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AN 1917
On vous attend depuis longtemps, Votre Honneur.
Ne m'appelez pas ainsi.
Appelez-moi donc "Docteur", ou simplement Mikhaïl Alekseïevitch.
Et vous, votre nom ?
Pietrov.
Pietrov Vlas.
MORPHINE
D'après la nouvelle de Mikhaïl Bulgakov
- Bonjour, Docteur. - Bonjour.
Ravi de vous voir, Docteur.
Vous voilà enfin !
Laissez, je m'en occupe.
Préparez le thé.
Je me présente...
Demanienko Anatoly Lukitch.
Officier médical.
Enchanté, Dr Poliakov. On vous attend depuis le printemps.
On a écrit des tas de lettres. Votre prédécesseur
nous a quitté, et il nous faut un vrai médecin.
On a dû envoyer tous nos patients...
en ville.
Donnez-moi votre manteau.
Heureusement que vous êtes là, sinon on aurait dû attendre l'an prochain.
Plus personne ne veut venir ici, même forcé.
Laissez-moi vous présenter
nos sages-femmes.
Elles sont aussi religieuses.
Anna Nikolaevna...
et Pelagueïa Ivanovna.
Dr Poliakov Mikhaïl Alekseïevitch.
À vrai dire, je suis gelé.
J'aimerais me réchauffer.
Puis-je ?
Oh, mais bien sûr !
Votre logement est là-bas.
Je prends vos affaires. Silence !
Venez.
Entrez, entrez.
Aksinia est votre cuisinière.
Réchauffez-vous.
Je vais préparer du thé.
Aksinia va vous faire à manger.
Un peu de vodka ?
Voilà.
C'était le cabinet de Leopold, votre prédécesseur.
C'est à vous.
Dans le temps,
les notables de Nikolski nous finançaient.
Leopold Leopoldovitch a pu commander de nombreux ouvrages.
Il y en a des tas.
Et on a assez de médicaments
pour tenir pendant deux révolutions.
Et puis,
il a disparu avec les incidents de février.
Il a même laissé son gramophone,
et tous ses disques.
Il aimait la musique russe, on dirait.
Voilà où il dormait.
Par ici.
Voilà notre pharmacie.
Vous pouvez tenir ça ?
Voilà.
C'est notre réserve de médicaments.
Des pommades, des acides, des sangsues...
Difficile à trouver.
Des calmants...
De la caféine,
du camphre...
De la morphine.
De l'insipine.
Encore un flacon.
Le dernier.
Par ici.
Voici la salle d'opération.
Il y a beaucoup d'accouchements ?
Les gens du coin préfèrent d'abord appeler une guérisseuse.
On répare les dégâts après leurs soi-disant opérations.
Une fois, l'une d'elles avait entrepris...
de couper le placenta.
On nous a amené le bébé le lendemain.
Il avait la tête
recouverte de coupures. Mais Leopold était un spécialiste
en pédiatrie.
- Vous êtes bien équipés. - Oui.
Parfois,
il opérait toute la nuit durant.
Il a commandé spécialement ces instruments en Allemagne.
- Quel était son nom de famille ? - Nous l'appelions...
simplement...
par son prénom.
Comment signait-il ses ordonnances ?
Normalement...
Leopold.
Suivez-moi.
J'ai préparé votre lit,
si vous avez froid, il y a un édredon dans le placard.
Si vous avez besoin de quelque chose, tapez contre le poêle.
Nous sommes juste en bas.
On avait une cloche, mais quelqu'un l'a volée.
Oui, Leopold Leopoldovitch...
Dieu vous protège.
Dormez bien. Et vous avez un pot de chambre !
Très bien, merci !
Que le Christ vous protège.
PREMIÈRE INJECTION
Votre Honneur !
Un patient est en train de mourir !
- Comment ça ? - Il a des convulsions,
et ne respire plus !
Docteur !
Où est Lukitch ?
- Il dort. - Allez le chercher.
Anatoly Lukitch !
C'est fini.
Il est mort.
Quelle est la cause de la mort ?
Il faut rédiger un acte de décès.
Pas la peine de s'embêter avec ça.
Sa famille dira que c'est notre faute.
Pas besoin d'acte.
Ils ne seront pas d'accord avec, de toute façon.
Il est mort de diphtérie, ils ont le droit de savoir.
Son cœur a lâché. C'est une crise cardiaque.
