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[musique douce]

[chocs métalliques]

[musique entraĂźnante]

Du beurre, voyons !

Du travail, de l'énergie

et du beurre.

Allons, messieurs, soyez généreux.

De la glace pour la marée et des flammes pour le gibier.

Et vous, oĂč en sont ces cuissons ?

Saignant, le pigeon, saignant !

Les légumes croquants, le pigeon saignant.

Suffit pas de faire, il faut faire bien.

Faire grand ! Faire savoureux !

Il faut faire jouir.

Qu'est-ce que tu fais, toi ?

Je... Je saupoudre de cannelle.

Tu te crois au Moyen-Âge ?

Tu assassines la viande avec tes épices !

Il faut faire vivre le goût et non le maquiller. Benjamin !

Benjamin !

Viens m'arranger ça, là.

Et toi, la cannelle...

va donc Ă  la vaisselle !

À la vaisselle !

DĂ©pĂȘchons-nous, messieurs.

C'est un jour important !

[Hyacinthe] Place, place !

Écartez-vous !

Les tourtes d'écrevisses marcheront devant.

Le duc a l'humeur aux écrevisses.

On réclame le second service.

Ça leur plaüt ?

Les commentaires ont été pour la porcelaine de Chine.

C'est une création à proposer

en préambule et à laisser à disposition gourmande.

Ce n'était pas au menu.

Vous connaissez la consigne : jamais de nouveauté.

Votre fils était encore dans la bibliothÚque.

Ce n'est pas sa place !

Combien de fois faudra-t-il le dire ? Emportez-moi tout ça !

[musique au clavecin]

[clameurs des nobles Ă  table]

VoilĂ  une table qui comptera plus de chaises que de convives.

Quand on ne sait pas recevoir, on s'abstient.

N'est pas un hĂŽte qui veut.

- Cela réclame de rares qualités. - Certes.

De la fortune, mais aussi de la munificence.

- Bien sûr. - Du goût, de l'aménité...

- Et de l'esprit. - Ah !

Regardons les faits en face, les vrais Amphitryons se font rares.

En vérité, mon cher Chamfort,

il n'y a pas dix tables comme la vĂŽtre.

Allons, allons...

Mon ami,

vous ĂȘtes le nouveau Luculus !

[Francine] C'est nouveau, ça.

T'appelles ça comment ?

Délicieux !

C'est délicieux.

Ne t'en fais pas !

Le duc va adorer.

Il adore toujours.

Aujourd'hui, c'est différent.

Ses hÎtes fréquentent Versailles, ce repas peut le mener à la cour.

Il parle de m'emmener Ă  Paris.

Et tu feras Ă  manger au roi ?

Ah, tu m'emmĂšneras avec toi !

[elle rit]

[Raclement de gorge]

Si vous avez le temps,

le duc aimerait faire son commentaire.

Convenons qu'un homme sans cuisinier est un homme sans ami.

[rires]

Le vrai secret est de le former soi-mĂȘme.

Mon pÚre a repéré le nÎtre dans un relais de postes,

au fin fond de nos terres.

L'apprenti boulanger est devenu marmiton

et le marmiton, maĂźtre-queux.

[soupirs impressionnés]

Messieurs, n'oubliez jamais

que la gourmandise est un péché capital.

La bonne chĂšre est permise,

mais il faut combattre cette tendance du moment

pour la bombance et le gros appétit.

L'appétit vient en mangeant !

[rires]

Et puis la table mĂšne au lit.

[soupirs attendris]

Avez-vous des nouvelles de votre ami de la Varenne ?

On le dit en fĂącheuse posture.

- Il ne l'est plus, il s'est pendu. - OH ?

Je croyais qu'il avait du goût.

[rires]

Oubliez donc ces conversations qui coupent l'appétit

et daignez adresser un commentaire Ă  mon officier de bouche.

Vous voyez bien qu'il se languit.

J'ai goûté de belles choses.

Le lustre du potage était éblouissant !

L'enjolivement de la salade mérite mention.

Vos cailles en crapaudine valaient d'ĂȘtre aperçues.

Je n'ai qu'un mot : brillant.

Disons-le ! C'était beau.

[noble] Non, messieurs, cela mérite vocabulaire :

c'était chatoyant, gourmand et lumineux.

[soupirs impressionnés]

Ce n'était pas un repas. C'était un ballet.

[rires]

Eh bien, nous sommes contents que cela vous ait plu.

Manceron, vos cuissons étaient parfaites.

J'ai goûté votre poule d'Inde. Charnue, joyeuse,

délicate.

Un régal.

Et vos brioches d'éperlans fondaient en bouche.

Je les ai trouvées...

coquines et courtoises.

[clameurs]

Coquine et courtoise... Comme la baronne de la Courtade.

La baronne est donc une brioche.

[fou rire général]

Mon cher Chamfort, vous nous avez bien traités.

Avec de tels délices,

Paris vous est ouvert.

Et comment appelez-vous ces petits chaussons

servis en préambule ?

[il hésite]

Le Délicieux.

C'est lĂ  votre seule

fausse note.

Je partage votre avis.

Je vous l'ai dit, mon ami, évitez les initiatives.

Et contentez-vous des menus requis.

Il y avait lĂ  quelque champignon qui n'a rien Ă  faire Ă  votre table.

Et qu'était-ce que ce légume tout pùle ?

Pas du radis,

j'espĂšre.

De la pomme de terre.

[clameurs outrées]

[L'Ă©vĂȘque] Des tubercules ?

Mais pour qui nous prenez-vous ?

- Des Allemands ? - Ça transmet la lùpre.

La pomme de terre est dangereuse, mais aussi fade et vilaine.

En vrai, vos plats manquent de couleurs.

Et de plumes.

Votre cuisine se mange peut-ĂȘtre, mais elle est...

provinciale.

[noble] Et qu'est-ce que c'est que cette barbe ?

Nous ne sommes plus au XVIIe siĂšcle.

[rires]

[Ă©vĂȘque] Tout ce qui est sous terre est ignoble.

Un bon cuisinier doit savoir ça.

[noble] À Paris, vous auriez perdu votre place.

Truffe et pomme de terre, c'est bon pour les cochons.

[riant] Des cochons...

Des cochons ! [il rit]

Il nous prend pour des gorets !

Des petits porcs !

Des marcassins !

Ai-je l'air d'un jambon ?

[fou rire]

[il grouine]

Excusez-vous.

[les rires s'arrĂȘtent progressivement]

Manceron !

[Le duc] Excusez-vous, Manceron !

[musique douce]

[crépitements du feu]

[Jacob] J'étais venu le chercher pour aller poser des collets...

il était là, allongé par terre.

C'est le flux de ventre qui l'a tué.

Pourtant il était solide, ton pÚre.

Les villageois ont envahi la maison dans les deux jours qui ont suivi.

Avec cette disette, tous les gens crevaient de faim.

Ils étaient venus chercher du pain.

Ils ont tout détruit.

Bon bah, maintenant que t'es lĂ ,

je vais retourner dans mes ruines.

Il y a de la place pour trois.

Mais si tu restes, tu te laves, parce que tu pues.

C'est ton fils ?

Oui.

Sa mĂšre est morte quand il avait trois ans.

Je te montrerai la forĂȘt, si tu veux.

