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Docteur, il reprend connaissance.
- Le plus dur est fait.
Il a ouvert les yeux. Ah, cette fois...
Eh ben, mon vieux, tu nous as fait une sacr�e peur.
Vous revenez de loin.
Il est comateux. Il comprend un mot sur deux.
Il avait dit: "Vous revenez de loin."
Dix ann�es. Ah! II ne croyait pas si bien dire.
Ses tripes vont le rappeler � la vie.
- Non, ce ne sont pas les tripes. C'est le c�ur.
Fran�ois?
O� est-elle? � la Ch�taigneraie, avec Jeanne.
Va la chercher.
Il est hors d'affaire? En principe.
Il veut voir B�b�. Qu'est-ce que je fais?
II vaut mieux qu'il ne voie personne, m�dicalement parlant.
Il ne s'agit pas que de sa sant�. Il y a tout le reste.
Il a raison, Jalabert. Il faut le suivre.
La place de B�b� est ici.
Oh, mes tripes, bon Dieu!
Qu'est-ce que vous avez foutu?
Vous m'avez ouvert le ventre?
II saigne encore.
H�las, non. On ne vous a rien ouvert.
Ce sont les lavages. La muqueuse est � vif.
Morphine.
Non, non.
Non, pas de morphine.
Quand ma femme arrivera...
J'y vais.
Il faut d'abord que vous ayez l'air vivant.
Allez-y.
Jalabert, nom de Dieu!
Faites �a vous-m�me, quoi. La dignit�, mon vieux.
On vous vide les boyaux par tous les moyens connus,
et il y en a que deux: Le haut et le bas.
Alors la dignit�... Fesse gauche.
Tournez-vous.
Alors?
�a va aussi bien que possible dans un cas pareil.
Il a toute sa t�te.
Il est admirable, il pense � tout.
Il veut la voir.
Il veut? Oui.
C'est lui qui a raison.
O� est-elle?
Elle s'est enferm�e dans sa chambre.
...
On frappe � la porte.
B�b�, ouvre! C'est moi, Jeanne.
B�b�, ouvre.
C'est pas ferm�. Tourne le bouton.
Eh bien, entre.
J'ai entendu la voiture. Je suis pr�te.
B�b�, il est vivant. C'est Georges.
"Georges"?
Oui.
Qu'est-ce qu'il veut?
- 3 gouttes dans du jus toutes les demi-heures.
- Entendu.
Il dort?
All�?
Oui, je vous le passe. Docteur...
All�, oui?
Vous pouvez lui donner le texte que je vous ai dict�.
Relisez-le-moi, voulez-vous?
C'est �a.
Oui.
Ah non. J'ai dit: "Simple intoxication alimentaire."
- Georges...
Elle est l�? Oui.
Oui, monsieur Ducreux. "Simple intoxication alimentaire."
Par les hu�tres?
Je ne sais pas, monsieur Ducreux.
Au revoir, monsieur Ducreux.
�coutez, Jalabert,
vous me ferez toutes les cochonneries que vous voudrez plus tard,
mais maintenant, laissez-moi.
Il avait dit: "Vous revenez de loin."
Dix ann�es. Il ne croyait pas si bien dire.
...
II n'�met aucun son.
Ah ben, elle est raide, celle-l�.
...
Ces pucelles qui pensent qu'on en a apr�s leur vertu...
Tu en avais apr�s quoi, au juste? Monte.
Allez-y, roulez.
T'as pas vu son sac de loukoums? Elle a tout rafl�.
Tu lui as demand� quoi? Une livre de loukoums.
Je lui ai dit que c'�tait pour Georges.
- Georges? C'est mon fr�re.
Elle a pas compris? Faut croire que non.
Alors? L'adresse.
Ah oui. Gare de Lyon.
J'ai l'impression qu'elle a tr�s bien compris.
�a fait combien? 220.
Et Fran�oise de P.? Quoi, "Fran�oise de P..."?
Les rendez-vous tous les soirs, c'est aussi pour ton fr�re?
Accompagnez Madame aux Champs-�lys�es.
Quoi?
J'ai horreur des devinettes.
Alors il vaut mieux se quitter gentiment.
Quant � Fran�oise de P., �a veut dire...
Fran�aise des p�troles.
Tu peux pas comprendre, �a.
Cinq jours de suite.
Les affaires, on les d�croche du premier coup ou pas.
Porteur.
Paysan!
Comment �a s'est pass�, au minist�re?
Assez bien, pour un raccrochage.
Je crois que c'est bien parti.
Gr�ce � vous, d'ailleurs.
Quand est-ce que je vous reverrai, esp�ce de provincial?
S�rement pas avant un mois.
M�me si je vous le demandais?
J'ai une usine � lancer, et je marie mon fr�re.
Georges se marie? Vous n'avez rien dit.
�a, c'est probable.
Qu'est-ce qui vous fait sourire? Vous avez dit: "Georges se marie",
et je me suis dit qu'un jour, Georges dira: "Fran�ois se marie."
Et �a vous fait rire?
Aux larmes. Vous ferez un mari d�testable.
Ah oui?
Rel�ve ta voilette. Mais je...
Tu vas me faire rater le train.
Pas devant tout le monde. Je vais me g�ner.
Vous �tes menteur. Vous �tes un affreux provincial.
Appelez rue St-Dominique.
Il s'agit de 100000 paires de godasses.
T�l�graphiez-moi. Si �a en vaut la peine, je reviens.
Au revoir.
Vous �tiez � Paris? On aurait pu se voir.
�a va?
Voici mon nouvel associ�, M. Courtrai.
Bonjour, monsieur.
M. Donge, futur patron de la F�d�ration des cuirs et peaux.
Oh l� l�!
Apr�s votre rapport � l'Assembl�e,
c'est la lettre de d�mission ou la pr�sidence.
La lettre est partie hier.
Vous n'�tes pas ambitieux. J'ai beaucoup de travail.
Si nous parlions de notre affaire? Oui.
Cigare? Merci.
...
�a va? Et toi?
Tr�s bien. Bon voyage?
Oui.
Un march� avec l'arm�e!
Quand je me rappelle l'atelier du p�re Donge...
Avec ses trois compagnons.
Tu as vu? La Ch�taigneraie est � vendre.
Tu as revu Mlle d'Onneville?
J'ai revu Mlles d'Onneville.
Sa petite s�ur est arriv�e? "Arriv�e", c'est beaucoup dire.
Elle est arriv�e un soir et est repartie le lendemain.
On venait de leur dire que leurs meubles �taient arriv�s.
Comment est ta future belle-s�ur?
Gentille, la douceur m�me. Mais elle n'a pas l'�clat de sa s�ur.
Tu as pens� aux loukoums de Mme d'Onneville?
Oui, mais j'en ai pas trouv�.
Tu n'en as pas? Non, j'en ai pas.
Fran�ois. Quoi?
Tu te rends compte des cons�quences que �a peut avoir.
�a t'am�ne � offrir des berlingots ou des truffes � la place.
Doucement, tu vas tomber. Chut!
Mme d'Ortemont est l�.
Au salon? Oui.
- Allez chercher la valise. Bien.
Bon voyage?
Excellent.
Justement j'allais venir vous voir.
J'esp�re bien.
Tu as mauvaise mine. Moi?
Oui, oui.
Les affaires, je sais.
Si tu avais enterr� la vie de gar�on de ton fr�re,
c'est cette t�te que tu aurais, et pas une autre.
Je suppose qu'il fallait que quelqu'un s'en charge.
On va vite en besogne. Toute la question est l�.
Es-tu candidat � la main de Jeanne d'Onneville?
Mais oui. C'est � Georges que je parle.
Tu as les loukoums? Non.
Je me demande parfois pourquoi je me donne tant de mal.
S'il n'y avait pas le souvenir de votre m�re...
Bon. Georges,
mardi, c'est mon jour de bridge.
C'est l'occasion r�v�e pour pr�senter ta fianc�e aux gens d'ici.
Vous ferez un couple merveilleux. Ma foi, moi, je...
Jeanne est jolie.
Il faut reconna�tre que la carri�re de feu M. D'Onneville
lui a donn� une esp�ce de... De classe. C'est tr�s important.