Une attaque, voilà tout. La diphtérie !
Ça n'a rien à voir là-dedans.
La diphtérie...
Je comprends.
Une attaque.
Ou ils diront que c'est ma faute.
- J'ai tué mon premier patient. - Mikhaïl Alekseïevitch.
J'ai préparé une seringue de vaccin contre la diphtérie.
Prévenez Anna Nikolaevna que je fais une allergie au vaccin.
- Qu'elle amène de la morphine. - Bien.
Je dis quoi ?
Que le vaccin m'a rendu malade.
Donnez-lui ça.
Merci.
HIVER
Mikhaïl Alekseïevitch !
- Bien dormi ? - Oui. Vous ne m'avez pas réveillé ?
- Il n'y a aucun patient ? - Juste une rage de dents.
Mikhaïl Alekseïevitch. À ce qu'on raconte,
il y a encore une révolution à Saint-Pétersbourg.
On dit ça ?
Oui.
Vlas !
Faites chauffer l'eau pour le thé et le bain !
Vous vous sentez mieux, Mikhaïl ?
Oui, vous avez des doigts de fée !
Superbe !
Je suis en pleine forme.
Mikhaïl, voulez-vous goûter à ma confiture de groseille ?
De la confiture ? Avec plaisir.
Cette année, j'ai décidé d'en faire à la groseille.
Pelagueïa Ivanovna en fait aussi,
mais elle est meilleure.
Oui.
Sa confiture est très bonne.
Difficile à croire.
Combien avons-nous de patients ?
On en a eu 22, aujourd'hui.
On en a gardé...
deux.
L'hiver, il n'y a parfois personne pendant des jours.
Buvez votre thé, il va refroidir.
Vous devez être fatigué.
Allez vous coucher.
Il y a quelqu'un.
Oui.
On dirait
que nous avons crié victoire trop vite.
Je vais voir.
Sûrement un accouchement.
- Alors ? - Une femme enceinte, de Zalevsk.
Venez vite, on dirait une fausse couche.
Préparez le nécessaire, j'arrive.
C'est un accouchement par le siège.
Ce n'est rien, n'ayez pas peur. Le docteur va s'occuper de tout.
Préparez le chloroforme.
J'ai besoin d'une cigarette, je reviens.
Tiens-la.
C'est du sucre.
Les guérisseuses en mettent pour encourager le bébé à sortir.
Quelles sauvages !
Nettoyez-la !
Il arrive même
qu'elles suspendent la femme la tête en bas
pour que le bébé se mette dans la bonne position.
On peut rien en tirer.
- Elle est inconsciente ? - Oui.
Procédons à une version par manœuvres externes.
Pinces !
Il vit ?
C'est une fille.
Un beau bébé.
Vous vous êtes bien débrouillé.
- Et son pouls ? - Normal.
Beau travail, Docteur.
DEUXIÈME INJECTION
Voilà, doucement.
Bonjour, Anatoly.
Pouvez-vous le prendre, Anatoly Lukitch ?
- Tenez. - Bien sûr.
Cette dame vient de Nikolski.
C'est la veuve du colonel Chifirov. Mort d'alcoolisme.
Vous êtes le nouveau docteur ?
Docteur Poliakov.
PREMIÈRE AMPUTATION
Docteur !
N'allume pas, s'il te plaît.
Docteur !
Docteur, tout ce que vous voudrez !
Je vous donnerai tout mon argent, toute la nourriture !
Sauvez-la !
- Qu'y a-t-il ? - Elle s'est prise dans l'essoreuse !
- Que dit-il ? - Elle est rouisseuse.
Quoi ?
Que fait-on, on l'ampute ?
- Du camphre. - Elle va mourir.
Du camphre, vite !
Je vais me laver.
Faites-lui une perfusion de solution physiologique.
Scalpel.
Pinces.
Pinces.
Scie.
- Son pouls ? - Faible.
- Plus de camphre ? - Allez-y.
Anatoly, venez m'aider.
Tenailles.
On devrait laisser l'autre jambe.
Comme ça, ils ne pourront pas dire que l'opération l'a tuée.
Préparez un plâtre.
Elle est morte ?
Vivante.
Vous êtes habitué à amputer ?
Appelez-moi si elle meurt.
- Leopold n'aurait pas fait mieux. - C'est vrai.
Faites venir le père.
