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- SOS Médecins. - C'est bien ici.
- Grand-père, Babette est là!
Grand-père!
- Vraiment, c'était pas la peine de te déranger pour si peu.
Mais bon, à cet âge-là, ça s'affole pour 2 gouttes de sang.
- Ben non, papa, elle a eu raison! Tu t'es bien amoché.
Comment t'as fait ça?
- C'est la fenêtre de l'ancienne chambre de papa: bloquée.
- Quelle idée de l'ouvrir!
Oh...
Ca y est, tu t'es décidé?
Tu vas en héberger? - C'est génial, non?
Il a réorganisé l'assoce.
C'est incroyable. - Eh oui, c'est un pro.
Je trouve ça formidable que tu fasses ça.
Vraiment.
- Entrez, Mme Delbard.
- M. Paumelle, votre fils vous a donné l'article du Nouvel Obs
que j'avais découpé pour vous? - Ah non. Quel article?
- Sur la légalisation de l'avortement.
Votre nom est cité 2 fois. J'avais fait des photocopies.
- J'ai dû les ranger, je regarderai. Merci, Mme Delbard.
Ce ne t'embête pas, les plateaux repas?
Avec mon planning, j'ai pas le temps de descendre au restaurant.
Tu viendras un dimanche, déjeuner avec les enfants.
- Ah, ça risque d'être difficile dans les semaines à venir.
Mes sans-papiers vont s'installer.
- Tu n'auras qu'à les amener, on sera contents de les rencontrer.
- Qui ça va être. - Une famille sénégalaise.
- Tu sais que tu es hors la loi?
J'ai regardé, l'autre jour...
Tiens, voilà.
En théorie, tu risques 5 ans de prison et 30000 euros d'amende.
- Etre résistant ou pratiquer des avortements clandestins,
ça coûtait plus cher que ça!
C'est quoi, ça? - Une mousse de foie gras.
A la figue.
Enfin, tu feras ce que tu veux.
J'imagine qu'avec ton passé glorieux tu n'iras pas en prison.
Je te rappelle que tu as un des derniers loyers 48 de Paris
et que tes propriétaires
seraient contents de te virer. - J'y penserai.
- Et si c'est des Chinois qui installent un atelier clandestin?
Ou des Maliens qui mangent par terre?
- Maman, t'es juste raciste. - Non, mais faut réfléchir à ça.
- Tu crois que grand-père réfléchit pas?
- Oh si, Lucien réfléchit beaucoup, il fait que ça.
Mais les conséquences matérielles, c'est pour nous.
- Bonjour! - Bonjour!
- Julie! Il me faut un volontaire pour accompagner M. Tuong
avec moi à la préfecture.
- Vas-y!
- Karine, c'est gentil d'être venue. Donc, on peut y aller!
On y va.
- Vas-y. A ce soir.
C'est mon beau-père.
- Ah, Lucien? C'est un homme remarquable.
- Oui, très énergique. Il l'a toujours été.
Euh... Par rapport aux clandestins qu'il doit accueillir...
- Quels clandestins?
- Les gens sous arrêté d'expulsion qui doivent se cacher chez lui.
- Vous devez faire erreur, on fait rien d'illégal, ici.
- Je comprends...
Vous ne pouvez rien dire. Mais pour Lucien, vu son âge,
je pense que certains types de gens ne sont pas souhaitables pour lui.
- Quels types?
- Les familles nombreuses, les enfants en bas âge, les malades
et les travailleurs à domicile. Et pas de gens bruyants.
Il écrit, il a besoin de calme. - Ouais...
Votre sans-papiers idéal, c'est une vieille demoiselle Suisse.
- Il est vieux, vit seul depuis des années et a eu un pontage.
C'est idiot,
d'être prudent? - Non.
- Je peux compter sur vous?
Merci beaucoup.
- Bonjour. - Salut!
- C'est le dessert? - Des vêtements pour ces pauvres.
Désolée, on n'a rien apporté. - T'inquiète pas.
C'est une bonne idée, les vêtements. Je reviens.
- Salut, Julie! - Salut!
Fais voir! - Vous avez refait le salon?
- Oui. Je te sers quoi? - Un petit porto.
- C'est quoi, ce truc? - Je dirais que c'est une tente.
- Sérieusement, c'est affreux! On peut pas donner ces trucs
à ces gens! C'est du colonialisme!
- Elle est chaude et confortable.
- C'est la description d'une tente! - Très drôle.
- Babette a raison, donner ce qui peut servir, pas ses beaux habits.
- Mais ce sont mes beaux habits.
- Les voilà!
- Je vais ouvrir!
- Bonjour! - Entrez, je vous en prie.
La porte d'entrée claque.
- Bonjour! Comment tu t'appelles?
- Sorina.
Accent russe. - Bonjour!
- Bonjour. - Bonjour.
- Alors voilà... Tatiana et Sorina.
Mes enfants, Babette, Arnaud, Rémi, le compagnon de ma fille.
- Très bon!
- Non, le St-Emilion, pas avant 18 ans. De l'eau?
- Sorina ira à l'école?
- Oui, en 6e. Chez nous, les écoles sont pas très bien,
mais j'ai tout fait pour qu'elle ait un bon niveau.
- Vous parlez bien le français! - Sorina parle mieux l'anglais!
J'aurais préféré
l'école privée, mais à côté de chez Lucien,
l'école ça va. - Oui, on y a été, Arnaud et moi.
C'était bien.
- Oui, y a pas trop de Noirs, ni d'Arabes.
- Oui, parfois c'est problématique. - Pardon?!
- Tatiana a vécu 20 ans
de communisme et 15 ans de désagrégation générale.
Elle a d'autres critères.
- J'ai dit quelque chose de mal? - Non, non, tout va bien.
Je leur explique que chez vous c'est différent d'ici.
- Oui, j'ai lu des articles, ça semble compliqué, chez vous!
Les émeutes, la mafia, la corruption...
- Oui, en ce moment, c'est pas le bon endroit pour une petite fille.
Parce que c'est la merde. Excuse-moi pour la grossièreté.
- On comprend.
- Vous avez de la famille,
en Moldavie? - Je suis fâchée avec eux.
C'est des ploucs. Et ils n'étaient pas gentils avec ma fille
parce que son papa est mort.
- Ca n'a pas dû être facile.
- C'est la vie!
La vie, c'est difficile, en général, non?
Je peux fumer?
