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L�HOMME QU'ON AIME HA�R
Erich von Stroheim,
auteur, r�alisateur, acteur.
Pour le public am�ricain des ann�es de guerre,
le plus inf�me des coquins du cin�ma.
Pour le public des ann�es 1920,
le plus grand r�alisateur depuis D. W. Griffith.
Un g�nie obnubil� dont le m�pris des censeurs, producteurs
et plans de tournage demeura l�gendaire.
Je suis all� chez lui et lui ai demand�:
"Alors, Von, ce script?"
Il m'a sorti un pav� de la taille de deux annuaires.
Des annuaires d'aujourd'hui, vous voyez?
Je lui ai dit: "Tu es fou!"
Aux yeux de la critique mondiale,
un artiste aux id�es trop vastes
et trop pr�coces pour Hollywood.
Eric von Stroheim clamait
que ses films devan�aient leur temps de vingt ans
mais aucun ne sortit sous sa forme premi�re.
Arrogant et autodestructeur,
il laissa une fabuleuse carri�re hollywoodienne lui �chapper.
Bien avant sa fin, il �tait lui-m�me devenu
l'image qu'il avait compos�e � l'�cran.
"L�homme qu'on aime ha�r"
Il savait ce qu'il valait,
il avait tant saign� pour devenir quelqu'un.
Il s'est construit lui-m�me,
il �tait sa propre cr�ation,
son propre p�re, sa propre m�re.
C'�tait ce qu'il voulait.
Il n'avait pas d'amis, pas d'�pouse, rien.
Stroheim, �poux de Stroheim,
�pris de Stroheim, mais � quel prix?
Il savait que dans cette ville,
� cette �poque,
et plus encore aujourd'hui,
les quelconques ne s'en sortaient pas.
Il vous fallait un style, une condition.
C'est ce qu'il s'offrit.
1914...
L�Europe confronte ses arm�es
dans les premi�res batailles de la Grande Guerre.
Cependant, une autre guerre d�chire les terrains vagues
du sud de la Californie:
La guerre de S�cession.
D. W. Griffith tourne Naissance d'une nation.
Pour trois dollars par jour,
ses innombrables figurants
reconstituent les batailles qui oppos�rent Nord et Sud.
Eric von Stroheim compte parmi les soldats de Griffith.
L�immigrant autrichien d�barqu� en 1909
fait alors la rencontre du cin�ma.
Cette chute spectaculaire lui co�tera deux c�tes
mais il attirera ainsi le regard de Griffith.
Stroheim rejoint l'�quipe du r�alisateur au Majestic Studio
comme assistant g�n�ral et figurant occasionnel.
Des ann�es plus tard, au micro de la BBC,
il �voquera ces jours aupr�s de Griffith.
J'avais l'honneur de balayer ses plateaux,
sur Prospect Avenue, � Hollywood.
Rapidement je devins figurant,
avant de parvenir � de petits r�les
qui me valurent le regard de D.W.
Il fit de moi l'assistant r�alisateur de John Emerson,
ancien metteur en sc�ne r�put�,
lui-m�me personnellement conseill� par Griffith.
Dans Old Heidelberg,
von Stroheim joue un petit r�le
et sert comme conseiller technique.
Il a affirm� � Emerson qu'il �tait dipl�m� de l'universit�.
Puis, comme tous ses coll�gues,
il participe � la mise en sc�ne du chef d'�uvre de Griffith,
Intol�rance.
Il y joue un petit r�le
et prend part � la direction artistique,
proposant des id�es qui figureront plus tard dans ses propres films,
tels la vision n�vros�e du foyer d'un m�chant
ou encore le timide g�ranium de May Marshall.
Retrouvant Emerson,
von Stroheim obtient alors de meilleurs r�les.
Il est reporter
dans ce film de Norma Talmadge.
Il appara�t dans plusieurs films
aupr�s de Douglas Fairbanks.
Il porte ici un bandeau noir
pour palier la modestie de son r�le,
signe avant-coureur des proc�d�s qu'il emploiera
dans sa carri�re.
En 1917, les combats s'amplifient en Europe.
L�Am�rique pr�pare son entr�e en guerre,
et Hollywood joue son r�le.
L�hostilit� � l'Allemagne submerge le pays.
Cons�quence directe, Fairbanks se s�pare de von Stroheim.
Mais pour un boche aussi convainquant,
la guerre est une v�ritable b�n�diction.
D. W. Griffith pr�pare une grande �uvre de propagande
et von Stroheim demande � y participer.
Sa carri�re atteint alors une charni�re.
C'est Griffith
qui, le premier, saisit l'extraordinaire opportunit�
que le cin�ma offrait � la propagande.
Il est le premier � avoir tourn� les films les plus essentiels
� la cause alli�e durant la Grande Guerre.
C�urs du monde.
Une objection ignor�e.
C'est dans ce film
que je servis comme assistant personnel de Griffith
et comme expert militaire,
en plus d'incarner trois officiers allemands,
de remarquables coquins.
Travailler pour D.W. Griffith, � cette �poque,
�tait une grande chance,
le plus grand honneur
que l'on pouvait faire � quiconque � Hollywood.
Cela signifiait le prestige,
cela signifiait la chance � ne pas ignorer,
cela signifiait tout.
Pour The Heart of Humanity, Carl Laemmle, chez Universal,
l'embauche pour un r�le du m�me acabit.
Von Stroheim tient son image. On le baptise
"l'homme qu'on aime ha�r".
Les responsables de la communication chez Universal
trouv�rent une phrase: "L'homme qu'on aime ha�r".
Dans tous ses films,
il incarnait le m�chant.
Le slogan faisait mouche,
il �tait temps pour lui de jouer les arrogants,
le Prussien �gotiste,
intransigeant et obstin�.
J'ai rencontr� von Stroheim
ou Von, comme presque tout le monde l'appelait.
J'en suis venu � la conclusion
qu'il n'�tait pas si dur,
qu'il n'avait rien d'un c�ur dess�ch�.
Le slogan "l'homme qu'on aime ha�r"
sugg�rait une image qu'il trouva fort int�ressante.
Dans ce film, je devais conduire une ambulance.
Nous tournions une sc�ne
et Erich me demanda: "D'o� vient l'ambulance?"
"Elle rentre du front."
"Aussi immacul�e?"
Il avait des bottes de cavalier
qu'il frotta avec ses gants.
Il me dit: "Si vous en venez aussi, nous venons tous du front."
Il rep�re un tas de poussi�re,
il y plonge ses gants blancs,
il macule le flanc de l'ambulance
et dit: "Maintenant, elle revient vraiment du front."
Je me suis dit: "Cet homme ne tourne pas rond."
Je n'avais rien vu de tel, et il �veilla mon int�r�t.
Je ne l'avais jamais vu jouer.
Il m'emmena dans un petit cin�ma
o� l'un de ses films, The Unbeliever,
�tait � l'affiche.
Lorsque je vis
qu'il incarnait un officier qui tuait une vieille femme,
je me dis: "Filons avant qu'ils rallument."
Vieux d�mon!
Apr�s la guerre, Hollywood conna�t l'effervescence
mais les m�chants Prussiens ne trouvent plus de r�les.
A court de propositions,
von Stroheim tente de devenir auteur ou r�alisateur.
Il prom�ne ses sc�narios de studio en studio
mais pas un ne s'y int�resse.
Universal est sa derni�re cible.
Ce studio est le plus actif d'Hollywood.
