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L'�T� VIOLENT
�t� 1943
VIBRANT DISCOURS D'ETTORE CAREMOLI
Carlo est arriv� !
- Daniele ! - Salut !
- On est au complet ! - �a va ?
Giulio, �a va ?
Viens. Carlo Caremoli, le lieutenant Preturlon.
Surnomm� "Vojussa".
Non, restez assis.
- Enchant�. - Enchant�.
Tu permets ? Rommel.
- Allez, viens. - Les p�tes sont pr�tes !
- Mario, voici Carlo. - Enchant�.
- Nicoletta. - Enchant�.
- Sergio. - Salut.
- Carlo Caremoli. - Enchant�.
Viens, allons voir les autres.
Pauvres b�tes affam�es, voil� le repas des fauves !
Doucement !
Et moi, alors ?
- Carlo ! - C'est pas possible !
�a alors !
Compliments � la cuisini�re !
- Qui es-tu ? - J'ai un peu chang�, non ?
Carlo, Rossana ! D�p�chez-vous, avec ces affam�s...
Les amis ! Vojussa est tout seul. Il faut le servir.
- Je m'en occupe. - Bien.
- Qui veut du poisson ? - Moi !
Je n'arrive pas � finir mes spaghettis.
- �a va ? - Mais c'est trop. Merci.
Ah, le vin !
Giorgio, du vin pour Vojussa !
- Il y en a � c�t�. - Allons-y.
- Allez, viens. - J'arrive.
- Courage ! - Op�ration bouteille !
- Venez ! - � l'assaut !
Doucement !
Les gars, regardez !
- F�licitations ! Quelle cave ! - On peut ?
Regarde les marques !
- Votre m�re se f�chera. - Apr�s, elle se calmera.
Bon, d'accord.
Serena, donne-nous un coup de main.
Il faut se montrer g�n�reux !
Allons-y.
Je vise le lampadaire.
- Bravo ! - En plein dans le mille !
Voil� les verres.
- Mais il est chaud ! - On s'en fout.
Et voil�, servons notre ami Vojussa.
Bois, c'est un vrai nectar !
Tiens.
- Marina, tiens, c'est pour toi. - Il y en a encore.
- Qui en veut encore ? - �a vous dit de danser ?
- Oui, mais pas de bruit. - Demande...
Une nouvelle ligne de d�fense � cheval sur la nationale 14.
Dans la plaine de Catane, les arm�es italienne et allemande
ont repouss� victorieusement, hier,
les multiples assauts
de la 24�me division canadienne.
Assez !
- En 24 h, les avions ont abattu... - Change !
- Essaie la Suisse, Rossana ! - Oui, bien s�r.
Allez, les amis...
finissons la bouteille.
- On essaie ? - Non. �a ne me dit rien.
Monsieur, �te-toi de l�. Merci !
Dansons le tango ! � toi de jouer, Serena !
Champagne !
- Tiens. - Merci, je ne fume pas.
Essaie.
Tiens.
Tu sais ce que �a veut dire fumer la m�me cigarette ?
Oui, je crois.
Et faire �a, tu sais ce que �a veut dire ?
- Arr�te ! - Mon pied !
Tu me lances tout le sable dans les yeux !
- T'es un �l�phant ! - Tiens.
Tu m'as �cras� un orteil !
R�veille-toi !
Tu dors, hein ?
Serena, tu as fini ?
- Ciao ! - Ciao !
- Pas de m�res ? - Non.
- Rien � l'horizon ? - La voie est libre.
- Allumettes. - Les voici.
Tu me diras pourquoi tu fumes.
O� est le plaisir, si tu n'aspires pas ?
Au secours !
Calme-toi, ch�rie.
�a va. Plus de peur que de mal. Merci.
Colomba, on rentre � la maison. Ne fais pas comme �a.
Je la raccompagne.
Non, merci. Ce n'est pas la peine.
- Colomba, viens, on rentre... - Si je t'accompagne, tu viens ?
Allez, courage.
Vous habitez � Villa Parmesan ?
C'est chez moi. Parmesan est mon nom.
Je viens ici depuis dix ans, mais je ne me souviens pas de vous.
J'habite en haut, viale Trento.
Je m'appelle Caremoli.
On n'est pas � l'arm�e � votre �ge ?
Jusqu'� pr�sent, j'y ai �chapp� de justesse.
Examens, renvois...
- Tu veux descendre ? - Non, cours.
- C'est difficile avec des sabots. - Allez, Colomba, �a suffit !
Emma !
Oui, madame ?
Quand il n'y aura plus de renvois, que ferez-vous ?
La guerre finira avant, sinon j'inventerai quelque chose.
- Naturellement ! - Roberta.
- Tu peux venir un instant ? - Oui, tout de suite.
- Occupe-toi de la petite. - Oui.
- Viens, Colomba. - Non.
- Colomba, le monsieur est fatigu� ! - Laissez, je vais la porter.
Viens chez ta nounou.
Et voil� !
Viens, allons nous changer.
- Viens, mon poussin ! - Salut !
Vous ne m'avez vu qu'une fois. J'�tais officier avec votre mari.
Ah, oui ! Vous m'avez �crit il y a deux ans.
Oui, madame, de Tarente.
Tout de suite apr�s la destruction de notre destroyer.
Je suis rest� sur le pont avec le commandant, jusqu'au bout.
Votre lettre m'a beaucoup touch�e.
Je vous en remercie.
J'ai toujours voulu venir vous voir.
J'ai une dette envers votre mari.
Je suis vivant car il n'a pas voulu de moi et m'a jet� � l'eau.
