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Bonjour. Je suis David Morrell,
l'auteur du roman First Blood dont ce film a été tiré.
Je vous parlerai des différences entre mon livre et le film,
pour vous éclairer sur les choix qui ont été faits,
et vous apprendrez des choses intéressantes.
Je parlerai plus tard de Mario Kassar et Andrew Vajna,
deux noms que vous venez de voir, très importants pour ce film.
Débutons par la superbe musique de Jerry Goldsmith.
Un thème militaire et mélancolique joué à la trompette,
décliné de façon intéressante tout au long du film.
La 1re fois que j'ai vu ce film,
c'était dans de drôles de circonstances.
On dit que c'est une chance folle qu'un livre soit adapté à l'écran.
O'Ryan, qui était le distributeur du film,
nous avait donné des billets, à ma femme, mes enfants et moi,
pour le voir à lowa City, où je vivais.
J'étais alors professeur de littérature américaine.
On avait prévu une fête pour des amis, avec du pop-corn...
O'Ryan ne voulait pas que nous gâchions ces billets,
alors il a insisté pour que nous allions voir le film
à 14 h, un mercredi, dans une salle complètement vide.
Nous sommes entrés, le gérant nous a accueillis,
il était un peu étonné.
Nous nous sommes assis, perplexes,
et un Sylvester Stallone de 6 m de haut a marché vers nous.
J'étais totalement déboussolé,
ce que je voyais me déroutait.
Mon nom au générique est apparu,
j'ignorais quoi en penser, j'étais soufflé.
Nous sommes sortis du cinéma à 16 h, le soleil brillait,
nous nous regardions, ma femme, mes enfants et moi,
nous étions abasourdis.
Voici mon nom, permettez-moi de faire une pause.
De retour chez moi, un ami m'a appelé:
"Alors, qu'en penses-tu? Qu'as-tu ressenti?"
J'ai répondu : "Je n'en sais rien. C'est étrange, une salle vide."
Lui : "Dis-moi si c'est bien."
Moi : "Sans public à côté, je ne sais pas.”
Il a ajouté : "Au moins, tu dois savoir si c'était nul."
J'ai dit : "Je suis sûr d'une chose, ce n'est pas un mauvais film.”
Le film sortait 3 jours après, je suis allé le revoir,
les spectateurs étaient déchaînés.
Je vous dirai les scènes qu'ils ont adorées.
J'ai su alors que le film aurait un succès énorme.
Tout le film a été tourné en Colombie-Britannique,
dans le Golden Ears National Park.
C'est à 160 km de Vancouver, en allant vers le nord-est.
Des décors naturels magnifiques qui, hélas,
n'étaient pas dans le livre.
Il a fait le tour d'Hollywood.
Je l'ai écrit, et il a été publié en 1972.
Un roman très controversé à l'époque,
car comportant bien plus d'action qu'il y en avait habituellement
et le sujet était le Viêt Nam transposé aux Etats-Unis.
L'idée de ce livre m'est venue en 1968,
quand j'étais étudiant de 3e cycle à Penn State.
Je regardais la télévision
et j'ai été frappé par les actualités,
par deux reportages qui se suivaient.
L'un était sur la guerre du Viêt Nam,
avec des soldats qui hurlaient et des balles sifflant de partout,
l'autre sur des émeutes ayant lieu dans des villes américaines.
Cet été là et l'année suivante il y a eu plein d'émeutes,
dues surtout à la colère engendrée par la guerre du Viêt Nam.
Je me suis dit que si j'écrivais
un roman dans lequel la guerre du Viêt Nam
serait transposée aux USA,
la proximité aiderait les gens à mieux se rendre compte.
Au fond, l'idée était d'écrire un roman contre la guerre,
de dire mon opposition à la guerre du Viêt Nam,
et d'expliquer que l'État maltraitait les jeunes hommes
en faisant d'eux des machines à tuer
sans leur réapprendre à vivre une fois rentrés.
D'ailleurs, une question que l'on me pose souvent
est "Qui m'a servi de modèle pour Rambo?"
Je réponds Audy Murphy,
un héros de la 2e Guerre mondiale.
Une sorte de Rambo, au départ un jeune homme originaire du Texas,
entraîné à tuer puis oublié.
Audy Murphy a eu bien des soucis dans sa vie civile à cause de ça.
On lit sur cet écriteau : "Bienvenue à Hope".
Incroyable mais vrai,
cet endroit s'appelle bien Hope, "espoir".
Je fais une interruption à cause de Brian Dennehy.
Ce film lui a posé un gros problème
car, contrairement au livre, il n'a pas de vrai rôle à jouer.
Du coup, cet excellent acteur
a dû trouver un tas d'astuces
pour donner vie à un personnage très faible.
Je reparlerai de lui tout à l'heure,
je reprends là où je m'étais arrêté.
Je voulais créer un personnage revenant de la guerre
avec la médaille d'honneur, très mécontent,
trouvant cette guerre inutile et s'estimant manipulé.
Écoutez cette réplique.
"Tu as pris un bain cette semaine?"
J'imaginais cet homme rentrant au pays,
déambulant sur les petites routes américaines,
très mécontent, essayant de trouver
à quoi pouvait bien rimer sa vie.
Là, c'est en fait le début du roman.
Rambo pénètre dans la ville, le policier lui dit:
"On n'aime pas les gens habillés comme toi dans notre ville.”
Ce film a été tourné en 1982, 10 ans après la sortie du livre,
et plein d'événements s'étaient produits entre-temps.
La plupart des faits
qui se produiront dans la cellule
ont été puisés dans des articles lus à la fin des années 1960.
Un, en particulier.
Un groupe de jeunes
barbus et avec les cheveux longs.
A la fin des années 1960, dans certains coins des Etats-Unis,
si vous débarquiez et que vous étiez barbu et chevelu,
on se moquait de vous, on vous traitait de femme.
ça pouvait même vous coûter la vie.
Dans ce coin du sud-ouest,
ils ont conduit ces jeunes au commissariat,
ils les ont déshabillés,
arrosés au jet d'eau, tondus, rasés,
puis ils les ont conduits à 25 km de la ville
et leur ont dit de partir et de ne pas revenir.
Là, il lui dit: "Pourquoi me harcelez-vous?"
"On n'aime pas ta façon de t'habiller."
10 ans après la sortie de livre,
je me rappelle des spectateurs se demandant :
"Qu'est-ce qu'il a de bizarre, son look?"
Tous les hommes dans la salle étaient habillés comme Rambo.
En 10 ans, tout avait changé.
"Qu'est-ce qu'il a de bizarre, son look?"
Je me suis dit qu'il fallait un antagoniste
pour les besoins de l'histoire.
Et j'ai pensé qu'il serait intéressant
d'avoir un personnage de policier avec qui il entrerait en conflit
et qui serait également un héros de la guerre,
sauf qu'il serait un héros de la guerre de Corée.
Cet homme, Teasle, est plutôt Républicain,
et Rambo est un Démocrate mécontent.
Le conservateur contre le libéral,
le radical même, dans une certaine mesure,
c'est le type de conflit que je voulais instaurer.
De plus, je voulais que le policier, Teasle,
soit suffisamment âgé
pour qu'il soit possible que Rambo soit son fils,
ainsi il pouvait exister entre eux un conflit de génération.
C'était le conflit des années 1950 contre les années 1960,
une sorte de guerre civile qui prenait de l'ampleur aux USA
et à laquelle on assisterait en miniature.
Pour ce faire, j'étais forcé
de faire de ce policier
un personnage aussi fort et intelligible que Rambo.
Je tenais alors la structure du roman :
un chapitre pour le point de vue de Rambo,
un chapitre pour celui de Teasle,
un pour Rambo, un pour Teasle,
et à un moment on ne saurait plus qui est le héros.
A mesure que progresse l'histoire, on ne saurait plus qui encourager.
Ce conflit était très important pour moi,
du coup j'ai été un peu déçu
de voir à quel point le rôle du policier avait été réduit.
Mais il n'y a que 95 minutes,
il faut bien faire des sacrifices.
Dans un instant nous allons découvrir l'accessoire principal :
le couteau.
Il a généré beaucoup de controverses.
Ce couteau, dessiné par Jimmy Lyle,
un coutelier de l'Arkansas très célèbre.
Le voici. "Qu'est-ce que tu chasses avec ça?"
Au départ, c'est un couteau de survie pour aviateur.
L'idée, c'est qu'un aviateur militaire
qui a un accident ou qui est abattu,
a tous les outils pour sa survie dans ce couteau.
Il possède un manche creux,
il y a une boussole en haut de celui-ci.
Dans le manche il y a du fil de pêche, des allumettes
et un tas de choses bien utiles.
Du cordage est enroulé autour du manche.
Entre le manche et la lame, d'un côté
il y a un tournevis cruciforme
et de l'autre un tournevis plat.
De plus.
la lame comporte une partie en dents de scie très acérée.
Pour un aviateur dont l'avion s'est crashé...
Regardez ce couteau, il est très impressionnant.
Après un accident d'avion, vous pourriez.