Ses b�timents s'�tirent le long d'un ancien �levage de poulets.
Stroheim y a travaill� sur The Heart of Humanity.
Il vient retenter sa chance
avec une histoire de son cru, The Pinnacle.
Il me raconta l'histoire
et me demanda si elle ferait un bon film. Je r�pondis "oui".
Il fit tout pour voir M. Laemmle
et lui demander de r�aliser le film.
Carl Laemmle �tait l'un des pontes de l'industrie du cin�ma.
C'�tait un homme tr�s visionnaire
qui se passionnait
pour tout ce qu'on lui proposait.
Il �tait aussi joueur.
Il misait aux cartes, sur les chevaux,
et sur les hommes.
Il s'int�ressait aux histoires,
aux sc�narios.
C'est ainsi que von Stroheim l'approcha.
Il n'�tait qu'un petit acteur, � Hollywood, un figurant,
mais il avait de l'ambition, et une histoire.
Et il �tait convaincu que M. Laemmle
devait produire ce film.
Erich lui offrit son histoire,
il r�alisa le film,
et s'attribua comme acteur 200 dollars par semaine.
Se dirigeant lui-m�me,
von Stroheim s'�loigna de la caricature propagandiste.
Il se tourna vers la satire.
Sa cible: Le monde encore frais de sa jeunesse,
le monde de Vienne.
Erich Oswald Stroheim
est n� � Vienne en 1885,
fils de Benno Stroheim et Johanna Bondy.
Quoiqu'il dev�nt catholique pratiquant,
il naquit parmi la communaut� juive de Vienne.
Une ombre, parmi tant d'autres, sur ses ann�es de jeunesse.
On ignore tout de son dossier militaire,
mais le sens du d�tail et les rituels militaires le fascinaient.
Cette obsession se ressentit � travers toute sa carri�re.
Avant l'�ge de 30 ans, Stroheim quitta Vienne,
mais il n'oublia jamais le monde des Habsbourg.
Il en reproduisit sans cesse l'image dans ses films,
s'effor�ant de reconstituer un �ge r�volu.
Il n'appartenait pas � ce monde
mais le recr�a dans de nombreux studios hollywoodiens,
incarnant lui-m�me souvent le bon prince.
Dans son premier film, il n'�tait qu'un jeune officier
�pris de l'�pouse d'un m�decin am�ricain en vacances.
N�glig�e par son mari,
la femme se montre sensible aux attentions de von Stroheim.
Un film aujourd'hui innocent,
mais une provocation en 1919,
qui foulait les conventions du m�lodrame victorien.
"Robert, quelle heure est-il?"
Avec ce film, von Stroheim porte � l'�cran
des personnages � la psychologie complexe
qui agissent avec passion et culpabilit�.
Le cin�ma am�ricain s'�veille.
"Imaginez que mon mari rentre!"
"Votre mari ne pense pas � vous.
"Il gravit les montagnes."
"Je vous le promets mais patientez, je vous en prie."
Von Stroheim s'est heurt� � un obstacle inattendu.
M. Laemmle aimait jouer aux cartes
avec ses amis � un jeu appel� pinochle.
La ressemblance entre Pinnacle et pinochle
le d�routa totalement.
Il craignait que le public voie dans ce film
une histoire de belote
et s'opposa � ce que ce titre soit conserv�.
Juste avant sa sortie,
Universal remplace le titre The Pinnacle
par Blind Husbands.
Von Stroheim, furieux,
attaque le studio dans le Motion Picture News.
Laemmle lui r�pond la semaine suivante.
Une querelle parmi tant d'autres
entre von Stroheim et ses producteurs,
doubl�e d'un coup de publicit� fort opportun.
Maris aveugles remporte un franc succ�s.
UN FILM MERVEILLEUX
La critique s'�merveille de sa ma�trise du clich� de l'amant
et du r�alisme dont le film est empreint.
On croit m�me qu'il a �t� tourn� en Europe.
Von Stroheim entre dans l'industrie par la grande porte.
Lorsque Maris aveugles sort,
il a d�j� achev� son deuxi�me film,
Les Passe-partout du diable.
L�action se d�roule � Paris,
dans le monde de la haute couture
et de la Com�die-Fran�aise.
Une nouvelle histoire d'Am�ricains dans l'Europe d'apr�s-guerre,
le r�cit d'une femme d�laiss�e �prise d'un officier.
Cette fois, l'officier est am�ricain.
La critique s'offusque.
Tous admettent pourtant que le film surpasse Maris aveugles
par sa subtilit� et son inventivit�.
Il est h�las impossible de le confirmer:
En 1941, les n�gatifs originaux
seront trouv�s d�truits dans les caves du studio.
Aucune copie n'en fut trouv�e � ce jour.
Un jour, Laemmle proposa � Erich
de tourner un film sur le jeu.
Erich ne connaissait pas Monte-Carlo
mais il y vit un bon cadre
pour son histoire.
Il reconstruisit Monte-Carlo dans le studio d'Universal,
au sommet de la ville.
Folies de femmes modifie la donne hollywoodienne.
Le film �tablit le statut de studio majeur d'Universal
et conf�re � Stroheim une r�putation de d�pensier fou.
Il est "le premier film � un million de dollars".
Comme Hemingway et Fitzgerald,
von Stroheim se passionne pour l'apr�s-guerre
et ses Am�ricains en Europe.
Sotte, l'�pouse am�ricaine,
mari�e � un bourreau de travail
et charm�e par un fripon europ�en,
d�couvre les diff�rents aspects de chaque culture.
L�Europe s�duit
mais la d�cadence et la duperie y sont bien ancr�es.
Von Stroheim l'explique clairement
� travers Karamzin,
un faux comte russe,
don Juan nullement g�n� par la morale am�ricaine,
qui s�duit l'�pouse de l'ambassadeur.
Il �volue entour� de deux pr�tendues cousines,
d'une domestique d�vou�e
et de la fille attard�e d'un vieux faussaire.
Von Stroheim se met au travail en juillet 1920.
Onze mois plus tard, il dispose de 60 heures de film.
La r�alisation est un cauchemar.
Von Stroheim r��crit sans cesse le sc�nario
et exige souvent des dizaines de prises pour une m�me sc�ne.
Irving Thalberg, producteur chez Universal,
observe, impuissant,
von Stroheim qui, m�ticuleusement, porte son imaginaire � l'�cran.
Il �tait obs�d� par le d�tail.
Dans une sc�ne, ils mangent du caviar.
Aujourd'hui, on mettrait de la confiture dans un pot.
Pas von Stroheim.
Il lui fallait du vrai caviar.
Son v�u fut exauc�, c'�tait du vrai caviar.
Il n'existait aucun moyen de contr�ler von Stroheim.
Le budget, le planning?
Von Stroheim les ignorait avec superbe.
Il aimait am�liorer ses films au fil du tournage.
En fin de compte, quand Thalberg voulut r�fr�ner son app�tit,
von Stroheim balaya ses remarques d'un revers de la main.
Il r�pondit: "Virez-moi comme r�alisateur
"et vous perdez votre vedette.
"Le film n'existera plus."
Thalberg n'avait aucun poids dans une telle discussion,
il devait plier,
et je dois dire que Folies de femmes fut tr�s r�ussi.
Il co�ta cher et prit du temps,
les probl�mes furent l�gion,
mais le r�sultat est bon.
Un adage dit que tout est pardonn� si la premi�re marche.