BLIZZARD
Votre Honneur.
Où est Anna Nikolaevna ?
Elle est vivante ?
Oui, vivante.
Je pense qu'elle va s'en sortir.
- Bonjour, Anna. - Bonjour, Docteur.
Anna, je crois...
Excusez-moi.
Il y en a d'autres.
Tournez la tête vers moi.
Pardon de vous déranger
après une opération...
si difficile.
L'un d'eux souffre d'une inflammation, on devrait lui nettoyer l'oreille.
Je peux ?
Bien sûr, allez-y.
Allez-y.
Anna Nikolaevna,
je crois qu'il faudrait faire une autre injection.
À qui ?
À moi, juste une.
- De la morphine. - Chef, je vais mourir !
Laissez-moi mourir chez moi, dans mon lit.
Dans un moment.
Je respire mal.
Vous prendrez bien un peu de thé ?
Je suis sûre qu'un patient va bientôt arriver.
Je le sens.
Elle est belle.
- C'est votre femme ? - Non.
C'était une amie.
Elle était chanteuse.
Elle est très belle.
Vous êtes aussi très belle.
Vous êtes allemande ?
Oui.
- Vous êtes allée au Bolchoï ? - Deux fois.
- Où est votre mari ? - Il est prisonnier de guerre.
J'avais raison, quelqu'un est là.
Il est seul.
Ce doit être pour vous.
Vous pensez que je devrais y aller ?
- N'y allez pas. - Je n'en ai pas envie, à vrai dire.
- Arrêtez, où allez-vous ? - Lâchez-moi !
Docteur.
C'est pour vous.
- Pourquoi portez-vous un casque ? - Je suis pompier.
- De qui ça vient ? - De l'ingénieur agronome.
Sa fille est fiancée au clerc.
Hier, pour fêter les fiançailles, ils ont fait une balade en traîneau.
Un des patins s'est brisé.
La fiancée a reçu un coup à la tête
et reste inconsciente.
Le clerc a essayé de se pendre.
Il a perdu la tête.
Venez, Docteur !
- Avec mes chevaux, on arrivera vite. - Il y a une tempête !
Docteur, faites vite, je vous en prie !
Elle va mourir !
Dépêchez-vous, je vous en supplie !
Vite, elle va mourir !
Je vous en supplie !
Je suis Lev Aronovitch. Vous étiez le médecin le plus proche.
- Notre docteur... - Où est-elle ?
Préparez notre retour.
Elle est déjà morte. Fracture du crâne.
- Désolé, je pensais... - À quoi vous pensiez ?
Le Docteur Bomgard vous a recommandé.
Micha Bomgard ?
Nous avons fait nos études ensemble.
J'étais son infirmier à Simonovsk, et puis...
- Il s'est enfui. - Micha ?
Votre manteau.
Impossible.
Quand ?
Il est allé à Moscou le mois dernier. Il n'est pas revenu depuis.
Il est peut-être mort à l'heure qu'il est.
C'était un ami.
Je comprends.
Mais heureusement que vous êtes venu.
Je ne sais pas quoi faire du clerc. Venez.
- Sait-il qu'elle est... - Non.
- Je vais vous donner un médicament. - Je l'ai tuée !
Arrêtez de geindre et laissez-moi travailler !
Sa veste.
Tout va bien, chut.
Fiedienka, calme-toi.
Du calme, c'est fini.
C'est fini.
Je l'ai tuée.
Ça y est, Fiedienka, c'est fini.
Viens t'allonger sur le canapé.
Allez, viens...
Tout va bien, allonge-toi.
C'est fini, du calme.
Allons-y !
On ne peut pas, Docteur ! Il y a trop de blizzard.
C'est à 12 verstes à peine. Il y a des malades qui m'attendent !
Vous y arriverez ?
Oui, mais on ferait peut-être mieux de passer la nuit ici.
Dr Poliakov,
votre hôpital est plus proche que la pharmacie,
et j'aurais besoin de morphine.
J'en ai déjà commandé, je vous les rendrai bientôt.
J'ai une trentaine de malades, et pas de docteur.
C'est d'accord, allons-y !
- Allez ! - Plus on est de fous…
LES LOUPS
On est arrivés ?
Non !
Je vous ai dit de rester là-bas, mais vous n'avez pas voulu !
Sans penser à notre bien, ni à celui des animaux.