Comme je faisais avec ton pÚre quand il était mouflet.

Ah, foutre !

Il aimait ça !

Ça m'Ă©tonnerait qu'il t'accompagne.

Lui, il aime les livres.

Les livres et ses crayons.

C'est Ă  peine s'il accepte de m'aider en cuisine.

Rousseau dit qu'il nous faut tous retourner Ă  la vie simple.

Au plein air.

J'aurai plaisir Ă  aller en forĂȘt.

Alors, vous allez rester ?

[acquiescement]

[rire]

C'est une soupe aux légumes du jardin.

Il y a quoi comme légumes ?

Il n'y a rien de plus restaurant qu'un bouillon.

J'ai nourri votre cheval.

Le gars dehors, c'est le fils du vieux Manceron ?

C'est mon pĂšre.

Il était vraiment cuisinier ?

Oui, mais c'est moi qui fais la soupe.

C'est bien que vous ayez rouvert. Des relais de postes, il en faut.

Vous venez d'oĂč ?

Paris.

Paris ?

Qu'est-ce qui se passe, lĂ -haut ?

Ici, on sait rien.

Un jour, moi aussi, j'irai Ă  Paris.

Tiens.

C'est le journal d'avant-hier.

Je l'ai lu, tu peux le garder.

Merci.

La semaine derniÚre, à l'opéra, j'ai pu apprécier

le texte de...

Et le peuple ? Que fait le peuple ?

Un postillon m'a parlé d'agitation.

Quand on a faim, on fait du bruit.

Ça gueule dans les rues, ça pille,

mais ça rentre chez soi dÚs qu'on donne la garde.

Le peuple aime obéir.

Il quémande des coups de bùton pour se le rappeler,

mais c'est une bĂȘte docile. Il ne se passera jamais rien.

Crois-moi, t'es mieux ici.

C'est un bon coin que vous avez lĂ . Et je m'y connais,

je voyage toute l'année.

Je parie qu'avec un peu de mal,

les diligences s'arrĂȘteront ici avant la fin de l'automne.

Enfin, si vous changez vos soupes.

[cocher] Yah ! Yah !

[des chevaux galopent]

- Bonjour, François. - Salut !

Bonjour.

[homme dehors] Pourquoi on s'arrĂȘte ici ?

Benjamin, la grosse malle reste ici.

Nous sommes attendus au prochain relais.

La serveuse au moins a des formes généreuses.

Vous ĂȘtes Manceron ?

Je m'appelle Louise. J'aimerais devenir votre apprentie.

Je faisais des confitures chez le Comte de Briançon.

Je veux apprendre la vraie cuisine.

Désolé, je suis plus cuisinier.

Au revoir.

[Manceron] Benjamin ? Allez, remonte-moi cette malle.

[Benjamin] Tu pourrais proposer tes services dans un autre chĂąteau.

Nombreux voudront t'engager, tu es connu.

Rien de mieux pour te venger de Chamfort.

Mais de quelle vengeance tu parles ?

C'est pour Chamfort que je cuisine.

Pour son goût, pour son palais.

J'ai servi le pĂšre, je sers le fils. C'est lĂ  toute ma vie.

Ce que je suis, je leur dois.

Tu manges pas assez, il faut que tu manges.

La viande gĂąte l'humeur et rend violent. Je m'en passerai.

Dis pas n'importe quoi. Mange, s'il te plaĂźt.

Tu peux pas t'enfermer ici,

il y a tant de choses Ă  vivre.

J'ai lu que les frĂšres Montgolfier font voler des ballons.

Tu te rends compte ?

On finira par voyager dans les airs comme sur les routes.

Et on chantera comme des mésanges.

Tout ça, c'est des histoires.

Le jour oĂč les hommes voleront,

les cuisiniers seront rois.

OĂč tu vas ?

Il y a une chose que je comprends pas.

Pourquoi tu t'es pas excusé ?

J'ai rien fait qui mérite des excuses.

Bah peut-ĂȘtre...

mais, en tout cas, ton duc, il est dans son chĂąteau.

Et toi, t'es ici en train de te bouffer la rate.

Tu devrais aller le voir.

Je te dis que c'est lui qui me rappellera.

En attendant, on a de l'eau, du gibier, un potager. Ça suffit.

Tout ça, c'est des mots.

T'as oubliĂ© ce que c'est que d'ĂȘtre pauvre.

Crois-moi, t'en auras vite assez

de la soupe de chĂątaignes.

Elle est toujours lĂ .

Et elle refuse de manger.

Dis-lui d'aller dans l'écurie,

- elle va attraper la mort. - C'est fait.

Elle attend que tu changes d'avis. Une vraie tĂȘte de mule.

[grondements du tonnerre]

La cuisine est une affaire d'hommes.

Les femmes n'y entendent rien.

Je n'ai pas le bon sexe, mais je suis faite pour ça.

Je le sais.

Et j'ai la volonté.

Je connais toutes les recettes. De Taillevent, de Massialot,

je les sais toutes.

Tu sais lire ?

On m'a appris...

Je sais apprendre.

Interrogez-moi. Que voulez-vous que je récite ?

Le poupeton de pigeon ?

- Le lapereau ? - Regarde autour de toi.

Il faut 3 ans pour faire un apprenti.

Tu te vois rester 3 ans ici ?

Je resterai le temps qu'il faut. Le temps que...

vous estimerez nécessaire.

Tu es trop vieille pour ĂȘtre apprentie.

Je vous paierai.

Il y a là toutes mes économies. C'est à vous si vous acceptez.

C'est non.

La truffe alliée

à la pomme de terre, c'était une grande idée.

Votre mésaventure est devenue une anecdote de cour.

Elle est parvenue jusqu'à celle du Comte de Briançon.

Je suis sûre que le duc se ravisera.

Il a déjà congédié votre remplaçant

et le nouveau ne plaĂźt guĂšre.

Je n'ai ni matĂ©riel ni produits, mĂȘme pas de cuisine.

J'ai passĂ© l'Ăąge d'ĂȘtre fascinĂ©e par les casseroles

et les louches ne m'enseigneront pas ce que je suis venue apprendre.

J'ai perdu le goût de cuisiner.

Apprenez-moi et je suis sûre qu'il reviendra.

Faudra apprendre Ă  te salir les mains.

- Tiens. - Merci.

[musique douce]

[marchand] S'il vous faut plus, il y a le marché tous les matins.

[Manceron] Mets-le dans le cellier.

On n'aura jamais d'Ɠufs si tu les bouffes au cul de la poule.

Et puis, tu pourrais nous aider.

Oh, oh !

[rires gras lointains]

[client] Votre pain est bon, mais votre vin est rare.

Les routes d'Auvergne donnent soif.

- [Manceron] Louise ? - Oui ?

Du vin pour ces messieurs.

Ça, c'est un beau pays. Vive le Cantal !

[Louise] Va-t'en, toi !

Mon pÚre disait que Dieu a créé l'eau pour étancher la soif des hommes,

mais c'est aux moines qu'il pensait en créant le vin.

Votre pÚre était un grand homme.

Et que disait-il pour le fromage ?

Un moine peut se contenter de peu, mais il lui faut du fromage.

Vous auriez un bout de Salers ?

Non, désolé.

Une auberge sans fromage, c'est un moine sans bedaine.