Puis l'h�pital, d'autres embarquements...
Je voulais vous dire que votre mari �tait un grand commandant.
Un homme profond�ment juste.
Bien s�r, je ne vous apprends rien.
J'esp�re que cela vous fait plaisir.
Vous �tes tr�s gentil.
Je suis un peu en retard...
Vous restez longtemps � Rimini ?
Je n'esp�re pas. J'ai demand� � �tre mut� dans une unit� de combat.
La guerre est finie, nous l'avons perdue.
Ce qui compte, c'est d'en sortir vivant...
Je ne sais pas.
Votre mari m'a appris que l'important c'est le devoir.
Et tenir sa parole d'honneur.
Je crois que Rimini n'est pas faite pour moi.
Messieurs, j'ai dit non ! C'est interdit !
Il y a les garde-c�tes !
N'aie pas peur, Sirio. On plonge un coup et on revient.
- Ils vont r�quisitionner le bateau. - Ne t'en fais pas !
- Hisse le foc ! - �a me fait mal.
Moi, je m'allonge le ventre � l'air, un point c'est tout !
D�place-toi � gauche.
Les derniers arriv�s auraient pu �tre mieux.
- Qui ? - La voisine de plage.
Une veuve de guerre. Elle a quel �ge ?
- Va savoir. - Carlo le sait s�rement...
- Carlo, elle a quel �ge, la veuve ? - Je n'en sais rien.
- Sa fille doit avoir quatre ans... - Trente-cinq ?
- C'est �a ! Alors, ma tante... - Plus ?
Mais non ! C'est une jeune fille !
- Qu'est-ce que tu en dis ? - Ne soyez pas idiots.
Regardez-le, il se vexe !
Arr�te !
Tout le monde peut faire �a...
- Je vais vous montrer. - Vas-y !
Qu'est-ce que vous attendez ?
Allez, plongez !
- Bien ! - Magnifique !
Tu vas me le payer !
Non, laisse-moi.
Regarde comme elle est propre. Viens voir le fond.
- La veuve arrive ! - Arr�te, Rossana.
Ce n'est pas malin de se moquer d'une personne seule.
- Ne faites pas les idiots. - On n'a rien dit !
- Bonjour. - Bonjour, madame.
- Vous avez nag� jusqu'ici ? - Vous �tes une bonne nageuse.
Je l'�tais.
- Je peux me reposer un peu ? - Bien s�r. Vous voulez monter ?
Oui, un petit moment.
Voil�, donnez-moi la main.
- Merci. - Allez.
On monte aussi ? L'eau commence � �tre froide.
- Vous voulez vous s�cher ? - Merci.
Apr�s le bain, une bonne cigarette !
- J'en ai deux. - Qui m'aide ?
- Vous fumez, madame ? - Non, merci.
Celle-ci, on va la fumer tous ensemble, comme des fr�res.
- Je dois en acheter � Saint-Marin. - On les vend sans carte, l�-bas ?
On peut les acheter au march� noir, vous en voulez ?
Non, merci, je fume peu.
J'aimerais retourner � Saint-Marin, la derni�re fois que j'y suis all�e
c'�tait il y a longtemps...
- Cette cigarette ne tire pas ! - Parce que tu ne sais pas fumer.
Qu'est-ce qu'on fait ici ? Soit on se baigne, soit on rentre.
Qu'est-ce que tu as ?
Bon, moi, je rentre � la nage. Au revoir et merci.
- Il y a assez de place. - Restez.
- Je pr�f�re nager. - Pourquoi ?
On est loin de la c�te.
Il risque de pleuvoir.
Et le vent pousse vers le large.
- J'ai l'habitude. - Restez. Au fond, on est sympa !
- Au revoir. - Au revoir.
Bonne baignade !
Si vous avez besoin d'aide, appelez-nous !
Tu pourrais l'accompagner, non ?
Il y a un monsieur qui demande Madame Roberta.
Fais entrer.
- Bonjour. - Bonjour, vous d�sirez ?
Excusez-moi de vous d�ranger, je voudrais parler �...
- Asseyez-vous. Bonjour. - Non, merci.
Vous aviez dit que vous vouliez aller � Saint-Marin.
- Et puisqu'il pleut, aujourd'hui... - Je comprends.
Je te pr�sente Monsieur Caremoli. N'est-ce pas ?
- Carlo Caremoli. - Caremoli ?
Vous avez une maison � Riccione ?
Oui, enfin, mon p�re.
Et ma tante, Madame Pandolfini.
Si vous voulez aller � Saint-Marin ou si je peux vous �tre utile...
- c'est avec plaisir. - Merci d'y avoir pens�.
Un de ces jours, je me d�ciderai � y aller aussi.
Bien s�r, une autre fois.
Excusez-moi.
- Au revoir. - Au revoir et merci.
Comment as-tu connu ce gar�on ?
C'est un voisin de plage. Il a �t� gentil avec Colomba.
Je ne le fr�quenterais pas, � ta place.
Je ne le fr�quente pas. Mais pourquoi ?
Ces gens ne me plaisent pas.
Son p�re est un violent,
il ne doit pas avoir la conscience tranquille.
C'�tait un ras du fascisme � Ferrare, en 1922.
Et c'est encore un chef. Bref, de la racaille.
Mais qu'a-t-il � voir avec son p�re ?
C'est un gar�on gentil, bien �lev�.
Oui, peut-�tre...
Sans parler de sa m�re...
on l'appelait "la Pompadour".
Vous ne deviez pas aller � Saint-Marin ?