Nous sommes perdus ! La route est introuvable.
Cessez de crier ! Montez sur ce traîneau, et avançons !
Voilà de l'alcool, ça va vous réchauffer !
La route est en vue !
Merci.
- C'est fort ! - C'est du désinfectant.
Montez.
Allons-y !
Heureusement, on n'a pas trop dévié !
Quelque chose nous suit !
J'ai entendu !
Ce sont des chiens ?
Non, des loups !
Des loups !
Ils nous rattrapent !
Plus vite ! Allez !
Docteur, vous nous avez sauvés !
KUZIAEVO
Mais encore ?
Vladimir Andreïevitch, vous pensez que ce nouveau coup d'État va durer ?
Je crois que oui.
Partons à l'étranger, Vassily Osipovitch.
En Angleterre.
Il n'y a pas de révolutionnaires, là-bas.
Pardonnez-moi.
Le jeune docteur de Svalomietiev est ici,
lui et sa partie ont été pris dans le blizzard.
Désirez-vous les voir ?
Faites venir le docteur.
Nous parlerons de la révolution.
Si ça se trouve, il est Allemand.
Qu'on nous apporte du vin.
Entrez donc.
- Ravi de vous connaître. - Bonsoir.
Docteur Poliakov.
Navré de vous importuner,
mais nous nous sommes égarés.
Les loups ont effrayé nos chevaux.
- Des loups ? - Ce cher docteur a échappé au pire.
Laissez-moi vous le présenter.
C'est un grand professionnel, il s'est divinement occupé de moi.
De plus, c'est un homme d'un grand courage.
Servez-lui donc une coupe de champagne.
- Bonsoir, Ekaterina... - Vraiment,
vous êtes une pure aristocrate, Ekaterina Karlovna.
Qu'on lui serve de la vodka !
EKATERINA KARLOVNA
Ainsi,
il ne restait que deux verstes à faire.
Nous sommes donc à Kuziaevo ?
Vous avez failli vous perdre, Docteur.
- Mikhaïl... - Alekseïevitch.
Dieu merci, votre bonne étoile vous a mené
au domaine de Kuziaevo, dans la province de Jaroslavska.
Notre cher hôte n'est autre que Vassily Osipovitch Sobolevski.
- C'est un notable très respecté. - Enchanté.
Et voici son séduisant héritier, Osip.
Osip Vassiliévitch.
Vladimir Andreïevitch Favorski est un citoyen du monde,
il revient tout juste d'Espagne.
Il incarne l'avenir de l'art pictural russe.
Un simple peintre.
Et voici Tanieska, elle chante et danse magnifiquement.
Je vous présente
Lev Aranovitch Gorenburg.
Allemand ?
Juif. Mais je me suis converti.
Il me semble que je vous connais.
Vous avez travaillé pour le Dr Bomgard à Simonovsk,
- c'est vous qui... - C'est bien moi.
Êtes-vous de l'intelligentsia ?
Non.
Je suis membre
du POSDR.
Je sais ce que signifie "SDR",
mais pas "PO".
Parti Ouvrier.
Vous n'avez pas l'air d'un ouvrier.
- Tanieska devait chanter. - Oui, c'est vrai.
Allez-vous aussi danser ?
Ainsi, vous avez croisé des loups ?
Pardon, ma chère fille. Continue.
Qu'on m'explique un peu.
Comment un mécanisme aussi élaboré qu'un gouvernement
pourrait-il être dirigé par des ouvriers illettrés ?
Sauront-ils créer des lois,
gérer l'économie, ou mener une guerre ?
Une nouvelle génération de juristes va émerger...
De nouveaux généraux et économistes.
En quoi cela sera-t-il différent du système actuel ?
Messieurs, si vous me permettez.
"Pourquoi abattre le régime ?
"Car le système est corrompu.
"Les fonctionnaires se font acheter à coup de vodka.
"Pourquoi détruire ces palais magnifiques ?
"Car la corruption vient de là. Un palais détruit n'est plus rien.
"Un Kremlin rasé n'est plus rien.
"Un Tsar qui abandonne son trône
"n'a plus rien d'un souverain."
Ce n'est pas pas de moi. C'est de la poésie révolutionnaire.
Alexander Blok.
On gèle, pas vrai ?
Je vous sers quelque chose, Votre Honneur ?
Un peu de vodka.