- Je vous en prie.
Je vais chercher la suite.
- Il est joli ton bracelet.
- Oui, je l'aime beaucoup.
- Vous avez un travail, ici?
- J'ai fait des petits travails, mais avec les papiers ça changera.
- Vous pensez être régularisée? - Oui, avec le mariage, ça ira!
Grâce à Lucien.
- Pour qu'elle ait ses papiers, je l'ai épousée vendredi.
- Quoi?
- Un mariage blanc, administratif!
Vous m'excuserez, j'ai pas envoyé de faire-part.
- Découper la viande, je sais très bien faire! Je fais?
Oui? - Je vous en prie.
- Mais... votre langue, c'est le roumain ou le russe?
- Le russe.
- Et les affaires pour Tatiana? - Oui, au fait!
- Quelles affaires?
- Y a un sac pour elles.
- Oui, effectivement. Mais, euh...
- Une minute. Viens.
- Je peux donner un truc aussi.
Tu viens voir ma chambre? - Oui.
- Eh ben dis donc, papa!
Pour une surprise...
- T'es rassuré? Je suis en règle. Et pas d'ennuis avec le loyer 48...
- C'est l'association qui vous l'a envoyée ou vous l'avez choisie?
- J'aurais fait ça avec n'importe qui. C'est un acte militant.
- Oui... Enfin, y a des actes militants
plus agréables à regarder que d'autres. Non?
- Y a rien pour elles là-dedans.
Qu'est ce que j'aurais d'assez...
Je donne déjà tout à la Croix rouge.
Voilà, ça.
Comment va faire ton père
avec cette bimbo chez lui? Déjà, sans doctorat t'es une idiote...
- Elle l'a peut-être! Faut pas se fier aux apparences.
- La petite semble bien élevée et on a évité la famille nombreuse.
- Oh...
Sorina a un accent russe. - Vraiment, c'est pour moi?
Merci! - Simon!
C'est ta X-Box?
- Vous avez dit qu'il faut pas donner les vieilles affaires!
- Tout va si bien ensemble, ici, comme si ça venait du même magasin.
Merci. Je vais bien m'occuper de votre papa.
Vous verrez. Chez nous on aime beaucoup les grands-pères.
Au revoir! - C'est la X-Box offerte à Noël?
- Ce qui me chiffonne, c'est qu'il l'ait pas dit avant,
qu'il allait faire un mariage blanc.
- Que ça? T'as pas manqué un truc? - Quoi?
Elle est belle et sexy, et alors?
Selon les critères locaux, je suis sûre qu'elle est pas vulgaire.
- Babette, c'est une pute. - Jugement petit bourgeois...
- Faux, je suis un nouveau riche.
Je peux t'assurer que je les reconnais,
les aspirants nouveaux riches.
Je suis curieux de voir ce qu'elle va tirer de papa.
C'est un coriace.
Elle doit avoir de la ressource.
Ca va être intéressant à observer. - Bonjour les préjugés.
- Cette fille est prête à planter ses dents dans le capitalisme.
- Ses jolies dents.
- Très jolies dents. C'est une bombe avec l'idéologie Milosevic.
- Et alors? On est sensés aider que ceux qui pensent comme nous?
C'est bien, que papa se démène pour qu'elles aient leurs papiers.
Et quand elle les aura, Tatiana, elle ira faire sa vie.
- Ta naïveté est touchante.
- Arrête de me parler comme ça!
J'ai plus 12 ans!
Bon, on va y aller, nous.
- Là? Attends un peu, calme-toi! - Vous disputez pas pour cette...
- Pute!
- Au revoir... Merci pour le déjeuner...
- Salut, Rémi. - Babette!
- Bonsoir, Rémi!
- Bravo.
- Désolé, j'ai pas été très...
Moi, j'en peux plus, mon père et ma soeur, avec leur bonne conscience,
leurs leçons de morale, leurs certitudes, leur fausse générosité.
Surtout qu'elle est très agréable, cette Tatiana...
Elle est sympathique, je l'aime beaucoup. Non?
- Cette pute?
- Allô, papa, c'est moi!
Tu te souviens qu'on a un concert, cet après-midi?
C'est notre abonnement.
Schubert.
- Schubert? Et quoi?
Je l'ai entendu 20 fois! Pourquoi t'a pris ça?
Mais on l'a choisi ensemble, papa!
Je t'assure.
- Sûrement pas!
Rien ne nous force, on n'a qu'à donner les places à Tatiana.
Elle adore la culture. Elle a eu tellement peu d'occasions!
Mais euh... c'est Luu Xhu Minh, qui joue!
Je me faisais quand même un plaisir de l'entendre.
C'est vrai que c'est un peu égoïste, mais...
Bon, je vais essayer de trouver 2 places de plus.
*- D'accord. - Je te rappelle.
- Chut.
On l'entend mastiquer.
- Je veux sortir.
- Qu'est-ce qui se passe?
- Leur politique... - Qu'une place, c'est idiot!
Elle a dû s'inquiéter pour Sorina.
- Elle s'ennuyait ferme!
Comment ça se passe, avec elle?
- Bien.
- Vous vous croisez souvent, ou vous vivez chacun de votre côté?
Ca va, elles sont correctes? - Mais tout à fait!
- Bon. C'est pas évident, à ton âge, de cohabiter avec des inconnus.
- Je suis pas un vieux crouton fossilisé!
C'est même agréable d'avoir un peu de vie chez soi, à mon âge!
- Pardon...
On y va?
- La dernière sonate, tu y tiens?
Hein?
- Je suis garée là.
Tu prends le bus ou le métro? - Je sais pas. Allez, à bientôt.
- A bientôt.
- C'est pour une semaine, rue Gay-Lussac, tout ça.
Depuis que les Moldaves sont là, il faut faire 3 fois plus.
C'est le vrai souk, là-bas, je vous dis pas.
Votre mère doit se retourner dans sa tombe.
- Ca m'étonnerait. Maman n'était pas du tout xénophobe.
- Moi non plus, mais quand même! Vous verriez l'appartement!
Et des dessous partout.
- Oui, Mme da Silva, parlez-moi des dessous de la femme de mon père.
Ca va m'intéresser.
- J'aime bien votre papa et ça ne me fait pas rire, tout ça.
- Voilà. A bientôt. - A bientôt.
Le petit Traoré est allergique à la pénicilline. C'est pas noté.