On m'a rapporté qu'un espion l'avait fait...
Vous pourriez découper une porte en métal.
Les flancs de l'appareil, vous les attaquez...
Vous utilisez le couteau comme une scie
qui vous permet de sortir
par une issue que vous avez découpée.
Quant aux ressemblances entre le roman et le film,
regardez l'échafaudage qu'utilise le peintre.
C'est dans le livre.
Ça m'a surpris. Les décorateurs...
Dans le roman, les peintres
descendent au sous-sol et peignent les murs.
Les décorateurs ont dû lire mon livre
et ont trouvé des détails à ajouter.
Plus tard, pour s'enfuir, je regrette
que Rambo n'utilise pas cet échafaudage.
Dans le livre, il s'en sert et le balance
sur ceux qui le poursuivent.
Je me dis que ça aurait fait une belle petite scène.
Le flash-back sur le Viêt Nam.
Quelque chose de drôle se passe...
Jusqu'à présent, ce type n'était qu'un vagabond solitaire,
maintenant on s'interroge sur lui.
La scène avec la famille et leur fils tué par l'agent orange
n'est pas dans le roman.
Les droits cinématographiques du livre ont été vendus en 1972.
3 studios les ont acquis, 16 scénarios ont été écrits.
Des gens tels que Martin Ritt, Sydney Pollack
et même Richard Brooks ont été associés au projet.
Au départ, Steve McQueen devait jouer Rambo.
Paul Newman a été contacté.
Un tas de gens se sont impliqués.
Le problème, cinématographiquement parlant,
était que j'avais toujours été frappé par le fait que souvent,
au cinéma, la guerre.
Les films sur les Alliés sont édulcorés,
la guerre n'est plus infernale, elle n'est plus que dérangeante.
Alors je l'ai écrit
pour qu'il soit crédible qu'un membre des forces spéciales,
un ex-soldat parfaitement entraîné,
puisse, sur une population civile,
commettre un véritable carnage.
Aussi afin de faire réfléchir
sur la dangerosité d'un tel homme, même tout seul.
D'où le nombre de victimes dans le livre,
qui s'élève à environ 250 personnes. C'est énorme.
C'est comme une petite guerre.
Quand ils ont voulu adapter le livre à l'écran,
le problème était que si on le voyait tuer tant de gens,
on n'aurait plus de sympathie pour lui.
Ce médium ne permet pas d'intérioriser,
de connaître ses pensées, les raisons de ses actes.
La seule solution aurait été de développer
disons le rôle du policier
et de s'inspirer d'un film qui m'a beaucoup influencé,
Seuls sont les indomptés, avec Kirk Douglas.
Il fuit la police dans les montagnes à Albuquerque, Nouveau-Mexique.
Et le policier a un rôle très, très fort.
Dans les différents scripts, ils n'ont pas fait ça,
ils modifiaient sans arrêt Rambo.
Comment créer un sentiment de sympathie d'emblée pour lui?
Au lieu de le faire arriver en ville et accoster par le policier,
la scène du début a été inventée.
J'ignore qui de Sylvester,
de Michael Kozoll ou de William Sackheim,
les auteurs du scénario qui a été tourné,
a eu cette idée.
Le but était de rendre ce vagabond solitaire très attachant.
C'est un passage difficile, n'est-ce pas?
Pour rendre cet homme très attachant,
il apprend la mort du dernier membre de son unité,
tué par l'agent orange.
La guerre continue de ce point de vue-là.
Sacrément musclé, hein? Quel athlète!
Il s'en va,
cette famille a été très chaleureuse envers lui,
tandis qu'on pense : "Oh, quel salaud, ce policier!"
On est attaché à lui, le conflit est instauré.
Je parlerai du nombre de victimes un peu plus tard.
J'avoue être un peu gêné par la grossièreté du film.
Ce film a initié tout un tas de modes,
une en particulier consiste...
Les films d'action utilisent de plus en plus de gros mots.
Ce n'est pas utile.
Il y a un niveau de grossièreté
qui est nécessaire, mais il y a des dérives.
Dans L'arme fatale et ses suites,
la vulgarité dépasse les bornes.
Nous regardons ce film depuis 15 ou 16 minutes,
l'action a commencé.
Et elle va se poursuivre.
Ce film dure 95 minutes,
dont 55 minutes sont dédiées à l'action.
C'est ainsi qu'on crée de nouvelles règles.
En ajoutant, par exemple, de nouvelles choses.
Parmi ses défauts,
le langage, peut-être, mais si vous êtes friand d'action.
Autrefois, avant flambe...
Un autre passage très fort.
On apprend son passé bizarre, et on retourne à l'action.
Thom Noble a utilisé la belle musique de Jerry Goldsmith
et fait Un montage très nerveux.
J'ai vu plusieurs fois ce film au cinéma,
les spectateurs trépignaient, sautaient sur place, s'agitaient,
comme s'ils ressentaient
ce qui se passait sur l'écran.
C'est l'une des plus belles scènes de bagarre.
Dans les 10 meilleures,
il y a Frank Sinatra se battant contre Henry Silva
dans Un crime dans la tête, et d'autres similaires.
Celle-là est forcément dans les 10 meilleures.
L'action est extraordinaire.
Ajoutez à cela la musique de Jerry...
On va voir un de mes moments préférés.
On assiste à sa fuite,
il va s'échapper à toute vitesse du commissariat,
et on va entendre la même musique qu'au début.
C'est à présent le thème héroïque de Rambo, très reconnaissable.
Le voici. Je vous laisse l'écouter.
Les gens applaudissaient.
Difficile à imaginer de nos jours,
le public est devenu léthargique et indifférent.
A cet instant-là, les gens applaudissaient,
la musique les stimulait.
Soudain, plus de musique, toute la 1re partie de la poursuite.
Jerry fait une pause, il privilégie l'action.
Jerry fait une pause, il privilégie l'action.
La musique reprendra dans un moment.
Voilà pourquoi Steve McQueen voulait faire ce film.
La musique est encore présente, il l'arrêtera plus tard,
quand il n'y en aura plus besoin.
Steve voulait jouer dans ce film,
parce que c'est un solitaire et un rebelle,
et aussi en raison de cette poursuite à moto.
Plus de musique. Elle s'est arrêtée.
Laissons l'action parler d'elle-même.
Je me souviens. Je connais peu Sydney Pollack,
je l'ai rencontré une fois,
mais on a discuté de son travail avec Steve sur le film.
J'ai dit : "McQueen aurait été fantastique.”
Et Sydney Pollack m'a dit ceci :
"Le problème est que Steve, à l'époque où on pensait à lui,
"avait environ 46 ans.
"Comment un jeune vétéran revenant de la guerre
“pourrait-il avoir 46 ans?" Ils ont abandonné l'idée.
Ils ont eu un tas de problèmes semblables à celui-ci
quand ils ont commencé le casting.
Sylvester Stallone, à cette époque, en 1982,
n'avait connu le succès que dans la série des Rocky.
Il avait fait néanmoins quelques films que je trouve bien.
Fist est très intéressant et m'a impressionné.
J'aime A nous la victoire,
un film sur le football réalisé par Huston.
Mais avouons qu'il manquait de références,
et quand Sylvester a été engagé pour le film,
bien des professionnels
pensaient que ce projet serait pour lui un nouvel échec.
Les gens qui travaillaient dessus avaient des doutes.
Et Sylvester lui-même, dans une interview,
avait dit à propos du film
qu'il risquait d'être le navet le plus coûteux qui soit.
Il en a été tout autrement.
Une des raisons à ça, comme je l'ai dit tout à l'heure,
est son niveau d'action.
Autrefois, à l'exception des James Bond,
un film d'action était considéré comme réussi
si dans ses 3 parties, il y avait 3 grosses scènes d'action.
Et ces films-là étaient très structurés.
Si l'on parle d'un grand classique comme Bullit,
on dirait un film d'action,
mais il y a beaucoup de mise en place au début.
Quelqu'un est tué avec un fusil de chasse.
C'est assez long, il se passe des choses à l'hôpital
quand Steve poursuit un type.
Après la célèbre poursuite en voiture,
la fusillade à l'aéroport et c'est la fin du film.
C'est l'un des tous premiers films
dans lequel ils ont cherché à avoir de l'action en permanence.
Après 15 ou 16 minutes,
on est de plain-pied dedans.
A part lorsqu'on découvre Richard Crenna,
ce film est intrépide et a réinventé le genre.
Après, tous les films d'action ont dû se calquer sur lui.
Il a signé le début du film d'action moderne.
Si vous allez voir L'arme fatale ou un autre du genre,
dites-vous que Rambo est leur grand-père à tous.
Tant de choses se passent dans ce film.
Dans le roman, quand Rambo
enfourche sa moto et s'enfuit,
il est nu comme un ver.
C'aurait été difficile à filmer
et ils auraient eu une classification gênante,
mais je trouvais intéressant que le héros s'échappe nu,
parte à moto
et, 24 h plus tard,
soit habillé et bien armé,
grâce à ce qu'il a trouvé dans les montagnes.