Pour quoi faire ? Avec vous, cela aurait �t� agr�able,
mais tout seul...
- Allez-y avec vos amis. - � cette heure-ci ?
Ils dorment tous comme des taupes.
Et puis, �tre ensemble du matin au soir, c'est plut�t fatigant.
Je les fr�quente depuis des ann�es, je les connais par c�ur.
C'est le comble du malheur, il y a une �claircie.
- Qu'est-ce qu'il y a � Saint-Marin ? - Absolument rien.
Un faux air neutre d'avant-guerre dans un faux cadre m�di�val.
Avec un peu de chance, on peut trouver du caf�.
- Du vrai caf� ? - Oui. Du caf� et de l'huile.
Je suis un expert du march� noir.
On m'invite souvent
et je n'aime pas arriver les mains vides.
Bref, il faut aller � Saint-Marin.
Vous parlez s�rieusement ?
C'est le caf� qui me tente.
Ma m�re donnerait tout pour un bon caf�.
- Trois heures suffiront ? - Oui.
Je me la rappelais gigantesque.
J'y suis venue l'ann�e du bac avec des amis.
Qui sait o� ils sont ?
Quelle m�lancolie !
� qui vais-je l'envoyer ? Ma cousine me cr�vera les yeux
si elle apprend que je suis venu ici sans elle !
Envoyez-la � votre p�re.
Vous croyez ? Non, c'est inutile.
Il ne la verrait m�me pas.
Et puis, il ne tient pas � ces choses-l�.
- Vous connaissez mon p�re ? - Non, j'en ai entendu parler.
Mal, j'imagine.
� tort, peut-�tre.
Mon p�re est une sorte de romantique d�cal�.
Il n'a jamais fait les bons choix.
Au fond, c'est un ing�nu.
Du coup, il s'est souvent fait avoir, le pauvre !
Excusez-moi.
Vous n'avez jamais vu ma m�re ?
Non, je ne crois pas.
Jamais ? M�me pas � l'�cran ?
Je ne crois pas.
C'�tait l'une des plus belles femmes que j'aie connu.
Pourquoi "c'�tait" ?
Parce qu'elle est partie quand j'avais quatre ans.
Maintenant, elle est en Argentine.
Elle n'a pas tort.
Excusez-moi, sinon j'oublie.
Non, c'�tait vraiment une autre �poque.
Jusqu'en 2e ann�e d'universit� j'ai toujours �t� accompagn�e
par une bonne autrichienne.
Je suis all�e � mon premier bal � 19 ans.
Je me souviens encore
que ma m�re ne m'a pas quitt�e du regard de toute la soir�e.
Et puis...
Et puis... c'est tout.
Quand vous �tes-vous mari�e ?
Quatre ans plus tard.
C'est bizarre. Pour mon p�re, personne n'�tait digne de moi.
Il �tait un peu � l'ancienne, "C'est un homme de bien",
"C'est un homme s�rieux"...
Mon mari lui a plu imm�diatement, il lui inspirait confiance.
Je me souviens quand il m'annon�a qu'Adalberto avait demand� ma main.
On aurait dit qu'il avait honte de s'occuper de �a.
Cela lui semblait d�plac� pour une demoiselle.
Demoiselle.
Combien de fois ai-je entendu :
"Une demoiselle comme il faut ne fait pas �a",
"Souviens-toi que tu es une demoiselle",
"Dites � mademoiselle que son fianc� est arriv�"...
- Au revoir. - Au revoir. L'appareil...
- La promenade vous a plu ? - Oui.
Alors, si vous voulez, nous y retournerons.
Oui, je ne sais pas. Peut-�tre autre part...
Oui, bien s�r, il y a le ch�teau de Gradara,
celui de Paolo et Francesca.
- �a vous va ? - Oui.
- Au revoir. - Au revoir.
Madame Roberta...
Martino !
- Que Dieu vous b�nisse, madame. - Que fais-tu l� ?
Nous venons d'arriver de Catanzaro.
"Nous" ?
- De Catanzaro ? - Oui.
Toi et qui ?
Moi et mademoiselle.
- Maddalena ? - Oui !
O� est Maddalena ?
- Maman ! Que s'est-il pass� ? - Rien.
Ta belle-m�re nous a envoy� Maddalena.
- La situation empire et donc... - O� est-elle ?
Du calme ! Elle est dans sa chambre.
- Laissons-la, elle est boulevers�e. - Et ma belle-m�re ?
Maddalena m'a apport� une lettre.
Maddalena !
Roberta !
Maddalena ! Qu'y a-t-il ?
Qu'as-tu, ma ch�rie ? Pourquoi pleures-tu ?
Tu n'es pas contente d'�tre ici ?
Colomba, viens.
Viens, ma ch�rie.
Maddalena, qu'est-ce qui ne va pas ?
Tu n'as pas envie d'�tre avec nous ?
Dis-moi ce qu'il y a !
Il y a que ta belle-m�re est obstin�e et orgueilleuse.
Voil� ce qu'il y a. Elle pouvait tr�s bien venir aussi.
Allez, Maddalena...
Tu es chez toi, ici. Tu seras comme ma fille.
Lis � haute voix.
"Excuse-moi si je n'�cris pas plus,
"mais l'id�e que, d'ici peu, ma petite s'�loignera de moi
"et Dieu sait pour combien de temps,
"provoque en moi une peine insoutenable.
"Je te la confie, c'est mon bien le plus pr�cieux.
"Moi, je reste ici. Mes proches y sont enterr�s
"et mes souvenirs aussi.