De vernis. N'exag�rons pas.
Un vernis que sa m�re, n�e Chatrier,
aurait �t� incapable de lui donner.
Vous �tes deux affreux vieux gar�ons en train de faire fortune.
Toi, je me d�sint�resse de toi.
Pour le moment, du moins.
Je suis pas pr�sentable?
Tu es le plus beau parti de la r�gion.
Je n'ai rien contre le mariage. Ah oui?
Contre celui de ton fr�re, principalement.
Il est �vident
que vous ne pouvez pas vous contenter d'avoir des ma�tresses.
Surtout � partir d'un certain chiffre d'affaires.
Georges et Jeanne, c'�tait la solution r�v�e.
Toi, tu n'es pas encore m�r.
Voil� la v�rit�.
�a veut dire que je ne perds rien pour attendre.
Tu ne crois pas si bien dire.
Le nom, tout de suite.
Surtout ne m'accompagnez pas. �a vous fatiguerait.
Une des filles du Tour?
II y en a une qui est comme �a. Et l'autre, elle louche.
Il s'agit pas de...
Parle.
Tu parlais de Mlle de Villefosse, non?
J'ai d�n� avec son tuteur, il y a un mois.
Elle aurait des millions en rentes sur l'�tat
et en obligations de chemin de fer.
Toi, tu as les usines, les magasins,
les prix qui suivent le co�t de la vie...
50% de revenus fixes, 50% de revenus variables,
voil� le couple id�al. � propos de rentes,
je voulais vous demander...
Attends, attends.
De Villefosse... On en parlera apr�s.
C'est celle qui �tait chez le pr�fet, � la soir�e.
Faut voir comment elle est b�tie. C'est bien ce que je disais.
Tu n'es pas m�r, pour le mariage.
Vous avez parl� � Mme d'Onneville? J'ai �crit � son notaire.
Son noceur de p�re lui a tout laiss�.
Elle a plus de chance que sa s�ur.
Je me demande comment elle pourra se caser.
N'oubliez pas: Mardi 16 h, chez moi.
Je fais quoi, pour les loukoums?
Je ne sais pas, moi.
Apporte des berlingots ou des truffes.
Je te l'ai dit.
"Mariage d'amour..." Tout �a, c'est des mots.
Tu as pay� deux fois pour le savoir. Non?
� Istanbul, j'avais pens�... Istanbul.
C'est la Bi�vre qui coule ici. Pas le Bosphore.
Quand tu ouvres les fen�tres, �a sent le tanin.
Pas la rose. Tu as raison.
Tes filles ont raison: Tu te maquilles trop.
Et d'ailleurs, Jeanne,
qui te dit qu'elle ne sera pas heureuse?
Tiens, regarde-les.
Vous fumez? Non.
Vous avez raison. �a ab�me les dents.
Il y a un dentifrice qui d�truit la nicotine.
Ah, vraiment?
Et vous? Vous ne fumez pas? Mme d'Ortemont n'aime pas �a.
Elle dit que la fum�e de cigarette ab�me les rideaux.
Elle confond les cigarettes et les locomotives.
Que B�b� dise �a, passe encore,
mais toi...
Et un jour pareil.
� propos de votre s�ur, je voudrais la pr�senter � mon fr�re.
Elle se cache? Pas du tout.
Elle prend son temps, comme toujours.
...
- Vous avez de la suite dans les id�es.
Tiens! La jolie fille aux loukoums.
Comme vous dites �a.
On dirait un tableau dans une galerie.
"La jeune fille aux loukoums."
C'est vous, la s�ur de Jeanne?
Pourquoi ne m'avez-vous pas r�pondu, place de la Madeleine?
Vous parlez pas aux inconnus, �videmment.
Pas la bouche pleine.
Qu'est-ce que vous faites, en ce moment?
Vous n'�tes pas un inconnu.
Vous devez �tre le grand homme de la famille: Fran�ois Donge.
�a fait 8 jours qu'on me rebat les oreilles.
Ces loukoums me soul�vent le c�ur.
Ce qui tendrait � prouver qu'elle en a un.
Mais vous vous connaissez? On vous a...
Enfin, non.
Nous nous sommes... Ah!
Bon.
Pour les oreilles, je m'excuse.
Je voulais dire que j'avais entendu parler de vous
en termes flatteurs.
Et pour Mme d'Ortemont? Vous ne l'aimez pas beaucoup.
J'ai l'impression que c'est elle qui ne peut pas me sentir.
Les loukoums, �a donne soif. Allons boire quelque chose.
�a a l'air de marcher.
Deux sans-atout, avec ces 3 petits c�urs.
Je ne sais pas ce qui lui a pris. Ils sont faits.
O� est-il pass�, maintenant?
C'est amusant comme tout. L'autre jour, � Paris...
Je devrais pas m'en vanter.
C'�taient vraiment les loukoums que vous vouliez.
C'�taient les loukoums. On vous attend.
Oui, j'arrive. Pardon.
Ils sont faits.
Bravo.
Vous aurez du mal � trouver un 4e aussi patient que moi.
Vous �tes nomm� � Paris? � la prochaine affaire importante.
Il n'y a jamais d'affaires importantes, ici.
Tout le monde le sait.
Cette fois, il me semble...
Avec les guerres, tous les lieutenants-colonels,
m�me les plus stupides, peuvent compter sur leur derni�re ficelle.
Mais pour les juges, ce n'est pas pareil.
Seule l'initiative criminelle priv�e peut aboutir au m�me r�sultat.
Alors c'est beaucoup plus long, �videmment.
Un sans-atout.
- Deux c�urs. Trois sans-atout.
Bravo.
Il y a des militaires qui gagnent leurs galons honn�tement.
Vous, par exemple, votre alibi est formel.
Vous �tes pass� par deux guerres mondiales sans quitter votre bureau.
Jouons, voulez-vous? J'ai jou�. Trois sans-atout.
Je contre. Je contre.
Qu'est-ce qui se passe?
Rien.
Il fait trop chaud. Je vais prendre l'air.
Quand je serais sorti, Mme Laffitte te dira que j'ai eu ma bouff�e.
- Votre fr�re a eu sa bouff�e.
Il n'a pas pu dire � quelqu'un ses quatre v�rit�s.
Alors il s'est veng� sur le juge et sur le colonel.
Tiens. M. Le chanoine est arriv�.
Je suis tr�s honor�e que vous ayez accept� de venir chez moi.
- Fran�ois?
Vous dites qu'une jeune fille, c'est la barbe?
Vous avez une fa�on de mettre les gens � l'aise...
Parce que je vous ai appel� Fran�ois?
Les deux.
Vous serez bient�t de la famille. Vous allez bien m'appeler B�b�.
Je pr�f�re vous appeler �lisabeth. C'est un joli nom.
Personne ne m'appelle �lisabeth. On verra bien.
Ou alors il faudrait un miracle.
Dans ce cas, je pr�f�re vous appeler B�b�.
Vous ne croyez pas
aux miracles? C'est un grand mot.
Il faut des grands mots pour les grandes choses.
Par exemple, le bonheur de deux �tres, c'est une grande chose.
C'est toujours un peu un miracle, non?
Si, enfin... C'est une conception un peu sp�ciale.
J'aimerais conna�tre la v�tre. Nous en reparlerons.
Excusez-moi. J'ai demand� un 3 sans-atout un peu os�,
et je ne voudrais pas... Allez-y, je vous attends.
Fran�ois, soyez gentil, offrez-moi une cigarette.
Comment la trouves-tu? Oh, c'est une gamine.
"Une gamine"?
Pour ce que je veux en faire, je la trouve bien.
C'est de Jeanne que je parle. Ah, Jeanne!
Elle fait tout � fait l'affaire. Il y a pas de probl�me.
- Alors, comment le trouves-tu?
Oh... C'est un fort.
Mais j'ai peur que ce soit un menteur.
Il s'arrange avec la v�rit�, comme tout le monde.
Ce n'est pas positivement un menteur.
On ne s'arrange pas avec la v�rit�. On la dit ou on la dit pas.
Si on ne la dit pas, on est un menteur.
Tout compte fait, on n'est peut-�tre pas si fort que �a.
Que dis-tu?