À votre retour, je vous contenterai, j'ai commandĂ© un roquefort.

[client] Roquefort, Saint-Nectaire, cantal, chĂšvre, proposez-les-moi tous

et j'aurai fait un bon repas.

Il faudra une grande assiette.

[client] Ou alors, mettez-les sur un plateau.

[rires]

[Jacob] C'est un moment qui compte.

Tiens, c'est pour toi.

C'est important, son premier lapin.

[pépiements]

L'hiver est parti,

mais les voleurs ont toujours faim.

- Vous récompensez le vol ? - Non.

J'achĂšte la paix.

Benjamin fera le tour des villages alentour

pour leur dire d'apporter leurs farines.

Et nous leur donnerons du pain. Ils crĂšvent de faim.

Si on ne le donne pas, ils le prendront.

Pourquoi tu t'infliges ça ?

[exclamation interrogative]

J'en avais assez des confitures.

Garde tes histoires de confitures.

Nous savons tous deux que t'as jamais travaillé.

Je t'ai observée.

Tu te donnes du mal, mais ces mains n'ont pas l'habitude de l'ouvrage.

Et il suffit de te voir marcher.

Seuls deux genres de femmes marchent de cette maniĂšre.

Les nobles et les putains.

Et si t'étais comtesse,

tu serais pas lĂ .

Tu m'as menti.

Vous n'avez pas le droit d'abandonner la cuisine.

La neige a fini de fondre.

Il faut profiter du printemps.

Tous les nobles vont organiser des festins,

Chamfort aura besoin de vous.

S'il veut me voir, il sait oĂč me trouver.

Rendez-le jaloux. C'est comme ça qu'il vous reviendra.

Louez vos services Ă  d'autres.

Qu'on parle de votre cuisine et il viendra vous chercher.

Il faut donner envie pour séduire.

Confonds pas ton métier et le mien.

Je demande juste une deuxiĂšme chance.

Nous y avons tous droit, non ?

Vous avez raison, j'ai menti.

À la mort de mon pĂšre, je me suis retrouvĂ©e seule

avec des dettes pour toute famille.

J'étais une proie facile.

Au début, c'était pour survivre, pour échapper à la rue.

Et puis,

j'ai fait mon chemin d'un protecteur Ă  l'autre

jusqu'à la Gourdan, la plus célÚbre maquerelle de Paris.

On te coiffe, on te poudre, on t'habille.

Et si tu te débrouilles bien, tu peux devenir courtisane.

Je me suis bien débrouillée.

Vous vous ĂȘtes engagĂ© Ă  m'apprendre.

Vous avez accepté l'argent. Sinon, vous serez un lùche et un escroc.

T'as de la chance d'ĂȘtre une femme.

Je suis pas une femme, je suis votre apprentie !

Et il est temps de m'apprendre plus qu'Ă  couper le bois.

Qu'est-ce que tu fais ici ?

T'as donc pas de la famille ?

Des enfants ?

Une fille comme toi a bien des bĂątards.

Je les perds avant qu'ils naissent.

Je suis bonne Ă  rien, mais au moins, j'abandonne pas.

Mets ton manteau.

[musique douce]

Si vous voulez me perdre, dites-le !

Et maintenant ?

Réveille-moi quand t'auras trouvé de quoi nous nourrir.

[Manceron] Ces herbes-là ont goût de pisse.

Pour les champignons, je te concĂšde ces deux-lĂ ...

et le rabougri.

Mais celui-lĂ ,

tu le cuisines que pour te débarrasser de quelqu'un.

C'est une amanite,

elle tue en trois jours.

Tu voulais peut-ĂȘtre me la servir.

Il y avait des truffes et des cailles plus bas.

Si tu reconnais pas les bons produits, tu seras jamais bon cuisinier.

Alors, cette omelette, ça vient ?

Ça n'a aucun goĂ»t.

[grondements du tonnerre]

[ronflements]

[Manceron] Assieds-toi lĂ .

[Louise] Pourquoi lĂ  ?

[Manceron] Tu vas pas discuter tout ce que je te dis.

Je te dis de t'asseoir, tu t'assoies.

Tu écoutes.

Ce que tu dois savoir tient en quatre mots.

Le geste,

le feu,

le temps, l'outil.

Mais tout ça sert à rien si tu sais pas goûter.

Tu dois reconnaßtre le goût de chaque aliment

pour pouvoir le respecter, le faire vivre.

Une groseille doit avoir goût de groseille.

Un chou, goût de chou.

Installe-toi bien.

Ferme les yeux.

Pourquoi ?

Pourquoi, pourquoi... Parce que !

Tu veux apprendre, oui ou non ?

Ce monde est laid parce que nous le rendons laid.

Faux, épais.

C'est vrai aussi... Ferme les yeux.

Pour la cuisine.

Un cuisinier doit se former le goût comme un musicien se forme l'oreille.

Il suffit pas d'écouter pour connaßtre la musique.

Il faut l'avoir apprise.

La voilĂ  notre musique.

Toute en bouche.

Fais confiance Ă  ta bouche.

Une noix.

Oui.

Champignon.

[acquiescement]

Carotte.

De la menthe.

Betterave.

[musique douce]

Faites pas ça.

Vous ĂȘtes donc tous les mĂȘmes.

Je vaux pas moins que tes barons et tes marquis.

[frottement métallique]

C'est moi qui paye, alors c'est moi qui décide.

[bĂȘlements]

Il met fin aux révoltes de la faim

et refuse le siÚge de député de Marseille.

VoilĂ  la vraie noblesse.

On dit qu'il est trĂšs laid. C'est un comble, il s'appelle Mirabeau.

Il faut l'entendre, son verbe le rend magnifique.

Ça vous prend là... Il plaüt beaucoup aux femmes.

Un homme qui sait parler ne couche jamais seul, n'est-ce pas ?

[Benjamin] J'aimerais votre avis sur une idée :

écrire le plat du jour sur une ardoise

pour informer les voyageurs de ce qui les attend.

Qu'en dites-vous ?

Il y a 6 mois, il ne faisait que des soupes

et maintenant, il veut appĂąter le client.

En tout cas, c'était bon.

Et il nous assaisonne tout ça de sourires et de gaieté.

Je vous le disais, c'est une bonne adresse.

As-tu encore du beurre ? Et tu me mettras 3 pains Ă  emporter.

Une patronne comme toi, ça donne l'appétit.

Un vrai bonbon. Et je m'y connais, je suis confiseur.

D'ailleurs toi, je parie que tu aimes les dragées.

Tiens.

C'est pour toi...

contre un baiser.

C'est un petit paquet.

[frottements métalliques]

Il faudrait faire rentrer

du vin de meilleure qualité.

Du pas qu'on coupe avec de l'eau.

On le vendrait plus cher.

ArrĂȘte dĂ©jĂ  de le boire et pĂȘche-nous des truites.

[Benjamin] Que penseriez-vous d'afficher le prix du repas ?

[client] Ça ne donnera pas faim. PrĂ©vois plutĂŽt d'autres filles.

[Louise] Crétin ! Et vous, que regardez-vous ?

[Manceron] Moi ? Rien.

[il ricane]

Je vous laisse.

Ta terrine manque de persil.

Faut varier les saveurs.

Laisser les couleurs se répondre.