- Si, là!
- On le marque là, d'habitude. - Mais là, c'est plus logique.
- Oui, c'est vrai, c'est pas faux.
- M. Mehdi Messaoui! Suivez-moi, monsieur.
- Papa? Salut!
Je voulais te demander...
Je rêve, ou je t'ai vu passer en Vélib', hier?
Tu as l'abonnement!
Oui, c'est bien de faire du sport, mais...
Je te dérange?
Ah, c'est super! Elle doit être contente.
Quel boulot?
Hein?
Faut fêter ça. Je vais passer avec une bouteille de champagne.
Si si, ça me fait plaisir.
- Oh, fallait pas...
Tatiana se débat au téléphone avec Kichiniov, la pauvre.
Malgré le mariage, sa situation sera réglée dans 6 mois au mieux.
Faut constituer un dossier au consulat français de Moldavie.
Pour obtenir une carte de séjour d'un an renouvelable.
Sans permis de travail, elle travaille au noir.
- C'est quoi cette télé? Tu détestes ça, non?
- Moi? Pas du tout, j'ai toujours regardé les nouvelles.
Et Sorina peut perfectionner son français.
- Faut que je me lave les mains.
Tatiana parle en russe, elle s'énerve.
Tatiana pleure.
Tatiana, ça va pas?
Tatiana...
Tatiana renifle.
- Avec le mariage, je pensais que tout va s'arranger.
Mais toujours il manque un papier,
toujours on me traite comme de la merde. J'ai marre de ça!
- Oui, je comprends.
Mais ça finira par s'arranger, ces histoires de papiers.
Vous avez un toit, un travail, Sorina va dans une bonne école...
- Oui, ça va, je suis bien chez votre papa.
Lucien est très gentil.
Comme il est vieux, je pensais qu'il n'aura pas d'histoires.
Mais avec les hommes, y a toujours des histoires.
J'ai l'habitude... - Des histoires...
- Vous savez bien? Les hommes sont comme ça, on peut rien y faire.
Je ne me plains pas! Pas problème, Sorina est très bien, ici.
Niet problem.
- Qu'est-ce que vous fabriquez? J'ai déjà ouvert le champagne!
- Champagne, non? Champagne!
Du vrai champagne!
- Non!
Du Roederer!
- Hum, ça fait cocktail! C'est délicieux! Goûte.
- C'est vrai, c'est pas si mauvais! - Dommage qu'on boit ça
pour mon travail de femme de ménage.
- C'est provisoire! - Tout est provisoire!
- Non!
Tatiana, s'il vous plaît, faites attention!
- Désolée. - C'est la crédence de notre mère.
Excusez-moi, mais on y tient beaucoup.
- Lucien, tu peux me chercher cendrier?
- Ce travail de femme de ménage à l'hôtel, c'est pas possible.
C'est de l'exploitation. - Horaires de merde,
travail de merde et patron... - Un vieux dégueulasse.
Parce qu'elle n'a pas de papiers, qu'elle ne peut pas se défendre...
Non... il faut trouver un moyen
pour qu'elle ait vite son permis de travail.
- Tu me dis ça à moi, papa, je suis dans le droit des affaires.
Pas à l'immigration.
Il faut attendre que le dossier suive son cours.
Désolé, mais on ne fume pas ici. - Pourquoi?
- Décret du 15 novembre 2006, on ne fume pas sur le lieu de travail.
- C'est un bon avocat, ton fils, il connaît très bien la loi.
- Mais vous avez un petit balcon, là.
Qu'est-ce que tu attends de moi, exactement?
- Ce type du ministère chargé de l'immigration,
il était en fac avec toi, non?
- Cardier? Oui, on a eu le barreau ensemble. Pourquoi?
- Ben, j'essaie d'envisager toutes les possibilités...
- Cardier est un réac, à droite de la droite.
J'ai jamais pu le saquer. Quelle possibilité?
- Je sais pas...
Un petit coup de fil...
- Demander un passe-droit à quelqu'un que je m éprise?
Tu ferais ça, toi?
- Dans le milieu que tu fréquentes, tu dois côtoyer bien pire, non?
- Le milieu que je fréquente... J'ai des clients, sans que...
Mais quelle idée tu as de moi, papa?
- Excuse-moi, je te croyais plus souple.
Piètre opinion de moi...
Mais tu pourrais en avoir une meilleure
de l'éducation que tu m'a donnée. - Bon, n'en parlons plus!
Mais elle est à bout de nerfs et elle pourrait repartir en Moldavie.
- Ce serait un problème, ça? - Tu veux rien comprendre?
Elle est où?
- Je vais la chercher.
Lucien est prêt à partir.
- Vous avez une cigarette, Mme Delbard?
- Oui, bien sûr.
- Merci beaucoup.
- Simon!
- Ah, c'est gentil d'être venus? - Mais pourquoi ici?
Il veut devenir footballeur?
- C'est un grand match et il avait très envie
de revoir Sorina, donc une réunion. - Papa à un match de foot? Eh ben!
- La robe tente!
- Pour toi! - Voilà grand-père!
- Tu en veux, Julie? - Je veux bien.
- Tu te calmes! - Merci.
Coup de sifflet. - Ah, c'est parti!
- Vous allez pas supporter votre fils?
- On s'est tous levés à l'aube, un dimanche.
Faut pas trop en demander.
- Mais il faut le supporter, si on veut qu'il gagne!...
- Elle est gentille.
Sifflet. - Il est taré!
- Mais...
- Toi, faut qu'on parle.
Désolée! Mais quelle brute! Ca va Théo? Il t'a fait mal?
- Ben si.
- Allez! C'est toi, le vrai bon footballeur, ici.
Faut pas écouter l'arbitre. - Mais j'ai eu un carton rouge!
- Dans la vie, il faut se battre. - Non non non! Excusez-moi,
on va pas excuser ces façons de sauvage.
- Elle a raison! Tu voulais frimer devant les filles?
- Dites, la vue du sans, ça vous ouvre pas l'appétit?
- Je peux avoir 2 sandwiches? - Jambon, ça te va?
- Ouais.
- Y a des radis et des tomates cerises. Qui en veut?
- Tu aimes le jambon? - Oui, j'aime beaucoup.
- Tu veux du Fanta? - Ah oui.
- T'es adorable.
- Putain, t'as vu ce que j'ai vu?
- Je crois bien que oui!