Il aurait réussi à faire cela parce qu'au Viêt Nam,
il aurait appris des membres d'une tribu qui l'auraient aidé
et approvisionné.
Dans le livre, il va vers la montagne,
l'action se déroule dans le Kentucky.
Je voulais également,
en quelque sorte, un conflit nord-sud.
Il va dans la montagne, cherche des contrebandiers d'alcool
pour avoir l'aide obtenue des membres de la tribu,
mais on n'a pas gardé tout ça.
A présent, nous revenons à Brian,
qui tâche d'étoffer le rôle qu'il joue
dans cette région tout à fait magnifique.
L'hélicoptère va arriver dans une minute,
ce qui soulève un autre problème :
le niveau de violence dans ce film.
Là, je trouve qu'il a une allure intéressante.
Il devient une sorte d'icône lorsqu'il met.
son bandeau. Ça a été repris et pas mal parodié.
Bientôt, quelque chose d'intéressant va se dérouler.
Dans le roman, il est poursuivi par les policiers,
dont certains sont en hélicoptère.
Mais Rambo a tué, ce n'était pas une simple bagarre.
Mais Rambo a tué, ce n'était pas une simple bagarre.
Il les a tous tués dans le sous-sol du commissariat.
La chasse à l'homme qui s'ensuit
est sans appel, elle a pour but de le tuer.
Ils lui tirent dessus
pour le tuer, lui aussi cherche à tuer.
Jusqu'au moment où notre héros arrive en courant
en haut du falaise, dont il commence la descente.
Je me souviens que Andy Vajna,
un des producteurs dont j'ai envie de vous parler,
m'a dit qu'ils voulaient rester proche du livre sur certains aspects,
qu'ils ont été tentés de tourner cette scène différemment
et que finalement, ils se sont ravisés.
Très compliqué à faire, ce que l'on va voir.
J'ai évoqué Mario Kassar et Andrew Vajna.
Ce film.
O'Ryan en était le distributeur pour les Etats-Unis,
la société qui l'a produit s'appelait Carolco,
dont Andrew Vajna et Mario Kassar étaient les têtes pensantes.
Ça faisait un bail qu'ils faisaient du cinéma chacun de leur côté.
Je crois que Andy avait eu des activités en orient.
Ils ont décidé d'unir leurs forces et de faire un film.
Ils avaient entendu parler de First Blood,
qui était devenu légendaire comme livre,
car il était passé de studio en studio.
Columbia l'avait eu un temps, puis Warner Bros,
après un autre studio. De grands cinéastes l'ont lu
ainsi que de grands acteurs.
Fabuleuse. Je ne résiste pas à vous en parler,
cette scène est à couper le souffle
et les cascades que vous allez voir sont difficiles à réaliser.
Ils avaient eu vent de ce projet qui stagnait depuis longtemps.
Ils sont allés chez Warner Bros, ils ont trouvé le script,
et après l'avoir lu, ils ont dit : "Ca nous intéresse.
"On n'a qu'à engager Sylvester Stallone.”
Il n'était pas alors une valeur sûre,
mais ils ont dit: "En avant pour Stallone.
"On va faire une sorte de film à la Roc/(y.
"Il sera un opprimé qu'on encourage, comme dans Rocky.”
Et Sylvester s'est beaucoup impliqué dedans.
L'idée lui a plu et il a réécrit le scénario
dans le but de mettre en avant.
son côté opprimé qui, en ce qui concerne le film,
fait toute la différence et explique son succès.
Mario et Andy ont financé ce film avec leurs propres deniers.
Personne ne voulait croire dans leur projet,
et même quand ils ont montré un bout du film
à certains studios aux Etats-Unis,
pas un seul n'a pensé que ce film pourrait générer de l'argent.
Alors ils ont décidé de mettre bout à bout les 55 minutes d'action.
Dans leur montage, il n'y avait que le genre de scène qu'on voit là.
Très, très palpitant.
Et ils ont fait une projection à un des.
Régulièrement,
les professionnels du cinéma se retrouvent.
Ce film a été tourné en Panavision, qui utilise l'anamorphose
et qui a 2.35 de format. C'est très large.
La scène que vous voyez, en particulier,
cadrée comme elle l'est,
est un extraordinaire moment visuel.
Ted Kotcheff, à mon avis,
méritait d'être salué
pour cette très riche expérience visuelle.
Donc ils ont projeté leur montage à un marché
où se retrouvent tous les distributeurs internationaux
pour choisir les films qu'ils vendront.
Ils ont projeté le montage des 55 minutes d'action.
Richard Crenna était là, il m'en a parlé.
Quand Andy et Mario sont entrés,
personne ne voulait leur parler.
Après la projection des 55 minutes,
c'était comme à la bourse de New York.
Tout le monde faisait la course
pour être le premier, pour chaque pays,
à signer les droits de distribution du film.
Le marché du cinéma a beaucoup changé.
Autrefois, vous alliez voir un studio
qui vous finançait et vous tourniez.
Andy et Mario, eux.
C'est la cascade du livre dont j'ai parlé.
A couper le souffle. Il tombe, encore et encore.
Grand cascadeur.
Il va toucher l'arbre. boum!
Tout est dans le roman.
Dans le livre, il se casse une côte et doit se faire un bandage.
Là, bien sûr, on va voir que c'est un héros.
Il va sortir son couteau et se faire des points de suture.
Dans la salle, là aussi, le public se déchaînait.
Un moment très palpitant.
Donc on se serait cru à la bourse de New York.
Après, Andy et Mario ont décidé de dire
aux distributeurs internationaux :
"On pense à un film avec Arnold Schwarzenegger, ou un Rambo 2.”
Et ceux-ci leur donnaient de l'argent.
Les distributeurs à l'étranger finançaient le film d'Andy et Mario,
en échange de clauses privilégiées, je suppose.
Ces fausses balles sont très réalistes.
Les charges placées sur l'arbre
explosent au moment précis où l'homme tire.
Évidemment, ce ne sont pas de vraies balles, mais des pétards
que fait éclater quelqu'un derrière la caméra
au moment où il tire.
Je m'interromps. L'instant est particulier.
Rambo est en train d'être attaqué.
Il a lancé une pierre, qui a touché le pare-brise,
le type tombe.
C'est la seule mort que l'on voit à l'écran.
Ce film a la réputation d'être violent,
il donne un sentiment de violence,
mais je compterai le nombre total de victimes,
et vous verrez que c'est la seule personne qui est tuée à l'écran.
Ce sont essentiellement des biens qui subissent des dommages.
Les producteurs indépendants ont dit :
"On n'a pas besoin des studios, allons ailleurs.
"Les distributeurs à l'étranger nous financeront.
"Faisons le film et contrôlons le produit."
Une toute nouvelle génération de créateurs de films
est née dans les années 1980.
Pas directement grâce à Carolco,
car d'autres indépendants en avaient eu l'idée,
mais Carolco l'a fait fonctionner sur une grande échelle.
Et c'est Andy et Mario qui ont concocté la recette
d'un film d'action et de sa commercialisation.
Parlons de la durée de ce film.
Ce film dure plus ou moins 95 minutes.
De nos jours, si vous voyez Titanic', vous en prenez pour 3 h,
et l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux doit durer 2 h 40.
Mettez-vous à la place d'un producteur ou d'un distributeur
Mettez-vous à la place d'un producteur ou d'un distributeur
qui s'adresse à un exploitant qui projette le film dans une salle.
S'il décide de projeter un film qui dure disons 95 minutes,
ça lui laisse le temps de faire entrer les gens,
de projeter le film et avec le temps qu'il lui reste,
de faire sortir les gens, et d'organiser plein de séances,
s'il prévoit un cycle de 2 h.
Ça veut dire qu'à la fin de la journée,
il a pu faire une séance supplémentaire.
Et ça représente beaucoup d'argent.
Ça fait une grosse différence dans les recettes.
Pendant longtemps,
très peu de gens suivaient cette règle,
mais Andy et Mario voulaient
que le film fasse cette durée-là.
Après, ç'a été la durée étalon de ce genre de films.
Puis, j'ignore pourquoi, les choses ont changé,
la durée des films s'est allongée.
Et je dois dire que dans nombre de cas,
je ne suis pas sûr que le film gagne à être plus long.
Souvent, je trouve que l'on y perd
en termes de rythme et de force.
A présent, il est blessé par balle.
“J'ai rien fait!" C'est l'opprimé.
Pourquoi s'acharne-t-on sur lui? Il a juste jeté une pierre.
Remarquez à quel point tout a été fait pour que l'on soit.
attaché au héros.
Alors que dans le roman, je l'ai dit,
il y a beaucoup plus d'action et bien plus.
Les autres personnages sont bien plus étoffés.
Faisons une pause. Si vous avez cru voir David Caruso,
vous avez vu juste.
C'est l'un de ses premiers films
à succès avant son explosion à la télévision.
C'est celui qui est à droite, avec la lèvre ensanglantée.
Même très jeune, il avait un extraordinaire.
"Je m'en doutais!”
.....un extraordinaire charisme.