Si mes terrines ne vous plaisent pas, faites-les vous-mĂȘme.

Je suis cuisinier, pas aubergiste.

Et moi, apprentie,

je suis pas lĂ  pour me faire tripoter par les clients ou le patron.

J'ai dĂ» me tromper

en venant ici...

Je ferais mieux de m'en aller.

Ça n'arrivera plus.

Je le promets.

Excuse-moi.

Il faut laisser les terrines et les fromages Ă  vue.

Un client aime voir ce qu'il va goĂ»ter. Ça lui donne de l'appĂ©tit.

[client] Te revoilà, tu m'as manqué. Assieds-toi, ma belle.

[chant du coq]

[Hyacinthe] Il y a quelqu'un ?

Eh bien ?

Je suis lĂ  !

- J'attends ! - [Benjamin] J'arrive, j'arrive.

Monsieur l'intendant...

Que nous vaut cet honneur ?

Abandonne ce ton et abreuve mon cheval,

je ne fais que passer.

[Manceron] Bonjour, Hyacinthe.

Eh bien, mon ami...

Que vous est-il arrivé ?

Vous avez l'air d'un ours.

C'est donc ici votre taniĂšre ?

On dit que vous ĂȘtes redevenu boulanger.

Je fais mon pain.

Mais j'imagine que vous n'ĂȘtes pas venu pour discuter farine.

Quelles sont les nouvelles du chĂąteau ?

Détrompez-vous, Manceron,

je suis bien ici pour vos miches.

Parce qu'avec le pain vient l'impĂŽt.

Vous pensiez y échapper, mon ami ?

Tout travail mérite sa taxe.

Ça fait cher pour du pain.

L'impĂŽt, c'est l'impĂŽt. Pour le four

comme pour le moulin.

Faites pas cette tĂȘte, Manceron, voyons...

Vous vouliez des nouvelles du chĂąteau ?

Eh bien soit.

Le vieux Gautier a une nouvelle perruque,

un sanglier a éventré deux de nos meilleurs chiens

et le petit Louis s'est cassé un bras en tombant de poney.

Et en cuisine ?

Une valse permanente.

Le dernier n'est pas prĂšs de vous faire oublier.

MĂȘme Francine refuse de coucher avec lui.

C'est vous dire...

Et le duc n'est presque plus jamais lĂ , il passe son temps Ă  Paris.

Et quand il mange au chĂąteau,

il est d'une humeur de dogue.

Maintenant...

parlons avenir.

Le duc estime que vous avez médité votre erreur.

Il envisage de vous rendre une visite d'appétit.

Votre pĂ©nitence touche peut-ĂȘtre Ă  sa fin.

Et si j'en crois ce que je vois...

cette nouvelle tombe Ă  point.

Le duc aimerait organiser d'ici quinzaine un impromptu.

Ici-mĂȘme, sur son chemin du retour depuis Paris.

Il sera en compagnie

d'amis, dont sa nouvelle maĂźtresse, la Comtesse de Saint Genet.

Elle se pique d'art culinaire.

Elle a fait congédier les deux cuisiniers aprÚs vous.

Elle adore le champagne, les huĂźtres...

et la pomme de terre.

Nous vous enverrons la liste des plats choisis.

Et cette fois-ci, épargnez-nous vos initiatives.

[l'horloge sonne]

Donnez satisfaction

et le duc vous reprendra Ă  son service.

Vous avez une nouvelle chance, Manceron.

Ne vous avisez pas de la gĂącher.

C'est pas un lieu pour recevoir un duc.

S'il vous faut plus, dites-le.

Pour ce qui est du personnel, je m'en occupe, et pour le reste,

j'imagine qu'il vous faudra ĂȘtre crĂ©atif...

[il tousse]

Soyez généreux sur la porcelaine. Du goût grec avec des Cupidons.

Et puis, des verres en cristal et des couverts de vermeil.

Dites Ă  M. le duc que j'essaierai d'ĂȘtre Ă  la hauteur de cet honneur.

L'heure n'est plus Ă  l'essai, mais Ă  la perfection.

C'est le duc qui vient, mais recevez un roi.

Surpassez-vous, Manceron.

Benjamin !

Mon cheval.

Nous mettrons la table ici.

Le duc sera assis lĂ .

Avec des éléments de décor peints, ici et là.

Il faudra un embellissement.

Des rubans et des plumes, lĂ , enfin partout.

Prévoir aussi une escarpolette.

- Et une botte de foin. - Du foin ?

Oui. L'appétit ne se résume pas à la cuisine.

Il faudra des fleurs, des fontaines, des sculptures...

Des moutons ! C'est bien, ça fait anglais.

Et une demi-douzaine de cygnes prĂšs de la source.

Le ragoût de cygne, ça me fait péter.

Nous transformerons la réserve en cellier,

pour garder les mets au frais.

Un cadre exceptionnel.

C'est ça aussi que nous allons lui offrir.

- Un écrin à gourmets. - Tu ne peux pas.

Pourquoi répondre à ses caprices

- alors qu'il t'a humilié ? - C'est lui qui est revenu.

Il a besoin de moi.

Vous vouliez que je cuisine ? Je vais cuisiner.

Pas pour cet homme-lĂ , tu es libre.

Et toi, tu es bien jeune.

[serviteur] Mets-le par lĂ .

[musique enjouée]

Laissez ça.

[ouvrier] Allez, on avance !

Vous l'attachez bien ?

Vous me débarrassez tout ça ?

[soupirs satisfaits]

Que Son Excellence, le duc de Chamfort, prenne son temps.

Huit jours, c'est trop peu. À ce rĂ©gime-lĂ , je l'attendrais bien

des années !

Ah, mes amis...

Je crois que je bande. [rires]

Oh !

Marquises ! Comtesses !

Vous ĂȘtes toutes mes amies !

Le repas sera long, mais la nuit sera courte.

Du vin, du vin et encore du vin !

Des tonneaux de vin !

[grincement de porte]

Bonsoir.

[grincement des escaliers]

Bonjour.

Bonjour.

J'ai une idée qui vous permettrait d'épaissir vos profits.

Nous pourrions dresser la table avant l'arrivée des hÎtes.

Un homme derriÚre une assiette vide a déjà faim.

Il aura d'autant plus d'appétit

s'il pense qu'on l'attendait. Il paiera plus.

[voix au loin]

De l'intendant du duc de Chamfort

pour Pierre Manceron.

C'est moi.

[Manceron] Demain ?

Ça devait ĂȘtre jeudi prochain.

Le duc a anticipé son retour.

Il attend une réponse.

- Pourrez-vous ĂȘtre prĂȘt ? - PrĂȘt ?

Je peux mĂȘme pas faire venir ma brigade du chĂąteau !

Quelle est votre réponse ?

Oui.

Dites au duc que Manceron sera prĂȘt.

Je vous chauffe du café.

Mon cheval est prĂȘt ?

Il a bu, mais il a pas encore mangé.

- Vous devriez le laisser se reposer. - Pas le temps.

[marchand] Salut, Jacob. J'ai trois barriques.

- Salut. - Je les décharge ?

- C'est quoi ? - Du Gevrey Chambertin.

On dĂ©cide pas d'ĂȘtre prĂȘts. On l'est ou on l'est pas.

Benjamin ! Benjamin !