- C'est horrible! On dirait un vieux satire!
- Le célèbre docteur Paumelle, défenseur du droit des femmes...
Ca le rend humain!
- Tu trouves ça drôle?
- Elle avait pas l'air choquée.
Mais il a 80 ans, qu'est-ce qu'il peut faire?
Il lui rend service et il prend quelques privautés en passant.
Ca se comprend.
- Ca se comprend? Mais tu plaisante!
Il faisait un geste humanitaire, un acte désintéressé.
La main au cul, c'était dans le contrat?
- Tu réalises enfin que c'est pas Dieu le Père.
- Mais tu le détestes!
- Quoi? - Tu le détestes.
- Ca te fait plaisir de le voir faire un truc nul.
- N'importe quoi.
- Maman!
Maman!
Est-ce que Sorina et moi on est cousins, maintenant?
- Non, pas du tout.
- Sorina est là. - Quoi?
- Sorina est dans la chambre de Simon. Ils jouent.
On pourrait en profiter pour avoir des infos.
Sur ce qui se passe là-bas. - C'est une petite fille.
Elle vient jouer avec notre fils. C'est pas Mata-Hari.
- Oui...
- Sorina? Tu as perdu ton brace...let.
Je sais pas... L'impac des Moldaves sur les hommes de cette famille...
Ca me dépasse.
- Tu frappes avant d'entrer
chez Julie. - Mais j'ai frappé.
J'ai frappé.
- Ah...
Je vais prendre la même chose.
- Alors? - Tu as reçu ça?
- Je sais pas. Pourquoi? - Si, tu l'as forcément reçu.
Le relevé de notre compte commun avec papa.
Le PEA de maman, on en avait hérité tous les 3.
On devait le garder jusqu'à son terme.
- Oui, et alors?
- Papa l'a vidé aux 3/4, en douce.
- J'y crois pas... C'est tellement pas lui!
C'est le type le plus scrupuleux, le plus honnête, c'en est maladif!
Mais comment cette fille a pu l'embobiner à ce point?
- C'est pas une histoire de main aux fesses.
Il est amoureux.
- Mais oui, t'as raison.
Bien sûr...
C'est ça, le Vélib', le foulard...
Il est amoureux...
Qu'est-ce qu'on peut faire? - Rien.
Mais il va dans le mur! - C'est sa vie.
On peut juste intervenir pour le PEA.
- Oh... Ca va, je m'en fous, du mien.
- Alors on laisse tomber?
On laisse tomber?
OK.
J'ai pas de monnaie. T'as de l'argent, toi?
- Ah... Non... Non.
- Je vais aller au truc automatique. A tout de suite.
Tu m'attends!
- Vite! Tirons-nous! On se barre sans payer!
- Oh!
Qu'est-ce qui t'a pris? - Je sais pas, j'ai jamais fait ça!
- Tu crois pas que tu as passé l'âge pour ces conneries, toi?
- Dis ça à papa!
La blonde trop jeune, c'est un trip de ton âge, pas du sien!
- Mais t'as raison! Mais quel salaud!
Il m'a pourri mon enfance,
et il me vole ma crise de la cinquantaine.
- Tu devrais faire ton Alzheimer avant lui, ça lui ferait les pieds.
Tu crois qu'il y a un truc... physique, entre eux?
- Il a tiré 15000 euros du PEA,
à ce prix là, il a le droit de mater ses nichons!
- Arh! Quand je pense à eux, c'est super glauque.
C'est drôle, la sexualité.
Dieu sait que j'en entends, avec mes patients, mais...
Les parents, ça...
Comment tu crois que c'était, entre papa et maman?
Il la faisait jouir? - Arrête! J'en sais rien!
J'ai pas envie de penser à ça! - Ouais, c'est gênant!
Mais pourquoi? On est adultes, on devrait pouvoir en parler!
Et toi? - Ah non non non!
Pas question que je te parle de ma sexualité.
- Pas la peine, je sais depuis toujours que t'as une petite bite!
- C'est très drôle.
Tu sais, Babette... Mais c'est d'une drôlerie!
- J'ai faim! - Tu veux aller manger?
Prends un peu de Sévruga, tu vas voir.
Alors?
- Oh... C'est divin...
Ca va te coûter un bras.
Hum!
Tu viens souvent, ici?
- Ha ha ha! Très souvent.
- Mais qu'est-ce que t'es devenu bourge!
Comment tu fais, avec l'éducation qu'on a reçue?
- Arrête avec ça. J'ai essayé de devenir plus épicurien.
De me faire plaisir, c'est tout. Tu te sens bien? Lâche-toi.
- C'est pas si facile. - Moi, Karine m'a tout appris.
- Excuse-moi, mais avec l'apparte à Monceau et la grosse bagnole...
Ca s'appelle pas de l'épicurisme, mais l'amour de l'argent.
- Karine vient d'un milieu modeste, le fric, le confort, ça la rassure.
Ca comprend.
- Bien sûr! Mais on peut aussi comprendre Tatiana.
- Tatiana fera pas du bien à papa.
Tandis que Karime m'a restructuré, après 20 ans de critiques.
- Oh, ça va! Il était exigeant, papa, mais c'était pas le goulag!
- Evidemment! Toi, tu faisais tout bien, tout comme lui.
Tu a toujours eu son approbation.
- Arrâte!
Tu peux pas comparer
ma carrière minable de généraliste minable
avec la trajectoire de papa.
Et je me suis jamais sentie plus à la hauteur.
- Ben si, je croyais.
- Ben non.
- Pas un. - Là!
- Mais non, c'est pas un taxi!
- Il s'arrête!
- Laisse.
- Bonsoir! On va dans le 17e. On vous dépose, si vous voulez.
- Montez!
- C'est gentil... - Volontiers!
- Non...
Roh...
Merci beaucoup, mais...
- Vous étiez au club, tout à l'heure? On vous a pas vus.
- Au club? Ah, non.
On a été dîner dans un restaurant scandinave.
Rue... Enfin, juste derrière.
- Ah oui, d'accord...
- Y avait personne d'intéressant, ce soir.
- Oui, je trouve aussi.
- La soirée n'est pas finie.
- Ha ha ha! Oui, c'est sûr!
- On va descendre ici. Merci infiniment!
C'était très gentil.
- Mais, Arnaud!
- Allez, viens.
Toi alors! 3 verres de vodka et c'est n'importe quoi!