Pour Von, la premi�re fut un succ�s.
Malgr� son succ�s dans les villes,
le film choque par son r�alisme brutal
et le portrait peu flatteur qu'il dresse des Am�ricains.
Il devient la cible des censeurs � travers tout le pays.
Peu avant sa sortie,
le film est amput� d'une heure.
Folies de femmes et son sinistre comte
deviennent bient�t l'objet d'un scandale national.
B�te noire des censeurs et des groupes de pression,
le film inspire une farce de Mack Sennett
dans laquelle joue Ben Turpin.
Mais les singeries de Turpin n'�meuvent pas von Stroheim,
d�j� plong� dans son projet suivant.
Von Stroheim voulait que son film se d�roule en Autriche.
Son titre: Chevaux de bois.
Il avait rencontr� � Chicago une reine de beaut�,
Mary Philbin,
qu'il avait choisie pour le r�le principal.
Norman Kerry,
arch�type de l'officier autrichien, jouerait le r�le masculin.
Il reconstitua une partie de Vienne.
C'�tait absolument fabuleux,
il avait m�me reconstitu� le Prater,
le parc d'attraction.
Soutenu par Hollywood,
von Stroheim reconstruit la Vienne de son enfance dans le d�tail.
Toutefois, Thalberg refuse qu'il joue dans le film
et qu'il le r�alise.
Folies de femmes lui a servi de le�on.
Norman Kerry se verra confier le r�le
que von Stroheim s'est lui-m�me attribu�.
Thalberg envoie des espions pour surveiller le tournage.
Ils d�couvriront une Vienne sensuelle et corrompue,
noble dans la d�cadence qui l'ach�ve.
Sa fianc�e, la comtesse Gisella von Steinbruck
"J'allais vous t�l�phoner.
"Je ne pourrai pas venir. Le devoir..."
"Bien entendu, le devoir n'attend pas.
"Est-elle blonde ou brune?"
Von Stroheim passe des semaines � tourner les sc�nes du lit.
La facture s'alourdit
et Thalberg re�oit des avertissements.
Quand le tournage de Chevaux de bois d�buta,
Thalberg demanda � von Stroheim de bien comprendre
qu'aucune sc�ne ne se grefferait au film.
Je suis certain qu'il pensait que Von respecterait ce souhait,
mais ce n'�tait pas son genre.
Perfectionniste s'il en est,
il refusait de s'embarrasser
de tout ce qui l'emp�cherait d'atteindre la perfection.
Quand Thalberg s'en aper�ut,
ils se disput�rent violemment.
Von Stroheim d�cida d'en informer Carl Laemmle,
alors � New York.
Thalberg avait � ses c�t�s un r�alisateur, Rupert Julian.
Alors que von Stroheim traversait le pays en train,
Thalberg confia le film � Kerry et Julian.
Le tournage se d�roula tellement bien
que lorsque Stroheim arriva chez Laemmle, � New York,
persuad� que son mentor le soutiendrait,
le producteur avait d�j� d�cid�,
ou d�cida sur l'instant,
qu'il soutiendrait Thalberg.
Von �tait tr�s embarrass�.
Il �tait confront� � une situation du type:
"Tu ob�is ou tu pars." Et il partit.
Le film sort et von Stroheim
ne figure pas au g�n�rique.
Peu de ses sc�nes
apparaissent dans le film,
mais elles affichent le style unique de von Stroheim.
Le d�part de Stroheim d'Universal est un choc pour l'industrie.
Jamais auparavant un studio n'a exerc� un tel pouvoir
sur un r�alisateur majeur.
Tr�s vite, d'autres studios approchent Stroheim.
En quelques semaines, il signe chez Goldwyn
et commence l'adaptation de McTeague,
le c�l�bre roman de Frank Norris.
Il l'intitulera:
Les Rapaces.
Chez Frank Norris, von Stroheim voit un alli�,
un auteur qui partage sa passion pour le r�alisme.
Il se passionne pour le roman
et d�cide d'en capturer le moindre d�tail.
Jusqu'alors, ses films ont visit� l'Europe de sa jeunesse.
D�sormais, il s'int�ressera � son pays d'adoption, l'Am�rique.
Von Stroheim a d�barqu� en Am�rique en 1909,
abandonnant l'Autriche pour des raisons inconnues.
Sans argent et parlant mal l'anglais,
il n'est qu'un immigrant parmi des millions d'autres.
Mais dans ce nouveau monde,
il ne sera pas simplement Erich Stroheim.
Son imagination lui a d�j� fourni une nouvelle identit�
et le titre qui l'accompagne.
A son arriv�e � Ellis Island, il se pr�sente ainsi:
Erich Oswald Hans Carl Maria von Stroheim.
Von Stroheim s'enorgueillit d'un titre
mais ses espoirs sont limit�s.
Il arpente les chambres froides de la communaut� allemande,
acceptant toute mission.
Il int�gre la Garde nationale � New York,
mais en est banni deux mois plus tard.
Il d�croche enfin un emploi de vendeur pour Max Grad,
importateur en tissu et dentelle.
Il travaille d'abord dans ses bureaux de New York
puis est nomm� voyageur de commerce.
En 1912, il s'installe � San Francisco.
Vestige de la ru�e vers l'or aux allures de capitale europ�enne,
San Francisco s�duit von Stroheim
qui se pr�tend toujours issu de la noblesse europ�enne.
Il perd son emploi chez Max Grad
et continue de vivre de menus travaux.
Durant l'�t� 1912, il travaille comme serveur et factotum
au West Point Inn, sur le mont Tamalpais.
Il y rencontre Margaret Nux,
issue d'une riche famille d'Oakland.
Il l'�blouit de d�tails concernant sa noble ascendance
et l'�pouse quelques mois plus tard.
Ils s'installent pr�s de la famille de Margaret, � Oakland,
dans un modeste meubl�.
Von Stroheim perfectionne son anglais et se met � �crire.
Ses �crits int�ressent peu
et il doit accepter diverses missions.
Au bout de deux ans, son mariage s'effrite.
Il quitte la ville pour travailler,
et Margaret demande le divorce.
Six mois plus tard, il est � Hollywood,
sous les ordres de D. W. Griffith.
Pour Les Rapaces,
von Stroheim retourne � San Francisco en 1923,
laissant les studios derri�re lui.
Il ne construira aucun d�cor.
McTeague tiendra son cabinet dans cet immeuble,
toujours debout, � l'intersection des rues Hayes et Laguna.
Selon von Stroheim, pour qu'une sc�ne semble r�elle,
elle doit �tre r�elle.
Les acteurs travaillent ici le jour
et y dorment la nuit.
Ces images montrent von Stroheim
tournant un bout d'essai avec Jean Hersholt.
Il joue ici le r�le,
accompagn� par un groupe de musiciens.
Tous les acteurs devront se plier � de tels essais,
y compris Zasu Pitts.
Pour la sc�ne dans laquelle Zasu Pitts,
sur son lit, en d�shabill�,
compte des pi�ces d'or,
Stroheim souhaitait
voir sur son visage l'expression d'une intense satisfaction
au contact de l'argent.
Elle n'avait aucune id�e de ce qu'il attendait d'elle.
D'innombrables prises ont �t� n�cessaires
pour qu'il obtienne ce qu'il d�sirait.
La pauvre Zasu disait: "J'ignore ce qu'il veut!"
Il voulait qu'elle semble faire l'amour
avec un partenaire invisible.