- Alors, ça va mieux ? - Bien mieux !
Je me suis réchauffé.
Mais je ne peux pas reprendre la route,
pas ce soir.
- Mon ami, où sont les toilettes ? - Par là.
Et là, il sort son pistolet et leur tire dessus.
Vous pouvez m'en servir un autre ? Je n'arrive pas à me réchauffer.
Sers-lui un verre.
Cet infirmier ne me plaît pas. Où est le docteur ?
D'après les paysans, il est aux toilettes.
Il n'y a personne.
Il a dû sortir.
Tu l'as fait fuir avec tes blagues idiotes.
Et cette trainée est indécente !
- Et tu l'exhibes sans honte ! - Tanieska, du calme.
- Laisse-moi, je dois y aller. - Va faire dehors !
Où étiez-vous passé ?
Vous fricotiez avec Tanieska ?
Vous verrez bien.
Venant d'un infirmier, je comprends. Et vous, Docteur ?
- Quel est votre parti ? - Je n'en connais que deux.
Les malades et les sains.
Tanieska, chantez donc pour nous.
Pourquoi pleures-tu, jeune idiote ?
Étourdie par la cocaïne, tu erres sur les boulevards de Moscou
Ton cou frêle recouvert d'une écharpe
Épuisée,
trempée,
tu as piètre allure
Engourdie par la pluie automnale, tu erres sur les boulevards
À trop pleurer, tu ne sentiras bientôt plus rien
Quand tu mourras sur ce banc de cauchemar,
ton corps blanc comme neige
aura le brouillard comme linceul
GORENBURG
Vous l'avez sauvée ?
Elle était morte avant mon arrivée.
J'ai amené un collègue. Je vous présente Lev Gorenburg.
Infirmier à l'hôpital du district.
- On se connaît. - Bonjour.
Ils sont à court de morphine, dites à Anna de lui en donner 5 g.
C'est un prêt, bien sûr.
Vous êtes ravissante.
- Qu'y a-t-il ? - Faites venir Anna !
Anna, préparez une injection s'il vous plaît.
Vous n'y pensez pas, Mikhaïl. Encore une ?
Je refuse de vous faire d'autres injections.
Anna.
J'en ai besoin, je suis malade.
- Alors, il faut faire une cure. - Où ça ?
À l'hôpital du district. Vous ne pouvez pas vous soigner seul.
Je n'aurais jamais dû vous faire une deuxième injection.
D'après vous, je suis morphinomane ?
- Vous en devenez un. - Vous me faites cette piqûre ?
Non.
Anna, donnez-moi les clés de la pharmacie.
Il ne faut pas, essayez de vous contrôler.
Vous me les donnez, ou non ?
Non.
Vous n'êtes qu'une aide-soignante.
Je vous l'ordonne : donnez-moi les clés
immédiatement.
Préparez-moi l'injection.
Les consultations vont commencer.
- Je veux voir le docteur. - Attendez.
- Nom de famille ? - Kovalov.
Depuis quand avez-vous mal ?
Ça fait un moment, chef.
- Pourquoi vous venez, maintenant ? - Ma main ne bouge plus.
Elle est en train de pourrir ! Qu'est-ce que vous attendiez ?
J'avais beaucoup de travail, chef.
Allez voir Anatoly avec cette ordonnance.
Et faites entrer le suivant.
Bonjour.
- Laissez. - Je vais vous aider.
- Je m'en occupe, laissez. - Je prends ce côté.
ANNA NIKOLAEVNA
Je suis désolé.
C'est ma faute.
Je n'aurais jamais dû te faire une deuxième piqûre.
C'est ma faute.
Tu as perdu.
Et j'ai perdu avec toi.
Ne pleure pas.
J'ai déjà réduit les doses.
Je vais arrêter.
Si je n'y arrive pas,
j'irai à l'hôpital du district.
L'infirmier se doute de quelque chose.
Il a vu qu'il manque de la morphine.
J'en commanderai demain.
Autant qu'il faudra.
Tu devrais aller à Moscou.
Si tu veux, j'irai avec toi.
Arrête avec ça.
Je ne suis pas toxicomane, j'ai réduit les doses.
À quoi joues-tu ?
À quoi ?
Alors que je...
Et ta chanteuse ?
Peut-être qu'elle pourra te sauver.
Tu es la seule dont j'ai besoin.