C'est Georges qui est sur la sellette aujourd'hui,
pas Fran�ois.
Je suis s�re que ta s�ur sera tr�s heureuse avec lui.
C'est la seule chose qui compte, apr�s tout.
Et l'amour?
En supposant que �a existe, on n'est fix� qu'apr�s.
Dire qu'on s'aime avant de s'�tre aim�,
c'est mettre la charrue avant les b�ufs.
Jeanne ne sera pas la premi�re dont j'aurai fait le bonheur.
J'esp�re bien que ce ne sera pas la derni�re.
Je crois bien que personne ne touchera � mon bonheur.
Personne.
Je suis heureuse. Tout le monde s'aime.
Pourquoi est-ce que tout le monde ne s'aimerait pas?
� vous?
Vous permettez que je range mes cartes?
Vous jouez au bridge?
Je peux faire un mauvais 4e. Je ne vaux gu�re mieux.
Oh, mais je m'y mettrai, tr�s vite.
Un pique. Deux c�urs.
Deux piques. Trois c�urs.
- Je passe. Passe.
Quatre piques. Je contre.
Moi aussi.
Oh, Fran�ois! Quatre piques?
II est encore parti.
- B�b�, vous �tes d�routante.
Je vous laisse avec les grands mots
et je vous retrouve en train de faire le man�ge.
Je voudrais vous poser deux questions. Je peux?
Bien s�r.
Premi�re question:
Mme d'Ortemont, c'est une professionnelle?
"Professionnelle"?
Ah, parce qu'elle vous a menac�e?
Oui. Elle fait des couples.
Deuxi�me question:
Contre quel plat de lentilles Georges vous a vendu son droit d'a�nesse?
Je pr�f�re qu'on laisse les lentilles et qu'on reparle des miracles.
On va en reparler, bien s�r.
Vous m'avez promis de me dire pourquoi vous n'y croyez pas.
Et vous ne m'avez pas dit par quoi vous les remplaciez.
J'ai demand� quatre piques... Excusez-moi.
R�ponse � la deuxi�me question: Il y avait pas de lentilles.
J'ai d�pouill� mon fr�re contre rien, comme �a,
pour le plaisir. Ne vous mettez pas en col�re.
Mais j'ai gard� le privil�ge de faire les 400 coups,
et de coucher avec qui je veux.
Vous n'aviez pas besoin de me dire �a.
Tant pis, c'est fait.
Pour les miracles...
Je vous ai vu place de la Madeleine et aussi � la gare.
Je dois reconna�tre que c'est une bien belle personne.
En ce qui concerne les miracles...
Je m'en passe tr�s bien, voil� la v�rit�.
Les miracles, c'est que tout puisse �tre fait avec �a et �a.
Le miracle, c'est que tout d�pende de soi.
C'est aussi une th�orie. Oh, non. C'est l'exp�rience.
L'exp�rience de tous les jours. J'ai pas de th�ories, moi.
Ne riez pas de moi, c'est trop facile.
Je voulais dire... Quoi?
Que vouliez-vous dire?
Eh bien, si on va au c�ur des choses,
votre th�orie, enfin, votre explication,
marche-t-elle aussi pour les choses du c�ur?
"Les choses du c�ur"?
Est-ce qu'il faut toute une vie pour savoir qu'on s'aime
ou bien est-ce que l'amour, c'est comme un �blouissement?
"L'amour"?
L'amour, c'est comme le reste, �a se fabrique.
Dans ces conditions, comment interpr�tez-vous notre rencontre?
C'est une co�ncidence, sans plus.
Je ne suis pas de votre avis.
Tout d�pend de la profondeur � laquelle les choses �clatent en nous.
"Le c�ur des choses", "les choses du c�ur"...
Que dites-vous?
� la surface, tout est lisse.
C'est au fond que �a se passe. Tout au fond.
Vous avez de ces mots... Vous n'aimez pas les mots?
Si, un seul: Le mot "vivre".
Les autres bouchent la vue. On ne voit pas ce qu'il y a derri�re.
Vous parlez trop.
Fran�ois, ce qui se passe derri�re est si simple.
Mais si je n'avais rien dit,
vous auriez s�rement cru que j'�tais une putain
et vous ne m'auriez pas embrass�e.
Cloches.
Dominus vobiscum.
Vous croyez en Dieu?
En principe, oui, mais j'ai pas beaucoup eu le temps.
Vous croyez vraiment ce que vous m'avez dit sur l'amour?
Vous avez dit que �a se fabriquait, qu'il fallait y travailler.
Est-ce que vous croyez
que vous aurez le temps?
Pensez-vous que c'est le bon moment?
Oui.
Apr�s, il sera trop tard.
Pri�re en latin.
Je veux bien essayer de penser comme vous,
mais j'aurais l'air de vous aimer moins que je vous aime.
Cloches.
Alors il faudra que quelqu'un me pardonne.
Et puis, il faudra aussi me montrer le chemin.
Pri�re en latin.
...
� cette �poque-l�, je croyais qu'elle faisait des mani�res.
Elle voulait seulement que le don d'elle-m�me f�t total.
T'as mis ton tailleur noir?
Tu vois.
Tu souffres? J'en ai bav�, tu sais.
Moi, je ne sens plus rien. T'as bien de la chance.
Non, Fran�ois. B�b�...
Sauvez-le, Jalabert, et je me charge du reste.
S'il n'y a pas de complications...
� propos de complications, c'est une co�ncidence malheureuse,
votre fr�re devait me faire un versement le 15.
Le 15, c'est demain.
Il n'est peut-�tre pas utile que mon entrepreneur crie sur les toits.
Combien?
1,2 million.
Quelle date sommes-nous? Lundi 14.
Et pour Olga,
vous avez fait quoi? Je lui ai t�l�phon�.
Pour lui dire quoi? Qu'elle continue sa cure.
Excusez-moi, Jalabert.
Je vous en prie.
Le t�l�phone sonne.
Oui? Qu'est-ce qu'il y a?
Je monte.
�a ne va pas? II a recommenc� � vomir.
Une autre fois, ne mangez pas d'hu�tres les mois sans "r".
Il va vous laisser tranquilles. Il est � bout de forces.
Ouvrez la fen�tre. Et puis quoi encore?
Vous ne voulez pas aller faire un tour dans la rue?
Si. J'�touffe. Voil�.
Restez calme.
Plus vous vous agiterez, plus vous aurez chaud.
Vous vous appelez comment? Marthe.
C'est un joli nom, �a.
On dirait une fourrure. Marthe...
Vous aimez les hu�tres, vous? Oui.
Moi pas.
J'ai horreur de �a, les hu�tres. Vous comprenez?
Oui.
J'ai pas mang� d'hu�tres � ce d�jeuner.
J'ai bouff� une saloperie.
Oui, dans mon caf�.
J'ai �t� empoisonn� par ma femme.
Vous voyez, hein?
Qu'est-ce que �a peut vous foutre?
C'est pas vos affaires. L�chez-moi.
Mon veston?
Dans la penderie.
Sortez-le.
Donnez-moi mon portefeuille.
Il faut reconna�tre que Jalabert a �t� parfait.
Il y a une chose que nous avons tous oubli�e, sauf Fran�ois:
Il est indispensable que vous fassiez, vous,
comme si rien ne s'�tait pass�.
Vous irez tous les jours � la clinique.
Vous ralentissez toujours quand vous parlez.
Ce n'�tait pas la peine de faire venir Nicolet.
- Qu'est-ce que c'est que �a?
20000 francs.
M. Donge m'a forc�e � les prendre
apr�s m'avoir dit que sa femme avait essay� de l'assassiner.
Depuis quand �tes-vous infirmi�re?
8 ans.
Et vous vous mettez dans tous vos �tats parce qu'un malade d�lire?
Que voulez-vous que je fasse de �a? Et moi?
Vous avez des enfants.
M. Donge n'est pas toujours un malade tr�s commode.
Gardez-les en prime pour vos heures suppl�mentaires.
Et ne soyez plus �motive comme �a.
�a pourrait vous faire du tort dans votre m�tier.
Venez, allons dans la biblioth�que.
Nous y serons mieux pour parler.