"J'attendrai sereinement le destin que Dieu me r�serve.
"Mais elle, elle doit �tre sauv�e.
"Prends soin d'elle, je t'en prie.
"Donne-lui ta tendresse, car moi, qui lis dans ses yeux,
"je sais combien Dieu a aim� ma cr�ature."
Elle descendait dans le refuge juste avec le portrait d'Adalberto.
Pas de bijoux, pas d'argent, elle le gardait tout le temps.
Elle ne conna�t pas la peur.
� la fin, m�me les paysans �taient devenus courageux.
Quand la sir�ne sonnait, ils se serraient autour d'elle qui priait.
Les incursions duraient trois, quatre heures.
� la fin, il y avait des alarmes toutes les nuits.
Apr�s, c'�tait m�me pendant la journ�e, alors je suis partie.
Madame Roberta, un monsieur vous demande.
Excusez-moi.
Quel voyage �pouvantable !
On est arriv�s � Agropoli...
Vous n'avez pas oubli� quelque chose ?
Non.
Vous avez fait tout ce voyage pour trouver du caf�.
Merci, c'est gentil. C'est combien ?
Rien du tout. Je vous en prie.
Je ne peux pas.
Vingt-six lires.
Je n'ai que vingt-cinq.
Bien, merci encore.
Vous viendrez � Gradara ?
- Bien s�r, on ira bient�t l�-bas. - Demain, d'accord ?
Non, pas demain. Une autre fois.
Vous �tes un parfait gentleman, mais vos amis
et vos amies doivent �tre plus agr�ables que moi.
Excusez-moi, aujourd'hui j'ai �t� un peu... absente.
C'est peut-�tre le vin.
Bonsoir.
- Excusez-moi, vraiment. - Il n'y a pas de quoi.
- Bonsoir ! - Bonsoir !
Les premiers jours, sur la mer vers la Sicile,
il y avait des �clairs continus, on distinguait tout dans la nuit...
Martino dit que c'�taient des bombardements navals.
Si c'�tait... un livre ?
Ce serait un roman porno.
Vous savez quoi, j'en ai marre.
Elle en a toujours marre.
- Serena ? - Oui, je continue.
- � quoi tu penses ? - � rien.
Si c'�tait une fleur ?
Un artichaut.
Si c'�tait une maison ?
- Bonjour. - Bonjour, madame.
- Bonjour, madame. - Bonjour !
- Comment allez-vous ? - Bien, merci.
- Asseyez-vous. - Non, merci.
Je veux vous pr�senter ma belle-s�ur Maddalena.
Elle a votre �ge, elle est sympathique et intelligente.
Vous �tes une bande bien soud�e, elle, elle a �t� longtemps seule.
Aujourd'hui, on a dit : Assez ! Il faut s'amuser, se distraire,
�tre avec des gens sympathiques, des amis de son �ge...
- Salut. - Salut.
Enchant�.
Excusez-la si parfois elle est un peu "oursin".
Allez, viens, oursin.
Enchant�. Moi, c'est Giulio, le plus beau.
Carlo tu le connais, Serena aussi,
Daniele, non, mais il ne compte pas.
- C'est �a ! Enchant�. - Enchant�e.
- Voici Giorgio. - Un sale ploutocrate italo-suisse.
- Enchant�. - Enchant�e.
On va en bateau ? Qu'en dis-tu, Maddalena ?
Je ne sais pas. Attends, je demande � Roberta.
- Maddalena peut venir en bateau ? - Bien s�r !
- On y va ! - Je dois me changer !
- Comme d'habitude ! - Juste 5 minutes.
- Je vous rejoins. - D�p�che-toi.
Vous ne voulez pas venir ?
Non, merci. Je vais bient�t rentrer.
Pr�venez Maddalena, s'il vous pla�t, je raccompagne la petite.
Carlo, tu ne viens pas ?
�a m'ennuie de vous laisser seule.
Maman !
Colomba !
Tu ne me reconnais pas ?
On �tait bons copains pourtant ?
Allez, on y va, Colomba.
Maddalena !
Qu'est-ce qu'il y a ?
- Que faites-vous ? - Tu veux dire : Que faisons-nous ?
On va au cirque, ch�re oursin, voir tes camarades.
Les lions, les tigres, les singes...
On va s'amuser. Il y a un hypnotiseur avec une oie.
Non, merci, pas ce soir.
Nous avons d�n� tard et ma belle-s�ur est toute seule.
- Le cirque, c'est ce soir. - Patience !
Allez !
Elle ne veut pas venir au cirque, essayez de la convaincre...
- Bien s�r, elle viendra. - Mais je ne veux pas y aller.
- Je veux rester avec toi. - Alors, venez aussi.
Venez, madame, c'est un spectacle unique.
Le cirque, � cette heure-ci...
Allez, d�cidez-vous.
- Je vous en prie. - En plus, on va �tre en retard.
Si vous ne venez pas, on n'ira pas non plus.
C'est du chantage !
- Alors, c'est d�cid� ? - D�cid�.
- Excusez-moi. - Je t'en prie.
Serena, garde-moi une place.
- Excusez-moi. - Ce n'est pas grave.
- Qu'est-ce que tu as fait ? - Moi ? Rien.
Roberta, qu'est-ce que tu fais toute seule ? Viens avec nous.
�a va tr�s bien. C'est la meilleure place.
Excuse-moi, Serena.
Pouvez-vous vous d�placer un peu ?
- Volontiers. - Merci.
Serena, assieds-toi.
Madame, venez vous asseoir avec nous.