- Ils nous ont pris pour un couple! T'as dit qu'il fallait se lâcher!
- Oui, mais pour une nouvelle ration de blinis!
Pas avec des échangistes!
- Ah bon? Comment je pouvais savoir?
- T'es bête!
- Ben...
- Quoi? T'as pas vu mon texto?
- "Je dîne avec mon frère"? Oui, j'ai vu.
Y a 8 heures, à peu près.
- On avait des choses à se dire. - Pendant 8 heures?
C'est plus que ces 10 dernières années.
Et qu'est-ce qui était si important?
Ton père?
- Non non, ça va très bien.
Il flambe, il fait des dettes... Il est amoureux.
Tout va très bien.
Mais tu sais quoi?
A 80 ans, mon père a une vie plus passionnante que la mienne.
- Bien...
Je retourne me coucher.
- Houlà! T'as une mine, toi!
Ca te ressemble pas
de venir travailler avec la gueule de bois.
- Ah oui? Et c'est quoi qui me ressemble?
Toujours à l'heure, souriante, prévisible...
- OK.
- Je vais chercher un Doliprane.
Pleurs de bébé. - La vache! Ils sont déjà là!
Il ouvre la porte. - Docteur!
- Non, avant 9 heures, on n'est pas là.
Non, madame!
Avant 9 heures, vous ne me parlez pas.
Tiens.
- Excuse-moi.
C'est juste que... Pff...
J'ai l'impression qu'on attend toujours que je me comporte
comme une bonne fille et... Pff... Ca me rend folle.
- Pas moi.
Tu vas gérer Mme Brichon?
- Quoi? On est jeudi? - Ben oui.
- Pourquoi les cas désespérés viennent le jeudi?
- Tu es optimiste, pour les autres jours!
-9 heures. Les lions attendent dans l'arène.
Allez, courage!
Ca va aller?
Allez, allez!
- Je suis désolée, c'est parti tout seul!
- Non, non, mais c'est pas grave.
Ben, écoute... C'était pas le jour pour être lourd et trivial.
- Bonjour! - Bonjour!
- Entrez, j'arrive.
- Papa! Papa, j'ai plein de rendez-vous, ce matin!
Qu'est-ce qu'il y a? - Une seconde!
Installez-vous!
- Elle est où, la crédence?
La crédence de maman, t'en as fait quoi?
- Pour pas l'abimer,
on l'a mise dans la pièce du fond. Asseyez-vous.
Alors, voilà de quoi il s'agit.
Je n'ai jamais eu de clientèle privée,
ma retraite est faible et j'ai peu d'argent de côté.
Vous avez un bon métier, vous gagnez correctement votre vie,
je sais que vous n'attendez pas après mon héritage.
- Donc?
- Et donc, Tatiana et Sorina n'ont rien.
Je voudrais leur donner un coup de main en leur laissant
quelque chose après ma mort.
- T'as qu'à leur faire une donation.
Et t'as pas besoin de nous pour ça.
- Je voudrais qu'elles puissent avoir l'ensemble.
- L'ensemble...
Tu veux dire tout?
- Oui.
- Tu veux nous déshériter?
- Oh!
Dis comme ça, c'est un peu mélodramatique.
Il n'est évidemment pas question de vous léser.
Il s'agit simplement que l'argent aille
à ceux qui en ont vraiment besoin.
Mais si vous estimez, pour une raison ou pour une autre,
que c'est vous qui en avez le plus besoin, on n'en parle plus.
- C'est elle qui t'a demandé ça?
- Tatiana vient d'un pays où on n'a pas le même rapport à l'argent qu'ici.
Tu ne peux pas juger.
Mais évidemment,
tout ce qui vient de votre mère, comme la crédence, ça vous revient.
- Légalement, c'est déjà à nous, tu sais.
Tu n'en as que l'usufruit.
- Oui... C'est ce que je voulais dire.
- Concrètement, comment tu comptes procéder?
Tu sais qu'on n'a pas le droit de déshériter ses enfants.
- Justement, j'ai vu avec le notaire.
Ce qu'il faut, c'est que vous renonciez de vous-mêmes
à votre héritage.
Alors, ça vous va?
- Oui.
- Et toi, Babette?
- Ces rideaux, là, c'est nouveau?
- Oui, c'est nouveau. Ca te va?
- Oui, papa.
- Très bien.
Très bien.
Ben, voilà une chose réglée.
Vous voulez un café?
- Merci, je dois retourner au bureau.
La porte claque.
- Ah, putain!
- Babette.
Babette!
Qu'est-ce qu'il y a?
Babette.
- Qu'est-ce que j'ai fait?
Qu'est-ce qu'on a fait de mal?
- On n'a rien fait de mal. - Mais si.
On a forcément fait quelque chose pour qu'il nous...
Qu'est-ce que vous lui avez fait,
pour qu'il vous aime plus que nous?
- Qu'est-ce que vous voulez?
- A cause de vous, il nous a reniés.
Je veux savoir ce que vous lui avez fait.
- Pourquoi vous faites des histoires?
Vous n'avez pas besoin d'argent, moi, j'en ai besoin.
- Mais je m'en fous du fric.
Vous savez ce que ça veut dire, ce qu'il nous fait?
Ca veut dire qu'il nous raye de sa vie.
- Parlez moins fort.
- Moi, j'ai tout fait pour être comme il voulait.
La médecine, les vêtements, les p'tits amis, tout!
Tous ses livres préférés, je les ai lus.
J'aime les mêmes peintres, les mêmes musiciens.
Et vous... Vous êtes exactement le contraire. Alors quoi?
C'était un mensonge?
Je me suis construite sur un mensonge?
Comment vous pouvez lui plaire?
Avec ces cheveux teints, ce maquillage...
- Me touche pas!
- Ca va pas?
- Il ne faut pas me toucher.
- J'allais pas vous frapper!
- Celui qui me touche,
je lui casse la gueule!
- Il me faut un cognac.
Vous savez, Tatiana,
j'ai rien contre vous.
Je sais bien que vous essayez juste de donner une meilleure vie
à votre fille.
Mais quand même, y a des limites.
Lui, il voulait vous rendre service avec ce mariage blanc.
- Mariage blanc?
D'abord, ton père, il me dit que je suis belle.
Après, il me dit, "Viens dans mon lit"!
- Menteuse!
J'vous crois pas!
Mon père ferait jamais ça!