Zasu �tait une fille plut�t simple,
mais elle obtint le r�le.
L�histoire raconte l'infortune de trois Am�ricains moyens.
Le t�n�breux McTeague,
�lev� dans un camp de mineurs
et d�sormais dentiste sur Pulp Street.
Marcus, mielleux repr�sentant du prol�tariat urbain.
Et Trina, dont les 5000 dollars gagn�s � la loterie
les m�neront tous trois sur la voie de la destruction.
Stroheim n'a qu'un but: Critiquer les valeurs am�ricaines.
Si d'autres traitent le sujet
� grand renfort de louvoiement,
von Stroheim attaque � la gorge.
Il s'en prend � la plus sacr�e des institutions am�ricaines,
la famille.
Le mariage de Trina et McTeague
constitue le pivot du film:
Un rituel sacr�
ex�cut� dans un cadre aux relents funestes.
Marcus a abandonn� Trina � son ami McTeague,
mais depuis, elle a gagn� 5000 dollars.
Pris de jalousie et d'avidit�,
il avertit l'Ordre des dentistes
que McTeague exerce sans immatriculation.
Priv�s de gagne-pain,
la vie de McTeague et Trina se d�grade peu � peu.
McTeague se met � boire
tandis que le d�sir de Trina de conserver son tr�sor
tourne � l'obsession n�vrotique.
Spirituellement, moralement, les deux retrouvent l'�tat animal.
Comme chez Emile Zola,
la b�te humaine refait in�vitablement surface.
Le roman de Norris ne nous m�ne pas qu'� San Francisco
mais au-del�, vers les montagnes,
comme le fait von Stroheim.
Quand von Stroheim gravit pour la premi�re fois les montagnes,
au d�but de 1923,
il vint ici, dans ce vieux cimeti�re.
Il avait � ses c�t�s un repr�sentant de la Goldwyn Corporation,
� qui il expliqua
qu'il entendait tourner la derni�re sc�ne en premier.
Elle montrerait McTeague revenant, 20 ans plus tard,
pour trouver la tombe de sa m�re,
et tr�buchant dessus.
Une fois la sc�ne tourn�e et emball�e,
il nettoierait le cimeti�re,
reconstruirait la fa�ade de l'�glise
et filmerait la sc�ne des fun�railles,
th�oriquement la premi�re sc�ne � tourner.
Il lui expliqua son id�e en d�tail.
Son agent, � c�t� de lui, remua la t�te
et dit: "Non, Von,
"tout cela va co�ter trop cher, oubliez cette id�e."
Et c'est ce qu'il fit.
Ils se rendirent ensuite � la mine de la Grande Ourse.
Elle �tait ferm�e depuis dix ans
lorsque von Stroheim la red�couvrit,
elle et l'ensemble du site.
Il tournait souvent de nuit,
entre 21 heures et six heures du matin.
On passait une nuit sur une sc�ne
qui ne durerait que cinq minutes � l'�cran.
McTeague est d�sormais recherch� pour le meurtre de Trina.
Poursuivi par Marcus, il fuit vers la vall�e de la Mort.
Elle est le point le plus bas de l'Am�rique,
une �tendue sauvage � la symbolique pesante.
Malgr� l'absence de routes,
von Stroheim est cat�gorique.
Le seul site de tournage possible est la vall�e de la Mort elle-m�me.
La temp�rature d�passait 50 degr�s, � notre arriv�e.
Stroheim portait un bermuda, des gants
et un casque colonial.
Il avait un revolver, pour les serpents.
Nous vivions dans des tentes, et la temp�rature �tait de 32 degr�s
� deux heures du matin.
Personne ne dormait, c'�tait horrible.
Un membre de l'�quipe est mort.
Il faisait de l'hypertension, et la chaleur n'arrangeait rien.
La peinture, sur les voitures, formait des cloques.
On ne pouvait pas toucher le m�tal.
Stroheim semblait aimer �a.
Il avait 42 bobines � la fin du tournage.
Ils ont tout montr� � la presse,
un jour durant, s'arr�tant pour d�jeuner.
Apr�s le visionnage des 42 bobines,
ils annonc�rent qu'ils n'en pouvaient plus.
J'�tais pr�sent � l'une de ces projections.
C'�tait fabuleux mais chim�rique.
Von Stroheim eut alors l'id�e de scinder le film en deux parties.
Il r�duirait sa dur�e � six heures
et le projetterait sur deux soir�es.
J'�tais � New York avec Rex Ingram.
Ils avaient r�duit le film � 28 bobines.
Apr�s l'avoir �tudi� un certain temps,
j'en fis un montage sur sept bobines et un autre sur huit.
Dans l'�quipe de New York,
nous avions des cadres de la Paramount et de Metro.
Nous leur avons projet� le film
et tout le monde le trouva bon,
y compris Stankin et Rex.
Plus tard, quelqu'un de la Paramount fit une objection:
"La seconde moiti� est une trag�die.
"S'ils la voient en premier, ils ne reviendront pas
"pour voir la vraie fin, parfois humoristique."
Le film fut rapatri� � l'ouest
et le r�sultat final fut pour moi une d�ception.
C'�tait un g�chis, un v�ritable g�chis.
Quand les monteurs de la MGM en finissent,
la majorit� de l'�uvre de von Stroheim a disparu.
Le prologue, qui dure une heure dans la version de von Stroheim,
n'occupe gu�re plus de quelques minutes.
Il montrait la jeunesse de McTeague.
La mort de son p�re alcoolique.
Et son apprentissage comme dentiste itin�rant.
Des intrigues secondaires ont disparu,
des histoires parall�les imagin�es par von Stroheim
en �cho � l'histoire de Trina et McTeague.
L��pisode de Zwerkow et Maria dispara�t totalement:
La fable grotesque d'un fou drogu�
qui tue sa femme au nom d'une fortune imagin�e
puis se suicide dans la baie de San Francisco.
Seuls quelques plans sont conserv�s de deux vieillards
qui trouvent le bonheur
tandis que l'affliction frappe tous les personnages.
Si le studio esp�re rendre le film plus accessible
par ces coupes draconiennes,
il commet une grave erreur.
La critique affiche une rage proche de l'hyst�rie.
"Le plus inf�me, le plus putride des films de l'histoire du cin�ma,"
�crit un critique.
"En Autriche, d'o� von Stroheim est originaire,
"ils aimeront peut-�tre le film,
"mais je doute qu'un seul Am�ricain
"�prouve un sentiment semblable � son �gard."
En 1924, ni les Autrichiens ni les Am�ricains
ne pr�tent attention au film.
40 ans plus tard, une �tude internationale
le placera parmi les plus grands films de l'histoire.
Entre-temps, la Goldwyn Company
est devenu la Metro-Goldwyn-Mayer,
le plus grand, le plus puissant des studios d'Hollywood.
Ses r�alisateurs sont la cr�me de l'industrie:
Seastrom, Browning,
Niblo, Cabanne,
Hugues, von Sternberg,
et von Stroheim.
On trouve de nouveaux visages parmi les cadres.
Louis B. Mayer dirige d�sormais le studio.
La production est supervis�e par Irving Thalberg.
Thalberg arriva pour la fin de Les Rapaces.
Il pratiqua des coupes dans l'�uvre de von Stroheim,
qui durait six ou huit heures,
pour le rendre acceptable en salle.
Ceux qui m�connaissaient le pass�
voyaient en von Stroheim et Thalberg des ennemis jur�s.