- Merci, je suis tr�s bien ici. - Je vous en prie.
Et maintenant...
Un peu d'attention, s'il vous pla�t.
Mesdames et messieurs, apr�s ses triomphes
� Berlin, Paris et Br�me, j'ai l'honneur de vous pr�senter...
Taisez-vous !
Tu parles d'un entra�nement, c'est un bombardement !
Dieu sait o� ils sont...
Vous savez quoi ? J'aimerais voir un bombardement.
Roberta, tu n'avais pas une lampe ?
Lumi�re !
Doucement, du calme.
Entrez, je vous en prie.
On peut ?
J'ai peur...
Il n'y a pas de lumi�re ?
Je ne suis pas responsable des horreurs que vous verrez ici.
- Moi, j'y viens le moins possible. - Tu exag�res.
Ce divan est peut-�tre moche, mais confortable.
Quel beau tableau, c'est de qui ?
Carr�, 1939.
- C'est ton p�re ? - Oui, pendant la guerre d'Espagne.
R�veillons-nous, on a l'air de peaux-rouges.
Le mur est peint, l� !
Il y a des disques merveilleux, comment tu les as eus ?
Ils viennent de Suisse.
"In the mood" et "Begin the beguine" par Artie Shaw.
- Mince, "Temptation" ! - Fantastique ! Mets-le !
Ignoble cette maison, non ?
Non, elle n'est pas d�sagr�able.
Il n'y a pas un seul livre amusant, ici !
- On peut danser, � ton avis ? - Eh bien, danse !
Vous savez quoi ? Il fait une chaleur atroce.
�teignez tout, sauf le ventilateur du bureau.
Tout de suite.
Venez voir, vite !
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Regarde...
Mon Dieu !
Il doit �tre en rep�rage.
Peut-�tre � C�s�ne.
Tu veux danser ?
Je ne suis pas tr�s dou�e.
�a fait deux ans que je ne danse pas.
Essayons.
Fais-moi danser.
On danse, ma petite fleur ?
Oui.
Voulez-vous danser avec moi ?
Oui.
- Merci. - Je vous en prie.
Je veux me saouler !
- Mademoiselle ? - Non, merci.
- Je vous en prie, monsieur. - Oui, merci.
Allez ! Musique !
- Mademoiselle ? - Non, merci.
- Monsieur ? - Merci.
Un, deux, trois... Oh, madame.
Voil� le whisky !
- Et vous, jeune homme ? - Je ne bois pas.
Vous voulez danser ?
Oui, merci.
- Quoi ? - Daniele me touche dans le noir.
Rossana... ton...
Deux jeux � z�ro. 40 - 15.
Je vois... Pourquoi n'avoir rien dit hier ?
Avec Carlos qui �tait l� ?
- Magdalena le sait, � ton avis ? - Elle a d� comprendre.
Au d�but, Rossana et moi �tions les seuls au courant...
On les avait surpris.
C'est pas croyable. Et Carlo n'a rien dit ?
Pas un mot.
Fais comme lui.
Allez, Rossana.
- Giulio, � toi. - D'accord.
Tu as gagn�, Serena. J'en ai assez.
Pourquoi ?
Alors, c'est � qui ? Allez, Serena !
- O� vas-tu ? - Daniele, prends ma place.
J'arrive.
Donne-moi la raquette. Tu vas voir !
Vas-y, lance ! Allez !
- Bonjour, Serena. - Bonjour, oursin, je reviens.
- Bonjour. - Salut.
Qu'as-tu contre Maddalena ?
Personne ne touche ta Maddalena.
Ne fais pas l'idiote.
Chaque fois qu'elle arrive, tu disparais.
J'ai un rendez-vous, c'est interdit ?
Mais qu'est-ce que vous avez tous, aujourd'hui ?
L'un a une t�te d'enterrement, l'autre fait des myst�res,
Carlo a disparu et toi... Je ne vous comprends pas.
Continue comme �a. �a vaut mieux.
Je t'expliquerai quand tu seras plus grande.
Je t'expliquerai ce que veut dire tra�n�e, d'accord ?
Quoi ?
Moi, je n'ai rien contre Maddalena.
Mais je n'ai aucune sympathie pour sa "famille".
Vu que je ne sais pas me taire, il vaut mieux que je m'en aille.
Tu as compris, maintenant ?
Salut.
Alors, je viens te chercher ?
- Rossana, attends ! - Salut !
- Bonjour. - Bonjour.
- J'ai eu tort de vous appeler ? - Oui.
Nous n'aurions pas d� nous revoir. Pas comme �a.
Je n'ai aucun regret. Je suis si heureux de vous voir.
Au fond, vous avez raison, cela vaut mieux...
Parlons-en une fois pour toutes.
Ne pas nous revoir, ce sera impossible.
Riccione, c'est petit,
on est voisins, Maddalena est votre amie...
- Se voir seulement comme �a... - Absolument.
Et vous ne devrez plus me parler ainsi.
Hier, quelqu'un a souffert � cause de moi, �a n'arrivera plus.
Vous n'�tes pas coupable, naturellement.
Mais soyez gentil, effacez le souvenir absurde d'hier soir.
- Mais je veux m'en souvenir ! - Il n'y a rien � se rappeler.
Je ne sais pas ce qui m'est arriv�.
Ou plut�t, si, je sais.
C'est l'atmosph�re qui joue des tours � tout le monde.
Non, ce n'est pas vrai ! Vous ne le pensez pas !
Quoi que je pense, notre relation...
Mer, pourquoi
cette nuit m'invites-tu � r�ver ?