Vous avez les papiers? Tout est l�.
Bonsoir, Jeanne. Bonsoir, ma petite s�ur.
Bonsoir, maman. Pourquoi as-tu fait �a, mon B�b�?
Laisse-la, maman.
"L'am�lioration du malade se poursuit.
"Mais les visites seront toujours interdites pour encore 2 jours."
"Sign�: Docteur Jalabert."
J'ai l'air d'un mar�chal de France, comme �a.
Le coup du journal, c'est une id�e de g�nie.
Au d�but, les gens essayaient de se faire une opinion.
Mais maintenant que c'est imprim� noir sur blanc...
Les journaux, c'est fait pour �a.
T'as pas envie de parler d'affaires.
L'histoire avec les pays scandinaves...
�a attendra.
Ils m'ont appel� de Stockholm. �a attendra, Georges.
Moins que tu ne crois.
Je te connais bien.
Dans huit jours, tu te l�ves.
Dans quinze jours, tu cours comme un lapin.
Dans un mois, tu auras oubli� toute cette sombre histoire.
Et dans 6 mois, un an, tu divorceras,
bien tranquillement.
Hein?
�a ne va pas? Si, mais...
Je suis un peu vann�, c'est tout. Mon pauvre vieux.
Elle peut se vanter d'avoir bien travaill�.
"Se vanter"...
Comme si c'�tait son genre.
Dis donc, Fran�ois,
on a toujours rien d�cid�, pour la soir�e.
Qu'est-ce qu'elle en dit, elle? B�b�?
Elle dit que sa robe ne sera pas pr�te � temps.
Alors, on arr�te tout? Quelle heure est-il?
Elle va bient�t arriver.
Tu n'auras pas besoin de la garder longtemps.
L'important, c'est qu'on la voie passer.
"L'important"...
Pour n'avez-vous pas laiss� monter Drouin?
Parce qu'il est juge d'instruction?
II est important que vous vous reposiez.
Parce que vous aussi, vous savez ce qui est important ou pas?
Votre fr�re a eu sa bouff�e. Mme Marthe est au courant.
Ce qui est important, c'est pas que les gens croient ou ne croient pas,
c'est pas que Mme Marthe sache, c'est pas qu'on voie B�b�,
ce qui est important, c'est que cette histoire ne regarde que moi.
Qu'ils se mettent �a dans la t�te!
Fous-moi la paix, toi!
La soir�e aura lieu comme tous les ans,
que je sois sur pied ou non.
D'ailleurs, je serai sur pied. Je suis hors d'affaire. Alors...
Suis-je hors d'affaire?
Si la cellule r�nale n'a pas �t� touch�e, vous �tes hors d'affaire.
Si les reins viennent � se bloquer,
c'est une autre histoire. Quand serez-vous fix�?
Entre le 6e et le 10e jour.
Je n'en crois pas un mot.
Il dit �a pour se donner de l'importance.
Tu vois dans quel �tat tu t'es mis?
Drouin, tu le verras demain. Il passe tous les jours.
...
C'est toi, cette fois, B�b�?
Oui.
Pourquoi, "cette fois"?
Parce que les autres jours,
une femme est venue, avec ton visage,
avec tes v�tements, ta voix...
Mais j'ai pas �t� dupe.
Et je ne suis pas dupe.
Pourtant, j'ai quelque chose � te dire,
quelque chose d'important.
J'ai pris une d�cision, pour la soir�e.
Georges te dira. Tu veux que je m'en aille?
Oh non.
Je ne te chasse pas.
La porte se referme.
B�b�, o� es-tu? O� es-tu?
B�b�, je t'appelle.
Il y a longtemps que votre femme est partie, monsieur Donge.
- B�b�? Ben, o� �tes-vous?
�a sentait mauvais. C'est le tunnel.
C'est votre cigare.
Quel rapport y a-t-il entre une chaussure et une brosse � dents?
Je donne ma langue au chat.
C'est pas une devinette.
Ah bon!
Eh ben, voil�...
Pour les chaussures, il faut du cuir.
De l� l'int�r�t que je porte aux troupeaux de vaches.
Et les vaches, comme vous le savez, donnent du lait.
Et le lait donne un sous-produit qui s'appelle la cas�ine.
Vous suivez?
Tr�s bien, Fran�ois. Vous �tes tr�s clair.
Au lieu de jeter la cas�ine,
j'ai eu l'id�e de fonder une fabrique d'objets en plastique.
Les brosses � dents, entre autres.
�a vous int�resse, tout �a?
Pas encore �norm�ment.
Jusqu'� pr�sent, dans ma vie,
la cas�ine, les vaches...
Il faut que je m'y fasse. Pourquoi donc?
Parce que c'est votre vie, Fran�ois.
Je tiens � y �tre bien plac�e, entre la cas�ine et le plastique.
Et m�me un peu devant, si c'est possible.
Vous avez eu du mal � abandonner vos affaires?
Comment le savez-vous? Votre cigare.
Quand vous allumez un cigare, c'est que vous faites des affaires.
Vous ne pensez pas
qu'on devrait faire demi-tour?
Pas question. � Marseille, je dois voir Magu.
Qui est Magu? Un fabricant de fromage.
Vous avez autre chose � m'avouer?
Un fabricant de chaussures de ski � Nice qu'il faut que je rencontre.
Il y a longtemps que je l'ai pas vu. Ensuite?
Ensuite plus rien.
Seulement vous et moi, l'Italie, Naples,
le bateau � voile, l'amour...
Comme vous dites �a mal. Vous n'en avez jamais fait?
Pardon?
On dit un "Star", un "six m�tres", pas un bateau � voile.
Qu'avez-vous?
Rien.
C'est �a
que vous cherchiez?
Qu'est-ce qu'un couple, Fran�ois?
Qu'est-ce qu'un couple?
Vos billets, s'il vous pla�t.
Nous avons toute la vie pour r�pondre.
Moi, je descends � Avignon. Oh, pardon.
Les billets, Fran�ois. Oui, voil�.
Envoyez ce t�l�gramme tout de suite.
Il n'y a aucun danger. Ce sont des cumulus de beau temps.
"Ferai imm�diatement...
"...imm�diatement demi-tour.
"T'embrasse. Sign� Fran�ois."
Relisez.
Vous, avec vos cumulus de beau temps, mon vieux...
Quatri�me.
�a me colle partout. Vous avez froid?
Non, pas du tout. On prendra un repas chaud.
Je vous frictionnerai.
Que peut-on faire dans une chambre par un temps pareil?
Jouer aux devinettes: Qu'est-ce que la cas�ine?
Qu'est-ce qu'un couple? Qu'est-ce que le d�sir?
C'est le chemin le plus court d'un �tre � un autre.
Le plus court.
Le meilleur.
...
Dites, faites-moi monter un...
Quoi? Comment?
Ah, zut, alors.
Faites-moi monter un double scotch avec un Perrier.
Oui, merci.
Je t'ai d��u?
Quoi?
Si tu veux qu'on te comprenne, reviens � l'air libre.
Je t'ai d��u?
Je n'ai pas besoin d'�tre d��u pour boire un whisky, j'ai soif.
En attendant, j'ai rat� Magu.
Magu, c'est le fromage de Hollande? �coute, B�b�, je t'en prie.
J'ai dit, Magu, c'est le fromage de Hollande?
Je lui avais fait dire de m'appeler avant de quitter Marseille.
Tu as dit aussi au concierge qu'on ne nous d�range pas?
Oui.
Est-ce que tu ne crois pas qu'il va falloir vivre ouverts?
Comment �a, "ouvert"?
Comme un livre, comme une fen�tre, sans rien se cacher, toi et moi.
Jusqu'ici, j'�tais secr�te.
Les jeunes filles sont toujours secr�tes.
Je devrais avoir plus de mal que toi pour y arriver.
Mais j'aime tellement les choses claires.
Si je t'ai d��u...
Si je te d��ois vraiment un jour, il faudra me le dire.
Il ne faudra rien me cacher, jamais.
Tiens, par exemple,
s'il devait y avoir un jour quelqu'un dans ta vie...
Si tu me le dis, il n'y aura que demi-mal.
Sinon...
Tu m'avais jur� de ne plus jamais... On frappe � la porte.