Ils se trompaient.
Thalberg lui confia
La Veuve joyeuse.
Von Stroheim ex�cre le vedettariat,
mais le studio lui impose la capricieuse Mae Murray,
ainsi qu'un romantique en pleine ascension, John Gilbert.
Il appara�t bient�t qu'une seule star a sa place
dans les films de von Stroheim.
Il y a une sc�ne dans laquelle la veuve danse.
Erich voulait y changer quelque chose.
Il alla voir Mae Murray et lui montra
ou lui expliqua comment danser.
Elle lui dit: "Sale boche, vous croyez tout savoir!"
En l'entendant, Erich se figea,
puis nous quitt�mes le plateau et rentr�mes chez nous.
Au bout de deux jours,
ils dirent: "Trouvons un autre r�alisateur pour finir la sc�ne."
Mais ceux qui travaillaient sur La Veuve joyeuse
avaient travaill� pour nous sur d'autres films.
Ils savaient porter l'uniforme et monter � cheval.
Toute l'�quipe connaissait Erich, ils �taient tous amis.
Ils appel�rent le nouveau r�alisateur.
Lorsqu'il arriva et dit: "Tout le monde en place,"
personne ne bougea.
�a ne fonctionnerait pas,
ils ressentaient l'insulte faite � Erich.
Un messager fut envoy� chez nous.
Il dit: "Revenez au studio,
"nous exigerons que Mae Murray vous pr�sente ses excuses."
Il revint sur le plateau
et il y eut tant de cris, de vivats,
de sifflets et d'applaudissements
que d'autres �quipes vinrent voir ce qui se passait.
Mae Murray vit une insulte personnelle
dans sa d�cision de faire de Sonia, personnage majeur,
une garce.
Connaissant le respect que Mayer portait aux femmes,
elle lui exposa les intentions qu'elle pr�tait � von Stroheim.
Mayer fut prit de fureur.
C'�tait un homme imposant.
Il avait travaill� pour son p�re, ferrailleur au Canada,
et avait mani� de formidables quantit�s de m�tal.
Peu de personnes connaissaient
la droite qu'il �tait capable d'exp�dier.
Von Stroheim le d�couvrit � ses d�pens
lorsque Mayer le convoqua
apr�s que Mae se fut plainte
du r�le qu'il comptait lui faire jouer.
Quand Mayer �voqua l'affaire,
Von r�pondit: "Elle incarne Sonia,
"et Sonia est une garce."
C'�tait l� l'insulte que Mayer voulait entendre.
Il frappa von Stroheim et l'�tendit au sol
avant de le jeter hors du studio.
En d�pit de ses probl�mes avec le studio,
von Stroheim ach�ve lui-m�me La Veuve joyeuse
qui deviendra son plus grand succ�s.
Le film reste un an � Broadway
et offre � John Gilbert son statut de romantique vedette.
Cependant, von Stroheim doit rompre avec Thalberg et Mayer.
Il signe chez Pat Powers, producteur ind�pendant,
et entame son hommage nostalgique � la Vienne d'avant-guerre,
La Symphonie nuptiale.
Le tournage d�bute durant l'�t� 1926.
Une fois de plus, Von Stroheim rassemble sa troupe de com�diens.
Il incarne lui-m�me le prince Nicki
et offre � Zasu Pitts le r�le de l'h�riti�re qu'il doit �pouser.
Aucune capricieuse ne participera � ce projet.
Pour le personnage de Mitzi,
il choisit une inconnue
qu'il a vue dans des westerns produits par Universal, Fay Wray.
Von Stroheim n'incarne plus un coquin, ni un s�ducteur.
Le prince Nicki constitue sa meilleure composition,
un repr�sentant ambigu de ce que Stroheim aime et d�teste
dans la Vienne de son enfance.
Incarnant le charme et l'�l�gance de l'ancien monde,
il est le dernier repr�sentant d'une race mourante,
vou�e � l'extinction en cet �t� de 1914.
Une fois de plus, von Stroheim a les mains libres.
Il construit plus de trente d�cors,
d'un pavillon de chasse au palais des Habsbourg.
Il ne reconstitue pas Vienne, il la reconstruit,
avec un souci du d�tail
qui engendre de nouveaux d�passements de budget.
Hal Mohr, chef op�rateur sur La Symphonie nuptiale,
se rem�more le tournage dans un entretien datant de 1972.
On bossait comme des chiens,
il n'y avait pas de syndicat, aucun repos n'�tait pr�vu.
Seul le travail comptait.
J'y ai pass� de nombreuses nuits,
je dormais deux heures sur le plateau.
On tournait 30 ou 40 prises par sc�ne
sans savoir pourquoi on recommen�ait.
C'�tait: "Allez, on la refait",
mais il ne donnait aucun conseil.
J'imagine qu'il s'attendait
� une performance inspir�e de la part des acteurs
qui fourniraient ce qu'il recherchait,
chaque prise le rapprochant de la satisfaction.
Parfois, il disait simplement: "On les d�veloppera toutes."
Erich avait une sc�ne d'amour avec Fay Wray,
sous un pommier qui devait �tre en fleur.
H�las, aucune fleur n'�tait visible.
Il fit donc cr�er des fleurs de pommier,
des milliers, en cire.
Une �quipe passa des journ�es enti�res
� les accrocher dans l'arbre.
Mais La Symphonie nuptiale n'a pas la douceur d'un jeune fruit.
Von Stroheim passe des semaines sur des plateaux ferm�s
� filmer d'�tranges orgies,
des sc�nes qui n'appara�tront jamais � l'�cran.
La Veuve joyeuse demeurera inachev�:
Von Stroheim d�passant le planning de plusieurs mois,
Pat Powers d�cide de tout arr�ter.
Pendant que le studio tente de monter les sc�nes existantes,
von Stroheim cherche du travail � Hollywood.
Il s'est d'ores et d�j� ali�n� la Paramount, MGM et Universal.
Une offre se pr�sente, qui n'�mane pas d'un studio
mais d'une vedette, Gloria Swanson.
Pour sa soci�t� ind�pendante,
il r�alisera Queen Kelly,
l'incroyable r�cit d'une pieuse orpheline
qui h�rite d'une maison close en Afrique orientale.
Tout r�alisateur fuyant un d�sastre comme celui de La Veuve joyeuse
se montrerait prudent, mais von Stroheim n'en fera rien.
J'�tais cadreur sur Queen Kelly de Gloria Swanson.
La sc�ne d'ouverture du film
fut tourn�e en ext�rieur
sur un site devenu un cimeti�re.
Derri�re une colline,
on aper�oit des filles sortant de leur couvent,
des pensionnaires clo�tr�es.
De l'autre c�t� se tient le d�tachement de cavalerie
d'un royaume imaginaire.
Lorsqu'elles croisent le prince de ce royaume,
qui m�ne les cavaliers,
les filles s'arr�tent pour lui faire une r�v�rence.
En se baissant,
Swanson, qui se trouve au premier rang,
perd sa culotte,
ce qui l'embarrasse vivement.
Elle la ramasse, la roule en boule
et l'envoie vers le prince
qui se moque d'elle.
Il l'attrape,
la tient devant lui � bout de bras,
puis il la renifle
avant de la glisser dans sa sacoche.
Stroheim dit: "Elle est parfaite, ma petite sc�ne!"
Moi, je ne r�pondis rien.
Je n'�tais que cadreur. Je lui dis: "Entendu, Erich,
"nous verrons ce qu'ils en diront, demain."