Pendant que je souffre et ne sais oublier
mon amour perdu.
Dis-moi quelle est cette musique �trange
que tu murmures doucement tout pr�s de moi
qui attriste mon c�ur.
Et descend du ciel vers toi
comme un voile d'argent.
Dans ce r�ve, la tristesse et les larmes
font trembler mon �me.
- Salut, Maddalena. - Bonsoir.
- On va au cin�ma ? - Si tu veux.
Bien s�r que je veux. Allons-y.
Ne discutons pas.
Une seule chose encore.
En jouant avec ta vie, as-tu pens� � la mienne ?
L'une des raisons de mon accord, c'est toi.
Je n'ai pas envie de rester � te regarder
faire � manger, la vaisselle,
pendant que cette idiote de Tonia se balade en voiture
et ne sait m�me pas raccommoder un bas.
Tu ignores ce que peut �tre la vie.
Je voudrais que tu la connaisses.
Ah, si j'�tais s�r de mourir dans six mois...
Leo, et si je te le demandais au nom de mon amour ?
C'est toujours pareil, ici, on ne voit que des bouts de films.
Que les membres des forces arm�es r�int�grent leurs casernes.
Nedo ! Viens, sors ! D�p�che-toi !
- Qu'y a-t-il ? - Je ne sais pas, sortons.
Oui.
Informations : Sa majest�,
roi et empereur,
a accept� la d�mission du chef du gouvernement...
- Qu'y a-t-il ? - La chute de Mussolini...
Reste ici.
Pr�sent�e par Son excellence Benito Mussolini
et a nomm� chef du gouvernement,
Premier ministre et Secr�taire d'�tat
le Mar�chal Pietro Badoglio.
�a change quoi ? La guerre continue !
Pas de demi-mesures, pas de moyens termes !
Finis les massacres, finis les bombardements.
Il faut effacer jusqu'au souvenir de ces vingt ans d'infamie !
Allons-y, il faut tout d�truire ! Tout !
Allez, en avant ! Apportez des �chelles !
On est libres !
Qu'est-ce que tu fais, papa ?
Je tire sur le premier qui entre.
- Sainte Vierge ! - Tais-toi, idiote !
Pas celles-l�, connard !
Mets-les l�, avec les autres.
Quelle chaleur. Donne-moi � boire.
Il y a du cognac.
Plus tard, avec Rosa, mettez l'argenterie dans la valise,
les objets de valeur et le tableau qui est dans la chambre.
Il en met du temps, cet idiot ! Pour une voiture...
- Quelqu'un arrive. - Qui ?
Je ne sais pas. Je ne vois pas d'ici.
Carlo !
Il n'y a personne ?
- C'est une amie de ma tante. - Qui est-ce ?
Qu'est-ce que je fais ? J'ouvre ?
Attends ! N'ouvre pas.
Qu'est-ce qu'elle veut, celle-l� ?
Belle croupe !
La vache ! Hier, � Bologne...
Je parie que cet idiot de Romolo n'a pas r�ussi.
J'aurais mieux fait d'y aller.
La guerre continue.
L'Italie, durement touch�e dans ses provinces envahies
ses villes d�truites...
Oui, Mussolini d�missionne !
Il a �t� arnaqu� par ses hommes, comme d'habitude.
- Et toi, tu ne savais rien ? - Personne !
L'autre enfoir� ! On savait qu'il y avait le Grand Conseil
et on ne nous a rien dit ! �a cachait quelque chose.
Non, tu parles ! Il nie l'�vidence, ce couillon.
"Aucune importance", il disait.
S'ils veulent m'arr�ter, ils n'ont qu'� venir me chercher.
Bande de clowns !
Range-�a.
C'est rien. La guerre continue.
Ils viennent de perdre l'avantage de la surprise.
C'est plus des trouillards que des clowns.
On verra dans un mois, quand ils se frotteront aux Allemands.
Ce n'est pas pour le bon plaisir de ce timbr� d'Hitler
que les Allemands nous ont �cras�s comme des cafards.
Votre Excellence, Romolo est arriv�.
Carlo, je dois te parler.
Je ne peux pas si tu me regardes.
J'ai �t� mari�e pendant longtemps.
Mais je ne savais pas qu'on pouvait aimer � ce point-l�.
Aimer tant que �a.
C'est merveilleux !
Tout le sable va dans tes cheveux.
Laisse, �a ne fait rien.
Le ciel va s'�claircir. Il va faire jour.
Il me semble r�ver.
Dis-moi que demain rien n'aura chang�.
- Toi, tu seras diff�rent. - Pourquoi ?
Parce que tu te fatigueras,
parce que je suis beaucoup plus �g�e que toi,
parce que tu me feras souffrir, parce que c'est ainsi.
Ne dis pas �a ! Je ne veux pas.
Ne dis pas �a.
Serre-moi fort contre toi.
Il y a du monde.
- �a m'est �gal. - Ils vont te voir.
C'est sans importance.
Oui, tu as raison.
- � quoi tu penses ? - � rien.
Il est tard. Allons-y.
Je dois �tre monstrueuse... ne me regarde pas.
- Je pr�f�re partir seule. - Non.
Je n'ai que quelques pas � faire.
Reste ici, juste cinq minutes.
On se revoit quand ?
Ce soir.
Tu viens chez moi ?
Maman !
Qu'a-t-elle ? Elle se sent mal ?
Non, elle n'a rien.
Maddalena !
Qu'est-ce qu'elle avait, Colomba ?
Elle pleurait, mais ce n'�tait rien.
Elle s'est rendormie.
