des emmerdements
par votre faute !
- Au revoir.
- Bonne chance.
- Tribord toute, en avant ! - Tribord toute, en avant !
- Hé hé !
Oh
Oh oh!
- Qu'est-ce qu'il y a ? - On finit à pied.
- Je me suis tordu le pied. Pourquoi on reste pas sur la route ?
- C'est plus court par là. - Tant mieux. J'aime pas camper.
- En avant. - Viens.
Viens vite.
- Chéri ?
Chéri ! - J'arrive.
Regarde. - C'est marrant.
On se croirait au paradis. - Tu connais le paradis ?
- Je me rappelle les images saintes. Robert, je suis trop contente.
Pourvu qu'il nous arrive rien. - T'en fais pas.
On va leur montrer qu'on peut être heureux.
- A qui ? - A ceux qui sont contre.
Chérie, on s'en va.
- Déjà ? - Regarde.
- Laisse-les partir. On est si bien.
On n'a pas besoin d'eux. - On ferait quoi ici?
- On mangerait des dattes et on aurait des enfants.
- Tu rêves. - Peut-être.
Un beau rêve en tout cas.
Nous deux, seuls, au paradis. - Viens vite.
- Tu le regretteras, tu verras.
- C'est pas marrant. - Oui. On est en enfer.
- Je viendrai pas finir mes jours ici.
Regarde.
Il est bien nettoyé.
- C'est les chacals ou les vautours.
- Ils mangent que les morts, hein ? - Ben voyons. Je suis là, moi.
Viens, mon chéri.
- Je peux plus marcher. Il y a trop de soleil.
- Il faut traverser. Il y a un puits là-bas.
- Je te crois plus.
- Tu crois qu'on va rester ici à crever comme des chiens ?
Tu marcheras de force.
Allez, viens.
Marche !
- Tu es blessée ?
- C'est comme un coup de fouet. C'est rien, dis ?
- Non, c'est rien.
- Oh.
J'ai froid.
- Tu entends ?
- J'avais raison.
On aurait dû rester là-bas. Tu te rappelles ?
Au paradis.
- Ne te fatigue pas.
- C'est toi qui es fatigué. Tu m'as traînée.
Comme je t'ai donné du mal, toujours.
C'est fini.
Je vais marcher seule.
Emmène-moi vite.
Au bord de l'eau. - Tu pourras pas.
- Il le faut.
Aïe !
Pardon, Bob.
- Tais-toi. Viens. - Aïe .
Aïe.
- Laisse-moi. On va pas assez vite.
On pourra pas rattraper l'eau.
Je vais me reposer.
Va-t'en.
Essaie de vivre. - Sans toi je pourrai pas.
- Il faudra bien.
Si tu étais pas là, qui penserait à moi ?
Je serais morte tout à fait. - Je veux pas que tu meures.
- Moi non plus, je voudrais pas.
Mais c'est pas possible.
Je suis trop loin maintenant.
Pleure pas
comme ça, Bob.
Dis qu'on a été heureux.
Pas comme les autres.
Mieux que les autres. - Bien sûr.
On s'aimait plus.
- J'ai froid.
Prends-moi.
J'avais fait le chemin pour venir mourir ici,
près de toi. - C'est ma faute.
- Tu es bête.
Tout est bien comme ça.
Plus rien ne viendra abîmer notre amour.
Jamais.
Jamais.
- Tu seras mieux au bord de l'eau.
- Tu vois, j'avais raison.
On aurait dû rester là-bas.
Tu te rappelles ?
Au paradis.
- Elle veut pas de toi.
- Vous vous ennuierez pas avec elle.
- T'es un boulet.
Pire qu'un môme.
- T'aurais pas pu changer Manon.
- C'est une enfant.
- C'est une mauvaise bête, la Manon.
Elle est maligne !
C'est une ordure !
Un vrai roman d'amour.
- Assez ! Assez !
Pardon, Manon. J'en peux plus.
Le paradis, c'est trop loin. C'est trop difficile.
On va rester ici tous les deux.
Toujours.
- Ils mangent que les morts ?
- Oui.
Je vais arranger ça.
Mon pauvre amour.
Dans quel état ils t'ont mise.
Toi qui aimais les belles robes.
Tu vois...
Comme ça tu seras bien.
Tu vas dormir gentiment.
Je vais te dire une chose effrayante.
Quelque chose dont j'ai honte.
Je suis heureux que tu sois morte.
Tout à fait morte. Maintenant, tu es à moi.
A moi toute entière.
Les autres ne viendront plus te prendre, te salir.
J'ai tellement souffert de t'imaginer dans leurs bras.
C'est fini, tu les intéresses plus.
Qu'est-ce qu'ils feraient de toi maintenant ? Ils aimaient ta peau.
Ta peau douce, ton parfum.
Ta peau va craquer. Tu sentiras la mort.
Moi, je t'aimerai toujours.
Je resterai près de toi jusqu'au bout.
- Rien n'est dégoûtant
- Tu vois...
Je me colle à toi. - Serre-moi dans tes bras.
Très fort. Dis-moi que tu m'aimes. Dis-moi que tu m'aimes toujours.
- Je t'aime.
- J'étais si malheureuse. Tu peux pas savoir.
- Je sais. - Il faudra plus repartir, jamais.
J'ai peur quand tu n'es pas là. - Je ne repartirai plus.
Tu es à moi, Manon.
- Est-ce que je suis ta femme ?
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