Dans le bureau de M. Kennedy,
Joseph B. Kennedy, qui finan�ait le film,
vit la sc�ne et me demanda ce que j'en pensais.
Je r�pondis: "Techniquement, elle est superbe."
Il dit: "O� est le probl�me?"
Et moi: "Pourrez-vous la montrer?"
Stroheim m'a cogn� au menton,
Gloria m'a frapp� au derri�re,
mais c'�tait dit, il �tait trop tard.
Kennedy dit: "J'imagine qu'on s'en sortira."
Il se trompait.
Cette premi�re sc�ne est un avertissement.
Le sc�nario de von Stroheim contient
certaines de ses sc�nes les plus dures.
Il les am�liorera au jour le jour.
Comme � son habitude.
Le d�cor tenait sur un plateau de deux �tages.
En bas s'�tendait un bar immense,
aussi grand que les bars de Tijuana.
Ils avaient m�me plant� des arbres qui sortaient du sol.
En haut des marches se trouvait un long couloir.
Au d�but du film, on voit un marin
sortir d'une pi�ce
en remontant son pantalon.
Le marin descend au bar
o� il rencontre Tully Marshall,
le propri�taire de l'�tablissement,
un personnage plut�t �trange.
Il cache dans une poche une bouteille de cognac.
Sur sa hanche, on aper�oit l'�tui d'un Lugger.
Il fait souvent des attaques, il se met � trembler.
Ce jour-l�, il d�cide d'�pouser la fille.
On le voit dans une longue sc�ne avec sa tante,
� qui il dit: "Je veux �pouser votre ni�ce."
Durant la c�r�monie, alors qu'un pr�tre noir
c�l�bre son union avec Gloria,
du jus de chique s'�chappe de la bouche de Tully Marshall
et s'�coule sur la main de Swanson.
Elle s'�crit: "Monsieur Marshall!"
Il se d�fend: "C'est ce que M. Von Stroheim m'a demand�."
Gloria dispara�t alors.
Vingt minutes plus tard, M. Kennedy,
alors en Floride, appelle Stroheim et lui dit:
"Merci, ce sera tout, nous ne voulons plus de vous."
Von Stroheim est de nouveau �cart�.
Priv�e de r�alisateur, Swanson tente d'achever le film seule.
Mais en 1929, la t�che semble inutile:
L'�re du muet touche � sa fin,
le film parlant submerge l'industrie.
Ebranl� par l'�chec
de La Symphonie nuptiale et de Queen Kelly,
von Stroheim doit se r�habiliter � Hollywood.
Ind�sirable en tant que r�alisateur,
il prend une d�cision d�terminante
en acceptant un r�le
dans un film parlant � petit budget, Gabbo le ventriloque.
Mesdames et messieurs,
Je vais maintenant faire l'impossible.
Je vais fumer une cigarette,
boire un verre d'eau,
et ce faisant me servir de ma voix.
Excellent travail, Mary.
A vous, Herr Professor.
Alors que von Stroheim n'avait plus d'alli�s � Hollywood,
je r�ussis � convaincre Laemmle
de le laisser r�aliser un remake de Maris aveugles.
A cette �poque,
le cin�ma parlant existait d�j�,
et tout le monde savait comment r�aliser un parlant.
J'�tais dans mon bureau quand l'assistant r�alisateur me dit:
"Paul, vous devriez venir dans la rue, du c�t� des cloches.
"Von Stroheim devient fou."
Inquiet, je le suivis en courant.
Von faisait les cent pas. Je le vis casser sa canne.
L'assistant lui en donna une autre, qu'il cassa aussi.
C'�tait ainsi qu'il exprimait sa fureur.
Je demandai: "Von, qu'y a-t-il?"
Il r�pondit: "Les cloches!" "Qu'ont-elles?"
Il dit: "Tu m'as demand� de les choisir.
"L�-haut, elles doivent sonner,
"� six heures. Il me les faut."
"Tu les as choisies?"
"Oui, je les veux toutes."
Je r�pondis: "Tu dois choisir.
"Choisis-les en fonction de leur son."
"Comment �a, leur son?
"Je les veux dans une heure, pendues au-dessus du lac."
Je lui dis: "Tu es fou, Von.
"Pourquoi veux-tu les pendre?"
"Ignores-tu qu'elles sonnent diff�remment,
"que le son est diff�rent quand il survole l'eau?"
Je dis: "Peut-�tre,
"mais ce n'est pas ainsi que se fait un film parlant.
"On enregistre le son des cloches
"et on le superpose sur la sc�ne."
Il r�pondit: "Et tu vas me dire
"qu'il n'y aura pas de musiciens pour accompagner les danseurs?"
"Bien entendu, les musiciens ne joueront pas.
"Ils seront l�, ils feront semblant de jouer,
"mais la musique sera enregistr�e plus tard et ajout�e sur la bande."
"Tu es fou si tu crois que je vais r�aliser un film ainsi."
Je dis: "Von, les gens vont parler tout en dansant,
"ils vont discuter.
"Ce serait impossible, avec de la musique."
Il quitta le plateau, fou de rage.
Je savais qu'il c�derait,
mais cela n'arriva pas: Dix minutes plus tard,
je fus convoqu� par M. Laemmle.
Il �tait flanqu� d'une arm�e de r�gisseurs,
d'assistants g�n�raux, d'assistants de plateau...
Il me dit: "Kohner, ne parle pas,
"je ne veux rien entendre.
"Je veux que tu vires von Stroheim. Le film n'existe plus."
Je dus trouver Von et lui dire:
"Tu as r�ussi, cette fois. Le film s'arr�te l�."
Les propositions se faisant rares,
von Stroheim travaille de plus en plus comme acteur.
Il interpr�te � nouveau "l'homme qu'on aime ha�r",
cette fois sans uniforme.
Dans 4 de l'aviation d'Archainbaud,
il incarne un r�alisateur fou.
M�me face � Garbo, on lui demande de jouer du "von Stroheim".
Enfin Winfield Sheehan, de la Fox,
lui propose de r�aliser un film.
Le cadre: Le New York de la d�pression.
Son titre: Walking Down Broadway.
Pour l'�criture du sc�nario, Sheehan lui adjoint un jeune auteur.
Quand il me convoqua pour m'en informer,
je fus pris d'une grande terreur.
Je connaissais la r�putation de von Stroheim.
Sa r�putation de grand r�alisateur,
mais aussi d'homme compliqu�.
Il n'avait r�alis� aucun parlant.
Il �tait scandaleux, en un sens,
qu'un homme aussi r�put� n'ait jamais re�u une telle offre.
Sheehan l'a fait en comptant sur un grand succ�s
pour faire la nique � Louis B. Mayer.
Mayer avait jur� tous les diables
que von Stroheim ne ferait plus rien,
et la d�cision de Sheehan surprit toute l'industrie.
Il savait pr�cis�ment ce qu'il voulait:
L'histoire de deux hommes et deux femmes
et leur rencontre sur Broadway.
Tr�s am�ricain, tr�s diff�rent de ce qu'il avait connu � Vienne,
mais il �tait d�cid� � le faire.
Il me demanda d'�crire � M. Sheehan pour lui affirmer
que c'�tait la plus passionn�e, la plus sensuelle,
la plus violente des romances jamais �crites.
Le film fut termin� et pr�sent�,
et je me rappelle avoir pass�
la nuit la plus triste de toute ma vie.