Je veux en prendre, moi aussi.
Je veux comprendre pourquoi tu aimes tant ça.
LA PHARMACIE
Poussez-vous !
Saligaud !
- 40 grammes de morphine ? - Oui.
Je n'en ai pas autant. Je peux vous donner 10 grammes.
Bonjour.
- Bonjour. - Hôpital de Simonovsk, c'est ça ?
Camarade, vous plaisantez.
- Je n'ai pas autant. - Je vous demande pardon ?
J'ai commandé le mois dernier. Vous voyez bien le reçu.
Camarade, la morphine est réservée pour le front.
Je n'ai plus que 17 grammes.
10 pour lui, 7 pour vous.
Mon hôpital n'a que 30 lits, et j'ai 47 patients !
Vous en avez moins besoin.
Docteur... Bomgard.
Vous ou lui, pour moi c'est pareil.
- Arrangez-vous tous les deux. - Bomgard n'a pas besoin de tout ça.
Et vous me devez encore 5 grammes.
Depuis quand ça dure ?
Quand ?
- Avec le docteur. - Quoi ?
C'est vrai qu'il est beau garçon.
Et toi, tu ne comptes pas épouser Anatoly Lukitch ?
Il te l'a aussi demandé.
Et tu as dit qu'il était trop vieux.
On vieillit plus vite que les hommes.
Je vais certainement aller à Moscou pour quelque temps.
C'est vous qui voyez. Ici ou là-bas, c'est pareil.
Il faut stériliser les seringues.
Tu as des marques, ça risque de s'infecter.
Oui... Tu n'as qu'à le faire.
Tu es infirmière, tu le fais mieux que moi.
Tu as vraiment des mains en or.
Quant à moi, je ne sais même pas comment préparer une injection.
Fais-le.
Surtout, n'augmente pas les doses.
C'est ce que je faisais, mais maintenant j'ai réduit.
La dépendance au chlorhydrate de morphine,
c'est très grave.
On se sent très mal.
Ça va mieux.
C'est bon...
La morphine, ça fait du bien...
Mais j'ai le sentiment...
qu'elle nous détruira.
Ne dis pas n'importe quoi.
C'est une évolution, elle libère la puissance de l'esprit.
Tu dois partir.
Pars...
dès que possible.
TRACHÉOTOMIE
Comment te sens-tu, Mikhaïl ?
- Bien. Il y a du monde ? - Une quinzaine.
- Rien de grave ? - Une fillette, elle vient d'arriver.
J'arrive.
Diphtérie laryngée. C'est le croup.
- Depuis combien de temps ça dure ? - Cinq jours, chef.
- Ne nous gênez pas. - Depuis dimanche.
Vous attendiez quoi ?
Sauvez-la !
- Donnez-lui un médicament ! - Vous voulez m'apprendre ?
C'est vous qui savez, chef. Elle va étouffer !
Silence !
Levez-vous, ou je ne ferai rien !
C'est tous les mêmes.
Ils laissent mourir leurs enfants.
Elle va mourir ?
- Oui. - Je vous en prie, chef !
- Elle va étouffer ! - Vous avez trop attendu.
Sa trachée est obstruée, il va falloir l'opérer.
On va lui ouvrir la gorge. Sinon, elle mourra !
N'accepte pas, il ne faut pas l'opérer !
Il faut vous décider tout de suite, ou je ne pourrai plus rien !
- Non, pas d'opération ! - Bien, Anatoly...
Anatoly ! Jetez-les dehors, j'arrive.
Dégagez, vieilles sorcières !
Quand mon mari apprendra ça,
il me tuera.
Il me tuera, pour de vrai.
Anatoly, préparez des bandages, et faites venir Anna.
Alors... Elles ont accepté ?
Vous vous sentez mal ?
Non, rien.
Pourquoi vous voulez lui ouvrir la gorge ?
Foutez-la dehors.
Allez, venez.
Venez avec moi.
Ça va bien se passer.
Le docteur sait ce qu'il fait.
Prépare-moi une autre dose, pour ce soir.
Maintenant, calmez-vous. Je ne le répèterai pas.
Ciseaux.
Crochet.
Anatoly, écartez.
Scalpel.
- Je tiens. - Laissez-le !
- Tenez-le. - Oui.
Nettoyez.
Tube.
Je tiens.
Merci.
Prenez ça.
Suturez.
À votre santé !