Fran�ois!
Eh bien, mon vieux...
Toi et tes mots...
J'ai demand�
un whisky Perrier.
Je ne le bois pas sec. Tout de suite, monsieur.
Ne t'inqui�te donc pas. Il est convaincu que j'�tais seul.
D'autant plus convaincu qu'il nous a vus entrer ensemble,
et qu'il nous verra sortir.
Et dans l'ascenseur, il se demandait comment il ferait � ma place.
Sinon, il n'y aura plus d'espoir
pour toi et pour moi. Ah, tu y reviens.
� quoi bon se mettre � deux pour vivre,
si ce n'est pas pour vivre mieux qu'� soi tout seul?
Si c'est juste car c'est plus commode...
Tu regrettes d�j�? Fran�ois, tu me trouves b�te?
Non. Mais tu es comme toutes les femmes.
Tu veux assurer l'avenir. C'est une id�e fixe, chez vous.
Vous voulez tout avoir en bloc. Tu te trompes.
Il ne s'agit pas de s�curit�, mais d'autre chose.
Il s'agit de ne pas se retrouver seule � 40 ans avec des rides.
Pour les rides, il y a les instituts de beaut�.
Mais pour le reste, la solitude, il n'y a rien.
Si. Ce que t'as fait: Se marier.
Qu'est-ce que t'as? Rien.
Il faut que je vous fasse un aveu, Fran�ois.
Quoi? C'est grave? Assez.
Je ne sais pas non plus faire de la cuisine fran�aise.
Eh ben? On mangera de la cuisine turque.
Je ne sais rien cuisiner. La vieille Marie t'apprendra.
Je ne suis pas une bonne m�nag�re. C'est tout?
Non. Je ne tiens pas � le devenir.
Et tu ne veux pas d'enfant avant 2 ou 3 ans?
Je crois bien...
Je n'en veux pas du tout. On frappe � la porte.
Tiens.
Je veux seulement t'aimer, Fran�ois. Seulement t'aimer.
Je l'ouvre avec les dents? Pardon, monsieur.
Permettez.
Voil�.
Fran�ois...
Quoi?
Vous me porterez pour entrer dans la maison Vieille, quai des Tanneurs?
Tu seras fatigu�e?
Je trouve que c'est le plus joli geste du monde.
Vous n'oublierez pas?
Tu ne peux pas me dire "tu" une fois pour toutes?
De quoi on a l'air?
Je voudrais vous poser une question.
- Je vous �coute.
Si je ne porte pas plainte,
en quoi cette histoire regarde-t-elle les autres?
Si je donne quitus � ma femme, en quoi �a regarde la justice?
Est-ce que �a la regarde, oui ou non?
- Ce n'est pas si simple que �a, Fran�ois.
Il y a l� une question de conscience.
- "Conscience"? Quelle conscience?
La mienne.
All�? All�, �toile 07-10?
Les abonn�s absents?
Le Pr Devillers. On ouvre la porte.
Mais demain quand?
Pas de message. Ah si. Qu'il me rappelle d�s qu'il rentre.
- Pourquoi toute cette com�die, Fran�ois?
Est-ce que tu crois que c'est bien utile?
�a y est, elle s'est tordu le pied.
Je t'avais pr�venue. Tu peux marcher?
Non, Fran�ois.
Tu ne veux pas essayer? Essaie. Non, Fran�ois.
Tu veux que je te porte? Oui, Fran�ois.
Viens.
Pas de chance. Le premier jour, tout de m�me.
C'est du pav�. C'est comme fait expr�s.
Je ne vous savais pas romantique,
mon cher beau-fr�re. "Romantique"?
Ce n'est pas Georges qui aurait eu ce joli geste.
Il est vrai que l'appartement que avons d�nich� est au 4e.
Pauvre B�b�.
J'ai essay� d'emp�cher Georges d'envoyer ce t�l�gramme paniquard.
Ce sont les affaires.
Nous avons quand m�me �t� jusqu'� Nice.
Sonnerie.
C'est s�rement Georges.
Alors? Raconte.
Viens.
Un contrat de 38? Tu me prends au d�pourvu, l�.
Merci.
Attends.
Attends, attends, oui.
(Van Hopel.)
Attends. �a me revient.
"Van Hopel." Eh ben, �a y est, j'y suis.
Tu parles. �a nous a co�t� 10000 florins, � l'�poque.
Il m'a eu, ce forban-l�.
Le probl�me n'est pas de savoir s'y prendre.
Le probl�me est de savoir si oui ou non
on peut faire � deux ce qu'on ne r�ussit pas seul.
Tu pourras toujours faire des enfants.
Je ne crois pas que je sois une pondeuse.
Pour moi, c'est comme... C'est comme un fruit.
Personne n'a jamais dit autre chose. Le fruit de l'amour.
Oui, j'arr�te ici. Oui.
� tout de suite. Je suis content de te revoir.
Merci.
Mon petit, c'est fini, nous deux.
Compris?
Fran�ois...
Oui?
Je crois que je suis heureuse d'�tre ta femme.
Mme Fran�ois Donge.
- Oh, je le sais.
Depuis le premier jour.
Oh non. C'est pas si simple, ni si fr�quent.
Si je pouvais t'expliquer...
Ainsi cette chambre, je l'ai d'abord vue laide et triste.
Je me demande si je ne me suis pas tromp�e.
Bien s�r, tu t'es tromp�e.
Le principal est que tu t'en aper�oives.
Il y a le portrait de ton p�re. Et alors?
Rien.
Mais si. Il est partout. Il a toujours l'air de vous regarder.
Tu t'y feras. Moi, je ne le vois m�me plus.
Justement, Fran�ois... Quoi?
C'est ce genre de chose qui me fait peur.
Si je devais un jour vivre avec toi sans te voir,
ce serait...
Mais qu'est-ce que tu vas chercher l�?
Tu vois, Fran�ois?
Mme Flament... Quoi, "Mme Flament"?
C'est une rousse naturelle ou bien elle se teint?
Est-ce que je sais, moi? Je ne lui ai pas demand�.
Enfin, non, je ne crois pas qu'elle se teigne.
C'est une belle personne. Oui.
C'est aussi une excellente secr�taire.
- Fran�ois!
On va �tre en retard.
...
Quoi?
Vous avez pris froid? L'odeur.
Quelle "odeur"?
II faudra un sp�cialiste tout de suite pour les charmeuses.
C'est �a, la Ch�taigneraie? Oui.
C'est �a.
�a r�soudrait tous les probl�mes de logement,
les anciens et les nouveaux.
Il y en aura des nouveaux?
Oui. Dans 8 mois, exactement.
Vous ne perdez pas de temps, tous les deux.
En tout cas, pour recevoir, ce serait formidable.
Vous voulez recevoir? En principe, oui.
On verra plus tard. Allez, vas-y.
On m'a appris qu'on ne baise pas la main d'une femme gant�e.
Qui �a, "on"?
Mes ma�tresses.
Enfin, celles qui �taient des femmes du monde.
Tu n'es pas jalouse, non? Le pass�, c'est le pass�.
Je ne serai jamais jalouse.
Bravo.
Fran�ois,
il n'y a plus de wagon-restaurant. Il y a des sandwichs dans la valise.
Elle s'y met, ma petite s�ur. Elle s'y met.
�a a quatre pattes,
�a marche debout,
�a a deux t�tes,
un c�ur,
un appartement,
des imp�ts,
et �a a la vie courte.
Qu'est-ce que c'est?
Depuis quand vous avez ces maux de t�te?
Oh, 24, 48 heures. Je ne sais plus, au juste.
Le temps, ici, vous savez...
Pour ma devinette, vous donnez votre langue au chat?
Ben, c'est un couple, Jalabert.
Un couple: Un homme et une femme.
�a veut dire quoi, ces migraines?
�a veut dire que vous vous agitez trop.
Vous devez vraiment revoir le juge? Ah oui. Ca, vraiment.
Parce que...
Hier, je lui ai pos� une question, et il devait voir sa conscience.
Pourquoi? Vous avez peur? "Peur"? Non, je n'ai pas peur.
Vous �tes ridicule.
Vous feriez mieux de vous tenir tranquille.