Viens, entre.
Qu'as-tu, Maddalena ?
Rien.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Qu'y a-t-il de mal � ne pas avoir sommeil ?
Je n'ai rien dit.
Alors, regarde-moi dans les yeux.
Ne mens pas, Maddalena.
Et surtout ne sois pas hypocrite.
Mais moi, je veux partir.
Je veux partir !
Maddalena, arr�te ! Qu'est-ce que tu as ?
Excusez-moi, mais je veux m'en aller.
Je veux m'en aller.
Pourquoi pleure-t-elle ?
Je ne sais pas. Demande-le-lui.
�a fait plusieurs jours qu'elle est arrogante et insolente.
Insolente, Maddalena ? R�fl�chis � ce que tu fais.
Maman, j'ai 30 ans et j'ai une fille.
Justement.
Comporte-toi comme une femme de 30 ans et une m�re.
Essaie de comprendre. Je ne veux pas en dire plus.
Comporte-toi comme une femme de 30 ans
qui a une fille.
- Et les autres ? - C'est tout.
L�, il y a une salle de bain et l�, un placard.
� qui appartient cette maison ?
- � mon p�re, Ettore Caremoli. - Nous le savons.
O� irez-vous, maintenant ?
Vous avez droit � une chambre avec salle de bains et cuisine.
Merci. C'est trop gentil.
Moi, je vous en aurais priv�.
Merci.
�a ne m'�tonne pas.
Les r�fugi�s peuvent venir.
Il suffit qu'ils signent � la mairie.
Salut, Roberta. Bonne nuit.
Tu ne rentres pas chez toi ?
Je n'ai pas envie. Ce n'est plus chez moi.
O� iras-tu ?
Je ne sais pas. Chez ma tante.
J'irai en enfer... Je ne sais pas !
Carlo, je t'en prie, ne fais pas comme �a.
Quels l�ches ! C'est maintenant qu'ils l�vent la t�te.
Mon p�re a raison !
Excuse-moi.
�a me passera, mais pour le moment...
Bien s�r, mon ch�ri. Je te comprends.
� demain.
Roberta !
Qu'est-ce que tu as ?
Rien. Je n'ai rien, ch�ri.
Rien du tout. Bonne nuit.
- Que se passe-t-il ? - Parle doucement.
Qu'est-ce que tu as, ma ch�rie ? Tu pleures ?
- Je t'en prie, arr�te ! - Excuse-moi.
Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Je suis fatigu�e.
Ce n'est pas vrai.
Dis-moi pourquoi tu pleures.
- Parce que j'ai peur. - De quoi ?
- Que �a se termine. - Non !
- J'ai peur. - Non, �a ne finira pas.
Je t'aime.
Je ne sais pas le dire, mais je t'aime.
- Tiens-moi fort. Comme �a. - Oui, mon amour.
Je t'aime...
Ne pars pas.
Reste avec moi.
Roberta ! Tu ne peux pas...
Non, viens. Tout le monde dort.
Ils n'entendront pas. Viens.
Viens.
Roberta, viens l�.
Oui, maman.
Ferme la porte.
Je n'aurais jamais imagin� �tre dans une telle situation.
Maman, nous pourrions �viter, non ?
Nous n'avons rien � nous dire.
Ou plut�t, il vaut mieux ne rien dire.
Te rends-tu compte de ce que tu dis, de ce que tu fais ?
Tu as un nom, une �ducation, tu...
Au moins par respect pour ta fille, pour la m�moire de ton mari !
C'est un scandale ! Avec un jeune homme !
Maman, tu exag�res !
Tu ne trouvais pas Adalberto trop �g� pour �tre mon mari ?
Tu ne t'es jamais plainte de ton mari ni de ta belle-famille.
Non, ce n'�tait pas possible avec vous.
Que pouvais-je dire ? Quels reproches pouvais-je faire ?
Que je n'ai pas v�cu pendant 10 ans ?
Dans une maison o� on m'aimait tant.
Ils �taient tellement respectables ! Tellement bons...
Au point de me culpabiliser pour mon malheur.
Tu �tais indigne de cette maison.
Exact. Comme je ne suis pas digne de toi.
Tu voulais une fille comme Maddalena. D�sol�e, je t'ai d��ue.
Je suis diff�rente. M�diocre. Mais �a va comme �a.
Pendant trente ans j'ai ob�i.
"C'est ce qu'ils disent, donc c'est vrai".
Mais maintenant, c'est termin� !
Je ne fais pas de scandale.
J'ai simplement un homme que j'aime et auquel je ne renoncerai pas.
Je ne veux pas te forcer. � toi de d�cider.
Si ta m�re �tait l�, elle n'aurait aucun doute.
R�fl�chis encore, Maddalena.
Mais j'ai d�j� d�cid�. Je pars.
Adieu.
- Que Dieu te prot�ge, ma fille. - Merci.
Au revoir, mon amour.
Au revoir.
Mademoiselle, on part.
Au revoir, Maddalena !
Vite !
- Bonne chance. - � toi aussi, Martino.
Maddalena ! Pardonne-moi !
Qu'as-tu fait aujourd'hui ? Tu m'as t�l�phon� tr�s tard.
Mais tu m'as d�fendu d'appeler dans la journ�e.
Oui, c'est vrai.
Mais le temps ne passait pas. J'�tais inqui�te.
Je suis d�sol�.
Tu as d�cid� o� tu vas t'installer ?
Non, �a n'a pas d'importance.
Je prendrai une chambre, apr�s on verra.
Giorgio et Daniele s'en vont.