J'ai dit que j'avais été influencé par Seuls sont les indomptés.
Ce film est en fait un western.
Je l'ai toujours considéré ainsi.
Il s'échappe de la prison, la moto est un cheval
qu'il enfourche, et le shérif est à ses trousses.
Quand j'étais petit,
j'ai été très influencé par La vallée de la poudre, avec Glenn Ford.
Glenn veut faire paître ses moutons
là où sont les éleveurs et leur bétail.
Ceux-ci le détestent car il est berger,
les moutons sont censés dévaster les prés, etc.
Alors ils forcent Glenn Ford à quitter la ville,
mais celui-ci revient toujours.
Il ne veut pas se laisser faire.
Ce n'est pas un parallèle qui est manifeste,
mais quand Rambo entre en ville et s'en fait chasser,
ça m'y fait beaucoup penser.
En plus, on est dans la montagne, loin de la civilisation,
et sans se donner beaucoup de mal,
ça pourrait devenir un western. Et à la fin.
Là, il fabrique des pièges. Nouveau plan sur le couteau.
A la fin, au moment du combat dans la ville,
ça me fait penser à un autre film,
un western, Le train sifflera trois fois,
dans lequel le duel final
dans les rues ressemble à un ballet.
C'est la 2e partie.
Certains d'entre vous savent qu'un film comporte 3 parties.
1re partie : Rambo arrive en ville,
il s'échappe et se réfugie dans la montagne.
A présent, 2e partie : ils le poursuivent.
On sent que le style a changé.
Sentez l'ambiance, presque gothique.
Ce film a été tourné dans le Golden Ears National Park,
pas loin de Vancouver, en Colombie-Britannique.
Si vous observez attentivement,
vous verrez de la neige au sol,
et vous serez surpris, il n'y en a pas au début de la séquence.
Une des raisons pour lesquelles ils n'ont pas filmé dans le Kentucky
où j'avais situé l'action, les montagnes sont très colorées.
Il y a un petit côté gothique là.
a raison,
c'est que dans le Kentucky, ils avaient peur, en hiver,
période où ils devaient tourner,
d'avoir du mauvais temps.
Alors que la Colombie-Britannique est réputée pour ses hivers doux.
C'est pourquoi ils ont choisi la Colombie-Britannique.
De plus, il y avait d'autres avantages, fiscaux notamment,
et des montagnes plus grandes.
Leur choix a été surtout dicté par la météo.
Ils filment là-bas et ils ont droit au pire hiver
qui frappe la Colombie-Britannique et Vancouver depuis des années.
Le blizzard les a forcés à interrompre.
Il a fallu ruser, pour la cohérence des plans.
Dans ce plan, il y a juste un peu de pluie,
mais c'est beau et sombre, il n'y a pas de congères.
Pour cette séquence, ils ont dû utiliser...
des petits lance-flammes, au butane,
des torches pour faire fondre la glace
et la neige, et des appareils qui aspirent
dont on se sert pour se débarrasser des feuilles.
Ils ont aspiré la neige.
Ils n'ont pas tout enlevé,
mais suffisamment pour que les plans correspondent.
Un jour, j'étais dans le bureau de Andy et Mario,
ils m'ont dit qu'ils voulaient baptiser cette scène...
Ily en a une similaire dans Rambo 2 et Rambo 3.
Ils l'ont baptisée "la scène du caméléon".
Ils voulaient que dans chaque Rambo,
quand l'ennemi pourchasse Rambo,
celui-ci se confonde avec le milieu qui l'entoure.
Il est dans un trou, dans un arbre, dans la boue.
Le célèbre plan dans Rambo 2 où il émerge de la boue.
Après, l'un après l'autre,
usant de méthodes diaboliques,
il se débarrasserait de ses poursuivants.
Ceci l'illustre parfaitement.
Le décorateur mérite indéniablement des louanges,
le directeur de la photo aussi.
Admirez ça, c'est très beau.
Cette image très large, c'est magnifique.
Et l'ambiance créée par Ted,
la façon dont Ted Kotcheff a construit cette séquence.
La bagarre dans la cellule est une superbe scène de bagarre
et cette longue scène de traque
est l'une des scènes d'action les mieux maîtrisées.
On sent la tension qui monte.
Extrêmement bien réalisée.
Dans un instant, Sylvester va surgir
et délivrer une des répliques-clés du film :
"Si vous voulez la guerre, vous l'aurez!"
Vous remarquerez que Sly ne parle pas beaucoup dans ce film,
ni dans Rambo Zou Rambo 3,
et cela a été commenté de diverses manières.
Dans la vraie vie, Sylvester Stallone
est quelqu'un qui parle énormément.
Et peu de lui, sa conversation est très agréable.
Il compte parmi les gens les plus bavards et drôles que je connaisse,
les plus effacés également.
Je parle des superstars que je connais,
de gens qui ont beaucoup de pouvoir,
et qui, dans la relation qu'ils ont avec vous,
pourraient être distants. Lui, au contraire, est très engageant.
C'est quelqu'un qui adore parler et qui s'exprime bien.
Il y a deux raisons au fait que le personnage parle peu.
D'abord, en tant que vétéran du Viêt Nam,
il souffre de stress post-traumatique,
il ressent beaucoup de tensions en lui,
il ne pourrait pas.
Ça y est, il attaque.
C'est très, très bien fait.
Très effrayant.
Ce pauvre s'est vraiment fait avoir, n'est-ce pas?
Cet homme souffrirait d'un tel stress
qu'il ne pourrait pas dire grand-chose.
Il existe même une version du scénario
dans laquelle Rambo n'a aucun dialogue.
Par contre, à la fin, il vide son sac dans une grande tirade,
où il parle de son ami et de la boîte à chaussure,
qui cache une bombe qui tue cet ami au Viêt Nam.
L'autre raison pour laquelle il y a peu de dialogues dans le film
est liée à la distribution internationale.
Andy et Mario ne pensaient pas uniquement au marché américain.
Le film allait être traduit en chinois, en japonais,
en espagnol, en grec, etc.
Et la traduction change les dialogues et les nuances,
même s'il n'y a pas beaucoup d'humour dans le film.
Si vous le faites doubler.
Rambo surgit, il se fait tirer dessus,
il esquive, un des leurs est touché.
L'angoisse monte...
Un film comique, par exemple, une comédie américaine...
Un passage très, très fort.
Ils se retiennent un peu.
Personne n'est mort encore
dans cette "scène du caméléon".
L'humour est difficile à traduire dans d'autres langues.
Alors ils se sont dit qu'en réduisant les dialogues du film,
de Rambo et de tous les autres,
en ne laissant que le minimum de dialogues,
ce serait plus facile à doubler dans d'autres langues.
Ça éliminé un tas de problèmes.
Bien sûr, il y a des avantages et des inconvénients.
Comme avantage, c'est un bon calcul commercial,
mais l'inconvénient est qu'à force de réduire les dialogues,
on finit par obtenir un film crétin.
Ce que je regrette dans le cinéma contemporain,
par rapport au cinéma des années 1930 ou 1940,
c'est qu'il n'y a plus assez de dialogues.
Ils disent : "Si on le voit, inutile d'en parler.”
Mais je pense que parfois...
Voici la fameuse réplique : "Si vous voulez la guerre.”
Ça fonctionne très bien.
C'est le tournant du film. Je fais une pause.
Un passage très effrayant.
"Oubliez-moi".
Quant à Brian, regardez comme il joue bien.
On croirait vraiment qu'il a vécu cette terrible épreuve.
On n'imagine pas qu'avant la scène, il était dans sa loge.
Nous allons bientôt découvrir le prochain personnage important.
Je parlais des dialogues.
Certains aspects de l'expérience humaine ne peuvent être véhiculés
dans un film que par des dialogues.
Nous devrions inverser la tendance,
revenir à cette façon de faire des films.
A l'origine, Kirk Douglas tenait le rôle joué par Richard Crenna.
Son costume avait été réalisé.
On avait pris des photos de lui.
Dans Variety, on le voyait dans l'uniforme du colonel Trautman.
Il s'est présenté pour le tournage,
là, en Colombie-Britannique.
Et pour des raisons que j'ignore,
j'imagine à cause de l'éternel problème de désaccord artistique,
il a dit que le scénario ne lui convenait plus,
le personnage n'allait pas dans le sens qu'il attendait.
Et il s'est retiré du projet.
Cela les a mis dans l'embarras.
Ils étaient prêts à tourner et il manquait un acteur.
Lynn Stalmaster était le directeur du casting. Le monde est petit...
J'habite à Santa Fe. Je suis un mordu de tennis,
les courts où je joue sont à deux pas de chez moi.
Je suis allé jouer,
pas mal de pros du cinéma viennent à Santa Fe,
et j'ai croisé Lynn Stalmaster.
Et à la fête de Noël du club,
on a commencé à parler de ce problème de casting.
La société de production lui avait dit
qu'il fallait un remplaçant à Kirk Douglas.
Après une intense réflexion, il a lâché:
"Je vais appeler Richard, il serait parfait.”