J'assistais � une projection � Glendale
quand, au milieu du film, l'assistance se mit � rire.
Peut-�tre ne comprenaient-ils pas le propos d'Erich.
Peut-�tre �taient-ils d'humeur joyeuse...
Le film fut accueilli avec une horreur absolue.
J'ai entendu quelqu'un dire:
"Ce film n'est bon que pour les psychanalystes."
C'�tait, � l'�poque, la plus franche,
la plus ouverte des discussions sur les relations sexuelles
port�es � l'�cran.
On d�cida de remonter le film
et de confier ce soin � Sol Wurtzel,
un personnage aussi d�nu� de sens artistique
et de talent cr�atif que Sheehan.
Il fut choisi pour proposer un nouveau montage.
Le r�sultat s'intitula Hello Sister.
Je ne suis jamais all� le voir, �a ne m'int�ressait plus.
J'en avais assez de Walking Down Broadway.
Ils ont demand� � Eddie Burt de le r��crire
avec ses fameux plans d'ensemble,
que j'affectionnais moi-m�me.
Ils l'ont tout simplement massacr�,
ils ont massacr� les personnages.
Le r�sultat ne valait absolument rien,
ce fut une entreprise criminelle.
Hello Sister sort sans qu'aucun r�alisateur n'en soit mentionn�.
Peu de critiques le remarquent et aucun ne s'en souviendra.
Von Stroheim est un anachronisme,
un reliquat du cin�ma muet.
Ses ennuis personnels ne font que commencer.
A l'automne 1933,
son �pouse Val�rie est br�l�e
dans l'explosion d'un salon de beaut�.
Ma m�re m'avait toujours dit:
"Quand tout br�le, ne cours pas."
Je suis donc rest�e dans ce salon o� r�gnait la folie.
Il y avait 60 personnes,
c'�tait le salon des stars,
Jean Harlow et toute la clique.
Ne sachant que faire, je suis sortie et je n'ai plus boug�.
Quelqu'un a dit...
Ils me jetaient ces serviettes qu'on trouve chez les coiffeurs.
A ce moment-l�, quelqu'un a dit:
"Prenez ce manteau et enveloppez-la avec."
Il appartenait � une vedette, je ne vous dirai pas qui.
Elle a dit: "Pas mon manteau!"
J'ai pass� des mois � l'h�pital.
De toute ma vie, je n'ai jamais vu un homme aussi d�vou�.
Il a pris une chambre, lui aussi.
Il se trouve que j'y ai pass� une nuit avec eux,
� boire du scotch pour la maintenir �veill�.
Elle �tait entre la vie et la mort.
Je dois admettre qu'Erich a �t� merveilleux.
Il a v�cu avec moi � l'h�pital.
Mon premier bouquet, que mes yeux br�l�s ne pouvaient pas voir,
me fut offert par Joan Crawford, ma voisine.
Des fleurs blanches, partout dans la chambre.
Dans l'obligation de trouver des fonds,
von Stroheim joue pour des studios comme Mascot et Republic,
o� sont produits des westerns et drames de s�rie B.
Je sais que tu l'as fait. Et je sais pourquoi.
Tu ne pouvais rien expliquer.
Expliquer quoi?
Dis-le-moi!
Frappe-moi, je m'en moque.
Je suis s�r que tu l'as empoisonn�.
Tu l'as assassin�,
je n'en d�mordrai pas.
Tu ne me feras pas taire! Tu l'as assassin�!
Assassin�? Au poison?
Comment le sais-tu?
En 1935, j'�tais responsable des sc�narios chez MGM.
Je dirigeais �galement les auteurs.
Von fut embauch� comme auteur.
Il imaginait des situations dramatiques,
des histoires de sexe.
Il excellait dans l'art de d�peindre
et de complexifier des personnages.
Son travail �tait du pain b�ni pour les r�alisateurs.
Je crois qu'il avait besoin d'argent,
mais, pour lui, ce n'�tait pas se rabaisser,
comme certains l'ont cru,
que de se mettre � �crire.
Il apportait beaucoup � nos �quipes,
durant nos r�unions.
Souvent, quelqu'un notait tout.
Ce n'est pas qu'il refus�t d'�crire.
D'ailleurs, il finit par proposer un sc�nario que le studio acheta.
LA VIE
Un r�alisme in�gal�!
H�pital central. Une urgence?
A tous les m�decins, un train a d�raill�.
Que les internes de repos se r�unissent.
Le grand r�alisateur et c�l�bre auteur Erich von Stroheim
offre au grand �cran une nouvelle �pop�e.
Pas de romance mi�vre, ici.
Il laisse � d'autres les liaisons entre internes et infirmi�res
et choisit la nouveaut�:
L'ascension d'un grand chirurgien,
son sacrifice, ses erreurs, son triomphe,
et son amour pour la femme
qui lui donnera la chance unique de trouver le bonheur.
Captivant... par son histoire d'amour!
Epique... par son incroyable r�alisme!
Alors qu'il travaillait pour la MGM,
un soir de No�l, il me passa un coup de fil.
Il dit: "All�?" Il appelait de Beverly Hills.
A l'�poque, ces appels co�taient assez cher.
Il dit: "Je veux te dire adieu." Je demandai: "O� vas-tu?"
"Je vais me suicider."
Je r�pondis: "Te suicider? Pourquoi?"
Il dit: "Sais-tu ce qui m'est arriv�?
"Jon Farrell et un r�alisateur, Bob Leonard,
"m'ont apport� de l'argent
"et une superbe gravure
"sign�e par tout le studio
"pour me souhaiter un joyeux No�l.
"Je ne le supporte pas. Je refuse cette charit�.
"Ils n'ont pas besoin de me plaindre.
"Je vais me suicider."
Je lui dis: "Fais-moi plaisir.
"Avant de le faire, laisse-moi venir te voir.
"Je veux t'embrasser, avant."
A son arriv�e, il a dit:
"Vas-tu abandonner Val�rie, d�figur�e comme elle l'est,
"seule avec Joseph, et choisir la facilit�?"
Il r�pondit: "Non."
Nous avons renvoy� leur ch�que � chaque donateur.
Certains nous l'ont renvoy�.
Clark Gable l'a renvoy� � trois reprises.
L'homme qui l'avait priv� de travail, Louis B. Mayer,
faisait partie des signataires.
Hollywood envoie de l'argent mais aucune proposition.
Pour nourrir les siens, il devra travailler ailleurs.
Il connaissait une voyante en Californie,
qu'il �coutait beaucoup.
Il re�ut une offre de Paris,
ce devait �tre vers la fin de 1935.
Tout allait mal, il ne travaillait plus,
l'avenir �tait flou,
sa femme et son fils �taient tomb�s malades.
Il alla trouver cette voyante
et lui dit: "J'ai une proposition de Paris."
Elle dit: "Patientez.
"Selon les cartes, une autre offre vous rendra c�l�bre
"dans le monde entier."
Quoi que dubitatif, il refusa l'offre.
Quelques mois plus tard, on lui proposa
d'incarner un espion allemand dans un film intitul�
Marthe Richard au service de la France.
Ce n'est qu'alors qu'il partit pour Paris.
A partir de l�, tout s'encha�na, jusqu'�...
Jean Renoir voulut l'engager.
Jean Renoir lui proposa de participer � La Grande illusion.
Il pensait � un officier allemand qui intervenait au d�but du film.