Regarde-moi ça, crĂȘtes-de-coq en gelĂ©e de madĂšre,

perdreau au jus sec... Benjamin !

Ortolans en feuille de vigne, terrine de ris de veau...

Quarante plats, pas la moindre place pour une seule de mes recettes !

- Benjamin ! - L'important, c'est qu'il ait envie

de votre cuisine.

Et la comtesse de Saint Genet, elle réclame aussi une mousse.

Une mousse Ă  la cannelle.

En plus de m'imposer le menu, elle exige des plats de précieuse.

Benjamin !

Elle veut de la mousse car elle a peur de mastiquer, d'ouvrir sa bouche.

Ça suce des ducs, ça montre pas ses dents !

La cannelle, en plus.

La cannelle, le safran, le gingembre...

Je fatigue de leurs épices du bout du monde.

Je veux cuisiner les aromates de nos jardins.

L'échalote, la ciboulette, l'ail, l'estragon.

Mais pas la cannelle.

Je cuisinerai pas de mousse Ă  la cannelle.

T'auras qu'Ă  la faire.

J'en ai jamais fait.

T'es apprentie, oui ou non ?

[homme dehors] Attention Ă  votre cheval.

- Je rĂȘvais que j'Ă©tais un oiseau. - C'est plus l'heure.

L'impromptu est avancé à demain, il faut sortir le gibier.

[cris et fracas]

[homme dehors] Regarde ce que tu as fait, idiot !

C'est pas moi, c'est votre cheval qui est nerveux.

Jacob !

Jacob.

C'est de sa faute !

Aidez-moi !

Aidez-moi à porter ça.

[musique mélancolique]

Il faut y aller. Sinon, nous allons manquer de temps.

C'est en cuisine que vous serez utiles.

Il ressortira pas du trou.

[musique douce]

Il reste onze plats Ă  faire, nous n'allons pas assez vite.

- OĂč en est ce saumon ? - [Louise] C'est presque prĂȘt.

Montre-moi.

Ça ira. Maintenant, la croĂ»te d'argile.

Et de l'aneth sur les bords du plat.

- OĂč sont les boudins ? - Dans le cellier. J'y vais ?

Non, finis d'habiller le saumon. Je m'en occupe.

Les mouches !

Benjamin ! Les mouches !

C'est pas compliqué.

Il est à peine enterré et toi, tu cuisines.

Ai-je le choix ?

Il serait vivant si tu m'avais écouté.

Nous étions libres et tu as préféré redevenir un laquais.

T'es pas le seul Ă  ĂȘtre triste. On pleurera aprĂšs le service.

Tu vois pas que tout ça t'écrase ?

Sors.

Sors !

Va chercher de l'eau.

De l'eau, vite !

DĂ©pĂȘche-toi !

Vite, vite !

Apportes-en d'autres.

Apporte des linges !

[musique dramatique]

[hurlements]

[L'horloge sonne]

[gémissement de douleur]

Le duc est pas homme Ă  laisser passer une telle humiliation.

Il se contentera pas de me renvoyer définitivement,

il ruinera aussi ma réputation.

Il me retirera le droit de faire du pain.

Il nous reste neuf heures. Ce n'est pas fini.

Je pourrai jamais tout refaire.

Vous vouliez ĂȘtre libre de crĂ©er de nouvelles recettes, vous l'ĂȘtes.

Servez-leur ce que vous nous avez servi.

Votre bƓuf en croĂ»te, votre poulet au foin...

Ils veulent de la pomme de terre ? Servez-leur vos chaussons aux truffes.

Cette fois, ils seront appréciés.

Je vais ĂȘtre vos mains.

[musique douce]

Le poulet maintenant.

VoilĂ .

Non, par lĂ .

La pùte est reposée.

Tu peux la travailler.

Bienvenue, messieurs.

Disposez les vases pour faire une allée et dressez la table au bout.

[elle verse une goutte]

Allez !

Allez, yah !

Allez ! Ha !

Les voilĂ  ! Deux carrosses ! Ils viennent par ici.

[Benjamin] Allez, vous autres ! En place d'accueil, vite !

Je... Enfin...

Tu...

Je m'appelle Pierre.

[musique douce]

[musique mélancolique]

[Hyacinthe] Le duc n'était pas en patience, il avait trop d'appétit.

Nous nous sommes arrĂȘtĂ©s dans une auberge

pour emporter de quoi agrémenter le voyage.

DÚs lors, l'estomac n'était plus l'organe qu'il voulait satisfaire...

L'homme que je vous envoie avec cette lettre

a mission de ramener mes gens.

Ils n'ont plus rien à faire chez vous, je les attends déjà au chùteau.

L'année s'annonce parisienne.

Je doute que Monseigneur réitÚre sa généreuse proposition de visite.

Peut-ĂȘtre cet Ă©tĂ© ou bien l'annĂ©e prochaine.

"D'ici lĂ ,

"bon appétit.

"Hyacinthe."

Il n'a pas le droit.

Il n'a pas le droit de vous traiter comme ça.

Il s'Ă©tait engagĂ©. Il devait s'arrĂȘter, il devait manger ici.

On ne peut pas avoir fait tout ça pour rien, c'est trop !

Chamfort n'a pas le droit,

il vous humilie ! Il doit payer pour ce qu'il a fait !

Le peuple ne supportera plus longtemps le spectacle du gĂąchis.

Un jour, il s'assoira Ă  la table.

Et Chamfort et ses semblables finiront pendus.

Non !

[musique dramatique]

Je n'ai jamais été putain.

Je suis la Marquise de La Varenne.

Vous avez connu mon mari.

Il fréquentait la table du duc de Chamfort.

Ils étaient en affaire dans la compagnie des Indes.

On les disait amis.

La vérité, c'est que François ne savait pas dire non.

Le duc l'utilisait comme homme de paille pour acheter des titres.

Chamfort venait chez nous de plus en plus souvent.

Tout d'abord pour affaires et puis,

pour me courtiser.

Je l'ai repoussé.

Il a menacé de nous ruiner si je n'acceptais pas ses avances.

Je ne l'ai pas cru.

Alors, il a mis sa menace à exécution.

En quelques jours, nous n'avions plus rien.

François a voulu aller tout raconter à Versailles...

mais il n'est jamais arrivé là-bas.

Un matin, je l'ai retrouvé pendu à l'arbre de la cour,

devant la fenĂȘtre de ma chambre.

Chamfort a prétendu à un suicide, mais en vérité, il l'a assassiné.

Alors,

je suis allée au chùteau

avec une dague dans mon manchon pour l'égorger,

mais je n'ai pas pu.

Assassiner un homme,

aussi vil soit-il, est plus dur qu'on ne le croit.

Je l'ai regardé dormir toute la nuit...

Je me suis détestée pour cette faiblesse.

J'ai trouvĂ© refuge chez les sƓurs de la CharitĂ©.

C'est là que j'ai appris votre congé.

François vantait votre cuisine.

Il disait que vous étiez la fierté du duc.

Il était inévitable que Chamfort vous rappelle.

Alors, j'ai eu l'idée de cet empoisonnement.

Tu me mens depuis le début.

Il ne peut pas rester impuni.

Va-t'en.

Attends, Louise.

Laisse, je vais t'aider.

[Manceron] Benjamin ! Je te laisse la maison.