Il a téléphoné à Richard Crenna qui s'est décidé en un week-end.
Je crois qu'en quelques jours,
il était en costume et prêt à entrer dans la danse.
Il est sur le point d'apparaître.
C'est risqué, par rapport à l'histoire.
J'ai eu le même problème dans le roman.
Comment introduire un personnage au milieu du film
sans que son rôle ait l'air accessoire,
mais, au contraire, indispensable à l'histoire?
Tout d'abord,
c'est un acteur puissant, qui s'impose.
Et il fallait un personnage qui permette de sortir de l'impasse.
Le voici.
"Qui êtes-vous, bon sang?" "Sam Trautman”".
Il est très imposant.
Richard est l'un des acteurs les plus gentils qui soient.
C'est même l'une des personnes les plus gentilles qui soient.
Il est dans le cinéma depuis un grand nombre d'années.
Enfant, il était déjà comédien.
Il a joué avec Armis Brooks, il a une expérience fabuleuse.
Prenons un film comme La Fièvre au corps.
Richard ne joue que 15 min.
Il interprète le mari que vont tuer les amants.
J'ai dit ceci à Richard :
"Une des raisons du grand succès de La Fièvre au corps
"est la force que vous avez donnée
“au personnage secondaire du mari.”
Il fallait qu'il donne l'impression
d'être un homme d'affaires tout à fait implacable,
sans jouer le rôle de façon ampoulée.
Richard se sert beaucoup de son regard.
Regardez son impassibilité, il réussit ça très bien.
Je l'ai trouvé merveilleux.
Nous ne sommes pas amis, mais j'ai eu l'opportunité
de lui parler longuement sur le tournage de Rambo 3.
Il est charmant, j'en ai été témoin.
J'ai fait avec lui une tournée promotionnelle pour Rambo 3.
Nous sortions d'un ascenseur, nous allions voir des journalistes,
et il a été accosté par un homme et son fils de 10, 12 ans
qui était un fan inconditionnel de lui et de ses films.
Le père du garçon a dit: "On pourrait vous photographier?"
Vous n'imaginez pas comme Richard a gâté cet adolescent.
Il l'a vraiment traité de façon très chaleureuse.
Et il ne jouait pas la comédie, c'est simplement un type bien.
Quand j'écrivais le livre, j'étais sous l'influence
d'un mythe.
J'ai lu un livre traitant d'un mythe unificateur,
que certains d'entre vous connaissent certainement,
intitulé Le Héros aux mille visages.
Plus tard, George Lucas
s'est beaucoup inspiré de Le Héros aux mille visages
et d'autres livres du même genre
pour créer la trilogie de La Guerre des étoiles.
Si vous analysez ce film d'un point de vue mythique,
vous avez le solitaire, l'homme qui sort de la nature
pour entrer dans la ville.
Pensez au mythe disons du passage à l'âge adulte.
Dites-vous que Rambo, dans une certaine mesure,
est un enfant, au départ.
Un événement douloureux le pousse à quitter le monde
pour aller dans la montagne,
où il découvre un côté de lui-même.
Il va dans la montagne, comme Moïse
et d'autres y sont allés pour avoir la révélation.
Et après il retourne en ville dans la 3e partie,
fort du savoir appris dans la montagne
et très différent du personnage qu'il était dans la 1re partie.
Cette structure comporte la séparation, l'initiation
et le retour.
Si vous étudiez les films qui ont eu beaucoup de succès,
d'un point de vue du mythe,
vous verrez que cette structure est très souvent utilisée.
Vous verrez que cette structure est très souvent utilisée.
A présent, on est dans la grotte.
Les grottes sont des endroits mythiques
où il est possible de découvrir beaucoup de choses.
Le feu. et un thème très primitif: celui du chasseur.
A y réfléchir, il y a du Tarzan dans la façon dont c'est traité.
Un des problèmes
que les scénaristes ont eus au début
était : que va-t-il faire dans la montagne?
Certains ne se fiaient pas au livre.
Dans un des scénarios, je jure que c'est vrai,
c'était presque une comédie.
Rambo devenait un guérillero à la Bobby Riggs.
Très peu de gens se souviennent encore de Bobby Riggs.
Et, en même temps,
ce Rambo-là connaissait tous les trucs des forestiers.
Il est dans une grotte,
il accède à un hangar où il survit en pillant un distributeur.
Je pense que c'est la façon la plus minable
de traiter le personnage.
D'autres auteurs qui ont travaillé sur l'histoire
ont développé le rôle de la montagne
et, plus important, ont établi un lien entre Rambo
et ce qui se passe dans la vallée, à la base de commandement.
Un scénariste...
Pardonnez-moi, je n'ai jamais su son nom
et cet auteur mérite qu'on le félicite.
a inventé l'astuce que Rambo prenne la radio
de l'homme qu'il a tué,
celui qui est tombé de l'hélicoptère.
Ainsi, Rambo va pouvoir
écouter ce qui se passe plus bas, à la base.
Ça rend possible un lien,
une sorte de lien mystique,
entre Rambo et Trautman.
Il est relié à la base et ils peuvent communiquer.
Ainsi, on a le sentiment qu'ils sont attachés l'un à l'autre.
Il énumère les gens qui sont morts,
une sorte de litanie des morts et des pertes
qui ont affecté le héros.
Dans le roman, Trautman.....
Il s'appelle Samuel Trautman.
Son prénom est un choix délibéré,
parce qu'il est Sam, l'Oncle Sam.
Il est l'homme qui a créé Rambo.
Il représente l'establishment.
Si vous préférez, il est, dans une certaine mesure,
l'image du père diabolique.
Il est ce qui arrive quand le gouvernement vous manipule.
N'oubliez pas que j'ai écrit ce livre en 1968 et 1969,
sous l'influence d'un rejet de la guerre du Viêt Nam.
Je voyais les reportages à la télé dont j'ai parlé,
et j'ai assisté aux manifestations contre la guerre
sur le campus de Penn State en 1970.
La garde nationale était intervenue
car durant ses manifestations, les locaux de la direction de la fac
avaient été investis.
Et ça m'avait frappé. Les étudiants à qui j'enseignais...
Non, je ne suis pas Mathusalem, j'étais juste étudiant.
J'avais sans doute un peu plus de 20 ans.
Des vétérans de la guerre du Viêt Nam m'ont parlé
de leur expérience là-bas
et de leur grande amertume quant à leur vie gâchée.
Ils s'étaient sacrifiés et personne aux USA ne semblait s'en soucier.
J'ai intégré tout ça
et je me suis dit que l'homme qui avait créé Rambo
pourrait être un personnage très ambigu.
Parfois, quand on regarde Richard interpréter le rôle,
on ressent sa fierté d'avoir fabriqué Rambo.
Mais on peut aussi remarquer, en arrière-plan,
une sorte de sentiment morbide.
Cet homme, Trautman, est un tueur,
et, d'une certaine façon,
il est plus dérangeant que tout le vécu de Rambo.
Régulièrement, Teasle, le rôle tenu par Brian Dennehy,
regarde Trautman en semblant vouloir lui dire :
"Vous êtes différent.
"Vous êtes le type de personne qui me fait peur.
"Je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme vous."
Il fallait un bon acteur
parce que dans le scénario, il n'y a pas grand-chose,
il ne se passe pas grand-chose pour Brian.
Comment faire pour modeler le rôle?
De façon à ce qu'on croie au personnage?
C'est un belle prestation d'acteurs
à laquelle on assiste dans ce film.
Là, vous avez vu ses bons côtés,
son côté attachant, mais plus tard,
on découvre d'autres aspects.
L'arrivée de la garde nationale.
Un jour, à une dédicace de livres,
j'ai vu des types de la garde nationale,
très mécontents de certains aspects du film.
Les hommes de la garde nationale ont parfois l'air d'être des pitres,
qui s'amusent quand ils forcent Rambo à se terrer dans la grotte...
dans la mine.
Mais sinon, c'est très, très fidèle
à ce qu'il se passe dans le livre.
Les adversaires débarquent et Rambo est sous l'eau.
Dans mon livre, il n'y a pas de rochers.
J'ignore comment filmer ça. il est sous de la boue,
sous une coulée de boue,
il est en train de se noyer, il étouffe.
Mais il doit retenir sa respiration
et ne pas bouger, même s'il suffoque,
le temps qu'ils partent tous et qu'il puisse sortir.
Mais bon, c'est une différence mineure.
Quand arriver à filmer ça?
Là, il tient l'adolescent, est-ce qu'il va le tuer?
Dans le roman, il le tue.
Ça peut sembler choquant, comme le reste.
Je voulais montrer que la guerre est horrible.
Ici, c'est une autre approche du personnage,
qui est réinterprété.
Je trouve ça fascinant. Ces scènes, je les ai écrites,
mais elles ont été transformées,
ce qui provoque l'émergence d'un nouveau thème.
Mon livre dénonçait la guerre
et montrait le triomphe des valeurs incarnées par Trautman.
Ce film est écrit au début des années 1980,
en 1982, les années emblématiques de la période Ronald Reagan.