De toute façon, il est trop vieux,
c'est pas possible.
Oh, non...
Pourquoi vous avez pas dit non?
Vous auriez pu dire non.
- Je veux que Sorina dorme dans une maison, pas dans un hôtel.
Je veux qu'elle reste
à sa bonne école.
- Mais enfin...
Mais c'est pas un salaud, papa.
Il vous aurait jamais mises dehors.
- Tu es sûre?
Tu es vraiment sûre?
Pour moi, c'est trop dangereux de dire non.
J'peux pas dire non.
- Evidemment, le Viagra, quand on a eu des problèmes cardiaques...
C'est un médecin, ton père, il sait ce qu'il fait.
- Oui...
- Bon, si ça peut te consoler,
mon père est un tel minable qu'il a aucune chance de me décevoir.
- Ben, ça ne me console pas tellement.
Elle est plus jeune que moi et elle est obligée de se taper
un vieillard!
Tu m'étonnes qu'elle va le saigner à blanc.
Et la petite Sorina, au milieu de tout ça.
Comment une chose aussi sordide peut arriver
à notre famille?
- Ecoute, je sais pas si t'es plutôt médocs ou alcool,
mais ce soir, n'hésite pas à mettre la dose.
- Je vais prendre une douche.
- Babette?
Babette? Il frappe.
Bruit de la douche. Babette!
Tout le monde est parti. Faudrait que tu sortes, tu vas fondre!
Babette?
Ca va? T'es toujours vivante?
Babette.
Babette, si tu réponds pas, je tire le rideau.
- Je peux avoir une serviette?
- J'ai cru que t'avais fait un malaise.
Ca va?
- Oui, ça va.
Tu peux me frotter le dos, s'il te plaît?
- T'as utilisé tout le savon!
Ca va?
- Ca va.
C'est n'importe quoi, tout est n'importe quoi.
Ca va.
- Tu le trompes souvent, ton mec? - Quoi?
- Tu le trompes souvent, ton mec? - Non, c'est la 1re fois.
- Hein? - Non, pas souvent.
- Ah bon, je devrais être flatté, alors.
- Oh, je suis surtout fidèle par paresse, tu sais.
Doucement: Mais pour l'orgasme, oui, ça...
Tu peux être fier.
- Madame Delbard, madame Delbard.
Il faut tout annuler. Qu'est-ce que j'avais, cet après-midi?
Oh, merde!
Le déjeuner, j'ai complètement oublié.
Je ne peux pas, parce que je dois récupérer Julie.
Viens, je t'expliquerai. - Bonjour.
- Cette idiote s'est enchaînée aux grilles d'une école
pour protester contre l'arrestation de parents sans papiers.
Du Viagra? - Oui.
C'est le genre de détail qu'on est content de connaître.
- Il y a autre chose?
- Non.
Ah, si.
J'ai couché avec un collègue dans la douche
du dispensaire.
- C'était indispensable que je le sache?
- Non!
Non, je suis désolée.
- Y a pas de mal.
Attends-moi là, j'y vais.
Cris des manifestants.
Reste là!
- Je ne veux pas abandonner mes copains!
Pas la Mercedes!
Pourquoi t'es venu me chercher?! C'est dégueulasse!
- Rentre!
Allez, rentre là-dedans!
- Salut, Julie.
- Mais je m'en foutais de passer la nuit au poste!
Les sans-papiers, on les renvoie chez eux comme du bétail!
Et mon père qui vient me chercher en Mercedes.
- Ils m'auraient appelé, t'es mineure.
- Et alors?
Grand-père avait 17 ans quand il est entré dans la Résistance.
Lui, il me comprend, mais toi, tu ne penses qu'à ton fric!
- Mais tu te fous de ma gueule?
Qui c'est qui est là quand t'as des emmerdes?
Pas ton grand-père. Il n'aurait
jamais levé le petit doigt pour moi.
- Ca va, calme-toi. - Toi, ta gueule!
Où t'étais quand papa m'a coupé les vivres?
Tu m'as apporté
ton argent de poche? Tu as pris ma défense?
Non! Alors, ça va, j'en ai marre des leçons de morale.
J'en ai marre que tout ce que je fais
ne soit jamais assez bien pour vous!
Putain!
- Julie!
- Arh!
Arh...
Quoi?
- Tu pisses le sang.
- Oh, merde.
- Oh, Van Gogh!
- Qu'est-ce qu'il m'a pris?
J'y comprends plus rien.
- Je connais cette impression.
- J'ai un copain juriste qui est dans le droit des étrangers.
Avec la différence d'âge et le fait qu'elle vient d'un pays maffieux,
ça serait pas difficile de prouver le mariage blanc.
- De quoi tu parles?
- Pour Tatiana, il suffirait d'une visite à la préfecture.
- Une visite?
Tu veux dire une dénonciation?
Tu déconnes?
Tu nous vois en train de dénoncer quelqu'un?
- Mais non, bien sûr.
Je te disais ça pour que tu comprennes
la marge de manoeuvre qu'on a. - C'est pas une marge de manoeuvre.
C'est juste une saloperie.
Tu sais, par rapport à ce que tu as dit tout à l'heure.
Ben, c'est vrai.
Je ne t'ai pas défendu, à l'époque.
J'ai même pas pensé à remettre en doute la décision de papa.
Et pour être même tout à fait honnête,
peut-être même que j'étais un peu contente
d'être la bonne fille, la bonne élève, la... J'sais pas.
C'est nul, hein?
- Oui.
Oui, c'est vraiment nul.
- Qu'est-ce que tu fais? On ne dîne pas là, ce soir.
On dîne chez mes parents. - Ce soir?
- Mais oui, c'est prévu depuis des semaines.
Grouille-toi, on doit y être à 8 h.
- Rémi.
Rémi, je vais pas y aller, j'ai pas envie.
J'ai plus envie de m'emmerder avec ce genre de truc.
J'ai plus envie de me raconter d'histoires.
Faisons une pause.
- Une pause?
- Oui, faisons une pause!
J'ai besoin de, de...
D'être seule et de faire le point.
De réfléchir.
- On ne peut pas en parler après le dîner?
- Non non, il faut que je réfléchisse maintenant.
J'ai besoin d'être seule tout de suite.
- Tu préfèrerais pas qu'on le fasse chez moi?
Ou à l'hôtel.
- Pourquoi?
On est bien ici.
- Je fais combien de toasts? 3? 4?