Dieu vous bénisse !
- Ma femme prie pour vous. - Vlas, prenez ça.
Que Dieu vous protège, Docteur. Merci.
Ça va ?
Que le Christ vous protège.
Bien.
Ton père a assez d'argent, je pense.
Je connais un médecin à Moscou.
C'est un spécialiste, il te fera une prothèse.
Elle sera très bien.
Bon.
INCENDIE
Excuse-moi.
Docteur !
Kuziaevo brûle !
- Quoi ? - Reste là.
Docteur !
Le Maître est gravement brûlé !
Pourquoi m'avez-vous brûlé ?
Mes frères !
J'ai toujours été de votre côté.
Mes frères...
Pourquoi m'avoir brûlé ?
J'ai toujours été de votre côté...
Pourquoi m'avoir brûlé ?
Pourquoi, mes frères ?
Des bandages ! Préparez des bandages !
- Tout est prêt ! - Et la morphine ?
C'est prêt.
Tania...
Tanieska.
Ma fille...
- Anatoly, qui va le plus mal ? - Vassily Osipovitch est mal en point.
- Avec sa fille. - Où est Anna ?
Plus tard.
Vlas en amène trois autres !
Le patient est mort.
Son cœur s'est arrêté.
Et la fille ?
On dirait...
qu'elle aussi.
Elle est morte.
Il n'y avait plus de morphine.
Je t'ai menti, je n'ai pas réduit les doses.
Tu préparais une solution à 2%,
mais j'en ai préparé une à 4% en cachette.
C'est ce qu'il y avait dans les fioles.
C'est ce qui les a tués.
- Je les ai tués ! - Non, Micha.
Tu es malade.
- Je vais finir en prison ! - Non.
Non, tu n'as rien à craindre.
Pas avec ce qu'il se passe.
C'étaient des aristocrates.
Tu dois partir et te faire soigner.
Docteur !
Un visiteur !
Je prépare la salle à manger !
Je viens régler ma dette.
Dr Poliakov.
Alors ?
Buvons un verre.
Non, ça ira.
J'irai à l'hôpital.
UGLICH
- Dites à Anna que je lui écrirai. - Bien.
HÔPITAL
On est plus en sécurité dans un hôpital psychiatrique.
C'est plus calme ici qu'à Moscou.
Là-bas, ils rêvent de révolution,
mais ici on est en paix.
La province a du bon.
Bonjour, cher collègue.
Vous venez vous ravitailler ?
Non, je viens...
comme patient.
- Kiril ! - Quoi ?
Un patient.
Par ici, M. Poliakov.
Voilà. Ce sera votre lit.
Les toilettes ?
C'est à droite.
Les toilettes sont là.
C'est pour le traitement ?
Votre nom ?
Poliakov.
Poliakov...
Poliakov, chambre 10.
C'est pour cet après-midi. On vous appellera.
C'est la morphine ?
J'ai de la vodka, si tu veux.
Je te sers un verre.
Tu as de l'argent ?
C'est combien ?
Disons un demi-rouble.
Ça presse pas.
Les toilettes sont là.
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Bonjour, Elizaveta.
Vous êtes magnifique, aujourd'hui.
Merci, Capitaine.
Halte !
Que se passe-t-il, messieurs ?
À terre !
- Couchez-vous, ou je tire ! - La ferme, crétin !
- La ferme ! - Faites ce que je dis !
Ferme-la tout de suite !
C'est un hôpital psychiatrique !
Les patients ne sont pas responsables de leurs actes !
- Ils sont malades ! - On va les soigner.
Ils vont crier grâce !
Par ici !
Vos papiers.
Vos papiers. Votre identité.
Dr Poliakov.
Vous avez vos papiers ?
Je n'ai pas besoin d'ordonnance !
Vous réalisez que je pourrais vous faire arrêter sur-le-champ ?
- Bon, un instant. - Plus vite !
Bonjour.
Anna !
Docteur ?
Poliakov.
Docteur !
Halte !
Arrêtez-vous immédiatement !
Poliakov !
Qu'est-ce que tu fous ici ? C'est impossible !
Tu peux pas rester ici.
Va-t'en.
CINÉMATOGRAPHE
Euh, écoutez...
Je n'ai pas d'argent.
Tenez.
Ma montre.
Je ne peux pas.
Non, entrez. Allez-y.
FIN
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