Et de boire beaucoup.
All�? Oui? Oui, je vous le passe.
All�?
Oui, j'arrive.
Alors, gu�ri? Presque.
"Presque", �a ne suffit pas.
Patience. Dans un jour ou deux.
Excusez-moi. On m'attend.
La v�rit� contre la loi.
C'est un peu la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
Toute la ville sait. Personne ne dit rien.
Mais c'est d�j� un r�sultat. Sine qua non.
�a veut dire?
Que si rien n'arrive aux oreilles de la justice, ma foi...
Remarquez que...
Si l'issue, enfin... Si votre �tat de sant�...
Si �a avait tourn� autrement... Si j'�tais mort, quoi.
L�, au moins, l'affaire aurait �t� claire.
L'action publique n'aurait eu besoin de plainte d'aucune sorte,
venant de quiconque, pour �tre d�clench�e.
Dans ce cas, il est bien �vident
que mon devoir, aussi p�nible qu'il e�t �t�,
m'aurait conduit...
� la Ch�taigneraie pour arr�ter ma femme.
Regardez-moi bien, M. Le juge.
Est-ce que j'ai la gueule d'un mourant?
Non, non.
Dieu soit lou�.
Il va de soi que nous sommes en pleine sp�culation.
All�?
All�, �toile 07-10?
Oui?
Non, je ne quitte pas.
Pourtant, si j'arrivais � lui dire...
Si seulement elle pouvait me croire.
Tout pourrait encore �tre sauv�.
Si seulement elle pouvait pleurer.
Et si ta robe est pr�te � temps?
Avec des "si"...
C'est demain, la soir�e. Tu n'as pas l'air de t'en douter.
T'as fait comme je t'ai dit? Oui.
Viens t'asseoir.
Viens.
J'ai t�l�phon�.
Ils envoient une voiture de livraison avec une premi�re pour l'essayage.
�a va co�ter cher.
Je...
Comment va Jean-Marc? Bien.
Tu lui as dit que son p�re �tait en voyage?
Oui.
T'as bien fait.
Il faut que j'y aille.
J'ai laiss� la voiture � Jeanne pour ses courses.
La soir�e, �a fait un tintouin terrible.
T�che qu'elle soit r�ussie. Je t�cherai.
L'ur�e?
Jusqu'ici, elle ne d�passait pas 1,20 g.
J'aurais pr�f�r� vous consulter, vous.
Garsperl? Ah oui, oui.
Garsperl de Toulouse.
On m'a vant� son sens clinique, mais je ne le connais pas.
All�.
Mais non, nous n'avions pas termin�.
Oh, �a ne fait rien.
Comment avez-vous pu faire une chose pareille?
II n'y avait pas d'autre moyen.
Pas d'autre moyen que le supprimer, ma pauvre enfant.
Ho! Allons, C�sar.
Vous avez �t� le chercher dans le laboratoire de l'usine?
Le poison? Oui.
Fran�ois �tait � Paris.
Je l'avais mis dans mon poudrier. Pourquoi, le poudrier?
Pour l'avoir toujours sur moi. Il est rest� dans mon secr�taire.
Le laboratoire. La derni�re analyse.
"4,50 g."
Qu'est-ce que vous lui reprochiez? Rien.
Il vivait sa vie.
Il n'avait jamais l'air de me voir.
Pourquoi ne pas en avoir fait autant?
J'ai essay�.
Il vous donnait ce qu'il fallait pour vivre.
De l'argent? II �tait tr�s g�n�reux.
Quand avez-vous pris la d�cision d�finitive?
Et pourquoi?
Je sais que je l'avais prise le dimanche matin.
Il faut bien que les choses arrivent � leur terme.
Ou c'�tait lui, ou c'�tait moi.
Il y avait Jean-Marc.
Ho, C�sar.
Quand vous l'avez vu boire son caf� et faire la grimace,
qu'est-ce que vous avez fait?
Rien.
Avez-vous pens� qu'on vous arr�terait,
et que sans syst�me de d�fense, vous seriez condamn�e?
Oui.
�lisabeth... Je peux vous appeler �lisabeth?
Oui.
- Une robe de mousseline avec des points en or.
Je la trouvais laide sans B�b�.
Une robe sans une femme dedans, �a ne parle pas.
�a dure depuis 30 minutes.
Ne vous inqui�tez pas. C'est normal.
Pas la peine que je le d�range. Qu'il se repose.
Je file � la Ch�taigneraie. Ensuite, je file � l'usine.
Allez travailler. Je suis l�.
Mais tout de m�me...
Ce qu'elle a dit... L'infirmi�re?
Elle se trompe. Il ne d�lire pas, il d�conne.
Vous connaissez votre fr�re. �a lui arrive.
Le danger est pass�. Vous reprenez du poil de la b�te.
- Au revoir, mon cher.
Le t�l�phone sonne.
All�?
Oui, c'est moi.
Je n'ai envoy� que la prise de sang, parce que l'anurie persiste.
Mais oui, c'est comme �a. Merci d'avoir appel�.
Une robe de mousseline avec des points en or.
Je la trouvais laide sans B�b�.
Une robe sans une femme dedans, �a ne parle pas.
- Je me demande s'il y aura assez de tartelettes.
Avec ce portrait, c'est vraisemblable.
Il y a de quoi vous couper l'app�tit.
Jeanne, Fran�ois va �tre navr�.
On aurait le temps de le remonter. Ah non, alors.
On a eu du mal � les convaincre.
Tu n'auras pas une autre occasion pour te d�barrasser de lui.
Tu vas encore t'arranger pour �tre en retard.
Je ne m'arrange pas.
Je suis en retard, c'est comme �a. Arrange-toi pour �tre � l'heure.
Jeanne, sa robe est os�e, pour les gens d'ici?
Les Gutler sont arriv�s. B�b� n'est pas encore pr�te.
Si, la voil�.
Voil� B�b�.
Heureuse de vous revoir dans cette maison.
J'�tais d�sol�e de voir Fran�ois priv� de votre amiti�.
Ma ch�re petite...
Le bonheur vous va bien.
Vous permettez? On va remplacer Georges et Jeanne.
Comment as-tu trouv� ma robe, finalement?
Parfaite.
Un peu voyante, hein? Tu as raison.
Ben, t'es plus une jeune fille.
�a a �t�, avec les Gutler? Oui.
Dis donc, Mme Gutler,
c'est bien l'ex-Mlle de Villefosse que tu allais �pouser?
Oui.
B�b�, t'as pas sommeil?
T'es increvable, toi.
Je pars demain pour la Su�de.
Mme Flament m'a pr�venue. Tu pars comment?
Je vais essayer d'attraper l'avion � Lyon.
Allez, bonsoir.
Bonne nuit.
Oh, pour �a...
Fracas.
...
Tu ne trouves pas que les bourgeons, on dirait des petites salades?
Rien que des c�urs.
Tu me trouves ridicule?
Oh, c'est plus grave que �a.
T'es pas arm�e. T'as pas ton �ge, quoi.
Le jour o� tu auras un coup dur, tu n'existeras pas.
Pourquoi veux-tu que j'en aie?
J'ai dit "le jour o� tu auras un coup dur".
Sois gentille de finir ma valise. Je vais voir o� en est Mme Flament.
N'oublie pas mes chaussettes de smoking.
D'abord, je n'aurai pas de coup dur.
Le jour o� j'aurai un coup dur, nous aurons un coup dur.
Si tu pouvais �tre moins t�tu, moins s�r de toi...
Si tu pouvais m'aider.
� mon retour, hein?
O� est-ce qu'on en �tait rest�s? � mes chaussettes de smoking.
Il y a un auteur qui dit
qu'une femme qui aime commet toutes les maladresses?
Tu es insaisissable, B�b�. Je ne te comprends pas.
Tout d'un coup, tu parles comme une vraie femme.
M�me, je ne sais pas, moi, comme... Ta femme.
Qu'est-ce qui se passe, encore?
Dire qu'il s'en est fallu d'un cheveu, Fran�ois.
Un cheveu de Mme Flament, Fran�ois. Ne sois pas ridicule.
Je pourrais dire que c'est pas... Mais tu ne le diras pas, Fran�ois.