-4.
- Tu me fais toujours la gueule?
- Tu es brûlant. Regarde-moi.
Tu peux pas aller au bureau. - Mais j'ai plein de travail.
- Va te recoucher, je préviens Mme Delbard.
- Où est-ce que j'ai pu chopper ça?
- Rue Gay Lussac?
Ca me tue de te voir dans cet état à cause de ce vieil égoïste.
- C'est pas un vieil égoïste.
- Tu parles.
- Non, tout ce qu'il a voulu, dans sa vie,
c'est être utile et faire progresser les choses.
- Il s'est pas intéressé aux proches.
- Disons qu'il avait une vision...
Ouh là là.
Une vision, je dirais pas plus abstraite, mais plus large.
Mais c'était pas un égoïste. - Sûrement pas.
- Vous voulez que je vous prépare quelque chose à manger?
- Non merci, surtout pas.
Vous êtes gentille.
Ca va, vous? - Bof.
Je ne travaille plus chez votre père.
- Mais comment ça?
- Ben, la Moldave m'a virée.
Après 16 ans. Il faut le faire, non?
- Attendez, il était d'accord?
- Devant elle, il n'a rien dit. - On va voir ça tout de suite.
- S'il décroche, vous aurez plus de chance que moi.
- Répondeur.
Oui, bonjour, c'est Arnaud.
Pourrais-tu me rappeler, s'il te plaît, papa. Merci.
Il devrait être chez lui.
- Vous pouvez être sûr qu'il vous rappellera pas non plus.
- La Moldave vous a virée?
Julie.
Julie!
Je voudrais bien que t'appelles grand-père pour moi.
Il ne répond pas, je suis très inquiet.
- Je travaille pas pour la Stasi.
- OK, mais je lui dis quoi?
- Que t'aimerais bien qu'elle revienne jouer ici.
- Cool.
- Elle a raison. Appelle de ton portable.
- OK.
Allô?
Salut, Sorina, c'est Simon.
- Tu aimerais qu'elle te passe ton grand-père.
T'entends?
Elle te passe ton grand-père.
- Sa mère veut plus
qu'elle me parle.
Pourquoi elle veut plus qu'elle me parle?
- Je crois qu'il faut d'abord éviter de dramatiser.
- Alors, c'est que vous n'avez rien compris à ce qu'il se passe.
- C'est là, je vous laisse regarder.
- Ca va, ça va, t'affole pas.
Merci. - Je vous en prie.
- C'est pas très grave, c'est juste un malaise.
- On peut le voir? - Oui, c'est là.
- Tu viens pas? - Si si, je te rejoins.
Papa.
Papa, ça va?
- Oui oui, ça va.
- Bonjour, papa.
- Bonjour.
C'est gentil d'être là.
- Tu nous as fait peur. - Qu'est-ce qu'il t'est arrivé?
- Oh, 3 fois rien, un petit malaise.
Heureusement que Tatiana était là, elle a prévenu
le SAMU tout de suite.
- Papa, j'ai vu tes examens.
C'est quoi ce surdosage en digitocardine?
Faut pas déconner avec tes médicaments.
- C'est rien, c'est Tatiana qui s'est trompée avec mon semainier.
- C'est elle qui remplit ton semainier?
- C'est une erreur, c'est tout.
Ca peut arriver à tout le monde.
- Je reviens tout de suite. - Donne-moi un peu d'eau.
- Attends une seconde, toi!
- Ca va pas?
- Monsieur! - J'en ai pour une minute!
Ecoute-moi bien, toi.
Si jamais tu essayes de refaire le coup des médicaments,
s'il lui arrive le moindre problème,
non seulement vous n'aurez jamais vos papiers, mais je vous fous
au trou pendant 20 ans.
- T'es complètement fou.
Tu me lâches?!
Tu me lâches?
- Salope.
- Dourak!
Tchort! Pachol ti!
- Qu'est-ce que tu fais, papa?
Dans quelle histoire tu t'es mis?
- Ma dernière histoire.
Et j'ai encore le droit de la vivre même si ça vous plaît pas.
- T'es passé à 2 doigts de la crise cardiaque
pour une fille que tu paies.
Une fille qui est seulement avec toi
parce qu'elle n'a pas d'autre choix.
- Comment tu peux me parler comme ça?
Tu rabaisses tout!
Je t'interdis de me parler comme ça.
- Il faut que quelqu'un te le dise, papa.
Tu dois l'entendre.
Ca va mal finir.
T'es déjà à l'hôpital
et ça va devenir de plus en plus sordide.
Je suis désolée, papa,
mais si tu continues comme ça,
il n'y a aucune chance que ça finisse bien pour toi.
- Tu comprendras jamais rien.
Laisse-moi tranquille.
- Où est-ce que t'étais?
- Comment il va?
- Ca va aller.
Ils vont le garder en observation 2 ou 3 jours.
On ne sait pas vraiment ce qu'il a eu, c'est pas très clair.
- Pour moi, c'est très clair.
Tatiana n'a pas envie d'attendre son héritage.
- Oh, écoute...
On ne peut pas se lancer dans ce genre de spéculation.
Il n'y a aucune preuve de ça dans le dossier médical.
- Je sais ce que je dis.
J'en suis sûr. Il faut l'arrêter.
Maintenant.
- C'est pas à nous de le faire.
- C'est mon père.
Je ne veux pas qu'il meure. - Chuuut.
- Coucou, grand-père!
Ca va?
T'as bonne mine, je trouve.
Je t'ai apporté le dossier de M. Dembellé.
Son patron veut bien lui faire une lettre d'embauche...
- Elle ne m'a pas appelé aujourd'hui, tu sais.
C'est pas gentil.
C'est pas gentil.
- Qui ça? Tatiana?
Tu veux que je te laisse le dossier pour le regarder plus tard?
- Tu te souviens de ta grand-mère?
Suzanne, elle ne m'aurait jamais laissé tout seul.
Elle m'aimait beaucoup, ta grand-mère.
Elle t'aimait bien aussi.
Mais maintenant, voilà, je suis tout seul.
- A quelle heure Arnaud a dit qu'il serait là?
-11 h 30.
- Où est-ce qu'il a fourré le café?
- Babette, regarde ça.
- Qu'est-ce que c'est? - Des lettres de sa banque.
Tout va à vau-l'eau, c'est pas possible.
Ca rend Arnaud malade.