Mon cruchon est vide, je vais chercher du vin.

Allez !

Allez.

Jacob avait raison,

il y a pas assez de vin ici. Allez, avance !

[hennissements]

[cris]

Papa !

Je vais chercher du gras pour sa blessure.

[musique douce]

[respirations saccadées]

Chut...

[soldat] Pas de politique à table, ça coupe l'appétit.

Le roi fait remonter les troupes pour protéger Versailles.

Ça, c'est des rumeurs.

Les mauvaises langues aiment les fausses nouvelles.

- Allez, à la vître. - À la vître.

Comment tu reconnais les vraies nouvelles ?

L'expérience, mon gars !

C'est comme au champ de bataille. Si t'écoutes tout,

tu meurs au premier rang.

Le bon soldat

sait faire la différence entre un commandement juste

et un ordre Ă  la con.

[petit brouhaha]

- Monsieur, je vous sers ? - Volontiers.

[soldat] François ! Viens t'asseoir avec nous.

- Vous en revoulez ? - C'est pas de refus.

VoilĂ .

[Louise] Du fromage pour le lieutenant.

Ils veulent du rab. Il faut remplir les pichets !

[soldat] Il vous reste du pain ?

On manque de pain, va en chercher.

Oui, tout de suite.

Contente de vous voir debout.

Qu'est-ce qu'ils font lĂ  ?

Ils se sont arrĂȘtĂ©s pour bivouaquer.

J'ai proposé de leur faire à manger.

- Il vous reste du cochon ? - Bien sûr.

- C'est bon ? - C'est merveilleux, madame.

Je pensais aux officiers

et Benjamin a proposé des demi-portions pour les soldats.

Ça les change du pain noir.

Il faut du vin Ă  la table des officiers !

[serveuse] Je m'en occupe.

J'ai fait vos recettes et j'ai complété par des pùtes de fruit.

[soldat] Madame, s'il vous plaĂźt !

J'arrive !

J'ai l'impression que le sucrĂ© gagne Ă  ĂȘtre servi en fin de repas.

[Louise] Je vous laisse vous servir.

[serveuse] Merci.

- Tiens. - C'est gentil.

Ces sauvages sont ennemis.

[Louise] Cette table veut du pain.

C'est une idée de votre fils.

En coupant le pain en tranches, il y a moins de gĂąchis.

C'est quoi, ça ?

Des bĂątons frits de pomme de terre.

On pourrait la couper en long

et faire frire les morceaux.

Ça changerait.

C'est pas mauvais mais c'est vilain, ça marchera jamais.

C'était juste un essai.

Je suis contente que ça vous plaise.

J'avais faim.

J'ai fait cuire

les légumes à part, pour garder leurs couleurs.

C'est plus joli, non ?

[acquiescement]

Onze livres, sept sous et trois deniers.

Il y a lĂ  un commerce et du profit Ă  faire.

Qu'entends-tu exactement par lĂ  ?

Ça ne fonctionnera pas tous les jours.

Les routes sont éprouvantes.

Les voyageurs sont fatigués des auberges crasseuses.

Ces endroits ne servent que pùtés avariés et soupes glaireuses.

Les clients veulent de vrais repas.

Pourquoi tu es revenue ?

Je ne suis pas partie.

Vous étiez dans un triste état quand on vous a récupéré.

Je vais mieux.

Je me serais dénoncée.

J'aurais pas été pendu, mais t'aurais sali mon nom.

Plus jamais on m'aurait confié une cuisine.

C'est elle qui t'a soigné.

Elle t'a veillé pendant trois jours et trois nuits.

Oubliez ça...

L'important, c'est que vous n'avez plus besoin du duc.

Ce que nous avons fait, vous pouvez le faire tous les jours.

Tu avais raison,

il faut partager cet endroit, mais pas avec Chamfort,

avec tout le monde.

Pense Ă  ce que nous avons accompli depuis que nous sommes ici.

Plus les repas sont généreux

et plus les gens sont contents.

Ils sauront apprécier ta cuisine

et seront prĂȘts Ă  payer pour ĂȘtre bien traitĂ©s.

BientĂŽt,

les gens feront un détour pour manger ici.

Ils viendront pour vous, Manceron.

Au Palais Royal, Beauvilliers profite de la présence des députés à Paris

pour leur servir tous types de plats, et il n'a pas ton talent.

Tu seras un acteur de notre siÚcle. Une humanité mieux nourrie,

c'est une humanité qui pense mieux.

[Louise] Vous pourriez varier les prix en fonction des portions

et ainsi accueillir tous les clients, nobles, bourgeois ou paysans.

Imagine un lieu nouveau, un buffet ouvert Ă  tous.

- Chacun paie selon son appétit. - Dieu m'en garde.

Oublie ton Dieu !

S'il avait intĂ©rĂȘt Ă  la cuisine, nous serions tous repus et contentĂ©s.

Le peuple crĂšve de faim. Soit ton dieu n'existe pas,

soit c'est un piĂštre gourmet.

Ton buffet me plaĂźt pas.

Manger, c'est pas se remplir la panse.

Je parle de donner le pouvoir au cuisinier,

de le laisser choisir les plats. Oublie Chamfort, tu lui dois rien.

Le monde est en train de changer.

Il ne tient qu'Ă  toi de changer avec lui.

Les hommes volent !

Une chambre Ă  manger.

Tu vas coucher lĂ -haut, nous te ferons une cloison.

Nous aurons besoin de tout l'espace

pour une grande chambre Ă  manger.

Et ce sera un service sur assiette.

À la russe.

Entrée, plat, dessert.

Pas de buffet, mais des tables individuelles

pour que chacun mange Ă  son rythme

et profite pleinement du moment.

Si nous devons proposer des plats, c'est ça qu'il faut faire.

Inventer un lieu de gourmandise.

Un lieu de bouche. Il nous faut créer un point de vie

comme il existe des points d'eau.

Demain, prends tout ce dont nous aurons besoin.

- AchĂšte des chaises. - Autant que tu voudras.

Va chercher du papier, il faut dessiner tout ça.

[musique calme]

Merci.

Croustade du jardin

et poularde aux morilles.

Non !

Non, écris pas ça.

Écris...

Poularde Ă  la Manceron.

Pas de fromage ?

Un roquefort, non ?

Un plateau ! Avec une sélection.

Roquefort, cantal, chĂšvre, Saint-Nectaire.

En préambule ?

Non, aprĂšs le plat.

Avant le sucre.

Et pour le dessert ?

Tes pĂątes de fruit.

On pourrait mettre un bouquet de fleurs sur chaque table.

Comment écrivez-vous Manceron ? Avec un D ?

Je sais pas. Je l'ai jamais vu écrit.

Alors sans artifice.

Puissant et efficace.

Comme moi ?

Des clients !

Des clients !

Nos premiers clients.

Je parie sur cinq voyageurs, dont deux bien gras. Des gros mangeurs.

[musique douce]

Tenez, monsieur, du pain tranché.

Est-ce que le menu vous convient ?

- Goûtons, goûtons. - Nous pouvons changer un plat.

- Nous avons un menu unique. - Suivez-moi.

Le menu du jour préparé sur place. Vous désirez un peu de vin ?

Cette place vous convient ?

TrĂšs bien. J'en suis ravi.

Vous avez terminé ?