Il célèbre, en quelque sorte, les années Ronald Reagan.
Son but est de panser les blessures du passé
et d'enseigner la fierté et le patriotisme.
L'opprimé, ce sont les Etats-Unis.
Difficile de se souvenir à quel point alors
les Etats-Unis avaient une mauvaise image. C'est encore le cas.
Au début des années 1980, les Etats-Unis
ont leur amour-propre en berne,
et Rambo est devenu un représentant de la nation.
Parce qu'il est l'opprimé qui parvient.
à accepter son passé
et à se racheter,
il a eu l'appui de notre pays tout entier.
Voici la scène où la garde nationale
est tournée en ridicule. Désolé.
Je ne suis pour rien là-dedans.
C'est quand même assez drôle.
Des guerriers du dimanche.
L'un dit qu'il doit être à l'épicerie lundi.
J'ai trouvé ça tordant.
Oui, c'est très drôle.
L'humour est assez nécessaire à ce moment précis.
Tout ce qui a précédé est très intense.
Ils vont tout faire sauter,
et ça, ils le font
également dans le roman.
Parlons un peu de la scène de la mine.
Elle n'utilise pas autant de psychologie
que je l'aurais souhaité.
Dans le livre, Rambo explore la mine
et trouve un corps.
Le squelette d'un homme,
peut-être un type qui travaillait dans la mine.
C'est un moment étrange, gothique, où l'on sent
que Rambo risque de connaître la même fin.
De plus, Rambo
a l'air plus à l'aise dans cet environnement
que partout ailleurs.
Ils vont utiliser le lance-roquettes pour pulvériser la mine,
et, bien sûr, Rambo sera pris au piège.
Il semble qu'il soit mort, et dans un moment,
on leur dira : "Pourquoi avoir fait ça?"
Et s'ensuivra un très beau passage,
un très grand numéro d'acteur.
Richard Crenna montre qu'il sent bien
que l'histoire ne s'arrêtera pas là.
Dans peu de temps, Rambo, dans la mine,
va affronter une horde de rats.
A mon avis, cela mérite que j'en parle un peu.
Dans le livre, ce ne sont pas des rats mais des chauve-souris.
Je voulais faire endurer au personnage
ce qui est pour moi le pire des cauchemars :
comment ce serait de marcher, dans une totale obscurité,
dans cette mine,
et de patauger dans du guano de chauve-souris?
Dans le roman, il a du guano de chauve-souris.
Je reste poli. jusqu'aux genoux.
Là, ils nous refont Iwojima. C'est drôle.
La photo d'Iwojima...
Il leur dit: "Foutez le camp!”
il faut que je sois à l'épicerie lundi."
Il a du guano jusqu'aux genoux et il y a des scarabées...
Dans le guano de chauve-souris il y a des scarabées.
Ils rampent sur ses bras,
sous ses aisselles et ailleurs.
Ayez également à l'esprit
l'environnement hostile de la grotte.
Certaines chauve-souris ont la rage,
et dans le roman il ne se dit pas seulement:
"Je pourrais mourir ici, dans le noir,
"avec ces scarabées sur moi et le reste.”
Il pense aussi au risque d'attraper la rage
et ça le fait totalement sortir de ses gonds.
Regardez, la lumière brille dans l'obscurité.
Un peu plus tard, vous verrez que Sylvester se brûle.
Je vous en reparlerai quand on verra les images.
Il endure une sorte de crise psychologique
avec toutes ces chauve-souris autour de lui et le reste.
Du coup, il a...
J'ai mentionné des livres, comme Le Héros aux mille visages,
écrit par Joseph Campbell.
A l'époque, je lisais un autre livre, écrit par Alan Watts,
La Voie du zen.
Le guerrier zen était conforme à mon image de Rambo,
il reste impassible dans des circonstances violentes.
J'ai imaginé que les chauve-souris le mènent à la sortie de la grotte
et alors qu'il fait irruption à l'air libre,
il entre dans un tout nouvel état d'esprit.
Il se met à avoir des sortes de visions mystiques.
Il est difficile de faire passer ça dans un film,
alors ça a été changé.
De plus, pour le cinéma, il existe peu de chauve-souris dressées.
Alors ce qu'ils ont décidé de faire,
c'est de transformer les chauve-souris en rats.
Et ils ont cherché à obtenir des rats.
Où en trouver?
Les seuls rats disponibles étaient ceux de labo,
qui, malheureusement, sont tous blancs.
Vous avez cette image de.
C'est l'un des seuls films dont le générique
comporte le nom de quelqu'un chargé de s'occuper de rats.
Ils ont récupéré des rats et acheté de la teinture pour cheveux.
Ils ont teint ces rats
pour les faire ramper sur ce pauvre Sylvester
quand il est dans la gadoue et l'eau croupie.
Ça m'a vraiment fait mourir de rire,
de les imaginer en train de faire ça.
Là, il vient de trouver du pétrole
et il va se fabriquer une torche.
Et il y a un passage, un peu après...
Sylvester fait beaucoup de scènes sans doublure.
Là, je n'étais pas présent, mais je l'ai vu au travail dans Rambo 3
et je vous assure que la plupart du sang qui était sur lui
durant les cascades, ce n'était pas du maquillage.
C'était son propre sang.
Dans Rambo 3, on le voit galoper avec un cocktail Molotov.
Il y a un retour de flamme et ça lui brûle vraiment la main.
J'ai vu la plaie après le tournage de la scène.
Là, il va avancer puis descendre une échelle,
et la flamme va s'approcher dangereusement de son bras
et ça l'a fait beaucoup souffrir.
Il se blesse beaucoup dans ce genre de films.
Dans cette séquence.
Vous verrez bien, j'ai une histoire à vous raconter.
Si quelqu'un a servi de modèle pour Rambo,
c'est Audy Murphy, le héros de la 2e Guerre mondiale.
Après la guerre, il a joué dans un tas de mauvais Westerns.
La question qu'on me pose,
à part "Oui a servi de modèle?",
est "D'où vient le nom Rambo?"
Faisons une pause.
Vous pouvez voir, en arrière-plan,
à gauche de l'écran,
des médailles, sur le bureau derrière Teasle.
C'est le seul indice dans le film
sur la guerre qu'il a faite.
On ignore si c'est celle de Corée ou du Viêt Nam,
mais il est primordial, à mon avis,
qu'ils aient tous deux connu la guerre,
mais deux guerres différentes.
En fait, derrière la longue traque
qui se déroule dans la 2e partie,
dans la montagne,
se cache également un conflit de génération.
Teasle, un héros de la guerre de Corée, se dit :
"Je suis en forme.
"Il est seul. Les hommes et Moi, on le pourchasse."
Il est dans la montagne
et il s'imagine en train de patrouiller en Corée.
Il pense avoir la situation bien en main.
Tenez, voici les fameux rats teints.
Bon, je tourne ça à la rigolade,
mais dans les salles, à l'époque,
les gens hurlaient.
Ils criaient, ils étaient choqués par ce qu'ils voyaient.
Ces pauvres petites bêtes ne lui font rien.
Il frappe dans tous les sens.
Mais c'est efficace.
Bon, je vous parlais des deux différentes guerres.
Teasle a les méthodes classiques...
C'est ici.
Sa torche lui pose quelques petits problèmes.
Et c'est dans cette séquence qu'il se brûle.
C'est un peu les méthodes classiques employées en Corée
contre les tactiques de guérilla pratiquées au Viêt Nam.
Une fois encore, un conflit de génération.
Revenons au nom.
C'est souvent de choses prosaïques
qu'ils sont tirés.
Je l'ai dit, j'étais étudiant en 3e cycle.
J'ai eu un doctorat de littérature à Penn State.
C'est la fin des années 1960.
Et dans le cadre d'un devoir universitaire,
je devais lire des poèmes de Rimbaud,
et quand ce nom est mal prononcé, on entend "Rambo".
A une époque de sa vie,
il fut Un soldat de fortune, un mercenaire,
et ça m'a trotté dans la tête.
Quelque chose dans ce nom m'interpelle
et c'est alors que m'arrive une drôle de chose.
Je suis en train de lire ce livre,
et ma femme rentre, elle revient de l'épicerie.
On discute et elle me dit:
"J'ai acheté un sac de pommes,
"tu dois impérativement les goûter.
"Elles sont bonnes, c'est une variété du coin.
"Elles viennent de Pennsylvanie, c'est un délice."
A l'époque, je ne raffolais pas des pommes.
J'étais toujours en train de penser à Rimbaud, Rambo,
et je lui dis : "Oui, oui."
Elle : "Elles ont un drôle de nom.”
Moi : "Lequel?"
Elle répond : "Ce sont des pommes Rambo.”
J'ai dit : "Pardon?"
Elle : "Des pommes Rambo.”
Moi : "Épelle."
Elle : "R-A-M-B-O."
J'ai ajouté : "Merci, tu m'aides beaucoup”
et j'ai repris mon travail.
Cette histoire est véridique.
Le rôle joué par Brian Dennehy, Wilfrid Teasle,
a une origine différente.