- Ah, vous êtes là?
- Oui, on vous a apporté de quoi tenir quelques repas.
- Bonjour.
- Bonjour.
Tatiana n'est pas là? - Elle est partie travailler.
- C'est bizarre, elle n'a rien laissé pour moi?
- On n'a rien vu.
- Vraiment rien? Sûr? - Oui.
- Vous me le diriez? - Oui, on vous le dirait!
Vous voulez un café?
- Hein? Non non.
Si vous êtes là tout le temps,
c'est sûr qu'elle voudra jamais revenir!
- Ca suffit, c'est au-dessus de mes forces!
Continuez à vous laisser traiter comme ça si ça vous plaît!
- Enfin, Karine.
Karine!
Qu'est-ce que tu fais, là? - Je vais déjeuner avec Tatiana.
- Papa, tu dois te reposer!
- Je me sens très bien. - Je vais te faire un café.
- Pas de café. J'y vais.
- Papa!
Papa.
Tu vas te tuer si tu continues comme ça.
Je ne peux pas supporter de te voir tout foutre en l'air.
Je t'en prie, arrête.
Redeviens comme avant. T'entends? Redeviens comme avant.
Arrête tout ça, papa. - Je ne peux pas.
Je voudrais, je voudrais le faire, mais je ne peux pas.
- T'es où?
Quoi?
Mais qu'est-ce qu'il te prend? T'es complètement folle!
Elle a raccroché. - Qu'est-ce qu'il se passe?
- Elle va au service de l'émigration.
- Rappelle-la.
- Elle est sur répondeur.
- C'est là.
- Qu'est-ce que tu fous?
Tu peux pas faire ça comme ça! - Ecoute...
Je sais ce que je fais. Je me charge du sale travail.
Pour vous, la morale est sauve. - La morale de qui?
Celle du maréchal Pétain? - Pas de ça, Babette! Attends.
Lui parle pas comme ça.
- Tu pourrais vivre avec ça sur ta conscience?
- Ta conscience, comment elle se sentira
si t'as rien fait pour lui sauver la vie?
- Ne me dis pas
que t'es d'accord avec elle.
Il a fait son choix, il faut l'accepter.
- C'est plus le héros que tu croyais,
c'est un vieux monsieur
qui perd les pédales.
Il nous a déçus, tu le laisse crever?
C'est comme ça que tu l'aimes, Babette?
- Tu veux vraiment
le faire?
- Non.
Non, mais je crois qu'il faut le faire.
- Bonjour.
Mademoiselle?
- Là... - Non, mademoiselle.
- Vous m'accordez quelques minutes, Guillaume.
- On a les billets d'avion pour Chisinau avec Sorina.
On part demain.
Vous avez gagné, avec votre soeur.
Vous êtes heureux?
- Pas particulièrement.
Tout ce que nous voulions, c'était protéger notre père.
- Pourquoi j'aurais tué Lucien?
Il faut vivre 5 ans avec son mari pour avoir des papiers définitifs.
Tu ne savais pas ça, monsieur le grand avocat?
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Quoi qu'il en soit,
il est normal que vous ayez un dédommagement.
- Alors...
Il faut que je vous dise merci, maintenant?
- Pas la peine.
Pousse-toi de là, Simon, tu me gênes.
- Et voilà, retour à la case départ.
Ca, c'est à elle? - Non, c'est le Viagra.
Babette?
T'en as encore pour longtemps?
Qu'est-ce qu'il y a?
Oh, merde.
- C'est ça qu'on a fait, Arnaud.
C'est ça.
Elle nous avait fait quoi, la petite Sorina,
pour qu'on lui bousille son avenir?
- Qu'est-ce qu'il se passe?
- Allez, on ne peut plus rien y faire, maintenant.
- Et ton père, il en est où avec sa Moldave?
- Ah. Eh bien, disons
qu'on a normalisé la situation.
C'est moche, hein, comme mot?
Ce que ça recouvre est encore plus moche.
- Moi, j'aurais bien aimé qu'on normalise un peu la nôtre
de situation.
- Mais euh, je ne couche pas qu'avec toi, tu sais.
- Mais je sais qu'il y a ton mec... - Non, avec lui, non.
Avec d'autres.
- Ah bon?
On pourrait peut-être quand même le faire dans un lit, non?
- Dans un lit, d'accord, oui. Essayons.
- Simon?
Simon?
- Mm?
- Salut, tante Hélène.
- Salut. Tu as fait bon voyage? - Très bon.
Comment va le paternel?
- Pas mal, plutôt ronchon et odieux.
- Merci, monsieur.
Je suis content de te voir. - Moi aussi.
- Non, je ne veux pas de thé vert au gingembre.
- C'est moi, papa. - Ah...
- C'est vraiment beau, ici.
- Oui, c'est pas mal.
Si on aime les mouettes et les artichauts.
Cette vieille folle est devenue végétarienne.
Elle ne mange plus de produits laitiers non plus.
Elle va se casser le col du fémur vite fait, on n'en parlera plus.
Décidément, vous voulez tous me voir en vieillard.
- Tu travailles un peu?
- Non, j'ai plus le temps.
- Ici?
- Ce que je commencerai maintenant,
j'aurai plus le temps de le finir. - T'es en pleine forme.
- En fait, je pense que je suis déjà mort,
mais que personne n'ose me le dire.
- Attends.
"Pour la beauté de ce visage, 1000 navires furent lancés à la mer."
- Oui, le pouvoir de la beauté. - Et la folie des hommes.
- Avec de bonnes lectures, on peut toujours trouver
une certaine grandeur aux choses.
Les enfant vont bien? - Ca va.
C'est un peu difficile avec Julie en ce moment.
Il semblerait que je ne suis pas le type formidable qu'elle croyait.
Mais plutôt un vieux con.
- J'ai de nouvelles de ta soeur.
- Oh, avec Rémi, c'est...
Ils se sont séparés.
- Ah bon? - Oui.
Mais elle n'a pas l'air de prendre ça mal du tout.
- Ah bon.
- Vous voulez un thé?
- Avec plaisir.
Tu aurais du thé vert?
- Oui.
- Tu n'en aurais pas au gingembre?
- Mais si! Absolument!
- Tu feras moins le malin quand il va falloir le boire.
Et si tu restes dîner ce soir, tu auras droit au pain au goémon.
- En fait, je pensais rester le week-end.
- Ah bon?
Très bien.
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