Comme tu voudras.
Je te l'ai dit, ce que je voulais. Je ne veux pas de mensonges.
C'est ta ma�tresse?
Depuis longtemps.
Elle n'est pas la seule, bien entendu.
Non. Ce qui devrait te prouver
que dans la vie, �a n'a pas d'importance.
Quoi, alors?
L'heure de mon train.
Tu veux que je la renvoie?
� quoi bon?
Tu m'avais bien pr�venue.
"C'est aussi une excellente secr�taire."
Puis il t'en faudrait une autre.
Et que tu la mettes au courant.
Comme je ne suis jamais dans ton bureau,
que tu aimes les odeurs fortes,
que Mme Flament sent mauvais,
et qu'elle est excellente secr�taire, autant la garder.
Elle est mari�e? Oui.
Qu'est-ce qu'il fait, son mari? Je ne sais pas.
Il sait? J'en sais rien.
Tout �a ne nous m�nera � rien.
D'ailleurs...
Quoi? O� est le probl�me?
Moi, je vois bien un probl�me.
Quand on ne peut pas faire un couple, il faut se d�faire,
regarder si on ne peut pas encore essayer quelque chose d'autre
avant les solutions d�finitives.
Qu'est-ce que tu veux? Divorcer?
Tu as eu tout ce que tu voulais. Tu es Mme Fran�ois Donge.
Ta s�ur a failli te battre.
Finalement, c'est toi qui as gagn� d'une courte poitrine.
Un peu trop courte, pour mon go�t.
Tu connais mon go�t, maintenant.
Je suis grossier. Et apr�s?
Je suis navr�.
R�veille-toi. Il arrive toujours un moment o� il faut s'y mettre.
Vous dites tous �a.
Tu dois avoir raison.
Tu ne veux plus divorcer?
�a ne m�nerait � rien.
Je suis ta femme. C'est comme �a.
Il faut s'y mettre.
Tu vas encore te moquer de moi, mais tu te souviens,
pendant notre voyage de noces, je t'avais demand� d'attendre.
Attendre quoi?
Fran�ois, �a t'ennuierait que nous ayons un enfant?
C'est cela, s'y mettre, pour toi.
�tre grossier n'y change rien. J'ai un train � prendre.
C'est non?
Tu y tiens absolument?
Allons-y tout de suite. Allez.
Ce n'est pas pour te g�ner. C'est assez dans ton style.
Tu n'as qu'� penser � Mme Flament et aux autres.
J'aurai vraiment tout essay�.
Toi, tu as une solution de folle. Moi, j'ai une solution raisonnable.
Regarde-moi.
Regarde-moi.
Tu ne veux pas. Tu es immonde.
Tu t'imagines vraiment que c'est une solution?
Je ne veux plus rien. Alors, � quoi bon?
Je n'ai jamais cru vraiment que c'�tait une solution.
C'est l'acte suivant. Voil� tout.
Tout rentre dans l'ordre, Fran�ois? C'est mieux comme �a, crois-moi.
Il n'y aura qu'� laisser Jeanne et B�b�
meubler la Ch�taigneraie � leur go�t.
�a les occupera.
Si on ne veut pas �tre empoisonn�s par les affaires,
on n'aura qu'� ne pas avoir le t�l�phone.
Comme �a, pendant la semaine, � la maison Vieille,
tu auras toute ta tranquillit�.
�a fera d'une pierre deux coups.
- Il faut les prendre comme ils sont, B�b�.
� ce prix, le bonheur est l�.
- Le bonheur?
- Georges avait raison.
Comme par enchantement tout rentrait dans l'ordre.
Et rien ne devait troubler cet ordre dans les ann�es qui suivirent.
Elle continuait toujours de descendre la derni�re.
On disait qu'elle faisait son num�ro, et on l'admettait.
�a faisait partie d�sormais de la tradition.
Je t'ai offert un collier pour que tu le portes ce soir.
...
Musique de bal.
...
C'est vraiment le plus beau couple.
La vieille Mme d'Ortemont ne d�sarmait pas.
C'�tait un fait.
Elle est belle. Tu ne trouves pas?
Ce n'est pas une raison pour ne pas l'inviter � danser.
...
"Le bonheur vous va bien."
"Le bonheur vous va bien."
Mme d'Ortemont r�p�tait �a � B�b�
d'une ann�e � une autre sans y changer un mot.
Il y avait eu l'ann�e des Villefosse,
qui incontestablement avait eu un heureux r�sultat sur les affaires.
Il y eut l'ann�e des accords avec l'Am�rique du Sud.
Il y eut l'ann�e de la L�gion d'honneur.
Celle de la pr�sidence du Cartel,
du renflouement de l'�toile du Sud-Est,
celle o� j'ai refus� d'�tre d�put�.
Et chaque ann�e, chaque anniversaire, �tait l'ann�e de Mme d'Ortemont.
B�b� paraissait fascin�e.
Docteur et Mme Jalabert!
Docteur Henri Bernard! M. Magnan!
II est venu avec toute son �quipe. Qui est-ce?
Un tapeur. Je ne savais pas qu'il �tait mari�.
Madame...
Je suis heureux de vous rencontrer.
Je vous pr�sente ma femme,
qui a tenu absolument � venir � votre soir�e.
Je la comprends. C'est royal.
Henri Bernard, futur grand chirurgien.
Bonsoir.
Mon homme d'affaires, que vous connaissez.
Bonsoir.
...
Je n'aimerais pas qu'il m'op�re. Pourquoi?
II a une t�te de jeune premier.
Il me pla�t assez. Par contre, la femme de Jalabert
a quelque chose qui me fait tiquer.
Merci.
Qu'est-ce qui te fait tiquer sur Mme Jalabert?
Ce n'est pas si grave. Tu t'y feras.
Je t'en prie, B�b�, cesse ton petit jeu.
Que veut son mari?
II a rep�r� une vieille b�tisse, il veut en faire une clinique.
Et alors?
Alors il n'a pas le premier sou pour commencer.
C'est tout? 10 millions, c'est pas assez?
M et Mme Gutler.
Tiens... Toujours aussi laide.
Vous avez pu venir?
Comment pouvez-vous dire cela?
Bonsoir, cher ami.
Rien au monde ne pourrait m'emp�cher de venir.
Tu as vu tout ce luxe? C'est grotesque.
10 millions, c'est une somme. 18 millions...
Je comprends que �a te fasse tiquer.
Mais je crois que tu t'y feras.
Vous avez le projet de vous installer ici?
"Le projet..." Plut�t une intention, un espoir.
Il d�pend de votre mari que �a le devienne.
Il vous en a parl�? Fran�ois n'a pas de secret pour moi.
De vous � moi, je pense que vous pouvez appeler �a un projet.
Vous croyez? Cela ne d�pend plus que de vous.
Comment?
Ah... Bon.
Le Pr Garsperl est l�.
Il y a des m�decins noirs aux �tats-Unis, et pas en France.
J'ai m�me rencontr� un psychanalyste noir, � New York.
Tiens.
Ah... Si on parlait un peu de votre homme?
C'est Donge, l'industriel?
Fran�ois Donge. Qu'est-ce qu'il a bouff�?
50 centigrammes de bichlorure de mercure.
Combien de jours? 6.
Diur�se? Nulle.
Depuis quand? 48 heures.
Ur�e? 6 grammes.
Il ne se doute de rien?
Eh bien, ce matin, il �tait en pleine torpeur.
Allons-y.
Un chef-d��uvre. Un vrai chef-d��uvre.
C'est un tour de force.
- C'est formidable.
Et si...
Je vais faire ce pli.
Si vous repreniez au-dessous de la hanche.
Maman, on ne peut pas faire une autre robe d'ici 21 h.
Voil�, Georges.
- Georges, donnez-nous votre avis.
- Laisse Georges, maman.
D'ailleurs, il n'y conna�t rien.
Je vais �tre en retard.
J'ai pass� � l'usine une partie de la nuit,
et je dois rester ici.
Je vous serai reconnaissant...
Je serai en retard d'une demi-heure. Mme Laffitte s'est tromp�e.
J'irai � la clinique.
Vous croyez qu'ils en ont pour longtemps?