Messieurs dames, un peu de morilles ?

L'entrée vous a plu ?

Je vous en prie.

Bienvenue.

Installez-vous.

[Louise] Bienvenue, messieurs.

[Hyacinthe] La morille fait sourire la poularde.

À quoi sert de s'Ă©chiner si vous confisquez tous les bĂ©nĂ©fices ?

Je me contente de l'impĂŽt.

Et ne vous plaignez pas, je n'exige que ce qui est dĂ».

Je pourrais demander le remboursement de l'impromptu,

le duc n'a rien mangé.

Pour manger, il aurait fallu qu'il s'arrĂȘte.

Cessez donc d'ergoter, cela ne vous réussit pas.

Il faut savoir rester Ă  notre place, c'est ce qui tient le monde.

Sans cela, ce serait le chaos.

Croyez-moi,

les hommes comme nous sont les garants de l'ordre des choses.

Le jour oĂč les gens de ma qualitĂ©

se joindront à la meute, ce sera la fin d'une époque...

Profitez.

Le duc de Chamfort n'a pas pour habitude d'ĂȘtre aussi gĂ©nĂ©reux.

En attendant, laissez le bruit Ă  ceux qui n'ont rien.

Apprenez le confort du silence.

Et estimez-vous heureux que le duc tolĂšre

votre commerce.

Vous prétendez ne pas faire de bénéfices,

mais vous engagez des soubrettes ?

- C'est mon apprentie. - Une femme en cuisine ?

Vous plaisantez ?

Eh bien, elle n'est pas bavarde. Elle sort d'oĂč ?

Elle travaillait chez le Comte de Briançon.

Aux confitures.

Aux confitures ?

Elle n'a pas une allure à presser la gelée de coing.

Pourquoi quitter le chùteau de Briançon pour échouer dans ce trou ?

Le vieux Briançon ne l'aurait pas fait fuir,

il n'aime que le bilboquet.

Je vous sais versé sur le sucre.

Elles sont goûtues.

D'ailleurs, vous ĂȘtes en train de vous faire une rĂ©putation.

On parle de votre auberge jusqu'au chĂąteau.

Le duc lui-mĂȘme m'a interrogĂ©.

À mon avis, il ne tardera pas à vous rendre visite.

Et vous n'ĂȘtes pas sans savoir qu'il adore les pĂątes de fruit.

Les pĂątes de fruit

et les soubrettes !

[il rit]

[Louise] Pierre.

Je vous demande de comprendre.

J'ai essayé d'oublier,

mais je n'y parviens pas.

Un jour, l'homme qui a détruit ma vie viendra ici.

Je ne peux me retrouver face Ă  lui sans vouloir me venger.

Rester serait détruire ce que vous avez construit

et vous rendre complice d'un crime.

Et cela, je ne peux m'y résoudre.

Je suis sûre que vous allez réussir et je vous remercie pour tout.

Adieu.

Louise.

On nous a volé un cheval.

Je vais chercher des Ɠufs.

[client] S'il vous plaĂźt ?

[client] Ça fait 3 fois que je rĂ©clame.

Je peux prendre ce plat ? Les clients s'énervent.

- [client] C'est vrai que c'est long. - [client] Autant rester chez soi.

Oui, je pense Ă  vos fricandeaux.

Du vin !

- Le dessert, s'il vous plaĂźt ! - Oui.

S'il vous plaĂźt...

Vous partez ?

Bon appétit, monsieur.

Regardez, c'est sec.

Je vous apporte une nouvelle assiette.

[musique mélancolique]

[il soupire]

Ton idée nous coûte une fortune.

D'ici peu, nous ne pourrons plus acheter nos ingrédients.

Il faut attirer d'autres clients que les voyageurs.

Comment ?

Je vais aller distribuer des menus dans les villes alentour.

Ça va tout changer...

Si tu faisais une autre tĂȘte, les gens reviendraient.

Ils viennent chercher du bonheur. Et il y en a plus dans ce que tu fais.

Et voilĂ  !

Du poulet !

- S'il te plaĂźt, je peux en avoir ? - Moi !

Je vais tous vous servir, vous inquiétez pas.

[cris de joie et rires des enfants]

[rire de Louise]

- [serviteur] Je vous dis qu'il dort. - J'en doute.

Mais il est plus de minuit.

Je sais. C'est l'heure oĂč il va en cuisine pour se faire un en-cas.

ArrĂȘtez-vous, Manceron.

Veuillez m'excuser, M. le duc.

En voilĂ  des maniĂšres.

Cet homme est plus tĂȘtu qu'un Ăąne.

Monseigneur, il faut que je vous entretienne.

Dois-je appeler la garde ?

- Monseigneur... - Laisse-nous, je te dis.

Eh bien, Manceron,

vous voilà bien crotté.

On dit que vous ĂȘtes devenu aubergiste.

- Plus que ça. - Ah !

Je sers des plats cuisinés.

Des entrées, des poissons, des viandes, des entremets.

Et qui les mange ?

Qui en a envie.

C'est absurde.

Il ne suffit pas d'avoir envie, il faut savoir manger.

C'est un art.

La vraie cuisine n'est pas faite pour le commun des mortels.

Seul un vrai gastronome peut apprécier votre art

et le ciel ne fait cette grĂące qu'Ă  peu de personnes.

J'ai eu la chance de servir l'une d'entre elles.

Merci d'en convenir, mais en attendant, je suis lĂ ,

seul comme l'as de pique.

Dos au feu et ventre Ă  table. Mais devant quoi ?

VoilĂ  Ă  quoi je suis rendu.

J'ingurgite,

mais je ne m'amuse pas.

Les bons cuisiniers sont rares, Manceron.

Votre successeur était un gùte-sauce,

celui d'aprĂšs savait Ă  peine monter une mayonnaise.

Votre mayonnaise, Manceron...

Comme les petites choses peuvent faire de grands souvenirs.

Votre trait d'esprit nous aura coûté cher à tous deux.

Pourquoi ne pas vous ĂȘtre excusĂ© ?

Il suffisait de vous excuser.

Je vous prie de bien vouloir m'excuser.

Regardez-moi ça. Ça ne ressemble à rien.

Il n'y a pas d'équilibre, pas d'invention, pas d'harmonie, rien.

Vous permettez ?

[il acquiesce]

J'en ai pour une minute.

Vous ĂȘtes venu me torturer ?

Non, Monseigneur.

Pour vous servir.

Et vous inviter à déjeuner chez moi.

En vérité, les affaires ne sont pas trÚs bonnes.

Qu'est-ce que je vous disais ?

On ne demande pas Ă  des crapauds de voler.

Justement.

J'ai besoin de l'avis d'un véritable gourmet.

Comment savoir ce que valent mes recettes

sans la sanction du seul verdict qui m'importe ?

Pourquoi je ferais ça ?

Pour goûter mon canard à la Chamfort.

Un canard Ă  mon nom ?

Il doit ĂȘtre sublime.

Monseigneur...

Je vous en prie,

laissez-moi vous rendre un peu de ce que vous m'avez donné.

[soupir satisfait]

Soit.

Je viendrai.

Hyacinthe vous octroiera une bourse pour composer un ambigu pour deux.

Je serai avec la Comtesse de Saint Genet.

Merci.

Mais j'exige que vous fermiez votre gargote.