J'ai continué sur la route de la flore.
On avait déjà une pomme...
J'ai utilisé une plante, "Teasel”, la cardère,
qui n'est pas très connue.
Elle a un aspect rude, comme le nom,
c'était intéressant.
Et associé avec le prénom, Will Tease, "excitera",
ça donne un côté allégorique.
Sam Trautman.
Sam Trautman.
J'ai parlé du prénom Sam, l'Oncle Sam.
Trautman, "l'homme des truites", évoque le pêcheur,
l'as de la ligne,
l'homme qui prend des choses dans ses filets.
Ça renvoie au coté calculateur qu'il a en lui
et qu'il dévoile dans la scène précédente.
Teasle et Trautman parlent du Viêt Nam
et Trautman dit :
"Vous savez, au Viêt Nam, on ne savait plus où on en était."
Le représentant de la loi, lui,
ne se demande pas s'il veut Rambo vivant
ou mort.
Ce passage illustre le livre de Joseph Campbell.
On le voit revenir des profondeurs de l'expérience humaine,
c'est la résurrection pour ainsi dire. Très mythique.
Et la musique de Jerry Goldsmith renforce ce sens-là.
Il émerge du sol et arrive dans la forêt.
S'il y avait plus de dialogues dans le film,
je suis sûr que certains éléments
seraient approfondis, on sentirait plus que Rambo
a vécu une épreuve et appris quelque chose.
Tel qu'il est, on doit le deviner.
Je ne peux pas vous dire
à quel point Joseph Campbell m'a influencé.
Et c'était en 1969,
bien avant que George Lucas, par exemple,
n'écrive sa trilogie qui est beaucoup plus célèbre.
lyaeu la scène angoissante de la grotte,
à présent on le voit effectuer
des acrobaties.
C'est un western, il a sauté sur la diligence
et il va expulser le conducteur.
Il y aura une nouvelle version dans Rambo 2,
dans laquelle il expulse un type d'un hélicoptère.
Là, on entend :
"T'as quoi, à l'arrière?"
"Un M-60."
Je me rappelle avoir vu ce film dans une salle
où j'ai entendu les spectateurs masculins faire "Oh!"
Il était évident qu'ils avaient fait la guerre
et qu'ils connaissaient le M-60.
Ça les avait mis en émoi
parce qu'ils se doutaient qu'il allait y avoir des dégâts.
Dans le roman, ça parle d'un chasseur chassé,
dans le livre...
J'ai abordé tout à l'heure la question du mysticisme...
les personnages, Trautman,
et surtout Rambo et Teasle,
commencent à être atteints d'un délire.
Ils se combattent,
et en raison de l'épuisement que ce combat a provoqué,
ils se mettent à s'identifier l'un à l'autre.
Ils pensent, dans leur délire,
qu'ils peuvent imaginer ce que l'autre est en train de faire.
Le chasseur et le "chassé" deviennent presque identiques.
Dans le roman, ce sont des personnages distincts.
Et Teasle a un rôle
bien plus important à jouer.
On le connaît.
Sa femme vient de le quitter, à cause du problème des enfants.
Il voulait des enfants, pas elle,
et ce problème est devenu insurmontable.
D'ailleurs, Rambo aurait pu être l'enfant que désirait Teasle,
sauf que cet enfant est désobéissant.
Pourquoi le policier s'acharne-t-il sur Rambo?
Il a tant de problèmes personnels qu'il se dit :
"J'ai un tas de soucis, je pourrais le laisser tranquille
"et analyser mes problèmes. Non, je dois faire mon métier!"
Sa traque de Rambo est une sorte de surcompensation.
Bientôt, il va tuer à nouveau.
Sauf que ces types dans la voiture,
ça pourrait être les trois Stooges.
On ne les connaît pas,
on ne voit pas leur visage, ce ne sont que des ombres.
Que va faire Rambo?
Il les percute. Belle course de voitures.
Il va voir une voiture garée sur le côté de la route.
En fait, je vous décris l'action.
et ils les envoient se pulvériser contre celle-ci.
Combien y a-t-il d'occupants? 324?
Disons 4.
Et c'est terminé, il ne fera plus de victimes.
Vu qu'on ne les connaît pas.
Je ne trouve pas que ce soit...
Un homme est mort, il est tombé accidentellement
à cause d'un jet de pierre, et ces types.
Et ils l'ont cherché, ils ne lui ont pas laissé le choix.
Les gens ont beaucoup parlé de la violence de ce film.
L'ont-ils vraiment vu? Car ce sont les seuls moments violents.
Je m'interromps, car c'est un passage que j'adore.
On entendra le thème héroïque quand Rambo percutera la voiture.
C'est une scène fabuleuse.
Je vais vous faire part d'une histoire personnelle.
Intime.
J'ai. j'avais un fils de 15 ans
qui est mort d'un cancer des os en 1987.
Avant sa disparition,
j'ai appelé le bureau de Stallone.
On se dit : "Qu'est-ce que je peux faire pour mon gosse?
"Parler à une star, c'est futile, mais ce n'est pas rien.”
J'ai demandé : "Est-ce que Sly accepterait de parler à mon fils?"
Son assistant m'a dit : "Je vais lui en parler.
"Mais ce genre de choses l'embête un peu,
"parce qu'il a beaucoup de demandes, peu de temps
“et qu'il ne sait pas trop quoi dire à ces enfants
"qui vivent une épreuve terrible.”
J'ai dit : "Je garantis qu'il n'y aura pas de blancs
"dans la discussion parce que...
"c'est mon fils, "il est aussi bavard que moi,
"et Sly aura probablement du mal à en placer une.”
Ça me revient à l'esprit. Un après-midi, mon fils,
3 mois avant sa mort, est rentré de l'école avec 2 copains.
Il avait les cheveux rasés à cause de la chimiothérapie.
Ces jeunes n'avaient jamais vu Rambo,
et ils regardaient cette scène-là quand le téléphone a sonné.
J'ai décroché et l'assistant de Sly m'a dit :
"Votre fils est là, que je lui passe Sly?"
J'ai répondu : "Oui."
Ils regardaient la télé, j'ai dit :
"Matthew, Sylvester Stallone veut te parler.”
Ils pensaient à une blague,
j'ai ajouté : "C'est vrai."
Ces copains l'ont observé au téléphone.
La semaine qui a suivi, Matthew a été le cador de l'école.
"IL a parlé à Sylvester pendant 20 minutes!"
Une longue conversation. Sly a été très courtois.
J'ai rigolé, car Matthew lui a posé des questions
sur l'écriture scénaristique.
Il lui a parlé, comme je l'aurais fait,
de l'univers que j'adore, le show-business.
C'est une histoire émouvante,
et c'est, à mon avis, une belle anecdote sur Sylvester.
"Rambo est vivant, il a volé un camion militaire."
Dans le roman, la suite diffère
de celle à laquelle on assiste dans le film.
Parce qu'au lieu de faire sauter le magasin,
il prend de la dynamite et fait tout sauter en ville :
le tribunal, la prison. Il dévaste littéralement la ville.
Alors que dans le film, on assiste à.
bien moins de destruction de matériel.
Il y va fort tout de même.
Quand Sisko et Ebert ont fait la critique du film,
on aurait dit des représentants de la Chambre de commerce.
Très beau plan, une ambiance sombre.
Ça annonce de l'action.
des représentants de la Chambre de commerce
se plaignant de la destruction de bien privés
qui avait cours dans le film.
A nouveau, ils ont lancé une mode.
De nos jours, ce film est presque reposant
à côté de ce qu'on peut voir dans Rock, par exemple.
"D'où est-ce que vous sortez?"
C'est l'autre facette du personnage de Trautman.
Il a été très compatissant à l'égard de Rambo,
maintenant il suggère qu'il est prêt à le trahir,
le pourchasser et le tuer.
A mon avis, c'est l'un des moments les plus forts.
Observez son regard. Que pense-t-il?
Est-ce anodin ou est-il en train de penser :
"Vous n'avez aucune chance, moi oui."?
Un plan très complexe.
On peut voir des affiches avec des objets de Noël,
ça nous donne une indication
quant aux dates de tournage.
Je ne connais aucune ville aux Etats-Unis
qui a des haut-parleurs partout reliés au commissariat.
Il suffit d'attraper le micro et de dire :
"Alerte! Rentrez chez vous!"
Mais bon, on y croit.
Il l'a déjà fait
et ça s'inscrit bien
dans le drame auquel on assiste.
Ce décor était une ancienne banque
qu'ils ont transformée en commissariat.
Un sorte de projet de réhabilitation
auquel les décorateurs furent ravis de participer.
Il va monter sur le toit...
IIlustration parfaite du thème du chasseur chassé.
De très beaux plans larges, en Panavision, de la ville.
On prend la mesure de la dévastation.
Je dois vous parler d'une chose.
Après j'ignore si j'en aurai le temps, le film touche à sa fin.
Je vous ai dit qu'il ne tuerait plus,
vous allez penser : "Le flic meurt.” En fait, non.
Même si on se demande par quel miracle.