Je ne sais pas. �a fait 1 heure qu'ils sont l�-haut.
Bon. Eh bien, je repasserai ce soir.
Je ne vois pas d'autre solution.
� quoi bon attendre la n�crose des cellules r�nales?
Si vous �tes s�r. S�r?
Mon cher,
il arrive un moment o� la m�decine se transforme en loterie.
J'aurais d� m'en tenir � mes plans.
Je voulais passer � la p�tisserie.
Sans t�l�phone � la Ch�taigneraie, cela ne doit pas �tre facile.
- L'anurie risque de cr�er des complications.
Oui. Je sais. Je ne pisse plus.
Alors, combien de chances?
La cellule r�nale �tant attaqu�e,
la n�phrotomie est la seule op�ration qui vous reste.
Combien de chances?
Une sur trois, � peu pr�s.
Plus qu'il n'en faut quand un homme veut vivre.
Et je veux vivre.
Je veux vivre.
Vivre.
En l'absence du chirurgien, qui voyez-vous
pour �a?
II y a bien Ravau. Il est tr�s bon chirurgien.
21 douzaines de chaque.
Mais bien s�r, je vous l'avais dit.
Oui, j'attends.
On peut essayer de le joindre.
Mais je me demande si on peut attendre.
C'est le 7 e jour demain.
Alors faites-les-moi porter tout de suite.
Merci.
Pr Garsperl, Mme Fran�ois Donge.
Tout ce que j'ai fait, je dois le refaire.
La porte s'ouvre.
T'as vu les toubibs? Oui.
J'ai 1 chance sur 3... De ce c�t�-l�, tout va bien.
Je ne dois pas rester longtemps.
Ah, bon.
Alors il faut que j'aille au plus press�.
Viens.
Tout le reste...
Le plus difficile, vois-tu,
depuis le d�but, j'�tais oblig� de m'occuper de tout.
Il fallait que mes boyaux se vident, tu comprends?
Depuis que mes reins recommencent � marcher,
la fameuse cellule r�nale, leurs cochonneries quoi...
Viens.
De ce c�t�-l�, Jalabert a raison.
Il faut d'abord �tre vivant.
Et puis il fallait que je trouve la v�rit�
et que je te l'apporte.
Pour moi, c'est une partie � gagner.
Alors quand j'aurai tout gagn�,
on mettra les bouch�es doubles, B�b�.
Tu verras comme on sera heureux.
Je t'aime.
Tiens.
C'est notre anniversaire, �lisabeth.
J'ai rien pu t'acheter.
Si tu savais comme je t'aime.
Si tu ne peux pas t'en emp�cher.
Seule la mort peut. Je suis pass�e par l�.
Moi, c'est fini. Je ne t'aime plus.
Mais si je meurs, �lisabeth, on te jugera.
Ils ont des lois et puis ils te condamneront,
ils t'ach�veront.
Je sais.
Et tu ne te d�fendras pas? D�fendre quoi?
Mais toi et puis notre enfant.
Rappelle-toi comment on l'a fait. Mais il existe.
Il existera sans nous.
Nous avons �t� pour si peu de choses dans sa vie.
Tu voudrais tout refaire Fran�ois, je sais.
C'est impossible.
Vous, les hommes,
vous aimez bien d�cider que la vie est ici ou l�.
Et quand vous vous �tes tromp�s,
et que vous nous avez tromp�es,
vous nous demandez simplement de repartir de z�ro.
Comme si c'�tait faisable.
"Les bouch�es doubles."
On ne recommence pas sa vie deux fois, Fran�ois.
Il y a des mots,
des grands mots, comme tu disais,
que tu m'as fait rentrer dans la gorge il y 10 ans.
L'amour est miracle, �blouissement,
gr�ce, naissance...
On ne recommence pas deux fois l'amour, Fran�ois.
Mais si, je trouverai bien, tu verras.
Qu'est-ce que tu veux encore trouver?
Tes yeux sont si secs.
Si seulement tu pouvais pleurer.
Mais l'espoir, alors?
Tout est perdu, Fran�ois.
Mais...
Mais �coute, �lisabeth,
s'il n'y a pas d'espoir quand tout est perdu,
alors c'est quoi, l'espoir?
Oui, oui, j'attends.
Personne.
Qu'est-ce qu'on fait?
C'est une folle?
II y a urgence.
On pr�vient l'h�pital. Les jeux sont faits, mon cher.
Qui est au juste cet Henri Bernard?
On va vous faire l'injection de penthotal.
Oui. Tout de suite.
Docteur.
All�.
Oui.
Il n'y a aucun inconv�nient � cette injection.
C'est pour gagner du temps.
Dites-leur, oui.
Vous avez peur que je parle.
Allez voir si l'ambulance est arriv�e.
Si vous avez quelque chose � dire, finissons-en.
Dites-le.
Si moi, je me tais,
qui vous dit que ma femme ne parlera pas, aux assises?
Elle peut se d�fendre: La jalousie,
crime passionnel...
Tout le monde saura
que votre petit commerce de maladies, d'appendicites,
vous a �t� offert par l'amant de votre femme.
C'est comme �a, mon vieux.
Vous �tes moche, Fran�ois Donge.
Vous vous �tes pourtant servi
des femmes dans votre vie?
Celles des autres.
Pas la mienne.
Pas la mienne.
Rassurez-vous, Jalabert,
il n'y aura pas de proc�s, mais je vivrai.
Et s'il devait y avoir un proc�s, ma femme ne se d�fendra pas.
Elle ne dira rien.
Je la connais bien, maintenant.
Laissez-moi, mon vieux.
Laissez-moi.
Vous pouvez apporter le caf�.
Bien, madame.
Elle ne s'est pas enferm�e, elle est dans sa chambre.
C'est normal.
C'est normal aussi, d'empoisonner mon fr�re?
Car c'est bien ce qu'elle a fait.
Ta garce de s�ur.
Alors?
On lui fait l'injection
m�me sans Jalabert.
Ma petite!
Pourquoi as-tu fait �a?
Dis-le-moi. Parle, �a te fera du bien.
Tu es l�... Tu es l� comme une morte.
Pourquoi?
Je ne sais pas.
Je ne sais plus.
Je ne voulais pas te ressembler, maman ch�rie.
C'est un monstre.
- D�tendez-vous. Comptez jusqu'� 20.
1, 2...
3...
Oh, �lisabeth...
Moi, je suis s�r qu'elle se trompe.
Il faut lui dire. Elle comprendra, quoi.
Je peux recommencer.
Il faut tout refaire.
Une vraie naissance.
Je suis s�r qu'elle comprendra.
Une vraie naissance.
Il est tenace. Allez-y.
Notre amour, �lisabeth...
Dieu d�cidera, maintenant.
...
Si tu t'imagines qu'elle va changer ses habitudes.
J'ai peur, Georges. Peur de quoi?
Je ne sais pas. J'ai peur.
Qu'est-ce que tu veux qu'il lui arrive?
Les gens viennent de plus en plus tard.
B�b�?
�lisabeth, ouvre, je t'en prie. C'est moi.
- Je suis pr�te. Je descends tout de suite.
...
Qu'est-ce que les gens vont dire?
Lls ne diront rien, Jeanne. Ils ne viendront pas.
- Madame la marquise d'Ortemont.
J'ai tenu � venir quand m�me.
Je pensais bien.
Est-ce que vous �tes fix�e, maintenant?
Vous disiez: "L'amour, en supposant que �a existe,
"on est fix� qu'apr�s."
Est-ce que vous �tes fix�e, maintenant?
Oui.
Je pense que Fran�ois et vous,
vous vous �tes aim�s.
Si c'est votre opinion, gardez-la pour vous.
Je vous en supplie.
Vous pouvez compter sur moi.
Le malheur vous va bien.
Georges, mon devoir, mon horrible devoir...
Apr�s vous, monsieur le commissaire.
J'en ai pour tr�s peu de temps.
Voulez-vous prendre quelque chose? Jeanne?
...
Allez-y. Vous connaissez la maison.
...
Tu n'as pas embrass� Jean-Marc.
Je sais, mais il ne peut pas se rendormir apr�s.
Il vaut mieux pas.
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