La bonne chÚre n'est pas destinée aux crasseux. Elle se mérite.

Si votre collation est Ă  la hauteur,

je vous reprendrai et vous emmĂšnerai Ă  Paris.

Le duc de Chamfort sait ĂȘtre magnanime.

[des cloches sonnent]

Il y a quelqu'un pour vous.

Vous avez un quart d'heure.

[tintement]

Il faut que tu reviennes.

Tu es mon apprentie, tu dois m'obéir.

Sans toi, je n'ai plus goût à rien.

J'ai besoin de toi.

Chamfort déjeunera chez nous dans deux jours.

Nous ferons ce que tu voudras.

[musique douce]

[tintements]

Yah !

- [coups de fouet] - Yah !

[Chamfort] Ils prétendent travailler au bien du peuple

et ne trouvent rien de mieux

que de s'enfermer dans la salle du Jeu de paume

pour se chauffer l'esprit.

Ce sont des bavards qui n'arriveront Ă  rien.

Des feignants. Des nuisibles.

Et le roi, que dit-il ?

Selon l'Ă©vĂȘque de la Motte,

quand il a su que l'Assemblée nationale refusait de se disperser,

il aurait haussé les épaules et dit : "Eh bien foutre, qu'ils restent."

Eh bien moi, je dis : "Vive le roi !"

Hep ! Hop lĂ  !

Yah !

Mon Dieu, mais c'est une auberge.

Plus que cela, mon amie, plus que cela.

- C'est ce qu'il dit. - Vous pouvez ĂȘtre sĂ»r

que votre Manceron a retenu la leçon. [elle rit]

Son exil a dĂ» lui paraĂźtre bien lourd.

Je comprends qu'il ait imploré votre pardon.

J'ignore qui de nous deux aura été le plus puni.

J'avoue qu'il m'a beaucoup manqué.

Il fallait lui rabattre son caquet, vous avez bien fait.

Bonjour.

Bonjour.

J'ai toujours beaucoup aimé la campagne.

Ah ! Eh bien Manceron, oĂč Ă©tiez-vous ?

Veuillez m'excuser, Monseigneur.

Madame...

Je vous en prie, entrez.

J'ai faim.

Vous avez entendu ? Nous avons faim.

Quel est cet accueil ? OĂč sont mes gens ?

Mon pÚre les a congédiés.

Nous avons embauché

notre propre brigade.

Pourquoi toutes ces chaises ? Nous ne sommes que deux.

J'ai voulu vous montrer ma gargote telle que je l'avais imaginée.

Un lieu pour que chacun puisse venir se restaurer

selon ses envies et ses moyens.

Mais enfin, je vous l'ai déjà dit,

c'était une idée fausse.

Le peuple ne saurait apprécier les bonnes choses.

Regardez-moi ce vide.

DĂ©pĂȘchez-vous de servir, sinon je vais manger ailleurs.

Il n'y aura pas de service, Monseigneur.

Les plats seront servis un par un.

Amuse-bouche, entrée, plat, fromage, dessert.

À la maniùre d'une farandole.

Une farandole ?

- J'adore les farandoles ! - Ah...

Eh bien soit. Allons pour la farandole.

Mais vite.

C'est drÎle, ces petites tables, ça rend le banquet intime.

[Chamfort] Mais qu'est-ce que c'est que cette vaisselle ?

[Benjamin] Une paniĂšre par table.

Une paniĂšre, une carafe et un bouquet.

Il manque un bouquet ici.

Ces filles ne peuvent pas servir un duc.

Que faites-vous des usages ? De l'étiquette ?

Ici, monsieur,

tous les clients sont ducs et tous les clients sont rois.

Monseigneur...

Madame désirait de la pomme de terre.

Mais oui ! J'adore la pomme de terre.

La reine en porte la fleur Ă  sa boutonniĂšre.

Comment appelez-vous cela ?

Le Délicieux.

Mon ami, il vous faut goûter ça.

[soupirs satisfaits]

J'adore !

Monseigneur ! Des gens !

- Des gens ! - Hein ?

- Des gens ! - Mais qu'est-ce qui lui prend ?

On m'a donné ça au marché ce matin.

[Manceron] Entrez, n'ayez pas peur, choisissez votre table.

Qui sont ces gens ?

Entrez, entrez.

Bonjour.

Bonjour.

Tu as vu ? Il y a mĂȘme des nappes.

Oui, installez-vous.

Regarde, une carte annonce le menu.

[Chamfort] Qu'est-ce que c'est que ce carnaval ?

Ils sont combien ?

Renvoyez donc ces gens.

C'est inadmissible, je ne mangerai pas devant des inconnus.

Bon Dieu, faites les taire.

Bonjour.

[le duc tousse]

Mais enfin, que faites-vous ici ?

Je cuisine.

Louise a préparé votre repas.

Qui est-ce ?

Mais enfin, mon ami, répondez-moi.

Louise de La Varenne.

Je suis d'accord, vous auriez mérité que je vous empoisonne.

Quelqu'un peut m'expliquer ? J'exige de comprendre.

Venez déguster gratuitement un menu découverte à 12h précises

en présence du duc de Chamfort.

Nous allons ĂȘtre complets.

[cliente] Si, c'est lui.

[chuchotements]

[client] Je le voyais plus grand.

Vous me le paierez.

J'enverrai la garde.

Ils vous apprendront Ă  rester Ă  votre place.

Ils fermeront votre coupe-gorge.

Vous m'entendez, Manceron ? Je vous ferai pendre.

Tous les deux ! Je vous ferai pendre tous les deux !

[La comtesse] Vous entendez ? Tous les deux !

Taisez-vous, taisez-vous.

C'est cela,

allons voir le roi.

Il sera ravi d'apprendre ce que j'ai Ă  lui raconter.

Vos trafics, vos participations secrĂštes dans la compagnie des Indes

et l'assassinat de François de la Varenne,

l'un de ses plus loyaux sujets.

Vous ne me faites plus peur.

AĂŻe.

Excusez-vous.

Excusez-vous.

À bas, les privilùges !

Poussez-vous !

AĂŻe !

[rires]

Pardon.

- Louis. - On s'en va.

Louis, attendez-moi.

Allez !

Louis !

Allez, hue !

[coup de fouet]

Au revoir, Monseigneur !

Revenez quand vous voulez !

Cette table est libre ?

Pouvons-nous nous asseoir ?

Euh...

Oui, bien sûr.

Je vous en prie,

installez-vous.

[Hyacinthe] Nous allons avoir une belle journée.

Tiens.

S'il vous plaĂźt.

Puis-je féliciter Madame sur sa toilette ?

Vous allez ĂȘtre servis tout de suite. S'il te plaĂźt.

Tu...

Un Délicieux ?

[musique douce]

[Louise] Installez-vous, je reviens tout de suite avec le menu.

Madame, monsieur ?

Installez-vous, je vous en prie.

Vous serez bien ici.

Regardez le menu, je reviens.

Bienvenue.

Ça va ĂȘtre servi dans deux minutes.

C'est une création de Manceron.

Ça vous plaira, ça s'appelle le DĂ©licieux.

Sers cette table.

[musique triomphale]

Un Délicieux ?

[musique douce]

[elle rit aux éclats]

Non, non, non !

Sous-titrage : ECLAIR V&A

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