- Tu trembles, tu es gel�e ! - Oui, j'ai froid.
Il faut que je rentre.
On ne reste pas ensemble ?
Non, il ne vaut mieux pas.
Il s'est pass� quelque chose ?
Non, rien.
J'ai la clef du cabanon.
Viens.
Au fond, je pourrais dormir ici.
Un peu petite comme maison.
Comme tu es belle !
Je te d�sire tellement...
Vous ne savez pas que la plage est interdite la nuit ?
Nous ne le savions pas.
- C'est la guerre, vous le savez ? - Baissez cette lumi�re.
- Vos papiers. - Oui.
Tout de suite.
Pas celui-ci. Les papiers militaires.
Ah, oui.
�clairez-moi !
Bien.
Ce document est p�rim�.
Qu'est-ce qu'on fait ?
Il a �t� renouvel� � Rome.
Dites-moi, jeune homme, je m'y connais bien.
Ou bien on blague ?
Non, vous avez raison.
Je devais me pr�senter le trente � Bologne.
Mais apr�s ce qui est arriv�...
Quoi donc ? La guerre est finie ?
Allez, on va au poste.
Vous, vous pouvez partir.
Je peux accompagner madame ?
- Votre carte d'identit�. - La voil� !
Et demain matin � Bologne, d'accord ?
Merci.
Essayons d'�tre pr�cis. C'est s�rieux.
Que feras-tu, maintenant ?
Je vais m'arranger.
Je m'y attendais, t�t ou tard.
C'�tait mon p�re qui trafiquait avec toutes ses relations...
Un sacr� type, lui aussi.
� sa place, j'aurais voulu que mon fils parte en premier.
Myst�res.
Et si tu ne te pr�sentes pas demain, que t'arrivera-t-il ?
- Ils me fusilleront. - Ne blague pas.
C'est d�plac�.
Excuse-moi.
Je ne sais pas ce qu'il m'arrivera. Des probl�mes, c'est s�r.
Carlo, n'y va pas !
- O� ne dois-je pas aller ? - Demain, ne te pr�sente pas.
Si je pouvais...
Mais ces gens-l� se fichent de ce qu'on pense de la guerre.
C'est une d�sertion.
Mais si tu te caches, ils ne te trouveront jamais.
J'ai une villa � Rovigo, je t'y rejoindrai au plus t�t.
Tu veux ?
Ce n'est pas possible. Ce serait trop beau, trop facile.
Je ne le fais pas pour te garder, tu sais.
Parfois je me dis que c'est juste une erreur,
et que tu t'en iras, un jour.
Jamais !
Je dois te croire. Je veux te croire, j'en ai besoin.
Parce qu'autrement plus rien n'a de sens pour moi.
J'ai bien assez pay� pour cette guerre.
J'ai le droit de d�fendre ma vie.
Mais comme �a, tu d�fends la mienne.
Non.
Je le voudrais, mais je n'en aurai jamais le courage.
Je sais que ce serait juste, coh�rent...
si j'avais un autre caract�re.
Je dois suivre les autres, comme �a, je me sens moins seul.
Je suis un pauvre,
un pauvre d�serteur
qui a pass�
sa fronti�re.
Et Ferdinand l'empereur
me fera pers�cuter...
Carlo, ne me d�teste pas.
Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Excuse-moi, je suis nerveuse, j'exag�re.
Qu'est-ce que tu as racont� � Colomba ?
Rien, je n'ai rien dit � personne.
J'aurais d� expliquer trop de choses.
Je t�l�phonerai de Rovigo.
Assieds-toi, � pr�sent.
Essaie de te reposer un peu.
Tu es p�le.
Merci.
Carlo, je t'assure, ce n'est pas � moi que je pense.
Je sais.
C'est vrai.
Je ne peux penser � ma vie sans toi.
Je ne peux pas y penser.
Mais si c'�tait pour toi, pour te savoir heureux,
je pourrais renoncer � toi tout de suite.
Je saurais renoncer � te voir.
Je sais.
Je sais, ma ch�rie.
N'aie pas peur.
Louons une voiture � Bologne, c'est plus prudent.
- Tu es s�re ? - Oui, je suis s�re.
Tu verras, la maison de Rovigo est belle. Il y a un grand jardin.
J'en ai tellement peu profit�. Je suis contente.
Viens !
On s'en va !
Qu'est-il arriv� � la maison ?
Ils ont d� aller l�-bas aussi ! Mon Dieu !
Non, n'aie pas peur, tout va bien � Riccione.
Calme-toi... viens !
Les lignes pour Bologne et Venise sont interrompues !
Ceux qui le veulent peuvent retourner en arri�re !
Quai 6, d�part pour Rimini, Riccione, Anc�ne !
Vite !
Non, Roberta, je ne viens pas avec toi.
Laisse-moi ici, je dois rester. Ce massacre me fait horreur.
Mais je suis comme les autres, je ne me r�volterai jamais.
Je t'en prie, si tu m'aimes, ne dis rien.
Rentre, c'est ce que tu veux. Tu m'en voudrais trop.
Je t'en prie, aide-moi, Roberta.
Laisse-moi seul.
Mon amour, pardonne-moi !
Je t'en prie, essaie de comprendre.
Cet enfer finira bient�t, et alors, si Dieu est juste, tu verras...
Non, c'est fini.
Nous ne nous reverrons jamais !
Tu le sais autant que moi.
Plus jamais...
Attendez !
O� sont les autres ?
FIN
Adaptation : Agn�s NOBECOURT
Sous-titrage : Dubbing Brothers
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