L'histoire se d�roulait,
puis un autre Allemand devait �tre interpr�t�,
un gardien de prison dans une forteresse militaire.
Les deux personnages n'avaient rien � voir.
Erich pensait qu'il lui serait pr�judiciable
d'accepter l'un ou l'autre de ces r�les,
qui �taient tr�s modestes.
Il r�fl�chit et imagina un moyen de relier ces deux r�les.
Il apparut le lendemain au studio,
le buste pris dans un corset.
Quiconque le voyait ainsi
devinait qu'il avait �t� bless�, son cou bris�.
Un coup d'�il suffisait � comprendre la situation.
En arrivant sur le plateau,
Renoir l'embrassa, ce qui le g�na, et lui dit:
"Erich, il n'y a qu'une personne au monde
"qui pense le cin�ma.
"Vous avez fait une chose fabuleuse pour le film."
C'�tait effectivement une sacr�e trouvaille.
Tout le monde se souvient de cet homme et de sa minerve.
D�sormais,
Erich �tait la grande vedette en France.
En plus de renouer avec sa carri�re, � Paris,
Erich commence une nouvelle vie et red�couvre l'amour.
J'essayais de devenir com�dienne,
j'obtenais de petits r�les
de l'agence qui s'occupait d'Erich,
�tablie � Londres. C'est un certain Golden
qui me dit: "Rendez-vous au Claridge,
"vous y trouverez Erich von Stroheim."
A mon arriv�e, Erich me toisa
de la t�te aux pieds, je me sentais totalement nue.
Il me prit la main et dit:
"Avec un plus joli vernis � ongles, vous ferez l'affaire."
Je demandai: "Quelle affaire?"
Il r�pondit: "Pour commencer, prenez cette lettre."
Les choses s'annon�aient mal.
Ensuite, c'�tait sans cesse: "R�pondez-leur pour moi,
"R��crivez ceci, j'ai �crit un dialogue en anglais,
"traduisez-le-moi."
C'est ainsi que d�buta notre "collaboration".
Il comprit que je ne le craignais pas,
contrairement � tous ceux qui l'entouraient.
Il avait �norm�ment de travail,
et personne n'avait le courage de s'y atteler.
Je devins l'objet de von Stroheim,
je travaillais matin, midi et soir pour Erich.
Travailler en France, o� existaient de nombreuses soci�t�s,
c'�tait tr�s diff�rent d'Hollywood.
On n'appartenait pas aux studios, on ne signait pas pour un studio
mais pour un film.
Beaucoup ne travaillaient que quelques jours.
Quelqu'un l'en avait averti, peut-�tre sa voyante.
Il formulait toujours cette exigence pr�alable:
Le matin, il demandait 1000 dollars pour la journ�e,
c'est-�-dire environ 5000 dollars actuels,
et une bouteille de whisky, avant d'investir le plateau.
On l'embauchait alors cinq ou six jours sur un film
pour exploiter son nom, c'�tait une vieille astuce:
On le pr�sentait en "vedette"
car son nom remplissait les salles.
Il incarna un Chinois dans Les Pirates du rail,
il faisait un merveilleux Chinois.
Dans un film, il avait le visage br�l�
et il devait porter un demi-masque.
Il incarna aussi un couturier fran�ais,
affubl� d'un bouc et d'une chevelure blanche.
Erich n'�tait indiff�rent � rien de ce qu'il entreprenait.
Les plus insignifiants de ses r�les le fascinaient.
Dans Si Versailles m'�tait cont� de Guitry,
il jouait Beethoven.
Il �tait parvenu � lui ressembler � la perfection.
Il dessinait son propre portrait
puis, par-dessus, il dessinait des sourcils,
il ajoutait une perruque, des moustaches,
et finissait par trouver le physique juste.
Mais l'essentiel �tait pour lui de s'inventer un pass�.
Vous souvenez-vous de moi?
Comment pourrais-je vous oublier?
Colonel Mathesius!
Quel d�guisement!
Je ne vous avais pas reconnu!
Ni vous ni personne, je l'esp�re.
Je suis pass� du m�tier de producteur � celui d'agent.
J'ai ouvert mon agence,
et l'une des premi�res personnes que j'ai tent� d'attirer � moi
�tait Erich von Stroheim,
qui vivait alors en Europe
o� il avait particip� � plusieurs films.
Le premier film qui le fit venir
�tait un film de la Fox, I Was an Adventuress.
Une fois sur place, les propositions se mirent � pleuvoir.
A l'�poque, on tournait beaucoup de films antinazis,
et il s'y trouvait toujours un r�le pour von Stroheim.
Il tenta de bien choisir,
mais il lui arriva de participer � des films
qu'il aurait mieux fait d'ignorer.
Le plus dangereux des hommes porte...
le masque de Dijon.
La magie surgit de ses doigts.
Les femmes sont � ses pieds.
Et le meurtre habite son c�ur!
Ce collier...
Pourrais-je l'utiliser pour tuer?
Les fous sont de sortie!
La peur vous �treindra.
Il dissimule sa soif de tuer sous...
le masque de Dijon.
Il joua dans de bons films durant cette p�riode,
notamment dans Les Cinq secrets du d�sert,
r�alis� par Billy Wilder,
et puis, bien s�r, dans Boulevard du cr�puscule.
Non sans une grande ironie,
Billy Wilder offre � von Stroheim le r�le de Max von Mayerling,
grand r�alisateur de films muets
d�sormais simple majordome
de son ancienne vedette, incarn�e par Gloria Swanson.
C'�tait important pour lui d'avoir un tel r�le
dans un si grand film,
il ne devait pas refuser,
mais il n'�tait pas s�r
de vouloir accepter.
Il avait en quelque sorte le sentiment
de tourner en d�rision sa vie pass�e.
Il d�cida finalement d'accepter,
comprenant que certaines �tapes de sa vie,
de sa propre vie,
avaient �t� aussi tristes
que le r�le que Wilder lui proposait.
Apr�s Boulevard du cr�puscule,
Erich von Stroheim quitte Hollywood � tout jamais.
Il retourne en France
o� il vivra et travaillera jusqu'� la fin de ses jours.
Il appara�t dans les films d'autres r�alisateurs.
Il �crit des films qu'il ne r�alisera jamais.
Il jouit de la compagnie de ses vieux amis.
Avec Denise Vernac, il quitte Paris pour s'installer � la campagne,
dans cette demeure.
Il y travaille chaque jour, �crivant des romans,
rassemblant ses m�moires,
imaginant � nouveau de fabuleux films sign�s von Stroheim.
Sur le papier seulement.
Durant 25 ans, il ne r�alisera aucun film.
A Hollywood, vous �tes aussi bon que votre dernier film.
Si vous n'avez rien tourn� dans les trois derniers mois,
on vous oublie, quoi que vous ayez accompli.
Si, vivant en France, vous avez �crit un bon livre,
peint un bon tableau
ou r�alis� un film exceptionnel,
il y a six ans,
et que vous n'avez rien fait depuis,
on vous reconna�t toujours comme artiste.
C'est inconditionnel:
On ne vous oublie pas.
Avant sa mort, Erich von Stroheim re�oit la L�gion d'honneur.
Dans ses films, la d�coration incombait � ses techniciens.
D�sormais, c'est le peuple de France
qui lui d�cerne sa plus haute distinction.
Erich von Stroheim mourut dans son sommeil, le 12 mai 1957
Adaptation: Stanislas Raguenet
Sous-titrage TVS - TITRA FILM
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