Il est touché par balles, il traverse la verrière, s'écrase sur le sol,
mais à la toute fin, on le voit
en train d'être transporté sur une civière.
Il est indéniable qu'il est vivant.
Je n'en ai jamais parlé à personne,
mais je les soupçonne de l'avoir fait vivre
pour rendre le personnage encore un peu plus attachant.
Après tout, si le policier est mort,
est-il juste de l'envoyer dans le camp de travaux forcés
où on le trouve au début de Rambo 2?
Par contre, s'il vit encore,
il ne lui a collé que 50 balles dans la peau,
il ne l'a pas tué.
Le héros a encore des chances de rédemption.
Nous y sommes : il va forcer la porte
et récupérer la dynamite.
Voici un nouveau passage à caractère iconique.
La bande-annonce du film qui comportait ces images
a marché très fort à la télévision.
Il tire et entre après avoir enfoncé la porte.
Vous l'avez remarqué, j'utilise souvent le mot "icône".
Cet homme est l'un.
Cette forme, cette silhouette,
même sans savoir que c'est Stallone,
elle a imprégné la psyché
des habitants des Etats-Unis et du reste du monde.
C'est l'un des personnages les plus populaires au monde.
Il n'est arrivé que 4 fois au vingtième siècle
qu'un personnage de littérature
soit le héros de nombreux films au cinéma
et que ce personnage
entre dans l'imaginaire de tous les humains.
Et il fait partie de ces quatre-là.
Sherlock Holmes, Tarzan, James Bond et Rambo.
Si on inclut les héros de bandes dessinées, je ne suis pas pour,
il faudrait ajouter à la liste Superman et Batman,
mais c'est un registre différent.
Si on ne compte que la littérature, ça n'est arrivé que 4 fois.
Un jour, une connaissance
est allée en Indonésie,
dans des coins de la jungle les plus reculés,
pour le dire à la façon de Star Trek:
où personne n'a jamais posé le pied.
Cette personne est arrivée dans une clairière...
J'ai eu du mal à le croire, mais j'ai vu la photo.
et sur un écriteau dans un arbre il y avait écrit "Rambo".
Comment était-il arrivé là?
A des centaines de kilomètres de tout,
l'avant-poste de la civilisation.
La raison à ça, parce qu'évidemment,
il y a peu.
On assiste à la destruction de biens privés
qui a scandalisé Sisko et Ebert.
Parce que ce film n'est pas verbal,
ce sont les images qui nous parlent.
Dernière utilisation du mot.
La façon quasi iconique et mythique
dont Rambo est présenté quand il enfonce la porte
est en partie responsable
de la fascination qu'il a exercée sur nous.
Il y a eu deux fins
tournées pour ce film.
Tournées pour ce film.
Dans mon roman,
Rambo meurt,
Teasle meurt,
Trautman est celui qui survit.
Voici le déroulement des événements :
Teasle, qui a été abattu par Rambo,
agonise dans la rue.
Trautman dit : "Assez, je m'occupe de lui.”
Il le traque
et tue Rambo d'une balle dans la tête.
L'homme qui l'a créé l'a détruit.
L'Oncle Sam l'a détruit.
Cette fin a existé dans certains scripts.
Puis ça a été abandonné. et repris.
Ils ont tourné une fin
quelque peu différente.
Je ne l'ai pas vue,
mais on m'a rapporté qu'on y voit Trautman, Richard Crenna,
tenir en joue Rambo,
puis Rambo se saisit de l'arme et se tue.
Cette version a été projetée à des spectateurs
qui avaient, excepté la fin, jugé le film.
Ils étaient chargés de noter le film.
Ils ont attribué des notes excellentes.
Les réactions à cette projection étaient dithyrambiques.
Mais presque tous ont dit:
"Ce n'est pas sérieux! Vous ne pouvez pas tuer un type
"qu'on a applaudi pendant 95 minutes!"
"Rambo, ne fais pas ça!"
Je dis ça à ma femme, et inversement,
lorsqu'on s'apprête à faire quelque chose de stupide.
"Rambo, ne fais pas ça!"
Ils ont dit : "On a applaudi Rambo durant 95 minutes,
"vous ne pouvez pas le tuer. On ne tue pas Rocky."
Ils ont réfléchi à la question,
Andy et Mario,
et ils ont remonté une production,
sont revenus en Colombie-Britannique
et une nouvelle fin a été tournée,
dans laquelle on voit Rambo et Trautman
sortir du bâtiment
et marcher dans la rue,
suivis des yeux par tous les policiers.
Puis ils ont organisé une nouvelle projection d'essai.
Et le film n'a récolté que des louanges.
Certains, qui connaissaient la fin qui n'a jamais été utilisée,
ont dit que cette substitution était Un calcul cynique,
que Andy et Mario voulaient
simplement se laisser la possibilité de tourner une suite.
Je suis très bien informé
et j'en ai longuement parlé avec ces gentlemen,
qui m'ont dit:
"Honnêtement, nous voulions juste une fin
"qui soit la plus adéquate au film.”
Cela n'est pas dans le livre,
mais ça clôt superbement le film.
Je trouve que là aussi, il est très bon.
Certains ont estimé que Sly, de par son discours,
méritait d'être nominé aux Oscars.
"Là-bas, j'avais des armes hors de prix,
"ici, on veut même pas que je sois voiturier!"
Ça a vraiment touché plein de vétérans.
Après ce film, bien des femmes de vétérans sont venues me voir
à des dédicaces de livre et m'ont dit :
"Merci pour ce personnage,
"parce que ce film a sauvé mon mariage.”
Moi : "Comment ça?"
Elles disaient : "Une fois rentré, il n'a jamais parlé du Viêt Nam.”
Écoutez ce dialogue.
Beaucoup de gens font ce genre de cauchemar.
Tout au moins en 1982 et sans aucun doute avant.
En fait, après avoir vu ce film,
des hommes qui gardaient de mauvais souvenirs,
de terribles choses au fond d'eux-mêmes,
sont rentrés chez eux en pleurant.
Leurs femmes, inquiètes, cherchaient à comprendre.
C'était la 1re fois que leurs maris exprimaient ce sentiment-là.
“Cirage?“
Observez son jeu.
Il enlève sa cartouchière,
comme si c'était les boyaux qu'il avait sur lui.
Je sais que Sly est peu loué comme acteur,
mais je trouve qu'il réalise là un tour de force.
On dit qu'il ne s'exprime pas clairement.
Il est censé bégayer,
il est très ému, les mots sortent si vite qu'il les mâche.
Quoi qu'il en soit, ces femmes m'ont dit
que leurs maris s'étaient livrés,
qu'ils avaient parlé de ce qu'ils avaient vécu,
que le film avait provoqué une sorte de catharsis.
Il est difficile de saisir l'impact
que le film a eu à sa sortie.
Un impact tout simplement extraordinaire.
Et, bien sûr, quand le numéro 2 est sorti,
le personnage a pris une dimension que personne n'avait imaginée.
Je me souviens, sur le plateau
de Rocky 3 peut-être,
en avoir discuté avec Sly.
Je ne l'avais jamais rencontré, j'ai pu venir assister au tournage.
On a parlé un peu et il m'a dit:
"Je n'arrive pas à y croire.”
On se sentait tous deux dépassés par le phénomène,
à l'écart.
Dans mon cas,
je regarde, disons un match, et j'entends :
"il a éliminé tous ses adversaires comme Rambo."
J'ai un temps de réaction d'au moins 10 secondes
avant de dire : "Rambo? C'est mon personnage, je l'ai créé!
"Grâce à ma femme et aux pommes Rambo,
"il y a longtemps.”
Quand je regarde ces images.
Parfois je me surnomme le père de Rambo,
parce que le personnage a grandi en dehors du roman
comme une sorte de personne.
Ici, c'est un type de rôle,
et dans la suite, il est différent, son personnage est exagéré.
Tout le processus a été organique
à tel point que parfois, je regarde ce monument auquel j'ai collaboré.
Le voici. Vous voyez, il vit encore.
Cette chose nous a tous dépassés.
Sly a dit la même chose à son sujet :
"Vous avez le sentiment d'en faire partie,
"et pourtant, vous êtes derrière lui,
"à côte de lui.
Là, vous écoutez It's a Long Road.
Une fin très réussie, je trouve.
Je ne crois pas que j'aurais aimé le voir mourir.
C'est Jerry Goldsmith qui a écrit cette musique.
Toujours le même thème, mais décliné différemment.
Si vous regardez les noms
présents au générique,
vous verrez des cascadeurs de renom,
comme Richard Farnsworth.
Plus loin, il y a le nom
de la personne chargée des rats.
Vraiment, ça a été un plaisir
de vous raconter
mes souvenirs de ce film.
Cela remonte
à bien longtemps en arrière
la 1re fois où je l'ai vu,
la parution de mon livre,
en 1972,
et le jour où j'ai eu l'idée
de l'écrire, en 1968.
Ça fait plus d'un quart de siècle.
Un sacré bail!
Merci.
Adaptation : Christophe Ingrand
Sous-titrage : C.M.C.
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